Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

En vers et en lyrisme, un article dans "l'avenir.net" pour Christian Van Moer

Publié le par christine brunet /aloys

En vers et en lyrisme

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=dmf20140216_00433958
  • Source: lavenir
«Remontons vers l’écho des voix qui nous appellent…»

«Remontons vers l’écho des voix qui nous appellent…»

TOURNAI - Romancier, Christian Van Moer est également poète. Son recueil «Glanes de mes errances» est publié aux éditions Chloé des Lys. Le livre est divisé en douze séquences qui célèbrent tour à tour la ville, le mystère, les fêtes, les arts, la nuit, le chemin… Dès la première page, c’est au cœur du quartier Saint-Piat que l’on croise une «Graine de poète»,avant d’observer une scène au Jardin de la Reine. «C’est un petit vieux qui semble d’un autre âge,/ Dans ses habits d’antan fripés comme lui./ Puisant dans sa poche à miettes,/ Il appelle canards, et tout ce qui volète…» Le regard souligne, grand-place, «la silhouette filiforme d’un mime».

La vie nocturne hèle le chant du promeneur, que l’on suit dans des sonnets, des dialogues rimés, des invitations au voyage. «Nage à la cape, matelot!/Au milieu des bris de gréement,/ Pas d’orémus, pas de sanglots,/ Un peu de rêve seulement.» L’amour traverse les pages d’un recueil qui magnifie la beauté, la nature, les muses et leurs délires. On plonge dans des univers chers à Baudelaire, à Gérard de Nerval, à Ronsard: le poète semble leur répondre. Ailleurs, il interroge les sylphes: «Qui donc hante ce lieu transpercé de rayons?/Y avait-il ici naguère une chapelle? J’entends autour de moi sonner un carillon!/D’où vient ce chant sacré? Quel office m’appelle?».F.L.

Editions Chloédes Lys, Barry,17 € 90

Publié dans articles

Partager cet article

Repost0

Christine Brunet a lu " Le chemin des Ormes" d'Isabelle Knuts

Publié le par christine brunet /aloys

Le chemin des ormes

 

Voilà une nouvelle auteur qui nous a proposé sur ce blog, il ya quelque temps, une présentation de son roman. Je ne suis pas fan de romans dits " contemporains" ou de biographies, mais je me suis laissée tenter peut-être à cause des contacts répétés que j'ai eu avec Isabelle Knuts lors du référencement.

Bien m'en a pris... 

 

Ce livre est construit comme un journal intime... Un retour aux sources d'une adulte qui surmonte l'approche d'un anniversaire bien triste en déroulant son passé .

Retour à l'enfance, aux souvenirs joyeux et parfois moins qui l'ont construite. Nous avons tous ces souvenirs qui reviennent sporadiquement, par bribes... Une maison de campagne, des copains de jeu, des courses dans les champs ou dans les bois, des instants d'émerveillement ou de tristesse, des moments de joies ou de déception, des regrets qui taraudent aussi et que l'on voudrait exorciser. C'est le temps des premiers émois amoureux, des premières jalousies aussi.

 

L'héroïne écrit à Pierre, un garçon de dix-huit ans mort il y a longtemps... bientôt 18 ans... "Des missives thérapeutiques", comme elle les définit. Solitaire, en proie aux regrets de ce qui aurait pu être si..., elle évoque des instants qui l'ont marquée.

Elle prend à témoin le jeune homme, cherche à susciter une réaction, agit comme s'il vivait encore et pouvait être encore ému. Elle tente d'obtenir le pardon pour, enfin, trouver le repos ou accepter de vivre... En filigrane, on comprend que l'héroïne croit (ou veut croire) au surnaturel, à la présence des êtres aimés aux côtés des vivants.

Le lecteur est pris dans le tourbillon des images personnelles, des souvenirs, des doutes. L'écriture simple nous entraîne, à notre tour, dans des souvenirs mis de côté par la vie. On se prend à remonter le temps, on se souvient, on oublie le texte pour une vérité plus personnelle. 

 

Voilà un livre rempli de fraîcheur mais aussi de gravité que j'ai aimé parcourir aux côtés de Pierre et d'Isabelle. A découvrir !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

nid.jpg


Publié dans Fiche de lecture

Partager cet article

Repost0

Laurence De Troyer nous propse un extrait de son roman, Couleurs d'ailleurs

Publié le par christine brunet /aloys

 

couleurailleurs.jpg

 

 

 

Il fait -15°C dehors, il en faisait 9 il y a deux jours. Je comprends mieux à présent lorsque les Québécois me parlent de climat variable. C’est d’ailleurs ce qui confère à cette région la spécialité du sirop d’érable.

Ce matin, je serai chargée de la mission de la  tire sur la neige. Cette nouveauté se déroule en plusieurs étapes. Il faut tout d’abord égaliser le niveau des auges à neige en grattant l’ancienne neige durcie et en y ajoutant de la neige fraiche, puis la lisser avec un patin de bois. Pleine de bonnes intentions, je lustrerai la neige afin que pas un flocon ne vienne dénaturer mon œuvre. Clément en rira à cœur joie !

Vient ensuite la préparation de la tire proprement dite. Je fais donc chauffer le sirop d’érable jusqu’à 236°F, pas plus, pas moins. Cette température le transforme en tire. Il faut ensuite transvaser le précieux liquide dans une gigantesque cuillère métallique munie de trois becs verseurs.

Me voilà donc par -10°C en train de faire couler la tire sur la neige pour rassasier des dizaines de Québécois qui attendent autour de moi, leur bâton de bois à la main.

 

Dès que la tire refroidit légèrement et durcit, ils l’enroulent comme un bonbon autour du bâtonnet. Je me devais de tenter l’expérience, c’est tout simplement délicieux. Les cristaux de glace fondent sur la langue en même temps que ce bonbon artisanal encore chaud.

 

Laurence De Troyer

http://www.bandbsa.be/contes3/detroyertete.jpg

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Victor Lebuis nous propose un texte : "La Saint-Vincent"

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/abbatialerecto.jpg

 

 

La Saint-Vincent

Extrait du recueil "Parfum du temps qui passe"

A paraître aux Editions Chloé des Lys

 

Une fois par semaine, l'après-midi de congé, Victor partait pour une tournée de Saint-Vincent. Il fallait pour cela avoir quitté les culottes courtes et posséder sans doute d'autres caractéristiques dont il n'avait pas été le juge. Deux par deux, les petits élèves de l'École Abbatiale parcouraient la campagne, pour rendre visite aux déshérités, et leur donner une part du bien-être qu'ils recevaient eux-mêmes quotidiennement. La tournée était fixe : il revoyait toujours ses pauvres à lui. La première fois il avait été reçu avec une méfiance certaine : que venaient faire ici ces jeunes en uniforme, ceux-là même qui sillonnaient régulièrement la région lors des promenades de groupe ? Riants, frondeurs, avec leur air sain de gens bien nourris, ils ne rencontraient pas, pensait Victor, de visages accueillants lorsqu'ils passaient dans les villages. Ceux qui entraient dans l'épicerie y achetaient du chewing-gum, des ficelles, des lards ou du chocolat blanc, et ressortaient sans autre parole.

Entre ces villageois à la vie dure et ces jeunes aisés n'existait apparemment qu'un seul rapport verbal qui ne s'exprimait pas lorsque ces deux mondes étaient en présence l'un de l'autre : dans les interpellations, les jeux ou les bagarres des élèves, parmi les moqueries, les plaisanteries amicales et les injures, les « valet, palefrenier, paysan, cul-terreux, bouseux… » se mêlaient au vocabulaire habituellement utilisé en ces circonstances.

Les villageois, qui regardaient le ciel et humaient l'air pour dire le temps du lendemain, sentaient les atmosphères et les gens, et le mépris. Voilà pourquoi le premier contact, lors de ces visites de charité, avait été si difficile.

Une fois qu'il avait été reconnu, Victor trouvait chaque semaine chez ses hôtes, exactement comme la décrit le Petit Robert, l'oasis, « lieu ou moment reposant, chose agréable (dans un milieu hostile, une situation pénible) ». Il passait entre eux le même désir de communiquer, le même souci de préservation et à propos du Meilleur des mondes et de ses habitants, le même sourire, mi-indulgent et mi-moqueur, tel qu'il existe entre gens de bonne compagnie.

 

Avant de repartir, Victor recevait toujours un verre pour la route, partagé avec ses hôtes ; ils buvaient au plaisir réciproque de se revoir.

 

 

Victor Lebuis

http://www.bandbsa.be/contes3/lebuistete.jpg

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Laurent Dumortier nous propose un extrait de BRUINES

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

bruines.jpg

 

 

 

6, rue du Bas Quartier

 

        - Les bonbons! Ou la baston ! entonnèrent en chœur les enfants déguisés en cette nuit d'Halloween.

        - Allez, petits garnements ! Tenez et régalez-vous ! leur lança Madame Matthis.

        - Meerrcci Maaadaaaamme !

        Les enfants s'éloignèrent et ouvrirent le sachet qu'elle venait de leur donner. Tous firent une moue dédaigneuse.

        - Oui, évidemment, il ne fallait pas s'attendre à quelque chose de mieux de cette vieille teigne ! Des raisins secs et des noix ?

        - Bah, on aura plus de chance avec les maisons suivantes...

        - Oui, tu as raison ! Allez, en route ! Héé... Regardez qui arrive là-bas!

        - Arthuuur confiture ! lancèrent-ils dans un grand éclat de rire.

        - J'ai une idée du tonnerre: on va bien rigoler ! Hé Arthur !

        Le jeune garçon, habitant depuis peu le village, mais déjà habitué aux brimades et aux moqueries de ses camarades, se tourna avec crainte vers son interlocuteur.

        - Oui ?

        - Ne reste pas tout seul ! Viens avec nous ! On récolte ensemble et on partage après...

        - Non merci, ça ne m'intéresse pas, leur répondit-il, se doutant qu'il ne reverrait jamais la couleur de sa part...

        - Ecoute, on n'a pas été très sympa avec toi, mais c'était pas méchant ! Tiens, pour preuve de ma bonne foi, choisis ce que tu veux dans ce qu'on a récolté, c'est ma part et je fais ce que je veux avec...

        Arthur hésita, puis finit par accepter...

        - 0k, Alex, tu as gagné. Je vous suis...

        Le groupe parcourut les rues du village en riant et en s'amusant beaucoup.

        Les copains d'Alex avaient beaucoup de mal à en croire leurs yeux : il était d'habitude le premier à se payer la tête d'Arthur et là, il était si (trop?) gentil...

        - Voilà, il ne reste plus qu'une maison : le numéro 6, en bas de la rue...

        Tous se regardèrent, n'osant prononcer un mot

         On y va ? proposa Arthur.

        - Je crois que ce n'est pas une bonne idée, répondit Lucas, le petit frère d'Alex. La maison est hantée...

        Arthur éclata de rire.

        - Vous ne croyez quand même pas à ces balivernes ?

        Alex tenta, tant bien que mal, de dissimuler un sourire...

        - On  voit  bien  que ça ne fait pas longtemps que tu es ici ! La maison est maudite, Arthur, sans déconner...

        Conscient qu'il tenait là sa revanche, le jeune garçon lança : « Bon, ben moi j'y vais.. » et joignit le geste à la parole.

        - Arthur, reviens ! Ne fais pas de conneries !

        Mais ce dernier poursuivit sa route, sans se retourner...

        - Alex, tu es vraiment dégueulasse ! tonna Angèle, sa cousine.

        - Ben quoi, c'était simplement pour déconner...

        Tous manifestèrent leur désapprobation, mais aucun ne se précipita vers Arthur...

        Le chemin qui menait au numéro 6 de la rue du Bas Quartier n'était pas éclairé et les arbres qui le bordaient avaient pris d'inquiétantes proportions... Le moindre bruit était amplifié par le calme de la nuit et Arthur semblait percevoir comme une respiration régulière… derrière lui. Il se retourna mais ne vit rien...

        Arrivé enfin devant la bâtisse en question, il frappa à la porte. D'abord un coup, puis un second. Aucun résultat, si ce n'était cette respiration régulière...

        Il se retourna mais ne vit rien...

        Arthur commençait vraiment à se demander si la maison était habitée. Il était sur le point de faire une troisième tentative, mais n'en eut pas l'occasion : la porte s'ouvrit…

        Il s'avança et, surgie de nulle part, une main énorme, hideuse... le saisit.

        Il hurla et se débattit de toutes ses forces, mais celle-ci l'entraînait, irrémédiablement... Il lança un dernier cri, avant que la porte ne se referme...

        Les autres l'avaient entendu crier et étaient terrifiés : jamais Alex n'aurait dû l'envoyer là-bas... Finalement, ils décidèrent de rentrer chez eux, le plus rapidement possible... Pour gagner du temps, ils coupèrent à travers champs...

        Ce qui semblait être une bonne idée au départ se mua en une grossière erreur lorsqu'ils se retrouvèrent face à un champ de maïs.

        - Que faisons-nous ?

        - Pour ma part, je ne me sens pas capable de rebrousser chemin... Traversons-le, nous ne devons plus être très loin maintenant...

        Tandis qu'ils pénétraient dans le champ, un oeil mauvais les regardait.

        Ce fut Alex qui fut sa première victime : il hurla, terrorisé, tandis que ses compagnons s'enfuyaient : la créature était nettement plus petite que lui, mais semblait très rapide et disposait d'une force colossale...

        Il tenta de lui échapper, mais son adversaire ne lui en laissa pas l'occasion: jeté à terre, il se protégea avec ses bras, mais sans succès... La créature plaça ses mains autour de son cou et serra... serra...

        Alex était mort. Son meurtrier éclata de rire et ôta son masque...

        - Il était le premier... mais pas le dernier !

        Les yeux d'Arthur brillèrent dans le noir et un affreux rictus apparut sur son visage...

 

 

Laurent Dumortier

gsl.skynetblogs.be

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:o0YOuIz-NJ0UnM:http://www.bandbsa.be/contes/chloe/laurent.jpg

 

 

 

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Enfin ! Le polar de Carine-Laure Desguin "La Lune éclaboussée" est annoncé !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Fevrier-2014-Expo-Jean-Delville-Maison-du-Hainaut-002.JPG

 

 

— C’est pas vrai, tu rigoles ou quoi ?

— J’ai l’air de rigoler, là, franchement ?

— Heuuuuu…On ne sait jamais trop, avec toi…Et ce serait pour bientôt ?

— Attends deux secondes, je compte, j’évalue, l’étape des corrections, re-corrections….Pour fin 2014 !

— Plus long qu’une grossesse, ce laps de temps….

— C’est rassurant…

— Rassurant ?

Serge prend un air consterné, il ne comprend plus rien du tout. Il était là, debout devant ses murs remplis de livres et il se retourne, zoom, comme une toupie.

— Rassurant ? répète-t-il

— Mais Serge, ça veut dire que Chloé des lys, ma maison d’édition liiiiiiiit les manuscrits !

— Oh oui, juste, tu m’as déjà expliqué…A propos…

— Oui ?

— Pas trop fatiguée de ce week-end de…

— Ce week-end de ouf tu veux dire ?

Serge est un type bien, jamais de gros mots, de verbes bien gras, non, rien de tout cela. Alors, lorsqu’il faut lâcher une vacherie, j’en prends la responsabilité…

— Oui mais c’était ton anniv, il fallait bien marquer le coup ma très chère auteure…

— Il est marqué ! je lui réponds en m’appuyant contre une pile de livres. Qui s’écroule, bien sûre…

Pffff, quel week-end !

Jeudi soir, tous embarqués vers Namur, au musée Félicien Rops ! Exposition Jean Delville. Suivez le lien :

 

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-musee-felicien-rops-expo-jean-delville-122460889.html

 

Vendredi soir, vernissage à la Maison du Hainaut. Nina, une toute jeune artiste expose ses illustrations ! Hop, nous y sommes ! Suivez le lien :

 

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-143-maison-du-hainaut-expo-de-nina-vanhaverbeke-122465536.html

 

Samedi après-midi, tournage d’un clip pour…pour….Soyez curieux ! Les photos sont ici :

 

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-145-tournage-d-un-clip-pour-cabaret-vert-122466297.html

 

Samedi soir, expo à Thuin ! Deux amis exposent leurs œuvres ! Suivez-moi :

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-144-expo-tony-cypher-rocmans-et-rudy-collard-a-thuin-122466039.html

 

Alors, Serge et moi, on passe à la biblio (car c’est un type bien ce Serge Budahazi, il devait absolument mais alors là absolument ranger quoi devinez, des livres…)

Mais c’est devant une énoooorme coupe que nous achevons le week-end et notre petite conversation…

— Et donc c’est comment le titre de ton roman policier ?

— Tu te fous de moi ?

— Non non mais….murmure-t-il entre deux dégustations de sa grande coupe « Prince Baudouin »…

— « La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge » !

Du coup, les serveurs se retournent et les quatre personnes assises à côté de nous tendent l’oreille. Des histoires de meurtres, ça intéresse, surtout des trucs qui se passent sous une lune éclaboussée…Je sens bien que ces visages consternés désirent quelques explications. Alors, mine de rien, je lâche deux ou trois détails…Serge n’en peut plus de rire, il étrangle, se cache le visage dans la serviette en papier. Parfois c’est vrai, il est un peu confus, gêné même devant mes bêtises, mes grimaces…

— Et c’est quoi l’histoire de ces meurtres ? continue-t-il, pour jouer le jeu et tout en pouffant de rire le nez toujours plongé dans la serviette en papier et pleurant de rire

Moi, sérieuse comme une papesse, je poursuis, en feignant le chuchotement…

— Ben tu sais, cet écrivain à succès, Michel Garnier….

— Non, je ne connais pas ! rétorque-t-il tout en se bidonnant puisque les gens autour de nous croient que cet écrivain existe ! Mais non, c’est le personnage sorti de ma plume !

— Michel Garnier est mort !

— Non !

— Si !

— Et alors ?

— Ben, Jenny, une de ses fans, reçoit un mail dans lequel elle lit que les livres de la collection privée de Michel Garnier sont à vendre et qu’elle peut se rendre directement chez lui, à Maubeuge, dans cette grande maison, avec un parc autour, un grillage de Dieu le père et tout le tralala…Alors tu penses que Jenny, elle file ! Et là….

— Là ? interroge Serge en reprenant ses esprits car on dirait que ça l’intéresse…

— Là, elle rencontre deux ou trois personnes un peu étranges et dans un des livres dont elle fait l’acquisition, elle met la main sur un billet……

— Un billet de cinquante euros ?

— Mais non ! Un billet qui commence à la chiffonner drôlement….Quelques mots qui lui mettent la puce à l’oreille, quelques mots qui signifieraient que la mort de Michel Garnier n’est peut-être pas accidentelle !

— Non !

— Si ! Et l’histoire commence ! Michel Garnier, c’était un type …comment dire….Le genre de type que toutes les nanas aimeraient croiser une fois…

— Croiser ?

— Oh, ne fais pas l’idiot hein Serge Budahazi ! Michel Garnier était un beau gars, voilà tout ! Jenny en était secrètement amoureuse et elle veut connaître la vérité ! Mais voilà, des meurtres surviennent dans la ville et…..

— Et ?

— Et je ne dis plus rien pour le moment, j’achève mon café glacé !

 

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

desguin

Publié dans articles

Partager cet article

Repost0

Gens d’argent, cœur d’or, étain d’une vie noble, un texte de Jean-Louis Gillessen

Publié le par christine brunet /aloys

DSC01285

 

 

Gens d’argent, cœur d’or, étain d’une vie noble.

 

Trois décembre 2013. Recommandé. A personne âgée. L’Etat lui réclame 1.700 euros qu’elle n’aurait pas payés en 2009.

Endéans le temps de la loi, l’huissier passera si la somme n’est pas là, chez eux, dans les tas de L’Etat tapis plat, qui peut réclamer son dû pendant cinq ans pour laisser à ses fonctionnaires surchargés les années nécessaires à farfouiller, à soutirer les milles et les cents qui leur auraient échappés par mégarde, erreur, fatigue, excès de labeur, dysfonctionnement … ou connerie tout simplement.

Lucie, elle, 83 ans, n’aurait pu réclamer que dans les 3 ans ! Le délai est dépassé. De toutes façons, comment et pourquoi réclamer, chercher à comprendre, demander justice « avant » pour une erreur que l’on ignore puisqu’on vous la communique « après » ?

Que veut cette logique du tout-puissant ? Lucie ne met plus de vieux pain sur son balcon puisqu’elle s’organise à ne pas gaspiller. Les moineaux et les pigeons pourtant l’apprécient, elle ne doit pas les nourrir pour les attirer. Goldman ne chante pas qu’elle fait rire aux éclats ses petits enfants qui dévorent son pain non perdu, sucré du goût de la vie pleine d’un amour inébranlable, sans sou mais riche de l’insouciance apaisante d’une grand-mère sereine, sécurisante.

Partis heureux en fin d’après-midi, le cœur empli des instants de bonheur intègre, impatients déjà de revenir bientôt, ils ont bisouté grand-maman, remercié, plongé leurs yeux lumineux dans ceux de Lucie, qui reste seule. Sans larmes. Jamais amère.

Elle range le 42 m2 loué 400 euros, écoute les hits sur radio-nostalgie, chante et danse, s’assied dans son fauteuil coincé entre table unique et armoires vieillottes, caisses et cartons usés, pour s’endormir malgré elle l’espace trop restreint de 43 minutes.

Puis se réveille soudain : il fait froid. Pas de thermostat, 2.000 euros de chauffe par an, radiateurs coupés l’après-midi pour ne pas surchauffer, économiser, pourriture de l’humidité sur les stores et rideaux délavés, mauvaise isolation.

Mais la propriétaire dit qu’elle viendra placer du double vitrage l’année prochaine. Il est vrai que Lucie est régulière dans ses paiements, qu’elle touche une grosse pension de 1.100 euros … puisque Lucie travaille depuis l’âge de 12 ans. Et travaille encore environ 10 heures par semaine, … au noir, car il y a les taxes, et puis tous ces papiers qui lui rappellent de payer.

C’est honteux, cela fait au moins 1.300 euros de rentrée nette par mois disent d'aucuns alentour ! C’est pour cela qu’elle peut se payer le luxe d’une voiture brinquebalante, payer les charges du logis, avoir le téléphone,  rembourser avec intérêts les arriérés des contributions, gâter de temps à autres ses nombreux petits enfants, leur donner une « petite image »  , faire face aux prêts contractés pour payer certaines dettes résultantes d’une mauvaise gestion ! Elle a quand même la sagesse de n’être pas raccordée à la télédistribution.

Madame la propriétaire dira : incroyable de laisser les vieux gérer seuls dans le gaspi leurs avoirs !  Et quels avoirs de l’être qui a … qui a … si bon dans la vie ?! Serfs et vassaux, dîmes, progrès, justice sociale, pénalisation, féodal, deniers de l’Etat, assistanat, contrôle, sanction  …. 

Petit,  petit,  petit.  Mais  grande est et reste Lucie. Elle  vit.  Combien de temps encore?

 

                        

 

Jean-Louis Gillessen

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Ma chère folie, de Céline Gierts chroniqué sur le site de l'AREAW

Publié le par christine brunet /aloys

AREAW

 

http://areaw.org/?p=2366

 

Céline Gierts, Ma chère folie

giertsCéline Gierts, Ma chère folie, roman, Chloé des Lys, 177 pp.

 

Une écriture très fine, élégante même, mais sans aucune mièvrerie. Elle va droit au but, appelle les choses par leur nom, n’hésite pas non plus à aborder certains sujets – non pas des sujets grivois, on n’en est plus là, bien au contraire, mais des sujets sentimentaux, intimes, dans lesquels se trouve enveloppé le sujet – ou le héros – lui-même.

Elle le fait avec une grande discrétion, sans étaler devant nous sa vie privée, les relations avec les proches, par exemple: autobiographie ou roman pur, peu importe en fin de compte au lecteur: il s’agit, en fin de compte, d’une belle histoires de solidarité entre ceux-là qui se trouvent de facto issus de notre monde, parce qu’ils sont plus faibles, plus fragiles, plus démunis, parce qu’ils calculent moins, se livrent tels qu’ils sont, jusqu’au fond d’eux-mêmes. La blessure qui en résulte peut être atroce, elle peut conduire jusqu’à l’enfer de l’anéantissement. Mais aussi, il suffit d’un rien, parfois, pour que le contact se rétablisse, pour qu’un regard rencontre un autre regard, pour qu’une main accepte une autre main.

Tout cela, cette longue marche, Céline Gierts le décrit avec pudeur, et ce qu’elle nous transmet ainsi, ce n’est pas seulement le récit du traitement d’une déprime profonde, mais aussi celui d’une amitié qui résiste à toutes les épreuves, et qui aide les protagonistes à sortir d’eux-mêmes, à affronter en toute clarté les épreuves qui les attendent encore. Non, la vie n’est pas un long fleuve tranquille…mais il reste toujours possible d’atteindre l’autre rive. Une histoire qui aide à vivre, et en plus, un vrai plaisir de lire.

Joseph Bodson

Publié dans avis de blogs

Partager cet article

Repost0

Premier rendez-vous, une nouvelle tirée du dernier recueil d'Alain Magerotte, ELLES

Publié le par christine brunet /aloys

elles

PREMIER  RENDEZ-VOUS

 

Mélodie… ce prénom trotte dans ma tête depuis ce matin. Je ne connais Mélodie que depuis hier soir, par le biais d’Internet, et me voilà déjà sur le chemin de son domicile. Je suis tout bouleversé car c’est mon premier rendez-vous !

Mélodie avait joint à son message électronique, une photo où elle apparaissait belle comme un coucher de soleil au-dessus d’une plage de sable blanc… elle me fait songer à cette collègue de bureau que je n’ai jamais osé aborder; Julie, un sacré brin de fille, flanquée en permanence d’un caïd bodybuildé, front bas et mine renfrognée.

Au fait, mon nom est… Machinchouette… un anonyme parmi les anonymes… enfin, pas tout à fait, puisque je porte un nom. Au boulot, dans mes relations sociales, ils me trouvent tous sympa sans cependant me juger digne d’un grand intérêt. Et les filles ? Elles se soucient de moi comme un poisson-chat d’une souris. Aussi, je le déclare humblement; je suis encore puceau… ne riez pas, peut-être plus pour longtemps ! Bien sûr, si j’avais eu le look d’un George Clooney ou d’un Brad Pitt… mais non, je suis plutôt du style Peter Brady... vous savez, l’homme invisible… où en étais-je ?...

Ah ! Oui… donc, ce matin, après tous les «après», c’est-à-dire mon habituel coup de pied dans la commode, qui ne l’est pas… commode… ma première cigarette et ma psychose post-réveil, j’ai reçu un e-mail surprenant; celui d’une femme splendide aux allures de croqueuse d’hommes... permettez-moi de me faire un peu de cinoche… qui m’invitait à dîner ce soir. Je poussai un Waouououououououououou digne du loup de Tex Avery avant que ma gueule de bois ne me ramène à la pondération, à la réflexion même en m’incitant à découvrir la raison de cet e-mail. Je fouillai mes historiques de conversation. En vain.

Finalement, il s’avéra que j’avais abordé Mélodie tard dans la nuit, sur un forum. Il s’ensuivit alors une discussion assez explicite, par messagerie instantanée.

Je ne me reconnaissais pas dans cette discussion. J’y apparaissais clair, vif, spontané, sûr de moi, beau parleur…

Faut dire que je revenais d’une soirée, et quelle soirée !... L’enterrement de la vie de garçon de mon cousin Roman. Quel chanceux ce Roman ! Plaisant à regarder, l’éternel sourire charmeur, drôle, surtout avec les femmes, élégant, habillé chez Gucci, le cœur sur la main et la main baladeuse. L’événement fut fêté avec dignité… si l’on peut dire…

En rentrant chez moi, malgré mon état d’ébriété et l’heure avancée, je décidai, sur les conseils éclairés de Roman, de me dégotter une compagne. Dans mon cas, rien de tel qu’une bonne cuite et Internet pour chasser toute inhibition et… Mélodie entra dans ma vie.

Je jette un œil dans le rétroviseur. Quelle gueule ! Je ne m’y ferai jamais, alors les autres, tu penses…

Pourtant, si je prends la peine d’examiner à la loupe trait par trait, chacun d’eux  pourrait être gratifié d’une bonne moyenne…

La réunion des éléments ! C’est là qu’est l’hic. Quelque chose a foiré au montage. Je ne sais pas quoi mais le résultat en atteste : ça ne ressemble à rien. Un visage triste, banal à souhait, ennuyeux à l’infini… j’aurais dû intenter un procès à ma mère, j’aurais gagné plein d’argent. La première fois que j’ai entendu cette tirade, extraite d’un sketch, je m’étais senti personnellement visé, c’est tout dire…

Pour ce premier rendez-vous, je me suis fendu d’un déodorant bon marché. D’habitude, j’évite le rayon parfumerie d’un grand magasin. En effet, je sors peu… parfois au bureau pendant le temps de midi, quelques virées entre collègues quand on ne m’oublie pas et, deux ou trois escapades par an avec Roman. Maintenant qu’il s’est rangé des voitures…

Cloîtré chez moi, la plupart du temps, j’ai fini par dégager une odeur identique à celle qui circule dans mon appartement… l’odeur de renfermé !... Avec ce que je me suis aspergé, j’espère ne pas me faire dévorer d’amour par Mélodie, comme Jean-Baptiste Grenouille, le héros duPARFUM... je plaisante, ça ne risque pas de m’arriver… quoique, sait-on jamais, j’ai mis des atouts de mon côté. Outre le déodorant, j’ai également consenti un effort dans les fringues... un blazer sobre, une chemise crème sans tache et un pantalon noir avec le pli… classique, oui, mais sans la classe ! Comprenez-moi… dans mon cas, petit à petit, on perd espoir, on se convainc de l’inutilité d’essayer de séduire… les vêtements classieux ? Les marques ? Je les laisse à Roman. Je me souviens qu’à l’occasion d’un mariage, j’avais loué un smoking… j’avais l’impression de lui faire honte ! Franchement, je suis plus en phase avec mes vêtements amples, usés, délavés… ils me correspondent… je ne vaux guère mieux qu’eux…

J’arrive en bordure de l’immeuble où habite Mélodie. Aucune place de libre. Je me gare cent mètres plus loin. Au fond, c’est mieux ainsi; l’aile gauche de ma voiture est cabossée, ça lui donne un vécu que je n’ai pas.

«Holà ! Machin Cafard, tu me brises à la fin. Si c’était pour jouer à l’abominable homme négatif, tu pouvais rester chez toi !» O.K., j’y vais. 

A présent, je suis planté comme un poireau devant l’interphone. D’ordinaire, cet objet électronique ne me pose aucun problème. J’ai même plus facile à parler dedans que face à quelqu’un. Or, voilà que je ne me résous pas à appuyer sur le bouton de la sonnette… l’appartement de Mélodie se situe au 7ème étage… pour un ange, on devrait dire au 7ème ciel…

«Dis donc, Machin Bidule, on ne va pas y passer la nuit ! Tu te décides ou quoi ? Arrête de fantasmer de l’intérieur et débloque-toi de l’extérieur !» O.K., je sonne.

La voix de Mélodie est douce. Elle m’indique que c’est la seconde porte, à droite en sortant de l’ascenseur, et que la sonnette du palier est en panne.

Durant la montée, je me regarde machinalement dans la glace. La lampe du plafonnier semble fatiguée; elle diffuse une lumière tamisée. J’aperçois ainsi mon visage dans une demi-obscurité… il a presque du caractère. Quand je vous disais que j’étais l’homme de l’ombre…

Arrivé sur le palier, mon cœur bat à tout rompre. Je me prépare à frapper à la porte quand j’entends des bruits de pas… ils viennent de l’intérieur; ils se dirigent vers moi… je veux fuir, il en est encore temps.

«Hep ! Machin Trouille, maintenant que le plus dur est fait, tu ne vas pas te dégonfler !» O.K., je reste… comme le candidat de «Questions pour un champion»…

La porte s’ouvre et voici qu’apparaît l’ange. Il porte une robe noire en satin, un décolleté plongeant laisse deviner une poitrine ferme et généreuse, et une paire de talons aiguille en vernis noir. Quelle créature, les amis ! La photo n’était pas truquée, croyez-moi. L’ange, plein de miséricorde face à mon trouble, pose un doux baiser sur ma joue.  

D’une démarche souple et gracieuse, l’ange se déplace au cœur d’un décor sobre où chaque chose est à sa place. Il m’invite à m’asseoir à ses côtés dans un canapé moelleux adossé au mur d’un vaste salon meublé avec goût. Je me sens léger, léger… je suis en apesanteur… c’est beau le paradis; c’est tout simple, c’est tout propre et puis… il y règne une délicieuse odeur de petits plats occupés à mijoter. J’en ai l’eau à la bouche.

Je n’ose imaginer la déception de Mélodie pendant l’apéritif quand je lui récite l’indigeste litanie des banalités d’usage dont je suis spécialiste; « J’ai eu du mal à trouver une place pour me garer, c’est fou la circulation qu’il y a », « Il fait frais mais la météo annonce du beau temps demain », ou encore « D’ici, vous devez avoir une vue imprenable sur la ville ». Désolé, mon ange, on n’est pas sur Internet et je ne reviens pas d’une soirée bien arrosée…

Mélodie pose la main sur ma cuisse et me suggère de passer à table. Touché, coulé ! Par ce simple geste, elle m’a coupé le sifflet et fait comprendre que c’est elle qui dirigeait les opérations.

En guise d’entrée, Mélodie me sert des artichauts à la soubise… j’espère qu’elle n’a pas un cœur d’artichaut…

«Hé ! Hé ! Machin Suspicieux, serais-tu déjà jaloux ?»

Mélodie me fait tanguer sur l’océan de ses grands yeux bleus, Mélodie me fait chavirer quand elle effleure ma main de ses longs doigts effilés, Mélodie me fait couler à pic parce que je suis sans répondant, n’ayant jamais été désiré ainsi…

«Heu, tu veux dire, Machin Vantard, que tu n’as jamais été désiré tout court !»

Je me sens nu, innocent, vulnérable face aux yeux de Mélodie qui m’observent, me jaugent, me dévorent et dans lesquelles brûlent les flammes qui vont me consumer… cet ange est un vrai démon !

J’étouffe, je vacille, je vais tomber mais trouve in extremis une issue… je prétexte un besoin pressant. Je file dans les toilettes où je m’octroie quelques instants pour me remettre de mes émotions. Quelle tension, les copains !

De retour à table, le plat de résistance est là qui m’attend; une demi- longe de porc frais désossée cuite au four. La viande est tendre, charnue, maigre et donne de savoureux rôtis… le tout arrosé d’un Saint Amour, un cru de Beaujolais, à la robe rubis et aux arômes de kirsch, d’épices et de réséda. « Il a un corps tendre et harmonieux » précise mon démon, insatiable.

Avant d’en découdre avec les rôtis, Mélodie propose d’accompagner le repas en musique. Elle se lève et tend la main, m’invitant ainsi, d’un air complice, à venir choisir un CD. Je bredouille que je lui fais confiance; que son choix sera le mien. «T’es un gros nul, Machin Bourrin !»

Tandis que Mélodie farfouille dans son imposante collection de CD, me vient une idée toute bête.

Durant ma courte absence, Mélodie a rempli les verres de vin. Je les permute… de cette façon, nous pourrons lire dans nos pensées respectives. C’est beau l’amour, c’est grand l’amour, c’est le partage…

«Enfin, Machin dix tonnes, tu prends une initiative !»

Mélodie a choisi  l’Opus 5 de Corelli, 12 sonates pour violon seul et basse. Nous levons nos verres à cette délicieuse soirée et à… Corelli, ce «chantre de la belle ligne mélodique», précise-t-elle.

«Allez, Machin Fou, vas-y, fonce, lâche-toi !»

Je me laisse aller… commence à parler de moi, de mon parcours… terne s’il en est. Toutefois, comme l’on pratique avec un mets fade, je le saupoudre (merci Beaujolais) d’anecdotes truculentes inventées de toutes pièces, l’épice d’humour taquin et de pics d’exagération.

J’ai dû forcer sur les aromates, mon plat est indigeste car, au bout d’un moment, je me rends compte que Mélodie ne m’écoute pas. Son regard a perdu tout éclat.

Elle bâille même et à plusieurs reprises. Elle s’excuse et dit se sentir très fatiguée. Je savais ma conversation assommante, mais à ce point…

J’aide Mélodie à s’installer dans le canapé. Elle pose la tête sur mes genoux et ne lutte pas longtemps avant de s’endormir et… ronfler !

Avec mille précautions, je libère mes genoux que je remplace par deux coussins décoratifs. Je me dirige ensuite vers la table pour la débarrasser, ça lui fera une bonne surprise quand elle se réveillera. Je découvre, surpris, un emballage de sédatifs planqué sous son assiette. Mélodie souffrirait-elle d’insomnie ?

«Minute Machin Futé ! Réfléchis, si cela était, elle aurait pris le médicament avant de se mettre au lit et non pendant le repas…»

Sur la notice, je lis que le cachet doit être dilué dans du liquide… le verre de vin, ou plutôt, les verres de vin… tout à l’heure, je les ai permutés… ce sédatif m’était donc destiné !… Pourquoi ? Dans quel but ?

J’ai bien envie de pousser la curiosité plus loin en fouillant l’appartement. Je sais, ça ne se fait pas mais, mettre un sédatif dans le verre de vin d’un invité, ça ne se fait pas non plus. Alors des deux actions, quelle est la plus condamnable ?

Je ne trouve rien de particulier, ni dans le salon, ni dans la chambre. Dans le bureau, par contre, une armoire cadenassée attire mon attention. Pourquoi son contenu bénéficie-t-il d’une telle protection ? Il doit exister une clé pour l’ouvrir…

«Elémentaire, mon cher Machin Watson !» 

Où est-elle ? Je fouille dans les tiroirs… dans le sac à main de Mélodie et mets la main dessus. Je m’assure que la jeune femme est toujours en villégiature au pays des songes. Après quoi, j’entre dans la peau d’un voleur, donne un tour de clé et fais une découverte pour le moins curieuse…

Sur deux rayonnages sont entreposés des livres… des tas de livres… sur des thèmes récurrents comme les mantes religieuses, les veuves noires et, surtout,… l’anthropophagie !... L’anthropophagie, jadis, au milieu du Nouveau Monde avec les Hurons, les Mexicains, les Iroquois, les Caribéens… l’anthropophagie, aujourd’hui, dans les îles de la Polynésie, de la Malaisie, dans l’intérieur de l’Europe… un album photo, je le parcours, il me met mal à l’aise; Mélodie au milieu d’une tribu d’indigènes. Elle porte un collier de doigts humains et sourit à pleines dents… un sourire de carnassier !

«Calmos, Machin Lupin, en toutes circonstances, il faut raison garder. Si Mélodie est passionnée par le phénomène; elle n’est pas… cannibale pour autant ! En fouillant l’appartement, tu n’as d’ailleurs découvert aucun indice probant qui l’accuserait d’anthropophagie…»

Suis-je con !... La viande ! La viande que j’ai mangée… du porc, enfin c’était supposer en être… s’il en reste un morceau, je vais l’embarquer afin de le faire expertiser. Je me précipite dans le salon… pas de bol, c’était si bon qu’il ne reste plus rien. Horreur, je me suis goinfré avec de la viande humaine !… Beurk, c’est dégueulasse !

Je fonce dans les toilettes. Penché au-dessus de la cuvette du WC, je vomis mes tripes et tire aussitôt la chasse.

«Aïe ! Machin Stupide, t’aurais dû prélever un échantillon !»

Maintenant, c’est foutu. Je n’ai aucune preuve si je veux déposer plainte chez les flics. Les bouquins ? Pas suffisant… à ce compte-là, on pourrait enfermer tous ceux qui lisent des trucs bizarres... l’album photo ?... Des souvenirs de vacances, sans plus… si demain, je posais avec les Chippendales, cela ne signifierait pas pour autant que je serais des leurs… Oh, que non !... Le sédatif ?... Il n’est pas interdit d’en prendre… j’ai permuté les verres... oui mais, pas de témoin !... L’armoire cadenassée ?... Il y avait des éditions de luxe, nombreux sont les amateurs qui «enferment» leurs trésors…

«Pfff, tu gamberges trop, Machin Einstein, laisse tomber et puis, Mélodie n’a pas d’autres coordonnées que ton e-mail...»

Devais-je m’en réjouir ? Je ne savais plus très bien... une chose était cependant certaine; ce n’est pas encore aujourd’hui que je passerai à la casserole…

Je quitte l’appartement en trombe, dévale les escaliers quatre à quatre, l’ascenseur me ferait perdre du temps, et saute dans mon véhicule pour démarrer sur les chapeaux de roue.

 

Sur la route, une fois que j’ai mis les distances d’avec l’appartement de Mélodie, je me détends enfin… j’allume une cigarette puis la radio… elle passe un «vieux truc» de 1966, plus rigolo que bizarre; Monsieur Cannibale

 

Alain MAGEROTTE

Alain

Publié dans Nouvelle

Partager cet article

Repost0

Henri Puffet nous propose un extrait de son roman "La mise entre parenthèses"

Publié le par christine brunet /aloys

   9782874597572_1_75.jpg

 

 L’air gardait toujours cet arrière-goût un peu insolite de résine et de sous-bois, et la journée s’annonçait agréable et lumineuse. Quand j’ai freiné devant la maison ronde, j’ai reçu le sourire candide et amical de Carole. Sur la table de la cuisine, attendaient deux sacs à dos moyens, garnis de victuailles et de boissons. On y a ajouté une veste et un chandail pour chacun, ainsi qu’un duvet et une chaude couverture, puis on a tout rangé dans le coffre de la Datsun. Carole a fait sortir son chat, bouclé la maison, après quoi nous sommes partis. Nous avons traversé la petite ville à moitié déserte au soleil levant et mis le cap à l’ouest. La perspective d’une randonnée en montagne me remplissait de bien-être, et je conduisais doucement, me délectant comme d’une friandise de la calme fraîcheur du matin. Les pâturages et les forêts de sapins s’enfuyaient derrière nous. Ma passagère paraissait perpétuellement contente, presque radieuse. C’est moi qui ai rompu le silence :

   - Tu sais, depuis notre rencontre, j’ai été frappé par ton visage. On dirait que tu es heureuse en permanence. Le bonheur suinte de tes gestes, de ta façon d’agir et de parler. Il m’est déjà arrivé de croiser des gens qui respiraient le bien-être, mais chez toi, c’est tellement flagrant. Presque rare. Du bonheur chronique.

   Elle s’est contentée de répéter une phrase de la veille :

   - L’extérieur est le reflet de l’intérieur, aucun mystère là-dedans.

   - Possible. Tu as toujours été comme ça ?

   - Depuis plusieurs années, oui. A peine si je m’en rends compte. C’est machinal, un art de vivre pratiquement involontaire…

   A quelques nuances près, Richard l’alpiniste m’avait donné cette impression. Comme une parenté d’attitudes.

   - C’est fantastique.

   - Non, a-t-elle corrigé. C’est normal. Je me sens bien, je trouve la vie passionnante et belle.

   - C’est une chose entendue, mais bon, il y a bien des mauvais jours, des périodes d’amertume où les choses ne tournent pas rond, où tout semble aller de travers…

   - En effet, ça arrive. Mais je me contente de voir venir, avec le sourire. Parce que je sais, d’une manière inébranlable, que demain sera un autre jour et que finalement tout ira bien. Je ne me tracasse jamais.

   - C’est remarquable. Mais, excuse-moi d’insister, il peut arriver à n’importe qui de choper une sale maladie, d’avoir un grave accident, ou de subir des déconvenues importantes…Cela ne te toucherait pas ?

   Sa réponse a fusé sans l’ombre d’une hésitation :

   - Non. Pour la bonne raison que ça ne m’arrivera pas.

   - Alors là, tu m’épates ! ai-je apprécié en la dévisageant.

   - Si je t’affirme cela, entre nous, c’est uniquement parce que ma voix intérieure m’a souvent assuré que rien de négatif ne pourrait m’arriver. J’y crois dur comme fer. J’ai conscience d’être protégée. Et certains faits me l’ont prouvé.

   Là encore, ma compagne renforçait, sans s’en douter, mes réflexions du mois précédent. Mais, pour elle, cela semblait d’une telle évidente simplicité qu’elle paraissait avoir banni toute espèce de souci de son existence. Il fallait quand même le faire… Car, on avait beau savoir qu’en fin de compte, on s’en sortirait toujours, cela n’empêchait pas de se tourmenter à tout bout de champ, que ce soit à cause d’une relation problématique, d’un pépin de santé, ou d’un tas de menus détails qui nous collaient à la peau comme une vieille gale.

   La route s’était mise à onduler et à sinuer largement. Imperceptiblement, nous approchions de magnifiques reliefs teintés de bleu et de vert sombre. Carole reprit :

   - Pour peu que tu regardes les choses en face et examines le script de ta vie passée, lucidement, honnêtement, tu constates que tout s’est toujours arrangé pour le mieux – même si, sur le coup, tu ne l’as pas bien saisi -, tu t’aperçois aussi que le fait de t’être angoissé ou inquiété n’a eu aucun impact sur le dénouement de tes problèmes. Aucun ! Les circonstances évoluent de la même façon et aboutissent aux mêmes résultats, que tu te tracasses ou non. C’est hyper important. Dans ces conditions, sachant cela, tu ne t’en fais pas.

   - Plus facile à dire qu’à faire, comme on dit. Cela semble relever de la gageure.

   - C’est un pli qui ne se prend pas trop difficilement, crois-moi…

   - Oui, pour toi, qui es particulièrement fortiche.

   - Non, Jean. C’est à la portée du premier venu. Seulement, il faut le décider. Et s’y tenir…

   Je me régalais de notre dialogue. Carole résumait, avec son style simple et transparent, sans emphase, tout ce que j’avais mis des mois à absorber. Elle peaufinait mon initiation. J’étais submergé de gratitude et d’admiration. J’ai laissé ses dernières phrases s’infiltrer en moi par capillarité, puis :

 

   - Tes explications sont claires. Et je suis persuadé que tu as raison. Tu sais à quoi tout cela m’amène à penser ? Si l’humanité entière était comme toi - rends-toi bien compte de ce que je dis, si tel était le cas, ce serait un grand bonheur, et à brève échéance il n’y aurait plus de problèmes dans le vaste monde. Or, il existe tellement de gens dont le métier est de vivre des problèmes des autres. Comme les papillons vivent de nectar, ou les vautours de charognes. Un grabuge phénoménal, une crise sans précédent dans l’histoire de l’humanité ! Imagine-toi ! On ose à peine y songer : tous au chômage et sur la paille, les psychologues, les psychiatres, et tous les autres psys, les curés, les fabricants et les marchands de médicaments. Sûrement aussi les avocats, les juges et consorts. Incroyable, quel ramassis de population tout d’un coup sans emploi. Que faire de tous ces braves gens ? Ah oui, j’allais oublier les médecins et le personnel des hôpitaux, car je suppose que tu es du genre à ne jamais tomber malade…

 

 

Henri Puffet

La mise entre parenthèses

http://www.bandbsa.be/contes3/puffetete.jpg

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0