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Le blog Aloys

Articles avec #textes tag

"Réflexions", un texte signé J.P. Volpi

16 Octobre 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

 

RÉFLEXIONS…

 

Passent tant de printemps et tant d’hivers… Se taisent tant de voix et s’éloignent tant de rires… Les êtres chers disparaissent et, alors que nous vieillissons, que la jeunesse nous retire ce droit que l’on croyait acquis à l’innocence - mais leur tour viendra bien plus tôt qu’ils n’osent l’imaginer -, nos souvenirs chéris semblent soudain provenir d’une autre vie, ou, même, être irréels.

 

Les images se font floues… Les couleurs se font fades… Que se passe-t-il, quand tous les anciens sont partis ? Les odeurs ne sont plus. Les intonations ne sont plus. On les oublie, insensiblement…

 

Avoir des enfants, des frères et des sœurs, c’est n’être jamais seul. Ou, du moins, ça devrait être ainsi…

 

Pour l’enfant unique, comme pour celui ou celle qui n’aura jamais d’enfants, le jour viendra où le silence et la solitude se feront absolus et d’une férocité atroce.

 

Qui sera là pour se souvenir que nous avons été des enfants, que nous avons été heureux, que nous avons ri, que nous avons eu des rêves de géant ?

 

Vieillir n’est pas l’abomination… L’abomination, c’est la fin de l’innocence. L’abomination, c’est qu’un jour on ne pourra plus leur dire : « Maman », « Papa »… L’abomination, c’est le silence et la solitude, ces vieux amants !

 

Le plus heureux est peut-être l’enfant qui n’est pas né ?

 

Peut-être…

 

J. P. Volpi

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Joël Mespoulède nous présente son ouvrage "Faune sauvage"

15 Octobre 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations, #Textes

 

 

Biographie :

 

Joël Mespoulède est né en 1966. Il vit actuellement dans le Languedoc avec ses deux enfants et sa compagne. Après un polar publié en 1999, quelques nouvelles et une poignée de dramatiques radio, il a collaboré avec la compagnie de l'Abreuvoir sur plusieurs spectacles et revient en littérature avec Faune Sauvage, un récit entre polar et nature writing..

Il travaille aussi pour le label Sirventès au développement de groupes comme la Mal Coiffée et du Bartàs

 

 

Résumé :

 

Faune Sauvage parle de notre relation à la nature et de sa place dans la société des hommes... Nicolas, le narrateur, est photographe professionnel spécialisé dans la photo animalière. Fin connaisseur de la vie sauvage, il traque, dans ses montagnes natales, un vieux mouflon mythique pour en tirer un portrait en forme d'image parfaite. La photo une fois faite devient un emblème pour ce territoire perdu au point de déclencher colère et convoitise. D'aucuns se lancent à la poursuite de l'animal. Pas question pour Nicolas de voir « son » mouflon finir en trophée. Il se lance à son tour dans la chasse cependant que la nature observe, ni bonne ni cruelle, juste indifférente au drame qu'il concerne les hommes ou les animaux. Nicolas évitera la chute grâce à l'amour et à une promesse d'enfant, car ce sont là aussi des liens très anciens avec notre nature d'humains, quand nous nous disputions la prééminence avec les autres espèces d'êtres vivants.

 

Extrait :

 

CHAPITRE 1

 

 

        Par delà les brumes du sommeil, le téléphone fait surgir dans ma mémoire le souvenir du réveil. 3H30 ! En avant cœur vaillant ! Cette journée est à toi !

        Se lever quand la nuit est la plus profonde n'a rien de normal ni de très facile. Les yeux grands ouverts, le corps n'en veut pas. Si la tête est prête, les articulations regimbent, le dos et une certaine forme de pesanteur dans les jambes, toutes ces pré-douleurs du temps qui passe m'annoncent des lendemains de moins en moins glorieux.

        Bon Dieu ! Foutue mécanique ! Debout !

        Je m'extirpe du duvet. Quand je pars au milieu de la nuit, le choix du canapé me garantit de ne pas déranger la maisonnée.

        La douche est brûlante et longue. Le sac prêt depuis la veille m'attend, appuyé à la porte d'entrée. Je repasse soigneusement la litanie. Appareil chargé, objo vissé, vêtements de rechange, gants, cagoule, polaire camouflée, parka gore-tex.

        3H45 dans la cuisine, France Inter sourdine les émissions à succès de la veille. Ne pas oublier le sac de bouffe dans le réfrigérateur, il ne manquerait plus que ça. Ce qui me fait office de petit-déjeuner est copieux, certes, mais ne me fera pas toute la journée.

        Météo France me promet une belle journée avec un vent d'ouest de vingt km/h. Qu'il sera bon, tout à l'heure, quand la fatigue sera telle que mes jambes en trembleront, de trouver une tanière abritée, de tout déballer, léché par les rayons du soleil, d'enlever les chaussures. La torpeur me gagnera. Poser le bouquin, à ne pas oublier de caser dans une poche extérieure, m'endormir comme un enfant.

        Bon Dieu de bon Dieu ! Cette époque est-elle si dégueulasse qu'une journée de silence avec le souffle du vent et les chants des oiseaux m'apparaît comme un luxe à nul autre pareil ?

        4h25. Dans la rue. Le timing est bon, je suis même légèrement en avance. Plus loin quelques fêtards parlent fort et font claquer les portières. J'accélère. Mes pas sonnent fort sur l'asphalte. Pour autant nos chemins ne se croiseront pas. Ce ne sera pas After Hours. New York est loin et la vie n'est pas un film de Scorsese, même sous un éclairage fantomatique.

        Dans la voiture, France Inter continue d'égrainer ses rediffusions. Le moteur ronronne. J'allume une cigarette. Je sais que tout à l'heure, je le regretterai, mais pour l'instant, je la savoure. La nuit m'appartient.

        Je pars en montagne. Silencieux comme un loup, je vais me glisser dans son manteau de forêt. Et je serai sur les crêtes avant l'aube.

        5h00. J'y suis. Voiture verrouillée. Je marche à la lumière de la pleine lune. Dans une 1h30 j'arriverai là-haut, en poste.

        Je prends bien garde de lever les jambes et de dérouler le pied pour faire le moins de bruit possible. Malgré tout, de temps en temps je déloge une pierre. Une branche craque. La forêt commence par retenir son souffle... puis je la devine qui murmure au travers de la brise : « Un intrus, il y a un intrus... ». Soudain, une forme sombre bondit du sous-bois, traverse le chemin.     Le bruit d'une course. Les branches claquent. Un animal solitaire, un cerf sans aucun doute. La surprise me fait sauter le cœur comme s'il voulait jaillir de ma poitrine. Pas la peur. La peur est une sourde angoisse qu'il faut secouer comme un frisson, parce que la nuit dans la forêt ce n'est pas le temps de l'homme. Et pourtant, c'est si bon. Le froid sur la peau, mon souffle qui se condense en un brouillard fugace. Les bronches me grattent. Je n'aurais pas dû fumer cette cigarette.

        Un vieux sapin pectiné à moitié fracassé, rongé par les insectes ou malmené par un coup de vent, exsude sa résine. Le goût est fort au point d'en être écœurant, la résine colle aux dents, mais soulage la gorge.

        Le dénivelé tire méchamment les muscles de mes jambes. Avant c'était raide et maintenant c'est très raide. Il n'y a plus que des hêtres. Les fûts s'espacent, se tordent, rampent. J'approche. Peu à peu le noir de la nuit se teinte du bleu de la pré-aube que nul peintre ne pourra jamais inventer, un bleu roi profond et lumineux en même temps.

        Est-ce qu'un photographe peut y arriver ? Il y a une compo à essayer. Le flanc de la montagne encore sombre, ce bleu du ciel, une voiture qui monte dans les lacets, la traînée des phares comme une virgule lumineuse qui surligne le noir des rocs et l'intensité du ciel. Il faut juste trouver le lieu... Et quelqu'un pour piloter la bagnole.

        J'imagine la scène : « Chérie, j'ai une super idée. Alors voilà, toi tu conduis la voiture et moi je déclenche... ».

        Hummm. Ça veut dire que le temps doit être clair et dégagé. En se levant à 4h ou 5h du mat, un jour où la gamine dort chez une copine, avec un peu d'organisation et de méthode, elle peut arriver au collège à temps. Ce sont des lumières fugaces. Cinq minutes ? Dix minutes maximum. Clic-clac et c'est dans la boîte.

        L'idée peut-elle la séduire ? Humm... C'est la mise en œuvre qui sera délicate...Sans parler du temps de préparation, de repérage.

        Merde ! Assez rêvassé ! Il faut que je m'active, l'aube est proche. Déjà les oiseaux s'affolent. Les prairies d'estive prennent cette teinte de bronze passé qui annonce la lumière. Là-bas, à l'Est, un halo jaune hésite devant la noirceur de la nuit. Vite. Il faut que je rejoigne ma place.

        La lune, le vent, la lumière, les pluies hier, normalement toutes les conditions sont pour moi. Si je ne me sors pas une bonne image, je me bouffe le trépied.

        Non ! Pas le trépied, au prix où ça coûte.

        Si je ne sors pas une image, je bouffe mon chapeau... De toute manière au rythme où je les perds.

        Appuyé au rocher, j'attends le soleil qui me permettra de me réchauffer. Le tee-shirt empoissé de sueur, tout de suite froid, me colle au dos. Je me changerai plus tard, je ne veux plus bouger, je suis au poste, un amas de rochers d'où pointent un sorbier et quelques bouleaux nains. Camouflé, je suis invisible tant que je reste immobile. J'attends.

        La prairie se déroule sur une petite centaine de mètres avant la pente qu'escaladent les bois. Je suis en embuscade à dix mètres d'une coulée qu'empruntent tous les animaux du secteur. Je les attends là parce que j'y ai réussi quelques-uns de mes plus beaux portraits d'animaux sauvages.

        Et s'ils ne viennent pas sur moi, j'ai toujours moyen de me déplacer, de m'approcher à couvert, pieds nus, en silence, comme un Sioux.

        Du bruit ! Craquements des branches et froissements des genêts. Sur l'estive, la lumière avance comme une vague. Je peux faire le point, vérifier les réglages, augmenter la vitesse. Je suis tendu. C'est toujours la même chose. On a beau y être habitué, l'adrénaline, la fabuleuse accélération du cœur.

        C'est un sentiment étrange. Je crois volontiers que c'est celui du prédateur, un lien ténu qui par-delà les temps nous lie à une humanité plus farouche, à l'animal. La viande ! J'adore cet instant. Il n'y avait rien et soudain ils se matérialisent, là.

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Daily, un petit texte signé Brune Sapin

13 Octobre 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes, #Nouvelle

Daily


 

Minuscule matin au lever de soleil orange sur une route mouvementée d’un côté de l’autre.

Les transports pour désigner les allers et venus facilités par les moteurs, empourprés de gens fin prêts - à l’emploi, à la journée - aux allures frôlées, vues, reconnues, sourires non réciproques - actes manqués – adolescents courbés, des enfants enthousiastes, des étudiants - cheminement éternel des étudiants.

Autant de tenues à décortiquer - une esthétique du dévisagement approximatif.

Un baiser sur la joue d’une jeune-fille au hasard des rapprochements en commun - lui, un beau garçon au chignon blond tape-à-l’œil indiscret.

Et les lunettes ? Un syndrome. Un symptôme ? - Un paradigme cardiaque. -

En théorie, par analogie et rêves funambules au-dessus du brouhaha de la foule des tas de ferraille en tas.

Foule - gagnante, conquérante, mouvante - foule citadine, foule clandestine.

Les lunettes. Vision de feu fumant et trouble.

La lumière.


 

Brune Sapin

Il a beau pleuvoir, le soleil n'est jamais mouillé 

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Edmée de Xhavée nous présente son prochain roman "Silencieux Tumultes"

10 Octobre 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes, #présentations


 

Voici un extrait du prochain roman à paraître chez Chloé des lys… Une maison, plusieurs générations, et plusieurs secrets. Que seuls les acteurs de ce secret, la maison et le lecteur connaissent. Quel est le pouvoir de ces secrets, s’il en a ? Que deviennent ces amours et ces rires entre les murs ? Floraisons éphémères, saisonnières, éternelles ?

***

Il fait déjà si chaud depuis deux semaines que les lobélias ont fleuri, ainsi que les calcéolaires d’un jaune tigré, qui jettent une note vive.

Christine et Mireille jouent à la dinette dans le fond du jardin, sous la gloriette où le parfum entêtant de la glycine les encercle.

Elle les entend caqueter et rire, parler à leurs poupées, les invitées d’honneur. Belle Jacqueline – la belle poupée de porcelaine aux yeux bleus de verre frangés de longs cils noirs, des rubans de soie et de vrais cheveux blonds coiffés en tire-bouchons - semble faire des chichis et refuser encore un peu de craquelin (Pain brioché constellé de pépites de sucre qu'on trouve dans toutes les régions de Belgique) tout frais, mais par contre consentir à accepter une autre tasse de thé « Prince des mers de Chine » sans sucre et avec un léger nuage de lait, tandis que Micheline, simple poupée de celluloïd, est plus gourmande et redemande de tout.

« Je vous en prie, je vous en prie mesdames, vous êtes nos visiteuses de marque et rien ne peut nous faire plus grand grand plaisir » gazouille Christine en prenant l’accent anglais, qu’elle considère être le sommet de la distinction. « Mais écoutez donc ! Qui sonne à la porte ? Miss Daisy, dear, voudriez-vous aller ouvrir, ça doit être Mademoiselle Poupette qui arrive en retard à cause du trolleybus »…

Anne sourit paresseusement, se divertissant à les voir en pensée tandis qu’elles miment les attitudes des grands avec le minuscule service de plastique jaune et de vraies tranches de craquelin coupées en petites bouchées, ainsi que du jus de pomme pour imiter le thé. Miss Daisy est la servante imaginaire et que l’on devine très stylée, mais bien qu’elle se comporte de manière irréprochable et loin de l’hystérie, parfois elle est priée de se reposer un instant et de s’offrir elle-aussi une tasse de thé pour reprendre ses esprits.

Cette double naissance les avait tous étonnés, d’autant qu’elle n’avait pas pris beaucoup de poids, ce qui avait fait dire à Marco qu’il fallait les tenir à l’œil car une des deux savait se faire toute petite !

Le berceau d’Anne et ses sœurs enfants, retendu de blanc lui aussi en grande urgence, était venu tenir compagnie à celui de Marco, et on avait acheté un second lit à barreaux assorti au premier pour quand le berceau ne suffirait plus…

 

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Une balade poétique "La truite au parc" entre cousins (Thierry et Colette) signée Thierry-Marie Delaunois

1 Octobre 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

T: Holà, qu’est-ce donc?

 Dis-moi, cousine, entends-tu?

Une douce mélodie!

Même les oiseaux se sont tus!

Mon Dieu, ce qu’elle est jolie!

Dans ce parc enchanteur, vois-tu,

Elle est telle harmonie

Et cela m’enchante, sais-tu!

Rêve ou pure folie?

 

C: Oui, mon cousin, et quel bonheur!

S’agirait-il d’un quintette?

Et interprété avec coeur,

Le piano en vedette

Développant avec ferveur

Un air si plaisant, si chouette,

Bucolique, en la majeur,

Superbe chant d’alouette!

 

T: Oui, cousine, quelle émotion!

Ce sensible pianiste

Requiert toute notre attention,

Mais vient le violoniste

Pour ce thème et variations;

Ensuite survient l’altiste!

Je suis empli d’admiration!

Au diable les pensées tristes!

 

C: Dans ce cadre, c’est magique

Car sous ce soleil éclatant,

Souverain et dynamique,

Ce thème pur et caressant

Sublime cette musique

Portée par cinq instruments!

C’est à ce point féérique,

Bénéfique et envoûtant!

 

T: Cet ensemble est harmonieux,

Crois-moi! De grande qualité!

Voici le kiosque, c’est heureux!

Mais quelle générosité:

Ils sont tout flamme, vigoureux!

C’est un quintette réputé

Pour un mouvement savoureux,

D’une extrême limpidité!

 

C: Vraiment comme un gai refrain,

Les variations, les couplets!

Ce compositeur autrichien,

Inspiré, connu, il me plaît:

Aucune oeuvre sans lendemain!

Que de l’authentique, du vrai!

Tempo et rythme pleins d’entrain

Pour mélomanes fins gourmets!

 

T: c’est bien la truite de Schubert?

 

C: Eh oui! C’est on ne peut plus clair!

“Voyez au sein de l’onde ainsi qu’un trait d’argent

La truite vagabonde braver le flot changeant…”

 

C et T: Joli!

 

 

 

Thierry-Marie DELAUNOIS

 

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Cécile Biehler nous propose un extrait de son roman "Esquisse d'un chef d'oeuvre"

11 Septembre 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes, #présentations

 

3

Pianissimo

(très doucement)

 

 

Dans cette boutique, les horloges à répétition et les montres ne s’exprimaient jamais.

Ici, c’était à l’épaisseur de la couche de poussière sur les armoires, les lampes ou les vieux périodiques que l’on mesurait le temps qui passait.

Jacques, le propriétaire des lieux, chérissait ces objets. Tout petit déjà il s’était attaché à eux. Vers cinq ou six ans, il avait pris l’habitude de vivre perpétuellement avec certains d’entre eux : une superbe pierre aux reflets d’opaline, une pince à linge violette, sa première dent de lait tombée.

 

 

Ils constituaient des points d’adhérence au monde qui se modifièrent subtilement à mesure que son âge avançait : il vivait actuellement en concubinage avec une salière, une punaise, une télécommande, un cendrier et un réveil arrêté.

Ici, les vieux meubles craquaient, une pile de journaux pouvait s’effondrer, certaines bagues lui narraient des amours périmés. Seuls y étaient interdits de séjour les objets marquant les heures de la journée.

Jacques détestait qu’on lui dictât le temps.

Avec l’expérience, il avait appris que lorsque l’on n’avait pas un instant défini pour chaque acte, celui-ci se réalisait de lui-même au bon moment.

Il ne pouvait souffrir, surtout, la fréquentation des montres-bracelets : menottes d’un temps autoritaire, de son ego démesuré.

 

L’une seule d’elles en état de marche aurait faussé toutes les perspectives de sa journée.

Funambule en perpétuel déséquilibre entre les heures imposées, inéprouvées et celles libertaires plus ajustées, il craignait perpétuellement de basculer.

Dans le vocabulaire de l’horlogerie, ne parlait-on pas d’ailleurs de montres à compensation, de frottements et autres expressions barbares ?

Seul le terme « échappements libres » lui convenait.

Il aimait cela plus que tout : la liberté. Celle de converser à tous moments avec les tableaux, les commodes, les fauteuils Voltaire. Chaque journée amenait de nouvelles confessions : un bois joyeux, un velours triste.

Il naviguait des uns aux autres avec douceur, arrangeur de leurs états d’âme afin que l’ensemble forme une composition harmonieuse.

 

Souvent, les meubles frémissaient d’impatience à son approche.

Il se nourrissait de leurs expériences, de la charge affective déposée en eux.

Certaines fois, il en tombait presque amoureux.

Dernier béguin en date : une théière en faïence écrue incrustée de fleurs mauves et son col ébréché. De celles que l’on rencontre parfois dans les maisons de campagne surmontées d’un porte-filtre d’où s’exhale l’odeur familière du café du matin.

L’amertume de s’en être séparé la semaine passée…

D’autres objets plutôt rusés ne lui faisaient pourtant guère illusion comme cette roublarde de table faussement marbrée.

 

La patine meurtrie, dépressive, l’armoire qui manque d’étouffer : peu de ses clients savaient écouter, peu estimaient à leur juste valeur les marques du passé.

D’emblée, lorsque l’un d’eux passait la porte, commençait à feuilleter un incunable ou posait ses mains sur la rayonne d’une liseuse, il pouvait arrêter son jugement ; leurs doigts étaient bien souvent trop brutaux et vulgaires pour faire d’eux une famille d’adoption convenable.

Lorsqu’il avait ouvert son commerce, selon les prix qu’on lui en proposait, il avait bien souvent bradé certains objets.

S'en sont suivies, ensuite, des nuits d’une blancheur coupable.

Ecœuré de lui-même : sa puanteur surtout, celle d’un maquereau en décomposition ayant passé sa vie à vendre des corps au plus offrant. Jusqu’à saturation, jusqu’à la pose de l’écriteau dans la vitrine : « Bail à céder ».

Bientôt il lui faudra choisir les objets qui l’accompagneront au-delà de la fermeture.

Quatre ou cinq pas plus, qu’il gardera près de lui contre l’isolement des vieux jours.

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La planète de Pâques... courte évocation signée Marion Oruezal

12 Juillet 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles, #Textes, #présentations

 

Ah, l’île de Pâques… Son nom seul est synonyme d’exotisme. J’imagine volontiers Indiana Jones en quête d’un trésor fabuleux sur cette île perdue du Pacifique. Je l’imagine percer les secrets les plus opaques des Moais, les célèbres géants de pierre à la silhouette si caractéristique. L’île de Pâques, c’est un désert abreuvé de mystère.

Mais l’île de Pâques, c’est aussi un passé chargé d’Histoire. Une bien sombre histoire. Celle des hommes qui exploitent les ressources naturelles avec une insoutenable intensité. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Et qu’ils finissent, au cœur de cette Nature dévastée, par mourir à leur tour.

Aujourd’hui, les hommes modernes reproduisent les erreurs commises par les peuples anciens de l’île de Pâques. Les moyens techniques, titanesques, sont tout autres. Et l’échelle, planétaire. La planète tout entière revit la désastreuse histoire l’île de Pâques.

Sur la planète de Pâques, les hommes sauront-ils, cette fois, s’arrêter à temps ?

« La Planète de Pâques » est un roman de Marion Oruezabal. Sensible aux causes environnementales et à l’avenir de l’humanité, Marion est très engagée auprès de nombreuses associations.

 

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Ici et ailleurs, un extrait du nouvel ouvrage de Jean-François Foulon

11 Juillet 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

LA LETTRE


 


 

Il n’y avait pas dix minutes que monsieur Habary était dans son jardin quand on sonna à la porte. Il déposa à terre les grands ciseaux avec lesquels il s’apprêtait à tailler la haie et se dirigea vers la maison. C’était le facteur, qui tenait à la main une lettre postée de Paris. Elle attendrait !

 

— Un petit verre ?


 

Comme chaque fois, la conversation s’engagea aussitôt. Depuis qu’il était à la retraite, monsieur Habary ne voyait plus grand monde et la venue du facteur était toujours la bienvenue, d’autant plus que celui-ci passait rarement. En effet, à part quelques factures, il n’y avait plus beaucoup de courrier pour le 14 de l’allée des moineaux. Quand on est veuf depuis vingt ans et que votre fille préfère le téléphone, qui pourrait bien vous écrire ? Autrefois, quand il habitait Paris, il rencontrait de nombreuses personnes, surtout issues des cercles scientifiques. C’était l’époque où il s’était fait remarquer par la publication de quelques articles dans le domaine de la botanique et il avait aussi collaboré, comme bénévole, à quelques projets menés par le F.N.R.S. Bref, il connaissait des gens et il n’était pas rare, au sortir d’une conférence, de le voir revenir à la maison à dix heures du soir, accompagné de quelques amis. Sa femme aimait ces réunions improvisées et elle se mêlait souvent à la conversation. Parfois, leur petite fille se réveillait et elle descendait en pyjama pour voir qui étaient tous ces messieurs qui parlaient si fort.


 

C’était une époque merveilleuse, mais elle avait été trop courte. En effet, sa femme était morte subitement, comme cela, sans crier gare, d’un cancer qui l’avait mangée tout en dedans en quelques mois. Quelle étrange chose que la vie ! Il était resté seul pour élever la petite, alors, pour lui consacrer le plus de temps possible, progressivement, il avait abandonné toutes ses réunions, tous ses colloques, et il n’avait plus rien publié. Mais il ne le regrettait pas, car Fabienne était une enfant merveilleuse. En grandissant, elle s’était mise à ressembler à sa mère, avec sa queue de cheval, son large sourire et ses grands yeux au regard brillant et malicieux. Monsieur Habary en avait presque oublié qu’il vieillissait, tant il lui semblait revivre les premières années de son mariage. Ils ne se quittaient pas. Le samedi, ils traînaient ensemble dans les magasins, ou bien ils allaient au cinéma. Le dimanche, ils partaient pour la Normandie et ils marchaient des heures le long des rivages de sable fin, au pied des grandes falaises de calcaire blanc. Pendant les grandes vacances, ils louaient une petite maison en Provence, dans les contreforts du Lubéron. Ils avaient passé là des moments merveilleux, dans une nature sauvage, écrasée de soleil et remplie du chant lancinant des cigales. C’était à un point tel que ce matin encore, quand il avait entendu dans son jardin de Seine et Marne un timide grillon émettre un petit cricri, sa mémoire s’était immédiatement envolée vers ces moments enchantés passés ensemble autrefois.


 

Puis Fabienne avait grandi. Elle avait réussi son baccalauréat, était entrée à la faculté et en était ressortie avec un diplôme de spécialiste en médecine tropicale. Alors, elle était partie, partie pour ces pays lointains aux noms étranges : N’Djaména, Khartoum, Bangui, Yaoundé.

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Lena... Extraits signés Claude Colson

10 Juillet 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

Journal :

1

Novembre. Re-nouvembre. Comment faire pour que cette trahison à mes sentiments, qui m'a été infligée, ne me pourrisse plus le c?ur et me laisse regarder l'avenir d'un ?il confiant ? Je dois museler les pronoms de la deuxième personne qui affleurent sous ma plume. C'est vrai qu'au bout de tant de mois on peut se demander à quoi bon . La blessure est encore là et retarde probablement la guérison, qui ne peut venir que d'une rencontre. Je les attends l'une et l'autre. Puissent-elles venir vite pour que s'éloigne le spectre du renoncement, qui ne m'est pas naturel.

Et la rivière encore, entrevue cette fois dans la nuit du train qui fuit. Le jour se lèvera sur elle comme sur le fleuve d'Héraclite. Même et autre. Les initiatives prises récemment devraient me procurer cette nécessaire ouverture aux autres, à l'autre, un renouveau. Regarder les mêmes choses autrement, endiguer la sape de la mémoire. Se consacrer au présent et donc provisoirement cesser d'écrire si je ne peux en changer la matière.

 

2

Non, car c'est une partie de ma joie et donc de ma VIE. Hier soir déjà recommencer à rêver en répondant à quelques annonces, déjà curieux d'une éventuelle réponse, même impatient. C'est l'espoir qui balbutie. Orienter ce journal autrement. Réveiller la foi.

 

3

Depuis quatre jours des contacts par Internet avec des inconnues et ça frémit à nouveau. L'une d'elles de par ses écrits me trotte dans la tête et je n'arrive plus à me concentrer suffisamment pour lire. Je commence à me reconna?tre, « indécrottable », pour ne pas employer un autre mot qui a eu son temps.  ?/

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Claude Colson nous présente "Léna", son second ouvrage...

5 Juillet 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes, #présentations

 

« Léna, une rencontre » 2007

 

 

Histoire peu banale d'une relation amoureuse évoluant - chemin inverse du trajet habituel - de l'attirance à la passion en passant au préalable par l'amour.


Sous forme de triptyque:

- Un récit initial relate cette liaison dans son ensemble, puis deux parties creusent, telles une spirale, le vécu, en quête de sens :
- Des poèmes en prose reviennent plutôt sur les jours passés ensemble dans le partage et le bonheur.
- Un journal dit surtout la souffrance de l'Après

Une analyse aigu? du cataclysme intérieur

 

Un avis : « Léna a l'avantage sur Saisons de proposer quelques éclaircies dans un paysage amoureux très sombre. Claude Colson traite de l'ensemble de la liaison entre le narrateur et son amie d'un temps. On peut errer dans ce livre, sans le lire dans l'ordre, et passer sans cesse du court récit d'introduction aux pages du journal, puis aux poèmes. Trois éclairages différents, trois manières, et, toujours, une ma?trise admirable de la langue. C'est comme une douceur amère. Tim Burton, le cinéaste, disait, dans une interview, à propos de Charlie et la chocolaterie, qu'il n'aimait pas ce qui était trop sucré et qu'il préférait un peu d'amertume en tout. Ici aussi, les go?ts sont intimements mêlés.... » (F.M.)

 

Deux extraits :

 

Un soir d'octobre, rentrant chez lui par le train, il l'entendit et dut la regarder.

Il n'était pas remis d'une rupture qui s'était éternisée, dix mois plus tôt, et avait fini par le laisser déboussolé et meurtri. Les antidépresseurs lui permettaient de tenir.

Ce soir là, lisant, il prêtait une oreille distraite au babil des deux dames qui le côtoyaient dans le compartiment. Il se souvint avoir déjà vu la femme aux cheveux châtains qui lui faisait face, probablement sur le quai où chaque jour il prenait son train. Il avait alors juste remarqué une taille élancée et une certaine recherche dans l 'habillement qui immédiatement l'avaient fait se sentir incapable d'intéresser une telle personne. Trop bien pour lui. Un vieux réflexe.

Il ne put néanmoins s'empêcher de sourire visiblement à certaines des remarques des deux voyageuses qui de toute évidence se savaient écoutées. Lorsqu'il la revit sur le quai quelques jours plus tard, il lui demanda la permission de voyager avec elle. Elle accepta mais comme elle faisait depuis longtemps ce trajet qui la menait au travail avec quelques connaissances, elle le fit pénétrer dans ce groupe hétéroclite. Bientôt ils voyagèrent ainsi, à plusieurs, matin et soir.

Très vite il eut envie de la voir seule et il l'invita à déjeuner, peu s?r de son acceptation. Contre ses prévisions ce fut oui. « En tout bien, tout honneur» dit-elle, précisant encore« A charge de revanche ».
Elle le vouvoyait et l'appelait Jean-Yves et il trouvait cette distance délicieuse.
Comme elle n'aimait pas son propre prénom, désuet, il la nomma Léna.

 

*****

 

Léna était mariée. Peu à peu elle avoua à Jean-Yves que cette union était devenue insipide et formelle depuis plus de 10 ans déjà. Elle prenait plaisir à rencontrer son nouvel ami, même s'il ne pouvaient s'isoler, et encore, seulement pour discuter, que très épisodiquement.
Lui, éternel rêveur, s'éprit vite mais superficiellement de cette incarnation d'un mystère qu'il chérissait, la féminité. Depuis quelques années il avait pris go?t à l'écriture, qui exaltait ses sensations et il remit bientôt à Léna des sortes de poèmes qu'elle devait conserver cachés. Déjà ils partageaient un secret. ?/

 

Claude COLSON

 

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