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Le blog Aloys

Articles avec #textes tag

La planète de Pâques... courte évocation signée Marion Oruezal

12 Juillet 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles, #Textes, #présentations

 

Ah, l’île de Pâques… Son nom seul est synonyme d’exotisme. J’imagine volontiers Indiana Jones en quête d’un trésor fabuleux sur cette île perdue du Pacifique. Je l’imagine percer les secrets les plus opaques des Moais, les célèbres géants de pierre à la silhouette si caractéristique. L’île de Pâques, c’est un désert abreuvé de mystère.

Mais l’île de Pâques, c’est aussi un passé chargé d’Histoire. Une bien sombre histoire. Celle des hommes qui exploitent les ressources naturelles avec une insoutenable intensité. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Et qu’ils finissent, au cœur de cette Nature dévastée, par mourir à leur tour.

Aujourd’hui, les hommes modernes reproduisent les erreurs commises par les peuples anciens de l’île de Pâques. Les moyens techniques, titanesques, sont tout autres. Et l’échelle, planétaire. La planète tout entière revit la désastreuse histoire l’île de Pâques.

Sur la planète de Pâques, les hommes sauront-ils, cette fois, s’arrêter à temps ?

« La Planète de Pâques » est un roman de Marion Oruezabal. Sensible aux causes environnementales et à l’avenir de l’humanité, Marion est très engagée auprès de nombreuses associations.

 

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Ici et ailleurs, un extrait du nouvel ouvrage de Jean-François Foulon

11 Juillet 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

LA LETTRE


 


 

Il n’y avait pas dix minutes que monsieur Habary était dans son jardin quand on sonna à la porte. Il déposa à terre les grands ciseaux avec lesquels il s’apprêtait à tailler la haie et se dirigea vers la maison. C’était le facteur, qui tenait à la main une lettre postée de Paris. Elle attendrait !

 

— Un petit verre ?


 

Comme chaque fois, la conversation s’engagea aussitôt. Depuis qu’il était à la retraite, monsieur Habary ne voyait plus grand monde et la venue du facteur était toujours la bienvenue, d’autant plus que celui-ci passait rarement. En effet, à part quelques factures, il n’y avait plus beaucoup de courrier pour le 14 de l’allée des moineaux. Quand on est veuf depuis vingt ans et que votre fille préfère le téléphone, qui pourrait bien vous écrire ? Autrefois, quand il habitait Paris, il rencontrait de nombreuses personnes, surtout issues des cercles scientifiques. C’était l’époque où il s’était fait remarquer par la publication de quelques articles dans le domaine de la botanique et il avait aussi collaboré, comme bénévole, à quelques projets menés par le F.N.R.S. Bref, il connaissait des gens et il n’était pas rare, au sortir d’une conférence, de le voir revenir à la maison à dix heures du soir, accompagné de quelques amis. Sa femme aimait ces réunions improvisées et elle se mêlait souvent à la conversation. Parfois, leur petite fille se réveillait et elle descendait en pyjama pour voir qui étaient tous ces messieurs qui parlaient si fort.


 

C’était une époque merveilleuse, mais elle avait été trop courte. En effet, sa femme était morte subitement, comme cela, sans crier gare, d’un cancer qui l’avait mangée tout en dedans en quelques mois. Quelle étrange chose que la vie ! Il était resté seul pour élever la petite, alors, pour lui consacrer le plus de temps possible, progressivement, il avait abandonné toutes ses réunions, tous ses colloques, et il n’avait plus rien publié. Mais il ne le regrettait pas, car Fabienne était une enfant merveilleuse. En grandissant, elle s’était mise à ressembler à sa mère, avec sa queue de cheval, son large sourire et ses grands yeux au regard brillant et malicieux. Monsieur Habary en avait presque oublié qu’il vieillissait, tant il lui semblait revivre les premières années de son mariage. Ils ne se quittaient pas. Le samedi, ils traînaient ensemble dans les magasins, ou bien ils allaient au cinéma. Le dimanche, ils partaient pour la Normandie et ils marchaient des heures le long des rivages de sable fin, au pied des grandes falaises de calcaire blanc. Pendant les grandes vacances, ils louaient une petite maison en Provence, dans les contreforts du Lubéron. Ils avaient passé là des moments merveilleux, dans une nature sauvage, écrasée de soleil et remplie du chant lancinant des cigales. C’était à un point tel que ce matin encore, quand il avait entendu dans son jardin de Seine et Marne un timide grillon émettre un petit cricri, sa mémoire s’était immédiatement envolée vers ces moments enchantés passés ensemble autrefois.


 

Puis Fabienne avait grandi. Elle avait réussi son baccalauréat, était entrée à la faculté et en était ressortie avec un diplôme de spécialiste en médecine tropicale. Alors, elle était partie, partie pour ces pays lointains aux noms étranges : N’Djaména, Khartoum, Bangui, Yaoundé.

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Lena... Extraits signés Claude Colson

10 Juillet 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

Journal :

1

Novembre. Re-nouvembre. Comment faire pour que cette trahison à mes sentiments, qui m'a été infligée, ne me pourrisse plus le c?ur et me laisse regarder l'avenir d'un ?il confiant ? Je dois museler les pronoms de la deuxième personne qui affleurent sous ma plume. C'est vrai qu'au bout de tant de mois on peut se demander à quoi bon . La blessure est encore là et retarde probablement la guérison, qui ne peut venir que d'une rencontre. Je les attends l'une et l'autre. Puissent-elles venir vite pour que s'éloigne le spectre du renoncement, qui ne m'est pas naturel.

Et la rivière encore, entrevue cette fois dans la nuit du train qui fuit. Le jour se lèvera sur elle comme sur le fleuve d'Héraclite. Même et autre. Les initiatives prises récemment devraient me procurer cette nécessaire ouverture aux autres, à l'autre, un renouveau. Regarder les mêmes choses autrement, endiguer la sape de la mémoire. Se consacrer au présent et donc provisoirement cesser d'écrire si je ne peux en changer la matière.

 

2

Non, car c'est une partie de ma joie et donc de ma VIE. Hier soir déjà recommencer à rêver en répondant à quelques annonces, déjà curieux d'une éventuelle réponse, même impatient. C'est l'espoir qui balbutie. Orienter ce journal autrement. Réveiller la foi.

 

3

Depuis quatre jours des contacts par Internet avec des inconnues et ça frémit à nouveau. L'une d'elles de par ses écrits me trotte dans la tête et je n'arrive plus à me concentrer suffisamment pour lire. Je commence à me reconna?tre, « indécrottable », pour ne pas employer un autre mot qui a eu son temps.  ?/

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Claude Colson nous présente "Léna", son second ouvrage...

5 Juillet 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes, #présentations

 

« Léna, une rencontre » 2007

 

 

Histoire peu banale d'une relation amoureuse évoluant - chemin inverse du trajet habituel - de l'attirance à la passion en passant au préalable par l'amour.


Sous forme de triptyque:

- Un récit initial relate cette liaison dans son ensemble, puis deux parties creusent, telles une spirale, le vécu, en quête de sens :
- Des poèmes en prose reviennent plutôt sur les jours passés ensemble dans le partage et le bonheur.
- Un journal dit surtout la souffrance de l'Après

Une analyse aigu? du cataclysme intérieur

 

Un avis : « Léna a l'avantage sur Saisons de proposer quelques éclaircies dans un paysage amoureux très sombre. Claude Colson traite de l'ensemble de la liaison entre le narrateur et son amie d'un temps. On peut errer dans ce livre, sans le lire dans l'ordre, et passer sans cesse du court récit d'introduction aux pages du journal, puis aux poèmes. Trois éclairages différents, trois manières, et, toujours, une ma?trise admirable de la langue. C'est comme une douceur amère. Tim Burton, le cinéaste, disait, dans une interview, à propos de Charlie et la chocolaterie, qu'il n'aimait pas ce qui était trop sucré et qu'il préférait un peu d'amertume en tout. Ici aussi, les go?ts sont intimements mêlés.... » (F.M.)

 

Deux extraits :

 

Un soir d'octobre, rentrant chez lui par le train, il l'entendit et dut la regarder.

Il n'était pas remis d'une rupture qui s'était éternisée, dix mois plus tôt, et avait fini par le laisser déboussolé et meurtri. Les antidépresseurs lui permettaient de tenir.

Ce soir là, lisant, il prêtait une oreille distraite au babil des deux dames qui le côtoyaient dans le compartiment. Il se souvint avoir déjà vu la femme aux cheveux châtains qui lui faisait face, probablement sur le quai où chaque jour il prenait son train. Il avait alors juste remarqué une taille élancée et une certaine recherche dans l 'habillement qui immédiatement l'avaient fait se sentir incapable d'intéresser une telle personne. Trop bien pour lui. Un vieux réflexe.

Il ne put néanmoins s'empêcher de sourire visiblement à certaines des remarques des deux voyageuses qui de toute évidence se savaient écoutées. Lorsqu'il la revit sur le quai quelques jours plus tard, il lui demanda la permission de voyager avec elle. Elle accepta mais comme elle faisait depuis longtemps ce trajet qui la menait au travail avec quelques connaissances, elle le fit pénétrer dans ce groupe hétéroclite. Bientôt ils voyagèrent ainsi, à plusieurs, matin et soir.

Très vite il eut envie de la voir seule et il l'invita à déjeuner, peu s?r de son acceptation. Contre ses prévisions ce fut oui. « En tout bien, tout honneur» dit-elle, précisant encore« A charge de revanche ».
Elle le vouvoyait et l'appelait Jean-Yves et il trouvait cette distance délicieuse.
Comme elle n'aimait pas son propre prénom, désuet, il la nomma Léna.

 

*****

 

Léna était mariée. Peu à peu elle avoua à Jean-Yves que cette union était devenue insipide et formelle depuis plus de 10 ans déjà. Elle prenait plaisir à rencontrer son nouvel ami, même s'il ne pouvaient s'isoler, et encore, seulement pour discuter, que très épisodiquement.
Lui, éternel rêveur, s'éprit vite mais superficiellement de cette incarnation d'un mystère qu'il chérissait, la féminité. Depuis quelques années il avait pris go?t à l'écriture, qui exaltait ses sensations et il remit bientôt à Léna des sortes de poèmes qu'elle devait conserver cachés. Déjà ils partageaient un secret. ?/

 

Claude COLSON

 

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"Les gens sont tous heureux", un texte de Brune Sapin

29 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

 

Les gens sont tous heureux


 

Une journée nulle, ça peut se passer différemment pour chacun. Il n'empêche qu'il peut s'agir de n'importe quel jour (ATTENTION DANGER!) et qu'aussi bien ça aurait pu être autrement (par exemple en n'étant pas soi mais une huître n'ayant aucun contact avec personne, mais hélas se noyant justement pour rester tranquillement seule).

 

J'aime pas trop trop les journées nulles, mais elles ne préviennent pas les vicieuses, elles avant-courent (c'est-à-dire qu'on peut les entendre arriver en écoutant bien son petit doigt).

 

Et elles donnent même envie de dire des gros mots (J'en ai un mais c'est osé.).

 

Du coup passez des pas nulles journées mais plutôt des chouettes moments pour tous ceux qui boudent alors qu'ils n'ont pas vraiment à se plaindre, mais tout de même figurez-vous qu'aujourd'hui il a même fait mauvais temps, en plus de tout le reste.


 

Brune Sapin

4 mai 2017

 

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Brune Sapin nous propose "En guise d'avertissement"... le début de son ouvrage "Il a beau pleuvoir, le soleil n'est jamais mouillé"

24 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

En guise d’Avertissement :

Il a beau pleuvoir, le soleil n’est jamais mouillé

 

 

Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage

Polissez-le sans cesse, et le repolissez,

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

(Boileau, L’Art poétique, 1674)

 

 

Il avait bien raison le grand Classique. On jette comme ça des idées sur une page, et à force de les relire on les supprime quasiment toutes pour en réécrire les grandes lignes voire parfois les lignes parallèles.

 

Je voudrais vous présenter mon petit livre, mais je ne sais ni par où commencer ni qu’en dire. Ce qui est sûr c’est que je l’ai écrit, soyez rassurés. Mais de là à en parler il y a un sacré vol à l’étalage qui vire au tour de l’univers en vitesse lumière.

 

Il me semble cependant pour l’anecdote, que sur l’enveloppe dans laquelle se trouvait mon manuscrit (premier jet) lorsque Chloé des Lys l’a reçue, j’avais inscrit ceci :

Les sots lisent un livre, et ne l’entendent point ; les esprits médiocres croient l’entendre parfaitement ; les grands esprits ne l’entendent quelquefois pas tout entier : ils trouvent obscur ce qui est obscur, comme ils trouvent clair ce qui est clair ; les beaux esprits veulent trouver obscur ce qui ne l’est point, et ne pas entendre ce qui est fort intelligible.

(La Bruyère, Les CaractèresDes ouvrages de l’esprit, 1696)

 

C’était prétentieux.

 

Et d’ailleurs la version finale de ce manuscrit en question soit le bouquin dont je vous parle n’a pas grand-chose à voir avec ce qui se trouvait dans l’enveloppe.

 

Bref, je cherche une définition : c’est une sorte de livre excentrique, mais tel que l’entendait Nodier et non pas l’interprétation ironique et/ou parodique qu’en a fait Daniel Sangsue en 1988 (J’entends ici par un livre excentrique un livre qui est fait hors de toutes les règles communes de la composition et du style, et dont il est impossible ou très difficile de deviner le but, quand il est arrivé par hasard que l’auteur eût un but en l’écrivant. (Bibliographie des Fous de Quelques Livres Excentriques, Charles Nodier, 1835)

Ensuite et bien c’est une histoire, celle d’une petite fille, qui fugue bien évidemment, et d’autres personnages plus ou moins importants… Mais l’ensemble est un sacré trompe-l’œil en fin de compte, si l’on admet comme Aragon que l’imagination n’inventant pas des choses réelles, ces dernières sont menties : L’extraordinaire du roman, c’est que pour comprendre le réel objectif, il invente d’inventer. Ce qui est menti dans le roman libère l’écrivain, lui permet de montrer le réel dans sa nudité. Ce qui est menti dans le roman sert de substratum à la vérité. (Aragon, C’est là que tout a commencé…, 1965). Cependant, le monde de l’imaginaire apparaît paradoxalement chez Lacan comme intrinsèque au moi, avec celui du symbolique et celui du réel… Aussi je vous laisse vous y retrouver.

 

Et puis je dois tout de suite vous avertir que mon livre n’est pas tout à fait un roman. En fouinant un peu dans l’histoire littéraire je dirais qu’il se rapproche de l’antiroman (vous savez, Charles Sorel, 1633, Le Berger Extravagant ; Jean-Paul Sartre dans son introduction au Portrait d’un inconnu de Nathalie Sarraute, 1948 ; critique de la vague du nouveau roman français dans les années 1940, 50,60 ; et pour ceux que cela intéresse : un article d’Aron Kibédi Varga dans Littérature en 1982 (n°48, Texte contre-texte) : Le roman est un anti-roman :  http://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1982_num_48_4_2174 ).

 

Mais pour finir de brouiller les pistes (dans mon esprit qui cherche à vous présenter concrètement quelque chose d’acté et diable ! de publié), ultime citation tirée d’un livre incroyable que je vous recommande en passant : Tout se passerait donc comme si, les genres s’étant dissipés, la littérature s’affirmait seule, brillait seule dans la clarté mystérieuse qu’elle propage et que chaque création littéraire lui renvoie en la multipliant – comme s’il y avait donc une essence de la littérature. Mais, précisément, l’essence de la littérature, c’est d’échapper à toute détermination essentielle, à toute affirmation qui la stabilise ou même la réalise : elle n’est jamais déjà là, elle est toujours à retrouver ou à réinventer. Il n’est même jamais sûr que le mot de littérature ou le mot art réponde à rien de réel, rien de possible ou rien d’importance. (Maurice Blanchot, Le livre à venir, 1959)

 

Vous l’avez compris maintenant, il vous faut donc lire ce récit de fiction qui n’est ni un roman, ni un livre excentrique, ni tout à fait un antiroman, en souriant et en ne cherchant surtout pas à le cataloguer car il est brut et brutal, sorti de nulle part et encore en recherche. De plus, ce sourire qui ne vous quittera plus, participera de votre indulgence par-rapport aux coquilles s’il en reste malgré mes relectures et corrections (honte à l’auteur : moi) mais également à accepter dans votre grande mansuétude une faute grammaticale que je revendique bien qu’elle paraisse indubitablement condamnable : c’est fatiguant. L’adjectif qualificatif comme son nom l’indique serait attendu là pour qualifier la situation, et de plus seul lui (en tant que défini et définissable, sinon d’autres mots peuvent remplir cette fonction syntaxique) peut être placé en attribut du sujet. Or la grammaire moderne est beaucoup moins rigoureuse que celle que j’ai apprise dans ma lointaine jeunesse, et parle uniquement de différences sémantiques entre le participe présent, l’adjectif verbal et le gérondif (les trois formes en –ant) : l’adjectif verbal a une qualité durable ; le participe présent et le gérondif indiquent tous deux avec plus de puissance l’aspect d’inaccompli, d’action passagère, de procès en cours de réalisation. (A. Mela, Université Paul Valéry, Trame de coursPrépa à l’entrée à l’IUFM) L’immensité de la fatigue en train d’être ressentie par le sujet présent à la situation donnée m’a donc induite en erreur vers le participe présent, et je m’en excuse pour ceux que cela choquerait, bien que le propre, aussi, de ce récit, soit son imperfection, de par son statut de premier (douteux brouillon et naïf qui plus est ?), d’où votre sourire amusé.

 

Vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus !

 

Un livre. Une aventure. Quant à moi je m’éclipse…

 

12 Mars 2017

Brune Sapin

 

(Petit ajout blessé par-rapport à ceux qui confondraient autobiographie et travail du monologue intérieur : mon projet d’écriture n’était pas de me purger personnellement de mes états d’âme ou de mes fantasmes donc pas d’amalgame, il n’a pas lieu d’être. Je n’ai signé aucun pacte, ni avec moi-même, ni avec ceux qui lisent, ont lu, liront peut-être, ni avec le diable par ailleurs ! 14 mai 2017)

 

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La liberté, un texte de Paul Maakad

1 Juin 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

La liberté

 

 

Ecrire rend libre. Pour certains, c’est le sport, d’autres, le théâtre ou encore la musique. Etre libre veut dire être Homme, tout simplement : utiliser sa capacité de réflexion, pas seulement de répétition, sa capacité d’empathie, pas seulement de compassion.

 

L’animal dort, boit et chasse pour se procurer les moyens matériels de sa subsistance. L’être humain dort, boit et assure sa subsistance également. En revanche, il pense aussi ; ou plutôt, il peut penser. Car la véritable pensée rend libre, rend Homme ; la simple singerie – qui prend souvent les traits des idées inédites – laisse prisonnier du seul matériel, tel l’animal.

 

Ainsi, l’état d’Homme, état de liberté, se gagne, se construit ; comme toute construction, elle est laborieuse, pénible, elle demande des efforts et du temps… elle passe aussi par des moments de doute, de déception, de torpeur. Elle est fragile, humble et forte à la fois.

 

Que ne force plus le respect que les chefs-d’œuvre artistiques, sportifs ou encore les dons de soi charitables ? Pourquoi nous extasions-nous devant les auteurs de telles merveilles, sinon parce qu’ils font preuve de leur humanité profonde à travers leurs ouvrages, c'est-à-dire l’utilisation de leur pensée, de leur liberté la plus épurée, détachée de tout contrainte de survie – considération propre aux bêtes ?

 

Enfant déjà, ce besoin de liberté, de devenir Homme, est revendiqué par le jeu – seule activité qui se départisse de l’obsession de cette contrainte ; cependant que sous prétexte de bienséance, il se trouve au fur et à mesure bridé dans son élan le plus beau, le plus noble. Et cela se poursuit tout au long de la vie, à toutes les étapes de l’existence. C’est pourquoi la liberté n’est jamais acquise, elle est lutte constante contre les autres, mais aussi contre soi-même.

 

Penser, penser vraiment – pas seulement imiter – requiert du courage, de l’énergie et de l’audace. Il est tellement plus confortable de rester animal. Pourquoi s’évertuer à devenir libre, à devenir Homme alors, si cela demande tellement de volonté ?

Certains caractères s’accommodent aisément du simple confort matériel – de cette bride qui, sous couvert des strasses et des paillettes de la réussite carriériste sacro-sainte, n’est autre que leur geôlier le plus perfide. D’autres s’en contente moins, voire pas du tout.

 

La liberté est donc question de choix ; elle n’est pas devoir, mais vouloir. Aussi ne peut-elle être donnée de l’extérieur.

En choisissant d’écrire, de jouer, de chanter, de faire du sport, de se donner pour les autres, l’Homme se soustrait à l’impératif mécanique de survie pour exprimer sa qualité d’être pensant, refusant le seul déterminisme animal. Par la même, il conquiert sa liberté.

 

 

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"Elle avait toujours aimé la pluie", une nouvelle de Marcelle Pâques

8 Mai 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

 

Elle avait toujours aimé la pluie

 

 

 

 

 

 

Il y a sur cette terre

des gens qui s'entretuent ;

c'est pas gai, je sais.

Il y a aussi des gens qui s'entrevivent,

j'irai les rejoindre.

Prévert

 

 

Après avoir subi une mastectomie, Chloé H sortit de l'hôpital, hébétée, sonnée ...

Un peu comme il y a un an, après l'attentat qui avait coûté la vie à son amoureux.

Elle se retrouvait sur le trottoir, seule, fragile, comme ce petit piaf qui barbotait dans la flaque d'eau ...

Il y a un an, c'était une mare de sang ! Yann venait de mourir sans comprendre, étonné de ce qui lui arrivait ...

Vraiment une drôle d'époque, des attentats un peu partout !

Tout le monde répétait " pas d'amalgame, pas de haine".

Les pauvres étrangers, coupables d'avoir une tête d'étranger !

Mais nous sommes tous l'étranger de quelqu'un, avoir une tête d'étranger, cela ne veut rien dire !

 

Alors bravement, Chloé avait sauté les étapes du deuil ...

pas de colère, juste une rose déposée sur les lieux de l'attentat, des mots d'espoir et de paix sur sa page facebook.

En échange elle avait reçu des centaines de messages d'encouragement saluant sa dignité.

Et puis, - les autres - ils passèrent à autre chose, les vacances, les grèves, etc ... la vie continuait ...

Mais elle - la nuit - elle pleurait ( seule) dans le grand lit, se remémorant les rêves,

les fous-rires partagés.

Plus jamais sur elle le poids tendre du corps de Yann, le désir qui les emportait vers les étoiles.

C'était fini .

Mais pourquoi ? pourquoi ?

 

Un jour son sein droit, celui qui avait gardé en mémoire les dernières caresses, celui que Yann appelait " Jules" ...

Un jour il s'était rebellé !!! Une boule d'angoisse, de colère, s'était formée inexorablement.

Il avait fallu se rendre à l'évidence, accepter le verdict des docteurs,lui dire - Adieu -

Chloé, troublée leva les yeux vers le ciel où passait un vol d'oiseaux dans un battement d'ailes ...

- Pardon Mademoiselle ! Un gamin l'avait bousculée, elle lui sourit.

Une jolie frimousse, un regard curieux. Il ressemblait singulièrement à la photo de Yann enfant, une photo qu'elle conservait précieusement.

Pardon ! il insistait, décontenancé par cette demoiselle bouleversée qui le dévisageait des larmes plein les yeux.

Elle sourit, je te pardonne, ce n'est pas ta faute, un accident, un obstacle sur le chemin ...

Il était rassuré. Oui, Mademoiselle, bonne journée !

-Merci, à toi aussi.

Un taxi s'arrêta à son hauteur, elle s'y engouffra en soupirant d'aise.

Une légère pluie printannière chantait contre les vitres.

Elle avait toujours aimé la pluie ...

 

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Séverine Baaziz nous propose une nouvel extrait de son roman : Le premier choix.

5 Mai 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

 
 
Situation de l'histoire au moment de l'extrait :
 
Martin vient de mourir et on lui offre la possibilité de renaître, qui plus est, dans la famille de son choix. Deux destins possibles, très différents mais tous deux idylliques en apparence. 
Invisible, Martin va accompagner leurs quotidiens, façonner son jugement, tenter de se projeter. 
Dans le passage qui va suivre, il suit Irina, la mère qu'il pourrait choisir, en consultation médicale, elle-même accompagnée de sa meilleure amie.
Les voici qui entrent dans la salle d'attente... 
 
Extrait : 
 
En gentleman, je reste debout. A vrai dire, le seul fauteuil libre se trouve aux côtés d’une femme qui me glace le sang. Derrière un lifting impeccablement épinglé, la blonde grisonnante sans âge, mitraille ses congénères, insupportée de tout et de rien. Un profond décolleté la révolte. Une adolescente rivée à son téléphone portable l’agace. La mastication d’un chewing-gum la rend nerveuse. Et pour couronner le tout, Irina et Victoria jacassent maintenant un peu trop fort. A se demander si elle ne va pas finir pas mordre. Dans le doute, vaut mieux garder ses distances.
Deux longues heures plus tard, Irina est appelée. Pendant qu’elle est allongée, les examens de circonstance se pratiquent : frottis et échographie. Après plusieurs « Hum, hum » et quelques étirements de bouche pincée, Irina n’en saura toujours pas plus. Cherchant à déchiffrer la moindre information dans les yeux du médecin semblant éviter le sien, elle finira par oser la question essentielle.
— C’est grave, docteur ?
— Je ne dirais pas grave mais plutôt sérieux.
— Vous m’inquiétez, Docteur, qu’est-ce qui m’arrive ? interrogent les yeux glacés d’Irina.
— Je dois vous dire, ma petite dame, que vous êtes enceinte de plus de deux mois.
— Mais non, c’est impossible. Comment est-ce arrivé ?
— Alors, ni par la cigogne, ni par le saint esprit. Nous ne nous connaissons que depuis quelques minutes mais je me dois de vous dire toute la vérité. Un homme a dû déposer une petite graine dans votre utérus.
— Très drôle, Docteur. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Mon mari a subi une vasectomie il y a trois ans, donc je ne vois pas. Je suis une femme fidèle. Qu’est-ce qu’il va penser ? Vous êtes sûr que vous ne vous trompez pas ?
— Madame, calmez-vous. Cela fait trente ans que j’exerce, je sais reconnaître un utérus fécondé. Et puis, je vois dans votre dossier que votre mari est professeur en cardiologie. Croyez-moi, il doit savoir qu’il existe des cas, même rarissimes, de recanalisations spontanées.
— Mais, Docteur, je ne veux pas avoir d’autre enfant.
— Ecoutez, ma brave dame, vous devez prendre le temps de digérer la nouvelle. Parlez-en avec votre époux et sachez qu’une interruption de grossesse est encore possible. Il vous reste trois semaines. Pesez le pour et le contre et rappelez-moi.
Perdue dans ses pensées, Irina sort du cabinet médical. L’air absent, une main appuyée sur son sac à main, l’autre apposée sur son ventre, elle oublie même la présence de son amie qui la suit au pas de course.
— Irina, tu m’inquiètes. Que t’a dit le médecin ?
— Je suis enceinte.
Victoria frictionne l’épaule d’Irina comme pour la consoler. 
Et moi, qui me console.
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Edmée De Xhavée – Extrait de la nouvelle Louve Story, Recueil « La rinascente* »

26 Avril 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

 

« Les loups ! Octavie les avait aperçus de temps à autre. Furtifs, le trot rapide et souple. Parfois même, elle en avait croisé le regard jaune, et en avait été enivrée. Ils s’approchaient rarement du petit manoir, et surtout des étables d’où il leur arrivait certains jours d’audace d’enlever un agneau dans le cœur de la nuit. Ils quittaient peu la forêt, et chantaient leur complainte qui montait dans le ciel de velours sombre.

Une nuit elle était sortie dans le fond du jardin, foulant de ses pieds nus l’herbe humide, soulevant d’une main l’excès de longueur de sa chemise de nuit, brodée et luisante de rubans de soie et, se hissant sur le mur, avait échangé avec un loup invisible ses modulations tendres.

Le lendemain on l’avait réprimandée : elle avait les avant-bras égratignés, ce qui se verrait au bal de la fin de semaine, ou elle avait sali le bas de sa chemise de nuit avec la grosse terre noire. Elle allait attirer les loups. Et enfin, les servantes ne manqueraient pas de répandre la rumeur de ses bizarreries aux servantes des autres demeures, par l’entremise de l’un ou l’autre livreur ou amoureux ».


 


 

Elle comprend bien Octavie la frémissante. Oh si elle la comprend ! Elle n’a pas connu l’appel du loup en liberté mais a tant aimé monter à cru. Elle sent encore les flancs chauds de Pépita, la jument de ces gens venus de la ville, qui la lui laissaient monter et caresser dans la grande prairie qui entourait leur ferme redynamisée, comme ils disaient. Elle la montait en short, sans selle ni étriers, se fiant à la force de ses genoux et talons pour rester en place, tandis que Pépita se laissait conduire par une bride sommaire dans un petit trot léger qui lui détendait les jambes. Quand elle redescendait de sa monture, l’intérieur de ses genoux et cuisses était un peu opaque, patiné de la graisse à l’odeur délicieusement sauvage.

Octavie avait semé en elle…

Elle aimait aussi partir aux champignons, que ce soit ceux de prairie à la fragile blancheur, qu’il fallait déplacer avec doigté pour ne pas les faire noircir, ou les champignons des bois aux teintes, formes et peaux délicates. Pourquoi n’accompagnes-tu pas Janou à la kermesse ? demandait sa mère, inquiète de la solitude que sa fille recherchait, à un âge où au contraire il fallait se faire voir pour être choisie… Mais elle aimait abandonner derrière elle le gai vacarme coloré de la kermesse, sachant que les sentiers, prairies et bois seraient déserts, et qu’elle y serait reine des lieux.

Elle était partie étudier dans une ville éloignée, ne revenant que lors des vacances ou évènements familiaux : le mariage de Bastien, la mort de mémé, l’opération de papa… Elle avait trouvé du travail dans cette ville, un travail que personne ne comprenait dans le village. Àquoi donc peut servir une documentaliste ? Et pourquoi ne se mariait-elle pas ? Elle n’aurait pas besoin de travailler, elle élèverait ses enfants.

Elle souriait à sa mère, amusée de l’abîme qui les séparait, et qu’elle avait renoncé à tenter de combler.


 

 
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