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A LA UNE...

Publié le par aloys.over-blog.com

 

http://by152w.bay152.mail.live.com/att/GetAttachment.aspx?tnail=1&messageId=aee78ca6-ea69-11df-b36f-002264c20888&Aux=44|0|8CD4C8D9F5FE6B0||0|0|1|0||&maxwidth=220&maxheight=160&size=AttJe rappelle l'exposition des illustrations de France DELHAYE au siège de Chloé des lys...http://by152w.bay152.mail.live.com/att/GetAttachment.aspx?tnail=2&messageId=aee78ca6-ea69-11df-b36f-002264c20888&Aux=44|0|8CD4C8D9F5FE6B0||0|0|1|0||&maxwidth=220&maxheight=160&size=Att

http://by152w.bay152.mail.live.com/att/GetAttachment.aspx?tnail=3&messageId=aee78ca6-ea69-11df-b36f-002264c20888&Aux=44|0|8CD4C8D9F5FE6B0||0|0|1|0||&maxwidth=220&maxheight=160&size=AttVoilà un petit aperçu du talent de France... époustouflant, non ?

 

 

 

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http://www.bandbsa.be/contes/actu.jpgA voir sur ACTU: "Que le diable nous emporte...T1 et T2" de Christian Eychloma (Chloe des Lys). L'humanité est menacée par le changement climatique et s'apprête à quitter une Terre gravement polluée. Voir ici:http://www.bandbsa.be/contes.h tmhttp://photos-a.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs471.ash2/74433_484639507358_676387358_6987072_2987452_s.jpg

 

 

 

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http://www.bandbsa.be/contes/depaoli.jpgJacques de Paoli est l'invité du dimanche matin 13 novenbre à 11 heures de la radio RQC de Mouscron... 

Il serai à la bibliothèque René Henoumont d'Herstal le 26 novembre à 15 heures ( rue large voie 110). Il y présentera mon roman "APRES TOUT..." La chanteuse/diseuse Madame Muriel Vigneron y lira des extraits comme elle le fit avec talent à la bibliothèque d’Auvelais (Sambreville) dans le cadre de La Fureur de Lire.

 

http://www.bandbsa.be/contes/cybelejules.jpgPrésentation de mon livre à la bibliothèque de Herstal dans le giron de Jacques De Paoli, le 26 novembre, c'est SON évènement mais il m'y fait une petite place. L'évènement est signalé sur le forum (voir Suggestion : le comptoir de Liège et Evènement : Jacques + J.C.).

 

 

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gauthierhiernauxCe petit message pour vous donner trois petits renseignements.

Les Foires du livres d’abord : le week-end des 13 et 14 novembre, aura lieu à Tournai  le fameux ‘Tournai La Page’. J’y serai présent le 14/11 à partir de 14h pour dédicacer mes trois ouvrages, tous parus chez Chloé des Lys.

Le week-end du 27 et 28 novembre, je serai présent à la 8ème Foire du Livre Belge à Uccle (Centre culturel, rue Rouge 47 à 1180 Uccle) le 28/11, également à partir de 14h00. Notez que cette Foire est essentiellement axée sur les auteurs belges, une exclusivité en Belgique...

Enfin, vous trouverez sur mon blog (www.grandeuretdecadence.wordpress.com) un nouvel onglet intitulé ‘Glossaire’ que je vous invite à consulter. Vous y retrouverez la définition de certaines termes qui reviennent régulièrement dans mes ouvrages.

 

 

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http://www.bandbsa.be/contes/actu.jpgA voir dans ACTU: Programme de l'émissiondu 14 novembre
C'est la 8° émission de cette télé qui s'installe doucement dans le web. Au programme... une foultitude de choses: la séance de dédicace des auteurs bruxellois à l'Espace Art Gallery, le prix de l' AREW remis à Laurence Amaury (CDL) pour l'ensemble de son oeuvre,http://photos-f.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs449.ash2/72221_485133657358_676387358_6996231_3752519_s.jpg "...La samaritaine"et Huguette Van Dyck son animatrice (en photo), Philippe Tasquin qui passera en décembre dans ce café chantant... voir ici http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

 

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http://www.bandbsa.be/contes/damienpetit.jpgAvant-première de mon prochain roman à Tournai la Page ce 13 novembre!! Bienvenus à tous!!http://www.bandbsa.be/contes/conviction.jpg (présence soutenue et assurée de Lauretta)

bobclin A voir dans ACTU: Damien (CDL) "Tout est dans la conviction" Belge, de Lessines, c'est son deuxième roman chez Chloe des Lys. Il y a eu "Affaire d'Ego" en 2008 et le voici qui nous propose maintenant "Tout est dans la conviction".

Un texte qu'il présente lui-même comme du romantisme noir, avec un personnage amoral que tout excède...Ses maîtres en littérature, Kérouac, Jean-Jacques Rousseau, Camus, Benjamin Constant, Dostoïevsky: très éclectique. Voir ici:http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

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desguinBonjour à tous ! Vous êtes libres le week-end prochain ? Parfait !

 Dans le cadre des manifestations de Tournai-la-Page, venez  découvrir cette grande foire littéraire !
 Le samedi 13 novembre à partir de 14 heures, je vous attends ! Où ? Halles aux draps, grand-place, Tournai !
 
Vous avez déjà Rue baraka ? Qu'importe ! Venez découvrir d'autres auteurs et pour ma part ...je vous dédicacerai la dernière page de votre Rue Baraka !
 
Je serai sur le stand de Chloé des lys ! Merci à tous et ...à samedi !
 

Ci-joints quelques liens ...et vous saurez pourquoi le secret du vieux peintre ....Soyez curieux ! image-1
 - Sur critiqueslibres, on parle de ce livre :
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/23346
 - Autre site littéraire :http://livrogne.com/2010/07/rue-baraka-carine-laure-desguin/
  - Autre site littéraire :
http://jelistulisillit.wordpress.com/?s=rue+baraka 
  - Exigence littérature : 
 
http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?page=imprim&id_article=1008&var_mode=calcul
 - Sur le blog de Christine Brunet  : http://recreaction.over-blog.org/article-carole-laure-desguin-l-ecriture-c-est-chez-moi-comme-des-vents-qui-deboulent-46982401.html
 

 - Autre site littéraire :http://livrogne.com/2010/07/rue-baraka-carine-laure-desguin/

Carine-LAure Desguin
http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

 

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bobclinA voir sur ACTU: Einar Kleve. Un deuxième roman chez CDL "Garcisse" pour ce jeune natteur du groupe belge "Hologramsss". " Garcisse, c'est un jeu de mots entre « garce » et « narcisse ».L'histoire d'une jeune femme d'origine flamande, Liesbeth, qui sehttp://photos-h.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs472.ash2/74550_486150697358_676387358_7018994_6306918_s.jpg dénude devant une webcam, et de son frère cadet, Herman, qui étudie le journalisme. Il est également très féru de musique rock et joue comme claviériste dans un groupe. Nos deux jeunes gens sont pris au piège d'une modernité criarde un peu bébête mais subtilement angoissante."

 

Voir ici   http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

 

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bobclinA voir sur ACTU: Gerard Cavazzasur Radio Campus peinture, littérature, poésie... Il est sans doute plus peintre (abstrait, surréalisme et couleurs) qu'écrivain. A moins que ce ne soit le contraire...un long entretien radiophonique avec cet artiste dehttp://photos-g.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs465.ash2/73818_486162742358_676387358_7019098_5997767_s.jpg réputation internationale qui publie cette année "Les âmes Pénélope" chez Chloe des Lys." J'écris sur un cahier d'écolier, assis à une table de bistro, de préférence en terrasse pour voir passer les filles..." Voir ici:http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

Un lien...  http://www.radiocampustours.com/2010/11/on-est-pas-serieux-quand-on-a-17-ans-mercredi-3-nov/

 

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bobclinA voir sur ACTU: Micheline Parmentier"Paroles nues". Encore une 'tit nouvelle pour CDL "J'habite à Schaerbeek (Bruxelles), dans la cité des ânes ( 4 longues oreilles sont à l’écoute au Parc Josaphat) de l’autre côté du boulevard il y a le quartier deshttp://photos-b.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc4/hs1180.snc4/150280_486696772358_676387358_7028174_1244511_s.jpg “FLEURS”...". Avec "Paroles nues", elle est partie à la recherche d'elle-même et s'est découverte dans la poésie." J’écris pour vivre mieux, pour fixer mes émotions dans une fenêtre ouverte sur l’avenir..." voir ici: http://www.bandbsa.be/contes.h tm
 

 

  

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Impression de lecture : "Toi-Nous" de Claude Colson vu par Christine Brunet

Publié le par christine brunet /aloys

Photo Christine BrunetJe ferme le dernier livre de Claude Colson, Toi-Nous, avec, dans la bouche, un petit goût d'amertume... et d'échec. Je vous sens lever un sourcil interrogatif...

 

Vous vous méprenez ! Il ne s'agit pas là d'un échec de l'auteur... mais de l'échec d'une vie, celle d'Yves. Alors que dans Lena, Bruno se rebiffe, s'insurge, crie son mal être et son incompréhension, Yves espère, tente l'expérience qui s'offre à lui mais reste en retrait et analyse : il a mûri.

 

Il a compris, s'implique mais garde son individualisme et sa lucidité. Ses coups de gueule sont désormaistoinouscols-couv-simple contenus même si la passion est là, prête à déployer ses tentacules.

 

Au gré de son état d'âme, les mots jaillissent, bouillonnent ou étouffent, engluent, tourmentent. Aux couleurs éclatantes de l'espoir et du désir se substituent peu à peu le gris du doute, le noir de la rancoeur, de la résignation puis de la solitude.

 

Toi-Nous... C'est d'abord Toi puis Nous puis Moi... Fatalité d'un échec programmé ? Ou éternel recommencement parce que l'Humain ne peut se satisfaire du singulier ? La réponse est dans chacune de ses pages... derrière chacun de ses mots...

 

Toi-nous se lit d'une seule traite, au rythme des soubresauts de deux vies qui espèrent, hésitent et se déchirent sans parvenir à ne faire qu'une. 

 

 

 

Christine Brunet

http://recreaction.over-blog.org

www.aloys.me

 

 

 


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Christian Van Moer a lu "Nouvelles à travers les passions" de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes/chrismellone.jpg"Nouvelles à travers les passions", critique de Christian Van Moer

 

Après nous avoir fait traverser les saisons, voilà donc que Micheline nous invite à voyager à travers les passions.


Au gré de sa fantaisie, 24 textes plus ou moins courts nous mènent tant du Pays Noir à Vittel ou de la Vendée au Portugal, que de la Belle Époque au Moyen Age ou des années cinquante à nos jours. Et avec elle, on regarde des photos, on relit de vieilles lettres, de vieux documents, on écoute les cris et les chants, distraitement d'abord, avec émotion finalement.

 

Écolier à cette époque révolue où la moindre image nous faisait rêver, j'étais fasciné par certaines illustrations de mon manuel d'histoire ou de mon livre de lecture : la statue équestre d'Ambiorix, le portrait de Marco Polo, les Sauvages emplumés du Nouveau Monde entre autres, ou encore le siège d'un château fort, une exécution capitale, un autodafé... : avec nostalgie, j'ai eu l'impression de retrouver quelques-unes de cesboland2 images - qui en montraient à la fois beaucoup et pas assez - lorsque Micheline fait revivre Christophe Colomb, Henri le Navigateur ou Barbe-Bleue...

 

Micheline glane dans le champ des passions. Traversant les frontières et les époques, ses récits dévoilent les hommes en montrant la beauté et l'horreur, l'ambition et l'amer ressentiment, l'envie et l'amour, la Providence et la fatalité, le printemps et l'hiver de la vie, la démence et le salut... Mais chez Micheline, les passions les plus inavouables sont décrites avec retenue (trop, peut-être), avec une extrême pudeur : le sang n'éclabousse pas le lecteur, les personnages ne crachent pas leur bile. C'est un peu comme dans les Contes de Perrault, où la cruauté et les turpitudes de la vie demeurent évidentes malgré la sagesse et la beauté des mots.


Si certaines nouvelles surprennent parfois, c'est par le pouvoir insidieux de la fascination que leur brièveté recèle et libère au final, lorsque la fine ampoule contenant le poison ou le parfum se brise. Charmé, contrit ou simplement perplexe, on vacille alors un moment avant de passer au récit suivant.

L'écriture est irréprochable : le vocabulaire est riche sans être pédant, la phrase, courte sans être stéréotypée, la syntaxe et l'orthographe sont solides.

Un paragraphe : Quand je lève les yeux vers lui, sa belle chemise blanche en lin est éclaboussée d'encre. La perfection de l'encre m'apparaît non pas sur ce papier enduit au blanc d'œuf qu'il a fait passer de l'un à l'autre, pareil à un bijou précieux, mais sur le lin. C'est comme si la fibre livrait une dimension spirituelle. La force et le pouvoir de l'inattendu. La métamorphose de la maladresse. L'encre sève de vie. La tache rédemptrice aussi bien du péché de perfectionnisme que de celui d'orgueil. (Éclaboussures d'encre de Chine, p.148)


Personnellement, j'ai particulièrement apprécié "Une espèce de Mentor" et "Piqûre ou Grigri ?"


J'ai passé un bon moment de lecture...

 

 

Christian van Moer


christianvanmoer2.skynetblogs.be

christianvanmoer.skynetblogs.be

Publié dans Fiche de lecture

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Lettre d'amour... d'Edmée de Xhavée

Publié le par aloys.over-blog.com

Edmee-chapeau-copie-1Lettre d’amour (Edmée De Xhavée)

 

 

   Ma bien chère Léonie,

 

   Comment commencer, comment terminer, comment expliquer? Comment, après cinq ans de mariage arrangé vous confier mes sentiments sans être ridicule, sans vous blesser ?

 

   Cinq ans. Presque sept depuis notre première rencontre. Je revenais de ce long séjour en Argentine où j’avais appris les secrets de la laine et de son commerce. J’étais gorgé de splendeurs et d’aventure, de ces visions d’un autre monde avec ces buffles magnifiques tirant les chariots de laine, les gauchos à la peau cuivrée et leurs chevaux beaux comme si descendus directement des nuages d’orage, les gués où les voitures s’embourbaient, les patios plantés de fleurs luxuriantes et buissons à l’ombre desquels on savourait le dulce de leche avec un maté.

 

   De retour, il me sembla que toute la ville n’attendait que le récit de mes aventures et des nouvelles de leurs familles installées là-bas. Je passais d’un salon à l’autre. Avais-je vu les de Jaer, les Lonhienne, les Young ? Comment supportaient-ils le climat ? Comment donc grandissaient les petites Marguerite et Germaine ? Comment se comportaient les actions du vélodrome Palermo, dans lequel presque tout le monde avait investi ? Et la traversée, avait-elle été bonne ?

 

   Mais partout aussi, avec une insistance bien peu discrète, on me parlait de vous. J’avais trente ans, et une belle expérience acquise avec les meilleurs des marchands de laine. Il me fallait m’apprêter à accompagner ce précieux bagage d’une vie de famille que je fonderais.

 

   Vous reveniez de Suisse, où vous aviez passé deux ans avec une tante malade. À cause de ces années perdues, voilà que vous étiez un peu plus âgée que les autres pour vos premières sorties. On vous disait calme, peu portée aux plaisirs de la société. Il est vrai que tout ce temps avec votre tante vous avait tenu à l’écart de la jeunesse et ses facéties, ainsi que des attentions des jeunes gens peu intéressés par la paire que vous formiez et qui était, alors, indivisible.

 

   Ma mère vous qualifiait de bon parti, vantant votre teint pale et votre inébranlable patience. Vous aviez tout pour faire une mère idéale, insistait-elle.

 

   Lorsque je vous ai vue, non, je ne vous ai pas trouvée jolie, pardonnez-moi. J’avais encore le souvenir de cette exubérante jeune fille de la belle société de Buenos Aires que mon cousin allait épouser : un chignon si lourd que l’on aurait dit un turban de la soie la plus noire, les lèvres sinueuses, les yeux languides, la poitrine que l’on imaginait tiède et rebondie sous la soie brodée, le cou animé d’un battement de cœur que l’on aurait voulu calmer d’un baiser. En comparaison, vous m’apparaissiez sans surprise, d’une beauté qui n’étincellerait jamais.

 

   J’ai pourtant été heureux de nos fiançailles. Un homme sans dettes se doit de se  marier, de donner à son propre père l’assurance de sa descendance et votre quiétude, si lointaine des bouderies et caprices de la belle Argentine que j’aurais sans doute aimé avoir à satisfaire pour la simple récompense de ses effusions fut, en fin de compte, une route sans ornières vers notre mariage. J’étais content, oui. Pas amoureux, mais content. « Le mariage n’est pas une affaire de cœur », m’avait bien dit mon père. « Mais il le devient parfois quand on a de la chance ». En moi pourtant, je voyais mal comment nos relations, polies et aimables mais dénuées d’intimité même dans nos moments les plus intimes, auraient pu un jour s’animer au point de bouleverser mon cœur.

 

   Nos trois enfants naquirent ainsi, issus de ces étreintes polies mais non sans douceur. Je vous embrassais sur la joue en riant, vous serrant contre moi, et vous compreniez mon attente. Vous aviez un sourire dont la gentillesse me rassurait toujours, sans que j’y prenne garde alors. Vous ne me subissiez pas, ni ne me recherchiez. Mais vous vous donniez sans marchander ou flirter. Et sans mot, lorsque nous allions nous endormir, vous me souriiez, la joue perdue dans ce flot de cheveux sombres qui avaient alors l’odeur du bonheur. Et vous fermiez les yeux, replongeant dans cette existence qui était la vôtre et dont je vous laissais maîtresse, par une indifférence bien masculine que vous ne me reprochiez pas.

 

   Et puis je suis reparti en Argentine pour un an, à Buenos Aires. Avec trois jeunes enfants, vous êtes restée sur place. Lorsque nous nous sommes dit au revoir sur le bateau, le tremblement de votre menton et l’eau sur votre regard ont brisé le sceau de mon coeur. J’ai pensé que c’était votre peine que je consolais, que c’était pour vous réconforter que je vous ai promis d’écrire souvent et de penser à vous. J’ai cru que c’était l’inquiétude pour votre solitude de jeune maman qui me tracassait pendant cette longue traversée. Qui me tenait éveillé dans ma cabine ondoyant sur les flots. Qui me rendit indifférent aux charmes de la toujours très belle et insupportable Consuelo. Qui suspendait brutalement mes pensées lorsqu’on me parlait de vous ou des enfants.

 

   Chère, chère Léonie, non.

 

   C’est l’amour de vous, la douleur d’être séparé de vous, la souffrance de me trouver si loin alors que j’entends mon cœur hurler de joie « j’aime, j’aime ! ». Je vous aime avec force, je me languis de votre odeur, de vous serrer dans mes bras, de vous dire mon amour en français et en espagnol puisque vous êtes si fascinée par cette langue aux senteurs d’abricots. Plus que trois mois, trois petits mois, et je vous expliquerai votre beauté, ces yeux qui sourient de leur eau tranquille aux reflets d’or, cette chevelure qui se dénude pour moi des peignes et rubans et s’étend comme une onde tiède, ce corps bien droit et fier qui se déploie pour les naissances de ces enfants qui nous ressemblent, ces lèvres encore bien enfantines qui sourient avec la force d’une femme… Je vous aime, ma chère Léonie, et suis un homme heureux, comblé.

 

   C’est un mari amoureux que vous accueillerez au bateau d’ici peu.

 

 

Edmée de Xhavée

http://edmee.de.xhavee.over-blog.com

Publié dans Textes

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Les oiseaux des villes VII : poème de Carine-Laure Desguin

Publié le par aloys.over-blog.com

desguin
VII

Il revient quelquefois je sais que c'est lui
Sur les trottoirs des villes les oiseaux ont faim
Longeant les murs les berges le jour la nuit
Gamin poulbot bon à rien galopin
  
Où est-elle son étoile à Paris ou ailleurs
Chaque ville pleut des riens et se rit bien des choses
On se veut magicien peindre bleu peindre rose
Colorer les lumières allumer les couleurs
  
Il revient quelquefois je sais que c'est lui
Sur les pierres dans les gares il est revenu
Vous entendez sa voix ses faims et ses cris
Ses chansons riment encore et ses pieds sont nus
  
Ton corps saigne de partout et vides sont tes poches
Tes barricades sont là elles hissent tes drapeaux
C'est moi qui t'écris je ne suis pas Hugo
Des gamins survivront ils s'appellent tous Gavroche

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

Publié dans Poésie

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A LA UNE...

Publié le par christine brunet /aloys

bobclin A voir sur ACTU: Interview:Sylvia Chamis (CDL). Encore une 'tit nouvelle chez CDL ! Parisienne, responsable des resources humaines dans une grosse boîte, elle va publier "Le 11 septembre à Uckange". Ce quihttp://photos-h.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc4/hs007.snc4/33735_480783037358_676387358_6908887_4119082_s.jpg l'énerve ? Les jugements à deux balles, du genre (vous allez les reconnaître) les gentils salariés et les méchants patrons ; les femmes dominées et les salauds de mecs ; les immigrés sympa et les cons qui vivent sur leur palier ; les cyclistes écolos et les bagnoles... Voir ici: http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

 

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chloeExposition des illustrations réalisées par France Delhaye au siège des Editions Chloé des Lys du 01/11 au 30/11

 

 

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claude colson28 octobre : ma réflexion du jour :

La création, c'est au final de l'inutile, comme le reste mais qui dira ce qu'elle apporte en "trouver du sens" au créateur, sa fierté gratuite ( et la nécessité vaine)   d'avoir ajouté au monde quelque chose d'unique ( à prétention esthétique) qui n'y était pas avant lui.

20 Octobre :

 Dans  mes trois premiers livres d'autofiction j'ai eu pour souci constant d'essayer d'aller à l'universel.

Je reçois , 4 ans après la première parution de Léna, une rencontre, cet avis qui montre que je n'ai pas totalement échoué :

" Je viens de terminer "Léna, une rencontre"... que dire... j'ai beaucoup aimé ! Et cela m'a enLena C. Colson même temps beaucoup troublée : c'est comme si j'y entrevoyais l'écho de mon propre récit... même si le contexte, l'histoire, ne sont pas exactement les mêmes, bien sûr... il demeure toutefois des similitudes dans les émotions... et dans l'expression de celles-ci... sauf que, bien sûr ici, le point de vue est masculin.
   Bref, merci pour ce moment de lecture !"

 

 

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     http://www.bandbsa.be/contes2/youtube.jpg A voir et à revoir... CDL et corelap... sur la chaîne YouTube CDL... http://www.bandbsa.be/contes.htm

 

 

 

 

 

 

 

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bobclinA voir sur ACTU: InterviewMarcelle Pâques (CDL): "Bientôt les jonquilles". C'est par l'entremise d' Edmée de Xhavée que Marcelle est arrivée chez Chloe des Lys. Elles s'échangeaient des commentaire et des textes par blogs interposés puis unhttp://photos-c.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs475.ash2/74854_484091162358_676387358_6979093_7277576_s.jpg jour l'auteur(e) des "Romanichels" lui a conseillé d'envoyer ses textes à l'éditeur. Bien lui en a pris puisqu'elle va publier à son tour un premier receuil de poèmes. Membre du club littéraire hennuyer, elle connait également Laurence Amaury. Qui se ressemble s'assemble... Voir son interview: http://www.bandbsa.be/contes.h tm

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Une nouvelle de Marcel BARAFFE : Gazons

Publié le par aloys.over-blog.com

http://www.bandbsa.be/contes/baraffe.jpg

 

 

Gazons

 


S’il est, dans l’ensemble du monde sportif,  des êtres particulièrement différents de tous les autres, ce sont bien les footballeurs. Ils s’embrassent, s’envoient des accolades à briser les os d’un bœuf, se tapent dans la main comme des banquiers venant de conclure une bonne affaire, pirouettent, courent en gigotant (de préférence dans le champ des caméras), amorcent quelques pas de danse exotiques mais il n’y a là rien de bien original, me direz-vous, et c’est vrai. J’ai pu vérifier que ces comportements sont aussi très courants, ailleurs, quelle que soit la forme du ballon. J’ai même vu, dernièrement, une athlète enveloppée du drapeau national se rouler par terre, une attitude qui a certainement fortement déplu à bon nombre d’anciens combattants.


            En vérité, dans la classification des espèces dont la principale fonction est d’essayer de vaincre (pacifiquement) les autres, le véritable trait distinctif propre à l’homo habilis footeux, réside dans sa faculté à extirper du plus profond de sa gorge, une quantité non négligeable de salive qu’il propulse devant lui. Ce n’est pas du mépris pour l’adversaire et encore moins pour le spectateur. Mais c’est comme cela, le footballeur crache. Aucun témoin, digne de foi, ne niera cette particularité. Et pour ceux qui douteraient encore en affirmant qu’ils ne sont pas les seuls sportifs à expectorer en public, ils n’imaginent quand même pas que les nageurs au départ crachent dans la piscine avant de plonger et ce ne sont certainement pas les concurrents du 100 mètres dos qui s’exposeraient  à des retombées désagréables. Prenons le cas maintenant des joueurs évoluant sur des revêtements lisses. Vous pensez bien qu’ils ne prendraient pas le risque de rendre plus dangereux un sol déjà rendu glissant par la sueur. Le volleyeur a, bien sûr, le recours de cracher par-dessus le filet. Mais ce n’est pas évident. Je vous vois venir. Vous allez me parler des rugbymen. Allons donc ! Ils ont si souvent la tête dans l’herbe, la poussière ou la boue qu’on ne voit pas leur visage et il ne viendrait à un aucun joueur l’idée de cracher en plein milieu d’une mêlée.


          Rien n’échappe à l’œil des caméras. Elles nous apprennent ainsi qu’un footballeur crache en moyenne trois fois par minute. Un match dure 90 mn. Ils sont 22. Nous excluons de ce total l’arbitre de champ trop occupé à jouer du sifflet. Il n’est pas nécessaire d’aller au-delà de ces chiffres en nous livrant à des calculs fastidieux. Il apparaît clairement qu’à chaque rencontre sportive, le gazon est arrosé ici et là et qu’il reçoit donc une quantité non négligeable de salive qu’on peut estimer à quelques litres. Et alors ! Ne pourrez-vous vous empêcher de glisser. Et alors ! Mais ce n’est pas sans conséquences, bien au contraire. Je ne veux, bien sûr, porter aucune accusation ici à propos de pratiques qui font jaser les média. Ce n’est pas à moi de le faire. Mais il se trouve que, selon une loi naturelle, ce qui revigore l’être humain et lui donne un supplément d’énergie n’est pas nécessairement favorable au végétal. Vous me voyez venir n’est-ce pas ? Eh oui ! On a constaté que les gazons des pelouses dépérissaient jusqu’à disparaître, laissant ainsi la terre à nue, avec pour conséquence fâcheuse de rendre les tacles dangereux. Comment ? Que dites-vous ? Ah oui ! Exact. Pas facile de travailler le ballon lors des coups de pied arrêtés. C’est horrible. Je vous l’accorde. Mais rassurez-vous. Vous avez certainement remarqué que les gazons naturels disparaissaient de nos stades au profit de gazons synthétiques traités en laboratoire pour résister aux substances douteuses que pourrait (notez bien le conditionnel) contenir la salive de nos footballeurs. Le génie humain, mon cher ! qui trouve toujours des solutions là où il y a des problèmes. Voyez-vous ! Ces sportifs de haut niveau, performants et adulés des publics, peuvent continuer à cracher comme avant et même davantage. Et tant pis pour tout ce petit monde, du conducteur de tondeuse à l’arroseur, qui a perdu son boulot. Qu’ils se consolent en se disant que c’est pour la beauté du sport.        

 

 

Marcel BARAFFE

http://marcel.baraffe.over-blog.com           

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FLORIAN HOUDARD: "Créer, c'est crier !"

Publié le par aloys.over-blog.com


 

« Créer, c’est crier. » 

 

houdartUn crayon à la main, je relis ma « Petite femme aux cigarettes ». Je ne peux laisserblackout aucune longueur, les phrases doivent toutes virevolter comme des plumes emportées par le vent. Déjà, j'approche de la fin et les larmes me noient progressivement les yeux. Je pense qu'il n'y a rien de plus cruel que l'irruption du merveilleux dans un monde aussi désenchanté que le nôtre. Quoi qu'il en soit, je suis vraiment très heureux que Chloé des Lys ait également décidé de publier ce roman-là. Peut-être encore plus que pour le premier.

 

Celui-là, je le voulais aussi personnel qu'universel, plus accessible mais tout aussi profond. J'ignore si j'y suis arrivé mais je suis satisfait en tout cas d'avoir eu de telles ambitions. Je voulais de la poésie en images planant sur une forêt de symboles. Avec Black-out, j'avais souhaité toucher à tout : l'humour et la mélancolie, la terreur et les jeux de langue, l'héritage surréaliste et les clins d'oeil aux films de science-fiction. « La Petite femme aux cigarettes » plonge quant à lui dans l'univers des contes de fées pour mieux nous narrer la honte des vies défaites.

 

A priori, les deux récits ne se ressemblent guère mais à y regarder de plus près, c'est toujours le même plaidoyer pour la dignité humaine qui en ressort.florian3.jpg

 

Après les mots viennent les sons. Les baffles de mon ordinateur crachent les nouvelles compos des Rotten Apples, mon groupe de punk hardcore humoristique, et j'ai du mal à croire que je suis capable de hurler si fort. Notre évolution est assez nette : toujours plus de cynisme et d'expérimentations sonores. On sent l'enthousiasme avant la technique et même si le chemin reste long, je pense que c'est le bon.

 

J'en suis certain maintenant : créer c'est crier. Parce qu'il y a trop de vides à combler.

 

Revenant sur mon adolescence, j'écrivais en mars un dernier slam, sentant à raison que j'allais devoir arrêter les scènes à Mons. Dans ce texte, il y avait ces phrases : 

 

« On manquait tellement de com qu’on avait tous notre cam.

C’est comme ça qu’on avance quand rien a plus de sens : 
J’pense qu'il faut se soigner seul et sans ordonnance.
Moi, ma taff, mon shoot, c’était déjà d’écrire.

Matérialiser sur papier tous les cris et les délires.

Et imaginer cet ailleurs que je pourrais jamais visiter.
Pas d’avenir pour moi, donc je me pemettais de l’inventer. »

 

(Flaw, « Ma dernière scène »)

 

Un mois plus tard, après m'être qualifié pour le Grand Slam de Bobigny, j'apprenais que j'étais désormais persona non grata à la Maison Folie où se déroulent les scènes montoise. Au moins, en écrivant ce dernier slam, j'avais été honnête avec moi-même, contrairement aux adeptes du One Man Show pour la middle class.

Slam MonsMême si j'ai aimé concevoir des histoires abracadabrantes depuis mon plus jeune âge, j'ai commencé à écrire plus sérieusement à l'adolescence, comme beaucoup de jeunes auteurs d'ailleurs. Et, en cela pas différent pour un sou des blogueurs actuels, j'écrivais alors pour combler un vide intérieur, imaginer des autres moi dans des autres mondes. D'années en années, j'ai compris que le vide était surtout extérieur avec les arts qui dépérissent, écrasés par la culture du masse, et les gens qui dépriment, étouffés par la société de consommation et « sa loi du toujours plus ». Les germes de « Black-out » sont donc apparus avec l'éveil de ma conscience sociale.

 

Créer c'était toujours crier, mais différemment.

 

Face aux abominations de la culture de masse, ses clichés, ses histoires pré-scénarisées écoulées massivement grâce à l'implication de médias omniprésents, j'étais convaincu qu'il me fallait écrire pour faire ce qui n'avait pas encore été fait, sinon cela n'en valait pas la peine. Je n'entends pas par là quelque chose de parfaitement original, cela est impossible, on a tous nos influences, mais quelque chose qui me serait propre et en rien formaté et frelaté par le système.

 

Comme le dit si bien le groupe de metal industriel Nine Inch Nails : Art is resistance.

 

 

 

Il n'y a pas de création pure mais il y a en revanche une création vraie, celle qui déforme tous les moules et qui ne se laisse pas manipuler par les faiseurs d'opinion.

 

Créer, c'est aller contre les normes, secouer les convenances.

Il ne s'agit bien évidemment pas de faire de la provocation inutile, non, mais plutôt de se forger son cadre de création propre à partir de tout ce qui nous a particulièrement ému et inspiré.

 

Je sais que j'ai fait très peu de chemin encore mais j'ai trouvé à ma démarche un nom qui me plaît: post-surréalisme.   

 

 

 

 

Dans Black-out comme dans la Petite femme aux cigarettes se développait silencieusement un second univers, à l'intérieur même du récit, permettant aux personnages d'échapper à la brutalité de la vie. Ce lieu serait peut-être le surréel, un endroit où l'on peut fuir tous les conditionnements et la dictature des instants. Un endroit qui transforme la souffrance personnelle engendrée par la société de consommation en une création qui permet aussi de se recréer. Ainsi mes personnages sont eux-mêmes comme des auteurs de leur propre histoire, même l'issue fatale est là, dans le temps du récit, ils peuvent goûter à l'ivresse de la liberté.

PICT-florian.JPG

 

Post-surréalisme donc parce que nous ne pouvons hélas exister que dans l'après. En attendant peut-être que le présent devienne un passé riche en enseignements...

 

 

Florian HOUDART

http://www.ombreflets.com/auteur-florian-houdart-110.html

www.facebook.com/people/Florian-Houdart/1384734528 

 

Publié sur le blog Passion créatrice le 19/09... 

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Josy Malet-Praud a lu "Les romanichels" d'Edmée de Xhavée

Publié le par aloys

 

Visuel Auteur - PDNALES ROMANICHELS

Edmée De  Xhavée   - Ed. Chloé des Lys – 2007

 

L’été…J’aspirais à voyager, je rêvais d’un dépaysement, j’avais besoin d’un bon roman… Les Romanichels   attendaient  ce moment propice.


            Une jolie couverture aux couleurs -terre et feu-  et 260 pages pour une croisière sur trois générations. Des escales  en Belgique, dans le sud de la France, sans oublier l’Italie, Torino en particulier.  Un beau voyage avec trois familles, pour une histoire émouvante à plus d’un titre.


Les romanichelss’inscrivent dans la lignée des fresques familiales où les personnages s’animent en 3D sous les yeux du lecteur : un univers tout en relief.


            Les secrets de famille auraient pu dormir pour l’éternité si la maladie d’Alzheimer n’avait brandi son épée de Damoclès sur la tête de Suzanne. Elle est la mère d’Olivia, devenue femme. Mère et fille se connaissent en surface, Olivia ayant été élevée par sa grand-mère sans vraiment savoir pourquoi. 


            Si l’annonce de la maladie fait figure de menace, elle sera aussi pour Suzannehttp://idata.over-blog.com/1/38/37/34//Romanichels-front.jpg l’occasion de lever le voile sur un secret à la portée fondamentale, avant qu’il ne disparaisse, englouti par  les trous noirs de la mémoire. Un secret conséquent, bien gardé par le clan familial, injuste pour la mère comme pour sa fille qui ne peut avoir eu jusque là qu’une vision parcellaire de la femme que fut sa maman. Un secret offert en héritage avant qu’il ne soit trop tard…


            Un voyage aussi au cœur de deux familles dont les équilibres et les relations sont soumis aux épreuves du temps, aux convenances, aux carcans éducatifs, aux rêves et aux désillusions... Les destins s’entrelacent ou s’éloignent, tantôt soudés par l’amour, la tendresse ou les obligations, tantôt dispersés par les aléas de l’existence, les contingences sociales et les rancœurs. Un récit où conventions et conformismes, soumissions et rébellions conduisent  en cadence l’évolution du roman.

 

Il faut du souffle, de l’endurance  et une maîtrise certaine pour mettre au monde un tel roman. L’entreprise, périlleuse, compliquée, ne pouvait être portée que par un auteur de talent. Une écrivaine.


Dans Les Romanichels, Edmée De Xhavée ne se contente pas d’écrire. Elle compose une partition complexe, elle dessine des tableaux animés, elle sculpte les émotions et les sentiments, elle parfume les ambiances et les lieux. Elle imprime sa marque par un  style élégant, limpide et dense, ouvragé comme une pièce de dentelle de luxe quand les circonstances s’y prêtent. Une écriture qui éprouve les cinq sens pour le plus grand bonheur du lecteur.  Présent et passé, narration et dialogues s’associent sans rupture et sans discordance préjudiciables à la visibilité du lecteur ou susceptibles de rompre l’enchantement.


J’ai tourné la dernière page comme on ferme la porte sur un univers familier. L’esprit réquisitionné par les souvenirs et le plaisir, le cœur encerclé par la nostalgie. Pour ne pas quitter les Romanichels trop vite, j’ai relu les premières pages, puis les nombreux extraits signalés par un post it en cours de lecture ;  et j’ai résumé pour moi-même ce que j’expose plus largement ici : « Bon sang ! Quel beau roman… ».

 

Josy Malet-Praud@Août 2010 / www.lascavia.com

Publié dans Fiche de lecture

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FAITES VOS JEUX : IL ETAIT UNE FOIS.... deuxième partie... dernière chance...Qui a tué?? Qui est l'auteur?? comment voyez-vous la suite ?

Publié le par aloys.over-blog.com

 

                                                        ****

 

« Allez-y et prenez le temps qu’il faut. Faites-vous remplacer au besoin… » insiste la pétasse qu’il faut bien appeler poliment Madame la juge d’instruction, « et retournez tout … n’oubliez pas les portables et les gsm… ». Il dépose le cornet sur la table et la laisse pérorer en remplissant sa  demande de déplacement. « Vous m’écoutez ? »

 

« Bien sûr, Madame… je prends des notes. »

 

« Parfait. Passez-moi un coup de fil dès votre retour, car le Procureur du Roi m’a déjà interpellé deux fois sur le sujet et franchement je n’ai pas grand-chose à lui dire...  Monseigneur Gestuel a mis son réseau de relations en branle et son avocat m’a déjà suggéré deux fois de classer l’affaire… »

 

« On cherche, Madame, on cherche… »

 

« Je n’en doute pas, mais ce serait encore mieux si vous trouviez ! Bon après-midi .»  Clic !

 

 

                                                        ***

 

Chassepierre se trouve en Lorraine, mais en Belgique ont dit ‘La Gaume’.  C’est à un jet de pierre (c’est le cas de le dire) de la France et c’est un minuscule village de maisons en moellons du pays et aux tuiles d’ardoise, regroupées autour d’une église comme un troupeau auprès de son berger.

 

Couleur de base, le vert. Celui des prairies qui plongent les pans de leur manteau dans la rivière et celui des bosquets qui bourgeonnent ça et là, au détour des sentiers de terre. L’endroit rêvé pour musarder le long de haies envahies par les ronces et les orties mais aussi des mûres des framboises ou des myrtilles.

 

Il aurait bien emmené sa femme, mais pour l’instant, c’est vraiment pas possible. « On est passé de cinq à trois en un an, tu te rends compte… et pour le même boulot ! Re-struc-tu-ra-tion ! »

 

Le centre se trouve en dehors du village, dans une ferme en carré désaffectée. Un haut mur de briques chaulées de blanc, un porche assez vaste pour laisser passer des charrettes de foin, puis une grande cour pavée sur laquelle trois ados jouent au foot avec une balle en plastique.

 

Ils s’arrêtent à la vue de la grosse berline noire de Ledent et comprennent tout de suite qu’il est flic. Un sixième sens ou peut-être la batterie d’instruments qui s’étend sur le tableau de bord.

 

Il leur demande poliment où se trouve Mr Clairefontaine et l’un d’eux indique du doigt une petite porte en bois au bout d’une aile du bâtiment. A côté d’une fenêtre à croisillon qu’orne un bac de géranium. Enfin… il croit que ce sont des géraniums, car il n’y connaît pas grand-chose ?

 

Il fait bon. Le soleil joue à cache-cache  avec de gros nuages blancs, l’air est doux et le commissaire  se dit que ce serait vachement plus sympa d’aller prendre un pot au ‘Colombophile’ (il est passé devant) plutôt que de mener cette enquête à la con. Mais bon… la p’tit petasse a l’air d’y tenir à son affaire.

Il se demande en traversant la place à quoi elle ressemble, car s’il connaît sa voix, il ne l’a jamais rencontrée. Il l’imagine petite, noiraude et dressée sur ses ergots…

 

 

***

 

Clairefontaine est grand, lourd, des paluches de fermier, des cheveux d’un blond presque blanc et des yeux étranges, quasi transparents. On dirait un albinos. Il porte une salopette verte et des bottes en caoutchouc de la même couleur. Une fourche dans les mains, il ferait plus vrai que nature.

 

« Entrez, je vous attendais… »

 

L’intérieur est sombre et Ledent plisse les yeux avant de reconnaître une cuisine à l’ancienne avec une table recouverte d’une nappe plastique et au centre de la pièce un Godin ou, pour ceux qui l’ignorent, un poêle à bois avec un tas de bûches bien rangées.  

 

« Alors, que se passe t-il ? » poursuit le gaillard d’une voix traînante en prenant deux tasses dans une armoire anti-déluvienne  « J’ai pas cru un instant à votre histoire de trafic d’herbes… les gamins ont fait des bêtises ? »

 

« Je n’ai pas le droit de vous en parler… en fait, je ne sais même pas si ma visite à un sens. Je voudrais simplement vous poser quelques questions… »

 

« C’est à propos de Monseigneur Sleenad ?  allez-y prenez place… »

 

« Pourquoi dites-vous ça ? » demande le flic en tirant une chaise à lui.

 

« Ben c’est pas chinois… le cardinal vient de mourir, il nous subventionnait et vous débarquez ! Lait, sucre ? »

 

« Merci, noir… » Ledent observe le dos massif du géant et se dit qu’il n’aurait aucune difficulté pour tuer un gosse de quinze ans… en revanche, impossible pour lui de se faire passer pour Sleenad à la banque, même avec des lunettes d’écaille et un béret vissé sur le crâne.

 

Téléphone.

 

« Un instant… » il se lève en s’excusant du regard et s’éloigne de quelques pas vers la fenêtre. Les footballeurs ont quitté la cour. Il jette un coup d’œil à sa montre. Quatre heures. P’têt qu’ils ont droit à une collation ?

 

C’est Venloo, un jeune inspecteur qui sort de l’école de police, un malin.

 

« Salut Chef, j’ai les résultats de l’autopsie. Il s’agit bien d’adolescents latinos. On leur a coupé les zizis après la mort, proprement avec un scalpel. Mais écoutez ça… on a retrouvé des traces d’un puissant soporifique… le genre de truc qu’on met dans des seringues hypodermiques pour calmer un tigre récalcitrant dans un cirque… ça agit en quelques secondes ! »

 

« Je vois… » commente Ledent d’un ton neutre, rapport à son hôte qui le scrute d’un regard étrange. L’œil est si pâle qu’on dirait qu’il l’observe derrière une vitre. Vraiment curieux. Ceci dit, il réalise aussi que l’affaire devient très chaude. Il avait espéré un instant qu’il pourrait s’agir d’une blague stupide d’étudiants en médecine ( ben oui, ça aussi ça arrive…), mais là plus de doute… On plonge tout habillé dans trois beaux meurtres bien saignants… bref, la merde.

 

« Y’a autre chose… »  poursuit Venloo en se grattant la tête. Ca Ledent l’imagine bien sûr, car le gamin fait toujours ça lorsqu’il est embêté. « La juge d’instruction vient de me raccrocher au nez ! Elle est furax… le secrétaire de rédaction de ‘La Dernière Heure’ l’a appelé pour lui demander s’il est exact que nous sommes  descendus  à l’ Evêché ? »

 

«  Et ? »

 

« Ben, elle l’a calmé avec des salades… mais l’autre va vérifier et revenir à la charge, c’est certain. Et quand Gestuel l’apprendra on peut être sûr que les réactions vont arriver d’en haut ! Bref… ( il se gratte certainement la tête à sang ), elle vous recommande d’aller très très vite ! »

 

« Bien, je rentre demain matin… » Il raccroche.

 

                                               *** 

 

« Des complications ? » interroge l’albinos en versant les cafés.

 

« Parlez-moi de Monsieur Sleenad. »

 

 

 

« Je vous l’ai déjà dit, c’était vraiment un chic type. Il venait à  Chassepierre deux ou trois fois par an. C’étaient ses seules vacances… les enfants l’adoraient car il jouait avec eux, les emmenait en ballade dans les environs et même parfois au Macdo puis au ciné à Florenville… »

 

« Vous les accompagniez ? »

 

« Non… j’en profitais pour me relaxer un peu… vous savez, avec ces mômes, c’est du 24 heures sur 24. »

 

« Où sont-ils pour l’instant ? »

 

«  Au réfectoire… »

 

« Avec madame Clairefontaine ? »

 

« Tout juste. »

 

« Vous avez des enfants ? »

 

Il rigole discrètement. « Non, vous vous trompez… madame Clairefontaine est ma sœur. Nous sommes célibataires et en fait d’enfants… il  y en a cinq actuellement.  Le ministère nous octroie trente-sept euros par pensionnaire par jour… c’est beaucoup trop peu pour entretenir le centre. L’eau, l’électricité, les assurances… je crois qu’on va devoir fermer. »

 

« J’aimerais parler à votre sœur. » 

 

« Pas de problème, je vous y conduis... »

 

« En privé… »

 

Il dresse les yeux, un peu étonnés, se lève lourdement, ouvre grande la porte qui donne sur la cour et lui indique du doigt.« C’est là, en face, la porte blanche à côté de la grange… je vous préviens. Vous allez être étonné ! »

  

                                               ***

 

La cour est vaste. Deux poules perdues se suivent et tournent en rond à la recherche d’un pauvre lombric qui ne leur a rien fait.

 

Téléphone.

 

« Oui Suzy… » répond -il en reconnaissant le numéro de sa femme.

 

« Ca va ? »

 

« Bof ! »

 

« Quoi bof ? »

 

« Je pédale dans la choucroute, je suis à la poursuite de trois morts, eux mêmes tués par un quatrième… et j’ai la juge qui m’appelle toutes les deux heures… à part ça, tout va très bien Madame la marquise. »

 

« C’est gros ? »

 

« Très gros. Si ça continue, tu vas l’apprendre par le journal télé ! »

 

« Tu ne peux toujours rien me dire ? »

 

« Non… »

 

« Tu reviens quand ? »

 

« Demain… » Il s’arrête au milieu de l’esplanade et devine le regard de Clairefontaine qui l’épie à travers la fenêtre à croisillons, derrières les bégonias… enfin… si ce sont des bégonias. Les deux gallinacées tournent maintenant dans l’autre sens, histoire de ne pas perdre l’équilibre. « Et toi ? »

 

« Vivement cinq heures… Cordier a encore fait de sa merde. Tu le connais… mais bon, ça va se tasser. C’est pas un mauvais zig ! »

 

« Tu manges quoi ce soir ? »

 

« Les pizzas qui sont dans le congel… et toi ? »

 

« j’sais pas. Le plat du jour sans doute… Bon, je te laisse, bisous ! »

 

« Paul ! »

 

« oui ? »

 

« Je t’aime. »

 

« Moi aussi. »

 

                                                        ***

  

Et de fait, ça fait un choc ! Mademoiselle Clairefontaine est la sœur jumelle de l’autre. Mêmes cheveux d’un blond hollandais presque blanc, mêmes yeux transparents, même charpente épaisse… elle dessert une grande table en bois plantée au milieu de deux bancs, lorsqu’il pousse la porte du réfectoire.

 

« Bonsoir, je suis le commissaire… »

 

« Je sais qui vous êtes et pourquoi vous êtes ici... »

 

Ledent se demande un instant si toutes ces histoires de télépathie entre jumeaux ont un fond de vérité, puis laisse tomber. La géante lui tourne le dos et empile des assiettes dans la partie haute d’un vaisselier en pin massif… enfin, il croit que c’est du pin, car il n’y connaît pas grand-chose… Rien qu’en tendant le bras, la main de la femme se pose sur le toit du meuble.

 

« J’aimerais vous montrer quelques photos… reconnaissez-vous ces jeunes gens ? »

 

Elle s’approche en frottant ses énormes paluches à un tablier blanc de cuisine et s’exclame aussi vite : « le petit près de la tente, c’est Joselito, un bolivien (c’est du moins ce qu’il disait). Ca date d’il y a trois ou quatre mois…Les deux autres sont passés ici également vers la même époque, mais j’ai oublié leurs noms… vous les trouverez au secrétariat, chez mon frère. »  Elle le dévisage l’air sincèrement préoccupé : « Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Des bêtises ? »

 

« On les recherche, c’est tout… »

 

« Bonne chance ! Ces gosses c’est du vent et de la débrouille… ça va, ça vient… »

 

« Vous savez où ils sont partis ? »

 

« Non. Un matin, ils n’étaient plus là et voilà. On téléphone au juge et il en  envoie d’autres… c’est comme ça. »

 

« Que pensez vous de Monsieur Sleenad ? »

 

« Du bien… que du bien… beaucoup de bien. »

 

Ben voyons, se dit le commissaire en soupirant dans sa tête. Sympa, vif, drôle… le Macdo, le ciné… je parie qu’il jouait au foot avec sa soutane et mangeait en toute simplicité avec ‘ses’ enfants. Et la rumeur qui commence à monter dans les rédactions de journaux… Qui a bien pu cafter ?

 

« Il était là, lorsque ces jeunes gens (il désigne les photos du menton) étaient là ? »

 

« Oui, c’était une de ses périodes de vacances… »

 

« Je suppose, vu son énergie, qu’il emmenait les gosses se promener aux alentours ? »

 

« Ben oui, évidemment. Sauf que la dernière fois il était un peu handicapé. Il portait un plâtre au pied droit.  Une entorse ou quelque chose comme ça qui l’empêchait de conduire….  Vous voulez un café ? Il en reste. »

 

« Volontiers. » Il prend place sur un banc et décide soudain, comme ça, de jouer cartes sur table. Cette femme lui inspire confiance. Pourtant, pour un flic habitué à entendre des mensonges à longueur d’année, faire confiance : c’est comme demander à  un chasseur d’élever des canards… « Nous pensons… je ne peux pas vous révéler le pourquoi ni le comment… mais nous pensons qu’ils ont été assassinés. »

 

Elle le regarde de ses grands yeux délavés, dépose une pile de verres sur le rebord du meuble et vient s’asseoir doucement devant lui, comme écrasée par cette révélation. « On… on a retrouvé leurs corps ? »

 

« Oui… enfin, non… écoutez, Madame, pardon… Mademoiselle Clairefontaine… je ne peux pas vous en dire plus. Avez-vous une idée des endroits où ils se rendaient lorsqu’ils partaient en promenade ? »

 

« Dans les bois… vous longez la Semois pendant un quart d’heure et là, vous quittez le rivière.  Le sentier tourne à gauche et monte vers le plateau en direction de la France ! Des dizaines et des dizaines de kilomètres de forêts et des coins fabuleux dont les enfants rentraient toujours la faim au ventre, mais les yeux gorgés de lumière. »

 

« Vous connaissez le coin ? »

 

« Pas du tout. Personne ne va par là… ça grimpe dur et puis, c’est plein de ronces et de fougères coupantes. Mais Monseigneur Sleenad s’en fichait. Il aurait dû être explorateur ou Père blanc en Afrique. »

 

« Mais les enfants devaient bien vous raconter quelque chose quand même ? »

 

« Ben, ils parlent pas le français ou à peine… souvent de l’espagnol. Mais j’y connais rien… » Elle cherche visiblement à l’aider et fronce des sourcils blancs, comme si elle faisait un rewind de ses souvenirs, puis son visage s’éclaire soudain… « si ! je me souviens… Joselito m’a parlé une fois d’une ‘capilla’, d’un ‘arbol’ et de ‘clavos’… comme je comprenais rien, on a été sur internet chez Pascal… en gros ils avaient vu une vieille chapelle et un arbre plein de clous… en fait j’ai rien compris ! »

 

« Un arbre à clous… »

 

« Vous connaissez ? »

 

« Vaguement… une tradition qui remonte au Moyen-âge. On frotte un clou contre son mal ou sa maladie puis on le plante dans le tronc en espérant que la nature arrange tout… la nature ou la vierge, car ces arbres sont souvent plantés à côté d’une chapelle ou d’une potale. A moins que ce ne soit le contraire… »

 

Elle l’écoute avec attention puis hausse les épaules. « Jamais entendu parler. »

 

                                                        ***

 

Le patron du ‘Colombophile’ l’a pris pour un représentant de commerce, avec sa mallette et son portable. Du coup Ledent est devenu agent d’assurances, avec une spécialisation dans les fermes. L’auberge possède deux chambres qu’on loue en général en été. Mais pas de problème… la femme est montée aussi vite pour faire les poussières, aérer et mettre des draps frais. Salle de bain et WC au fond du couloir.

 

Plat du jour : une salade de pommes de terre au jambon cuit… citron, tomates, cornichons, œuf dur, carrés de fromage nature, un peu de ciboulettes, sel, poivre… délicieux. Faudra qu’il en parle à Suzy.

 

La pétasse l’a déjà rappelé deux fois : « Vous en êtes où ? Monseigneur Gestuel est pendu au téléphone, depuis qu’ils ont parlé de notre perquisition ce midi à la radio… Il devait partir cet après-midi, mais il comptait me rappeler ce soir, sans faute. J’ai eu beau lui dire que je ne dormais pas dans mon bureau, il a réussi à m’arracher mon numéro de portable. Même le Procureur général m’a contacté pour me rappeler les règles de prudence etcetera… Dites-moi Ledent, vous êtes certain de vos collaborateurs ? »

 

« Tout à fait, Madame La juge. La fuite ne vient pas de chez nous. »

 

« Vous avez trouvé quelque chose ? »

 

« Peut-être… je dois encore vérifier. »

 

« Hé bien qu’attendez-vous ? »

 

« C’est que ça se trouve en pleine forêt, Madame la juge, le jour tombe et la discrétion m’empêche de faire appel aux gens du coin ! ». Et d’expliquer en quelques mots l’état de son  enquête.

 

« Vous pensez que les cadavres pourraient se trouver là ? »

 

« Je n’en sais rien. Mais ça vaut la peine d’aller voir. J’irai demain à la première heure… »

 

« Non, non,  allez-y tout de suite. En cette période de l’année, le soir ne tombe pas avant huit heure… vous avez tout le temps. »

  

                                               ***

  

Cette enquête lui plait de moins en moins. Au début, c’était un joli sentier de terre qui  zigzaguait entre les prairies et les bosquets. Il  y avait même quelques papillons pour égayer le paysage et un brin de vent, juste ce qu’il faut, pour l’empêcher de transpirer. Puis, à l’orée du bois,  le chemin s’est rétréci  pour se faufiler entre des chênes et des hêtres… enfin il croit que ce sont des chênes et des hêtres, car il n’y connaît pas grand-chose…

 

Maintenant, il grimpe sur une espèce de piste rocailleuse qui pourrait tout aussi bien être le lit d’un ruisseau, en glissant sur les galets et les branches qui encombrent l’ornière. Et le soir tombe. Elle en a de bonnes, là pétasse… bien sur qu’il fait encore clair à huit heures au bord de la rivière, dans les grands espaces. Mais ici, au milieu de cette forêt, c’est comme s’il était dix heures et on ne vous dit pas l’état des bas de son pantalon.

 

Les godasses ça va encore, ça se nettoie. Mais les griffures des épines, sorry. Ca c’est l’engueulade assurée quand il rentrera demain à la maison. Et puis, il y a cette impression sourde et indéfinissable qui l’étreint depuis un moment, comme si les troncs d’arbres le suivaient des yeux. Et ce silence… c’est normal ça ? Même pas un pépiement d’oiseaux. Dormiraient-ils déjà à cette heure ? Ou devrait-on au contraire les entendre jacasser et siffler pour appeler les petits à rejoindre les nids ?

 

Ceci dit, cette route est la bonne. D’abord parce qu’il n’y a pas d’autre voie dégagée et ensuite parce qu’il a trouvé au passage  un demi emballage de Twix coincé dans une souche pourrie couverte de champignons en grappes. Il l’a mise en poche. On ne sait jamais,  réflexe de flic (tiens, difficile à prononcer ça, réfrexe de flic… réflexe de fric… ré-fle-xe de flic).

 

En fait, l’endroit est sinistre et de plus en plus sombre. Suzy toute seule ici, ce serait la panique assurée. Mais peut-être qu’il se fait des idées parce qu’il est à la recherche de trois gosses charcutés au bistouri ?

 

Il s’arrête un instant et s’assoit sur une souche, dont le fût gît à moins d’un mètre, à moitié freiné dans sa chute par les branches environnantes. Combien de kilomètres a-t-il parcouru, depuis qu’il est passé sous les frondaisons, quatre, cinq ? Il repart en soupirant. S’il continue il va arriver en France. Il  y est déjà, peut-être.

 

Le raidillon s’est aplati et il progresse maintenant sur un passage moins pentu, presque une allée. Les arbres se sont écartés, le sol terreux est devenu ferme. Il a atteint le plateau.

 

Et puis soudain… là… à cent mètres, caché par les feuillages, une chapelle lugubre et moussue qui semble taillée dans la roche tant les pierres du fondement sont grises et les briques rongées d’humidité. Heureusement qu’il a tous ses sens en éveil, car il aurait pu passer dix fois à côté sans la remarquer.

 

Deux fenêtres en ogive tellement sales que la lumière ne doit plus les traverser, un toit d’ardoises à moitié effondré qui laisse apparaître un morceau de charpente, un minuscule clocher (sans cloche) qui arrive à peine aux premières branches des chênes ou des hêtres qui l’entourent… enfin, il croit que ce sont des chênes et des hêtres, car il n’y connaît pas grand-chose, et un porche en bois clouté qui semble hermétiquement clos.

                                             

                                                        ***

 

L’arbre à clous se trouve en face de la ruine dans un puit de lumière blafarde formée par une clairière minuscule. Le spectacle est curieux et désolant, car les fidèles et pèlerins du siècle dernier n’y ont pas accroché que des pointes en fer, mais des bandages herniaires, des loques, des chaussures d’enfant, des ex votos et toutes sortes de colifichets plus ou moins religieux qui pendent en gerbes autour du tronc.

 

Ledent imagine une seconde la foule des miséreux qu’on devait porter et traîner jusqu’ici à travers les sentes  engoncées dans les broussailles. Ca devait geindre, gémir et chanter aussi, avec des litanies à la vierge ou un saint quelconque… Il s’avance prudemment vers l’entrée de la chapelle en examinant le sol. Il y a une trace de pas à demi moulée dans la glaise desséchée. On est venu ici… il aurait du prendre son appareil digital.

 

Et toujours cette impression quasi intuitive qu’il rate quelque chose, qu’il oublie un élément, peut-être même qu’il court ou pourrait courir un danger sans que rien ne vienne étayer cette supposition. Ledent n’est pas un malabar, mais costaud quand même, décidé et certainement pas peureux. Mais cette atmosphère de pourriture ambiante lui porte sur les nerfs…

 

Il y a deux marches pour accéder à la porte qui semble déboîtée. Il pèse de tout son poids sur elle, la sent bouger puis quelque chose coince . Il fait désormais tellement sombre qu’il ne réussit plus à distinguer le mécanisme de la serrure et emploie le halo bleuté de son gsm pour l’examiner.

  

La penne est faussée, apparente et il devrait pouvoir ouvrir avec un levier glissé entre le lourd panneau et l’armature du mur. Il  redescend les marches et tourne autour de la chapelle à la recherche d’un morceau de bois qui convienne. Mais on n’y voit plus goutte et la pile de son portable est en train de rendre l’âme.  

 

‘Vous avez tout le temps’, elle en a de bonnes celle-là !

 

Ah, là… il lui semble reconnaître un solide bâton à moitié dissimulé dans les feuilles. Il le tire à lui. La branche mesure bien deux mètres et il la casse en deux en la précipitant contre un tronc. Il songe même une seconde à l’exploser par bravade contre l’arbre à clous, puis se retient. Comme s’il aurait commis un sacrilège.

 

La lourde  grince, résiste, plie, frotte… et se décapsule enfin d’un coup sec, en arrachant le mécanisme à sa suite. Il fait tellement noir dans l’ouverture béante qu’il pénètre dans la nef les mains tendues devant lui sans rien distinguer. En tous les cas, c’est vide. Pas un banc ni une chaise…  Le dallage est jonché de gravillons et d’objets divers qu’il escamote ou enjambe prudemment pas à pas. Quelques mètres et il est déjà dans le chœur.

 

Un bruit dans son dos. Léger. Imperceptible.

 

Il se retourne vivement, mais bute contre une masse molle étendue à ses pieds, bascule en arrière et s’affaisse sans se blesser sur ce qu’il pense être des tapis roulés. Ses mains s’agitent dans l’air et retombent sur ce qu’il reconnaît enfin comme des corps. Ses doigts palpent à droite une tignasse puis un visage desséché et à gauche une jambe qui compte tenu de la direction ne peut appartenir qu’à une autre personne.

 

Ils sont là, il les a trouvés, mais il  y a beaucoup plus urgent, car devant lui se profile une ombre, qui remplit l’embrasure pénombrée de la porte.

 

 

                                                        ***

 

Il n’a pas d’arme sur lui. Dans les films de gangsters, les inspecteurs et commissaires ont toujours un revolver à la ceinture ou mieux, dissimulé sous le pantalon, dans un petit holster lié à la cheville…mais pourquoi se serait-il armé pour une simple enquête de voisinage ? De toute façon, il est trop tard pour regretter car l’individu qui se tient immobile à trois mètres de lui semble bien réel. A moins que ce ne soit un fantôme…

 

Il tente de se dégager et entend au même instant un flop discret suivi d’un sifflement léger, comme celui d’une abeille qui vous frôle l’oreille, puis éprouve immédiatement une douleur au bras droit. Par association de pensée, il se dit que l’insecte l’a piqué. Mais sa main rencontre aussi vite une seringue plantée dans son biceps et il comprend… tout. En un éclair ! A l’école de police on appelle ça, la technique du petit poucet. Semer des cailloux blancs pour attirer l’enquête dans la direction qu’on veut lui donner…

 

La douleur a disparu, mais son bras droit ne répond plus…  l’autre non plus d’ailleurs… il essaie…

 

                  

                                                        ***

 

Et arriva ce qui devait arriver.

 

                           

                                                        ***

 

On ne parle plus que de ça sur toutes les télés du pays. La rumeur a explosé comme une grenade mal dégoupillée. Même les correspondants étrangers accourent avec leurs cameraman et perchiste. Les présentateurs invitent tous les spécialistes, psychiatres et profs d’univ qu’ils peuvent dénicher pour commenter, analyser et tenter d’expliquer l’inexplicable… C’est le bordel intégral.

 

Un nouveau scandale vient d’éclater dans l’église et le public adore. Après les prêtres amoureux de leur bonne et les pédophiles, voilà que les bouffeurs de curés peuvent s’offrir un cardinal qui découpe les couilles de ses jeunes amants pour les mettre en conserve.

 

Trois, quatre et maintenant cinq camionnettes télé stationnent au petit bonheur la chance, paraboles déployées, en face de l’évêché de Malines-Bruxelles où des policiers montent la garde. Tous les journalistes ont leur regard braqué sur la haute fenêtre du deuxième étage de l’immeuble où, parait-il, se trouve le bureau du vicaire général, qui a du rentrer de toute urgence de l’étranger et que personne n’est encore parvenu à interviewer.

 

Gestuel est pâle comme la mort. Les yeux rougis de fatigue, épuisé par une semaine de coups de fil, de mails, de contacts personnels et d’interventions diverses, son masque est tendu comme celui d’une momie et ses longues mains d’ecclésiastique un peu efféminé tremblent de tension contenue.

 

Il a demandé qu’on ne le dérange plus, sous quelque condition que ce soit. Il a revêtu sa soutane noire liserée, le collaro, la large ceinture violette et la calotte de couleur.

 

Il se lève enfin le regard fiévreux, fou et se dirige comme un automate vers le petit autel dressé dans un coin de la pièce. Il se hausse sur la pointe des pieds, retourne le crucifix qui surplombe le reposoir, tombe à genoux a même le sol, joint les mains et entame une longue prière…

 

« Je te salue, Prince des ténèbres, plein de haine et de laideur,

   que Satan soit avec toi,

   tu es exécré entre tous les démons

   et Lucifer, le fruit de l’abomination , règne en sa pourriture perverse… »

 


 

FIN

 

 

ALORS ?????? QUI A TROUVE ? QUI A GAGNE ??????

Publié dans Réflexions

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