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Le blog Aloys

Articles récents

Souvenir oublié, un poème de Philippe Wolfenberg

13 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Poésie

Les états d'âme de la Lune et du Soleil

 

Souvenir oublié

 

 

 

Quand le soleil se couche et qu’arrive le soir,

Je me rappelle une fille aux yeux marron et cheveux noirs

Dont l’absence, parfois, me plonge dans un sombre désespoir

Et, alors, des moments exquis reviennent à ma mémoire.

 

 

A une époque révolue et regrettée, en d’autres lieux,

Perdu dans un parc arboré, un château merveilleux,

Habité par le spectre affligé et vaporeux

D’une amazone à l’intense regard de feu.

 

 

Sous le feuillage des géants séculaires,

Reniant sans remords sa nature première,

Sur un banc, la belle et troublante guerrière

S’offre à moi, à l’ombre d’une grande tour austère.

 

 

Cette réminiscence d’un lointain passé

A le goût doux et amer du dernier baiser,

Ultime vestige de l’amour devenu suranné,

Laissant dans le cœur l’envie de tout effacer.

 

Philippe Wolfenberg

philippewolfenberg.skynetblogs.be

http://www.bandbsa.be/contes3/wolfenbergtete.jpg

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Jean-Louis Gillessen nous parle de Claude Colson

12 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

Jean-Louis Gillessen nous parle de Claude Colson

Bonjour bonsoir à toutes et à tous,

En consultant le forum, j’ai ouvert un sujet consacré aux « Textes et poèmes » de notre ami

Claude Colson . Une partie d’entre eux participe de la coquinerie, ils sont délicieux.

Ses écrits sont un petit bijou … Le sujet abordé a provoqué en moi une résonance, et, comme il se trouve que Claude et moi avons déjà échangé de bons moments sur la toile, je me suis autorisé en écho à ajouter le commentaire suivant qui reprend un extrait de ma pièce Léon 20H30.

La tentation était trop forte. D’aucuns m’ont suggéré d’en faire part à Christine pour une éventuelle publication sur ALOYS. Ceci explique cela, et en voici donc le copié-collé …

(« Je viens, en tant que jeune nouveau cédélien fraîchement éclos, émoulu et déjà presque moulu, je viens donc de découvrir dans le forum le sujet concernant « Textes et poèmes » de Claude Colson : quel pur délice que tes textes!

Très modestement je livre ici l'un de mes écrits, extrait de ma pièce Léon 20H30 :

Avant de citer son poème, le personnage, seul sur scène, dit :

- Quand je pense qu'en Écosse, nous avons dormi tous les deux simplement,
tendrement, entrouverts, ma tête posée près de l'antre raviné de son ventre raffiné.
Paupières closes. Lèvres roses. T'en souvie
ns-tu? -

Il enchaîne lyriquement :

- « Et cette main que maintenant tu guides sûre mais tendrement,
nos quelques doigts qui frémissants sur ton sein droit vont en glissant,
ces lèvres humides et détendues qu'en ce soir pleines tu as rendues
pour sur nos peaux les poser nues,
belles d'amour, perles de désirs, saines complices de nos soupirs,
relient nos chairs, chères à chérir. » -

Il conclut :

- Aaaargghhh, quand je pense qu'en Écosse on a dormi tous les deux sans joindre nos corps,
sans aucun ... " temps " passé, Roméo, Juliette, cent ans passés, sans même nous " embrasser ",
sans préserver cette chaleur qui soude un
être à l'autre ...
... Déjà qu'y faisait caillant, on est cons quand même! - »)

L'effet est certes moins évident hors contexte de la pièce ...

Jean-Louis Gillessen

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Papy Nzili en interview pour notre blog : " j’ai toujours ce besoin (et cette liberté !) de dire tout haut ce que beaucoup peinent encore à exprimer."

11 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys

 

Tu te présentes pour ceux qui n'auraient pas encore lu les articles postés sur ce blog ?
Je suis le quatrième d’une famille de cinq enfants. Je suis né à Kinshasa en 1973, je vis en Belgique depuis 17 ans. J’ai deux garçons. En dehors de l’écriture, je suis contrôleur des impôts. Je sais qu’on ne se fait pas toujours des amis en disant ça (rires). Je me destinais à être médecin, mais j’ai quitté la fac de médecine en deuxième année pour faire les études d’économie appliquée. Je n’ai jamais étudié la littérature. J’étais plutôt dans les chiffres depuis l’école secondaire. Je me suis rattrapé avec les langues car je parle couramment l’anglais et l’espagnol, et j’ai quelques notions de néerlandais.

Depuis quand écris-tu ? Un déclencheur ?
Mon premier roman date de 2005. Je tenais à raconter quelque chose sur l’ambigüité sexuelle. Tout ce que j’écris d’ailleurs parle d’une sexualité différente. J’ai plusieurs raisons de le faire. D’abord à cause du contexte fort religieux dans lequel j’ai passé pratiquement toute ma vie. J’ai été scolarisé pendant douze ans dans un collège jésuite très strict.
Ensuite, mon éducation chrétienne fort conservatrice.
Est-il besoin de rajouter mes origines africaines qui diabolisent tous ceux qui aiment différemment ? 
Enfin, un besoin de rompre avec le mythe de « garçon modèle ». 
Ainsi, j’ai toujours ce besoin (et cette liberté !) de dire tout haut ce que beaucoup peinent encore à exprimer.

Donne-moi ta définition du mot "écriture"
L’écriture pour moi va au-delà de la rédaction des textes à soumettre à la critique du monde littéraire sous la forme de romans, essais, …
C’est un exercice qui consiste fondamentalement à véhiculer par les mots les plus corrects des sentiments précis. Croyez-moi, ce n’est pas un exercice facile. Chacun de nous est le seul à ressentir les choses comme il les ressent. C’est une démarche pratiquement condamnée à l’échec, lorsque nous tentons d’en faire part aux autres. C’est justement cela qui me plaît le plus : récolter les différentes émotions par lesquelles sont passés les lecteurs, parfois juste en un mot. On est parfois surpris de ces retours inattendus.

 

Parle-nous de "Mon histoire avec eux" : un roman ? 

Parler de pur roman serait une manière de tricher avec la vérité. Disons que ce sont des récits fortement romancés. De là à m’approprier toutes ces fabuleuses expériences que raconte Matt Princier, il n’y a qu’un pas que certaines personnes franchiront sans peine. Il reste la question fantasmagorique de savoir si une seule vie peut vraiment jouir d’autant d’expériences sentimentales aussi fortes. À croire que tous ceux qui croisent un jour la vie de Matt Princier revêtent une importance indescriptible qui, par ailleurs, semble ne jamais être la même. Qu’il ait onze ans ou qu’il ait la trentaine, il demeure invariablement amoureux, aussi bien des hommes que des femmes. 

 

Des nouvelles, donc ? 
 Absolument ! En première de couverture j’inscris d’ailleurs « Nouvelles ».
 

 

Papy Nzili en interview pour notre blog : " j’ai toujours ce besoin (et cette liberté !) de dire tout haut ce que beaucoup peinent encore à exprimer."

D'où sortent tes personnages ? Qui sont "eux" ? 
Je ne vous apprendrais rien en vous disant qu’on ne donne que ce qu’on a. Mes personnages sortent de mon vécu. Ils ne sont pas tous réels, même s’il est vrai que certaines personnes m’ont fortement inspiré au point de devenir « eux » (rires). Il y a d’épaisses couches de maquillage, de la caricature, et de l’enjolivement. C’est voulu. J’aime me savoir maître de mes personnages. Je les crée. Ils sont à moi. Ils sont mon monde. J’en dispose comme je le sens et rien ne me les arrachera. Voyez-vous, la vie nous enlève beaucoup de personnes, sans compter ceux qui choisissent eux-mêmes de nous tourner le dos. « Eux », j’ai le pouvoir de leur faire devenir à tout moment ce que je voudrais. 

Essaie de définir ton style
J’écris dans un style d’échange de correspondance. Je pense qu’en composant mes textes, je ne les vois pas comme une suite d’idées et de mots destinée à aboutir dans un roman. C’est comme des échanges de courriels que j’entretiens quotidiennement depuis quatre ans avec un ami Parisien, là où je laisse les sentiments, les émotions, s’exprimer librement. Vous savez, quand vous essayez de vous adresser verbalement à vos interlocuteurs, vous rencontrez deux types de problèmes :
1°) soit ils ne sont pas prêts ou pas en mesure d’entendre vos mots
2°) soit ils croient déjà savoir ce que vous aviez l’intention de leur dire
Dans les deux cas, ils ne vous laissent pas aller jusqu’au but de vos propos. On a moins ce problème à l’écrit. C’est ce qui me fait aimer l’écriture narrative. Elle me permet d’aller jusqu’au bout de ma pensée sans être interrompu. D’où les phrases simples inspirées du langage parlé que j’emploie dans mes écrits. Et avec le temps, je fais de plus en plus intervenir mes lecteurs en les interpellant par des interrogations et en demandant leur opinion. Même s’ils ne sont pas là pour me répondre, cela me procure néanmoins le sentiment d’avoir échangé. Je n’ai pas de grandes théories à livrer au monde. J’ai juste envie de partager. Et le seul moyen que j’ai trouvé c’est de faire ces longues correspondances destinées à un public inconnu sous la forme de romans. Comprenez que je suis de la génération qui a passé l’adolescence à entretenir des correspondances avec des personnes parfois lointaines et
totalement inconnues. Tout ça est désormais fini avec l’arrivée d’Internet et des SMS. Et je le dis avec regret.


Je ne comprends pas très bien ce que tu veux dire... Les mots sont là pour véhiculer le plus fidèlement possible les images que nous avons en tête... mais... mets-tu en scène les émotions de tes lecteurs ? Tu me donnes un exemple de ces "retours inattendus" ?

Il ne s’agit pas de mettre en scène les émotions de mes lecteurs, il s’agit toujours de celles de mon protagoniste (Matt Princier, qui est au centre de tous mes ouvrages). La difficulté de la communication réside déjà dans la conceptualisation des choses (que tu appelles « images »). Nous n’avons pas tous ces mêmes « images » concernant une chose précise. Ce qui me paraît un carré parfait peut être discuté comme un losange chez un autre ou comme un rectangle chez un autre encore. Pourtant c’est une évidence pour moi : c’est carré. D’où l’émerveillement de se rendre compte qu’il n’y a pas une seule manière de voir les choses. Tiens, dans le deuxième chapitre de « Mon histoire avec eux », j’aborde un sujet fort sensible et risqué de l’amour d’un petit garçon de 11 ans pour son professeur de 25 ans. J’ai dû mettre une double couche de gants pour ne pas choquer le lecteur, j’ai avancé dans
le récit avec la plus grande prudence. Je craignais qu’on m’oblige simplement de retirer ce chapitre. Pourtant, les personnes à qui je fais lire habituellement mes ouvrages quand je les termine ont été unanimes : c’est dans ce chapitre qu’on trouve un condensé de sentiments partagés par la plupart des lecteurs.
Il est clair que les mots sont là, mais il faut en prendre les bons pour amener les autres à s’aligner sur votre logique. Après, l’interprétation de ces mots c’est aspect qui échappe totalement à l’auteur.

Si j'ai bien compris, tes nouvelles ont toutes, comme fil conducteur "l'amour" ? 
Toutes mes histoires ne parlent que de l’amour, sous toutes ses formes, allant d’une amitié classique à des amitiés amoureuses, en traversant les amours charnels, passionnels, et platoniques. 

Dans la mesure où tu "engages un dialogue" avec tes lecteurs, tu te mets en scène, non ? Dans ce contexte, n'est-il pas compliqué d'être lu puisque tes textes peuvent s'apparenter à de l'autobiographie (certes fictive mais beaucoup de lecteurs les prendront au premier degré...) 
C’est un piège, en particulier pour des lecteurs qui me connaissent dans la vie de tous les jours. Ils s’acharnent à établir des équivalences avec mon quotidien, même lorsque je leur aurais prescrit de faire abstraction de l’auteur. Je parle à la première personne du singulier, mais c’est Matt Princier qui se raconte en réalité. C’est lui qui fait intervenir les autres quand il est face à des choix difficiles. Il faut garder en tête une chose : Matt Princier est un garçon qui se pose beaucoup de questions. Il essaie de trouver des réponses dans ses propres expériences et dans ce qui tombe sous le sens commun. C’est dans ce contexte-là qu’il s’applique à faire réagir son lecteur avec qui il voudrait communiquer. C’est pour ça qu’il a souvent recours à des points d’interrogation dans son emploi de ponctuations. Tiens, voici en exemples quelques extraits tirés de « Mon histoire avec eux » :

« Devrions-nous à tout prix rester corrects ? J’aimerais que vous arriviez à répondre à cette question à la fin de ce récit. Et si quelqu’un y arrive, qu’il ne manque pas de me dire de quelle manière nous y parviendrons. J’ai passé minute après minute pendant huit heures aujourd’hui à essayer de trouver une réponse neutre à cette question. Devrais-je vous dire que mon activité cérébrale est restée improductive de résultat cohérent ? Alors, je crie ma révolte : au diable la bienséance ! Au profit de qui œuvrons-nous quand nous nous privons des choses à la fois basiques et vitales à notre existence ? »

« Croyez-moi, j’ai l’expérience de ce genre de choses. Les gens ne sont pas si différents les uns des autres qu’on semble se le présenter. On est faits de chair et de sang, on est un corps et un esprit. Cela ne connait ni différenciation raciale, ni tribale, ni même de genre. On est juste des êtres humains. Dans votre haute estime de vous-mêmes, vous refuserez très certainement de l’entendre, mais je vais vous le dire : à circonstances égales, vous seriez tout à fait capables de faire exactement la même chose que l’autre a faite. Je vais vous le répéter jusqu’à ce que le message percute bien vos oreilles : vous n’êtes pas si exceptionnels que vous vous êtes plu à le penser depuis des lustres. Et si vous en voulez la preuve, je vous en fournirai une qui cassera votre haute opinion de vous-mêmes : quand vous ne serez plus là demain, quelqu’un d’autre prendra votre femme, votre mari, votre maison et votre travail. Le
monde vous regrettera peut-être un jour, mais le jour d’après il oubliera jusqu’à votre existence. Alors, descendez tous de votre piédestal ! »

« Il n’y avait pas de malice en lui. Les gentils comme Hugo ont du mal à concevoir que les gens agissent ou parlent par pure méchanceté. Ce sont les méchants qui, en plus de leur propre rosserie, attribuent une intention malveillante aux faits et gestes des autres. Hugo trouvait toujours une excuse pour disculper ceux qui ont manqué de correction envers lui. Vous voyez, vous avez du mal à croire qu’il existe des gens comme Hugo Lambermont dans le monde d’aujourd’hui. »

« Osez me dire que vous vous êtes toujours montrés magnanimes face à ces proches qui ont eu le malheur de vous révéler un jour un côté moins illustre de leur vie. Nous les avons rejetés, regardés comme des êtres impurs que les Juifs de l’Ancien Testament condamnaient à vivre en dehors des fortifications de leurs villes. Oseriez-vous prétendre que vous en êtes indemnes ? Enfin, je vais arrêter de vous harceler, ce n’est pas après vous que j’en ai. Ma désapprobation va à l’endroit de ces pseudo amis qui n’ont rien compris de moi et n’ont pas accepté que quelqu’un d’autre s’y lance. »

« Jacques Rouvrin rendit l’inimaginable possible et c’est précisément cela, sans aucun détour, que je vais vous raconter. Ne soyez pas dégoûtés par cette lecture. Soyez-en plutôt par ce que fit Jacques Rouvrin, mon beau-père. Je doute d’ailleurs qu’il y en ait, parmi mes lecteurs masculins, qui s’identifient à Jacques. Je n’aurais pu, moi non plus, me voir en lui, malgré la luxure que certains ont déjà attachée à mon personnage, allant jusqu’à évoquer le Marquis de Sade quand ils parlent de moi. »

Des projets d'écriture ?
Des projets d’écriture ne manquent pas. « Nos rêves et nos vies » que je viens de finir a pour vocation de boucler la trilogie commencée en 2005 lorsque j’ai écrit « Gaypard », et qui s’est poursuivie en 2009 à travers « Vers le Sud ». Mais vu que j’ai quelque peu évolué dans ma manière d’écrire, je vais devoir retravailler en profondeur les deux premiers pour atténuer la cassure entre les différents styles. 

À part ceux-là, j’ai aussi écrit « Crispin Sadelier, mon rêve d’amitié ». Il parle du voyage de Matt avec son ami Crispin à travers les Etats-Unis. C’est à nouveau une relation qui s’est vécue comme se joue de la musique. Elle a connu sa courbe ascendante qui est venue mourir dans un silence qui laisse Matt Princier avec ses éternelles interrogations. Le lecteur qui aime les romans de style récit de voyage ne manquerait pas de l’apprécier. Ah, « Nos rêves et nos vies » également. C’est une histoire d’amour qui se vit à travers villes et campagne irlandaises.

« La vie me l’a interdit ! » est un roman que j’ai écrit l’an dernier. Je craignais de le faire lire tant je le trouvais noir. Toutes les histoires se terminent dramatiquement. J’avais besoin de partager cet aspect de la vie, qu’on évite quand même souvent d’aborder.

J’ai envie de faire vivre à Matt Princier d’autres aventures. Mais pour l’instant, je préfère me concentrer sur des améliorations à apporter à ce qui existe avant de passer à autre chose.

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Christine Brunet a lu "Et si c'était mieux là-bas ?" de Lionel Cieciura

11 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

Christine Brunet a lu "Et si c'était mieux là-bas ?" de Lionel Cieciura

J’ai lu « Et si c’était mieux là-bas ? » de Lionel Cieciura

Compliqué de parler de ce livre… Peut-être parce qu’il réveille des images et des sensations oubliées ? Ou peut-être parce qu’il propose au lecteur une richesse d’images difficile à restituer ? Je ne sais pas… Mais j’essaie parce que ce livre est passionnant !

Voilà une invitation au voyage. Pas le voyage conventionnel, pas celui organisé pour les tours operators où confort rime trop souvent avec images-clichés. Non, loin s’en faut !

« Et si c’était mieux là-bas ? » est une invitation à l’aventure, un parcours atypique d’une quinzaine d’années au sein de pays encore peu courus à l’époque (avant 2000) : Laos, Cambodge, Birmanie, Ladakh, Tibet, Indonésie… Des années de rencontres humaines, d’expériences extrêmes. Des images différentes, des réflexions personnelles sur les contextes, les coutumes, le caractère des peuples rencontrés…

Je voyage, une drogue depuis ma plus tendre enfance. Très souvent dans des conditions difficiles. J’ai retrouvé dans ce livre le plaisir de la découverte, de la surprise, de la joie d’une rencontre impromptue ou improbable qui restera gravée à tout jamais dans la mémoire, la frayeur lors d’un mouvement de foule ou lors d’un passage de col dans l’Himalaya, mes narines titillées à nouveau par les parfums exotiques (ou putrides) des marchés, la langue anesthésiée par le goût extrême d’un thé au beurre rance préparé par un moine retiré au fin fond d’une vallée oubliée.

Un voyage initiatique ? Non, pas vraiment. Une expérience vécue comme une volonté de vivre sa vie pleinement, de donner, peut-être, un sens différent à son existence.

Ecrit comme un journal de bord, nous vivons au rythme des rencontres (souvent récurrentes), au fil des paysages grandioses, des opportunités quotidiennes ou des choix de l’auteur. Voyage au cœur de l’humain, au cœur des images.

Le rythme de l’écriture se calque sur le rythme du voyage : parfois rapide, parfois plus posé, on s’attarde sur tel ou tel endroit, dans tel ou tel pays. Une plongée dans la vie besogneuse des uns, trépidante de certains, insouciante du voyageur curieux qu’on ne peut qu’envier.

Belles descriptions des êtres rencontrés, d’ethnies oubliées désormais effacées par la « civilisation », des militaires et autres personnages qui détiennent, à leur niveau, le pouvoir, de certains touristes au comportement ahurissant. Je me suis surprise à rire à certaines situations, à sourire à d’autres.

Ces quelques mots ne peuvent rendre compte pleinement de l’expérience que propose Lionel Cieciura, mais vous donneront, je l’espère, l’envie sinon d’aller là-bas, à défaut de vous plonger très vite dans ces 350 pages de pure évasion.

Son site auteur : conseils-de-voyage.com

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Sophie Vuillemin a lu "Cactus Orchidée" d'Emma Casanove

10 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

Sophie Vuillemin a lu "Cactus Orchidée" d'Emma Casanove

Un titre énigmatique....et une accroche qui m'interpelle : Ils entament un jeu qui n’en est pas vraiment un, un jeu qui leur est propre. Il lance une idée, elle y ajoute un élément, auquel il réagit à son tour. Ils jonglent avec leurs émotions, leurs ressentis, leurs rêves.

Et me voici avec le premier roman d'Emma Casanove entre les mains. Au bout des doigts, devrais-je dire, car je l'ai découvert en version numérique.

Zoé, enseignante d'espagnol à l'université, est promue directrice du département. Femme dynamique, engagée, ambitieuse, débordée, Zoé est une femme "moderne". Elle rencontre Thomas, un étudiant sensible. Ils vont tisser une relation complexe qui va devenir essentielle pour la jeune femme. Une amitié amoureuse très forte.

Emma livre un portrait de femme très fouillé. Elle sait analyser et décrire finement les caractères des personnages. Zoé incarne les contradictions des femmes qui veulent tout : mère-femme-amoureuse et plus si possible.

"Etre épouse et mère ne lui suffit pas. Elle veut plus. Toujours plus."

Zoé ne veut renoncer à rien. En cela, il me semble que l'auteur dépeint fidèlement une génération de femmes ( la mienne !) qui courent pour concilier carrière et vie familiale, tout en rêvant de quelque chose de plus. Ou peut être est-ce ma lecture personnelle du roman car Cactus Orchidée offre aussi une galerie de portraits, la description du développement lent des sentiments ou des mécanismes de l'attirance...

"Raphaël, Thomas. Où en est-elle ? Comment donner sa place à chacun? Comment être là pour les deux ? Elle se refuse à choisir."

Zoé ne choisira pas. La vie s'en chargera. Dans la deuxième partie, le roman prend un tour différent, plus sensuel, maitrisé avec virtuosité et sensibilité par l'auteur.

Le style d'Emma est fluide et précis. Les phrases courtes donnent un ton moderne et du rythme au texte.

Un premier roman prometteur.. Emma a déjà publié le deuxième aux Editions Assyelle: Maman, Papa, Louise et moi.

Sophie Vuillemin

sophievuillemin.over-blog.com

C'est quoi ton stage, Sophie Vuillemin, Ed. Chloé des Lys

C'est quoi ton stage, Sophie Vuillemin, Ed. Chloé des Lys

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Sur le fil du rasoir, une nouvelle de Philippe Wolfenberg

8 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys

 

Les états d'âme de la Lune et du Soleil

 

Sur le fil du rasoir

 

 

C’est un vingt-cinq décembre qui ne ressemble en rien à Noël : aucun flocon à l’horizon mais, en lieu et place, un crachin désagréable qui, au gré des caprices du vent, fouette le visage et une température de quelque dix degrés, passablement inhabituelle à pareille époque.

Je ne suis sorti que contraint et forcé ; le rottweiler qui marche à mes côtés ne m’aurait pas pardonné, c’est certain, d’annuler sa promenade quotidienne à cause d’un peu de pluie.

Nous retrouvons le « Range Rover Sport » avec un plaisir non dissimulé. Le molosse s’installe confortablement à l’arrière, sur la bâche qui protège les sièges en cuir foncé. Je mets le contact et, presque instantanément, le ronronnement du moteur est couvert par un solo de guitare de David Gilmour… « Comfortably numb » est une des meilleures chansons de « Pink Floyd »… Du moins, c’est mon avis (et je le partage).

Sans alcool ni substances illicites, je plane au milieu des notes de cette musique envoûtante et, finalement, ne dois qu’à un réflexe inespéré de freiner à temps lorsqu’une silhouette, sortie de nulle part, se jette devant la voiture.

Un grognement sourd m’avertit que mon passager n’a pas du tout apprécié être réveillé de cette manière.

* Du calme, mon vieux ! Ce n’est pas ma faute…

Je bondis de l’habitacle, bien décidé à passer mes nerfs sur l’inconscient qui a failli transformer cette journée déjà fort maussade en catastrophe monumentale. Je m’arrête net. Devant moi, figée par la peur rétrospective de la mort (à laquelle elle a échappé de peu), une jeune femme, très belle, me regarde avec l’air d’un animal aux abois.

* Vous n’êtes pas blessée ?

Au son de ma voix, elle émerge enfin de cet état de prostration qui commençait à m’inquiéter.

* Emmenez-moi avec vous… S’il vous plait !

Ce « S’il vous plait » ressemble davantage à une supplique qu’à une formule de politesse. Je délaisse ma méfiance et mon égoïsme coutumiers pour accéder à sa demande ; non pas par bonté d’âme mais plutôt parce qu’elle a des allures de Caterina Murino, cette actrice italienne qui représente, selon moi, la femme idéale.

 

*

 

La candidate au suicide n’a pas desserré les dents durant tout le trajet. C’est seulement quand nous nous sommes arrêtés dans la cour pavée d’une belle bâtisse en pierres du pays – prolongée par un immense jardin qui surplombe la vallée – qu’elle a retrouvé la parole.

* Vous possédez une bien belle demeure… Il doit faire bon y vivre…

* Oui ! Il ne manque qu’une présence féminine…

Je profite d’une éclaircie aussi soudaine qu’inattendue pour l’emmener faire le tour du parc. Arrivés à la limite de ce dernier, nous restons un long moment à regarder la rivière, en contrebas, dont les eaux, grossies par les averses des jours derniers, menacent d’envahir les prairies avoisinantes. Lorsque nous regagnons la maison, ma décision est prise.

* Si vous le désirez, vous pouvez passer la nuit ici…

* J’accepte… Merci ! Et…

* Oui ?

* J’ai très faim…

* Allons voir ce qu’il y a dans le frigo…

* Vous êtes gentil…

* Vous croyez ?

* Oui ! Du moins, vous en donnez l’impression…

* C’est que ça doit être le cas, alors…

 

*

 

Nous dînons des restes de la veille : saumon « Bellevue » et crudités, pain aux noix, le tout arrosé d’un Chardonnay du Chili, puis une part de bûche au chocolat noir de noir et un espresso.

Pendant qu’Amelia (elle m’a confié son prénom à la fin du repas) se relaxe dans un bain chaud, je débarrasse la table en écoutant distraitement la télé. Soudain, mon attention est attirée par un communiqué de la police judiciaire. La photo de mon invitée impromptue apparaît à l’écran et, d’après le commentaire, il s’agit de la responsable d’un quadruple assassinat qui, après avoir agressé une autre détenue, s’est évadée en fin de nuit. Elle serait toujours en cavale et extrêmement dangereuse. Cette information donne, ma foi, un tour plus intéressant à une anecdote, au départ, fort banale. Et ce n’est pas pour me déplaire.

 

*

 

Amelia me rejoint et, à la lueur apaisante du feu qui danse dans la cheminée en briques, nous discutons de tout et n’importe quoi. Lorsque le silence se fait plus présent, je lui propose d’aller nous coucher. Au moment d’entrer dans la chambre d’amis, elle se retourne et, dans ses magnifiques yeux marron, je perçois une expression qu’il m’est impossible de déchiffrer.

* Je peux dormir avec toi ?

Je n’ai jamais su dire non à une jolie brune (ni à une jolie blonde, d’ailleurs) qui m’invite – même à mots couverts – à passer la nuit avec elle.

 

*

 

La lumière du jour me réveille. Je suis content d’avoir gagné mon pari : je suis toujours vivant !

Amelia, ses cheveux noirs en désordre, m’observe en souriant d’une manière aussi énigmatique qu’hier soir.

* Bonjour, Phil…

* Bonjour, toi…

* J’aimerais te poser une question…

* Je t’écoute…

* Je sais que tu sais…

* Ah !

* Alors, pourquoi m’avoir hébergée au lieu de me dénoncer ?

* Parce que tu me plais… Et plus encore depuis nos ébats…

* Je suis une criminelle… Démente, de surcroît… J’aurais pu te tuer pendant ton sommeil…

* Rammstein, mon fidèle compagnon à quatre pattes, veille sur moi… Ses mâchoires sont la pire machine à broyer que je connaisse… Et je suis persuadé que l’attirance que j’éprouve pour toi est réciproque…

* Tu n’as pas tort !

Sa bouche effleure la mienne.

* Tu veux connaître mon histoire ?

* Bien sûr !

* J’ai été victime d’un viol collectif… Ils étaient quatre… Je les ai retrouvés, abattus et émasculés… Je voulais d’abord leur sectionner le sexe puis les achever mais je n’étais pas convaincue de pouvoir supporter leurs cris…

* Et ta « camarade » ?

* En prison, il y en a toujours qui veulent dominer… Je n’étais pas d’accord…

Elle se sert contre moi.

* Que vais-je devenir ?

* Et si tu allais te faire oublier au pays de tes ancêtres ?

* Tu viendrais avec moi ? La Ligurie est une des plus belles régions d’Italie…

* C’est une proposition séduisante…

* Mais sans papiers d’identité…

* Tu n’as sans doute pas été attentive au communiqué qui suivait celui te concernant… Il parlait d’un vol audacieux de diamants…

* Et ? Attends ! Tu veux dire que…

* Tout ce luxe autour de nous ne tombe pas du ciel… Et qui dit cambrioleur, dit aussi relations dans le milieu…

* Ti amo !

* Ce doit être une des seules choses que je comprenne dans ta langue, mon ange…

* Je t’en apprendrai d’autres…

Le soleil s’engouffre dans la pièce... Pareil à une promesse… La promesse que nous ne serons plus jamais seuls.

Philippe Wolfenberg

philippewolfenberg.skynetblogs.be

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Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND-Dernière partie

7 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

grand-père va mourir

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Dernière partie

 

L’orage semblait ne vouloir jamais finir. Les coups de tonnerre étaient si violents qu’ils ébranlaient la petite chapelle. Les moutons s’étaient rapprochés des jeunes gens et, dans leur panique, les bousculaient sans ménagement. Yolande eut un faible sourire puis ferma tout à coup les yeux. Thibaut la sentit s’affaisser contre lui. Elle venait de perdre à nouveau connaissance.

 

Il l’allongea sur le sol. Les mains de la jeune fille étaient glacées. Son visage avait la couleur de la cire. « Il faut absolument la réchauffer, pensa Thibaut. Mais comment ? » Lui-même claquait des dents. Un mouton se jeta contre lui. Il l’empoigna par le cou. « Viens là, toi, tu vas servir à quelque chose. » Il traîna vers Yolande la bestiole qui se débattait, leva la tête de la jeune châtelaine et obligea le mouton à s’allonger de façon à former un oreiller. Quelques caresses et paroles douces suffirent à calmer l’animal. Voyant cela, les autres moutons formèrent un cercle autour des deux jeunes gens puis l’un d’eux s’installa contre Yolande, imité bientôt par quelques autres. « Parfait, se dit Thibaut. Ils vont la réchauffer rapidement. Il me faut seulement les empêcher de se coucher sur elle et de l’étouffer. »

 

« Descends au village, ordonna soudain la même voix qu’il avait entendu dans la tempête. Laisse-là ici, elle ne risque rien. Va chercher du secours auprès de tes semblables. »

 

Et, comme la première fois, Thibaut se sentit incapable de résister à l’attrait de cette voix. Sans songer un instant qu’il était torse nu, vêtu de son seul pantalon, il quitta l’abri de la chapelle et, bravant les trombes d’eau et les éclairs, se dirigea vaille que vaille vers le village.

 

Vu le temps, tout le monde était cloîtré chez soi. Nulle lumière derrière les fenêtres. On eût dit un village fantôme. Thibaut s’arrêta, désorienté. Où aller ? A quelle porte frapper ? Il se souvenait de l’accueil qui lui avait été réservé lors de sa dernière visite. Pourquoi les paysans auraient-ils changé ? Ils étaient toujours sous le pouvoir de la bague. Quel secours attendre d’eux ? « Essaie, dit la voix.  Qu’un seul d’entre eux te regarde et tout redeviendra normal. »

 

Alors, il arpenta les ruelles les unes après les autres, frappant aux carreaux, aux portes ; nulle réponse. Comme s’ils étaient tous morts. Il parvint devant la demeure de son ami Guillaume. Lui, lui, peut-être…

 

Mais Guillaume ne se montra point, pas plus que ses frères et sœurs ou ses parents. La pluie avait redoublé de violence, comme si le ciel ayant décidé d’imposer à l’humanité un nouveau déluge, avait ouvert toutes ses écluses.

 

Longtemps, il parcourut le village. Il n’entendit personne, ne vit personne. A la fin, il renonça et, transi de froid, reprit le chemin du sanctuaire. Alors qu’il en discernait déjà les contours à travers le rideau de pluie, la voix s’éleva de nouveau. « Tu as fait ce que tu devais faire. Ferme les yeux, sors la bague de ta poche, et pose là sur le sol. Ne la regarde surtout pas. Tourne-toi et reviens dans la chapelle…»

 

« Je deviens fou, pensa Thibaut. Pourquoi continuer à obéir à ces ordres qui viennent de nulle part ? Je suis allé au village et rien ne s’est passé. »

 

« Obéis, reprit la voix avec une telle autorité que le jeune homme ne put retenir un tressaillement. Ne te pose pas de questions. Abandonne la bague comme je te l’ai dit. »

 

Pouvait-il résister à cette injonction ? Il n’essaya plus. Ayant fidèlement exécuté l’ordre de la voix, il rentra dans le sanctuaire. La porte se referma sur lui. Intrigué, il essaya en vain de la rouvrir. Elle était bloquée.

 

Il devait être midi passé et pourtant, l’obscurité était plus profonde que s’il avait été minuit. Le sanctuaire était plongé dans la pénombre. Seule une petite ouverture en haut d’un mur pouvait laisser pénétrer un peu de lumière.

 

Yolande était sortie de son évanouissement. Thibaut, assis près d’elle, le dos contre l’autel de la Vierge, sentit sa main qui cherchait la sienne et la lui abandonna sans restriction. Elle était chaude, douce.

 

« Pourquoi fait-il si noir ? demanda Yolande. Est-ce la nuit ? »

 

« Non. Mais il va se passer quelque chose de terrible et je ne sais pas quoi. »

 

A peine avait-il prononcé ces mots que la terre sembla soudain se gondoler sous eux. Pendant quelques secondes, ce fut l’épouvante absolue dans la chapelle, moutons et êtres humains mêlant en un chœur discordant bêlements et gémissements. Et puis, tout s’arrêta. La pluie cessa, le tonnerre se tut. Un silence de mort tomba sur la montagne. Thibaut tourna la tête vers la lucarne. Une étrange lueur verte, glauque, descendait lentement du ciel vers la terre. Elle semblait vouloir s’étendre sur la contrée entière.

 

Le coup de tonnerre qui éclata soudain était si épouvantable que le sanctuaire faillit voler en éclats. Les murs vacillèrent, la charpente craqua, comme si elle allait s’effondrer. Et puis, il y eut ce bruit. Cet autre bruit qui n’était pas celui du tonnerre. On eût dit un torrent en fureur qui dévalait les pentes de la montagne. « Une avalanche, pensa Thibaut. L’orage a déclenché une avalanche de rochers… » Le vacarme allait grandissant, il se rapprochait de seconde en seconde. La chapelle fut de nouveau secouée de tremblements insensés. Tout bougeait autour d’eux et les moutons clamaient leur panique avec des cris qui ressemblaient à ceux d’un être humain.

 

Yolande s’était redressée, s’était jetée dans les bras de Thibaut. Ils se serraient l’un contre l’autre, terrifiés, essayant de garder leur équilibre, malgré les soubresauts de la terre, devenue folle elle aussi. Ils s’accrochaient comme ils le pouvaient au rebord de l’autel mais ils savaient qu’ils n’allaient pas tenir bien longtemps si les secousses continuaient avec la même violence.

Yolande sentit une main s’emparer de la sienne, la tenir fermement. Au même moment, la main droite de Thibaut fut saisie à son tour dans une étreinte implacable. Et tout autour d’eux, c’était le chaos.

 

Enfin, tout cessa. Comme par magie, l’obscurité disparut en un instant, laissant place à  la lumière de midi. Thibaut redressa la tête. Ce qu’il vit le frappa de stupeur.

 

La statue de la Vierge Noire avait décroisé ses bras et c’était ses mains qui maintenaient fermement les deux jeunes gens contre l’autel. Thibaut ferma les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, le prodige avait disparu et la statue avait repris son éternelle immobilité.

 

Tout danger semblait être écarté. Les moutons s’étaient calmés et se pressaient vers la porte, comme s’ils avaient compris eux aussi qu’ils pouvaient quitter leur abri.

 

Abandonnant Yolande, il se leva et essaya d’ouvrir la porte. Cette fois, il ne rencontra aucune résistance. Avec des bêlements de joie, les moutons se précipitèrent à l’extérieur et s’éparpillèrent autour de la chapelle.

 

Sur le seuil, Thibaut cligna des yeux, ébloui par la lumière du soleil. Lorsqu’il put enfin contempler le paysage qui s’étendait devant lui, il ne put retenir un sifflement d’étonnement et de terreur.

 

Tout avait disparu. Le village n’existait plus. Le promontoire rocheux sur lequel le château s’élevait autrefois s’était effondré. Il ne restait rien que la montagne, les pans vertigineux de la montagne. Il fit quelques pas en avant. A vingt mètres devant lui, c’était le précipice. Le chemin qui conduisait au village avait disparu, ce n’était plus qu’un amoncellement de rochers. Mais la gigantesque pierre sur laquelle, il s’en souvenait, il avait déposé la bague était toujours là. En son centre, il y avait un trou, bien rond ; et au fond, des cendres que le vent commençait à disperser ça et là.

 

L’avalanche avait tout emporté. Le tremblement de terre avait tout détruit. Et, chose incompréhensible, le torrent de pierres avait contourné la chapelle à droite et à gauche pour se précipiter vers le bas de la montagne. Il ne restait de la catastrophe que le sanctuaire de la Vierge Noire.

 

Il sentit un corps se presser contre le sien. Yolande venait à son tour de sortir et, très pâle, silencieuse, elle contemplait elle aussi ce qui restait de leur univers. Elle posa sa main sur le bras de Thibaut. « Qu’allons-nous devenir, toi et moi ? » murmura-t-elle. Il se tourna vers la jeune fille.

 

La plaie à la tête avait disparu. Celle de l’épaule s’était refermée. Elle était de nouveau Yolande, la fille de Sire Hugues, celle que tout le monde aimait et Thibaut plus encore que les autres.

 

 

« Nous allons tout recommencer, répondit-il doucement. Ensemble ».

 

 

Didier FOND

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Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

6 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Didier fond

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Sixième partie

 

 

Elle ne l’avait pas entendu mais au moment où la flèche l’avait frappée, un cri s’était noyé dans le fracas du tonnerre. Une silhouette, courbée sous les rafales de la tempête, s’approcha d’elle et s’agenouilla auprès du corps étendu. C’était Thibaut.

 

Il n’avait nullement eu l’intention de la blesser, encore moins de la tuer. Recroquevillé contre un rocher, il avait assisté à la course folle et compris que le cheval entraînait inexorablement Yolande vers la mort. Alors, sans réfléchir, il avait pris son arc et tiré, pensant que le trait frapperait l’animal au bon endroit. Il avait compté sans le vent, qui avait fait dévier la flèche.

 

Yolande respirait encore. Sa tête ayant durement frappé le sol, le sang avait envahi son visage et coulait d’une blessure  à la tempe. Thibaut enleva sa chemise et la déchira en lanières ; profitant de la pluie battante qui ruisselait sur la jeune fille, il essuya la plaie puis souleva légèrement le corps inerte. La flèche ne s’était pas enfoncée très profondément dans l’épaule, mais il fallait la retirer au plus vite et soigner également cette blessure. Comment faire, cependant, avec cet orage insensé qui n’en finissait pas de hurler autour d’eux ?

 

Tout à coup, la main droite de Yolande se mit à rayonner d’une étrange lumière bleue. Thibaut se rejeta en arrière, ferma les yeux. L’avertissement de l’aveugle lui revint en mémoire : « c’est la bague… Ne la regarde pas… » Alors, à tâtons, il chercha la main de la jeune fille, arracha la bague de son doigt et s’apprêta à la jeter dans l’abîme. C’est alors qu’une voix profonde résonna derrière lui : « Ne fais pas cela. Si quelqu’un la trouve, le sortilège recommencera. Garde-là, je te dirai comment la détruire. » Thibaut n’osait pas se retourner. Il sentait pourtant près de lui une présence, amicale et chaleureuse ; il savait toutefois que s’il ouvrait les yeux, il serait la dernière victime de la bague. « Tu es tout près du sanctuaire, reprit la voix, très douce cette fois-ci. Réfugiez-vous à l’intérieur, vous ne risquerez plus rien. »

 

Thibaut ne se sentait pas la force de résister à ce conseil. Il enroula la bague dans un morceau de sa chemise, mit le tout dans la poche de son pantalon, ouvrit enfin les yeux et se retourna. Personne. Il avait rêvé. Prenant la jeune fille dans ses bras, il se dirigea en chancelant vers la petite chapelle. Curieusement, le vent soufflait toujours aussi fort, mais Thibaut n’éprouvait aucune difficulté à marcher.

 

Lorsqu’il pénétra dans le sanctuaire dont la porte ne tenait plus que par un gond, il constata qu’il était déjà habité par des moutons que l’orage avait affolés et qui n’avaient trouvé d’autre refuge que cet endroit. Tassés les uns contre les autres, ils bêlaient à chaque coup de tonnerre et semblaient en proie à une indicible panique. L’entrée de Thibaut parut les calmer. Ils s’écartèrent pour le laisser passer et le jeune homme déposa le corps de Yolande devant le petit autel sur lequel se dressait la statue de la Vierge Noire, autel abandonné depuis longtemps, depuis le jour où l’étranger avait posé le pied au village.

 

Il fallait à tout prix retirer la flèche afin de pouvoir soigner la blessure. Profitant de l’évanouissement prolongé de Yolande, Thibaut l’enleva d’un coup sec et appliqua immédiatement un autre morceau de sa chemise sur la plaie. Mais la douleur avait été si forte qu’elle avait tiré Yolande de son inconscience. Elle se réveilla avec un hurlement et se redressa, hagarde, les yeux exorbités. Son regard se posa sur Thibaut. Elle parut ne pas le reconnaître puis un pauvre sourire détendit ses lèvres crispées par la souffrance.

 

« Thibaut… Mon ami… murmura-t-elle. Qu’est-il arrivé ? Pourquoi ai-je si mal à l’épaule ?... »            

 

« Vous avez fait une chute, damoiselle, répondit le jeune homme d’un ton qu’il aurait voulu plus dur. Vous avez failli tomber dans le ravin avec votre cheval. Je vous ai blessée involontairement en voulant vous sauver. »

 

Le sourire de Yolande s’accentua. « Brave Thibaut… Sans toi… Mais pourquoi me vouvoies-tu, maintenant ?... » La question parut si étrange à Thibaut qu’il ne sut que répondre. Yolande voulut se rallonger mais le contact de son épaule blessée avec la pierre lui arracha un cri de douleur. « Thibaut, murmura-t-elle, où sommes-nous ? »

 

« Dans la petite chapelle de la Vierge, répliqua-t-il. C’est le seul endroit à peu près sûr avec un orage pareil… »

 

« Oui, dit Yolande en frissonnant. Il me semble pourtant qu’il faisait beau tout à l’heure… Je ne sais plus, je ne me souviens de rien… Quand l’orage sera terminé, Thibaut, sois gentil, va prévenir mon père. Il enverra des gens pour t’aider à me ramener au château. »

 

Le jeune homme la dévisagea avec une intensité accrue par la stupéfaction.

 

« Votre père ? Sire Hugues ? Mais il est mort, damoiselle… »

 

Les yeux de Yolande s’agrandirent d’effroi. « Mort ? balbutia-t-elle. Mais… Mais quand ? »

 

« Il y a… » Thibaut ne put finir sa phrase.

 

De grosses larmes roulaient sur le visage de la jeune châtelaine et elle se mit à pleurer si fort qu’instinctivement, il la prit dans ses bras.

 

« Oh, Thibaut, c’est horrible, gémit-elle, la tête contre l’épaule de son compagnon. Il n’y a plus rien dans ma tête, ce n’est qu’un grand trou noir… Je ne comprends pas… Il allait bien, ce matin… Nous… nous avons bavardé et plaisanté ensemble… Ce n’est pas possible… Dis-moi que ce n’est pas vrai… »

 

Il l’écarta doucement, la dévisagea, incrédule. « Vous ne vous souvenez vraiment de rien ? D’absolument rien ? »

 

Elle hocha négativement la tête. « Je me revois seulement étendue sur mon lit, essayant de trouver un moyen de ne pas rencontrer cet étranger… Je ne sais pas comment je suis arrivée ici… »

 

« Ils ont vu quelque chose et ils ont tous changé » avait dit l’aveugle. Thibaut passa lentement ses doigts sur le visage de Yolande. « Ce ne sont pas eux, enfant, ce ne sont pas eux… » La voix de l’aveugle résonnait en lui comme un écho familier. Tout devenait clair, à présent.

 

 

(A suivre)

Didier FOND

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grand-père va mourir

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Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

5 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Didier fond

 

LE SANCTUAIRE DE LA VIERGE NOIRE

 

Cinquième partie

 

Celui que nous continuerons d’appeler « l’étranger » avait des goûts de luxe. Le sire Hugues n’en était pas exempt non plus, mais ses dépenses restaient dans les limites de l’acceptable. En quelques mois, Yolande et son époux dilapidèrent les trois quarts de l’héritage en fêtes somptueuses, en vêtements taillés dans les tissus les plus précieux, en bijoux fabuleux. Il fallut vendre quelques terres. La situation des villageois ne s’était nullement améliorée, au contraire tout allait de mal en pis, et cela d’autant plus que si l’étranger s’était volontiers délesté d’une certaine partie du domaine, il refusait obstinément de se débarrasser de ce village.

 

De son côté, la belle Yolande n’avait pas oublié les paroles prononcées par son mari la nuit de leur conversation. Elle convoitait la bague et son désir de la posséder devenait si grand qu’elle aurait fait n’importe quoi pour l’obtenir. Un soir, elle osa rappeler à l’étranger sa promesse. Celui-ci se mit à rire : « Demain, ma belle amie, lorsque vous reviendrez de votre promenade, la bague sera à vous », répondit-il. Mais Yolande insista, se fit enjôleuse, caressante… si caressante que finalement, son mari ôta le bijou de son doigt et le lui passa à l’annulaire. « J’aurais voulu attendre un jour de plus, dit-il avec un sourire. Mais puisque vous insistez… »

 

Le saphir se mit à briller si fort que Yolande fut éblouie et dut fermer les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, son époux n’était plus auprès d’elle.

 

Elle pensa qu’il était allé faire un tour et se coucha. Le lendemain matin, quand elle se réveilla, elle constata qu’il n’avait pas dormi près d’elle. Lavée, vêtue de ses plus beaux atours, elle descendit dans la grande salle. Vide. Elle questionna les serviteurs, les servantes. Personne n’avait vu le jeune homme. Son cheval n’était plus à l’écurie.

 

« Bah, il finira bien par revenir, pensa Yolande. Et puis, s’il ne revient pas, que m’importe ? J’ai sa bague. C’était tout ce dont j’avais envie. »

 

Depuis que l’étranger avait glissé cette bague à son doigt, Yolande se sentait différente. Elle n’éprouvait plus ni colère, ni ressentiment, ni envie, ni crainte. C’était comme si tous ses désirs avaient été anéantis, toutes ses capacités d’émotions –bonnes ou mauvaises- avaient été détruites. Elle regardait les gens avec détachement, comme s’ils n’étaient pour elle que de simples objets. Mais lorsqu’une servante maladroite fit tomber un plat, elle la fit fouetter nue dans la cour jusqu’à ce que mort s’ensuive, sans manifester le moindre mécontentement. Simplement, une maladresse méritait une punition, peu importait qu’elle fût disproportionnée à la faute.

 

Une semaine s’écoula. L’étranger ne revenait pas. Yolande inspirait la terreur et la répulsion à ses gens. Avant, ils la craignaient. Désormais, elle était haïe de tous. Elle n’était plus qu’une belle statue froide, d’une cruauté glacée, qu’aucune plainte ne pouvait plus atteindre. Tous les jours, elle montrait sa bague à ses servantes et celles-ci devenaient comme enragées : c’était à celle qui voudrait la servir le mieux. Dans ces affreux combats pour plaire à leur maîtresse, il y en avait toujours une de prise en faute et le châtiment était toujours le même. Régulièrement, Yolande envoyait ses gens d’armes au village pour en ramener une jeune fille destinée à rentrer dans la cohorte de ses esclaves. La victime ne protestait pas, au contraire. Elle quittait sa maison en narguant tout le monde, sous les huées de sa famille et de ses amies qui toutes auraient vendu leur âme pour être à sa place.

 

Un matin, Yolande se fit seller son cheval et sortir faire une promenade dans la montagne. Le temps était à l’orage mais aucun serviteur ne s’était avisé de lui faire remarquer qu’il était imprudent de quitter le château et d’aller vagabonder sur les pentes alors que la tempête menaçait.

 

L’orage éclata avec une violence inouïe, alors que Yolande se trouvait presque en haut de la montagne. Elle ne fit que rire des éclairs et des hurlements du tonnerre. Tout ce déchaînement ne l’effrayait pas. Il ne l’excitait pas davantage. Elle s’en moquait éperdument.

 

Mais sa monture n’avait pas son indifférence à l’hostilité des éléments naturels. Son cheval se cabra, rua, faillit déséquilibrer sa cavalière, puis, échappant au contrôle de la jeune femme, se précipita dans la descente au grand galop. Yolande avait beau le cravacher encore et encore, le cheval, rendu fou de peur par les éclairs et les trombes d’eau, n’obéissait plus. Alors Yolande abandonna la partie et se laissa entraîner sans un mot vers l’abîme.

 

Alors que le précipice allait s’ouvrir sous les sabots du cheval, une flèche déchira l’air et vint se planter dans l’épaule de Yolande. Elle poussa un cri, lâcha les rênes et s’effondra à terre. Un instant plus tard, sa monture s’écrasait au fond du gouffre.

 

Elle resta étendue, sans connaissance, sous la pluie battante, auréolée par la lueur démoniaque des éclairs qui frappaient sans discontinuer la paroi rocheuse

 

 

(A suivre)

 

Didier FOND

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Le sanctuaire de la vierge noire, un feuilleton signé Didier FOND

4 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Didier fond

 

LE SANCTUAIRE DELA VIERGE NOIRE

 

Quatrième partie

 

 

Après avoir enterré son père, Thibaut avait quitté le village et s’était réfugié dans la montagne, au fond d’une grotte, afin d’y ruminer son désir de vengeance. La rage l’envahissait lorsqu’il repensait à sa rencontre avec Yolande, à la façon dont son père avait été tué. Il rêvait la nuit qu’il mettait le feu au château et qu’il faisait périr le seigneur Hugues et sa fille dans les plus affreuses souffrances. Sa haine se tournait également vers l’étranger, car il avait compris que ce dernier était à l’origine de tous les malheurs qui s’étaient abattus sur le village depuis son arrivée.

 

Mais les provisions qu’il avait emmenées en partant finirent par s’épuiser. Il dut un matin redescendre au village. Il pensait que Guillaume, son meilleur ami, ne se ferait pas prier pour lui venir en aide. Quelles ne furent pas sa surprise et sa consternation de constater à quel point ses anciens condisciples s’étaient transformés. Pas un seul ne lui ouvrit sa porte et Guillaume lui-même le jeta dehors sans ménagement avant même qu’il eut ouvert la bouche. Partout, c’était la même atmosphère de morosité, de méfiance, de jalousie. Dans les champs, c’était à celui qui travaillerait le plus et le plus vite, et le mieux. A l’intérieur des maisons, les femmes étaient prêtes à s’entretuer pour savoir qui filerait le plus gros tas de lin, qui tisserait les plus beaux draps pour la damoiselle… Plus d’entraide, de solidarité ; chacun vivait pour soi et les querelles ne cessaient d’éclater dans chaque famille. Thibaut ne réussit même pas à obtenir un morceau de pain. On le chassa de partout.

 

Alors que, désespéré, terrifié, il reprenait le chemin de la montagne, il aperçut, assise sur une pierre, la doyenne du village. Elle était aveugle. Autrefois, chacun prenait soin d’elle. A présent, elle ne parvenait à se nourrir que de racines et de quignons de pain qu’on voulait bien lui jeter. Elle était si faible qu’elle paraissait déjà hors de ce monde. Thibaut s’assit près d’elle, lui prit la main. « Que s’est-il passé ? » demanda-t-il doucement.

 

« L’étranger, souffla la vieille. C’est lui qui est venu. Et tout a changé. Ils ont vu quelque chose, et ils ont tous changé. Prends garde à lui, Thibaut. Si tu le croises, ne le regarde pas… Moi, je suis aveugle, il n’a pas pu me transformer… »

 

« Sais-tu ce qu’ils ont regardé ? »

 

« Une bague… Il disait regardez ma bague… Et ils sont devenus ce que tu as vu. »

 

Thibaut réfléchit quelques instants. « Alors, le Sire Hugues et sa fille ont dû aussi voir la bague », murmura-t-il enfin.

 

« C’est probable… Ils n’ont jamais été méchants… Souviens-toi, Thibaut, quand vous étiez enfants… »

 

« Et pourtant, il a tué mon père, elle a voulu me tuer… »

 

La vieille ferma les yeux. « Ce n’est pas eux, enfant, ce n’est pas eux… Lui… lui seul  », chuchota-t-elle et elle bascula en arrière.

 

Le jeune homme n’eut que le temps de la retenir et la serra contre lui. « Que faut-il donc faire ? » demanda-t-il. Mais la vieille ne répondit pas. Elle était morte.

 

Pendant ce temps, au château, on fêtait les épousailles de l’étranger avec Yolande. Quatre jours de fêtes ininterrompues. La jeune châtelaine baignait dans le bonheur absolu. Ces noces n’avaient cependant pas modifié son comportement. Elle cherchait querelle à tout le monde et n’était contente que lorsqu’elle avait réussi à faire pleurer ses servantes. Un soir, alors qu’elle reposait auprès de son mari, ce dernier désira l’entretenir d’un sujet qui, dit-il « était fort grave ». Le Seigneur Hugues devenait vieux, il gérait certes bien son domaine mais ne tirait toujours pas le maximum de ses paysans.

 

« Que voulez-vous qu’il fasse de plus ? » interrogea Yolande en baillant. Cette discussion l’ennuyait.

 

« Oh, je connais beaucoup de moyens pour améliorer encore la situation. Mais je ne peux pas me permettre de les appliquer. Je ne suis pas le Seigneur du château. »

 

Yolande eut un geste d’impatience. « Il est vieux, comme vous l’avez dit, et il mange trop. Il finira bien par mourir. Vous prendrez sa place. »

 

Il y eut un silence. Puis la voix de l’étranger s’éleva de nouveau. « Lorsqu’il mourra, il sera sans doute trop tard pour agir. »

 

« Mon bel amour, vous ne voudriez tout de même pas qu’il rende son âme à Dieu cette nuit même, juste pour vous faire plaisir ? N’y comptez pas. Ce n’est pas nous qui décidons de l’heure de notre mort ou de celle des autres. »

 

« Vous vous trompez, ma mie. Rappelez-vous les pendaisons de paysans… »

 

Yolande haussa les épaules. « S’ils sont morts, c’est qu’ils devaient mourir de notre main. Et puis, vous n’allez pas comparer ce qui n’était qu’une juste punition à… » et elle se tut, n’osant pas poursuivre.

 

« Tant pis, soupira l’étranger. Une fois maître du domaine, je vous aurais tout donné, y compris ma bague… »

 

Yolande soupira de nouveau, se tourna sur le côté. « Faites ce qu’il vous plaira, rétorqua-t-elle enfin. Mais ne me mêlez pas à cette histoire. »

 

Quelques jours plus tard, à l’issue d’un repas encore plus copieux qu’à l’ordinaire, le Sire Hugues décéda, dit-on, d’une attaque d’apoplexie

 

Le châtelain mort, ce fut bien évidemment sa fille qui hérita de ses biens et par l’intermédiaire de Yolande, son beau mari. La disparition de son père n’affecta pas la jeune châtelaine. Tout au plus se borna-t-elle à dire : « Vous voyez, ce n’était pas la peine d’imaginer des choses insensées, la nature fait bien les choses. »

 

(A suivre)

 

Didier FOND

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