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Le blog Aloys

Articles avec #auteur mystere tag

L'auteur ? Séverine BAAZIZ !

28 Novembre 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

 

 

 

Aimer

 

 
Cette nuit
Allongée tout près de toi
Dans le sifflement de ton sommeil
Je n'ai pas su m'assoupir
Et les mots m'ont rendu visite
 
Ils me parlaient de toi
De moi
De notre façon de nous aimer
Moi, dispersion de fragments amoureux
Toi, inlassablement éperdu
 
Dans l'humeur aléatoire de mes sentiments
Tu ne chavires pas
Jamais
Je suis les flots
Tu es le cap
 
Seul toi sais pardonner
Ce que je suis et ce que je ne suis pas
Alors, peut-être, un jour, y parviendra-je aussi
 
L'auteur ? Séverine BAAZIZ !
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Mais qui est l'auteur de ce poème ?

28 Novembre 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

 

 

 

 

Aimer

 

 
Cette nuit
Allongée tout près de toi
Dans le sifflement de ton sommeil
Je n'ai pas su m'assoupir
Et les mots m'ont rendu visite
 
Ils me parlaient de toi
De moi
De notre façon de nous aimer
Moi, dispersion de fragments amoureux
Toi, inlassablement éperdu
 
Dans l'humeur aléatoire de mes sentiments
Tu ne chavires pas
Jamais
Je suis les flots
Tu es le cap
 
Seul toi sais pardonner
Ce que je suis et ce que je ne suis pas
Alors, peut-être, un jour, y parviendra-je aussi
 
 
 
 
 
 
 
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Haut les mots, une nouvelle écrite par CARINE-LAURE DESGUIN

15 Juin 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

Haut les mots, une nouvelle écrite par CARINE-LAURE DESGUIN
Haut les mots, une nouvelle écrite par CARINE-LAURE DESGUIN
Haut les mots, une nouvelle écrite par CARINE-LAURE DESGUIN

 

 

Haut les mots !


 

Ben ouais qu’t’es à Mons ! Tu vois bien que juste derrière toi, c’est la gare de Mons ! répond le zigoto en rivant son regard admiratif vers le fabuleux chantier.

On est bien à Mons 2016 ? rétorque la p’tite vieille à l’allure de bimbo déjantée.

Ben zut alors, celle-là, on ne me l’avait pas encore sifflée, tu parles d’une colle !

Bref, continue la vioque, est-ce que des vagues de quidams déferlent encore dans les rues comme l’an dernier? Avec les plans de la ville entre leurs menottes ? Est-ce qu’à chaque coin d’rue, y’a des trucs étranges qu’on appelle des œuvres contemporaines ?

Ah ouais, des trucs du genre un tapis d’allumettes suspendu entre les corniches de deux rangées de maisons ou des entonnoirs en papier mâché qui sortent des fenêtres…

Ok ! Ici, c’est Mons 2016 !

Ouais, ici, c’est Mons 2016, annone le zygoto. A propos, ta tronche me dit quelque chose ! Scotchée sur une affiche du Plaza Art ?

Pas encore mon gars…Je vais pas te faire languir plus longtemps…Je suis le clone de Deneuve façon fashion lifting. Trêve de plaisanterie, tu t’emmerdes pas, toi ?

Ben….

Tu m’assisterais pas pendant une paire d’heures ?

Ben…

On commence la journée par se rincer la glotte et ensuite, on bosse !

A l’hôtel Le terminus, ça discute…

Fastoche pour nous deux ! Toi, t’as rien à foutre et moi, je suis comme qui dirait en mission.

Ouais, t’es journaliste ou quelque chose comme ça ?

Quelque chose comme ça…

Ouais…Dans ta mallette longue comme un balai, y’a bien des appareils photos et des caméras?

Tu m’plais mon p’tit gars, t’as les idées qui gambergent plus vite que l’ombre de saint Georges. A propos, tu la connais comme ta poche, cet’ ville ? Et ne me regarde pas avec ces yeux de merlans frits, je le sais que je suis irrésistible malgré mon âge. Je disais donc, Mons 2016 n’aurait donc plus de secret pour toi. Et puisque tu fous rien, t’as bien promené tes guibolles dans les endroits…phares ?

Phares ?

J’voulais dire des endroits visités par les ministres, les rois et les reines et tutti quanti…Les endroits avec des files de cent mètres de chairs humaines qui attendent un ticket …Les endroits phares, quoi !

Ouais, je vois ! C’est comment déjà ton p’tit nom ? Moi c’est Boule. Et toi ?

Moi c’est Croq’Casquette. Casquette à cause de la casquette qui décolle jamais de la caboche et Croq’ à cause de tous ces amants qui se sont flingués raides morts pour ma belle gueule. Les gonzesses qui fument le cigare enroulé dans d’l’herbe, c’est plutôt rare…Et la minijupe qui cache pas les varices, c’est d’un sublime…J’suis c’qu’on appelle une cougar. Bref, on disait donc qu’ici, à Mons 2016, y’a plein de trucs et de machins qui tournicotent dans la ville.

T’avais pas parlé d’une mission ? crache Boule en fixant son regard béat vers le sac en forme de raquette de tennis ? T’es quand même pas là pour flinguer un mec ?

Ben non ! En voilà une idée ! Est-ce que j’ai une gueule à flinguer les inutiles, moi ? Non mais ! Ceci dit, pour cette fameuse mission, je recherche un truc particulier…

Un truc particulier ?

Ouais, tu vois, j’voudrais faire un scoop et puis un buz !

Et alors ?

Et alors ? Mon commanditaire me suggère de…

Ben tu vois ! Tu es ici pour flinguer!

Tu rigoles ou quoi ? Je cherche un mec qui crèche sur les hauteurs. Et chut, je peux pas en dire plus pour le moment ! Alors, creuse dans tes neurones !

Un mec sur les hauteurs ? Y’a bien l’expo Van Gogh, dans ce musée…Il paraît que ça vole haut.

Tais-toi, p’tit con, pour en dire des pareilles …Et puis, Van Gogh, il est déjà mort !

J’sais pas…Y’a le beffroi. Paraît que quatre-vingt-sept mètres, c’est haut. Y’a bien un gars là-haut qui se suspend aux cloches. Pour qu’elles sonnent…

Ouais, mais zappe, c’est pas ça…

T’as des indices ?

Je te connais à peine, je peux pas te faire confiance, non mais ! Bon, juste parce que je suis charitable….Le gars qu’est haut perché, il ….écrit, dit-elle d’une voix hésitante.

Il écrit ?

Ben ouais, il écrit ! répète Croq’Casquette tout en mimant des lettres avec ses mains…Ecrire, tu vois ce qu’c’est ?

Un gars qui écrit ?

Ouais, c’est Mons capitale de la culture ici ou quoi ? Ecrire, tu saisis l’affaire ? Lève tes fesses, on va zigzaguer parce qu’ici, depuis l’temps qu’on attend deux bières, y’en a marre …

Tu veux que j’porte le sac ?

Ne touche pas à ce sac, morveux ! Alors, ça vient oui ? Un gars haut perché et qui écrit ?

C’est une idée fixe chez toi !

Je te l’ai dit, je suis ici en mission et je ne repartirai qu’une fois cette mission accomplie, lance-t-elle en accélérant le pas.

Ok, y’a bien la Guinguette littéraire.

Bien! A quelle hauteur ?

Rue de Nimy. Juste après la Grand place.

Au-dessus de la Grand place ?

Non…

Si c’est pas en altitude, basta!

Alors je ne vois que la grue, là…

Cette grue ? Cette grue plantée en plein milieu de la Grand Place ? Là ?

Ouais, juste en face du Singe du Grand Garde. Tout en haut, y’a un mec, un écrivain paumé. Il paraît qu’il veut des projecteurs braqués sur lui…

C’est lui !

Croq’Casquette mène la danse et entraîne Boule dans le Jardin du Mayeur. Quelques minutes plus tard, du balcon réservé aux VIP lors de la fête du Doudou, Croq’Casquette arme le fusil qu’elle cachait dans son sac et d’un seul coup, pan ! elle tue le scribouilleur-mégalo-de-la-grue.


 

Quelques heures plus tard, au commissariat…

Merci à vous de relâcher Boule, c’est pas d’sa faute. Z’êtes sympa, m’sieur l’commissaire….Puisque j’vous l’dis, m’sieur l’commissaire... L’écrivaillon, c’est Rik-Manu Schmoll ! Il a commandité lui-même son meurtre, il voulait devenir célèbre ! Kidnapper une grue et écrire son roman sur les manettes de l’engin, c’était pas suffisant, on le confondait avec une œuvre contemporaine, comme on dit ici. Alors, il a fait appel à moi, Croq’Casquette. Et pan !

Un feignasse de première, quand même. Il pouvait faire le boulot tout seul. Quand on veut la célébrité, faut la mériter ! Pas vrai, m’sieur l’commissaire ?

 

Carine-Laure Desguin

http://www.carineldesguin.canalblog.com

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MAIS QUI A ECRIT CETTE NOUVELLE ???

14 Juin 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

MAIS QUI A ECRIT CETTE NOUVELLE ???

Haut les mots !


— Ben ouais qu’t’es à Mons ! Tu vois bien que juste derrière toi, c’est la gare de Mons ! répond le zigoto en rivant son regard admiratif vers le fabuleux chantier.

— On est bien à Mons 2016 ? rétorque la p’tite vieille à l’allure de bimbo déjantée.

— Ben zut alors, celle-là, on ne me l’avait pas encore sifflée, tu parles d’une colle !

— Bref, continue la vioque, est-ce que des vagues de quidams déferlent encore dans les rues comme l’an dernier? Avec les plans de la ville entre leurs menottes ? Est-ce qu’à chaque coin d’rue, y’a des trucs étranges qu’on appelle des œuvres contemporaines ?

— Ah ouais, des trucs du genre un tapis d’allumettes suspendu entre les corniches de deux rangées de maisons ou des entonnoirs en papier mâché qui sortent des fenêtres…

— Ok ! Ici, c’est Mons 2016 !

— Ouais, ici, c’est Mons 2016, annone le zygoto. A propos, ta tronche me dit quelque chose ! Scotchée sur une affiche du Plaza Art ?

— Pas encore mon gars…Je vais pas te faire languir plus longtemps…Je suis le clone de Deneuve façon fashion lifting. Trêve de plaisanterie, tu t’emmerdes pas, toi ?

— Ben….

— Tu m’assisterais pas pendant une paire d’heures ?

— Ben…

— On commence la journée par se rincer la glotte et ensuite, on bosse !

A l’hôtel Le terminus, ça discute…

— Fastoche pour nous deux ! Toi, t’as rien à foutre et moi, je suis comme qui dirait en mission.

— Ouais, t’es journaliste ou quelque chose comme ça ?

— Quelque chose comme ça…

— Ouais…Dans ta mallette longue comme un balai, y’a bien des appareils photos et des caméras?

— Tu m’plais mon p’tit gars, t’as les idées qui gambergent plus vite que l’ombre de saint Georges. A propos, tu la connais comme ta poche, cet’ ville ? Et ne me regarde pas avec ces yeux de merlans frits, je le sais que je suis irrésistible malgré mon âge. Je disais donc, Mons 2016 n’aurait donc plus de secret pour toi. Et puisque tu fous rien, t’as bien promené tes guibolles dans les endroits…phares ?

— Phares ?

— J’voulais dire des endroits visités par les ministres, les rois et les reines et tutti quanti…Les endroits avec des files de cent mètres de chairs humaines qui attendent un ticket …Les endroits phares, quoi !

— Ouais, je vois ! C’est comment déjà ton p’tit nom ? Moi c’est Boule. Et toi ?

— Moi c’est Croq’Casquette. Casquette à cause de la casquette qui décolle jamais de la caboche et Croq’ à cause de tous ces amants qui se sont flingués raides morts pour ma belle gueule. Les gonzesses qui fument le cigare enroulé dans d’l’herbe, c’est plutôt rare…Et la minijupe qui cache pas les varices, c’est d’un sublime…J’suis c’qu’on appelle une cougar. Bref, on disait donc qu’ici, à Mons 2016, y’a plein de trucs et de machins qui tournicotent dans la ville.

— T’avais pas parlé d’une mission ? crache Boule en fixant son regard béat vers le sac en forme de raquette de tennis ? T’es quand même pas là pour flinguer un mec ?

— Ben non ! En voilà une idée ! Est-ce que j’ai une gueule à flinguer les inutiles, moi ? Non mais ! Ceci dit, pour cette fameuse mission, je recherche un truc particulier…

— Un truc particulier ?

— Ouais, tu vois, j’voudrais faire un scoop et puis un buz !

— Et alors ?

— Et alors ? Mon commanditaire me suggère de…

— Ben tu vois ! Tu es ici pour flinguer!

— Tu rigoles ou quoi ? Je cherche un mec qui crèche sur les hauteurs. Et chut, je peux pas en dire plus pour le moment ! Alors, creuse dans tes neurones !

— Un mec sur les hauteurs ? Y’a bien l’expo Van Gogh, dans ce musée…Il paraît que ça vole haut.

— Tais-toi, p’tit con, pour en dire des pareilles …Et puis, Van Gogh, il est déjà mort !

— J’sais pas…Y’a le beffroi. Paraît que quatre-vingt-sept mètres, c’est haut. Y’a bien un gars là-haut qui se suspend aux cloches. Pour qu’elles sonnent…

— Ouais, mais zappe, c’est pas ça…

— T’as des indices ?

— Je te connais à peine, je peux pas te faire confiance, non mais ! Bon, juste parce que je suis charitable….Le gars qu’est haut perché, il ….écrit, dit-elle d’une voix hésitante.

— Il écrit ?

— Ben ouais, il écrit ! répète Croq’Casquette tout en mimant des lettres avec ses mains…Ecrire, tu vois ce qu’c’est ?

— Un gars qui écrit ?

— Ouais, c’est Mons capitale de la culture ici ou quoi ? Ecrire, tu saisis l’affaire ? Lève tes fesses, on va zigzaguer parce qu’ici, depuis l’temps qu’on attend deux bières, y’en a marre …

— Tu veux que j’porte le sac ?

— Ne touche pas à ce sac, morveux ! Alors, ça vient oui ? Un gars haut perché et qui écrit ?

— C’est une idée fixe chez toi !

— Je te l’ai dit, je suis ici en mission et je ne repartirai qu’une fois cette mission accomplie, lance-t-elle en accélérant le pas.

— Ok, y’a bien la Guinguette littéraire.

— Bien! A quelle hauteur ?

— Rue de Nimy. Juste après la Grand place.

— Au-dessus de la Grand place ?

— Non…

— Si c’est pas en altitude, basta!

— Alors je ne vois que la grue, là…

— Cette grue ? Cette grue plantée en plein milieu de la Grand Place ? Là ?

— Ouais, juste en face du Singe du Grand Garde. Tout en haut, y’a un mec, un écrivain paumé. Il paraît qu’il veut des projecteurs braqués sur lui…

— C’est lui !

Croq’Casquette mène la danse et entraîne Boule dans le Jardin du Mayeur. Quelques minutes plus tard, du balcon réservé aux VIP lors de la fête du Doudou, Croq’Casquette arme le fusil qu’elle cachait dans son sac et d’un seul coup, pan ! elle tue le scribouilleur-mégalo-de-la-grue.


Quelques heures plus tard, au commissariat…

— Merci à vous de relâcher Boule, c’est pas d’sa faute. Z’êtes sympa, m’sieur l’commissaire….Puisque j’vous l’dis, m’sieur l’commissaire... L’écrivaillon, c’est Rik-Manu Schmoll ! Il a commandité lui-même son meurtre, il voulait devenir célèbre ! Kidnapper une grue et écrire son roman sur les manettes de l’engin, c’était pas suffisant, on le confondait avec une œuvre contemporaine, comme on dit ici. Alors, il a fait appel à moi, Croq’Casquette. Et pan !

Un feignasse de première, quand même. Il pouvait faire le boulot tout seul. Quand on veut la célébrité, faut la mériter ! Pas vrai, m’sieur l’commissaire ?

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L'auteur de cette nouvelle ? Michel BEUVENS

8 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

L'auteur de cette nouvelle ? Michel BEUVENS

MON VOISIN PASSE AU CONTRÔLE TECHNIQUE

Lorsqu’il revient de son travail, mon voisin se gare généralement devant l’entrée de son garage ; il ferme sa voiture à clé, puis soulève deux fois la poignée et fait un tour complet de son auto avant de rentrer chez lui. Peut-être est-ce un rite imposé par une secte ?

Depuis quelques jours, son comportement est devenu encore plus étrange, le cérémonial s’est compliqué : avant de quitter sa voiture, il se met soudainement à inspecter un morceau de la carrosserie, comme s ‘il y avait vu subitement une énorme griffe, il se penche sous les bas de caisse, il saisit l’extrémité du pot d’échappement et l’agite vigoureusement, il s’appuie tour à tour sur les quatre ailes pour les secouer de tout son poids. Avant-hier, il a soulevé le capot et ausculté le moteur pendant dix minutes, comme si on l’avait averti qu’un ouvrier y avait oublié sa montre en or lors du montage. Il a vérifié trois fois les phares, les clignotants, les feux arrière, appelant sa femme à la rescousse pour contrôler les stops (Ils vont ? Oui ! Tous les deux ? Oui ! Et comme ça, c’est éteint ? ).

Aujourd’hui, j’ai compris : mon voisin a reçu la convocation du Contrôle technique. Il me l’a montrée, pestant parce qu’on le convoque un mois avant que sa voiture ait atteint les quatre ans. Il a pris rendez-vous pour la faire vérifier par son garagiste. Celui-ci a poussé un gros soupir, car il sait que c’est inutile : l’auto de monsieur Dupneu (mon voisin s’appelle Dupneu) a 15.678 kilomètres, le dernier gros entretien a été fait à 15.053 kilomètres, et les phares ont déjà été réglés deux fois - sous garantie – parce que monsieur Dupneu avait mesuré une différence de deux millimètres entre les faisceaux sur le mur du fond de son garage.

Mon voisin a sorti tous ses papiers de sa pochette en cuir d’assureur : bon de commande, facture d’achat, carnet d’immatriculation, carte d’assurance, certificat de conformité, garantie de la radio, virement pour la redevance radio. Il a relu quatre fois, en soulevant ses lunettes, le numéro du châssis en se demandant pourquoi il est si long (on a vraiment construit autant d’exemplaires de ce modèle ?).

Durant la semaine, monsieur Dupneu est passé trois fois devant la station de contrôle, estimant la longueur des files en fonction de l’heure, réfléchissant à sa stratégie : c’est décidé, il passera pendant midi. Il y a moins de personnel, mais il y a aussi moins de clients, et on risque moins de se retrouver derrière une voiture au démarreur hésitant, tractant une caravane qu’il faut peser et mesurer, le tout présenté par un automobiliste qui a égaré le certificat de conformité et qui a oublié de signaler qu’il avait besoin d’une demande d’immatriculation.

Le grand moment est arrivé : mon voisin est dans la file qu’il estime être la plus rapide

(comme il a pris congé pour toute la journée, la rapidité n’a pas vraiment d’importance, mais enfin…). Aucun autre automobiliste n’a l’air franchement joyeux, seul le préposé sifflote en venant s’emparer des documents (monsieur Dupneu soupçonne qu’il est payé pour siffloter, afin de rendre cette station plus accueillante que les autres).

Suspense : le contrôleur regarde fixement le carnet d’immatriculation : y-a-t-il une erreur ? Est-ce que le numéro de châssis serait identique à celui d’un véhicule volé ? Ouf : l’employé réintègre sa cabine de verre pour remplir son formulaire : mon voisin a eu chaud !

Le test des freins met monsieur Dupneu mal à l’aise : d’abord, il faut confier le volant au contrôleur (Sait-il où se trouve la première ? Ne va-t-il pas salir les sièges ? ). Et puis, est-ce que cela n’abîme pas la boîte de vitesses d’entraîner les roues par ces rouleaux si violents ?

Bon, le test est OK, et il a permis à monsieur Dupneu de vérifier que son épouse ne lui a pas menti : il a vu lui-même ses stops fonctionner.

Dernière épreuve : la fosse. Déjà, le nom ! Et ces appareils barbares qui secouent la voiture dans tous les sens ! La tension de mon voisin a grimpé de deux unités. Et lorsque le fossoyeur - pardon, le contrôleur - lui fait signe de s’approcher, c’est le cœur battant qu’il se penche pour entendre le verdict : il voit déjà son auto interdite à la circulation à cause d’un monstrueux défaut de construction que personne n’a vu jusqu’à maintenant, il se voit hurlant chez son garagiste, interpellant le service technique de l’importateur, il écrira à Test Achats !

Mais non : l’employé lui signale simplement que les disques de frein sont très légèrement rouillés (il faut dire que monsieur Dupneu freine surtout sur le moteur, comme on lui a appris au service militaire). Après que le contrôleur ait juré formellement que ce n’était pas grave, qu’il n’y aurait même pas de remarque sur le certificat de visite, mon voisin peut enfin se rendre à la caisse. Dernière appréhension : ne va-t-on pas égarer ses documents ?

Impassibles, avec le détachement qui sied à tout fonctionnaire ayant la retraite comme seul point de mire, les employés de la caisse se racontent leur dernier week-end, mettant la foule inquiète qui s’agglutine devant le guichet au courant de leurs préférences en matière de viandes pour barbecue.

Finalement, monsieur Dupneu reçoit ses papiers en échange d’un paquet de billets et de pièces de monnaie, car il a préparé une réserve de billets de cinq euros et de pièces de dix centimes pour être certain d’avoir le compte juste. Et lorsqu’il traverse la foule envieuse, on croirait voir clignoter sur son visage rayonnant l’inscription « Tranquille pour un an ».

Et c’est enfin le retour glorieux à la maison. Madame Dupneu, qui guettait derrière la vitre, sort dès qu’elle voit arriver son mari : à son sourire fourbu mais triomphal, elle comprend. Une fois de plus, le Contrôle technique a rendu des gens heureux !

Michel BEUVENS

"La Posologie des sentiments"

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QUI EST L'AUTEUR DE CETTE NOUVELLE ?

8 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

QUI EST L'AUTEUR DE CETTE NOUVELLE ?

MON VOISIN PASSE AU CONTRÔLE TECHNIQUE

Lorsqu’il revient de son travail, mon voisin se gare généralement devant l’entrée de son garage ; il ferme sa voiture à clé, puis soulève deux fois la poignée et fait un tour complet de son auto avant de rentrer chez lui. Peut-être est-ce un rite imposé par une secte ?

Depuis quelques jours, son comportement est devenu encore plus étrange, le cérémonial s’est compliqué : avant de quitter sa voiture, il se met soudainement à inspecter un morceau de la carrosserie, comme s ‘il y avait vu subitement une énorme griffe, il se penche sous les bas de caisse, il saisit l’extrémité du pot d’échappement et l’agite vigoureusement, il s’appuie tour à tour sur les quatre ailes pour les secouer de tout son poids. Avant-hier, il a soulevé le capot et ausculté le moteur pendant dix minutes, comme si on l’avait averti qu’un ouvrier y avait oublié sa montre en or lors du montage. Il a vérifié trois fois les phares, les clignotants, les feux arrière, appelant sa femme à la rescousse pour contrôler les stops (Ils vont ? Oui ! Tous les deux ? Oui ! Et comme ça, c’est éteint ? ).

Aujourd’hui, j’ai compris : mon voisin a reçu la convocation du Contrôle technique. Il me l’a montrée, pestant parce qu’on le convoque un mois avant que sa voiture ait atteint les quatre ans. Il a pris rendez-vous pour la faire vérifier par son garagiste. Celui-ci a poussé un gros soupir, car il sait que c’est inutile : l’auto de monsieur Dupneu (mon voisin s’appelle Dupneu) a 15.678 kilomètres, le dernier gros entretien a été fait à 15.053 kilomètres, et les phares ont déjà été réglés deux fois - sous garantie – parce que monsieur Dupneu avait mesuré une différence de deux millimètres entre les faisceaux sur le mur du fond de son garage.

Mon voisin a sorti tous ses papiers de sa pochette en cuir d’assureur : bon de commande, facture d’achat, carnet d’immatriculation, carte d’assurance, certificat de conformité, garantie de la radio, virement pour la redevance radio. Il a relu quatre fois, en soulevant ses lunettes, le numéro du châssis en se demandant pourquoi il est si long (on a vraiment construit autant d’exemplaires de ce modèle ?).

Durant la semaine, monsieur Dupneu est passé trois fois devant la station de contrôle, estimant la longueur des files en fonction de l’heure, réfléchissant à sa stratégie : c’est décidé, il passera pendant midi. Il y a moins de personnel, mais il y a aussi moins de clients, et on risque moins de se retrouver derrière une voiture au démarreur hésitant, tractant une caravane qu’il faut peser et mesurer, le tout présenté par un automobiliste qui a égaré le certificat de conformité et qui a oublié de signaler qu’il avait besoin d’une demande d’immatriculation.

Le grand moment est arrivé : mon voisin est dans la file qu’il estime être la plus rapide

(comme il a pris congé pour toute la journée, la rapidité n’a pas vraiment d’importance, mais enfin…). Aucun autre automobiliste n’a l’air franchement joyeux, seul le préposé sifflote en venant s’emparer des documents (monsieur Dupneu soupçonne qu’il est payé pour siffloter, afin de rendre cette station plus accueillante que les autres).

Suspense : le contrôleur regarde fixement le carnet d’immatriculation : y-a-t-il une erreur ? Est-ce que le numéro de châssis serait identique à celui d’un véhicule volé ? Ouf : l’employé réintègre sa cabine de verre pour remplir son formulaire : mon voisin a eu chaud !

Le test des freins met monsieur Dupneu mal à l’aise : d’abord, il faut confier le volant au contrôleur (Sait-il où se trouve la première ? Ne va-t-il pas salir les sièges ? ). Et puis, est-ce que cela n’abîme pas la boîte de vitesses d’entraîner les roues par ces rouleaux si violents ?

Bon, le test est OK, et il a permis à monsieur Dupneu de vérifier que son épouse ne lui a pas menti : il a vu lui-même ses stops fonctionner.

Dernière épreuve : la fosse. Déjà, le nom ! Et ces appareils barbares qui secouent la voiture dans tous les sens ! La tension de mon voisin a grimpé de deux unités. Et lorsque le fossoyeur - pardon, le contrôleur - lui fait signe de s’approcher, c’est le cœur battant qu’il se penche pour entendre le verdict : il voit déjà son auto interdite à la circulation à cause d’un monstrueux défaut de construction que personne n’a vu jusqu’à maintenant, il se voit hurlant chez son garagiste, interpellant le service technique de l’importateur, il écrira à Test Achats !

Mais non : l’employé lui signale simplement que les disques de frein sont très légèrement rouillés (il faut dire que monsieur Dupneu freine surtout sur le moteur, comme on lui a appris au service militaire). Après que le contrôleur ait juré formellement que ce n’était pas grave, qu’il n’y aurait même pas de remarque sur le certificat de visite, mon voisin peut enfin se rendre à la caisse. Dernière appréhension : ne va-t-on pas égarer ses documents ?

Impassibles, avec le détachement qui sied à tout fonctionnaire ayant la retraite comme seul point de mire, les employés de la caisse se racontent leur dernier week-end, mettant la foule inquiète qui s’agglutine devant le guichet au courant de leurs préférences en matière de viandes pour barbecue.

Finalement, monsieur Dupneu reçoit ses papiers en échange d’un paquet de billets et de pièces de monnaie, car il a préparé une réserve de billets de cinq euros et de pièces de dix centimes pour être certain d’avoir le compte juste. Et lorsqu’il traverse la foule envieuse, on croirait voir clignoter sur son visage rayonnant l’inscription « Tranquille pour un an ».

Et c’est enfin le retour glorieux à la maison. Madame Dupneu, qui guettait derrière la vitre, sort dès qu’elle voit arriver son mari : à son sourire fourbu mais triomphal, elle comprend. Une fois de plus, le Contrôle technique a rendu des gens heureux !

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L'auteur ? Didier FOND !!!!

5 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

L'auteur ? Didier FOND !!!!

AVANT LE PETIT JOUR

C’est au petit jour que la peur envahit la ville. Elle s’y installe, sûre d’elle, sûre de n’être pas chassée avant l’apparition du soleil, sûre aussi que lorsqu’elle devra céder la place, il restera en nous une trace indélébile de son passage et une appréhension sans nom du lendemain. Elle reviendra. Elle revient toujours, seule ou accompagnée de son âme damnée…

Mais ce n’est pas encore le jour. La froide lueur de l’aube n’a pas effleuré la fenêtre. Et pourtant, déjà, les ténèbres s’éclairent, là-bas, à l’est, vers la lointaine plaine, d’une faible lumière argentée ; blafard et terne, chétif enfant de la nuit, le jour va naître. Sa forme n’est encore qu’incertaine, mais peu à peu, son image se dessine sur l’horizon, plus ferme et plus pure à chaque instant.

Souvent, mes cauchemars oniriques cèdent la place au cauchemar réel. La nuit me voit alors debout, errant à travers le dédale des chambres, à la recherche de je ne sais quel réconfort, d’un oubli précaire, d’une présence rassurante et cependant impossible. Sans doute est-ce un bruit insolite qui m’a tiré de mes rêves ; le store qui bat contre la fenêtre, au moindre souffle de vent…

Les gratte-ciel des banlieues commencent à se découper sur l’horizon. J’essaie de ne pas penser aux heures interminables qui vont grignoter cette nouvelle journée. Si la nuit m’était un refuge, j’appellerais déjà sa venue ; mais la nuit elle-même s’est dressée contre moi et je ne peux plus espérer en sa trompeuse douceur.

La flamme des bougies vacille sous la caresse de l’air matinal. Leur lueur incertaine et tremblotante est désormais inutile. Elles ont accompagné ma promenade silencieuse dans l’appartement, mon errance nocturne et d’avant le petit jour, elles m’ont permis de découvrir au hasard des miroirs un visage étrange, presque inconnu, le mien, surgi de l’obscurité le temps d’une apparition et happé de nouveau par la nuit, le silence, l’oubli. Le plancher n’a pas craqué sous mes pas tandis que je glissais le long des couloirs. J’ai posé le bougeoir, j’ai voulu me regarder dans le miroir, mais j’ai eu peur de mon image, peur de découvrir un reflet que mes yeux ont perdu l’habitude de contempler. Souvent, avant, je marchais jusqu’à sa chambre ; je restais immobile devant cette porte close. Derrière moi, la flamme des bougies exécutait une danse sauvage, presque indécente, comme pour se moquer de mes velléités. Elle dessinait sur le mur des arabesques folles au milieu desquelles, en me retournant, il me semblait lire les mots que mon esprit ne cessait de me hurler. Vaincu par la lumière, j’ai fui vers le refuge obscur de mes fantasmes, où les désirs inassouvis se confondent avec la réalité, et j’ai attendu l’aurore.

*

Les matins d’antan… Ils n’étaient pas tous aussi désespérés… Cette aube blafarde ne ressemble en rien à celles d’avant, quand le soleil naissant réchauffait une ville vivante, que le sommeil fuyait peu à peu. Je ne savais pas apprécier les bruits qui montaient vers moi, les rires, les cris des gens qui m’entouraient. De mauvaise humeur, découragé à l’idée d’affronter une nouvelle journée de travail, j’aspirais au silence à la solitude douillette de mon lit. Je n’ai pas su aimer ces somptueuses aurores. Je ne voyais en elles que d’indésirables obstacles à ma plongée dans des rêves qui, alors, n’avaient rien de terrifiant. Ce silence absolu que je réclamais si fort, je l’ai, maintenant. Il me cerne, me dévore petit à petit, sans hâte ; il est en moi, il est sur moi. Je le sens qui coule sur mon visage, mes bras, mon corps. Ces gens qui m’exaspéraient et dont l’absence est un de mes plus cruels tourments, je les cherche inlassablement, chaque jour, dans les rues de la ville. Et parfois, le silence est si intolérable que je me mets à hurler. Un jour, alors que je traversais le fleuve, j’ai tout à coup frappé le parapet du pont à grands coups de pied, comme si je le rendais responsable de l’incroyable distraction de l’Ennemie qui les avait tous fauchés –tous, sauf moi.

Après son retour, je n’ai plus éprouvé le besoin de briser à tout prix cet épouvantable silence. Mais sa présence n’empêchait pas l’angoisse, chaque matin, de me submerger. J’ai peur de l’avenir, de la journée qui va s’écouler, de la nuit qui va tomber. J’ai peur de celle qui rôde, à la recherche des retardataires, des oubliés. J’ai si peu d’armes à lui opposer… Je devrais, le matin, me terrer sous mes couvertures et laisser naître le jour sans le regarder. C’est l’heure où l’Ennemie parcourt la ville et elle finira bien par me découvrir, aux aguets derrière ma fenêtre, redoutant et espérant sa venue… Elle n’a pas encore tourné ses regards vers moi. Patience. Que je l’aide un peu, que j’essaie de lui échapper, et elle saura bien se souvenir de moi, me découvrir, s’avancer à ma rencontre, amicale, presque bienveillante, dissimulant son visage haïssable sous le plus séduisant des masques.

L'auteur ? Didier FOND !!!!L'auteur ? Didier FOND !!!!L'auteur ? Didier FOND !!!!
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QUI EST L'AUTEUR DE CETTE NOUVELLE ?

5 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

QUI EST L'AUTEUR DE CETTE NOUVELLE ?

AVANT LE PETIT JOUR

C’est au petit jour que la peur envahit la ville. Elle s’y installe, sûre d’elle, sûre de n’être pas chassée avant l’apparition du soleil, sûre aussi que lorsqu’elle devra céder la place, il restera en nous une trace indélébile de son passage et une appréhension sans nom du lendemain. Elle reviendra. Elle revient toujours, seule ou accompagnée de son âme damnée…

Mais ce n’est pas encore le jour. La froide lueur de l’aube n’a pas effleuré la fenêtre. Et pourtant, déjà, les ténèbres s’éclairent, là-bas, à l’est, vers la lointaine plaine, d’une faible lumière argentée ; blafard et terne, chétif enfant de la nuit, le jour va naître. Sa forme n’est encore qu’incertaine, mais peu à peu, son image se dessine sur l’horizon, plus ferme et plus pure à chaque instant.

Souvent, mes cauchemars oniriques cèdent la place au cauchemar réel. La nuit me voit alors debout, errant à travers le dédale des chambres, à la recherche de je ne sais quel réconfort, d’un oubli précaire, d’une présence rassurante et cependant impossible. Sans doute est-ce un bruit insolite qui m’a tiré de mes rêves ; le store qui bat contre la fenêtre, au moindre souffle de vent…

Les gratte-ciel des banlieues commencent à se découper sur l’horizon. J’essaie de ne pas penser aux heures interminables qui vont grignoter cette nouvelle journée. Si la nuit m’était un refuge, j’appellerais déjà sa venue ; mais la nuit elle-même s’est dressée contre moi et je ne peux plus espérer en sa trompeuse douceur.

La flamme des bougies vacille sous la caresse de l’air matinal. Leur lueur incertaine et tremblotante est désormais inutile. Elles ont accompagné ma promenade silencieuse dans l’appartement, mon errance nocturne et d’avant le petit jour, elles m’ont permis de découvrir au hasard des miroirs un visage étrange, presque inconnu, le mien, surgi de l’obscurité le temps d’une apparition et happé de nouveau par la nuit, le silence, l’oubli. Le plancher n’a pas craqué sous mes pas tandis que je glissais le long des couloirs. J’ai posé le bougeoir, j’ai voulu me regarder dans le miroir, mais j’ai eu peur de mon image, peur de découvrir un reflet que mes yeux ont perdu l’habitude de contempler. Souvent, avant, je marchais jusqu’à sa chambre ; je restais immobile devant cette porte close. Derrière moi, la flamme des bougies exécutait une danse sauvage, presque indécente, comme pour se moquer de mes velléités. Elle dessinait sur le mur des arabesques folles au milieu desquelles, en me retournant, il me semblait lire les mots que mon esprit ne cessait de me hurler. Vaincu par la lumière, j’ai fui vers le refuge obscur de mes fantasmes, où les désirs inassouvis se confondent avec la réalité, et j’ai attendu l’aurore.

*

Les matins d’antan… Ils n’étaient pas tous aussi désespérés… Cette aube blafarde ne ressemble en rien à celles d’avant, quand le soleil naissant réchauffait une ville vivante, que le sommeil fuyait peu à peu. Je ne savais pas apprécier les bruits qui montaient vers moi, les rires, les cris des gens qui m’entouraient. De mauvaise humeur, découragé à l’idée d’affronter une nouvelle journée de travail, j’aspirais au silence à la solitude douillette de mon lit. Je n’ai pas su aimer ces somptueuses aurores. Je ne voyais en elles que d’indésirables obstacles à ma plongée dans des rêves qui, alors, n’avaient rien de terrifiant. Ce silence absolu que je réclamais si fort, je l’ai, maintenant. Il me cerne, me dévore petit à petit, sans hâte ; il est en moi, il est sur moi. Je le sens qui coule sur mon visage, mes bras, mon corps. Ces gens qui m’exaspéraient et dont l’absence est un de mes plus cruels tourments, je les cherche inlassablement, chaque jour, dans les rues de la ville. Et parfois, le silence est si intolérable que je me mets à hurler. Un jour, alors que je traversais le fleuve, j’ai tout à coup frappé le parapet du pont à grands coups de pied, comme si je le rendais responsable de l’incroyable distraction de l’Ennemie qui les avait tous fauchés –tous, sauf moi.

Après son retour, je n’ai plus éprouvé le besoin de briser à tout prix cet épouvantable silence. Mais sa présence n’empêchait pas l’angoisse, chaque matin, de me submerger. J’ai peur de l’avenir, de la journée qui va s’écouler, de la nuit qui va tomber. J’ai peur de celle qui rôde, à la recherche des retardataires, des oubliés. J’ai si peu d’armes à lui opposer… Je devrais, le matin, me terrer sous mes couvertures et laisser naître le jour sans le regarder. C’est l’heure où l’Ennemie parcourt la ville et elle finira bien par me découvrir, aux aguets derrière ma fenêtre, redoutant et espérant sa venue… Elle n’a pas encore tourné ses regards vers moi. Patience. Que je l’aide un peu, que j’essaie de lui échapper, et elle saura bien se souvenir de moi, me découvrir, s’avancer à ma rencontre, amicale, presque bienveillante, dissimulant son visage haïssable sous le plus séduisant des masques.

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L'auteur est Carine-Laure Desguin !

30 Octobre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

L'auteur est Carine-Laure Desguin !

Une blondasse dans la mouscaille

Le grand effiloché au teint blafard et aux binocles sur le nez soupire, manipule quelques pages d’un dossier désordonné, se penche vers la droite, ouvre un tiroir du bureau en bois laqué et en retire un paquet de feuilles, referme le tiroir et rive ses yeux de poissons morts sur son client, un p’tit gars aux allures de voyou, casquette de travers, sweat-shirt maculé de cambouis, la totale.

— Un truc qui coince, m’sieur ?

Quelques secondes de silence.

D’une voix faussement tremblante, le blanc bec reprend :

— Un truc qui coince, m’sieur ?

— Je ne suis pas sourd, jeune homme, rassurez-vous. Je rassemble les documents. Ceux que je vous lirez et que vous signerez, si dans le meilleur des cas il vous est possible d’enfiler une lettre à la suite d’une autre. Ces documents sont le symbole d’une vie qui glisse vers une autre vie, souvenez-vous en…

— Ah, okay, lance le blanc bec d’un air soulagé, tout en s’essuyant le front d’un geste désinvolte.

— Vous n’avez rien à craindre, reprend le binoclard sur le ton de la confidence. A moins que votre conscience soit lourde d’un certain poids.

— Ma conscience ? Ma conscience se fout pas mal de son poids ! Elle n’en n’a rien à cirer ! Et moi je m’en tamponne la coquille de tous ces trucs !

— C’est bien ce qu’il me semblait…Ma situation ne m’autorise à aucun jugement, hélas. Voyons, voyons, ah oui, voilà cette enveloppe.

Le binoclard ouvre l’enveloppe et d’une voix monocorde lit une dizaine de lignes d’une lettre manuscrite. Et puis il continue :

— J’ai bien vérifié. Jeff Shadows, c’est bien vous. Votre photo sur cette carte d’identité le confirme, en tout cas. Et de plus mais ceci n’est qu’une parenthèse, je vous aperçois parfois dans le parc de la résidence de Miss Shadows. Pauvre femme. Une vie fastueuse, une vie qui a brillé autant que ses diamants, une vie de reine. Et une mort tellement brutale. Mourir au printemps…La nature qu’elle aimait temps renaissait. Et elle, pauvre Miss Shadows, voilà que sa Jaguar s’engouffre sous ce poids lourd. Morte par décapitation. Je connaissais très bien votre tante. Comme vous voyez, nous sommes presque voisins…Vous êtes donc le fils de son défunt frère. Oui, c’est ça, je me souviens à présent. Miss Shadows me parlait parfois de son enfance, à Londres et de ce frère qui avait épousé une française, la sœur de son défunt mari. Cher ami, deux questions. Ferez-vous vos adieux à Pigalle et habiterez-vous la résidence principale, ici, à Neuilly ? Et le personnel, que ferez-vous du personnel ? Dany, le jardinier et Emma, la cuisinière sont très inquiets de leur sort, ils m’ont fait part de leur désarroi.

Le blanc bec répond, tout en mâchouillant son chewing-gum :

— Le personnel ? Il valse dehors, bien entendu ! J’ai une meuf, ça fera bien l’affaire pour les fourneaux.

— Bien sûr, je m’en doutais un peu. Et le parc ? Qui entretiendra ces arbustes magnifiques ? Ces parterres dignes du château de Versailles ? Je pense à ces pauvres fleurs qui n’ont fait de mal à personne, en somme…

— Ben…Ma meuf ne restera pas la journée devant ses casseroles…

— Oui, c’est certain. Voilà, Monsieur Shadows, vous êtes le seul et unique héritier. Une résidence ici, à Neuilly, une autre dans le centre de Londres. Vous êtes actionnaire de plusieurs holdings…Tout est spécifié dans ces documents que vous venez de signer. Madame votre épouse sera ravie, toutes mes félicitations.

— Merci, m’sieur. Tout le plaisir est pour moi, comme on dit…Mais pour moi seul. Je ne suis pacsé à personne. A présent, on verra. Tout ce pognon me donne une envie dinguo de faire une fiesta d’enfer ! Avec des feux d’artifice, de la gnole qui coule à flot et une musique techno qui ferait vibrer les caves de l’Elysée, traverserait la Manche et s’attaquerait à Buchkingam Palace !

— Au revoir, Monsieur Shadows. Et à bientôt, puisque nous sommes désormais voisins, soupire le notaire d’une voix blanche et monocorde.

Devant le grillage de la résidence, Tina, une espèce de blondasse boudinée là où il convient de l’être fume une clope, la xième clope depuis une demi-heure.

— Et alors ? fulmine-t-elle en voyant arriver son Jeff Shadows.

— Tout est à nous, baby, tout est à nous ! hurle-t-il en lançant les clés et les documents et en prenant par la taille cette Tina qui pousse tout à coup un cri de hyène.

— Tu es certain ? Ce vieux con ne t’a trouvé aucun pou ? On n’sait jamais, avec ces richards. Parfois, ils sont traversés par des espèces d’idées tellement malsaines et saugrenues.

— Oh, baby, à nous la belle vie ! Une vie d’enfer ! Fêtons ça ! Ça va péter !

— Ben tu vois mon minet, j’ai pensé à tout ! rétorque-t-elle en roulant des hanches tout en ramassant un sac à présent bien chaud d’avoir passé une trentaine de minutes sous le soleil ardent de cet après-midi de mai.

— Ah, le bruit de ces bouteilles, ce cliquetis….Fiesta ma belle, c’est la fiesta ! T’es vraiment une sacrée gonzesse, tu penses à tout !

— A tout mon trésor d’amour, vraiment à tout, tu ne devineras jamais jusqu’où ma cervelle peut gamberger, susurre-t-elle d’une voix sensuelle.

Le printemps est croquignolet, les arbres sont en fleurs et les rayons de soleil pétaradent comme si eux aussi, ils préparaient une farandole dans un grand circus. Fébriles, les tourtereaux n’admirent même pas leur castel et le parc fleuri qui l’entoure, ils ouvrent direct les lourdes de ce Versailles, font trois pas dans le hall gigantesque encore tout blinquant et lèvent les bras en l’air, en signe de victoire. Ils se font des grimaces tout en se regardant dans un grand miroir auréolé de feuilles dorées et passent la langue à une photographie (signée Harcourt) de Miss Shadows. Trente secondes plus tard, ils s’affalent sur un canapé british style Chesterfield.

— Alors, baby, une coulée de pinard ?

— J’ai ce qu’il nous faut ! Savourons cet instant…dit cette Tina de sa voix sulfureuse et t’as pas envie d’autre chose ? continue-t-elle en tortillant son corps grassouillet contre celui ce Jeff Shadows.

— Ah, baby, on a toute la vie devant nous pour la baise et tout ça…

— Okay, dit-elle en se dirigeant vers le bar. Et puis, tout ce stress m’a chauffé les sangs. Désaltérons-nous !

— On voit que tu connais tous les coins du castel, baby.

— Tu rigoles ou quoi ? rétorque-t-elle sur un ton moqueur tout en tirant sur sa minijupe en jean.

— Oh oui, je rigole, baby. On n’a plus que ça à faire, rigoler, baiser, tuer le temps !

— Voilà les verres tout frais sortis du bar de ta vioque et le pinard est là, dans le sac en plastique.

— Entamons la gnole du bar ! Profitons de tout ça !

— Inutile, le pinard est là, je te dis, là, insiste-t-elle en montrant du doigt le sac en plastique avec inscrit dessus Auchan.

— Allez baby, les glass, on s’en tamponne après tout, profitons un max !

— Yes, au goulot !

— Par la même occase et puisque c’est la journée des bonnes nouvelles, j’aime autant te dire que tu tarderas pas à voir la tronche de m’sieur l’maire…

— Oh Jeff, tu es si chou…

— J’te l’fais pas dire, rétorque le blanc bec. Ça s’appelle régulariser les choses. Ce qui est à moi sera à toi, les castels, le pognon et tout ça.

— Oh Jeff, oh Jeff, je suis si heureuse…

— Ouais, et tout ça grâce à cette vieille peau qui s’est tranchée la cervelle. Fini le gourbi, vive le castel !

Le pinard coule à flot et les deux infâmes, bientôt ivres morts, titubent dans le living room, s’enroulent au passage dans une nappe couleur vermeil, prennent pour un ballon de foot les pieds d’une commode Louis XV, lancent des ding-dong devant la pendule du comte d’Artois et renversent un guéridon porte-girandole.

— Y’a plus d’pinard, gueule Jeff de sa voix nasillarde. Tina, y’a plus d’pinard !

Tina est plongée dans les bras de Morphée et derrière les couches de mascara qui enflamment ses paupières de nouvelle princesse défilent des chars d’or, des robes cousues de diamants et des princes d’Arabie qui se bousculent pour se prosterner devant elle.

Dans le bar de la vioque, d’un geste sec, Jeff attrape une boutranche de rhum et sur sa lancée, se l’enfile en une seule goulée. Ou presque. Soudain, il sent que son palpitant commence à battre la breloque, le décor du castel chavire et toutes ces couleurs rutilantes virent au noir le plus total.

— Tiiiiiina ! a-t-il la force de gueuler encore une fois tout en s’écroulant sur sa belle.

— Oh Jeff, pas maintenant, il fait si chaud…

Mais sentant ce poids inerte, la blondasse sort de sa léthargie et n’en croit pas ses yeux en voyant les pupilles de Jeff se révulser et…

— Oh non, Jeff, pas celle-là, pas celle-là !

La blondasse sent tout à coup ses sangs qui se glacent et ce soleil qui se la pète derrière les grandes fenêtres du castel ne parviendra pas à réchauffer cette gnace de pacotille.

— Pour…quoi ? a encore la force de murmurer cet enfoiré au visage à présent vérolé, de l’écume sortant de la bouche et le corps se raidissant de plus en plus.

— C’est la boutranche de la vieille ! Il y a dedans un poison…C’est moi qui ai précipité la mort de cette vieille peau…Oh Jeff, et nous ne sommes même pas mariés ! Oh Jeff, pas maintenant, ne meurs pas maintenant ! Pas aujourd’hui ! Oh Jeff ! hurle-t-elle en secouant la caboche inerte de Jeff Shadows qui à l’instant même vient de franchir les eaux malsaines du Rubicon.

CARINE-LAURE DESGUIN

http://carineldesguin.canalblog.com/

L'auteur est Carine-Laure Desguin !L'auteur est Carine-Laure Desguin !L'auteur est Carine-Laure Desguin !
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Qui est l'auteur de cette nouvelle ????

30 Octobre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

Qui est l'auteur de cette nouvelle ????

Une blondasse dans la mouscaille

Le grand effiloché au teint blafard et aux binocles sur le nez soupire, manipule quelques pages d’un dossier désordonné, se penche vers la droite, ouvre un tiroir du bureau en bois laqué et en retire un paquet de feuilles, referme le tiroir et rive ses yeux de poissons morts sur son client, un p’tit gars aux allures de voyou, casquette de travers, sweat-shirt maculé de cambouis, la totale.

— Un truc qui coince, m’sieur ?

Quelques secondes de silence.

D’une voix faussement tremblante, le blanc bec reprend :

— Un truc qui coince, m’sieur ?

— Je ne suis pas sourd, jeune homme, rassurez-vous. Je rassemble les documents. Ceux que je vous lirez et que vous signerez, si dans le meilleur des cas il vous est possible d’enfiler une lettre à la suite d’une autre. Ces documents sont le symbole d’une vie qui glisse vers une autre vie, souvenez-vous en…

— Ah, okay, lance le blanc bec d’un air soulagé, tout en s’essuyant le front d’un geste désinvolte.

— Vous n’avez rien à craindre, reprend le binoclard sur le ton de la confidence. A moins que votre conscience soit lourde d’un certain poids.

— Ma conscience ? Ma conscience se fout pas mal de son poids ! Elle n’en n’a rien à cirer ! Et moi je m’en tamponne la coquille de tous ces trucs !

— C’est bien ce qu’il me semblait…Ma situation ne m’autorise à aucun jugement, hélas. Voyons, voyons, ah oui, voilà cette enveloppe.

Le binoclard ouvre l’enveloppe et d’une voix monocorde lit une dizaine de lignes d’une lettre manuscrite. Et puis il continue :

— J’ai bien vérifié. Jeff Shadows, c’est bien vous. Votre photo sur cette carte d’identité le confirme, en tout cas. Et de plus mais ceci n’est qu’une parenthèse, je vous aperçois parfois dans le parc de la résidence de Miss Shadows. Pauvre femme. Une vie fastueuse, une vie qui a brillé autant que ses diamants, une vie de reine. Et une mort tellement brutale. Mourir au printemps…La nature qu’elle aimait temps renaissait. Et elle, pauvre Miss Shadows, voilà que sa Jaguar s’engouffre sous ce poids lourd. Morte par décapitation. Je connaissais très bien votre tante. Comme vous voyez, nous sommes presque voisins…Vous êtes donc le fils de son défunt frère. Oui, c’est ça, je me souviens à présent. Miss Shadows me parlait parfois de son enfance, à Londres et de ce frère qui avait épousé une française, la sœur de son défunt mari. Cher ami, deux questions. Ferez-vous vos adieux à Pigalle et habiterez-vous la résidence principale, ici, à Neuilly ? Et le personnel, que ferez-vous du personnel ? Dany, le jardinier et Emma, la cuisinière sont très inquiets de leur sort, ils m’ont fait part de leur désarroi.

Le blanc bec répond, tout en mâchouillant son chewing-gum :

— Le personnel ? Il valse dehors, bien entendu ! J’ai une meuf, ça fera bien l’affaire pour les fourneaux.

— Bien sûr, je m’en doutais un peu. Et le parc ? Qui entretiendra ces arbustes magnifiques ? Ces parterres dignes du château de Versailles ? Je pense à ces pauvres fleurs qui n’ont fait de mal à personne, en somme…

— Ben…Ma meuf ne restera pas la journée devant ses casseroles…

— Oui, c’est certain. Voilà, Monsieur Shadows, vous êtes le seul et unique héritier. Une résidence ici, à Neuilly, une autre dans le centre de Londres. Vous êtes actionnaire de plusieurs holdings…Tout est spécifié dans ces documents que vous venez de signer. Madame votre épouse sera ravie, toutes mes félicitations.

— Merci, m’sieur. Tout le plaisir est pour moi, comme on dit…Mais pour moi seul. Je ne suis pacsé à personne. A présent, on verra. Tout ce pognon me donne une envie dinguo de faire une fiesta d’enfer ! Avec des feux d’artifice, de la gnole qui coule à flot et une musique techno qui ferait vibrer les caves de l’Elysée, traverserait la Manche et s’attaquerait à Buchkingam Palace !

— Au revoir, Monsieur Shadows. Et à bientôt, puisque nous sommes désormais voisins, soupire le notaire d’une voix blanche et monocorde.

Devant le grillage de la résidence, Tina, une espèce de blondasse boudinée là où il convient de l’être fume une clope, la xième clope depuis une demi-heure.

— Et alors ? fulmine-t-elle en voyant arriver son Jeff Shadows.

— Tout est à nous, baby, tout est à nous ! hurle-t-il en lançant les clés et les documents et en prenant par la taille cette Tina qui pousse tout à coup un cri de hyène.

— Tu es certain ? Ce vieux con ne t’a trouvé aucun pou ? On n’sait jamais, avec ces richards. Parfois, ils sont traversés par des espèces d’idées tellement malsaines et saugrenues.

— Oh, baby, à nous la belle vie ! Une vie d’enfer ! Fêtons ça ! Ça va péter !

— Ben tu vois mon minet, j’ai pensé à tout ! rétorque-t-elle en roulant des hanches tout en ramassant un sac à présent bien chaud d’avoir passé une trentaine de minutes sous le soleil ardent de cet après-midi de mai.

— Ah, le bruit de ces bouteilles, ce cliquetis….Fiesta ma belle, c’est la fiesta ! T’es vraiment une sacrée gonzesse, tu penses à tout !

— A tout mon trésor d’amour, vraiment à tout, tu ne devineras jamais jusqu’où ma cervelle peut gamberger, susurre-t-elle d’une voix sensuelle.

Le printemps est croquignolet, les arbres sont en fleurs et les rayons de soleil pétaradent comme si eux aussi, ils préparaient une farandole dans un grand circus. Fébriles, les tourtereaux n’admirent même pas leur castel et le parc fleuri qui l’entoure, ils ouvrent direct les lourdes de ce Versailles, font trois pas dans le hall gigantesque encore tout blinquant et lèvent les bras en l’air, en signe de victoire. Ils se font des grimaces tout en se regardant dans un grand miroir auréolé de feuilles dorées et passent la langue à une photographie (signée Harcourt) de Miss Shadows. Trente secondes plus tard, ils s’affalent sur un canapé british style Chesterfield.

— Alors, baby, une coulée de pinard ?

— J’ai ce qu’il nous faut ! Savourons cet instant…dit cette Tina de sa voix sulfureuse et t’as pas envie d’autre chose ? continue-t-elle en tortillant son corps grassouillet contre celui ce Jeff Shadows.

— Ah, baby, on a toute la vie devant nous pour la baise et tout ça…

— Okay, dit-elle en se dirigeant vers le bar. Et puis, tout ce stress m’a chauffé les sangs. Désaltérons-nous !

— On voit que tu connais tous les coins du castel, baby.

— Tu rigoles ou quoi ? rétorque-t-elle sur un ton moqueur tout en tirant sur sa minijupe en jean.

— Oh oui, je rigole, baby. On n’a plus que ça à faire, rigoler, baiser, tuer le temps !

— Voilà les verres tout frais sortis du bar de ta vioque et le pinard est là, dans le sac en plastique.

— Entamons la gnole du bar ! Profitons de tout ça !

— Inutile, le pinard est là, je te dis, là, insiste-t-elle en montrant du doigt le sac en plastique avec inscrit dessus Auchan.

— Allez baby, les glass, on s’en tamponne après tout, profitons un max !

— Yes, au goulot !

— Par la même occase et puisque c’est la journée des bonnes nouvelles, j’aime autant te dire que tu tarderas pas à voir la tronche de m’sieur l’maire…

— Oh Jeff, tu es si chou…

— J’te l’fais pas dire, rétorque le blanc bec. Ça s’appelle régulariser les choses. Ce qui est à moi sera à toi, les castels, le pognon et tout ça.

— Oh Jeff, oh Jeff, je suis si heureuse…

— Ouais, et tout ça grâce à cette vieille peau qui s’est tranchée la cervelle. Fini le gourbi, vive le castel !

Le pinard coule à flot et les deux infâmes, bientôt ivres morts, titubent dans le living room, s’enroulent au passage dans une nappe couleur vermeil, prennent pour un ballon de foot les pieds d’une commode Louis XV, lancent des ding-dong devant la pendule du comte d’Artois et renversent un guéridon porte-girandole.

— Y’a plus d’pinard, gueule Jeff de sa voix nasillarde. Tina, y’a plus d’pinard !

Tina est plongée dans les bras de Morphée et derrière les couches de mascara qui enflamment ses paupières de nouvelle princesse défilent des chars d’or, des robes cousues de diamants et des princes d’Arabie qui se bousculent pour se prosterner devant elle.

Dans le bar de la vioque, d’un geste sec, Jeff attrape une boutranche de rhum et sur sa lancée, se l’enfile en une seule goulée. Ou presque. Soudain, il sent que son palpitant commence à battre la breloque, le décor du castel chavire et toutes ces couleurs rutilantes virent au noir le plus total.

— Tiiiiiina ! a-t-il la force de gueuler encore une fois tout en s’écroulant sur sa belle.

— Oh Jeff, pas maintenant, il fait si chaud…

Mais sentant ce poids inerte, la blondasse sort de sa léthargie et n’en croit pas ses yeux en voyant les pupilles de Jeff se révulser et…

— Oh non, Jeff, pas celle-là, pas celle-là !

La blondasse sent tout à coup ses sangs qui se glacent et ce soleil qui se la pète derrière les grandes fenêtres du castel ne parviendra pas à réchauffer cette gnace de pacotille.

— Pour…quoi ? a encore la force de murmurer cet enfoiré au visage à présent vérolé, de l’écume sortant de la bouche et le corps se raidissant de plus en plus.

— C’est la boutranche de la vieille ! Il y a dedans un poison…C’est moi qui ai précipité la mort de cette vieille peau…Oh Jeff, et nous ne sommes même pas mariés ! Oh Jeff, pas maintenant, ne meurs pas maintenant ! Pas aujourd’hui ! Oh Jeff ! hurle-t-elle en secouant la caboche inerte de Jeff Shadows qui à l’instant même vient de franchir les eaux malsaines du Rubicon.

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