Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog Aloys

Articles récents

Bob Boutique au micro de Sarah Prévinaire sur Radio Eghezée

20 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #vidéo, #interview

Bob Boutique au micro de Sarah Prévinaire sur Radio Eghezée
Bob Boutique au micro de Sarah Prévinaire sur Radio Eghezée
Bob Boutique au micro de Sarah Prévinaire sur Radio Eghezée
Lire la suite

Pauline Vandersanden présente son roman JUNE.

19 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

 

Biographie

Née en région liégeoise en 1990, je passe mon enfance à la campagne et décide, à vingt ans, d’emménager au cœur de la Cité Ardente. Mon diplôme de professeure de français en poche, j’additionne les expériences dans différentes écoles. Amoureuse des mots depuis toujours, je n’ai jamais cessé de noircir du papier blanc jusqu’au jour où j’ai décidé d’assembler les bouts de mots, les bouts de maux, parfois, au sein d’un roman. June est mon second livre.

Résumé

« June » comme le mois de juin et le prénom de l’héroïne. C'est avant tout l'histoire d'une rencontre entre deux êtres fragilisés. Mais aussi celle d'une reconstruction, d’un commencement. C’est l’influence de notre enfance sur nos choix d’adulte. C'est l'amour, le vrai, celui qui fait grandir. Mais c'est aussi la difficulté d'exister, à deux. Et de résister au temps qui passe. La difficulté de s'abandonner et de pardonner. « June » bouscule les codes, les préjugés.        
 

N°ISBN : 978-2-87459-973-6

Extrait

Elle n’avait plus de cœur. Il s’était détaché de sa poitrine, ce matin-là. Quand les mots s’étaient dispersés dans l’air. « Ça ne marchera pas. Nous deux, ça ne fonctionnera pas. Tu es où là ? Avec qui es-tu quand je te tiens dans mes bras ? Pour qui sont tes sourires ? ». Elle les avait reçus comme un coup de poignard. Ils avaient pénétré ses oreilles, avaient atteint sa tête et étaient repartis aussitôt, emportant dans leur course son cœur éreinté. Elle l’avait fixée un long moment. Sans rien dire. Avait croisé les bras sur sa poitrine comme pour protéger le trou béant qui lui creusait désormais le haut du corps. Elle déambulait dans la ville. Étrangère à elle-même. Une partie d’elle s’était envolée ce matin-là. Elle ne pourrait plus jamais aimer. Elle ne pourrait plus jamais s’abandonner. Elle priait pour que le temps s’accélère. Pour que les images au goût du souvenir défilent. Les blessures se pansent. Pour que les creux se remplissent à nouveau. Elle priait. En silence. Elle ne pensait plus à rien. Seulement à June. June. Tout le temps, toujours. Sans pause, ni répit. Elle lui manquait comme le bras manque au manchot. Le thé à la tasse. La voix au muet. Elle lui manquait. Et elle aurait cent fois préféré qu’on la balance toute entière au feu plutôt que de ressentir cette douleur qui la consumait de la même manière. Elle revoyait son visage qui venait se déposer, se loger. Bien au chaud. A l’abri. En sécurité. Elle ressentait la chaleur de ses bras maigres, les nuances de son odeur, le crépitement de sa voix. Elle la ressentait toute entière. Et puis elle ressentait le vide. A chaque fois.

Lire la suite

Actu-tv nous parle de Georges Rodenbach... Un article de Jean-François Foulon

19 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #vidéo, #articles

https://www.youtube.com/watch?v=Gv17jvqrJcA

Il est des livres que l’on connaît - ou du moins que l’on croit connaître – sans les avoir jamais lus. Ce sont souvent des classiques, dont on a étudié des extraits à l’école ou dans lesquels les journalistes littéraires aiment puiser des citations pour montrer leur culture. Bref, ce sont des livres dont on connaît plus ou moins l’histoire, dont on pourrait même parler un peu, mais dont finalement on ignore tout puisque tout simplement on ne les a pas lus. 

C’était mon cas pour Rodenbach. Honte à moi, je l’avoue. De cet auteur, j’avais simplement lu quelques poésies dans des anthologies et je connaissais (quand même) le titre de son œuvre la plus célèbre : « Bruges-la-morte ». Il a fallu que j’écoute l’interview de Marc Quaghebeur dans Actu-TV pour que je prenne conscience de cette lacune et que je me précipite sur ce livre. Comme quoi cette émission culturelle prend de l’ampleur et les interviews du directeur des Archives et Musée de la Littérature consacrées aux grands classiques belges sont toutes du plus grand intérêt. En tout cas cela m’a permis de découvrir Rodenbach. C’est un peu le but poursuivi par Actu-TV, je crois : puiser à des sources sures et sérieuses pour s’ouvrir ensuite à un large public. Que voilà une belle manière de dépoussiérer nos grands écrivains ! 

Mais revenons à Rodenbach. Né à Tournai en 1855, il est mort à Paris en 1898, d’une crise d’appendicite. En réalité, il passe son enfance à Gand, où son père, fonctionnaire au ministère de l'Intérieur, a été muté (c’était l’époque où la langue française régnait sur toute la fonction publique et où les agents de l’Etat exerçaient leur métier dans toute la Belgique, aussi bien en Flandre qu’en Wallonie). Au collège Sainte-Barbe, il se liera d’amitié avec Emile Verhaeren, puis il entreprendra des études de droit, études qu’il est supposé parfaire à Paris, mais une fois dans la capitale française, il fréquentera surtout les milieux littéraires( François Coppée, Maurice Barrès…). Il organisera d’ailleurs en Belgique des conférences pour présenter les auteurs français du moment. C’est ainsi par exemple que Mallarmé viendra parler de Villiers de l'Isle-Adam. 

Mais Rodenbach quitte définitivement son pays et s’installe à Paris en 1888. C’est là que son roman « Bruges-la-Morte »paraît, d’abord sous forme de feuilleton (dans le Figaro), puis en livre. 

On peut considérer que cet ouvrage est l’archétype du roman symboliste. Comme le fait bien remarquer Marc Quaghebeur, la trame aurait pu être celle d’un roman de gare : un homme a perdu sa femme et sa tristesse est telle qu’il décide d’habiter à Bruges (ville qui a eu son heure de gloire quand elle était un port de mer, mais qui vit maintenant dans un silence monacal, au milieu de ses beffrois et de ses béguinages) où sa mélancolie peut s’exprimer pleinement. Mais il rencontre une actrice qui ressemble à son épouse défunte. Il a une relation avec elle, mais petit à petit il doit bien reconnaître qu’elle est bien différente de la femme qu’il a aimée autrefois. Il finit par l’étrangler avec la tresse de cheveux de la défunte qu’il avait conservée comme une relique. 

L’essentiel n’est évidemment pas dans cette histoire. Tout est dans les symboles et la véritable héroïne, en fait, c’est la ville de Bruges. L’auteur tisse alors tout un jeu de correspondances entre l’état d’âme du héros, veuf et triste, et la ville elle-même, figée dans son passé, silencieuse, morne et mystique. Le symbolisme, on l’aura compris, adore les métaphores et les métonymies. Bruges offrait évidemment un décor idéal, avec ses vieux quais, ses béguinages, ses cloches qui sonnent les heures et dont l’écho se perd dans le brouillard, au bout des canaux. 

Le thème du miroir est fondamental. De même que les vieilles bâtisses se mirent dans les canaux et contemplent leur image, le héros retrouve (ou croit retrouver) dans l’actrice rencontrée le double de la femme aimée. Tout un jeu de correspondances s’établit alors. On ne regarde plus les beffrois ou les vieilles maisons, mais leur reflet dans l’eau. Il y a quelque chose de platonicien dans le symbolisme, car ce reflet est en fait l’idée de l’objet lui-même, sa quintessence en quelque sorte. Ville morte, Bruges renvoie à la solitude intérieure. Le temps y est suspendu et la ville rêve encore de son glorieux passé qui n’est plus (comme le héros rêve encore à la femme aimée qui est morte). Figée dans le temps, elle confond passé et présent (comme le héros croit reconnaître l’épouse qu’il a aimée mais qui est morte dans la jeune femme rencontrée). Mais qu’est-ce que la ressemblance, si ce n’est un mélange d’habitude et de nouveauté, une manière de retrouver le passé dans le présent d’aujourd’hui ? Or justement le héros est plongé dans ses habitudes : il s’enferme la journée et sort tous les soirs à cinq heures pour se promener le longs des canaux (dont les eaux noires évoquent le Styx antique). Rodenbach, fidèle en cela aux conceptions des symbolistes, en profite pour nous décrire une ville de Bruges noyée dans la brume et la pénombre, aux volets clos et aux vieilles façades délavées. 

Et comme Bruges était triste en ces fins d’après-midi ! Il l’aimait ainsi ! C’est pour sa tristesse même qu’il l’avait choisie et y était venu vivre après le grand désastre. (Rodenbach, Bruges-le-morte, Espace Nord, Loverval, 2006, p. 25) 

Mais si au début le héros choisi de vivre dans une ville pleine de mélancolie qui correspond bien à sa tristesse du moment, petit à petit il confond le souvenir de sa femme disparue avec la ville elle-même. La ville, elle aussi, aimée et belle jadis, incarnait de la sorte ses regrets. Bruges était sa morte. Et sa morte était Bruges. Tout s’unifiait en une destinée pareille. C’était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froides de ses canaux, quand avait cessé s’y battre la grande pulsation de la mer. » (Id. pp. 26-27) 

Bruges, on le sait, était un port de mer, mais celle-ci s’est retirée, laissant une ville morte qui ne vit plus que de souvenirs. Son coeur s’est arrêté de battre un jour, comme celui de la femme tant aimée. Mais à cette première correspondance, une autre va se substituer : Jane, l’actrice de théâtre rencontrée, ressemble tellement à la disparue que le héros va avoir l’impression de remonter le temps et de revivre sa passion initiale. Quand il la tient dans ses bras, ce n’est pas elle qu’il voit, mais l’autre, telle qu’elle était quand elle était vivante. 

On a donc l’impression que dans ce livre le thème du double (ou du simple et de son reflet) est primordial. L’unicité est intolérable, tout comme l’est d’ailleurs le fait d’être veuf. Tant qu’il est seul, le héros se rapproche donc de Bruges à laquelle il se sent uni par une même tristesse, mais quand il revit une passion amoureuse avec une actrice, il oublie la ville aux canaux et sa mélancolie et se concentre alors sur la ressemblance entre la femme vivante et celle qui est morte. Plus tard, quand il deviendra évident que l’actrice, vulgaire, dépensière et trompeuse, ne ressemble en rien à l’ancienne épouse, le héros reviendra vers Bruges. Plus tard encore, quand dans un moment de colère il aura tué Jane, il ne lui restera plus que Bruges, plus morte que jamais, puisque les deux femmes aimées ont disparu. 

C’est donc tout ce jeu de correspondances, de ressemblances, de glissements et d’inversions qui est intéressant dans ce livre et pas « l’intrigue » en elle-même. 

Avec ses canaux, ses ruelles où l’on se perd, ses béguinages qui se ressemblent, La vielle ville de Bruges a tout d’un labyrinthe, surtout à cinq heures du soir, en automne, quand elle est perdue dans le brouillard. C’est donc un lieu refuge, où on entre mais dont on ne sort pas. Rodenbach, qui est avant tout poète (même si, comme le fait remarquer Mac Quaghebeur dans la vidéo, sa poésie a un peu vieilli aujourd’hui à la différence de celle de Maeterlinck ou de Verhaeren) nous donne de belles descriptions de cette « Venise du Nord » qu’il a largement contribué à faire connaître. On peut dire que sa prose est poétique. 

« (…) Il marchait sans but, à la dérive, d’un trottoir à l’autre, gagnait des quais proches, longeait le bord de l’eau, arrivait à des places symétriques, attristées d’une plainte d’arbres, s’enfonçait dans l’écheveau infini des rues grises. Ah ! toujours ce gris des rues de Bruges. Hughes sentait son âme de plus en plus sous cette influence grise. Il subissait la contagion de ce silence épars, de ce vide sans passants – à peine quelques vieilles, en mante noire, la tête sous le capuchon, qui, pareilles à des ombres, s’en revenaient d’avoir été allumer un cierge à la chapelle du Saint-Sang. Chose curieuse : on ne voit jamais tant de vieilles femmes que dans les vieilles villes. Elle cheminent – déjà de la couleur de la terre – âgées et se taisant comme si elles avaient dépensé toutes leurs paroles. (Id, p. 85) 

Jean François Foulon

Lire la suite

Quand ACTU-tv parle des grands auteurs belges... Michel de Ghelderode Une chronique de Marc Quaghebeur. Un texte de Jean François Foulon

18 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles, #vidéo

Une rubrique que j’ai particulièrement appréciée dans Actu-TV, c’est celle qui est consacrée depuis quelque temps aux auteurs classiques de Belgique. Lors de la dernière émission, Marc Quaghebeur, le directeur des Archives et Musée de la Littérature (AML) a évoqué Michel de Ghelderode. Cela m’a aussitôt rappelé des souvenirs. Je l’avais découvert il y a longtemps, à une époque où, étudiant et grand adolescent, je me réfugiais sous mes couvertures, dans ma chambre non chauffée, pour lire durant la nuit des auteurs étranges que je ne connaissais pas. Et pour ce qui était de l’étrangeté, avec Ghelderode, j’avais été servi.

De son vrai nom Adémar Martens, cet auteur dramatique est né à Ixelles le 3 avril 1898, de parents flamands (il est mort le 1 avril 1962). Son père, par ailleurs très autoritaire, est employé aux Archives générales du Royaume, et pour des raisons de promotion sociale, il mettra son fils dans des écoles francophones. Sa mère, plutôt superstitieuse, lui racontait souvent des histoires effrayantes, qui ont dû marquer son imaginaire.Le petit Adémar est solitaire et de santé fragile : atteint d’asthme toute sa vie, il aura même le typhus à l’âge de 16 ans. Le fait d’avoir ainsi frôlé la mort aura manifestement une incidence sur son oeuvre. En tout cas cette maladie l’a obligé à arrêter ses études. Il n’en est pas moins passionné par l’histoire et plus particulièrement pour les époques du Moyen Âge, de la Renaissance et de l'Inquisition. Ce n’est sans doute pas un hasard, car l’éducation religieuse qu’il a reçue l’a véritablement terrifié et s’il perd la foi à l'adolescence, il continue à croire aux puissances du mal. Ainsi il dira : « L'existence du diable est certaine, il suffit de regarder autour de soi. Dieu se manifeste rarement. »

Il aime aussi les marionnettes (son père l’emmenait souvent au théâtre royal de Toone) et le monde des foires (celle du Midi à Bruxelles en particulier). Tous ces éléments se retrouveront plus tard dans son œuvre. Son univers est celui d’une Flandre imaginaire, un peu mythique et atemporelle (avec une prédilection toutefois pour le XVIe siècle, celui d'Ulenspiegel, le héros de Charles De Coster). On le sent aussi imprégné par l’atmosphère des tableaux de Bruegel et de Bosch et du coup on retrouvera chez lui de nombreux personnages allégoriques.

Ses premières pièces de théâtre (écrites en français mais traduites en flamand) sont jouées par la compagnie populaire « VlaamscheVolkstooneel ». C’est toutefois à Paris qu’il connaîtra le succès (le public belge des années 30 étant peu réceptif encore aux avant-gardes théâtrales). Il faut insister sur ce succès parisien, dont on n’a pas assez conscience en Belgique. En gros, si Ghelderode est devenu un grand du théâtre, c’est grâce à la France. Son succès a été considérable (il sera joué partout dans le monde, de l’Europe aux USA, sans oublier l’Argentine et le Japon) et il est bon de rappeler, comme le fait Marc Quaghebeur dans la vidéo, que c’est par Beckett et Ionesco qu’il sera supplanté plus tard. Il a donc largement contribué à préparer le théâtre de l’absurde, rôle qui n’est pas négligeable…

A partir de 1939, pourtant, affaibli, il décide de renoncer au théâtre (il écrira cependant encore trois pièces, dont L’Ecole des bouffons) et se consacre à la prose. Ce sera « Sortilèges », un recueil de douze contes qu’on qualifie habituellement de « crépusculaires » ( on y parle de la mort et du péché, le tout baignant dans un décor de brume). 

Ensuite, il s’essaie à la radio, où il tient une chronique intitulée « Choses et gens de chez nous ». Malheureusement on est en pleine Occupation et Radio-Bruxelles où il a travaillé a clairement collaboré avec l’occupant. Était-il lui-même proche des idées nazies et rexistes ? Si l’on en croit ce que dit Marc Quaghebeur dans la vidéo, il était surtout un révolté qui contestait tout et il est clair qu’il aura trouvé dans les idées du moment un écho à sa haine de la gauche et de l’anarchie. De là à dire qu’il a ouvertement collaboré, il y a un pas qu’on ne peut franchir. Il sera toutefois révoqué de son poste de fonctionnaire de la commune de Schaerbeek, mais après enquête, cette révocation s’est transformée en une suspension disciplinaire de trois mois (peine finalement légère, comme le souligne Bob Boutique, et qui prouverait qu’il n’était pas foncièrement coupable). Peu après, l'Administration le pensionne pour cause de maladie et il sera finalement réhabilité en 1946. Puis c’est à cette époque que vient son grand succès sur les scènes françaises et internationales dont je viens de parler. Il est publié chez Gallimard et devient un sujet de thèses. Mais Ghelderode, au caractère sombre, conserve au fond de lui une sorte de rancune, notamment pour n’avoir pas pu entrer à l'Académie royale de langue et de littérature françaises.

La fin de sa vie est triste et il meurt le premier avril 1962. Il ignorera toujours qu’on pensait à proposer son nom pour concourir au Nobel de littérature. Mais revenons à son théâtre. Fasciné par les personnages de Charles Quint et de Philippe II, on peut dire que Ghelderode se situe dans les traditions hispanique et anglaise du XVIème siècle. Il est clairement en rupture avec le théâtre français classique et cartésien. Son monde est celui d’un univers étrange, un peu morbide, où la mort, les masques, et les bouffons tiennent une place de choix. C’est un univers flamand et à vrai dire je m’étonne du succès que l’auteur a pu rencontrer en France (on insiste bien dans la vidéo sur cette différence entre l’esprit français, si peu rabelaisien finalement, et le côté « déjanté » de ces écrivains flamands). Si le public parisien a été sensible à l’œuvre de Ghelderode, c’est à mon humble avis par le discours morbide qu’il véhiculait. On était après la guerre et on venait de connaître tant d’horreurs et d’atrocités que ce théâtre qui parlait sans cesse de la mort et qui la mettait en scène dans un décor étrange, farfelu et finalement angoissant (dans la « Balade du grand macabre » la mort apparaît comme un personnage réel, qui chevauche un ivrogne) devait finalement correspondre à la désillusion de la population, qui était revenue de tout et qui ne croyait plus à grand-chose. L’univers macabre et inquiétant de Ghelderode évoquait manifestement quelque chose et son côté grotesque et cruel également.

Pour terminer, voici un petit extrait de Jaïre, histoire de se faire une idée plus concrète du style de Ghelderode et des thèmes qu’il aborde :

Oh dilemme ! Si mon grand, oui, grand chagrin se voit, on dira : le grotesque bonhomme, si peu maître de soi ! Si je le cache, mon chagrin... grand ? Non immense ! On dira : n'a pas de cœur, celui-là ! Entendez : sa fille unique meurt et rien de sa face ne bouge... Oh ! je suis énervé, exaspéré, crevassé, heu, et quoi encore, déchiré, bouleversé... Coulez, mes ampoules, maintenant coulez, je m'en moque. On pleure à tout âge. Je serai soulagé. Et tant pis si je grimace... (Il pleure.) ... Heu !... (Se mouche.) Heu ! (Se mouche.) Ah ! Quel moment unique, terrible, excellent, le moment que l'on souffre !... Sent-on cela dans les naufrages ? Non, je ne vois plus clair... Ces larmes sont noires, c'est l'eau de l'étang noir... Le cygne... ma fillette qui meurt et répond des absurdités aux propos tendres que je lui tiens, qui me repousse lorsque je veux la caresser toute moite. Le canard... il grandit, des mâts lui poussent, il amarre : c'est le bateau vénitien dont je dois surveiller le déchargement au quai du Miroir !... Quelle débâcle !... Mes affaires dans l'eau, l'eau noire et blanche, et mes repas froidis... Et le chien du voisin qui ne cesse de awoûawawoû, comme ils font ça les chiens, et de creuser des trous dans la terre !... Je dis trou ? Oui, trous partout, on entre dans l'existence et on en sort par un trou ! (Furieux.) Non et non et non ! Assez de ça, de tout ça... Tout quoi ? La mort et ses péripéties, les figurants, comme un jeu de théâtre qui dure des jours et des nuits comme des jours ! Et sur­tout le principal, de quelque sobriquet qu'on le nomme, qui rode autour et n'entre pas, comme s'il prenait plai­sir à prolonger notre angoisse. Est-ce donc si difficile à faire mourir, une fillette de seize ans ?

En tout cas merci à Actu-TV qui m’a permis de me replonger dans cet univers ghelderodien que j’avais un peu perdu de vue.

J.F Foulon

 

Lire la suite

Texte n°4 concours "Les petits papiers de Chloé"

17 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Lettre anonyme au château

— Gontran, que pensez-vous donc de tout ceci ? ânonne Marie-Chantal d’une voix tremblante et suppliante en donnant à son aristocrate de mari un bien étrange courrier.

— L’enveloppe n’est pas timbrée, c’est donc une main alourdie d’intentions baroques qui aurait déposé cette missive dans notre boîte aux lettres, en conclut Gontran de Bassecour après avoir trituré l’épais papier dans tous les sens.

Gontran de Bassecour prononce ces mots sans la moindre inquiétude et cette quasi-indifférence déconcerte Marie-Chantal, elle qui sent une sueur froide dégouliner tout le long de son échine depuis l’instant où elle a parcouru les quelques lignes de cette lettre anonyme.

— Et….c’est tout ce que vous avez à dire ?

— Que voulez-vous que j’ajoute très chère ? Notre corbeau a écrit la vérité, la stricte vérité. Il n’a menti en rien. Mais il manque des pièces à son puzzle. Il est bien mal renseigné, ce mécréant. Encore un vulgaire quidam qui se contente de peu et qui ampute l’actualité de son essence première.

— Et c’est tout ?

— Oh, Marie-Chantal, vous m’exaspérez à la fin. Non, ce n’est pas tout.

— Ah, vous gagnez de nouveau ma confiance mon cher Gontran.

— L’expéditeur ou l’expéditrice (pourquoi ne serait-ce une femme ?) de cette lettre est nul en orthographe et ce n’est donc pas quelqu’un de mon sang. Les de Bassecour, comme tous les gens de la noblesse, sont lettrés jusqu’au bout des ongles, aucun ne mettrait deux S au mot menace. Et ce n’est qu’un exemple. J’ai relevé une dizaine de fautes sur ces quelques lignes. La France s’enlise de plus en plus, Marie-Chantal. C’est lorsqu’un corbeau vous écrit sur un quelconque papier engraissé de ces mauvaises graisses utilisées par les pauvres, que vous vous apercevez que l’éducation nationale est réduite désormais à sa plus simple expression. Et lorsqu’on écrit cadafreux pour le mot cadavre, il y a de quoi se poser pas mal de questions.

— Gontran, vous n’êtes pas sérieux ?

— Y a-t-il un rictus sur mon visage, Marie-Chantal ?

— Cadafreux ? Mais c’est presque risible !

— Vous voyez, je vous le disais, il n’y a pas de quoi fouetter le personnel, cette lettre est l’œuvre d’un demeuré. Croyez-moi et faites-moi confiance comme toujours, Marie-Chantal. Au fait, votre partie de bridge du jeudi après-midi aurait-elle glissé dans les oubliettes du château ?

— Vous savez mon ami, lorsque j’ai parcouru cette horrible lettre, j’ai ressenti comme un malaise, ma vue s’est brouillée, j’ai failli m’évanouir et je me suis même retenue au guéridon en bois précieux, celui qui se trouve juste au-dessous du portrait de votre quinquisaïeul. Et j’en ai oublié cette réunion.

— Erreur, erreur, très chère. Maintenons nos habitudes. Les après-midi de bridge pour vous et les matinées de chasse pour moi !

— Mais Gontran, ce mécréant a écrit des vérités. Il parle de tous ces gens qui passent la grille du château et qui …

— Vous le saviez, Marie-Chantal. Tout ceci est une convention, une espèce de partenariat que nous avons élaborée avec notre grand ami Monsieur le Maire. Vous et moi avons dialogué longtemps à propos de cette entreprise, soupire l’aristocrate d’un ton léger.

— Gontran, sommes-nous obligés de continuer cette cette…

— Cette entreprise, Marie-Chantal. On parle ici d’une entreprise. Un tel trafic depuis bientôt dix ans mérite bien le terme d’entreprise. Et je vois que vous tremblez. Vous transpirez au point que vous salissez les accotoirs de cette caqueteuse. Prenez garde au mobilier s’il vous plaît bien, Marie-Chantal !

— Mais Gontran, vous avez lu la lettre en entier ! Vous avez remarqué que nous sommes surveillés ! Cet individu a livré tellement de détails ! rétorque Marie-Chantal en éclipsant les remontrances de son époux.

— Des détails ? Même pas un nom n’est cité ! Et puis, nous soulageons la société, n’oubliez jamais cela, Marie-Chantal. En quelque sorte, cette entreprise est une œuvre de bienfaisance.

— Gontran…

— Marie-Chantal ?

— Gontran…Tous ces gens qui disparaissent, ils ont une famille, des amis, que sais-je. Ils ne sont quand même pas seuls au monde ! Ce n’est pas possible de ne connaître personne, de ne jouer au bridge avec personne, de n’avoir personne à son service. Les lanternes en cristal de Baccarat, il faut bien que quelqu’un les dépoussière et ce même dans les petites maisons. N’est-ce pas, Gontran ?

—Très chère, vos réflexions me laissent sans voix mais je comprends votre questionnement. Pour ma part, je fais entièrement confiance à Monsieur le Maire. C’est un contrat tacite win-win.

— Gontran, un contrat tacite win-win ?

— Marie-Chantal, de nos jours, la vie est très très chère. Ce château, c’est un gouffre incommensurable pour notre budget de petits rentiers désargentés. Cette toiture de plusieurs centaines de mètres carrés et je ne parle ni l’aile droite ni de celle du nord, ces restaurations de boiserie, ce parc que l’on compare à celui du château de Versailles… Vous ne voudriez quand même pas que je vous envoie illico plonger les mains dans un travail harassant ? Et la chasse, je n’ai jamais voulu la rayer de mes activités, vous n’y pensez pas !

— Continuez continuez…

— Grâce à nous, Marie-Chantal, notre ville est une ville propre, n’oubliez jamais cela, une ville propre. Presque pas de chômeurs ni de sans-abris, et très peu de pauvres ! Toutes ces carnes arrivent directement dans la gueule de nos chiens. En contrepartie, comme vous le savez, mes amis et moi pouvons chasser sur ces hectares qui appartiennent à l’état. Voilà ce qu’est un contrat win-win. Inutile de vous dire que Monsieur le Maire est ravi ! Et nous aussi, n’est-ce pas Marie-Chantal ?

— Oh Gontran, tout cela, je n’étais pas sans l’ignorer. C’était uniquement ce mot, win-win, qui me tracassait. Ah oui, j’oubliais. Et ce corbeau ?

— Marie-Chantal, oubliez ce corbeau ! Il n’a pas notifié son adresse, comment voulez-vous que nous lui répondions ? Et si un jour nous l’identifions, nous l’inviterions au château, n’est-ce pas ?

— Oh oui, Gontran, invitons cette personne ! Nous lui ferons visiter notre si beau château !

— Et surtout les chenils, Marie-Chantal, les chenils. Avec cette centaine d’English Cockers Spaniels affamés qui ne demandent qu’à être caressés.

Lire la suite

Texte n°3 concours Les petits papiers de Chloé

16 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

 

 

Une enveloppe blanche, non timbrée, avec au milieu un prénom, le mien.

Toute seule dans la boîte aux lettres, comme un point d’interrogation dans un paragraphe vide.

Adriana (c’est moi), sept lettres peintes en rouge… c’est la première fois que je les sens hostiles…

Hostiles ! Vraiment ! T’es bizarre tu sais, me dit la voix qui me parle et que personne n’entend.

Un voisin arrive dans mon dos pour consulter sa boîte, m’obligeant à me saisir de l’enveloppe avec naturel, la glisser dans la poche de mon pantalon de jogging, me retourner avec un sourire choisi vite fait dans la série «j’espère que vous allez bien », et me diriger vers l’ascenseur.

Je me comporte déjà comme quelqu’un qui a des choses à cacher…

Ridicule !

Je me force à entrer calmement chez moi, j’ôte ma veste que je dépose sur un cintre dans le vestiaire, je m’assieds sur la chaise posée devant mon mac et alors seulement j’autorise mon pouce droit à se glisser sous la patte collée et à déchirer plus ou moins proprement le haut de l’enveloppe.

Une fine feuille de papier blanc, pliée en quatre, attend patiemment qu’on s’y intéresse.

Je la tire entre le pouce et l’index, la déplie, passe dessus la paume de la main pour l’aplatir, et écoute mes yeux qui m’en croient pas leurs oreilles !

Quelques mots absurdes, inattendus et incohérents occupent le centre de la page :

 

Je sais qui tu es…

 

Ce ne sont pas des lettres découpées dans un journal, ni tapées à l’ordi, non non, cette petite phrase est écrite à la main, tranquillos, sans masques ni déguisements. A l’encre rouge.

 

Qu’est-ce-que je fais ? Je rigole ? Je la jette à la poubelle ?

 

J’ai envie de lui répondre : Tu as bien de la chance car moi je ne sais pas qui je suis.

Mais il (ou elle) n’a pas indiqué son adresse au dos de l’enveloppe (quand même…).

 

Je me fais un petit café serré en compagnie de Georges (what else ?) et bientôt je ne pense plus à cet incident. Le monde est plein de dérangés, c’est à dire de personnes dont les neurones ne sont pas bien rangés.

 

 

Le lendemain matin, en pyjama, avec ma tête de la nuit, je descends en catimini, par l’escalier, priant pour ne rencontrer personne. J’ouvre la boîte et je ne sais pas si j’espère qu’elle soit vide ou pas.

Elle ne l’est pas.

Une enveloppe jumelle de celle d’hier me nargue.

Je la saisis sans ménagement, la glisse dans la poche de mon pantalon et remonte les marches quatre à quatre, plutôt deux par deux car j’ai des petites jambes.

J’ouvre la porte de chez moi, déchire sans attendre l’enveloppe, arrache la fine feuille blanche, la déplie et aspire par tous mes sens le message :

 

Dépose 100 000 euros en coupures de 50 dans ta boîte

Je viendrai chercher le paquet cette nuit

 

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai peur.

C’est un fou, un malade, un échappé de l’asile, un maniaque, un terroriste… il rôde dans les couloirs de mon immeuble, peut-être même est-ce un voisin…

Je passe en revue les locataires, les anciens, les nouveaux, les hommes, les femmes, les « louches »…

Cent mille euros ! Rien que ça ! Et sans même donner une explication ?

Qu’ai-je fait de si terrible pour que je sois prête à payer cette somme ? Car « il » a l’air sûr de lui.

La sonnerie du smartphone fait exploser tous les signaux d’alerte de mon cerveau.

Mes yeux fixent l’écran : numéro privé.

C’est lui ! Je le sens !

Pendant que je réfléchis avec des circuits endommagés, la sonnerie cesse brusquement et on frappe deux coups secs sur la porte d’entrée.

Arrêt sur image. Décharge d’adrénaline. Apnée.

Deux coups secs qui me paraissent plus secs que les premiers.

Et puis une voix forte :

- Ouvrez ! C’est la police.

Bin tiens, à d’autres. C’est LUI !

J’ouvre la fenêtre, j’habite au premier étage, je pourrais sauter ?

C’est en inspectant le trottoir que je vois la voiture de police stationnée devant chez moi.

Jamais je n’ai été aussi heureuse de voir des flics !

 

Je cours ouvrir la porte et tombe en sanglotant dans les bras d’un officier.

Ils sont deux. Sa collègue se dirige vers la table, se saisit des deux feuilles de papier blanc de ses mains gantées, les dépose dans un sachet en plastique et sort en lançant à son équipier :

- C’est bien lui, même écriture, même papier.

 

Je me tourne vers mon sauveur, éperdue, pleine d’interrogations.

- Suivez-moi au commissariat mademoiselle, nous aurons besoin de votre déposition.

- En pyjama ?

- Habillez-vous mais faites vite.

 

Au commissariat, j’aperçois tous les locataires de mon petit immeuble. Ils ont l’air aussi incrédules que moi. A mon entrée, ma voisine de palier s’écrie: - Vous aussi !

Après quelques heures de reconstitution, il s’avère que l’auteur des lettres occupait l’appartement du dernier étage depuis un mois. Il était suivi pour des troubles sévères de la personnalité et allait être reconduit à l’hôpital psychiatrique dès qu’on l’aurait retrouvé car il avait disparu.

 

Un frisson me parcourt… j’aurais pu sauter par la fenêtre…

 

 

 

 

Lire la suite

Texte n°2 "Les petits papiers de Chloé"

15 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Texte n°2 "Les petits papiers de Chloé"

POUR JUSTINE


Justine, jusqu'à la fin de ta vie, tu te souviendras de ce premier courrier anonyme trouvé dans ta boîte aux lettres. C'était un simple cœur rouge découpé dans un carton, glissé dans une enveloppe rouge sur laquelle était collée une étiquette "Pour Justine". Avant de découvrir le contenu, tu as pensé que c'était une carte envoyée à l'occasion de la fête des secrétaires puisque c'est le poste que tu occupes à l'école Marie Curie. Quand tu as vu, tu as imaginé que c'était un amoureux timide qui s'adressait à toi. Tu as vingt-cinq ans, tu es fiancée à Vivien, tu es jolie, enjouée et sociable. Tu as envisagé une dizaine de noms et tu as souri. Tu as rangé le carton dans le premier tiroir de ton bureau. Tu as commencé alors à considérer quelques collègues, voisins et même un élève redoublant de terminale d'un regard neuf. C'était comme une devinette qu'il te fallait résoudre. Tu étais vigilante, mais considérais les choses d'un œil amusé. Ce qui était sûr : l'inconnu connaissait ton adresse et n'avait pas eu besoin de recourir aux services de la Poste.


Puis il y a eu l'enveloppe rose avec un bouquet de fleurs découpé dans la couverture glacée d'un magazine de décoration que tu connaissais bien, car tu le lisais parfois chez ton coiffeur. Tu as souri de nouveau et cet envoi a rejoint le premier. N'était-ce pas charmant ? Naïve Justine !


Ensuite il y a eu l'enveloppe noire avec la photo d'un couteau de chasse. Au verso, tu as lu "Chaque jour, le risque est présent". Là tu n'as plus souri. Il ne pouvait plus s'agir d'amour, mais de haine, de vengeance, peut-être de déception amoureuse mal assumée. Tu as pensé à des histoires anciennes, à des garçons dont tu avais repoussé les avances. Tu as eu envie de t'épancher. Mais auprès de qui ?

 

Une semaine plus tard, c'était une enveloppe blanche et d'autres menaces : "Si tu ne romps pas avec Vivien le pire t'arrivera !" C'était écrit en lettres noires découpées dans un quotidien. Le collage assez artistique était agrémenté çà et là de cœurs et de ballons multicolores. Il ne s'agissait donc plus d'histoires anciennes. Parler à une autorité et non plus à un ami devenait impératif. Tu hésitais pourtant à te rendre au commissariat. Comment allais-tu être reçue ? T'accorderait-on une attention réelle ? Le hasard a placé sur ta route Daniel B., inspecteur de police, ancien voisin.

 

Tu as abordé Daniel. Il n'était pas en service. Tu lui as proposé de venir boire un café avec toi pour lui parler de ton problème. Tu lui as expliqué ta situation : Tu côtoies beaucoup de gens. Tu es suis fiancée à Vivien qui travaille actuellement à l'étranger. Vous communiquez par skype, vous ne vous rencontrez que toutes les six semaines et comptez vous marier quand il retravaillera au pays. Tu n'éprouves aucune difficulté de relation avec qui que ce soit au collège ou dans ton voisinage. Tu ne tiens pas à entreprendre une démarche officielle. À vrai dire, tu ne crois pas que cela puisse aboutir et sera pris au sérieux.


Daniel t'a conseillé de porter plainte en cas de nouveau message, ce qui selon lui risquait de se produire. Il t'a assuré que la police considérait toujours avec prudence les lettres de maître-chanteur.

 

Plus tard, est venu une nouvelle missive : "Romps. Sinon…" Une part de tes certitudes se perdait, tes points d'appui étaient moins fermes. Cette fois, tu as décidé de te confier à la sœur de Vivien.

 

"Montre-moi le message…"

 

Ce fut rapide !

 

"Ne cherche pas plus loin. Pour moi, c'est clair. C'est Pierrick, mon jeune frère. C'est un ado complexé, mal dans sa tête, mal dans ses baskets et sans doute un peu amoureux de toi. Maintenant, je ne suis pas certaine à cent pour cent !"

 

Trois messages et quelques semaines plus tard, tu as retrouvé Mozart ton vieux chat mort sur le pas de ta porte… Coïncidence, tu as croisé Pierrick avec des traces de griffure sur les mains.

 

À partir de là, il n'y a plus eu de lettre. Mais tu as reçu l'un ou l'autre appel sur ton téléphone. Tu décrochais, tu entendais une respiration et quelques mots à peine audibles avant qu'on ne raccroche.


Finalement tout s'est arrêté et tu as songé : "Tiens, Pierrick s'est déniché une copine et c'est fini !"

 

Aujourd'hui, matin de ton mariage, dans ta boîte aux lettres, une enveloppe avec une étiquette "Pour Justine". À l'intérieur, des cœurs rouges, une photo de chat encadrée d'un trait noir, le mot pardon et en guise de paraphe, un simple "P" au graphisme complexe…

 

À la fin du banquet, comme le veut la tradition, les invités signent le menu des mariés. Dans un coin, tu aperçois l'initiale P que tu ne reconnais que trop bien. Le menu arrive devant toi. Tu lis le nom, Patricia, ta belle-mère…


 

Lire la suite

Texte n°1 Concours "Les petits papiers"

14 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Texte n°1 Concours "Les petits papiers"

La cité des enfants oubliés

 

De tout temps, de tout pays, les gens ont craint pour leurs enfants.

Que le malheur les emporte au détour d’une rue, d’un instant, d’une rencontre.

De tout temps, de tout pays, les petits d’hommes grandissent au sifflet de la même recommandation : « Il ne faut jamais parler aux inconnus ! »

Les mères et les pères s’inquiètent. Les enfants, bien souvent, trop peu.

 

C’est ainsi que l’imprévisible surgit dans la vie du petit Sully.

Par un jour de printemps, doux et clair, au souffle léger parfumé de pollen, on aperçut un étranger aux quatre coins du village de l’enfant.

Assis sur un banc de jardin public. Aux portes d’une cour de récréation.

Marchant, d’un pas lent, les mains croisées dans le dos.

Peut-être serait-il passé inaperçu s’il n’avait pas eu cette étrange apparence. Sans âge, imberbe, tout de gris vêtu. Sur son visage, accroché un sourire, presque figé, comme un collier de perles au cou d’une jeune fille.

Sully était un garçon réservé. C’est sur lui que l’homme jeta son dévolu.

 

La fin des cours retentit.

Tour à tour, les écoliers traversèrent pour retrouver les bras ouverts de leurs parents. L’enfant d’une dizaine d’année se retrouva rapidement seul sur les marches de l’entrée principale. Dans son dos, la porte se ferma à double tour. La directrice ébouriffa ses cheveux et d’un simple « tes parents ne vont probablement pas tarder, Sully », elle disparut à son tour.

Sully resta seul un long moment, seul sous un ciel coloré d’oiseaux, plus nombreux et bien plus proches que de coutume.

En ce jour de printemps, doux et clair, au souffle léger parfumé de pollen, leurs chants semblaient vouloir égayer le silence.

L’étranger tout de gris vêtu arriva aux pieds de l’enfant, il s’accroupit et le regarda comme jamais personne ne l’avait regardé.

« Sully, tu veux bien venir avec moi ? »

Le lendemain, aux premiers rayons du soleil, une lettre attendait d’être lue.

 

Les parents de Sully étaient loin d’être fortunés : ce ne fut donc pas une demande de rançon. Et, ils n’avaient aucun ennemi connu : ce ne fut donc pas un aveu de vengeance.

Par contre, le ciel en était témoin, coupables ils étaient tout deux de bien des méfaits. De ceux qui restent gravés dans les murs et les cœurs des enfants.

Voici ce que contenait ladite lettre :

Chaque enfant mérite protection.

Ce que Sully subit, chaque jour, devrait être lourdement puni mais en rien, ceci ne réparerait les blessures qu’il porte en lui. Alors, s’il vous reste une once de raison, acceptez ma proposition : renoncez à votre tutelle parentale en signant en bas de cette lettre, ou, en l’espace de quelques battements d’ailes, vous serez arrêtés. Jugés et écroués, assurément, pour les coups et sévices innommables dont je connais et peux prouver chacune des horreurs.

Six bourses de pièces d’or accompagnaient l’écrit.

Hébétés, mère et père se jaugèrent un instant. Puis, apposèrent leur signature. Juste en dessous de la mention Grand bien sera fait à votre enfant.

Dès la pointe du crayon retirée du papier, sous des yeux ahuris, le feuillet s’émietta jusqu’à ne plus être que poussière luisante. Elle se propagea, évanescente, avant de totalement disparaître. Quelques fines particules imprégnèrent l’esprit des signataires, puis celui de chacun des villageois, effaçant le souvenir de l’enfant.

Sitôt, Sully devint un enfant oublié.

 

 

Main dans la main, l’étranger tout de gris vêtu emmena Sully à travers villes et campagnes. Une marche de six jours et six nuits.

Aux pieds de l’école, quand les deux regards s’étaient croisés, instantanément, comme par le fait de la grâce, ils avaient su lire l’un en l’autre. Sully n’avait pas su dissimuler les brisures de son âme et l’étranger, ou plus justement le moine-chanteur, lui avait offert le miracle des cieux, des saisons et des lumières.

 

Durant leur voyage, ils se nourrirent de graines de courges, d’anis et de nigelles et burent de l’eau de gourde inépuisable.

Plus les jours passaient, plus leurs compagnons de route à plumes se multipliaient. Merles, passereaux, hérons et rossignols. Chouettes, pélicans et mouettes. Le cortège aux mille couleurs semblait ouvrir le chemin. Ou était-ce le contraire ?

A mi-parcours, le moine-chanteur et l’enfant firent une halte dans un village de pierres blanches. Une protection était à offrir à nouveau. La même lettre, la même mention Grand bien sera fait à votre enfant, suivie de deux paraphes coupables. Clara, aux grands yeux verts, serra plus fort encore la main du moine-chanteur tout au long du chemin.

Chaque soir, à la tombée de la nuit, souvent en lisière de clairière, toujours à l’abri d’un mont ou d’une simple roche, ils s’allongeaient tous les trois à même le sol, blottis les uns contre les autres tels deux oursons dans la fourrure d’une ourse aimante.

 

Puis vint le dernier jour de marche. Le jour de l’équinoxe de printemps.

Précisément à la seconde où les deux hémisphères de la Terre se retrouvent éclairés de la même façon, le moine-chanteur posa sa main à la surface d’une immensité rocheuse. Finement rugueuse et striée à l’image d’une peau de pachyderme. Si les enfants avaient fait de même, ils auraient ressenti les incroyables battements de vie de la roche-animale.

Une ouverture offrit un passage aux pèlerins.

Ce qui se révéla à eux fut infini de beautés. Une forteresse à ciel ouvert.

Nichée dans la roche, la cité des enfants oubliés regorgeait de merveilles. Luxuriante était la végétation. Enchanteresse, la pierre. Energisante, les sources d’eau. Fantasmagorique, les arbres fruitiers et parterres de comestibles. Des fleurs et oiseaux par milliers.

Un groupe d’enfants, de tout âge, accompagnés de moine-chanteurs, vinrent à leur rencontre. « Soyez les bienvenus, les enfants ! ».

Les premières nuits furent les pires, entièrement hantées par les souvenirs passés. Il fallut quelques semaines pour enfin profiter d’heures de sommeil continu.

 

Tandis que les matinées prodiguaient les enseignements, les après-midis appelaient à l’oisiveté. Lettres, Mathématiques, Sciences et Histoire. Sans oublier, loin s’en faut, la médecine par les plantes et l’observation du ciel et de ses constellations. Mais, par-dessus tout, ce qui ravissait le plus les enfants de la cité n’était autre que l’apprentissage des chants d’oiseaux. Ah, les oiseaux ! La compagnie de ces derniers ne manquait d’ailleurs pas de vertus : au bout de quelques mois seulement, Sully riait en découvrant l’escalade à l’envers de la sitelle torchepot ; Clara, elle, se prenait de tendresse pour les si petits roitelets. Et que de fééries ! Dans les bassins d’eau douce, poussaient en leur fond les pièces d’or qui servaient aux moine-chanteurs. Dans leur chute, se métamorphosaient la pluie et la neige en graines, ensemencées aussitôt par une terre d’une douce tiédeur.

Petit à petit, les esprits s’apaisaient.

Petit à petit, chacun réapprenait à vivre et, sans crier gare, tout redevenait possible. Rire, chanter, danser, aimer, rêver. Comme n’importe quel enfant.

Les amitiés naissaient ; les premières amours se chuchotaient.

En grandissant, tout comme le regard posé sur les jeunes filles, celui envers les oiseaux se mettait à changer. L’envie au-delà de la tendresse. Celle de voyager et de vivre le monde…

L’heure de prendre son envol pointait le bout de son nez.

 

C’est dans la vingtième année qu’il était de coutume de quitter le nid.

Tout comme l’équinoxe était le moment de l’arrivée, le solstice d’été était celui du départ. La veille au soir, on festoyait à foison : tous dansaient, chantaient, riaient autour d’un immense feu de joie aux poussières luisantes qui s’envolaient écrire sur les registres l’existence retrouvée des anciens oubliés.

Au matin, plus nuageuse était l’heure des adieux.

Les poches ankylosées de pièces d’or mais le cœur serré, dans les bras de son moine-chanteur, l’adulte en devenir gémissait, intérieurement, s’évertuait à ne pas pleurer jusqu’à ce que d’une phrase, le moine-chanteur l’y autorisa :

« Pleure, mon enfant, il n’y a pas plus belles larmes que celles qui noient le chagrin dans la joie.»

Ainsi, commençait leur chant de liberté…

 

Si un jour, votre chemin croise celui d’un ancien enfant oublié, peut-être saurez-vous déceler dans son regard, l’infime brisure d’âme dissimulée sous une incroyable force de vie.

Quelques fois, ils plongent leurs yeux dans les cieux pour mieux décrypter le chant des oiseaux.

Lire la suite

D'hivers et d'ivresse, le nouveau recueil poétique de Laurent Dumortier...

13 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles

D'hivers et d'ivresse, le nouveau recueil poétique de Laurent Dumortier...
D'hivers et d'ivresse, le nouveau recueil poétique de Laurent Dumortier...
Lire la suite

Notre invité ? Lou Florian avec "Les aventures de TaTa Bougnette - Une chronique de Philippe de Riemaecker

12 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #l'invité d'Aloys

 

 

Drôle, bedonnant. Style impossible à comparer sauf peut-être (pour référence) à l’écrivain San Antonio et son Bérurier.

Tata Bougnette est une femme d’un âge respectable et respecté. Entourée de ses voisins, de sa nièce Ninette (qui radine ses jolies fesses) et de l’intarissable réserve de « banyuls », elle assume les années écoulées et apprivoise ses inconvénients. L’incontinence la gêne un tout petit peu, mais qu’importe, puisque l’on change de culotte chaque matin et qu’entre deux aurores, on assure l’incommodité. Soulignons que l’auteur décrit la petite ville de « Collioure »i d’une plume si joliment posée qu’il me tarde de la connaître. Si je puis me permettre, une statue de "Tata Bougnette" devrait être érigée au cœur de cette cité.

« Aujourd’hui, tu as le soleil qui se la joue caliente ! Il a dû badigeonner sa biscotte du matin avec de la marmelade de piments rouges. Et se l’enfiler goulûment dans le gosier. Juste avant de se lever à l’horizon. Et du piment au petit déjeuner, c’est plutôt risqué. Ça, tout le monde le sait ! L’astre chaud en est devenu brûlant. Tout brûlant. Écarlate. Et lorsqu’il s’est levé sur la mer, à l’aube naissante, il était rougeoyant comme une tomate mûre. En un instant, le ciel et l’horizon se sont revêtus de pourpre. Avant de décliner fort heureusement vers les orangés. Alors aujourd’hui, je te le dis, il fera caliente, caliente ! Mais depuis quelques jours déjà, le soleil a le feu au caleçon ! »

Certes, TaTa Bougnette à de la bouteille et ce ne sont pas les années qui l’empêchent de se laisser entrainer dans de folles aventures. La voici à l’affut d’un tueur en série, assiste le père Noël à remobiliser ses rennes partis en grève en raison d’un manque de « banyuls » [vin doux naturel d'appellation d'origine contrôlée produit sur quatre communes du sud de la France ] (pas facile de cultiver des vignes au milieu des neiges éternelles) et enfin, la voici partie dans le pays des lapins urticants à l’aide d’une drôle de machine fabriquée par un oncle disparu depuis pas mal de temps et dont elle a, par inadvertance, actionné la mise en marche.

Restons honnête, ce n’est pas un livre destiné à l’intellectuelle en recherche de littérature alambiquée cependant, et je vous y invite, prenez le livre pour vos journées à la plage en n’oubliant pas de vous enduire préalablement de protection solaire (après vous oublierez de le faire). Emmenez-le dans le train à bord de l’avion et assumez vos éclats de rire.


 

Une écriture originale et qui sous ses aspects simplistes dévoile un travail de fond. Les mots sont souvent crus, jamais vulgaires, mais après tout qui n’a jamais rigolé d’une flatulence échappée d’un ainé ? Derrière les éclats de rire se cachent tous les petits problèmes auxquels doivent faire face les personnes d’un âge respectable. On peut en pleurer, on peut en rire, question de mentalité et une sacrée leçon d’espoir.

Lou Florian, plus qu’un artiste, une sorte de génie. Lou c'est Lou et je n’ai qu’un souhait, c’est qu’il reste Lou.


 

i En catalan Cotlliure, est une commune française située au bord de la mer Méditerranée dans le département des Pyrénées-Orientales.

Philippe De Riemaecker

 

 

Lire la suite