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Ms corporation, un poème de Laurent Dumortier

Publié le par christine brunet /aloys

 

Vertiges

 

Ms Corporation

 

 

 

Par un matin pluvieux,

Tandis que je quittais

Les nuages cotonneux

Des bras de Morphée,

A mon regard vint se croiser

Un œil charbonneux…

 

 

Ms Corporation

Les yeux félins

Brillants

Fuselant…

Atomisant…

 

 

Ses flots d’ébène se jettent

En cascades dans une vallée

Où le soleil et la terre, exégètes,

Se rejoignent en un équinoxe tatoué

 

 

Ms Corporation

Les yeux félins

Flamboyants

Perçant…

Sublimant…

 

 

Son aura brille comme Antarès

Et lorsque le vent d’été, par une soudaine caresse,

S’engouffre  sous sa jupe plissée

Son regard étincelle d’une rare volupté…

 

 

Ms Corporation

Les yeux félins

Brillants

Fuselant…

Atomisant…

 

 

Près du cœur de la Cybèle

Se love un discret naevus

Et des effluves d’Angel

Emanent de son divin plexus

 

Ms Corporation

Les yeux félins

Flamboyants

Perçant…

 

Sublimant…

 

Laurent Dumortier

gsl.skynetblogs.be

Publié dans Poésie

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Une poésie extraite du nouveau recueil de poésies d'Emilie DECAMP

Publié le par christine brunet /aloys

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Dans les plaines épurées aux confins du pays

L'horizon, dans son voile de dédain, s'embrume et se fige.

Dans les herbes bigarrées où les rêves voltigent,

Se perdent les craintes dans la torpeur de la nuit.

Et l'indicible ennui d'une vie trop pesante

Frôle d'un rien les songes perdus.

Et la chimère dans la prunelle fulminante

Arrache d'une traite les rêves fourbus.

Emilie DECAMP
www.emiliedecamp.com
CDL

Publié dans Poésie

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Nadine Groenecke : "Je ne suis qu'une oeuvre d'art"

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes3/oeuvreart.jpg

 

 

 

Nadine Groenecke... Une auteur confirmée qui a obtenu le prix Victor Hugo en 2011 avec son premier recueil de nouvelles "Trop plein". Une auteur qui publie son troisième roman, toujours aux Editions Chloé des Lys... Euh... Non, en fait, il s'agit d'un nouveau recueil... le roman était son second titre, "Sauvetages". Une auteur à l'univers multiple qui intrigue tout autant que la couverture de "Je ne suis qu'une oeuvre d'art"... 

 

Tu viens de publier un nouveau bouquin chez CDL : est-ce un recueil comme le premier ?

 

Oui, c'est un nouveau recueil de nouvelles, mais cette fois avec un thème central. Chaque nouvelle met en scène un couple, officiel ou pas, ou deux personnes qui se trouvent dans une situation laissant à penser qu'elles pourraient devenir un couple. 

 

 Un roman comme le second ? Tu me parles un peu de ces deux livres ?

 

Lesquels, les précédents ?

 

Euh... Oui...

 

 Trop-plein présentait dix nouvelles, sans fil conducteur, qui faisaient la part belle aux émotions et Sauvetages racontait l'histoire d'un écrivain célèbre qui, après avoir entendu l'annonce de son décès à la télévision, décidait de se venger.

 

Penses-tu avoir évoluer par rapport à ton premier ouvrage ?

 

Oui, je travaille encore plus mes textes. Je ne cherche plus à faire obligatoirement de belles phrases, avec un vocabulaire recherché ; ce que je recherche désormais, c'est la fluidité et l'harmonie. 

 

 

  PIC_0716.JPG

 

Parle-moi de tes personnages ?

 

Certains se trouvent dans une situation délicate qui les oblige à prendre des décisions. Mais vont-ils faire le bon choix ? D'autres ressentent un vide affectif et cherchent un moyen de le combler.D'autres encore vivent une période heureuse de leur vie ou subissent la routine lorsqu'un événement inattendu chamboule tout !  

 Les sentiments et les émotions qu'ils éprouvent compliquent tout. 

 

 Qu'est-ce qui a fait que tu es revenue à la nouvelle ? Penses-tu qu'il s'agit là d'un exercice qui t'est plus proche, qui te correspond mieux que le roman ?

Un roman est un travail de longue haleine et il faut qu'il y ait un élément déclencheur. Il faut aussi être sûr de tenir sur la longueur. La prise de risque est moins grande avec la nouvelle et on varie les plaisirs: on change de lieux, de personnages, de genre... Mais ce n'est pas simple pour autant, car, si on ne dose pas savamment, le texte devient vite indigeste. Il est donc nécessaire de tailler dans la masse pour affiner encore et encore, comme un sculpteur avec son bloc de pierre ou de glaise. Il est vrai que j'ai un petit faible pour la nouvelle, mais je ne souhaite pas spécialement m'y cantonner. En fait, je m'adapte à mon inspiration.

 

 

Comment as-tu choisi le thème de ton recueil ? Est-ce en regardant autour de toi ? 

 

J'avais déjà écrit plusieurs nouvelles pour des concours d'écriture et je me suis rendu compte qu'elles évoquaient toutes le couple, j'ai donc continué à exploiter ce thème, en vue de rassembler mes écrits dans un recueil. Pas difficile de puiser les idées autour de soi avec un tel sujet. Chacune de mes nouvelles combine des éléments réels et des éléments fictifs, dans des proportions variables d'une histoire à l'autre.

 

 

sauvetages

 

Tu me dis qu'il y a un fil conducteur à toutes tes nouvelles et j'ai bien compris lequel. Y a-t-il également une figure emblématique récurrente ? 

 

Non. Mes personnages sont, je crois, très différents les uns des autres. Ce sont des hommes ou des femmes de tous âges. Ils ont néanmoins un point commun, ils sont en proie à des émotions ou des sentiments qui dictent leur conduite.

 

Tu parles de tes deux précédents ouvrages. Je les ai lus. Tu me dis que tu cherches désormais l'harmonie et la fluidité. or, ce qui frappe le lecteur dès les premières lignes de Trop plein, c'est bien un style gouleyant... plus encore, à mon avis dans Sauvetages qui se lit... trop vite. Ne crois-tu pas que de retravailler plus tes textes risque d'apporter un manque de spontanéité, spontanéité très présente dans les 2 premiers opus ?

 

Je retravaillerais bien certaines nouvelles de Trop-plein que je ne trouve plus à mon goût maintenant. En ce qui concerne Sauvetages, tu as raison, j'aurais sans doute dû m'étendre davantage. Mais, comme jusque-là, je n'avais écrit que des nouvelles, genre qui demande  rigueur et concision, j'ai sans doute eu tendance à rester fidèle à ces mêmes critères dans mon premier roman. Dans le prochain, je vais tâcher de tenir compte de ce défaut ; j'essayerai d'accorder plus de liberté à ma plume ! Quant à la spontanéité, elle n'est qu'illusion ! Et j'en reviens à ce que j'ai dit précédemment, il faut travailler d'arrache-pied pour l'atteindre. Comme l'a écrit Boileau... "Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage: Polissez-le sans cesse et le repolissez-le ; Ajoutez quelquefois et souvent effacez." 

 

trop plein

 

 

 Tu m'as parlé du sujet de ton livre. Mais tu m'expliques le titre ?

Le titre du livre correspond au titre d'une des nouvelles, qui se différencie des autres parce que le "héros" est un objet, c'est un tableau qui a la faculté de penser. Il est accroché dans le salon d'une famille et il est le spectateur de leur vie. Le couple, parent d'un jeune enfant, se déchire et le tableau assiste, impuissant, à des scènes de ménage à répétition. J'ai aimé introduire une part de fantastique dans cette nouvelle, je n'avais pas encore expérimenté ce domaine.

 

Est-ce que l'action dans tes nouvelles est clairement ancrée dans un lieu, une région, un paysage? Si oui, lequel ? Si non, pourquoi ?

 Chaque nouvelle a pour cadre un lieu différent. Evidemment, j'évoque le plus souvent des endroits que je connais, sans forcément citer précisément leur nom. Pourquoi se priver de changement, c'est agréable de voyager de la sorte, à la fois pour l'auteur et le lecteur, non ? 

 

As-tu déjà une idée du sujet du prochain bouquin ? 

Oui, j'ai entrepris un roman policier, mais je n'en suis qu'au tout début. J'ai très envie d'écrire, problème, je manque de temps pour le faire. 

 

 Ton interview est presque finalisé... mais j'ai encore une petite question qui me titille... Ta coverture... Non, TES couvertures : 

Il me semble (tu me dis si je me trompe) que tu es aussi artiste peintre.  Est-ce toi qui crées tes visuels? Le dernier, surtout ? Un petit côté naÏf qui interpelle... Tu m'expliques?

 

Je suis membre de l'atelier d'art de ma ville depuis 18 ans. Par conséquent, je suis capable de dessiner en m'aidant, par exemple, d'une photo, mais, pour créer, c'est une autre histoire ! Il faut avoir du talent. Je préfère donc en laisser le soin à Fralien. Elle avait déjà réalisé ma précédente couverture et j'étais très satisfaite du résultat.

 

En ce qui concerne "Je ne suis qu'une oeuvre d'art", la première couverture qu'elle m'a proposée ne me convenait pas. Le dessin était trop réaliste et ne correspondait pas au tableau évoqué dans ma nouvelle, qui lui, est moderne. Voici ce que j'ai écrit dans le livre: 

 

Pour me décrire le mieux possible, je dirais que je suis un amalgame de la Joconde et de la Sibylle de Delphes, version ultramoderne, en raison de mes couleurs criardes et de mes formes atypiques. Le mariage réussi du mystère et de l'inquiétude donc. Comme l'oeuvre de Léonard de Vinci, les contours de mon visage baignent dans un voile vaporeux, le fameux sfumato, et comme dans le détail du plafond de la chapelle Sixtine de Michel-Ange, j'arbore un geste suspendu qui me rend des plus vivantes. Ne me manque que la parole pour parfaire le tableau, si j'ose m'exprimer ainsi."

 

J'ai donc réexpliqué à Fralien ce que j'attendais et la deuxième proposition reçue a été la bonne !

 

Pour le bande-annonce du livre, j'ai sollicité les services d'une illustratrice de mon département, Katyk, que j'avais rencontrée lors de salons littéraires. Elle a réalisé quinze dessins humoristiques, un pour chaque nouvelle. Je lui ai fait parvenir mes textes, un par un, en joignant, à chaque fois, quelques lignes expliquant le passage que je voulais qu'elle représente. J'ai été bluffée par le résultat, tout était conforme à mes souhaits, comme si, d'un coup de baguette magique, mes désirs devenaient réalité ! 

 

La musique a aussi été créée spécialement pour la bande-annonce par un compositeur meusien qui s'appelle Patrick Lagneau et qui est également auteur.

 

Voilà tu sais tout.

 

Presque... J'ai trop envie de faire partager cette fameuse vidéo... La voici, donc !

 

 

 

Vous souhaitez en apprendre plus sur l'univers de Nadine Groenecke ? Allez jeter un oeil curieux sur son site! 

nadinegroenecke-auteur.over-blog.com

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

 

 

 

Publié dans interview

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Laurence De Troyer : écrire, "c'est construire une idée pour l'habiller de mots"

Publié le par christine brunet /aloys

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Qu'est-ce qui fait qu'un livre intrigue ou accroche le lecteur potentiel ? La couverture, sans aucun doute, le titre également puis le sujet du livre. Je dois dire que les trois critères sont réunis dans cet ouvrage que nous propose Laurence De Troyer, nouvel auteur publiée aux Editions Chloé des Lys. Elle a accepté de répondre à mes questions, ça tombe bien parce que les voyages, c'est mon péché mignon. Présentez-vous succinctement, s'il vous plaît...

Je m'appelle Laurence De Troyer, j'ai 28 ans et suis kinésithérapeute à Bruxelles. J'adore voyager, faire la fête entre amis, chanter, randonner et... lire évidemment.


Depuis quand écrivez-vous ? Un déclencheur ?

J'ai commencé à écrire lorsque j'étais enfant. Je me souviens d'histoires de sorcières que j'inventais et écrivais à l'ordinateur lorsque j'avais 8 ans. Une fois le récit terminé, je l'imprimais et faisais les illustrations avec mes crayons de couleur. 
A l'adolescence, je me suis lancée dans deux ou trois nouvelles frisant à chaque fois avec le style mélodramatique. Mes parents et ma soeur étaient mes meilleurs lecteurs. Mes profs de français et mes amis me donnaient parfois également leurs avis.
Les années ont passé, j'ai continué à garder ce goût de l'écriture, à aimer rédiger, commençant parfois des romans inachevés.


Quel genre littéraire affectionnez-vous ? Qu'écrivez-vous ? 

J'aime les romans, qu'ils soient des récits d'aventures, des thrillers ou des histoires d'amour ou de vie. J'ai commencé l'écriture d'un roman, pas encore achevé. Pour l'instant, j'ai publié un récit de voyage.


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Donnez votre définition du mot écriture

Pour moi, j'associe l'écriture au fait d'écrire à la main. La rédaction par contre nous fait jouer avec les mots, choisir celui qu'il faut pour accrocher le lecteur ou donner du sens à une phrase. C'est construire une idée pour l'habiller de mots et lui donner un contexte.


Parlez-moi de votre livre : comment est-il né ?

Mon livre est parti d'un voyage. Le 17 mars 2010, je me suis envolée pour le Québec en ne sachant pas du tout où me guideraient mes pas et combien de temps durerait ce périple. Mon plus fidèle compagnon a été mon carnet de voyage où je notais mes impressions, mes descriptions, mes coups de blues et mes coups de joie. Peu à peu, plusieurs personnes rencontrées au fil des chemins m'ont incitée à en faire un livre et à le publier. Je l'ai travaillé et re-travaillé. J'ai coupé des scènes trop longues, rajouté des impressions, remanié les phrases. Et voilà mon trip de cinq mois couché sur papier.

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Parlez-moi de vos personnages
 
C'est un peu présomptueux, mais mon personnage principal, c'est moi. Je parle à la première personne et raconte mes différentes rencontres et aventures. Parce que quand on voyage seul, on n'est jamais seul très longtemps. On rencontre, on découvre, on fait un bout de chemin avec des locaux ou d'autres voyageurs.
Ils viennent du Québec, du Canada de l'Ouest ou du Vietnam pour les locaux. Ils viennent de différents endroits du monde pour les autres personnes rencontrées.

 

Récit autobiographique, donc ?  N'est-ce pas compliqué de "se donner à lire" et d'affronter, ainsi, le regard des lecteurs ?


Si, je trouve ça plus confortable de mettre en scène des personnages qui ne sont pas moi. En étant moi-même le centre de mon livre, je montre ma personnalité et me dévoile devant des lecteurs qui ne me connaissent pas forcément. Je suis toujours un peu gênée quand je reçois les commentaires de mon livre et que les gens me donnent leur feedback. Même si j'apprécie évidemment de recevoir leurs avis.


 
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Comment écrivez-vous ? Au fil de la plume ? Le récit s'est-il construit au fil de vos aventures ou plus tard ?

Le récit s'est écrit au jour le jour. Je n'ai pas eu à inventer l'histoire, elle s'inventait elle-même au fil des aventures, des jours et des anecdotes. Je consignais mes journées dans un carnet de bord. En rentrant, il m'a donc juste fallu faire un travail de compilation et de rédaction, en ajoutant ou en enlevant certains passages.
 
Définissez votre style

Mon style est assez simple. Je relate, donne mon ressenti et tente de décrire les paysages qui défilent devant mes yeux. Mon but est que le lecteur "voyage" à travers mes yeux. J'essaye d'éviter les grandes phrases grandiloquentes ou l'on se perd entre le sujet et le verbe.
 
Pensez-vous que vous écririez (style, etc.) de cette façon si vous n'aviez pas été une grande voyageuse ?

Non, certainement pas. J'ai écrit des ébauches de romans et de nouvelles qui mettaient à chaque fois en scène des personnages fictifs. Je trouve cela plus facile et agréable de mettre en avant quelqu'un qui n'est pas moi, de lui prêter des actions, un caractère et des sentiments qui sont inventés de toutes pièces. Ce sera très probablement mon seul récit autobiographique. Mais l'expérience vaut la peine d'être vécue!

 


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Des projets ?

De voyage, certainement ! De rédaction, pas immédiatement. Ils restent dans un coin de ma tête avec une ébauche de roman commencée il y a quelques années. Mais le temps et la discipline me manquent pour l'instant, pour aboutir à un projet fini.

 Afin de titiller votre imaginaire, Laurence De Troyer vous propose un court extrait de son roman !

Dai Lanh. Petit village de pêcheurs déserté par les touristes. Une rue principale flanquée d’innombrables magasins et habitations et puis, derrière les constructions, une plage de sable blanc et fin bordé par la Mer de Chine d’un bleu limpide. Le ciel est éclatant et tient à distance tout nuage qui tenterait de s’approcher du soleil. Au large, des dizaines de barques de pêcheurs colorées tanguent doucement au gré des vagues. L’eau est transparente, chaude. Les barques rondes et les gargotes disséminées sur la plage donnent à cet endroit un cachet authentique et local.

Les touristes ont oublié ce lieu. Seuls des dizaines d’yeux bridés suivent nos moindres faits et gestes, et les visages se fendent d’un large sourire tandis que les habitants nous saluent de la main.

Nous nous approchons d’une casserole entourée de quelques chaises, disposées à l’abri du soleil. Un signe, un regard et l’on s’assied autour de la petite table. Bientôt, tout le village se rassemble pour nous observer gentiment. Aucune agressivité n’émane de leurs regards, juste une simple curiosité. On nous tend un bol de soupe fumant.

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

Publié dans interview

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Christine Brunet a lu "Lovebirds" d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

lovebirds
Vivant ! Voilà le premier mot qui me vient à l'esprit en reposant le dernier recueil de nouvelles d'Edmée de Xhavée "Lovebirds". Puis un second s'imprime aussitôt : douloureux.

Je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre à la lecture de ce troisième bouquin. Le titre évoquait plutôt la romance, l'amour... en cage. J'aime l'écriture d'Edmée mais comme je ne suis pas friande d'histoires à l'eau de rose, voilà des semaines que le livre trône sur mon bureau en attente. Plus rien à lire... Je me lance, je tombe sur une préface et les quelques mots qui la clôture : "Elle se meurt... mais elle survit". Fichtre !
Ces histoires sont toutes des histoires d'amour... mais d'amours contrariés comme si, à chaque fois (ou presque), le bonheur ne peut être total, sans réserve. Ce sont des histoires de rédemption aussi, des études de l'humain, de ses doutes, de ses travers. Lorsque l'un rencontre l'une... Tout un programme !
Des histoires en huis-clos ? Dans l'intimité des personnages plutôt mais dans un environnement ouvert, étrange, facétieux qui apporte une atmosphère prenante, une originalité, une authenticité au scénario. 
J'ai passé un excellent avec les personnages d'Edmée de Xhavée. Un livre à découvrir !
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
nid

Publié dans Fiche de lecture

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L'invitée d'Aloys ? Sylvie Godefroid : "Qui suis-je ? Je viens du verbe et j’y retournerai"

Publié le par christine brunet /aloys

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Sylvie Godefroid... C'est avant tout un visage et une voix entendus dans Actu TV: souvenez-vous, elle nous parlait de la SABAM en 2013... et en février dernier, elle nous présentait son nouveau roman "L'anagramme des sens" paru aux Editions Avant-Propos.

Son approche, son dynamisme et, il faut bien l'avouer, la superbe couverture de ce roman, m'ont amenée à lui demander une interview... bouclé en deux petits jours ! Il faut dire qu'elle répond du tac au tac, avec précision.

Allez, on commence !

 Sylvie, qui êtes-vous ?

Il est difficile de répondre d’emblée à une question aussi vaste que celle de l’identité. Qui suis-je ? Il me semble impossible de définir qui je suis. Même si le verbe m’attire et me séduit. Ce sont les autres, à travers leurs idées, leurs expériences, leurs ressentis, qui peuvent le mieux me définir. Tout comme je me sentirais plus habile à définir d’autres sensibilités qui me touchent qu’à vous parler de la mienne. Cet exercice m’a néanmoins été demandé, tout récemment, pour une anthologie dont je ferai partie. Il était question d’identité. Je leur ai répondu « Je viens du verbe et j’y retournerai ». Voici le texte en question :

 

« Qui suis-je ? Je viens du verbe et j’y retournerai

 

Je m’appelle Ana et je ne m’aime pas. Née sous le couvert d’une sensibilité exacerbée, quelque part à l’ombre des terrils, dans les poussières charbonneuses du Pays Noir. Née à l’automne 1973, un dimanche de novembre, un dimanche sans voitures. Je m’appelle Ana, je ne suis pas encore femme mais je m’y emploie. Je le deviens, verbes après larmes, dans ce quartier populaire et étonnant d’une ville adoptée avec passion, après avoir écumé pendant près de vingt ans les sentiers fortifiés d’une petite métropole historique, Philippeville. Je m’appelle Ana, je suis lucide en ce prélude de février 2014, à l’heure d’apprivoiser l’audacieux discours de l’identité définie, consciente de ma déraison de femme à la lisière de mes quarante ans, éveillée sur les chemins de traverse qui m’attendent encore, joueuse à les entrevoir s’emmêler à mes prudentes exhalaisons d’artiste.

Je ne m’étais pas encore posée la question de l’identité. A n’être pas encore vraiment née, comment s’interroger sur ma naissance ? Mais oui ! Souvenez-vous, je ne suis pas encore femme. A l’école de la vie, je suis une élève peu douée mais appliquée. Du plus loin qu’il m’en souvienne, je suis née dans un verbe. Dans un verbe métissé d’origines flamandes par maman, wallonnes par mon géniteur. J’ai aimé à l’ombre des superlatifs, je suis tombée sous les adverbes, relevée grâce aux impératifs, affinée sous la fenêtre d’un anagramme des sens.

Je ne sais pas d’où je viens mais je sais ce que je laisserai à ceux que j’ai tant aimés. A Lyna, ma fille, née de l’union et de la tendresse de deux épouvantables contraires, le 12 août de l’année 2003, je laisserai ma plus belle traversée du désert. Je lui laisserai la fougue qui m’habite à creuser les terrains les plus arides pour y planter des mots simples ; je lui cède l’enivrement d’avancer au devant d’une inspiration poétique qui, au fil des années, prend possession de l’être et le définit. Je lui accorde les larmes affables qui affinent le territoire de la féminité apprivoisée, les nuits blanches à entendre les cigales vanter les mérites de l’été, les pages noircies de rêves à inventer, les angoisses de ne pas toujours comprendre l’enfant qui pleure. De ne pouvoir le rassurer d’un clignement de l’œil, d’un verbe affamé sur le déclin d’une respiration. Je lègue à ma fille l’apaisement de la femme. Qu’elle puisse faire sa route dans ces allées tracées pour elle à l’ancre de ce qui nous unit, qu’elle comprenne qu’une mère ne peut faire que de son mieux et qu’à travers elle, j’ai grandi.

A mon fils, Yacine, né d’un amour profond et incompris, le 20 octobre de l’année 2000, j’offre le bouquet odorant des fleurs de nos vies. Chaque texte écrit de ma plume porte une pièce du puzzle de son existence. « La Verve Assassine », roman épistolaire paru en 2005 à Paris, n’est autre que la pièce maitresse de l’héritage qu’il reçoit aujourd’hui. Il y trouvera les clefs de sa naissance, celles de l’histoire de son père, homme atypique et paradoxalement riche par essence. En s’investissant dans la lecture, du roman cité et de tous ceux qui suivent, mon fils aura le choix d’ouvrir, ou pas, les portes d’un langage onirique qui se délient inlassablement sur des fenêtres derrière lesquelles vibrent des paysages. Un monde l’attend. Son monde à lui, le patrimoine que je lui laisse. Je lui lègue aussi mes premiers combats de mère aux portes des envahissants océans de tendresse déguisée ; la première adolescence émergée en douleur des entrailles de l’enfance ; le cap d’amour à maintenir en toutes circonstances. Je lui cède mes premiers naufrages étourdis, mes découragements amènes, mes remontées enthousiastes sur le cheval de ses printemps. Je lui lègue par-dessus tout la boussole et la barre de ce navire qui emporte sa sœur, Nora, vers demain. Qu’il veille toujours sur elle avec la bienveillance que j’ai interminablement semée aux quatre vents de notre nid. Puissent-ils, tous les deux, poursuivre l’aventure et s’aimer infiniment au-delà des clivages, des pensées, des modes d’exister, d’être, de croire, de ne pas croire, de devenir…

A leur père, affolant baroudeur des terres en friche de ma vie, je lègue tout ce que nous n’avons pas su construire, de nos plus tendres nuits inachevées à ces multiples ruptures inabouties. Je lui lègue le sceau de mes vingt-deux ans, les promesses fragiles, les mensonges colossaux, les châteaux en Espagne, le souvenir de notre rencontre, les premières contractions annonçant l’enfant, l’incommensurable peur d’un corps qui craint de s’ouvrir pour donner la vie. Au-delà de tout ce qui nous a séparé, je lègue au père de mes enfants la puissance et la blancheur du pardon, la feuille vierge de toute rancœur sur laquelle il peut recommencer à s’écrire, au pied du lit d’une autre histoire…

Je m’appelle Ana, amoureuse éternelle sur l’estrade de la vie, passionnée rebelle et à jamais inassouvie. Ana qui ne s’aime pas, qui n’est pas encore femme. Ana qui à l’heure d’écrire ces lignes ne sait pas avec précision d’où elle vient mais sait où elle va.

Je viens d’un verbe, mes amis, et c’est à ce verbe que je retournerai »

 

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On vous a découverte sur ACTU TV dans l’émission de février avec votre livre. Vous m’en parlez ? Est-ce le premier ?

L’Anagramme des Sens est le cinquième roman que je publie. Ce roman marque une étape importante dans ma carrière d’auteur en herbe. Il marque un tournant, on sent qu’il « se passe quelque chose ». En effet, ce texte a, avant tout, reçu la confiance d’un éditeur pour lequel j’ai une grande admiration, Hervé Gérard (Ed. Avant Propos). Je voulais vraiment travailler avec lui, ce roman a rendu les choses possibles. Et enfin, il a séduit Cathy Thomas, Directrice du FOU RIRE (Théâtre à Anderlecht), et celle-ci le porte à la scène cet automne, les 25, 26 et 27 septembre.

 

L’histoire ? Ana approche la quarantaine. Inévitablement. Elle le sait, elle n’évitera pas le naufrage. Sur le pont de sa féminité muette parce que trop sage sonne l’urgence. L’urgence de se raconter, de s’affirmer, de devenir femme. De jouir. D’exulter enfin. De se libérer du poids de ce qui est raisonnable et politiquement correct. La femme abandonne les nattes de l’enfance pour poser sur ses lèvres offertes le rouge du désir assumé. Doucement. Au fil des pages, Ana lève le voile sur les coulisses de son être torturé. Sa vie passe sous le scalpel de son introspection. La femme serait-elle en passe d’accepter son imperfection, son corps à géométrie variable, ses fragilités amènes ? 

 

Un éditeur français dira de L’Anagramme des Sens : « Un roman à la fois divertissant et empreint de sensibilité qui met à l'honneur la femme dans son épanouissement, dans l'acceptation de son physique et du temps qui passe ainsi que dans ses déboires de tous les jours. Une écriture de qualité qui mélange esthétisme et langage moderne »
 

Pour vous, que représente l’écriture ? Donnez m’en une définition.

L’écriture est mon essentiel. Dans ma vie, l’écriture est une respiration, une urgence. Elle est ma plus belle histoire d’amour, d’humour. Elle est ma nourriture, mon sommeil, mon soleil. Elle prend toute la place. Elle dirige mes pensées, mes gestes. Me vivre sans me lire ne serait pas me connaître.

 

Définissez votre style.

Vous aimez les définitions, vous ! Moi, j’aurais tendance à les fuir car elles enferment. Difficile de vous donner une définition de mon style sans pécher par excès d’humilité ou de vantardise. Je n’ai aucune idée de la façon dont vous parler de mon écriture. Je vous dirais « j’écris donc je suis ». J’écris comme je suis. Mon écriture n’est pas cérébrale, elle est intuitive. Elle est de l’école de l’émotion et du ressenti.

 

La couverture est superbe. Qui l’a concue ?

Christophe Toffolo est le photographe de la couverture de L’Anagramme des Sens. Un artiste talentueux qu’il convient de rencontrer. Pourquoi pas une interview de lui ? Christophe promène une sensibilité incroyable et tout ce qu’il regarde devient œuvre d’art. Je suis fière d’avoir eu la chance de retenir son attention. La couverture de ce livre est magnifique et c’est bien à lui que nous le devons.

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Au travers de la SABAM, vous avez choisi de vous investir auprès des artistes et des auteurs. Pourquoi ?

Pourquoi pas, aurais-je envie de vous répondre ! Je me suis approchée de la SABAM pendant mes études de communication. Amoureuse des mots depuis toujours, fascinée par la scène, bousculée par la musique, émerveillée par la photographie, séduite par les peintures… Il me fallait un univers professionnel où mes sens pouvaient être titillés. J’ai rencontré à la SABAM une mentalité forte et l’envie d’une équipe de soutenir et d’accompagner les artistes de Belgique dans leurs parcours. Je me suis reconnue dans l’ambition de cette société où la dimension humaine n’est pas qu’un slogan vendeur d’image. J’y suis depuis 18 ans et je consacre ma carrière à défendre, soutenir, accompagner, les auteurs qui ont envie de nous faire confiance. Je ne pouvais rêver d’un plus beau métier !

Votre écriture est intuitive… Ecrivez-vous au fil de la plume ? Ou structurez-vous vos récits en amont ?

Mon écriture vient du ventre, de ce lieu incroyable qui se serre à l’écoute d’une chanson de Brassens ou de Barbara. Elle vient d’une urgence. D’un besoin de coucher sur l’écorce d’une page à remplir l’émotion qui guide ma vie. Je suis d’une sensibilité pathologique. Une éponge à ressentir. J’ai souvent le cœur en bord de mer, le tsunami aux portes des paupières. C’est ainsi que je suis, c’est ainsi que j’écris. Mes romans n’en sont pas vraiment, pour tout vous dire. Je ne suis pas une narratrice. Je n’ai pas le talent de l’histoire à raconter. Je suis une tricoteuse d’émotions. Mes textes s’en ressentent, je fais des portraits d’émotion. Pour vous répondre clairement, je n’établis pas de structures préalables. Tout part d’un vertige auquel j’associe un titre. Une fois le titre installé, un personnage féminin se dessine. Il me faut lui donner un prénom. Ce prénom évoquera – et c’est très personnel ! – l’idée que je me fais du personnage. Et l’histoire guidera ma plume. J’ai parfois cette sensation un peu dingue d’être seulement l’instrument d’une dictée.

 

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On sent qu’il se passe quelque chose : étayez !

Encore une fois, nous sommes dans l’ordre du ressenti. Je travaille avec une équipe incroyable, une équipe à dimension humaine. Avant tout, mon « agent littéraire », le capitaine du voyage des mots : Laurence Vanmechelen. Elle cumule les compétences professionnelles et les qualités de cœur. Elle s’occupe de développer l’image de l’auteur, d’organiser des événements, de placer le livre en librairie etc. Ensuite, nous avons Aurélien Karim Marcel, un slameur, un humeuriste, un touche-à-tout de la plume. Lui s’occupe des interviews publiques, de la scénographie, des lectures. Artiste lui aussi, il a choisi l’arrière de la scène, il a choisi de mettre en scène Ana. Je mesure vraiment la chance que j’ai de travailler avec cesdeux-là. Après, il y a l’éditeur, et aussi tout ce qui « tourne autour », comme la directrice de ce théâtre bruxellois.

Quand je dis « on sent qu’il se passe quelque chose », c’est dans le retour que m’en font les gens. On me parle beaucoup de ce livre. A la Foire du Livre, des personnes m’ont arrêtée dans les allées du verbe pour me dire qu’ils avaient lu le livre et qu’ils étaient touchés par Ana. Dans le tram aussi, une personne m’a interpellée me demandant si j’étais l’auteur de L’Anagramme des Sens. Ghislain Cotton a aussi fait une très belle chronique de ce roman. On sent, mon équipe et moi, qu’Ana touche à quelque chose de profond, de sincère.

 

Dans quel genre littéraire vous sentez-vous plus dans votre élément ? En tant qu'auteur intuitif, la poésie est un genre qui vous attire ?
La poésie est le chemin par lequel je suis passée toute jeune… J’écris une dizaine de poésies chaque jour. Je me sens à l’aise partout où le verbe peut se poser. Pour l’heure, en dehors de la poésie quotidienne, j’écris aussi des chansons avec Nathalie Delattre à la composition. Et je suis occupée sur l’adaptation d’un texte de théâtre de Mohammed Bounoura. Il fera sans doute l’objet d’une création en 2015. Peut-être avant si j’ai de la chance…

 

 

Pourriez-vous nous mettre l’eau à la bouche en nous proposant un extrait de votre texte ?

Voici la préface, rédigée par un artiste qui me touche, Jacques Mercier.

 

« Sylvie respire l’écriture, Jacques Mercier

C'est d'abord une surprise, puis un plaisir, ensuite un bonheur et une volupté de lecture. L'écriture de Sylvie Godefroid est le reflet de son âme et – mieux ! – des frémissements de son âme. Ce livre nous raconte avec un talent fou une femme, Ana, qui est « la » femme qui vit aujourd'hui, maintenant, avec ses forces et ses timidités, ses libertés et ses pudeurs.

La forme donnée au livre est magique : Ana se raconte et ses courtes séquences sont titrées et datées : « Tentations », « Confusions », « Luxure » ou « Un mercredi en terrasse ». Ses amours s'appellent des « saisons » : elles sont réelles, anciennes, virtuelles ou si présentes ! Entre elles apparaissent les points de vue sur Ana, au fil des personnes croisées : entre Johan et Laurent, on découvre Zohra, Ben, Nathalie, Kyriaki... Chacun exprime ce qu'il a compris de cette femme rencontrée, aimée, quittée parfois. Cela donne, grâce à ces morceaux de soie colorés, une magnifique tapisserie humaine !

Cet ouvrage est ancré dans le temps et dans l'espace et nous retrouvons avec une volupté rare Bruxelles, la Bourse, la terrasse du Métropole...  « Je m'appelle Ana. Je pourrais être un chat » sont les premiers mots. Mais Ana s'explique dans chaque chapitre : « Je m'appelle Ana. Je ne m'aime pas », « Je n'aime pas les trajets en autocar », « Je n'aime plus les certitudes. Elles sont trop fragiles… »

L'auteure propose une réflexion sur la féminité, d'une voix si vraie, émouvante toujours « Je suis roseau dans le marais de son indifférence », et peut-être avant tout sur la création littéraire : « L'écriture est ma compagne. Cela me permet d'encaisser les coups de la vie. » Elle fait dire à un des témoins qu'Ana n'est pas une femme comme les autres, tant elle se couvre de vêtements littéraires. Un autre lui dit, très justement « Écris, ta vie est un roman » et il y a surtout cet ami auteur qui déclare : « Ana respire l'écriture » !

N'en doutez pas, Sylvie Godefroid est une auteure, une créatrice jusqu'au fond de son être, une narratrice magnifique. Pour elle, les mots, les phrases sont ce qui lui permet de vivre. « Les mots des souvenirs fondent en moi comme sous la pression d'un soleil ardent », écrit-elle. Ailleurs, parlant de la pièce où elle écrit sous le ciel gris de Bruxelles : « Je caresse souvent les nuages quand l'écriture m'emporte et m'étreint. » Elle accepte aussi, comme Ana, de payer le prix de la dictée ! Elle connaît déjà la solitude d'écrire autant que son partage.

Une nouvelle vie s'ouvre sous nos yeux, celle d'une femme de lettres, comme on disait si joliment, et je vous engage vivement à la découvrir, à la faire lire autour de vous. Ne doutons pas qu'avec la communication actuelle, ce livre aura la large résonance qu'il mérite ! Ana écrit : « Il serait temps de repeindre toutes les portes de l'appartement en blanc », comme la page blanche sous sa plume ! » 

Jacques Mercier 

 

Et voici un extrait de L’Anagramme des Sens, choisi au hasard :

« Je n’aime pas les toiles trop sages. Aux cimaises de mes préférences, le surréalisme d’un Magritte et la palette curieuse des couleurs fauves. Des couleurs d’automne, de terre et de braise. Des couleurs en fusion, des coulées de lave bouillonnante dans les tranchées trop discrètes de ma vie. Je n’aime pas les toiles en méditation stupéfaite de réalisme exacerbé. Ni les espaces virtuels clandestins. Les secrets m’embrouillent et me désarçonnent. D’ailleurs, avant la comète de Gallé, jamais je ne m’étais laissée envahir, même furtivement, par les vibrations interdites d’une saison irréelle. Jamais je n’avais laissé ma peau s’étonner du regard gourmand d’un homme. Je n’aime pas les toiles raisonnables de mon identité figée comme un fossile sur la pierre de la moralité.

Je m’appelle Ana qui ne s’aime pas. Je suis, à l’école maternelle de la féminité, une élève appliquée, mais peu douée. Un avis de tempête circule, affolé, sur mes parcelles discrètement immobiles. Ma conscience, autorité compétente de mes complexes mécanismes, hisse désormais tous les drapeaux d’alerte. Les phares clignotent en l’océan d’Ana et rappellent au port les marins qui ont pris le large avec elle. Trop tard. Ana est en cours de crise. Une crise existentielle digne des plus turbulents gamins de seize ans. Une crise terrible que je n’ai pas faite à l’heure où les cadrans de mes instants l’autorisaient. Je n’aimais déjà pas les montres. Je n’aimais pas les rébellions. Parce que j’étais déjà responsable et que je le suis toujours aujourd’hui. J’ai toujours été si grande. Si adulte. Je n’ai jamais fait de bêtises. J’en paie fondamentalement le prix aujourd’hui : ennui, lassitude, tempêtes. Je tousse ma raison. Je vomis ma sagesse. Je n’ai jamais fumé, pas même de l’herbe. Je n’ai jamais bu, jamais noyé mon chagrin dans le vin. Je n’ai jamais triché aux cartes ou si peu. D’ailleurs, je ne sais pas jouer. Je suis raisonnable, presque toujours soignée. Jamais vulgaire ou je n’en ai pas conscience. Je n’écoute jamais ce que me dicte mon ventre à voix basse. Je l’enfouis sous des tonnes de serments moralisateurs. Je n’ose pas.

Je m’appelle Ana. J’aurai trente-sept ans, bientôt, en novembre prochain. Suis-je déjà la proie de ce démon taquin de la quarantaine comme certains aiment à l’évoquer ? Une certitude m’ébranle dans l’immédiat : j’ai envie de faire peau neuve. Le chat mue. Le papillon survit à sa coquille de granit et d’acier. Chaque matin depuis plusieurs lancinantes semaines, la même réflexion existentielle s’impose à moi : « Il serait quand même temps de repeindre toutes les portes de l’appartement en blanc. »

 

 

Photos présentées dans cet interview sous copyright  © Hatim Kaghat.

 

Je vous laisse juges.

 

Mais les phrases courtes, qui clachent, retiennent l'attention du lecteur, le surprennent.  Il s'accroche au fil des mots. Et vous, qu'en pensez-vous ?

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

www.aloys.me

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans l'invité d'Aloys

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Avis de lecteur pour "Rue Baraka" de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

Rue Baraka

 

Lettre à Carine-laure Desguin



Carine-Laure DESGUIN, je viens de lire ton roman Rue Baraka et je tiens à te faire part de mes impressions. Chère Amie, je te tire mon chapeau pour ce roman, rappelons-le, ton tout premier. Je trouve l'histoi
re fascinante et les différents thèmes bien choisis... Je trouve aussi ton choix des personnages ainsi que leurs interactions pertinents. Pour une poète, tu maitrises les techniques d'écriture propres au roman et je t'en félicite. Je donne pour exemple l'introduction récurrente des dialogues entre les personnages, ce qui rend ton texte fluide et compréhensible, les flashbacks peu réguliers, mais qui accrochent le lecteur si celui-ci se perd dans les dédales de ton imagination. 

J'aime ton style d'écriture. Le maniement de la langue est impeccable (à part quelques fautes d'inattention...)

PS; si tu as encore le livre à portée de main, relis la page 14, « Le soleil se devine et bientôt sourira à ces effluves printaniers... », la page 23 « un tourbillon rose prend son élan et s'aplatit benoitement » .Tu verras que tu as l'art de créer des images, ce que j'ai beaucoup aimé. Cela s'entend, tu crées beaucoup plus que Georges, le vieux peintre (personnage du roman). Aussi, chose importante, l'intrigue, bien que concevable, est bien tenue par des divagations qui détournent subtilement l'avidité du lecteur en berçant son obsession de découvrir la boucle de l'histoire. L'on ne saura tout, absolument tout qu'en lisant le livre en entier, magnifique chute. Belle technique ! Je voudrais simplement te dire que tu écris bien, très bien.



Pour finir, comme un Tarek venu d'Algérie, pays où la parenté commence par le voisinage et où le salamalec est adressé à tous ceux que l'on rencontre dans la rue, je referme ton livre avec la ferme volonté de dire merci, bonjour, bonne nouvelle, succès et chance aux passants que je rencontrerai dans ma rue, dans toutes les rues. J'essayerai, même si je sais qu'ici, au pays de Georges, on ne parle presque pas aux inconnus .....

Carine-Laure DESGUIN, si tu veux me croire, ton livre est à l'image du monde. Il n'est pas parfait, mais nous nous y plaisons. Je t'encourage et je reste convaincu qu'avec d'autres opus, tu nous cloueras le bec, à nous autres critiques.

Mes salutations

Ayi HILLAH

Publié dans avis de lecteurs

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Claude Colson : poème calligraphié...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Léna

 

 

Un petit poème calligraphié pour participer à un concours sncf et ville de Tours : Invitation au voyage poétique;  il s'agissait de s'inspirer des 18 fresques céramique de M. Simas (1898) de ladite gare. Claude Colson est parti de celle de Vic sur Cère.

 

 

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Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

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Publié dans Poésie

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Christine Brunet a lu "La mise entre parenthèses" d'Henri Puffet

Publié le par christine brunet /aloys

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"La mise entre parenthèses" est un roman de presque cinq cents pages qui se dévorent au fil des paysages et des rencontres surprenantes.

C'est un voyage initiatique qui pulse ses épisodes un peu comme les battements d'un coeur, avec ses hauts et ses bas, ses affolements et ses accalmies. 

Un accident presque banal oblige le héros à faire une pause dans sa vie. Un pas en arrière pour  contempler ce qu'est son existence, l'évaluer pour finalement la disséquer et remettre en question tout ce qui en fait le fondement.

Famille, métier... un frein à la découverte de l'essentiel... un essentiel auquel nous aspirons tous : la sérénité et, au-delà, le bonheur.

Il suffit juste de sauter le pas.

Henri Puffet nous propose un voyage géographique qui nous entraîne du Simplon au Sud de la France, de la Belgique à l'Ecosse puis sur le continent américain. Chaque rencontre apporte une pierre à l'édifice de la "re-construction" du héros.

Chaque étape amorce une réponse aux questions qui tournent en boucle et laisse entrevoir, peu à peu, la sortie du tunnel. 

Voici un ouvrage porté par un style agréable, qui sait embarquer le lecteur au coeur de paysages grandioses. Je les ai parcourus, je les ai reconnus, j'ai retrouvé en effort l'atmosphère des hauts plateaux chiliens, de l'Atacama, de La Paz, des vastes espaces nord américains.

Le héros trouvera-t-il la paix ? Il trouvera, sans doute, l'essentiel...

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Publié dans Fiche de lecture

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Le mineur avait quelque chose à dire… une nouvelle signée Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Le mineur avait quelque chose à dire…

 

 

Vingt-cinq décembre 1990. J'habite rue Claessens à Bruxelles et je rejoins ma famille dans un restaurant de la rue des Palais. C'est un trajet que je fais chaque jour pour me rendre à mon travail. En ce jour férié, la ville est quasiment déserte. Arrivée à hauteur du Monument au Travail, je m'y attarde. Il est onze heures quarante-cinq, nous avons rendez-vous à midi quinze, j'ai donc un peu de temps à perdre…

 

Je ne connais quasiment rien de cette œuvre de Constantin Meunier. J'en fais le tour lentement, prenant quelques photos avec mon téléphone portable. Je frissonne bien que quelques pâles rayons de soleil réchauffent un peu l'atmosphère,

 

Je viens de quitter le mineur des yeux lorsque je sens un regard posé sur moi ! L'impression d'être épiée. Il y a là quelque chose de troublant. Je me retourne. Je reviens sur mes pas. Je suis seule face au mineur. Ses yeux fixent l'horizon. Impossible qu'il m'ait remarquée ! Pourtant, il n'y a personne d'autre. Lui seul peut donc m'avoir surveillée ! J'observe ses lèvres, son nez : entre nous, existe une certaine ressemblance. Je reste en tête-à-tête avec lui sans parvenir à m'en éloigner. Nous sommes seuls au monde. Les minutes passent. Je suis anesthésiée. Je n'ai plus froid. La fatigue du réveillon s'est estompée. J'ose me perdre dans la musculature de l'homme, dans les plis de son vêtement. Je l'imite, je porte la main gauche au menton et lui adresse un clin d'œil de connivence.

 

C'est le début d'un jeu : je m'accroupis pour prendre sa posture. Je fais un signe de la main, puis je feins de partir. Je reviens et je m'immobilise face à lui.

 

Il me semble repérer peu à peu de légères modifications dans la tension des lèvres, elles s'entrouvrent imperceptiblement et en s'entrouvrant, elles deviennent plus charnues. Le torse se soulève à peine, sa respiration est très lente. Le pouce s'écarte du menton. Les paupières ont un tremblement infime. C'est une parole susurrée pour moi seule qui s'échappe, mais les mots sont incompréhensibles. Progressivement, tout se remet en place. Le temps s'égrène à un rythme habituel sans que j'en sois consciente. Le manège n'a semblé durer qu'une minute ou deux… J'ai le désir de toucher l'homme, de frôler son pantalon pour que sa puissance passe en moi. Sur son piédestal, il est bien trop haut pour moi. J'y renonce.

 

Un groupe de quatre jeunes s'avance. Il y a des commentaires, des éclats de rire. Rien de bien méchant.  J'entends juste : "Les vieux mecs ont encore leur succès…"

 

mineur-2.jpgDe nouveau, nous sommes seuls, le mineur et moi. J'en ai fini de mes mimiques. Je lui parle comme à quelqu'un de mon entourage. Je lui demande comment il a fait pour endurer son travail tandis que moi, simple secrétaire, suis si souvent stressée. À bientôt trente ans, je ne suis nulle part dans ma vie sentimentale. Je lui demande donc de m'inspirer aussi une recette de sagesse. Spontanément, je porte de nouveau la main gauche au menton. L'index de l'homme pointe quelque chose devant lui. Je vois là une invitation à poursuivre mon chemin.

 

C'est alors que je pense regarder l'heure. Midi dix. Il est temps de gagner le restaurant où ma vieille Tante Agnès, ses enfants et petits-enfants m'attendent pour le traditionnel repas de Noël.

 

J'arrive à plus de midi vingt. Tante Agnès interroge : "Tu t'es perdue en chemin ou tu as fait une belle rencontre ?" Je me justifie : "J'ai regardé le mineur du monument. Je n'y avais jamais vraiment prêté attention. Pourtant, je passe devant tous les jours…"

 

Tante Agnès réagit : "Il paraît que c'est mon grand-père qui a posé pour Constantin Meunier. Du moins, c'est ce que mon père m'a raconté… Une légende familiale."

 

À mon retour, je m'arrête de nouveau près du mineur.

 

La bouche s'entrouvre, prend un volume nouveau. Son menton semble s'affiner tandis que je fixe son visage. Sa main s'élève pour faire un signe. Un adieu, peut-être ? Je me laisse glisser dans une sensation tiède et douce. Ainsi, l'homme m'attendait pour un rendez-vous fixé à travers plusieurs générations et a repris vie pour moi à l'occasion de Noël.

 

En 1991, je trouve un emploi dans une agence de voyage de Namur et je déménage. 

 

Le 26 octobre 2012, je vais à Charleroi pour l'incinération de Tante Agnès. J'ai pris le train plutôt que ma voiture. Mon cousin m'a fixé rendez-vous, sur le parking de la place Albert 1er. De là, nous partirons pour le crématorium de Gilly.

 

Il pleuvine, une péniche passe sous le pont où je croise quantité d'autres personnes. J'assiste aux préparatifs de départ de mon mineur. C'est un tel choc de voir dans cette sculpture la réplique exacte de celle de Bruxelles. C'est la première fois que j'établis le parallèle entre lui et le mineur du monument, le long du quai à Laeken ! Je m'informe. Il a été enlevé de son socle pour permettre les travaux. La statue est posée sur le sol, prête à être emmenée en lieu sûr. Je pourrais tenter de le toucher, mais la magie n'est plus là.

 

Je tourne autour de lui, puis l'examine de face. Une statue de bronze représentant un mineur qui est peut-être un de mes ancêtres. C'est une évidence : je reconnais chez lui les joues de ma grand-tante. Il est trop tard pour en parler avec elle. Ces départs simultanés m'apparaissent alors comme d'étranges coïncidences !

 

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

Des bleus au coeur

Publié dans Nouvelle

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