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Le blog Aloys

Articles récents

Edmée De Xhavée – Extrait de la nouvelle Louve Story, Recueil « La rinascente* »

26 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

 

« Les loups ! Octavie les avait aperçus de temps à autre. Furtifs, le trot rapide et souple. Parfois même, elle en avait croisé le regard jaune, et en avait été enivrée. Ils s’approchaient rarement du petit manoir, et surtout des étables d’où il leur arrivait certains jours d’audace d’enlever un agneau dans le cœur de la nuit. Ils quittaient peu la forêt, et chantaient leur complainte qui montait dans le ciel de velours sombre.

Une nuit elle était sortie dans le fond du jardin, foulant de ses pieds nus l’herbe humide, soulevant d’une main l’excès de longueur de sa chemise de nuit, brodée et luisante de rubans de soie et, se hissant sur le mur, avait échangé avec un loup invisible ses modulations tendres.

Le lendemain on l’avait réprimandée : elle avait les avant-bras égratignés, ce qui se verrait au bal de la fin de semaine, ou elle avait sali le bas de sa chemise de nuit avec la grosse terre noire. Elle allait attirer les loups. Et enfin, les servantes ne manqueraient pas de répandre la rumeur de ses bizarreries aux servantes des autres demeures, par l’entremise de l’un ou l’autre livreur ou amoureux ».


 


 

Elle comprend bien Octavie la frémissante. Oh si elle la comprend ! Elle n’a pas connu l’appel du loup en liberté mais a tant aimé monter à cru. Elle sent encore les flancs chauds de Pépita, la jument de ces gens venus de la ville, qui la lui laissaient monter et caresser dans la grande prairie qui entourait leur ferme redynamisée, comme ils disaient. Elle la montait en short, sans selle ni étriers, se fiant à la force de ses genoux et talons pour rester en place, tandis que Pépita se laissait conduire par une bride sommaire dans un petit trot léger qui lui détendait les jambes. Quand elle redescendait de sa monture, l’intérieur de ses genoux et cuisses était un peu opaque, patiné de la graisse à l’odeur délicieusement sauvage.

Octavie avait semé en elle…

Elle aimait aussi partir aux champignons, que ce soit ceux de prairie à la fragile blancheur, qu’il fallait déplacer avec doigté pour ne pas les faire noircir, ou les champignons des bois aux teintes, formes et peaux délicates. Pourquoi n’accompagnes-tu pas Janou à la kermesse ? demandait sa mère, inquiète de la solitude que sa fille recherchait, à un âge où au contraire il fallait se faire voir pour être choisie… Mais elle aimait abandonner derrière elle le gai vacarme coloré de la kermesse, sachant que les sentiers, prairies et bois seraient déserts, et qu’elle y serait reine des lieux.

Elle était partie étudier dans une ville éloignée, ne revenant que lors des vacances ou évènements familiaux : le mariage de Bastien, la mort de mémé, l’opération de papa… Elle avait trouvé du travail dans cette ville, un travail que personne ne comprenait dans le village. Àquoi donc peut servir une documentaliste ? Et pourquoi ne se mariait-elle pas ? Elle n’aurait pas besoin de travailler, elle élèverait ses enfants.

Elle souriait à sa mère, amusée de l’abîme qui les séparait, et qu’elle avait renoncé à tenter de combler.


 

 
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Thierry-Marie DELAUNOIS nous propose un second extrait de son roman "Auprès de ma blonde"

25 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #extraits

Elle ouvrit les yeux, le fixant instantanément de son regard brun acajou d’une profondeur insondable, le happant lui et toute son énergie d’homme, le laissant le souffle court, ce qui le fit stopper net dans sa progression, son désir évanoui, son envie de la connaître ayant fondu comme neige au soleil. Comment était-ce possible? Il ne cilla pas, prenant soudain conscience qu’il lui fallait ni baisser ni lever le regard pour tenter de lui échapper, belle et curieuse connexion incompréhensible à ses yeux, le cas de le dire, elle poursuivant son observation silencieuse, comme dans l’attente, son visage reflétant une indéniable franchise, mais quelque chose d’autre s’y mêlait. Un certain effroi? Et allaient-ils se parler? Bien qu’il n’en menait pas large, il soutint son regard limpide, crut soudain apercevoir comme une ébauche de larme dans le blanc de ses yeux. Serait-il le premier homme à ne pas battre en retraite, suscitant chez elle une émotion peu perceptible mais bien réelle?

Bien que rivés l’un à l’autre sans mot dire, un changement se produisit de part et d’autre: surgit en elle un singulier soulagement la menant à esquisser un sourire d’une infinie délicatesse; en lui, une volonté inébranlable, celle de se jeter à l’eau sans bouée non dans le but de la séduire, de la conquérir, mais d’atteindre ce tréfonds, le fond de son être. Car il avait ressenti comme un appel. Un S.O.S. lancé de très loin mais le message lui paraissait flou. Rêvait-il? Serait-il parvenu à franchir la barrière qu’elle avait dressée probablement pour la forme, histoire de ne pas passer pour une fille facile prête à se jeter dans les bras du premier venu par manque d’amour?

Le manque d’amour, du véritable amour qui unit deux êtres naviguant sur la même longueur d’onde, à l’unisson, reliés par cette mystérieuse alchimie tenant principalement du coeur et de l’âme… Cela existait-il? A cet instant il se le demandait; il lui semblait également qu’ils avaient tous deux de précieuses affinités. Sans qu’une seule parole ait été échangée, sans qu’ils aient eu l’occasion, la chance, de faire connaissance ne fût-ce qu’un brin. Possible? Il y croyait, l’auteur, l’expression de son visage s’étant entre-temps fermée. Retour sur sa garde, lui semblait-il, après une esquisse d’ouverture. Perplexe, il leva les yeux au ciel, se déconnectant d’elle à l’instant - heureux ou malheureux? - où un perfide pigeon lâcha sur lui son surplus - pas nécessaire ici de préciser… - qui atterrit brutalement sur son front. Un tir au but.

Sa stupéfaction, qui céda aussitôt le pas à un dépit manifeste, n’échappa point à la belle, déclenchant son hilarité à laquelle succéda un fou rire dantesque devenant en un quart de tour incontrôlable. La totale. C’était si drôle, un homme victime d’un pigeon! Elle le vit alors sortir son mouchoir, rouge de colère et de confusion, étalant sans le vouloir la fiente. C’était le bon mot. Le pauvre! Lui porterait-elle secours? Impossible à cet instant car elle se bidonnait assise sur le banc, les mains sur le ventre, sa chevelure dissimulant son visage, le buste incliné vers l’avant. Quand avait-elle autant ri pour la dernière fois? Elle ne s’en souvenait pas. Un siècle? Deux?

  • Fameux impact, et je vous fais donc tant d’effet, Mademoiselle? J’en suis heureux, même enchanté!

  • Séréna!

  • Pardon?

  • Séréna! Et toi?

(Auprès de ma blonde, Thierry-Marie Delaunois: extrait II)

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Joël Jouffriault nous présente "L'enfant qui rêvait du Siam"

24 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

 

Biographie de l’Auteur :

 

L’auteur est né en 1939 dans un petit village du Poitou. Poussé par son instituteur, il se retrouve au collège de Poitiers pour apprendre la comptabilité et matières annexes. Expert-comptable, métier où le rêve n’a guère de place, il a bourlingué au milieu des chiffres et des rapports, toujours dans un cadre fiscal et juridique très strict. Fini, tout ça. Maintenant retraité, il a tourné le dos au chiffres et ouvert la porte à l’écriture.

L’enfant qui rêvait du Siam est son troisième roman.

 

Phrase d’accroche

Ne soyez pas tristes, puisque le rêve de votre petit Guillaume est en train de se réaliser, cela devrait atténuer beaucoup votre peine. Pépé, mémé, je vous aime de tout mon cœur.

 

Résumé du livre :

 

Guillaume, orphelin, est élevé par ses grands-parents, Clara et Abel. Enfant de chœur, il est le protégé du curé du village, qui lui ouvre sa bibliothèque où il découvre un livre sur le Siam. Partir là-bas devient alors son rêve. Après avoir été moine novice dans l’abbaye, puis cordelier dans le village voisin, il participe avec brillance à la construction de la Corderie royale de Rochefort, à l’époque de la Compagnie des Indes orientales, sous Louis XIV. Jusqu’au jour où un envoyé du ministre Colbert lui propose d’embarquer pour le Siam dans le but de créer un comptoir. Son rêve est enfin en passe de se concrétiser. Mais sur la mer, le danger est partout et l’issue incertaine…

 

 

 

Extrait du livre :

 

̵ Et que…

 Clara se tait et se signe en baissant les yeux.

̵ Et que… Qu’alliez-vous dire, Clara ? lui demande le curé.

̵ Que les filles sont belles et se promènent presque nues au milieu des éléphants. Voilà ce que Guillaume a lu dans le livre. Et il dit qu’un jour il partira là-bas. Bon, je sais que c’est des rêves d’enfant, mais ça m’inquiète, tout ça.

 

Découvrir le Siam, d’autres pays, d’autres civilisations, enfin un rêve sur le point de se concrétiser. Mais avant, la découverte d’un monde insoupçonné s’offre à Guillaume. Le monde des marins. Pour le marin, le navire est son pays. Avec ses règles, ses mœurs. C’est son univers. Avec la mer et le ciel. Pas une mer ou un ciel que l’on regarde comme une pièce de théâtre de plein air. À la différence du terrien qui, quand l’éclair jaillit du ciel, fuit le danger en s’abritant avant que la foudre n’éclate et que les trombes d’eau ne s’abattent sur sa tête, le marin, lui, l’affronte. Il connaît le langage du ciel et de la mer, intercepte leur conversation, devine leurs intentions et prend les devants à coups de voilure. Lui et ses camarades. Chacun à son poste, tous solidaires. D’eux, plus que de la grâce de Dieu, dépend la vie du bateau et de chacun.

Guillaume reste béat d’admiration devant leur courage dans la tempête, leur agilité dans la mâture. 

C’est avec une ferveur particulière qu’il prie, ce matin, agenouillé parmi les matelots, à côté du capitaine, face au gaillard de dunette où prêche l’aumônier. 

 

 

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Philippe de Riemaecker nous présente "Le salon international du livre de Mazamet"

23 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles

 

"Le salon international du livre de Mazamet" est probablement l'une des manifestations littéraires faisant partie du top 3 des salons les plus prestigieux organisés dans le sud de la France. Rappelons que sa première édition remonte à l'année 2009. Huit ans déjà que le salon existe et rapidement, attire des auteurs en provenance de plusieurs continents. L'année 2017 ne déroge pas à la règle puisque pour sa 8e édition, pas moins de cinq nationalités y seront représentées.

 

Prestige littéraire

 

Prestigieux est le mot qui convient au vu des noms qui fréquentent l'évènement. Marc Galabru était l'un d'eux et de son vivant, rencontrait chaque année ceux qu'il appelait "mes amis de coeur". Marc, invité d'honneur de la première édition, avait sans hésitation, accepté de joindre son nom à l'évènement. C'était, prendre le risque d'être associé à un échec toujours possible. Un risque, certes, mais ce risque il ne le regrettera jamais. Marc Galabru ne manquera aucune édition jusqu'à ce que la vie lui offre une dernière révérence.

Le président du salon international du livre de Mazamet, Michel Sabarthes, a voulu rendre hommage à celui qui était l'un de ses plus proches compagnons de route. En toute logique, le prix Marc Galabru voit le jour en 2015. Ce prix récompense un ou une auteur d'exception. (Luc Corlouër en 2015 & Ariane Bois en 2016)

 

Réussites

 

Réussite est probablement le mot qui décrit le mieux cet événement. En 2017 il ne réunira pas moins de 119 auteurs. Un chiffre des plus intéressants quand on réalise que la ville de Mazamet (Tarn) n'a pas l'étendue de Paris ou de Bruxelles. Réussite si l'on tient compte du fait que pas moins de quatre auteurs viendront de Belgique, d'autres de Hollande, du Canada.

 

Prix du Salon

La présidence du comité de lecture chargé de choisir les lauréats des prix remis à l'occasion de ce salon se voit confiée à l'Auteur Christophe Chabbert(Docteur de l’université de Paris XIII est spécialiste des littératures de l’Océan Indien et en particulier de l’œuvre de Malcom de Chazal. Il est actuellement professeur de lettres modernes au Collège Jean Louis Étienne de Mazamet. Il est également auteur de deux romans dans l’enfer de Montlédier, la Belle Clotilde parue aux éditions de L’Harmattant et quand j’étais bandit en collaboration avec Jean-Pierre Hernandez l’un des derniers survivants de la French Connexion).


 

Chloé Des Lys ?

L’auteur Christian Eychloma, l’un des plus fidèles auteurs comme chaque année présentera ses ouvrages.

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Edmée de Xhavée nous propose une nouvelle "Paname Sansgêne, l'ami en pleurs"

21 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

 

 

Paname Sansgêne, l’ami en pleurs 


 

Coup de sonnette dans la nuit… Minuit ? Non… on ne peut sonner chez moi à cette heure. Je me retourne et tire la couverture sur mon oreille, ce qui n’empêche pas un autre coup strident de percer le silence – enfin… il pleut, donc ça fait plic plic plic driiiiiiiiiiiiiiiing plic plic plic driiiiiiiiiiiiiiiing plic plic plic driiiiiiiiiiing avec une impolitesse qui frôle l’indécence. Le doigt de cet abruti sans manières ne se lèvera pas, je le sens et l’entends… Les tympans en feu, je cours à la porte, en ouvre le petit Judas pour découvrir, de l’autre côté, un visage inconnu et détrempé par pluie et larmes, couvert d’un capuchon de nylon qui lui donne l’air d’un spectre plastifié.

Une main se détache de la silhouette puis une autre, se joignant dans un signe de prière. Je crie aussi bas que je peux – diable, il y a des voisins… - Qui est-ce ? Mais la bouche est déformée par un pleur de tragédie grecque d’une part, et certainement moche de toute manière. Les contours d’une vieille semelle du Docteur Scholl, la mouvance d’un spermatozoïde et pas trop de fraicheur. Pas ce qu’on appelle une bouche pulpeuse, sensuelle, gourmande ou invitante, quoi.

Je dois bien entrouvrir la porte pour en savoir plus, l’air revêche, méfiant, tout mon poids contre le chambranle en cas d’attaque. « Je suis Paname Sansgêne, ton ami Fesse-Butt ! Tu as aimé le statut selon lequel si j’apparaissais à ta porte à minuit, en larmes et désespéré, tu ouvrirais parce que notre amitié est sincère ! »…

Paname Sansgêne… je ne vois pas mais j’ai 5874 amis, je ne m’étonne pas. Je partage généreusement tout ce qui se termine par « si tu es d’accord, partage ceci sur ton journal ». Je trouve qu’il faut avoir le courage de ses opinions. Je suis pour les implants mammaires remboursés à partir de 85 ans, la mise à mort par gavage des politiciens véreux, le retour du pilori pour ceux qui ne ramassent pas les crottes de leurs chiens, des mini-robes pour le clergé, la semaine de 7 heures… et je suis fière de le faire savoir, nous sommes d’ailleurs des millions à partager sur nos journaux avec la plus grande intrépidité.

Mais bon, l’ectoplasme de plastique à la bouche suspecte est là, et affirme que je me suis aussi engagée à sécher ses larmes à son gré, à minuit, parce qu’il est mon ami Fesse-Butt. Et je sais qu’il ferait la même chose pour moi…

Je le laisse donc entrer, et plic-plocqueter sur mon beau marbre ciré, ainsi que me postillonner au visage car avec une telle bouche, que voulez-vous, ça se tortille comme un ver au bout de l’hameçon, et hélas c’est bien plus laid… Je l’introduis au salon, tandis qu’il sanglote et m’en vais lui faire une tasse de thé. En m’aspergeant de gouttelettes de salive il s’indigne : ce thé a été reconnu sur les réseaux sociaux pour être rempli de pesticides en poudre. Un peu de vin alors ? Nooooooooooon, un ami Fesse-Butt l’a informé que le vin après minuit comptait double. Heuuuuuuuuuuh… de l’eau ? Oh horreur, il suffit de Moogler pour être informé qu’on nous met dans l’eau de quoi nous plonger dans l’hébétude et la soumission. Heuuuuuuuuuuuuh… que nous reste-t-il ? Ma foi, il consent à une tasse d’huile d’olive après avoir vérifié la marque et fait « ce n’est pas dans ma liste noire mais bon… ça ne prouve rien. Je n’en prendrai qu’un doigt ».

Il m’explique qu’il s’est mis à pleurer en écoutant Les roses blanches et ne pouvait s’arrêter. Ça fait longtemps qu’il a repéré où je vis d’après les photos de mes fleurs à la fenêtre, des fleurs carnivores en effet assez rares et destinées à empêcher les voleurs de s’introduire en mon absence. Parfois je retrouve quelques doigts dans la terre, et les remercie – il faut parler aux plantes, on ne le dira jamais assez… - de leur vigilance, les appelant mes petites oies voraces du Capitole.

Je suis heureuse de prouver mon amitié à cet homme qui en a tant besoin. Il semble se calmer un peu et se confie : sa mère devait venir le rejoindre pour la fête des mères mais hélas, alors qu’elle était en vacances en Grèce, elle a été renversée par une moto, et se trouve à l’hôpital, où un inconnu sans scrupules lui a volé son sac et tout son argent, or l’hôpital refuse de la laisser repartir sans qu’elle ait payé sa note. Une broutille, 3.000 € à peine. Mais lui ne les a pas, car il vient d’aider un autre ami Fesse-Butt qui a été contacté par un millionnaire en fin de vie, lequel n’ayant pas d’héritier direct cherchait une personne de valeur pour lui laisser tout son avoir. Or cet ami, le bénéficiaire très surpris, milite activement sur les réseaux sociaux pour la sauvegarde des mouches et cherche à interdire la pêche à la mouche. Seulement voilà, il lui fallait ouvrir un compte dans un pays off-shore avec un minimum de 3.000 € pour permettre le versement de l’héritage qui ne saurait plus tarder, le millionnaire étant en soins palliatifs.

Mon dieu que c’est exaltant d’aider ses amis, de se sentir solidaire de ce merveilleux groupe. Je fais sous ses yeux un versement en ligne sur son compte, pour qu’il puisse libérer sa chère maman, à laquelle il pourra donner de belles roses blanches pour la fête des mères. J’en ai, je l’avoue, les larmes aux yeux – qui s’ajoutent à ses postillons reconnaissants.

Le voilà qui repleure lui aussi d’ailleurs, et nous sommes repartis pour une seconde tasse d’huile d’olives – enfin, un doigt dans une tasse. Entre deux sanglots il me compliment pour ma collection d’œufs de Fabergé, et me demande si ça ne me revient pas trop cher en assurance, de tels trésors, puisqu’il ne peut s’empêcher de remarquer aussi mes petits verres à liqueur cerclés d’or. Je lui dis en confidence que ce n’est pas assuré, ça finirait par me revenir cher, toutes ces assurances, et qu’au fond personne ne sait que je les ai, sauf lui maintenant, mon ami Fesse-Butt. Il me remercie pour ma confiance, et pendant un instant nous nous sentons soudés par cette grande famille que d’aucuns accusent de n’être que virtuelle, et dont nous venons pourtant de vérifier la réalité.

Le voici pourtant prêt à repartir. Je l’assure que sa compagnie m’a fait tant de bien, cet échange d’aide, si humain. A sa demande je lui prépare à la cuisine une belle tartine pour son petit déjeuner, puisque gentiment il m’a dit que ça lui donnerait la sensation de ne pas être seul au réveil. J’y mets soin et amour, une belle tranche de fromage, des cornichons, de la moutarde, tout ça sur une grosse couche de beurre de baratte étalée sur du pain de campagne. A sa demande je la mets dans un sac de plastique, ce qui, dit-il, lui permet de vider ses poches de quelques babioles encombrantes enroulées dans des mouchoirs en papier…

Il s’en va et je sens soudain le vide que laisse un ami absent. Je me recouche et jamais mon lit ne m’a semblé si froid, alors je me connecte à Fesse-Butt pour lui dire bonsoir.

Le compte a été fermé.

Il me manque cinq Fabergé et les six verres à liqueur.

Paname Sansgêne comme identité… un homme grimaçant sous un capuchon de nylon comme description… Et le policier qui lève les yeux au ciel en donnant des coups de coude à son confrère. Ce monde est pourri ! On ne peut se fier à personne, pas même à la famille…


 

Edmée de Xhavée

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Rolande Michel a lu "Le temps de l'errance" de Jean-François Foulon

20 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

 

J'AI LU LE TEMPS DE L'ERRANCE

de Jean- François FOULON

 

J'ai lu et relu à plusieurs reprises cet ouvrage avec un plaisir sans cesse renouvelé.

Je me suis bien longtemps demandé comment trouver des mots dignes de

qualifier une œuvre d'une intensité poétique aussi exceptionnelle, à la fois pleine de tendresse et empreinte d'un romantisme teinté d'angoisse, d’incer titude et de questionnement.

 

Pour Jean-François Foulon, la rime est accessoire, même s'il se plaît à la taquiner avec une facilité déconcertante.

Quel que soit le mode d'expression choisi, l'auteur laisse errer sa plume, au hasard de ses états d'âme, de ses souvenirs, de ses angoisses.

Certains thèmes essentiels, que je me bornerai à évoquer, sont récurrents.

 

Rêver !

C'est bien là le propre de l'Homme, ce qui le différencie de l'animal, depuis la nuit des temps !

L'auteur évoque, non sans nostalgie, son enfance, et les endroits familiers dont sa mémoire a même enregistré les odeurs.

Associés à la musique, ses souvenirs lui ont permis de fuir un présent sur lequel il jette un regard attristé.

Grâce à eux, il a pu s'évader dans ses rêves, à la poursuite d'une étoile, et exprimer, à travers l'écriture, son espoir d'un monde meilleur.

 

Comme il le dit si bien :

"Heureux ceux qui partent sur des navires affrétés pour nulle part, sans savoir s'ils reviendront."

La mer symbolise l'Infini, L'Éternité. Attiré par elle, l'Homme hésite un temps, diffère son départ, et se décide enfin à prendre le large, à embarquer sur ses rêves, "des navires dont les nuages sont les voiles". À quel prix ? Vers quelle destination ? Peu importe. Il marche...

 

Au cours de son cheminement, il arrive que "ses pas se perdent"dans les gares, le temps d'une halte, en attendant le train de la vie. L'emprunter le

condamne à la solitude.

Très vite, les traces de ses pas s'effacent cependant, comme il en va de celles qu'il laisse quand il marche sur les routes enneigées.

Existons-nous vraiment ? Se pourrait-il que nous rêvions notre vie ?...

 

Tout au long de son périple, l'Homme assiste, impuissant, à la destruction de la nature, à la victoire du matérialisme, du sexe, de la drogue.

Et le temps fuit inexorablement, un peu comme si la mort et son silence étaient le but ultime de toute existence.

Mais le temps a-t-il jamais existé ou l'avons-nous créé ?...

 

À l'automne de sa vie, après des années d'errance au cours desquelles il a le sentiment d'avoir tourné en rond, l'Homme arrive au bout du chemin. Sa fin est proche.

Confronté à la réalité, soudain lucide, il en arrive à la conclusion que fuir, en quête d'un ailleurs illusoire, ne servait à rien. Il se demande alors si ce voyage, qui le ramène à son point de départ, en valait la peine.

Pourtant, en cours de route, il a connu l'amour qui embellit la vie et fait souffrir aussi. Mais, comme toute chose, l'amour est éphémère. Le poète a rêvé d'une femme inconnue qu'il aurait voulue parfaite et unique.

Cette quête d'amour idéal, si chère aux romantiques, Jean-François Foulon l'exprime avec infiniment de douceur et de délicatesse. Mais de ses amours imaginaires ou vécues, seuls lui restent les regrets et la solitude.

 

Avant d'en terminer, j'aimerais vous inciter à méditer sur cette déclaration d'amour sublime que toute femme rêverait d'entendre :

 

"Je ne me souviens plus où nous nous sommes rencontrés,

Ni de quel pays tu venais.

Je n'ai jamais rien su de ton enfance ni de ta famille.

J'ai même oublié ton nom.

Mais j'ai gardé au fond de moi le tendresse de tes caresses,

L'odeur de ta peau et la douceur de ton regard.

Je te reconnaîtrais entre toutes."

 

 

Rolande Michel.

 

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Salvatore Gucciardo nous propose un poème "Frissons"

19 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Poésie

 

Frissons

 

 

L’ombre caresse

Une gerbe scintillante

Sur la paume de l’âme

Et fait renaître

Le souffle de l’espoir

 

Hiéroglyphes éparses

Sur la pierre colorée

Sentiments d’éternité

Sur les statues figées

 

L’éclat de tes yeux

Sur le miroir

De l’onde

Écho musical

La vague emporte

Les algues endormies

 

Volume sphérique

Amas de plumes

L’oiseau solitaire

Parsemé d’or

Et d’argent

 

Corps frissonnant

Volute de brume

Sur le sommet

Des montagnes

Exaltation océane

 

 

Salvatore Gucciardo

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"Le cycliste urbain", un nouvel article du dictionnaire post-philosophique de Didier FOND

18 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

 

DICTIONNNAIRE POST-PHILOSOPHIQUE

 

LE CYCLISTE URBAIN

 

 

« Si on disait du mal ?... » (1)

 

Le déplacement à bicyclette ne date pas d’aujourd’hui et est, à l’origine, quelque chose de tout à fait valable et respectable. Malheureusement, depuis quelques années, ce qui était autrefois réservé à des gens sachant utiliser un vélo et rouler correctement en ville est devenu, par la grâce de certaines municipalités, une facilité offerte au premier abruti venu qui ignore les rudiments de la circulation.

 

Le cycliste urbain en général se divise en deux catégories :

 

- La première, sur laquelle il n’y a rien à dire, intègre les gens qui ont compris qu’on ne peut pas faire n’importe quoi sur un deux roues, qu’il y a des règles à observer et que le code de la route s’applique à tout le monde, y compris à eux. Ce sont ce que nous nommerons les « cyclistes urbains pourvu d’une intelligence normale, voire supérieure. »

 

- La seconde, sur laquelle nous allons nous étendre, a un nombre d’adhérents formidablement plus élevés que la première. Constatation déprimante, parce qu’elle sous-entend de graves problèmes quant à l’intellect d’une grande partie de notre population, notamment entre 20 et 35 ans, âges les plus touchés par la stupidité rédhibitoire.

 

Un bon exemple valant mieux qu’un long discours, nous allons évoquer le cas de la bonne ville de Lyon qui a eu l’idée (vite piquée par Paris) de mettre des deux roues à disposition de tout un chacun. Excellente idée sur le papier, et remplie d’implicites écologiques. L’huile de genou pollue moins que le diesel et son odeur est moins forte et moins désagréable (à voir) que celle des gaz d’échappement.

 

Néanmoins, néanmoins, dirons-nous, le « velov » n’est pas, à y regarder de plus près, une SI bonne affaire. Pourquoi ? Mais parce que n’importe qui -et surtout ceux dont le QI ne dépasse pas le 50- peut emprunter un vélo ou décider d’acheter un vélo, ou se rappeler qu’il/elle a un vélo pourri dans sa cave qui ne demande qu’à resservir. Finalement, on se retrouve devant le même problème que celui qui hante les grands cerveaux de l’Education Nationale : la massification. Et forcément, la chute de la qualité.

 

Le cycliste urbain catégorie 2 possédant l’intellect d’un chou-fleur ignore :

 

Les feux rouges : Il n’en a jamais vu de sa vie et pense que c’est encore une invention du PC pour se faire remarquer ; donc il est hors de question qu’il jette un soupçon de regard à cette chose malsaine.

 

Les sens interdits : Il se dit que c’est une jolie décoration. Mais pourquoi n’en avoir mis que dans certaines rues ?

 

les priorités à droite : L’abstraction est trop difficile. Et après le PC, la droite ! Et puis quoi, encore ?

 

Les « cédez le passage » : Mais pourquoi avoir tracé ces bandes sur la chaussée ? Ça, c’est salir la ville pour rien. Son ego écolo se révolte.

 

Les divers panneaux routiers jalonnant son chemin : Il trouve que les images sont jolies mais ne comprend rien au texte quand il y en a un : forcément, il sait à peine lire. [Oh, que c’est méchant, ça !]

 

Pour celui qui utilise son propre vélo, qu’il vaut mieux avoir une lumière au cul pour circuler la nuit : Etant lui-même une lumière, sa personne devrait suffire.

 

Le cycliste urbain cat. 2 roule de préférence au milieu de la chaussée, en zigzaguant de son mieux, le nez en l’air, et traverse les carrefours sans faire attention à ce qui se passe autour de lui. Quand il estime que la rue ne lui suffit pas, il envahit les trottoirs et fonce au risque de renverser le premier obstacle venu, que ce soit Vénus en personne ou Miss Tick.

 

Le cycliste urbain cat. 2 se prend pour un grand sportif : c’est pour cela qu’il ignore les règles élémentaires du code de la route. D’ailleurs, il ne fait que suivre les préceptes du Président d’une association d’usagers de bicyclettes, interviewé sur une radio quelconque et qui, en deux phrases, n’a pas peur de se contredire complètement. 9 h 10 : première phrase, mémorable : « faire du vélo est un véritable sport qui développe les muscles et l’endurance et c’est ça qui est bien dans ce moyen de transport. » 9 H 13 : deuxième phrase : « Les cyclistes ne peuvent pas s’arrêter aux feux rouges parce que redémarrer demande un trop grand effort physique. » (Véridique et sans commentaire.)

 

- Le cycliste urbain cat. 2 a sa fierté : on ne lui barre pas le passage impunément. Il vous insulte si votre voiture le frôle de trop près et vous insulte si vous avez l’outrecuidance de prétendre passer quand vous avez le feu vert et qu’il arrive à toute allure sur vous alors qu’il a le feu rouge et que freiner et surtout s’arrêter, c’est beaucoup trop lui demander.

 

- Le cycliste urbain cat. 2 hait les voitures qui puent, polluent, font du bruit, l’empêchent de respirer correctement (ce en quoi il rejoint le jogger), de circuler librement, bref, lui pourrissent la vie ; mais heureusement qu’il a la sienne pour partir en vacances.

 

BREF :

 

- Le cycliste urbain cat. 2, sans doute las de la vie, fait tout pour se faire expédier au cimetière avant son heure. Et gageons qu’il saura encore protester auprès de Saint-Pierre ou de Messire Satan, arguant que « c’est la faute de l’autre » s’il se trouve à cet endroit. Seul problème dans ce séduisant programme suicidaire : quiddu malheureux qui, sans le faire exprès, l’aura envoyé dans l’autre monde ? (Ou moins démoralisant : à l’hôpital ?) Ne parlons pas des assurances, là, le casse-tête devient trop abominable, mais du remords qui pourrait l’envahir alors qu’il n’est nullement responsable de la connerie du mort ?...

 

Conclusion : Engeance à éviter à tout prix.

 

(1) Merci Giselle et Lucienne.

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Eté meurtrier, une poésie de François Iulini

18 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Poésie

Eté meurtrier

Enfant souvent morose elle grandit sans vertu

La rêveuse trop fière pour accepter le monde

Ne vit rien de la vie sauf son destin perdu


 

Une splendeur de jardin que le soleil inonde

Quelques milliers d’amis pour conjurer la peur

Une vie sans surprise ni pensées vagabondes


 

Goguenard fut mai, doux et bonimenteur

Vêtues de robes blanches d’éphémère jeunesse

Nous rosissions nos âmes et se gorgeaient nos cœurs


 

Cynique, la railleuse grinçait sur nos faiblesses

De ne savoir que vivre dans l’attente des vers

De bouffir chaque jour enchaîné à nos laisses

 

François Iulini

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