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Séverine Baaziz nous propose une lettre ouverte à... La Mère Noëlle !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Chère Mère Noëlle,

 

Comme chaque année, je me réjouis d’être la seule à vous écrire.

Mais qui sait si cela durera, l’air du temps étant à la féminisation de la langue française, on finira peut-être par démasquer le plus grand impair en la matière : le Père Noël existe, mais c’est une femme.

En attendant, je me permets d’en profiter encore un peu…

Juste avant de vous parler de mes voeux, il me tient à coeur de vous faire part d’un malentendu qui me poursuit chaque année.

Il y a trois ans, je formulais le voeu de ne jamais manquer d’essentiel. Je ne m’attendais pas à prendre, sans même m’en rendre compte, près de cinq kilos.

L’année suivante, mon souhait fut de voir adoucie une peine bien personnelle, et à nouveau, très vite, je me suis ankylosée de cinq kilos.

L’année dernière, c’est mon envie d’être plus solaire qui donna, une nouvelle fois, suite à la prise presque subite des cinq mêmes kilos.

Si bien que cette année, je préfère ne pas être le sujet de ma demande.

Serait-il possible (et ce, j’en conviens, je mise sur votre sens de l’interdisciplinarité) de, disons-le sans détour, changer l’eau potable en eau bénite ?

Assistée de Mère Nature et de Sainte Mère, je me disais que peut-être cela pouvait être une bonne idée. Plutôt que de la changer en vin, ce qui, somme toute, ajoute du malheur au monde plus qu’il n’en retire, l’eau bénite me semble opportune.

Ainsi, chaque matin, les mains seraient lavées de toute tentation à la violence ; les têtes vidées de leurs pensées néfastes ; les yeux, peut-être, finiraient par voir la beauté du monde et son risque d’éphémère.

En vous remerciant de bien vouloir réfléchir à la question, transmettez à vos lutines toute ma considération pour ce fou labeur d’assouvir les futilités consuméristes exponentielles de nos tendres chérubins.


 

PS : Si la chose est envisageable et ne vous incommode pas trop dans votre emploi du temps, j’avoue que j’aimerais beaucoup perdre ces fameux quinze kilos aussi rapidement que je les ai pris...   

 

 

Séverine Baaziz

Publié dans Textes, Nouvelle

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"L'oiseau perdu n'affame pas que les chats", une poésie signée ALBERT NIKO !

Publié le par christine brunet /aloys

l’oiseau perdu n’affame pas que les chats

 

Je suis censé faire mon chemin dans cette ville mais je ne sais que m’effriter aux alphabets des vivants.

On m’a donné un nom et des trottoirs où les arbres distillent la peine, et où l’ombre enseigne à la lumière, mais je serais bien inspiré de céder ma place à celui qui me suit parce que l’oiseau perdu n’affame pas que les chats – et je me suis laissé dire que lui travaillait dur et qu’il n’avait, pour seules distractions, que sa moto et sa télévision.

Mais j’ai vu un vieil homme passer de sa démarche chaloupée devant ma fenêtre, et le bâton dansait.

Et je me saisis d’un banjo qui n’a plus qu’une corde pour battre l’air.

Et j’édicte ma loi physique au bout de cette clef qui ouvre la porte qui n’existe pas.

J’étais parti, je crois, pour me faire coudre les paupières…

 

ALBERT NIKO

 

Publié dans Poésie

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"Sans nouvelles d'elle", une nouvelle signée Jean-François Foulon, parue dans la revue ONUPHRIUS

Publié le par christine brunet /aloys

http://onuphrius.fr/naissance-de-notre-revue/

http://onuphrius.fr/naissance-de-notre-revue/

Posted on   revue N°7

http://onuphrius.fr/category/foulon-jean-francois/

Sans nouvelles d’elle

Toute ressemblance avec des personnes existantes…

C’est un lundi que j’ai reçu sa première lettre. Etrange. Je ne la connaissais pas mais elle disait qu’elle était passée à la galerie et qu’elle avait apprécié mes peintures. Ma foi, cela fait toujours plaisir, mais j’avais beau faire un effort de mémoire, je ne parvenais pas à me souvenir que quelqu’un fût passé récemment. En fait, je travaille surtout à l’arrière du bâtiment, c’est là que se trouve mon atelier et toutes mes toiles en chantier. Quand un visiteur se présente au magasin, ce qui est assez rare, il faut bien le reconnaître, j’entends la sonnette et je vais jeter un coup d’œil, non sans m’être essuyé les mains au préalable. Cette semaine il y avait bien eu quelques copains qui étaient passés, et puis Sophie, pour l’exposition à la Cité, mais en dehors de cela, rien. Ma correspondante avait dû entrer et faire sa visite sans que je ne m’aperçoive de rien. Dommage.

Je n’y pensais plus quand j’ai reçu une deuxième lettre. Cette fois, il s’agissait d’une véritable analyse de mes toiles et surtout de celle que j’avais intitulée Soleil couchant. Ma correspondante y passait tout en revue, le ton des couleurs, les jeux d’ombre, la composition du paysage, les effets produits, et cela dans une missive qui ne faisait pas moins de cinq pages. Diable ! Si les critiques d’art et les journalistes pouvaient être aussi élogieux et surtout aussi loquaces que cette étrange inconnue, je serais un peu plus célèbre. Non que je sois entièrement obscur… mais personnellement les mondanités m’ennuient ; or, c’est évident, pour réussir dans ce milieu, il faut se montrer : aller aux vernissages des collègues, serrer des mains, bavarder avec quelques députés, parler politique avec un ministre, lancer une galanterie à la femme d’un attaché culturel (sans aller trop loin, bien entendu, juste ce qu’il faut pour être sympathique et ne pas se faire oublier). Hélas, toutes ces réceptions m’agacent profondément et je préfère de loin rester seul avec mes pinceaux, plutôt que de me gaver de petits fours tout en buvant du Martini.

Lorsque arriva le troisième courrier, je dois admettre que je ne fus guère surpris : je l’attendais, et même avec une certaine impatience. Le contenu était semblable au précédent, mais son auteur élargissait le champ de ses investigations à l’ensemble de la peinture contemporaine. Je n’avais jamais rien lu d’aussi percutant et d’aussi captivant. De plus, la dame me donnait son prénom : Yseut (avait-elle son Tristan ?), son adresse (un petit village des Pyrénées Orientales) et même son adresse électronique (laquelle allait s’avérer fort utile). Cela dit, comment, habitant si loin de mon antre, avait-elle pu passer par la galerie et voir mes tableaux, ça c’était une véritable énigme. Cependant, je ne me suis pas torturé les méninges avec ce problème : cela faisait partie du mystère général qui entourait Yseut, tout comme ses lettres, sa sagacité d’analyse ou le ton quasi affectueux qu’elle employait sans me connaître. Nous, les artistes, nous sommes comme cela, pas rationnels pour un sou. Au surplus, l’insolite de la chose n’était pas pour me déplaire et, avouons-le, renforçait le charme qui émanait des lettres de la belle Yseut.

Certes, je ne savais pas si elle était belle, mais je ne pouvais me l’imaginer autrement. Et puis je me suis dit que, si elle m’avait donné son adresse de messagerie, c’était évidemment pour que je l’utilise. Ne pas le faire eût été un crime : je lui ai donc adressé le soir même un fichier de quatre pages (police Arial 9), dans lesquelles je manifestais mon contentement d’avoir « rencontré » une personne aussi sensible et aussi douée pour parler de la peinture.

Il s’ensuivit une correspondance régulière pendant plusieurs mois. J’écrivais et je recevais deux messages par jour, quand ce n’était pas trois. Les sujets traités tournaient toujours autour de la peinture, mais derrière ce thème, on sentait poindre les questions fondamentales. C’est que l’art n’est souvent qu’un moyen d’accéder à autre chose, à une vérité cachée que nous imaginons exister quelque part, sans bien savoir où elle se trouve. Yseut, elle, ne peignait pas, mais elle écrivait. Oh, elle n’était pas publiée, mais on sentait que l’écriture était pour elle un besoin vital et qu’elle constituait un moyen de se connaître et de connaître le monde. La parole, disait-elle, il n’y a que cela de vrai. Nommer c’est créer, et créer c’est toucher au divin. Quand elle s’exprimait de la sorte, elle éveillait en moi des échos insoupçonnés. C’est que, comme tous les peintres, je ne suis finalement qu’un manuel. Je travaille avec mes doigts, je mélange les peintures, je les étale sur la toile, je me bats avec elles et en bout de course, si tout se passe bien, j’arrive à créer un univers, un peu comme un maçon qui parvient à réaliser une maison en partant de rien. Yseut, elle, était davantage portée sur la réflexion théorique, mais ses mots me faisaient découvrir une vérité que je connaissais bien : une vérité enfouie au plus profond de moi, une vérité qui se concrétisait dans mes peintures mais que j’aurais été bien incapable d’exprimer de vive voix.

Ici, il ne s’agissait certes pas de parler mais de lire, puisque c’était une correspondance virtuelle que j’avais sous les yeux. C’était cela qui était fascinant. Si j’avais eu Yseut devant moi, il aurait fallu s’exprimer oralement et traduire par des paroles ce monde indicible dans lequel nous pénétrions chaque jour plus avant. Or, sans que je sache bien pourquoi, cela n’eût pas été possible. Par la magie de l’écrit nous parvenions insensiblement à nous dévoiler l’un à l’autre, et la peinture ne m’apparaissait plus que comme un prétexte pour atteindre une autre vérité, que je qualifierais d’ontologique. Comprenez-moi bien, je n’étais pas amoureux d’Yseut, mais ce qu’elle écrivait me renvoyait à une réflexion existentielle. Nous étions deux êtres humains face à face, en train de se demander leur raison d’être sur cette terre. Si nous parlions de nous, c’était moins de nos individualités propres que de notre appartenance à une espèce commune. Nos propos tournaient donc autour du destin et de ce qu’il convient de faire de sa vie. Par exemple, fallait-il laisser des traces de son passage ? Était-ce vraiment important ? Moi qui en laissais avec mes peintures, j’avais tendance à dire que non, et elle qui s’exprimait à travers des mots éphémères affirmait le contraire.

Yseut m’était devenue indispensable. Je vivais à travers ses yeux et, tout ce que je réalisais, je le passais inconsciemment au crible de son jugement futur. Ainsi elle m’avait encore longuement écrit au sujet de ma toile Soleil couchant, toile qui semblait décidément la fasciner et dont elle avait analysé les moindres détails, surtout la touffe de lavande dont on devinait les contours à l’avant-plan. Or dans les autres toiles que j’ai peintes depuis, j’ai chaque fois inséré cette touffe de lavande, dans laquelle mon amie voyait comme la quintessence du monde (des couleurs atténuées par le crépuscule et une senteur bien réelle, qu’elle pouvait imaginer à partir de la toile). Cette lavande représentait pour elle la vérité dissimulée qu’il importait de conquérir.

Elle me faisait aussi lire les poètes, que je croyais pourtant connaître, mais que je redécouvrais à travers ses commentaires. Baudelaire, bien sûr, mais aussi Rimbaud et Jaccottet. À la fin, je ne peignais plus en reproduisant la réalité que je voyais, mais en m’inspirant des poèmes qu’elle m’avait fait lire. On peut dire que j’étais sous son influence mais l’inverse était vrai aussi. Je lui parlais de peintres dont elle ignorait à peu près tout et elle se documentait à leur sujet, avant de les aborder dans ses longs et judicieux commentaires.

Nous en étions là dans ce qu’il convient d’appeler notre « relation » quand un jour, sans raison, je ne reçus aucun message. J’en fus étonné, mais pas vraiment inquiet. Après tout, je ne savais pas grand chose de sa vie et elle pouvait fort bien avoir eu un empêchement. Les jours suivants, ce fut le même silence et aucune réponse ne me parvint, malgré les nombreux courriels que je m’étais mis à lui envoyer. Là, il se passait vraiment quelque chose d’anormal. Après une semaine, j’écrivis aux responsables de son adresse de messagerie. Or, me disait-on, il n’y avait rien à son nom, absolument rien, aucune archive, le vide. Ma chère Yseut s’était volatilisée. J’eus beau envoyer des copies de mes anciens courriels, ils affirmèrent qu’il n’en subsistait aucune trace.

Je patientai pendant un bon mois, puis subitement il me sembla que j’avais un urgent besoin de vacances. La valise bouclée en un quart d’heure, je pris l’autoroute du Sud en direction des Pyrénées. Le soir même je me trouvais dans un petit hôtel de Collioure. Par la fenêtre ouverte, on entendait le bruit calme et régulier de la mer qui venait mourir sur la plage. Cette rumeur monotone était pour moi comme une présence amie qui m’enveloppait et ne me quittait pas. Je pensais aussi que Collioure avait été la patrie du fauvisme et je me demandais ce qu’Yseut aurait bien pu dire sur Matisse. Je suis sorti boire un verre et j’ai flâné dans les rues étroites de la cité. Chaque fois que j’entendais un pas de femme, je me retournais avec l’espoir que ce fût elle, moi qui ne l’avais jamais vue.

Le lendemain, je repris la voiture et commençai à gravir les contreforts pyrénéens en suivant les indications du GPS. Puisqu’elle m’avait donné autrefois son adresse, le moment était venu de s’en servir. Arrivé à l’entrée du village, je m’arrêtai un bon moment. Le paysage était magnifique, époustouflant même. Comme il devait être agréable de vivre ici ! Et dire que je n’avais même pas emporté mes pinceaux ! Je commençais à mieux comprendre ce qu’elle me disait, et certaines de ses phrases, qui revenaient à ma mémoire, prenaient tout leur sens, ici, au milieu de ces montagnes colossales. C’était un monde minéral dans lequel l’homme se sentait superflu. Pour survivre, il lui fallait donc trouver de bonnes raisons. En même temps, la beauté qui se dégageait de ces pics, le trouble qui vous prenait en contemplant ces gouffres, vous donnaient l’impression d’avoir enfin atteint le bout du monde. Après cela, il ne pouvait plus rien exister, cet endroit était le terme où toute vie devait s’achever.

Le temps passait et, si je me plongeais ainsi dans d’intenses méditations, c’était aussi parce que j’avais peur de reprendre mon véhicule et de parcourir le dernier kilomètre qui devait encore me séparer de ma destination. Allons, il fallait bien y aller ! Je repris le volant et, après avoir traversé le village et gravi une pente, je me trouvai sur le sentier signalé dans la fameuse lettre. Une maison, deux maisons, une troisième un peu en retrait, puis plus rien. J’ai encore roulé un peu, au pas, mais me suis vite trouvé dans un chemin de terre qui semblait se perdre dans la montagne. Je sortis de la voiture pour tenter de distinguer quelque chose, mais non, il n’y avait pas d’autres habitations que les trois maisons que j’avais aperçues tout à l’heure. Autour de moi s’étendait la chaîne pyrénéenne, grandiose, imposante, silencieuse aussi, presque inhumaine. J’étais là avec mon angoisse de ne pas retrouver Yseut (mais également, faut-il l’avouer, avec ma peur devant la possibilité de la trouver), et je me sentais tout petit et dérisoire devant ces montagnes qui occupaient l’espace jusqu’à l’horizon, m’écrasant de leur masse de pierre et complètement insensibles à ma peine. Je crois que je ne me suis jamais senti aussi seul et aussi désemparé. Au-dessus de moi, seule trace de vie dans ce décor, un vautour tournoyait et, se laissant emporter par la seule force d’un courant ascensionnel, il parvenait à planer indéfiniment sans jamais donner un seul coup d’aile. C’était le dieu des cimes et il était ici chez lui, fabuleusement majestueux. La vie, soudain, me sembla toute proche de la mort, comme si seule une mince paroi les séparait. Il suffisait, pour s’en convaincre, de contempler cet oiseau au vol superbe et de se rappeler, l’instant d’après, que ce n’était qu’un charognard. Troublé par cette pensée qui brisait mes certitudes, je remontai dans la voiture, fis demi-tour et me laissai descendre jusqu’aux maisons.

L’une portait le numéro 2, l’autre le 3 et la dernière, allez savoir pourquoi, le 7. Comme c’était le 4 que je cherchais et que son absence déclenchait en moi un immense découragement, je suis allé frapper à l’une des portes. Une petite vieille m’ouvrit d’un air soupçonneux et réprobateur. Non, le numéro 4 n’avait jamais existé. La commune était passée directement au 7 pour le cas où on construirait un jour sur le terrain disponible, mais ce n’était pas demain que cela arriverait. Le village se vidait, les jeunes partaient vivre en ville et, à part quelques touristes qui passaient sur le chemin en été pour faire des randonnées, on ne voyait plus personne. Une nommée Yseut ? Bien sûr que non ! Elle n’avait jamais entendu parler d’elle ! Avec un nom étrange comme cela elle ne l’aurait pas oubliée.

Je me suis retrouvé dans la voiture sans trop savoir comment. De grands coups sourds résonnaient dans ma tête et je n’arrivais plus à réfléchir. Je m’arrêtai sur la place du village et entrai dans le seul café existant. Il était vide, bien entendu. Quand le patron entra, il me dévisagea tout de suite d’un air soupçonneux (lui aussi). Mais quand je commandai un cognac, il prit une mine franchement renfrognée. Comme il restait là à son comptoir en train de m’épier – avait-il peur que je lui vole sa bouteille ? –, je lui demandai s’il ne connaissait pas une certaine Yseut, qui se passionnait pour la peinture. D’un ton rauque, il répondit que s’il y avait eu un peintre dans le patelin, tout le monde l’aurait su, mais que de toute façon ce n’était pas d’artistes qu’ils avaient besoin, les gens d’ici, mais d’un vrai peintre en bâtiment, pour rafraîchir un peu les façades. Je payai ma consommation et, sans un mot, regagnai la voiture.

La descente vers Collioure fut pénible. Il faisait chaud, mais à l’horizon les montagnes étaient dissimulées par une brume blanche qui allait en s’épaississant. Manifestement, un orage se préparait et il promettait d’être violent. Je ne savais que penser. M’avait-elle menti en inventant une fausse adresse ? Savait-elle pertinemment que le numéro 4 n’existait pas, ou bien avait-elle inventé un nom de rue au hasard, après avoir pointé un village sur la carte ? Cela ne lui ressemblait pas. Elle s’était montrée trop sincère et trop présente pendant tout le temps qu’avait duré notre correspondance. Avait-elle seulement existé et n’avais-je pas tout inventé ? Mais dans ma poche je sentais la copie de son dernier courriel, ce qui au moins prouvait que je n’étais pas fou. Il fallait me rendre à l’évidence, mon bon génie avait disparu pour toujours. Un grand vide s’installait progressivement en moi, que je ne savais comment combler. Y parviendrais-je jamais ?

Il faisait nuit noire quand je garai la voiture à proximité de l’hôtel. Les premières gouttes, énormes, commençaient à s’écraser sur le pare-brise. J’étais parqué devant une galerie d’art et, instinctivement, j’ai jeté un coup d’œil à la vitrine. Ce que je vis alors me laissa sans voix. Bien en évidence, sur un chevalet, se trouvait une toile intitulée Soleil couchant. Elle représentait des montagnes avec un petit chemin de terre à l’avant-plan. Dans le coin inférieur droit, une touffe de lavande irradiait de tout son éclat. C’est à ce moment que le premier éclair zébra le ciel et que l’éclairage public s’éteignit tout d’un coup. Il me fallut tâtonner dans le noir et raser les murs pour parvenir jusqu’à l’hôtel. J’étais complètement trempé. Derrière son comptoir, la gardienne de nuit me tendit la clef de la chambre. Elle me dévisagea et, sans rien dire, esquissa un sourire d’un air étrange.

L’éclairage de secours donnait aux lieux un caractère insolite. Bien entendu, l’ascenseur ne fonctionnait plus. Je gravis l’escalier comme je pus, et arrivai enfin au bon étage. J’étais exténué et me suis affalé sur le lit. Ce n’est pas pour autant que je trouvai le sommeil, car les idées s’enchevêtraient dans ma tête.

J’entendis des bruits de pas dans le couloir. C’étaient ceux d’une femme. Elle frôla ma porte puis pénétra dans la chambre voisine, où elle s’enferma. Le bruit de la clef dans sa serrure résonna longtemps à mon oreille ; je m’endormis enfin. Quand je m’éveillai, un frais parfum de lavande flottait dans l’air de l’aube.

Jean-François Foulon

 

Publié dans Nouvelle, articles

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Aurélie Coquelet nous présente son recueil "Sans (re)père"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Biographie

 

Mon papa est décédé en 2003, un mercredi de février, et si jamais je n'oublierai ce jour, je me devais de continuer d'avancer pas à pas, pour moi, pour ma maman.

Écrire pour avancer m'a semblé naturel. 

Mon papa écrivait, j'écrivais avec lui...dés lors, quoi de plus normal que de continuer, pour lui rendre hommage?

 

Aujourd'hui, j'ai avancé,j'ai fait mon deuil. Je ne l'oublierai jamais, il est toujours avec moi, il est là,...à chaque page de ma vie, comme il est là, à chacune des pages qui suivront.

 

 

 

Extrait

"Papa" mon premier mot,
Ce mot que désormais
Je ne peux plus prononcer
Ce mot qui m'arrache le coeur;
Qui me ronge de l'intérieur.

 

Publié dans présentations

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Laure Hadrien présente son recueil de nouvelles "L'Epervière et autres nouvelles"

Publié le par christine brunet /aloys

 

BIOGRAPHIE

Née à Charleroi d’une mère carolo et d’un père verviétois,  Laure Hadrien passe son enfance et sa jeunesse à Verviers avant de venir s’installer à Namur où elle réside encore.   Diplômée de psychologie et maître en traduction elle exercera ces deux métiers tour à tour.   Mariée et mère de deux enfants,  elle écrit d’abord des nouvelles qui seront publiées dans diverses revues littéraires et radiodiffusées sur la rtbf.   « Romance avec le passé » est son premier roman.  Arrive maintenant « L’Epervière et autres nouvelles »,  un recueil qui rassemble des textes plus longs et plus travaillés que ceux qui apparaissent sur son blog et qui correspondent à ceux radiodiffusés naguère.

Résumé

Un recueil de neuf nouvelles où dominent la douceur et la tristesse mais aussi l’attente et l’espoir.
Une écriture très travaillée, des personnages qui rêvent leur vie, puis qui un jour passent à l’action.
L’Epervière, texte plus long, relate un duo-duel très accrocheur. Les passes d’armes se succèdent, entrecoupées de pauses, afin que l’héroïne adapte sa stratégie. C’est en effet l’élément féminin qui, une fois n’est pas coutume, mène la danse et crée l’offensive. Le personnage masculin résiste puis contre-attaque. Lequel des deux l’emportera?

Le terme d’épervière évoque la femelle de l’épervier, mais désigne en réalité une petite fleur qui se contente de peu de terre et d’eau, et dont les sucs aiguisent la vue des éperviers selon une tradition populaire.

Parmi ces nouvelles, certaines ont été diffusées en radio dans les émissions littéraires d’Annie Rak, animatrice de la RTBF. Elles ont été choisies pour leur verve et leurs qualités sonores.

EXTRAIT

Dans son rêve, elle donnait à Chaville des airs de souvenirs d'enfance et le sourire de Louis, son grand-père, qui l'avait tant aimée autrefois. Quand elle imaginait Chaville, il lui semblait revoir son visage serein, ses yeux très bleus et ses mains qui battaient les cartes à l'ombre des rosiers grimpants. Qui l'avait aimée autant que lui?

 

Son amant allait-il l'inviter à Chaville? Elle en avait envie et le redoutait tout autant. Etait-ce le long voyage en solitaire? Elle se voyait recroquevillée au fond de l'express, craignant ses compagnons de voyage. Il viendrait l'attendre à la gare du Nord. Elle se sentait incapable de traverser seule une grande ville agressive, elle qui était fille de sourires de grand-père et d'ombre de rosiers grimpants. Elle avait besoin qu'on la prenne par la main, comme lorsqu'elle était petite, comme quand Louis l'aimait.

Publié dans présentations

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Carine-Laure Desguin a vu "Marbie Star de couillu les 2 Eglises"

Publié le par christine brunet /aloys

 

C’est mardi dernier que j’ai regardé Marbie, Star de Couillu les 2 églises, oui, mardi 14 novembre 2017.

Oui, je sais, c’est honteux…Un film carolo sorti en 2014…Et pourtant, j’avais lu chaque article qui concernait ce film et j’avais écouté toutes les interviews. De plus, je connaissais plusieurs acteurs du film, Mémé Loubard et Pino Bonelli, entre autres.

Alors pourquoi avoir attendu ? Je l’ignore. Je me souviens de l’enthousiasme des Carolos, un film était tourné sur leur fief, quelle fierté ! Et moi, j’avais fait bêtement marche arrière.

Alors, quand mardi, j’ai reçu le DVD, je n’ai pas hésité. Une fois rentrée chez moi, je me suis calée entre les coussins de mon fauteuil et je me suis énervée en enclenchant le film, ça n’allait pas assez vite, comme quoi… Faut dire que je venais de quitter Dominique Dubuisson, le promoteur et chef d’orchestre du film et son épouse, Dominique Smeets, la réalisatrice.

À souligner que Dominique Smeets est la première réalisatrice carolo. Les Dominique étaient interviewés pour www.actu-tv.net, ils nous ont parlé de leur prochain film, La vérité sort du puits. Là, ce sera le premier film à portée vraiment sociale mais nous en reparlerons plus tard, revenons à Marbie, star de Couillu les 2 églises.

Le premier mot qui me gifla les deux joues, c’est Poésie. Je n’ai pas pensé une seule fois en regardant ce film que c’était un film carolo, tourné dans des endroits que je connaissais, par des gens que je connaissais.

Eh bien non, je n’ai pas pensé à tout ça. Je me suis sentie transportée par toute cette poésie qui flirte avec chaque plan de ce film. Tout n’est que poésie durant ces XXX minutes, je ne sais pas combien exactement, je ne veux même pas le savoir. Je n’ai remarqué aucune longueur. C’est formidable de se dire que ce film a été réalisé par une autodidacte, même si Dominique Smeets a un pied dans le monde artistique depuis plusieurs années. Et là, on le voit à chaque minute, c’est une actrice de qualité, quelqu’un de sincère et d’authentique.

Dès les premières images, on ressent de l’empathie pour cette Marbie et lorsqu’on s’aperçoit qu’elle tombe dans les griffes de ce Jean Tube, on tremble, on se dit qu’elle se fera bouffer, qu’elle sera déçue. On se dit, ben cours dans les bras de cet infirmier, ne crois pas ce Jean Tube, il a beau être le sosie de Johnny, c’est une espèce de c…… !

On ressent une grande empathie pour cette naïve Marbie et on essaierait, tout comme son oncle et sa marraine, de la protéger par n’importe quel moyen. Quand ces mégères de villageoises et tutti quanti se moquent de Marbie, on voudrait leur sommer de se taire, de se regarder, elles qui n’ont aucun rêve étoilé. Et quand ce Jean Tube s’obstine à faire de Marbie une star, on lui lâcherait bien, eh, pas touche mon vieux, passe ton chemin et ambitionne autre chose, ne profite pas de notre Marbie.

Les paillettes, le tapis rouge du festival de Cannes, tout cela serait donc bientôt pour Marbie ? Vraiment ? Je ne dévoilerai pas la fin du film. Car certains d’entre vous ne l’ont pas encore vu, n’est-ce pas ?

Oui, il y a bien l’un ou l’autre Carolo qui a zappé ce film... Et si l’on me demande ce que j’ai vraiment aimé en regardant ce film qui fut qualifié d’improbable car rappelons-le il fut produit grâce à la participation de plusieurs centaines de citoyens, je répondrai que j’ai tout aimé. La toute grande poésie dans chacun des personnages, de Marbie bien sûr mais pas seulement la poésie de Marbie. Je pense à Jacques, à la marraine de Marbie et à Jean Tube, oui, même lui, même ce Jean Tube.

C’est un film belge, ne l’oublions pas, et c’est une toute grande belgitude que l’on croise dans chaque plan du film, et aussi par la musique, et aussi par la « lumière ». Vous voyez ce que je veux dire ? Non, bien sûr que non, cet accent belge n’ampute en rien ce film, c’est un film belge, je vous dis ! Et Marbie qui chantonne Bardot en Flamand, quel cadeau ! Mais je n’en dirai rien de plus, vous n’avez qu’à faire comme moi, vous caler entre les coussins de votre fauteuil, grignoter quelques saucisses en hommage à Jean Tube, et ne perdre aucune image de ce film que je qualifierais d’une profonde humanité. Si vous ne me croyez pas, consultez donc une médium déguisée en Chantal Ladessous…

Eh bien à présent j’attends 2019, car c’est en 2019 que l’on parlera de La vérité sort du puits.

Marbie, le site : http://www.marbiestar.be/news.php?page=7


 

Carine-Laure, une actu?

Oui, ça vient, ça vient, le 04 février, lecture d’un de mes textes par le Box Théâtre de Mons. J’en dis plus dans quelques jours. Patience !

 

Press book de C.-L. Desguin:

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/press-book/32061526.html

 

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Edméé de Xhavée nous propose une nouvelle "Les funérailles de la baldracca"

Publié le par christine brunet /aloys


 

Les funérailles de la baldracca – Edmée De Xhavée


 

Une baldracca, en italien, c’est une « pute »…


 

La brume se détache, comme à contrecœur, des contreforts rocheux et de la cime des arbres crispés sous le froid de l’automne. Le son de la cloche de Santa Maria dei Tanti Peccati vibre dans l’air dense et humide de cette journée rousse de feuilles et grise de ciel. Sur le chemin qui monte à l’église, on entend tousser et renifler les vieux, geindre un enfant, admonester une mère impatiente dont le timbre de la voix trahit une joie qu’il ne faut pas gâcher par des enfantillages. Pas aujourd’hui, alors qu’enfin la baldracca, la putain, le déshonneur du village, celle dont le visage hideux servait de Befana (sorcière) pour garder les enfants sages sera mise sous terre.

Sous terre, où elle devrait être depuis une vie, cette vie qui a duré trop longtemps, pense Aldo, le veuf qui ne mime même pas le chagrin, et a promis à tous une tournée de grappa Pinot Barricata, une grappa d’exception, pas comme celle qu’ils distillent eux-mêmes ici dans la montagne et dans laquelle ils enfoncent une vipère à la mâchoire déployée… Plutôt que d’oublier dans l’alcool, il compte bien célébrer sa vie ainsi nettoyée par la main de Dieu de la honte qui a sali la renommée des siens… Son sacrifice interminable… Dieu a enfin eu pitié de ses efforts…

Il était temps, dit sur un ton à peine discret la Pina à sa sœur, bras dessus-bras dessous quelques mètres derrière Aldo. Il est encore bel homme, droit, et sa veste noire, dont elle a recousu les parements, lui donne une classe que ses habits de tous les jours ne permettent pas de déceler. Une petite année de deuil par décence, et elle pourra entrer chez lui en mariée, en maîtresse des lieux, et effacer toute trace du passage de la baldracca. Sa sœur soulève les épaules, sourit et chuchote à la Pina, avec un coup de coude discret dans le creux de la taille « c’est enfin ton tour d’être heureuse, oui ! Après presque vingt ans, tu y a bien droit…»

Derrière Aldo, les trois enfants qu’il a eus de la baldracca. L’aînée, Léopoldina a les yeux de sa mère, de ce bleu éperdu de ciel printanier, mais le teint et les cheveux d’Aldo, bistre et noirs, brisés en boucles laineuses et indomptables. Ses traits sont remarquablement beaux, et le temps apportant un oubli cruel parfois, on en est venu à se demander comment, avec une mère aussi affreuse, une telle chose était permise par la nature.

Insouciante, elle parle avec sa plus jeune sœur, Laura, qui lorgne à la dérobée le jeune Filiberto, dont les parents gèrent le seul restaurant de la région, restaurant qui attire des touristes pendant toute la belle saison pour manger leur fameux ragù di capriolo ai funghi, le ragout de chevreuil aux champignons. Elle le sait, Filiberto comme elle vit cette journée comme un cadeau d’espoir, car l’idée d’avoir la baldracca comme belle-mère était impensable, et sa mort vient de les libérer d’une frustration amoureuse qui se faisait très lourde. Le pas plus lent que ses deux sœurs, Beppe, lui aussi paré des yeux maternels mais également de son teint clair, de ses cheveux lisses couleur thé, et de lèvres qu’Aldo et sa grand-mère lui ont toujours conseillé de « tenir tranquilles ». Fais-les donc tenir tranquilles, ces indécences. Car les filles du village, elles, dissimulent les leurs quand elles le voient, tandis qu’elles relaient avidement le secret qu’elles trahissent, ces deux parts d’une bouche trop belle et gourmande… Car elles rappellent, leur ont dit leurs mères, celles du beau Nando. Nando qui est un jour parti pour ne pas revenir, donnant un tel chagrin à son père qu’il s’est jeté depuis le point de vue vers la vallée au bord de la route en lacets. Beppe, comme ses sœurs, sent que ce jour est un jour d’envol, que la brume se lèvera et le soleil, enfin, baignera leurs vies à tous.

Appuyée contre sa fille Alma, la vieille Rosa serre ce qui lui reste de dents. Bon vent la baldracca, bon vent et qu’on puisse t’oublier. Car ce que tu as fait à mon fils, le plus beau des fils, ce Nando sorti de mon ventre comme un oiseau de paradis qui serait né dans un poulailler, je ne peux te le pardonner. Pas plus que le saut de son père que le chagrin avait ailé, et qui m’a laissée veuve avec une fille que personne n’épousera plus, son temps est passé et son corps s’est tari. Tu aurais pu mourir avant ton heure, tu aurais pu hâter le destin, et nous laisser une chance de descendance…

Trop faible pour marcher, assise dans une chaise roulante poussée par son mari Ernesto, Inès, la mère d’Aldo, le chapelet entre les doigts déformés par l’arthrose et la méchanceté, le menton piqué de poils noirs levé dans une expression altière et triomphante. Ernesto, enfin, enfin… je pense que c’est le plus beau jour de ma vie, le plus beau dans l’absolu. Nous avons été de bons chrétiens, avons supporté l’épreuve que le Seigneur avait dans ses plans pour nous, mais de sa mort nous ne sommes pas responsables, et enfin la récompense est venue. C’est le plus beau jour de ma vie, je te dis ! A ses côtés, sa fille Gianna la pecora comme on l’appelle, Gianna la brebis, ses gros yeux tristes remplis de croûtes, et ses pensées ricanant amèrement dans le secret de son cœur.

Le père de la baldracca, Remo le taiseux, veuf depuis l’abominable histoire, le père d’une baldracca qui avait coiffé de honte tout un village. Sa femme n’avait survécu que trois semaines au drame, et son fils le Massimo était resté en ville où il étudiait, pour ne jamais revenir, se limitant à quelques cartes postales ici et là. Le vieil Anselmo, lui rendant visite un jour, avait rapporté au village que sur son bureau trônait une photo agrandie de sa baldracca de sœur, avec un petit vase rempli de fleurs séchées devant. Mais même pour les funérailles de sa sœur il n’est pas revenu… Par la faute de cette fille éhontée il avait tout perdu, attaché à ce village qui détenait toutes ses racines et ses repaires, l’en rendant prisonnier.

Un jour sans doute oublierait-on même que la baldracca avait vraiment existé.

Dans le cercueil de planches, le moins cher, le plus sordidement bon marché, portée par six gars du village désignés pour la tâche et le visage plus furieux qu’attristé, la baldracca repose enfin en paix. Pour elle aussi c’est le jour de la grande renaissance, et de sa récompense. Un par un elle renverse en tête, comme des quilles malfaisantes, les habitants et les faits de ce village et de sa vie.

Aldo d’abord fier et avide de sa pâle beauté d’elfe translucide, comme il l’appelait, et puis haineux, jaloux, blessé de sa propre rusticité… poussé par la Inès, laide et épousée pour ses terres, et la Gianna née sans menton et devant laquelle on faisait bêêê en riant, et dont on savait qu’elle resterait pucelle. Les coups, les insultes, les affirmations selon lesquelles elle se croyait mieux que sa mère et sa sœur, que lui-même.

Remo son père, qui de taiseux était devenu muet, ne lui avait plus jamais parlé. A peine un mouvement du menton s’il la croisait dans la rue, les dents serrées et le regard luisant comme la fureur qui sort d’un volcan.

Ses filles, Léopoldina et Laura, égoïstes et sans cœur, travaillées par la rancœur que leur avaient transmise la Inès, Ernesto, Aldo et les autres, et qu’elles n’avaient jamais remise en question. Convaincues que tout ce qui bloquait des joies infinies, c’était elle, qui pourtant continuait de coudre, cuisiner, réparer, nettoyer comme avant, pour qu’elles profitent de leur vie. La sienne, après tout… qu’elle s’use en vase clos n’était pas plus mal, elle était si effrayante à regarder maintenant… Seuls ses yeux parlaient encore d’un vertige infini.

La Pina, ah la Pina… oh elle le lui aurait bien donné, son Aldo, elle le voulait tellement. Voulait-elle les coups aussi, les humiliations, les crachats dans les cheveux ou les coups de pieds aux fesses après l’amour qu’il faisait comme un possédé qui expurge sa haine ? Elle n’avait encore eu, la Pina, que l’amour à petites doses, celui qui ressemble à des dragées délicieuses, et les caresses sur les doigts, sur les seins, et les mots les plus tendres qu’il avait dans son répertoire. Et surtout, elle avait l’illusion qu’une fois la baldracca hors du chemin, ce serait place à la romance et les petits soins. Là dans son cercueil plein d’échardes, ce qui reste d’elle rayonne un court instant, à l’idée des surprises âpres comme la rue fétide qui attendent la Pina une fois le temps de deuil épuisé dans l’impatience…

Beppe, son fils, son amour de fils, celui qui ressemble à Nando et la hait pour cette raison… et comme elle le comprend. C’est lui qui résume tout le drame, l’endosse comme un manteau poisseux.

La Rosa et l’Alma, jalouses de la beauté surnaturelle de ce fils et frère qui avait traversé le sang de leur famille, et dont on ne trouvait plus de trace sinon dans Beppe… Jalouses de ce garçon que, elles se tuaient à le rappeler, elle leur avait ravi avec ses jeux de paupières et les reflets de sa peau pâle. Le scandale avait été si sonore qu’il était, leur avait-on dit, parti en courant dans la vallée pour ne jamais en reprendre le chemin, tandis que les larmes et cris du père l’avaient fait plonger dans le vide à sa poursuite.

Mais la baldracca sait où il est, Nando. Ses os, elle les a lavés chaque année, à l’anniversaire du drame. Elle descend le long du versant aux myrtilles et bolets, dans le silence mousseux du sous-bois, avec un seau et une éponge, et elle le lave doucement, lui parle, le touche, et lui demande de l’attendre, que ça ne saurait plus être long. Elle a fait ce rituel chaque année, après avoir, au début, protégé le corps des gros prédateurs en le recouvrant d’une grosse épaisseur de brindilles, branches et feuilles, le tout surmonté d’un panneau de bois où elle jetait un peu d’essence lors de ses promenades. Depuis longtemps maintenant il ne reste que les os et la veste de cuir, raide et moisie, ainsi que les chaussures. Et la splendeur de leur couple immortel.

Les faits sont encore clairs dans ce qui lui reste de conscience, même s’ils se diluent comme le fait cette brume matinale dont elle ne fait plus vraiment partie. Leur liaison découverte par Aldo qui, aidé de ses parents Ernesto et Inès, suivis du père de Nando que l’on trainait de force, les ont suivis puis surpris, étendus dans l’amour sous les ramures complices. Inès qui a vidé la fiole de vitriol sur le visage et la poitrine de sa belle-fille alors qu’Aldo émasculait Nando avec son couteau de chasse, pour enfoncer ses testicules, hurlant et pleurant, dans la bouche fondue de son épouse. Et enfin forçant le père à saigner son propre fils, dont elle avait tenu le regard mourant dans le sien jusqu’à la fin, rapide.

Le fils qui leur était né six mois plus tard, et qui n’eut la vie sauve que parce qu’il était un fils.

Nando, Nando… enfin, j’arrive !

Stefania, mon aimée… tu sais, chaque jour et chaque heure, je me suis glissé dans ton ombre… je ne t’ai jamais quittée…

 

EDMEE DE XHAVEE

 

Publié dans Nouvelle

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2401, le premier thriller de Bob Boutique chroniqué dans le blog "Interligne"

Publié le par christine brunet /aloys

http://interligne.over-blog.com/2017/11/2401-de-bob-boutique.html

http://interligne.over-blog.com/2017/11/2401-de-bob-boutique.html

 

 

Pour une fois je vous propose un polar alors que je n’en lis presque plus mais celui-ci, né au pays de la célèbre Chimay bleue, m’a paru assez original et plutôt intéressant.     

 

2401

Bob Boutique *

 

J’ai profité d’un voyage en train en Belgique pour lire ce gros roman noir qui raconte une histoire originale, fort complexe, et dont l’intrigue est particulièrement bien construite, surtout la partie belge, par Bobo Boutique, l’auteur. A Chamy, dans le sud de la Belgique, ne pas confondre avec Chimay le village où l’on produit la célèbre bière étiquetée de bleu, un ou plusieurs corbeaux sèment la panique dans la population. D’étranges lettres anonymes parviennent chez certaines personnes qui leur proposent un surprenant marché : le silence sur leurs agissements délictueux en échange de la soumission d’une autre  victime au même mode de chantage. Chaque victime redoutant la divulgation de la vérité se soumet à ce petit jeu.

 

Pendant ce temps, un éminent responsable de la communauté musulmane d’Amsterdam est assassiné lors d’un attentat à la voiture piégée. La police antiterroriste hollandaise, la KMAR, découvre vite que l’auteur de cet attentat viendrait de ce petit village belge de Chamy. Aussi décide-t-elle d’envoyer une de ses inspectrices sur place pour tenter d’en apprendre davantage sur la  population de ce coin de Belgique. La jeune inspectrice comprend vite que des choses étranges se passent dans ce village et, après avoir lié amitié avec une jeune femme perturbée, elle décide de prendre sa place lors d’une réunion occulte à laquelle elle est conviée.

 

Lors de cette réunion, la policière est enlevée et conduite après un long périple à Sion. Son supérieur s’inquiète de sa disparition et lance son équipe à sa recherche avec l’appui de la police belge qui, elle aussi, ne comprend pas le remue-ménage inquiétant qui affecte cette région. Le roman bascule alors dans un autre monde, celui de ceux qu’on présente comme des anormaux, ceux qui sont nés avec des malformations physiques lourdes. Un médecin suisse spécialiste de la tératologie (la science des anomalies de l'organisation anatomique, congénitale et héréditaire, des êtres vivants – selon Wikipédia), avec l’appui d’une secte religieuse qui défend le droit à la vie humaine quelle qu’en soit la forme, étudie ces malformations pour comprendre leur cause. La clinique de ce célèbre médecin semble être le centre névralgique de l’organisation qui manipule la fameuse chaîne constituée par les corbeaux dévoués mais inconscients du rôle qu’ils jouent. Une féroce bataille, pleine de rebondissements, oppose dès lors les polices hollandaises et belges à cette organisation sous le regard intrigué de la police suisse.

 

Voilà un roman noir étonnant, construit sur une intrigue très originale, qui met en scène une organisation particulièrement dangereuse dont les membres ne se connaissent pas et n’ont absolument pas conscience de la portée de leurs actes. Le manipulateur est un génie de l’informatique, il peut anticiper toutes les situations auxquelles il risque d’être confronté. J’ai surtout aimé la partie du roman qui se déroule en Belgique, là où naît l’histoire qui va conduire à l’affrontement définitif. La seconde partie est plus complexe, plus lente, moins rythmée, elle entraîne le lecteur dans un monde beaucoup plus dur à accepter. L’auteur est remarquablement documenté sur le fonctionnement de la police antiterroriste, notamment sur ses activités occultes. Sa connaissance des lieux est elle aussi très intéressante, même si son imagination joue peut-être un rôle important dans la description des sites où il situe l’intrigue.

 

Nul doute que cet ouvrage  enchantera  les amateurs du genre. Personnellement, il m’a appris des choses sur la tératologie et m’a rappelé ce que nous savons tous depuis quelques années, qu’on peut activer des terroristes partout dans le monde sans même sortir de chez soi. Et cela n’est pas rassurant.

Denis BILLAMBOZ

Publié dans avis de blogs

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Bob Boutique passe sur le grill de Polichinelle !!!

Publié le par christine brunet /aloys

And now, ladies and gentlemen... Voici l'inoxydable, l'indécrottable, l'incroyable, l'indémodable, l'infatigable, l'improbable mais très abordable, Monsieur Actu-Tv, j'ai cité : Bob Boutique !


1) Actu-Tv démarre sa 8ème saison... synonyme que ça "marche", non ? Peux-tu nous résumer cela en quelques chiffres ?


- Oui, on peut dire que ça "marche", mais l'explication est simple : on a une équipe super motivée, pas de tire-au-flanc et encore moins d'égo. Des chroniqueurs qui sont eux-mêmes auteurs et savent donc de quoi ils parlent et enfin... j'ai l'impression qu'on est les seuls à faire ça en Belgique.
Les chiffres ? Difficile, car on a changé plusieurs fois d"hébergeurs et qu'au début on ne comptabilisait pas. On vient de démarrer en plus sur You tube mais là, c'est vraiment le tout début donc peu significatif. Disons qu' avec le site et les partages sur Facebook, Google+, Twitter etc. ... grosso modo 15.000 spectateurs par émission.
Comparé à certains buzz, c'est pas grand chose mais pour de la littérature et les arts qui y sont associés (de la culture quoi !), c'est pas mal quand même !


 

2) Totalement satisfait ou encore perfectible ? Si oui, pourquoi ? Où ? Comment ?


- Ben oui, on est contents puisqu'on s'amuse et qu'on s'entend bien ! Perfectible ? Bien entendu, on travaille sans matos, rien qu'avec des idées et de la débrouille... on se critique tout le temps de façon positive et on essaie, on tente... si c'est pas bon ou pas terrible, on n'en fait pas une dépression. Mais toujours on continue, on n'a jamais raté une émission.
Un jour, j'ai fait un reportage sur une émission télé de la RTBF ! Le mec interviewait un lecteur... une séquence d'une demi-heure qu'on aurait fait chez Actu-Tv en une heure (peut-être un peu moins bien, OK) et qui, lancée sur le Net aurait eu à peu de choses près le même aspect que leur émission. Et bien, ils étaient DIX pour faire l'enregistrement plus un CAR DE CAPTATION ! Je veux bien qu'on soit syndiqués mais faut quand même pas pousser bobonne dans les orties... déjà que leurs journaux télés sont manipulés à mort (toujours la même couleur)... c'est bien simple, j'écoute les infos chez les flamands...
Alors oui, rapport qualité/prix, on s'en sort pas trop mal ! Sans coûter un centime à la collectivité. Subsides=zéro et on n'en veut pas.


3) Tu choisis tes collaborateurs ou y a-t-il des candidatures spontanées ? Y a-t-il des critères précis dans le choix de tes collaborateurs .


- Un seul critère, avoir la passion, de l'humour, parler vrai, simple et ne pas se prendre pour Brad Pitt ou Marilyn Monroe. Et aussi, CAPITAL, savoir bosser, préparer ses sujets, arriver à l'heure, être fiable quoi ! Du coup, on devient très vite des amis... chez Actu-Tv, on se fout des apparences, des accents (j'en vois certaines qui se sentent visées), on veut des PERSONNALITES. Le reste, la façon de parler, etc. ... ça s'apprend. A vrai dire, on ne s'est séparé qu'une seule fois d'un collaborateur qui tirait un peu trop la couverture à lui... une seule fois et ce après l'avoir averti amicalement trois fois !


 

4)Ton meilleur souvenir et ta pire galère ?


- Je n'ai pratiquement que des bons souvenirs, on a rarement rencontré des gens désagréables... bien sûr, on pose les questions qu'on veut et on n'épargne rien. Nous, on met tout sur la table puisqu'on est insolent mais juste. Mais toujours dans la bienveillance... ce qui nous déplaît, on n'en parle pas ou on l'ignore.
Galère... quand un mec trouve qu'on ne l'a pas assez flatté et mis à l'honneur et qu'il exige avec des grands airs et des sommations pseudo juridiques de visionner "sa" séquence avant le passage sur antenne ou même qu'on la retire. Là, je deviens presque grossier. C'est NON, allez vous faire voir... c'est déjà arrivé (fort peu) et on n'a JAMAIS cédé. On a toujours passé ce qu'on voulait. Bons mais pas cons ! Mais encore une fois, c'est très très rare.


 

5) Le troisième volet de ta trilogie, c'est pour quand ? Son titre ?


- Après "2401" et "Chaos", j'espère sortir le troisième tome début 2018. Et puisque le

Polichinelle veut toujours tout savoir avant les autres, disons qu'il s'intitulera probablement "Bluff" ! Si le comité de lecture le laisse passer of course car chez Chloé tout doit passer devant ce comité. Un scoop, il m'a presque tout refusé jusqu'ici, non pas pour le contenu, là ça va, mais pour l'orthographe. Pas oublier que je suis flamand ou allemand au départ. Du coup, je fais du chantage chez Christine Brunet.. ou elle corrige tout... ou rien du tout. C'est une vraie amie. Je sais qu'elle s'arrache les cheveux mais elle le fait quand même. Une sainte !

 


6) Après tes 3 "briques", un retour aux contes ?


- Aucune idée, j'en ai assez dans mes tiroirs pour sortir un troisième volume mais je ne trouve pas le temps. Une chose après l'autre.

 

 

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Christine Brunet a lu "Sonate au Clair de Lune" d'Elodie Lemaire

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Sonate au Clair de Lune... Un titre qui pourrait coller au genre 'chic-lit' mais un visuel très codé qui nous renvoie instantanément vers un autre genre littéraire très prisé actuellement par les adolescentes, la "bit-lit"... 

Impossible d'ignorer ce rayon bien fourni des libraires qui s'étend entre littérature fantastique et SF. Le lectorat est jeune, féminin et TRES enthousiaste. Et pour cause...

Pourtant, j'avoue n'avoir jamais eu la curiosité d'ouvrir et de parcourir l'un de ces ouvrages. Ma connaissance de la littérature "vampirique" découverte à l'adolescence se résumait à Dracula (de Bram Stoker) que j'ai littéralement dévoré, lu et relu, Entretien avec un vampire (d'Anne Rice) et la Forteresse Noire (de F-P Wilson), trois romans qui m'ont transportée dans un univers très noir, fantastique, une atmosphère qui, des années après, continue à me coller à la peau. 

Du coup, lorsqu'Elodie Lemaire m'a proposé de découvrir son ouvrage, j'ai sauté sur l'occasion, bien entendu, mais sans a priori : je voulais comprendre l’engouement de ces adolescentes frénétiques et, qui sait, y prendre goût.

L'histoire en quelques mots ?

Deux jeunes femmes disparaissent...  puis une troisième, Charlotte, une étudiante introvertie et mal dans sa peau, tournée vers les choses de l'esprit. Disparition inquiétante pour sa famille mais une "nouvelle" vie pour l'adolescente qui va découvrir l'amour passionnel, charnel et fusionnel pour un être hors norme (un vampire, vous l'aurez compris), puis la trahison, la manipulation et la déchéance. 

Dans une atmosphère entre réalité et rêve, entre fastes et obscurité, beauté et noirceur, amour et haine, l'adulte que je suis a été surprise par le traitement du sujet, amusée aussi de constater le gap qu'il existe désormais entre ce qu'on appelle la littérature ados/jeunes adultes et la littérature dite adulte, une différenciation inexistante dans les années 70/80. 

Sonate au Clair de Lune est un roman sentimental qui veut insuffler le frisson mais pas trop : on n'est pas du tout dans l'horreur ou la violence mais dans une romance atypique qui joue sur l'empathie inévitable pour l'héroïne et même pour Jonas, le beau ténébreux en fin de compte pas si mauvais que cela, manipulé comme sa victime.

Sonate au Clair de Lune est un texte facile à lire servi par une plume alerte et rythmée qui amène, par de longues descriptions, son lecteur dans son univers froid où la mort est omniprésente.

Âmes romantiques, plongez sans vous poser de question dans ce quasi huis-clos : le texte fera le reste. 

 

Merci Elodie Lemaire pour la découverte !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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