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Le blog Aloys

Articles récents

Marie-Noëlle Fargier nous propose une nouvelle "Quel songe étrange !"

4 Mai 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

Quel songe étrange !


 


 

La plume dans la main, sommeille un écrivain- Une vieille femme, vêtue de caractères noirs et blancs, erre :

  • Que fais-tu, jeune homme ? Je te rappelle que tu dois prendre soin de moi ! s’écrie la vieille femme.

  • Je le fais ! Avec tes mots je jongle, et si par mégarde une syllabe m’échappe, je prends un verbe et la sauvegarde réplique l’écrivain, offensé.

  • Heureuse de l’entendre. Il me reste encore quelques phrases valides, mais si ça continue… !!!!

L’écrivain remarque alors des pages qui se déchirent, perforées par une encre bleue qui dégouline et traverse de part et d’autre le corps de la vieille femme comme de profonds abîmes. Puis la vieille femme rajoute :

  • Dis-moi, pourquoi ne suis-je plus aimée, respectée ? demande-t-elle en grimaçant de douleur.

  • Que veux-tu ? Tu es si vieille ! Et si lente et compliquée !

  • Je ne comprends pas !

  • Je veux dire, tu n’es pas étrangère à ton destin ! Le mauvais sort te ride car tu es trop avide. Les pauvres jeunes dérapent sur toutes tes voyelles, tes consonances les pompent ! Et je ne parle pas de ta grammaire, une vraie sorcière ! Avec ses accords retors, ses sujets avant ou après, ses verbes à conjuguer, sans parler des compléments circonstanciels plein de manières ! On n’a plus le temps ! Et puis tes pauvres pieds cèdent, tes rimes se rompent et tes pauvres alexandrins deviennent raides !

  • Alors je vais mourir ? demande tristement la vieille femme

  • Non, pas encore. Tu es simplement oubliée, mise au placard. Qu’il ne t’en déplaise, mais ton charmant auditoire est devenu une grosse passoire. Tu dois te redresser, ressortir tes anciennes parures, et te refaire une santé !

  • Oui mais Sans Ma Syntaxe, ils me désaxent ! Même Mr Larousse se déplume. Mon langage par tous ces mouchoirs reçus, s’enrhume, et contamine toutes les plumes ! C’est à vous, écrivains, à réagir ! Vous qui m’utilisez pour faire rêver, pour donner la connaissance !

  • On essaie, on essaie ! On fait des salons avec un sourire bien rond. On dédicace en voisinant avec des surgelés et des plats préparés ! Presque à la criée ! Et les librairies ont tellement de soucis…. ! Quelquefois, c’est vrai, on est bien remercié et encouragé. Mais aussi, on est regardé comme des illuminés ou même avec une furtive compassion.

  • Tu veux dire que plus personne n’a envie de me rencontrer, de me partager, de me parler, de me lire ?

  • Oui.

  • Mais pourquoi ?

  • Ils n’ont plus ni le temps ni le goût.

  • Alors je vais mourir.

  • Non ! Il reste tes belles et célèbres dorures exposées dans les écoles, petites et grandes.

  • Tu veux dire que je n’existe qu’à l’école ! C’est trop relou !

  • Tu as dit « trop relou » ??? demande l’écrivain, ébahi.

  • Oh désolée, il ne reste que quelques lettres à mon alphabet. Et puis ma mémoire, ma pensée sont si inactives qu’elles s’évaporent ! s’exclame la vieille femme en regardant tristement tous ses caractères disparaître.

Puis, songeuse, sagement elle rajoute :

 

- Attends !!! Il me reste encore quelque chose, je crois, et gravement, elle prononce :


« Tant que la lecture est pour nous l'initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n'aurions pas su pénétrer, son rôle dans notre vie est salutaire » Marcel Proust 


 

« salutaire », le mot le réveille. L’écrivain boit un café, fume une cigarette, arpente son deux-pièces, puis se remet à écrire…

 

M-Noëlle FARGIER

 

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Christina Previ a lu "La maison" de Marie Klimis

3 Mai 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

Une maison qui vit et se raconte, d’entrée de jeu ce n’est pas banal. De fait, rien ne le sera dans cette maison, née grâce à une histoire d’amour, et qui finira en ruine pour la même bonne raison.

Y entrer c’est pénétrer dans un monde au-delà du réel, entendre les briques vibrer devant les colères du maître d’œuvre vivant ou mort !

Les murs ont des souvenirs ; ceux d’une petite fille et de son mouton, surprenants par leur fraîcheur autant que par la ténacité de leur projet : la fillette dessine tout ce qu’elle peut, l’animal mange tout ce qu’il trouve

Tendez l’oreille, vous percevez des rires et des pleurs. La musique répond aux mots, les images ne sont pas toujours sages. La poésie s’infiltre avec les courants d’air, la cuisinière fait des mystères et méfiez-vous de son chocolat ! Ou alors, tout au contraire, servez-vous-en généreusement !

Ces murs ont été le point de départ de bien des voyages ; sur les routes pour les uns, philosophiques pour les autres

« La Maison » est un réceptacle de naïveté, d’amour, de trouble, de joie mais parfois aussi de déceptions et de colère. On y rêve aux étoiles sur les toits, pourtant la tristesse suinte au fond des caves.

Y pénétrer, c’est ouvrir la porte à l’enchantement, réfléchir au sens de la vie, rééquilibrer notre échelle de valeurs.

J'ai beaucoup aimé le style spécifique, enthousiaste, puissant et plein de fraîcheur de Marie Klimis. Le récit, traité avec beaucoup d’humour, analyse l’âme humaine avec une grande maturité.

Un seul bémol toutefois, certains passages m’ont semblé un peu longs.

 

Christina Previ

 

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Le blog de critique littéraire "Legere imaginare peregrinare" a chroniqué "Vénus en Ré", le dernier thriller de Christine Brunet

2 Mai 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture, #avis de blogs

https://legereimaginareperegrinareblog.wordpress.com/2017/02/17/passion-venus-en-re-christine-brunet/#more-10056

https://legereimaginareperegrinareblog.wordpress.com/2017/02/17/passion-venus-en-re-christine-brunet/#more-10056

Vénus en Ré est un thriller publié par les éditions Gascogne en décembre 2016. Il est le huitième de Christine Brunet; il peut être considéré comme une « suite » du précédent roman intitulé Convergences puisqu’il reprend les mêmes personnages d’enquêteurs. Il est l’occasion de faire plus ample connaissance avec eux, surtout Gwen Saint-Cyrq, la légiste au look extravagant ( piercings, tatouages, coupe de cheveux déstructurée) , et d’approcher d’un peu plus près cette femme mystérieuse, froide en apparence, mais courageuse, capable d’aller au bout de ses convictions, peu importent les conséquences.

venus-en-re

Le style est sobre, d’une précision quasi chirurgicale, très efficace, avec des phrases pas trop longues, des mots précis et parfois percutants attestant de la maîtrise parfaite de son auteur. Les très nombreux dialogues, notamment entre les enquêteurs à divers moments de leurs investigations, rendent le récit très vivant et entretiennent un suspense parfois à la limite du soutenable.

La présentation du roman est claire et aérée, rendant agréable la navigation au sein de cette enquête labyrinthique. Chaque chapitre porte un titre qui oriente le lecteur sur son contenu sans pour autant le révéler .

L’intrigue:

Dans le bois de Notre-Dame, quelque part dans l’est francilien, la découverte du cadavre d’une femme nue, étendue sur les feuilles détrempées, pose la question suivante: est-elle la 7e victime de ce serial killer que la presse a surnommé « l’homme au catogan »? En l’absence d’un modus operandi véritablement identique, les doutes sont permis, d’autant que le profiler Michel Lebecq et son équipe piétinent: aucune piste, tous les indices sont soigneusement effacés par le tueur, et aucun lien apparent entre les victimes qui semblent choisies au hasard.

Le commissaire Marsan, cette fois impliqué de près, obtient du juge l’autorisation du juge de mener sa propre enquête et reforme l’improbable duo Saint-Cyrq/ Signac. A condition de convaincre la jeune femme qui a démissionné pour se reconvertir en femme de chambre.

Pourtant,malgré les tensions et les désaccords qui les séparent, ils obtiennent très vite de nombreuses pistes qu’ils suivent jusque sur l’île de Ré. S’agit-il d’un seul tueur complètement imprévisible et d’une intelligence supérieure? Ou alors d’un « copy cat » en profitant pour commettre ses propres meurtres. Entre résurgences d’un passé pour le moins embrouillé, embuscades, poursuites, agressions et disputes, le duo de choc parviendra-t-il à résoudre cette ténébreuse affaire?

Les personnages:

ile-de-re-4
Île de Ré
  • Renaud Marsan: commissaire divisionnaire.
  • Ghislaine: sa fille, 22 ans.
  • Michel Lebecq: profiler de la Crim.
  • Le juge Colardon.
  • Gwen Saint-Cyrq: petite maigre tatouée, visage portant de nombreux piercings, cheveux noir corbeau très raides aux épaules sur le devant et presque rasé derrière le crâne ( petit clin d’œil à Lisbeth Salander??); médecin légiste très compétente. Orpheline, enfermé en maison de redressement à l’âge de 7 ans, puis adoptée par une femme qui ne l’aime pas, ce qu’elle lui rend bien.
  • Yvon Signac: co-équipier de Gwen.
  • Damien Potain: petit ami de Ghislaine; 32 ans, divorcé, biologiste marin au CNRS; ancien prof de la jeune femme.
  • Daniel Lesage: médecin légiste de l’équipe de Lebecq; ex petit ami de Gwen.
  • Christian Pinel: 8 e victime; premier amour de Gwen; 32 ans, condamné à 15 ans de prison pour piratage informatique.
  • Robert Grimaud: chef de la brigade de gendarmerie de l’île de Ré; ami d’enfance de Signac.
  • Josy Grimaud: épouse du précédent; capitaine de gendarmerie dans la même brigade. Premier amour de Signac quand ils étaient ados.

Les lieux:

Christine Brunet s’est visiblement très bien documentée afin d’offrir des descriptions de lieux les plus proches possible de la réalité, notamment en ce qui concerne l’île de Ré; en effet, elle donne de nombreux repères facilement vérifiables ainsi qu’une carte très précise (page 55).

Les descriptions des autres lieux sont minimalistes, donnant juste les indication nécessaires pour se représenter l’endroit, un peu comme un décor de film ou une photo: « La forêt domaniale du Bois Henri IV, enfin. Des maisons partout…Une bande de verdure. Des pins, un sol sablonneux couvert d’aiguilles brunes. Un sentier. » (Page 81).

Même chose pour l’appartement de Signac: « L’endroit était propre, méticuleusement rangé: il devait avoir une femme de ménage à la hauteur, à moins qu’il n’ait gardé ses habitudes de militaire. Tout était fonctionnel, sans luxe ni décoration inutile. Une table, quatre chaises, un canapé et une table basse devant, une cuisine à l’américaine à droite et un couloir qui devait mener aux chambres et à la salle de bains. » (Page 29).

Mon avis:

Grâce à Christine Brunet, qui m’a gentiment fait parvenir son roman afin que je le chronique, je découvre une romancière talentueuse, au style bien personnel, et son univers littéraire très agréable à lire, proposant un divertissement de qualité.Avec une dernière partie surprenante, à laquelle je ne m’attendais pas du tout.

Les nombreuses allusions à l’enquête précédente (voir Convergences) certes permettent de situer le relationnel compliqué fait de rancœur et d’attirance entre Signac et Gwen, mais peuvent à la longue gêner le lecteur qui n’a pas lu le titre précédent.

Des scènes d’action, des rebondissements intervenant au bon moment, des touches d’humour, des personnages intrigants mais attachants, loin de toute caricature,qui n’oublient jamais de prendre une douche ou de se nourrir (lol), que l’on a envie de retrouver dans une autre aventure, une intrigue sans temps morts ni incohérences, Vénus en Ré est incontestablement un excellent thriller dont je recommande très vivement la lecture.

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Récurrences, un poème de François Iulini

1 Mai 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Poésie

 

Récurrences

 

C’est la fin du marché, et l’indigente

Marche vers sa faim, - Ite missa est -

Elle extirpe un trognon de cette ordure

Vite fourré dans son cabas et preste,

Elle glane, par-ci, par-là sa méchante

Provende ; invisible, abjecte et pure…


 

Les gones singent hilares la croulante,

Se lassent enfin ; midi ! Le bide peste !

Resté seul, je songe à cette pâture

Immonde ; gênée elle part, je reste

Chagrin ; les balayeurs sifflotent et chantent ;

Rigole la soupe sur l’onde pure…


 

Novembre est là et chinoise nos tombes,

Pétales lassent et choient, sang ambre et brun

Mes souvenirs chahutés par les embruns

De larmes d’or les chrysanthèmes inondent

 

 

François Iulini

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Salvatore Gucciardo nous propose un poème "Emotions vibratoires"

30 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys

 

Émotions vibratoires

 

La nudité de l’âme

Dans la splendeur

Du noyau d’or

Où grelotte

La chair

De l’homme

Livrée

Aux fatras

Du destin

 

Sur le contour

D’un grain de sable

Le testament

Révèle

La fragilité

Du jour

Les aberrances

Du guerrier

L’illumination

Du sage

 

Climat

D’ombre

Et de lumière

Mystère

Insondable

 

Émotions

Vibratoires

L’ambiguïté

Au revers

Du veston

 

L’attrait

Indélébile

De l’être

Pour le festin

Cristallin

Aux griseries

Jubilatoires

 

Salvatore Gucciardo

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Un poème extrait de "L'ombre du reflet" de François Iulini

30 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Poésie

 

Je lui dis les bonheurs du soleil qui inonde

Le jardin harcelé par les diablesses bleues

La chienne exubérance qui se jette dans l'onde


 

Je lui chuchote encore la grâce d'être deux

Plantés main dans la main dans le lagon turquoise

Qui teint le voile noir des instants malheureux


 

Enroulé dans mes mots, ô tristesse sournoise

Tu reposes légère, terrifiante égérie

Toi que mes rimes apaisent mais jamais n'apprivoisent


 

Endors-toi ma tristesse, veille ma poésie…

 

François Iulini

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Micheline Boland nous propose un nouvel extrait de son prochain recueil "Nouveaux contes en stock"

29 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

UNE VIE DE CHIEN

 

Il est assis aux pieds d'un client. La serveuse de ce petit restaurant apporte un plateau avec des cafés. Il se lève, l'accompagne jusque la table voisine. Il regarde la femme qui sourit à son compagnon. Il devine que pour cette femme un biscuit est peu de choses. Il a remarqué tout à l'heure qu'elle laissait de la viande et des croquettes sur son assiette. Il attend donc un de ces biscuits qu'il sait accompagner le café. Il en a l'expérience. Il espère seulement que son intuition est la bonne. Il gémit un peu pour attirer l'attention. Alors, la femme l'aperçoit, prend un biscuit et le lui tend. Une langue de chat, un des biscuits que son maître réussit le mieux ! Il le savoure et puis s'en va vers la cuisine. Il s'installe dans son panier, sur le coussin en coton fleuri si confortable. Il rêve comme rêve le gamin, le fils de ses maîtres, quand il a fini ses devoirs. Il s'ennuie comme s'ennuie le gamin, sans compagnon de jeux ou privé de télévision.

 

À travers la porte vitrée, il remarque que la salle de restaurant est presque vide. Il quitte son panier. Il suit son maître qui salue les derniers clients. Il l'accompagne jusqu'au pas de la porte. Dehors, il fait doux. Et pourquoi pas une petite promenade ? Il file entre les jambes de son maître qui ne le voit pas s'éloigner tant il est flatté par les compliments des clients.

 

"Cette crème brûlée au marasquin était d'un tel raffinement. Et cette petite soupe aux fruits rouges. Un délice !"

 

Il n'entend pas la suite… Il est déjà face à l'hôtel de ville. C'est un vrai printemps, avec les odeurs de fleurs, avec la tiédeur de l'air, avec les terrasses de café où s'attardent les gens. C'est un vrai printemps, avec la liberté d'aller et venir.

 

Le temps passe. Il est seul sur la pierre bleue près du jet d'eau. Deux petits vieux qui se promènent bras dessus, bras dessous l'appellent. Quelques paroles réconfortantes et il se met à les suivre. Ils sont gais, ils rient. Ils ont sans doute bu un coup de trop pour fêter le printemps ou bien alors c'est lui qui les rend si gais.

 

Ils n'habitent pas très loin et il rentre avec eux dans la maison. On l'installe sur une vieille couverture où il s'endort.

 

Pendant ce temps-là, son maître et sa maîtresse le cherchent en vain. Le gamin pleure dans la cuisine du restaurant tandis que le commis termine son boulot de nettoyage.

 

Le lendemain, on a posé des affiches chez tous les commerçants du quartier. Une photo de lui, une adresse avec ces quelques mots : "Bonne récompense à qui retrouvera notre chien."

 

Il passe des jours et des jours chez les petits vieux qui le choient comme ils peuvent. Ils sont toujours aussi gais que lors de leur première rencontre.

 

Le gamin reste inconsolable. On va donc acheter un autre chien, un bichon qui lui ressemble ! Son vrai double que l'on traite aussi bien que lui. On a juste nettoyé le panier et remplacé le coussin fleuri par un coussin à carreaux. La plupart des clients n'y voient que du feu.

 

Puis un jour, la vieille a vu l'affiche. Les deux petits vieux sont partis bras dessus, bras dessous pour le reconduire chez ses maîtres.

 

Le voilà chez lui, avec un compagnon, un frère. Il a retrouvé son coussin fleuri, ses clients. Il s'est offert de belles vacances et est reçu comme le fils prodigue.

 

Depuis cet événement, il s'ennuie moins souvent. Souvent, les deux compères restent immobiles à observer les clients. À deux, le temps passe bien plus vite.

 

Bras dessus, bras dessous, les petits vieux viennent parfois lui rendre visite. Ils ont recueilli un jeune chat blessé. Ils lui parlent de ce "Poupousse" qu'ils adorent et il n'en éprouve aucune jalousie.

 

Plus tard, qui sait, si l'occasion se présente, il tentera d'aller leur rendre visite…

 

Micheline Boland

Extrait de "Nouveaux contes en stock" (parution en 2017)

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Robert fontaine nous propose son nouveau roman "La croix mystérieuse"

27 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

 

BIOGRAPHIE

 

 

Robert FONTAINE est né à Ecaussinnes, en Belgique, d’où son père était originaire. Cependant il a gardé de sa mère, native d’un petit village au cœur des volcans, à un jet de pierre de la station thermale de La Bourboule, des racines auvergnates.

Cela fait maintenant de nombreuses années que Besonrieux, commune de l’entité de La Louvière, est devenu son port d’attache.

Sa carrière professionnelle fut essentiellement destinée aux chiffres, mais le temps libre que lui octroya une retraite anticipée lui permit de se consacrer à l’écriture, exercice qu’il a toujours apprécié.

La perspective d’être publié ne l’avait jamais effleuré jusqu’au jour où Chloé des Lys s’intéressa à son premier manuscrit : « La Chaumette » fut publié en 2011 et l’éditeur récidiva en 2014 avec « Après Stéphane ».

Au travers d’énigmes policières, il a déjà fait visiter à ses lecteurs des coins insoupçonnés de la Côte belge dans « La Chaumette », des endroits incroyables de Venise avec « Après Stéphane » et, dans son troisième roman « La Croix Mystérieuse », il nous entraîne dans son beau village natal dont il garde d’excellents et inoubliables souvenirs.

 

Texte couverture 4

 

Noël Méneval, jeune lieutenant de police récemment arrivé dans la brigade où a été muté le commandant Legrenzi, se voit confier l’enquête d’un braquage de bijouterie dont l’auteur n’a pas hésité à tirer sur le gérant avant de s’enfuir à moto avec un complice. Deux jours plus tard, le corps d’une jeune femme est retrouvé au pied d’une croix en pierre. Y aurait-il un rapport entre ces deux affaires ?

Des rumeurs le poussent à consulter des archives et il s’aperçoit que ce n’est pas la première fois qu’un cadavre est découvert au pied de cette énigmatique croix plantée sur un talus, à deux pas d’un imposant château-fort et de ses dépendances. Il constate aussi que les recherches menées par la police de l’époque n’ont jamais abouti. C’est probablement la raison pour laquelle les villageois ont, à juste titre, surnommé l’endroit : « La Croix Mystérieuse ».

Il s’intéressera de près à ces vieux dossiers de meurtres non élucidés mais mènera conjointement, avec l’aide d’Henri Montherey, inspecteur expérimenté proche de la retraite, et Alice Verdier, jeune stagiaire diplômée en criminologie, les enquêtes sur les affaires récentes : toutes s’avèreront laborieuses et il devra faire face à des situations troublantes, bouleversantes, étonnantes et pleines de surprises.

 

Résumé

 

 

L’histoire commence quelques jours avant le début de la seconde guerre mondiale avec la découverte du corps sans vie d’une jeune fille sur un talus en rase campagne. Il s’agissait assurément d’un meurtre. A l’époque, l’enquête sera abandonnée sans résultat, mais curieusement une croix en pierre fera son apparition à cet endroit précis. Par qui fut-elle plantée ? Nul ne le sait ! Par la suite, d’autres cadavres, toujours féminins, seront aussi retrouvés au pied de cette croix qui fut surnommée « La Croix Mystérieuse » par les habitants du village.

Ces récits figuraient dans le cahier d’un prêtre décédé qui notait jour après jour la vie du village ; les diverses enquêtes menées par la police n’avaient jamais abouti !

Outre ces vieux dossiers, la police est confrontée au braquage d’une bijouterie. Étrangement, une dame se présentant comme étant la grand-mère d’un jeune homme de dix-huit ans à peine l’accuse d’avoir commis ce délit. Elle espère, un peu naïvement peut-être, que cette dénonciation et son arrestation le mettront à l’abri de la racaille qu’il s’est mis à fréquenter. Il est bien sûr en fuite, elle ne sait pas où il se trouve, mais la police prend néanmoins sa déclaration très au sérieux. Quelques jours après ce vol, une jeune fille est retrouvée morte, affreusement mutilée, au pied de la fameuse croix !

Y aurait-t-il un rapport entre le braquage et ce meurtre ?

Après de longs moments d’errements et d’incertitude, les enquêteurs, sous la responsabilité du lieutenant Noël Méneval, iront de surprise en surprise mais parviendront à démêler, du moins partiellement, cette dernière affaire, sans négliger celles non élucidées depuis plus d’un demi-siècle.

 

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Edmée De Xhavée – Extrait de la nouvelle Louve Story, Recueil « La rinascente* »

26 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

 

« Les loups ! Octavie les avait aperçus de temps à autre. Furtifs, le trot rapide et souple. Parfois même, elle en avait croisé le regard jaune, et en avait été enivrée. Ils s’approchaient rarement du petit manoir, et surtout des étables d’où il leur arrivait certains jours d’audace d’enlever un agneau dans le cœur de la nuit. Ils quittaient peu la forêt, et chantaient leur complainte qui montait dans le ciel de velours sombre.

Une nuit elle était sortie dans le fond du jardin, foulant de ses pieds nus l’herbe humide, soulevant d’une main l’excès de longueur de sa chemise de nuit, brodée et luisante de rubans de soie et, se hissant sur le mur, avait échangé avec un loup invisible ses modulations tendres.

Le lendemain on l’avait réprimandée : elle avait les avant-bras égratignés, ce qui se verrait au bal de la fin de semaine, ou elle avait sali le bas de sa chemise de nuit avec la grosse terre noire. Elle allait attirer les loups. Et enfin, les servantes ne manqueraient pas de répandre la rumeur de ses bizarreries aux servantes des autres demeures, par l’entremise de l’un ou l’autre livreur ou amoureux ».


 


 

Elle comprend bien Octavie la frémissante. Oh si elle la comprend ! Elle n’a pas connu l’appel du loup en liberté mais a tant aimé monter à cru. Elle sent encore les flancs chauds de Pépita, la jument de ces gens venus de la ville, qui la lui laissaient monter et caresser dans la grande prairie qui entourait leur ferme redynamisée, comme ils disaient. Elle la montait en short, sans selle ni étriers, se fiant à la force de ses genoux et talons pour rester en place, tandis que Pépita se laissait conduire par une bride sommaire dans un petit trot léger qui lui détendait les jambes. Quand elle redescendait de sa monture, l’intérieur de ses genoux et cuisses était un peu opaque, patiné de la graisse à l’odeur délicieusement sauvage.

Octavie avait semé en elle…

Elle aimait aussi partir aux champignons, que ce soit ceux de prairie à la fragile blancheur, qu’il fallait déplacer avec doigté pour ne pas les faire noircir, ou les champignons des bois aux teintes, formes et peaux délicates. Pourquoi n’accompagnes-tu pas Janou à la kermesse ? demandait sa mère, inquiète de la solitude que sa fille recherchait, à un âge où au contraire il fallait se faire voir pour être choisie… Mais elle aimait abandonner derrière elle le gai vacarme coloré de la kermesse, sachant que les sentiers, prairies et bois seraient déserts, et qu’elle y serait reine des lieux.

Elle était partie étudier dans une ville éloignée, ne revenant que lors des vacances ou évènements familiaux : le mariage de Bastien, la mort de mémé, l’opération de papa… Elle avait trouvé du travail dans cette ville, un travail que personne ne comprenait dans le village. Àquoi donc peut servir une documentaliste ? Et pourquoi ne se mariait-elle pas ? Elle n’aurait pas besoin de travailler, elle élèverait ses enfants.

Elle souriait à sa mère, amusée de l’abîme qui les séparait, et qu’elle avait renoncé à tenter de combler.


 

 
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Thierry-Marie DELAUNOIS nous propose un second extrait de son roman "Auprès de ma blonde"

25 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #extraits

Elle ouvrit les yeux, le fixant instantanément de son regard brun acajou d’une profondeur insondable, le happant lui et toute son énergie d’homme, le laissant le souffle court, ce qui le fit stopper net dans sa progression, son désir évanoui, son envie de la connaître ayant fondu comme neige au soleil. Comment était-ce possible? Il ne cilla pas, prenant soudain conscience qu’il lui fallait ni baisser ni lever le regard pour tenter de lui échapper, belle et curieuse connexion incompréhensible à ses yeux, le cas de le dire, elle poursuivant son observation silencieuse, comme dans l’attente, son visage reflétant une indéniable franchise, mais quelque chose d’autre s’y mêlait. Un certain effroi? Et allaient-ils se parler? Bien qu’il n’en menait pas large, il soutint son regard limpide, crut soudain apercevoir comme une ébauche de larme dans le blanc de ses yeux. Serait-il le premier homme à ne pas battre en retraite, suscitant chez elle une émotion peu perceptible mais bien réelle?

Bien que rivés l’un à l’autre sans mot dire, un changement se produisit de part et d’autre: surgit en elle un singulier soulagement la menant à esquisser un sourire d’une infinie délicatesse; en lui, une volonté inébranlable, celle de se jeter à l’eau sans bouée non dans le but de la séduire, de la conquérir, mais d’atteindre ce tréfonds, le fond de son être. Car il avait ressenti comme un appel. Un S.O.S. lancé de très loin mais le message lui paraissait flou. Rêvait-il? Serait-il parvenu à franchir la barrière qu’elle avait dressée probablement pour la forme, histoire de ne pas passer pour une fille facile prête à se jeter dans les bras du premier venu par manque d’amour?

Le manque d’amour, du véritable amour qui unit deux êtres naviguant sur la même longueur d’onde, à l’unisson, reliés par cette mystérieuse alchimie tenant principalement du coeur et de l’âme… Cela existait-il? A cet instant il se le demandait; il lui semblait également qu’ils avaient tous deux de précieuses affinités. Sans qu’une seule parole ait été échangée, sans qu’ils aient eu l’occasion, la chance, de faire connaissance ne fût-ce qu’un brin. Possible? Il y croyait, l’auteur, l’expression de son visage s’étant entre-temps fermée. Retour sur sa garde, lui semblait-il, après une esquisse d’ouverture. Perplexe, il leva les yeux au ciel, se déconnectant d’elle à l’instant - heureux ou malheureux? - où un perfide pigeon lâcha sur lui son surplus - pas nécessaire ici de préciser… - qui atterrit brutalement sur son front. Un tir au but.

Sa stupéfaction, qui céda aussitôt le pas à un dépit manifeste, n’échappa point à la belle, déclenchant son hilarité à laquelle succéda un fou rire dantesque devenant en un quart de tour incontrôlable. La totale. C’était si drôle, un homme victime d’un pigeon! Elle le vit alors sortir son mouchoir, rouge de colère et de confusion, étalant sans le vouloir la fiente. C’était le bon mot. Le pauvre! Lui porterait-elle secours? Impossible à cet instant car elle se bidonnait assise sur le banc, les mains sur le ventre, sa chevelure dissimulant son visage, le buste incliné vers l’avant. Quand avait-elle autant ri pour la dernière fois? Elle ne s’en souvenait pas. Un siècle? Deux?

  • Fameux impact, et je vous fais donc tant d’effet, Mademoiselle? J’en suis heureux, même enchanté!

  • Séréna!

  • Pardon?

  • Séréna! Et toi?

(Auprès de ma blonde, Thierry-Marie Delaunois: extrait II)

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