Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

383 articles avec textes

Texte signé Carine-Laure Desguin pour le volume 2 des Cahiers du Cipala, Gaïa, la terre nourricière en danger

Publié le par christine brunet /aloys

Ses océans s’encombrent et se polluent, ses forêts s’enflamment, ses ciels se noircissent et ses cris abyssaux nous assourdissent. Oh ces cris qui nous parviennent de partout et nous martèlent la tête de jour comme de nuit. Mais eux, ils sont nés des étoiles de feu et d’un nouveau soleil. L’azur reviendra, les enfants le promettent. Le salut, l’alpha, le renouveau, ce sont eux, les enfants. Ils aiment Gaïa et ils protègent ses fruits. Ils dessinent sur des calendriers des journées sans bourreau. Et ils balaient toutes les ombres qui éteignent chaque lueur d’espoir. Déjà, la nature reverdit et les ciels s’éclaircissent. Les enfants ne fatiguent pas, jamais.  Ils écrivent des mots qui flottent et les océans se nettoient de ces goudrons pollueurs. Les enfants jouent et éclaboussent de leurs gouaches ces bruits de bottes qui gonflent les urnes. Et lorsqu’ils éclatent de rire, de grandes lumières au-dessus des montagnes nous prédisent que demain, à six heures du monde, Gaïa sera belle pour l’éternité. Ecris-je sur ma tablette d’argile.

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Carine-Laure Desguin nous propose un texte "Les dernières paroles de Valentin Courvayeur"

Publié le par christine brunet /aloys

Les dernières paroles de Valentin Courvayeur

 


  Cela faisait plus d’un an que je n’avais pas remis les pieds dans cette maudite région. Je n’aimais pas cette campagne triste, oppressante, surtout en cette fin d’automne. Les vues panoramiques à plusieurs endroits de la cité, oui, soit. Du haut des remparts, je ne voyais que cette rivière, la Sambre, qui serpentait au milieu d’une vallée moribonde en transportant dans ses eaux sales des tonnes de détritus. J’en avais la nausée et je me disais, Pauvres canards, flotter ainsi sur une flaque polluée… Des efforts, j’en ai fait. J’ai même lu des dizaines de poésies de Roger Foulon, un écrivain natif de cette cité médiévale. J’avais l’impression de ressentir un décalage entre la lecture de ses textes magnifiques décrivant entre autres, une campagne verdoyante, des ruelles et des venelles aux pavés moyenâgeux encore très authentiques et la vue de ces paysages mortifères que j’avais sous les yeux. Jamais je ne comprendrai pourquoi Val est venu s’enterrer dans cette petite ville de province : Thuin. L’amour sans doute, oui, c’est bien ça, l’amour. Et c’est cet amour-là qui, d’une certaine façon, lui a bousillé la vie. Alors lorsque Sybille Palate, madame la commissaire Sybille Palate s’il vous plaît, seulement la trentaine au compteur soit dit en passant, m’a demandé par mail si, puisque je serais très bientôt de passage en Belgique, je n’aurais pas l’amabilité de la rencontrer encore une fois, j’ai menti en répondant : Oui, bien volontiers, j’attendais de vos nouvelles. L’enquête au sujet de la disparition de mon fils, Valentin Courvayeur, était loin d’être close. Je l’avais pressenti dès la première minute de l’enquête, Sybille Palate ne lâcherait rien et, elle aurait depuis peu, auditionné un témoin. Il serait plus facile d’avoir une conversation autre que par l’intermédiaire de tous ces instruments numériques et, rien de mieux d’après elle, qu’un face à face physique, les yeux dans les yeux. Tellement de choses deviennent évidentes lorsqu’on entend la voix de son interlocuteur en même temps que l’on découvre d’au plus près sa gestuelle et ses mimiques, etc. À lire son mail, mes impressions se confirmaient : Sybille Palate me cherchait des poux. Depuis le début, elle ne cessait, par des sous-entendus malsains, de me soupçonner d’être responsable de la disparition de mon fils. Selon Sybille Palate, je n’avais jamais accepté que Val s’installe ici, à Thuin, et de surcroît avec Samuel Demulder. Elle avait même, lors d’un entretien, prononcé à mon égard bien sûr, le mot « homophobe ». Alors, lorsque nous nous sommes retrouvés en tête à tête, Sybille Palate et moi, dans son bureau situé Clos de l’Harmonie, la conversation a vite dégénéré. Je percevais des allusions à double sens que ce flic en jupon parsemait dans la conversation. J’ai perdu mon sang froid et puis élevé le ton.  Ah, ce serait bien pour sa carrière et son prestige, de dénouer cette enquête qui n’en finissait pas. Et quelle aubaine : prouver que le célèbre écrivain parisien Réginald Courvayeur était à l’origine de la disparition de son fils. Allons nous dérouiller les jambes, voulez-vous monsieur Courvayeur, ça nous remettra les idées en place à tous les deux, me proposa Sybille Palate.  Je ne vous accuse pas, sachez-le, je cherche des réponses à mes questions, continua-t-elle sur un ton dégagé.

   Nous avons piétiné les feuilles mortes sur ce carré champêtre d’où s’élèvent quelques arbres et qu’on nomme Le Chant des Oiseaux. Je n’ai vu aucun oiseau, pas même un chat. Et là, dans ce passage boueux et sans issue, entouré de maisons aux façades fades, j’ai entendu pour la xième fois madame la commissaire relater la vie de mon fils : Monsieur Courvayeur, votre fils Valentin et son compagnon Samuel s’entendaient à merveille. C’était un jeune couple gay sans aucun problème. Ils projetaient de rénover cette maison, rue du Rivage, une maison classée, je vous le rappelle. Vous m’avez lancé, après la disparition de votre fils, ces paroles méprisantes : Une petite bicoque de rien du tout ! Monsieur Courvayeur, la rue du Rivage à Thuin est une rue pittoresque et très prisée des touristes. Cette rue est le centre de la commune indépendante libre du Rivage et ce quartier possède son propre bourgmestre, folklorique, soit… C’est un peu comme chez vous, à Montmartre, si vous me permettez la comparaison. Val et Samuel s’activaient dans l’ASBL qui finance tout le marketing concernant le vignoble de notre belle cité médiévale. Cela ne vous surprend pas, je suppose. Val, lorsqu’il habitait à Montmartre, était aussi très proactif au niveau du vignoble, de sa culture et de la commercialisation de son vin. Cette expérience fut précieuse pour l’évolution de nos jeunes vignes et un jumelage entre Thuin et Montmartre était envisagé, c’est dire. En bref, monsieur Courvayeur, Val et Samuel menaient une vie sans nuage, aucun nuage, j’insiste, monsieur Courvayeur. L’enquête n’a rien donné du côté de cette ASBL créée pour la distribution commerciale du vin thudinien, tout est nickel, et aucune embrouille non plus avec les autres associés : Tous restent stupéfaits de cette disparition. Et Samuel Demulder est, depuis ce drame, inconsolable. Je ne vous entends plus, monsieur Courvayeur, l’air pur de notre campagne vous rendrait-il muet ?

   À cet instant précis, nous étions au bout de ce passage sans issue, juste devant une œuvre d’art dont j’ai oublié le nom de l’auteur et, tout en me questionnant au sujet de mon silence, Sybille Palate ne décrochait pas son regard des parcelles vinicoles. Car de là, postés juste en face de ce grand cercle en acier poli, nous avions devant nous une vue à cent-quatre-vingts degrés sur les jardins dits suspendus. Le vignoble, au loin, nimbé par une légère brume colorée, était presque invisible, d’autant plus que le ciel s’obscurcissait, laissant même entrevoir un halo rougeâtre. C’est parce ces vignes, pourtant dénudées à cette période de l’année, ne vous laissent pas indifférent que vous ne réagissez pas, n’est-ce pas monsieur Courvayeur ? Une émotion vous submergerait donc lorsque vous avez ce spectacle devant les yeux ? Car au loin, bien au-delà du beffroi, coule la Sambre, monsieur Courvayeur, et, avec de l’imagination, on devine la rue du Rivage… que vous situez sans mal, je suppose.  

   Je n’ai pas répondu à cette question, j’ai réussi à l’éluder en insistant sur le fait que j’étais ici parce qu’il y avait du nouveau dans cette enquête et qu’avant de repartir vers Bruxelles (je dédicaçais à la librairie Mot Passant mon dernier livre), j’aimerais connaître, enfin (j’ai insisté sur ce mot), le nouvel élément de cette interminable enquête. Madame la commissaire, ai-je continué, mon fils reste introuvable. Aucune trace de lui, ni dans le monde physique, ni dans le monde numérique. Son compte n’aurait subi aucun débit. Mon fils est mort, madame la commissaire, mort. À chaque fois que je lis vos mails, des plaies en moi se ravivent et vous me donnez de faux espoirs, c’est inhumain. Sybille Palate restait imperturbable. Le ton que j’employais la laissait de glace et lorsque j’ai dit que mon fils était mort, elle n’a pas démenti. Non, elle a embrayé sur une question à laquelle je ne m’attendais pas du tout : Monsieur Courvayeur, rendrez-vous visite à Samuel Demulder lors de votre séjour dans notre région ? N’auriez-vous pas une dernière conversation à partager avec le compagnon de votre fils, ou disons plutôt… continuer une conversation ? J’ai regardé Sybille Palate dans les yeux et je lui ai lâché : Je n’ai rien à faire dans ce taudis de la rue du Rivage, et si j’osais, je lui casserais la figure à ce Samuel, il est à l’origine de la disparition de mon fils, d’une façon comme d’une autre. Menez votre enquête comme il se doit, elle n’a que trop patauger jusqu’ici. Je retourne illico dans ma chambre, hôtel Novotel à Charleroi, puisque vous alliez me demander où je logeais, j’en suis certain.  Sybille Palate n’a plus posé aucune question mais a cependant affirmé d’un air très sûr d’elle qui ressemblait à un ordre : J’espère que vous resterez quelques jours en Belgique, monsieur Réginald Courvayeur, il se pourrait que le dénouement de cette enquête soit une source d’inspiration pour votre prochain roman. 

 

   Ce soir-là en retournant vers Charleroi, tout s’est embrouillé dans ma tête et j’ai senti que mon rythme cardiaque s'accélérait. Ce que Sybille Palate aurait pu découvrir, je m’en doutais. Je craignais que cette monstrueuse vérité soit dévoilée. Ce qui ferait basculer mes jours dans un cauchemar noirissime. À Gozée, sur la N53, je n’ai pas continué vers Charleroi, j'ai fait plusieurs fois le tour d’un rond-point tout en réfléchissant. Des images sensuelles de Samuel me revenaient comme un boomerang et puis j'ai filé vers Thuin. Sybille Palate avait raison, Samuel et moi avions encore des choses à nous raconter, beaucoup de choses. J’ai garé mon véhicule sur la place, devant le monument dédié aux bateliers. Les eaux de la Sambre étaient calmes et aucune péniche n’était visible, ni en amont, ni en aval. Il était tout près de vingt-deux heures, tous les magasins de la rue ‘t Serstevens étaient fermés. Dans ces petites villes belges, tout se meurt une fois le soir tombé, pourrait-on croire. J'ai regardé du côté de l’autre berge de la rivière, je n’ai vu que les lumières des habitations. Le vibreur de mon smartphone m'a fait sursauter, c'était mon éditeur qui me demandait la confirmation de ma prochaine séance de dédicace, ce samedi. Je lui ai répondu, Pour rien au monde je ne raterais ce rendez-vous avec mon lectorat bruxellois, tu penses ! J’ai ensuite envoyé un texto à Samuel, je ne voulais pas qu’il sursaute et s’inquiète, ce n’était pas l'heure habituelle pour une visite amicale. La rue du Rivage était déserte et à peine éclairée, tout comme ce soir-là, le soir du drame. Mes pensées dérivaient vers toutes ces heures passées ici, dans cet ancien quartier de bateliers. À déguster ce vin thudinien, Le clos de la Venelle. Oh, de la piquette, mais qu'importe. Val s'était obstiné à rechercher la meilleure méthode afin d'améliorer ce vinaigre et là, son expérience vécue dans le vignoble de Montmartre lui venait à point. Val voulait redorer le blason des crus du Clos de la Venelle, il aimait tellement Samuel. Qu'ai-je donc fait ? Mais pourquoi, pourquoi donc ? Soudain, un texto de Samuel : Je t'attendais. Comment Samuel se doutait-il que je viendrais chez lui ? Ah oui, ai-je pensé, mes séances de dédicace sont annoncées dans la presse. La porte du 11 rue du Rivage était entrouverte et Samuel était là, assis sur l'accoudoir d'un canapé que je ne connaissais pas. Samuel a perçu des interrogations dans mon regard et a murmuré, Comme tu vois, Régis (c'est le diminutif qu'il m'avait donné), tout est remis à neuf. C'est ce que Valentin voulait, une rénovation qui respectait l'ancienne architecture et puis, cette maison est classée, continua-t-il sur un ton de confidence, des critères sont à respecter. Samuel et moi avons commencé comme ça, par des banalités et puis, nous n'avons pu retenir nos sentiments plus longtemps. Mais cette fois, pendant nos ébats, ce n’est pas le bruit d’éclats de verre contre la façade que nous avons entendu, c'est bien pire que cela : Des crissements de pneu, des claquements de portière et puis la porte de la maison s’est ouverte assez violemment. J'ai vu des larmes dans les yeux de Samuel et ses mots dits à mi-voix, je ne les oublierai jamais, Excuse-moi, Régis, je ne pouvais plus garder tout ça pour moi. Devant nous, madame la commissaire Sybille Palate qui, sans reprendre une seule fois sa respiration, a débité son laïus : Vous étiez trop clean, monsieur Courvayeur. Il y avait forcément une faille. Oh, cela ne fait pas de vous l’assassin direct de votre fils, non, bien sûr. Et vous, Samuel Demulder, si vous n’aviez pas été victime de ce chantage, auriez-vous franchi la porte de mon bureau et dès lors tout avouer ? Eh oui, monsieur Courvayeur. Le soir où Val, avec rage, a brisé contre la façade de cette maison une bouteille de notre bon vin thudinien, c’est parce qu’il venait de vous surprendre dans les bras de son compagnon. Il a fait deux pas en arrière, n’en croyant pas ses yeux, et une voiture l’a heurté. Le conducteur ivre, un notable connu et respecté, Simon Dessalines, n’a pas voulu entamer sa réputation. Il a dissimulé le corps de votre fils, monsieur Courvayeur et ce avec votre approbation ! Mais de là, de là entre ces murs, affirma Sybille Palate en montrant de sa main droite la ruelle juste en face qui mène vers la berge de la Sambre, une autochtone, Gabrielle Darc, a reconnu Simon Dessalines. Ces derniers mois, en maître-chanteur très pro, Gabrielle Darc s’est bien enrichie : Le pognon de Simon Dessalines, le vôtre, Réginald Courvayeur et puis le vôtre également, Samuel Demulder. L’un d’entre vous devait craquer. Et ce fut vous, Samuel Demulder, puisque vous êtes le moins nanti. La grande question reste : Pourquoi avoir accepté que Simon Dessalines dissimule le cadavre de votre fils, monsieur Courvayeur. Ça, c’est la question. Et je connais la réponse, voyez-vous. Votre fils, monsieur l’écrivain parisien à succès, votre fils a parlé avant de fermer les yeux. Et ces mots-là, Simon Dessalines les a entendus. Ainsi que Gabrielle Darc. Habillez-vous, monsieur Courvayeur. Vous aussi, monsieur Demulder. Et puis suivez-moi, nous devons encore discuter vous et moi, des ombres subsistent dans cette curieuse affaire.

 

Carine-Laure Desguin

 http://carineldesguin.canalblog.com

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

"Le jour se rapproche du premier jour", un texte signé Carine-laure Desguin publié dans le Spantole

Publié le par christine brunet /aloys

 

Le jour se rapproche du premier jour

 

Celui qui sourit vers l’infini

À l’orée d’une lumière hybride

Alliée à jamais des chants de la terre

Et de ceux des océans

Par-delà les prières du temps

Grâce ! Grâce ! Les cercles des humeurs

Disparaissent et les songes à l’aube

Du grand tout dans un non-lieu une île

Aux mille chemins aux promesses subtiles

Ce jour-là à cette heure-là des ailes

Sonorités magiques et sorcières bleuissent

Les tissus les arômes tous les habits sages et enjôleurs

Grâce ! Grâce ! les astres eux-mêmes

Éclairés d’un métal aux reflux perlés

Se taisent et s’agenouillent à l’ombre de la belle

 

Le jour se rapproche du premier jour

Corymbe sur les bords soyeux du temps

À demi-mots au gré des souffles

Quand les cotonnades rassemblent les lames

Un métal fou aux veines exsangues

File chasse après chasse vers la sublime flamme

Grâce ! Grâce ! Les rives de l’universel

Hèlent encore les paniers aux fruits d’or

Les ardents délices d’un vivant ressuscité

Hors des coulées des chasubles mouvantes

 

D’une obole de sang d’un sacrifice

Dans la paume d’un esprit une lumière

Des semences de l’univers des essences

Ruissellent jusqu’aux frontières lunaires

Grâce ! Grâce ! Pitié

Et des petits grains de sable se traînent

Se désarment adossés à l’arc-en-ciel

 

Carine-Laure Desguin

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Carine-Laure Desguin a publié un texte poétique dans l'Almanach Thierry Haumont

Publié le par christine brunet /aloys

d’une nuit d’été et de l’Escaut à la Sambre

 

temps qui s’étale s’enfile et roule dans le silence d’une nuit d’été

horizon pâle ne résonne qu’à demi bleu dans l’immense azur encore

bredouilles brindilles enfilades partielles s’étiolent et s’évadent au vent et la  flamme

sporadique et pourtant quelles pépites ces nuages

ils s’éloignent au plus loin de ces draps salis

des signes en somme qui n’abordent qu’un passant

un seul contre une bannière un mouchoir une barrique

temps qui s’étale s’enfile et roule sur ces ennuis ces cartons d’automne

long temps très long à contre courant du jour autour de

funèbres icônes d’un mai en pagaille d’un lance-pierres

sans pierre rien qu’un caillou dans la main

au chevet d’un champ carrefour des aiguilles une lampe

vas vibre et cours plus loin encore me dis-tu

l’été se mouche en banderoles et s’écaille

mille serments déments au feu

nul ne saisit l’optique et le masque subtil d’un jour de semaine

et de grève sur les petites marches du temple

la lune à moins quart s’épuise en remords

quand la marée d’à côté harpiste d’un grain

de sable mouvant là-bas violable sur l’antique bohême

volutes sulfureux au-dessus d’une nappe en papier

si blanche de l’autre côté

que s’essore le soir dans un linceul et son ombre

après tout le seuil se rapproche des saisons

comme la sève de l’eau avec un accroc au cadran

la serrure me dis-tu c’est l’essence le secret

derrière lequel des gosiers et des murs d’ordre publique

ont beau jouer la transparence et autres rituels

analyses d’une vague de froid en avril

qu’on relie à quelle relique déjà oui celle

du temps qui s’étale s’enfile et roule dans le silence

horizon pâle ne résonne qu’à demi bleu dans l’immense azur encore

bredouilles brindilles enfilades partielles s’étiolent et s’évadent au vent et la  flamme

sporadique et pourtant quelles pépites ces nuages

de janvier à décembre et de l’Escaut à la Sambre

 

Carine-Laure Desguin

Publié dans Textes, Poésie

Partager cet article

Repost0

Philippe Desterbecq nous propose un texte... "Souvenir d'une rencontre"

Publié le par christine brunet /aloys

Souvenir d’une rencontre

 

Jules et Juliette regardent dans la même direction. Ils regardent s'éloigner ce bateau sur lequel ils se sont rencontrés 65 ans plus tôt. Oh ! Ce n'est pas exactement celui sur lequel ils ont voyagé incognito, mais il lui ressemble beaucoup.

Jules voulait quitter le pays qui entrait en guerre. Il n'était pas question qu'il prenne les armes, lui, le pacifiste, l'amoureux de la vie ! Il avait à peine 20 ans. Sa vie ne faisait que commencer. Elle ne pouvait pas finir sur un champ de bataille !

Juliette était plus jeune, à peine 15 ans, et elle fuyait, elle fuyait une situation devenue dangereuse : elle était juive. Elle ne voulait pas partir, c'est son père qui l'avait poussée dans ce bateau. Ils y étaient montés à deux, avaient cherché un endroit sûr dans lequel elle pourrait voyager, cachée au regard de tous. Il avaient trouvé l'endroit idéal, mais il était déjà occupé par un jeune homme timide, un peu craintif, mais tellement séduisant.

Son père avait hésité, mais avait été conquis par la mine foncièrement honnête de Jules. Il lui avait expliqué la situation, lui avait confié sa fille pour la traversée, pour la vie en fait, car les jeunes gens ne s'étaient plus quittés.

Bien longtemps après la guerre, ils étaient revenus au pays accompagnés de deux minots. Ils n'avaient, l'un et l'autre, plus retrouvé les leurs, mais ils vivaient heureux, main dans la main. Ils regardaient toujours dans la même direction.

Depuis leur retour, chaque année, à la date anniversaire de leur rencontre, ils venaient là, sur le quai et assistaient au départ d'un bateau.

Leurs souvenirs voguaient, là, sur les flots. Jules enlaçait Juliette et ils se sentaient bien, tous les deux amoureux comme au premier jour. Ensuite, ils retournaient chez eux, main dans la main, regardant toujours dans la même direction...

 

Philippe Desterbecq

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Philippe Desterbecq nous propose un texte... "Souvenir d'une rencontre"

Publié le par christine brunet /aloys

Souvenir d’une rencontre

 

Jules et Juliette regardent dans la même direction. Ils regardent s'éloigner ce bateau sur lequel ils se sont rencontrés 65 ans plus tôt. Oh ! Ce n'est pas exactement celui sur lequel ils ont voyagé incognito, mais il lui ressemble beaucoup.

Jules voulait quitter le pays qui entrait en guerre. Il n'était pas question qu'il prenne les armes, lui, le pacifiste, l'amoureux de la vie ! Il avait à peine 20 ans. Sa vie ne faisait que commencer. Elle ne pouvait pas finir sur un champ de bataille !

Juliette était plus jeune, à peine 15 ans, et elle fuyait, elle fuyait une situation devenue dangereuse : elle était juive. Elle ne voulait pas partir, c'est son père qui l'avait poussée dans ce bateau. Ils y étaient montés à deux, avaient cherché un endroit sûr dans lequel elle pourrait voyager, cachée au regard de tous. Il avaient trouvé l'endroit idéal, mais il était déjà occupé par un jeune homme timide, un peu craintif, mais tellement séduisant.

Son père avait hésité, mais avait été conquis par la mine foncièrement honnête de Jules. Il lui avait expliqué la situation, lui avait confié sa fille pour la traversée, pour la vie en fait, car les jeunes gens ne s'étaient plus quittés.

Bien longtemps après la guerre, ils étaient revenus au pays accompagnés de deux minots. Ils n'avaient, l'un et l'autre, plus retrouvé les leurs, mais ils vivaient heureux, main dans la main. Ils regardaient toujours dans la même direction.

Depuis leur retour, chaque année, à la date anniversaire de leur rencontre, ils venaient là, sur le quai et assistaient au départ d'un bateau.

Leurs souvenirs voguaient, là, sur les flots. Jules enlaçait Juliette et ils se sentaient bien, tous les deux amoureux comme au premier jour. Ensuite, ils retournaient chez eux, main dans la main, regardant toujours dans la même direction...

 

Philippe Desterbecq

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Brigitte Hanappe nous propose un nouvel extrait de son ouvrage "Pour un secret"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Résumé du livre. 

Offrir une rose, c’est un geste d’amour empreint de romantisme. 

Difficile d’y résister !

Mais, dénicher une rose accrochée sur un cadre peut parfois détruire une famille.

La vie paisible de Juliette bascule le jour où elle découvre une fleur séchée, sur son portrait. Un cadeau anodin d’un inconnu qui, peu à peu, pénètre dans son intimité.

Un inconnu ?

Ou plutôt quelqu’un de malsain, qui semble connaître beaucoup de choses sur son passé et notamment un petit secret qu’elle avait oublié.

 

Petit extrait 

Une tisane de verveine bien chaude avant d’aller dormir !

La chaleur du breuvage lui fit du bien et dissipa un peu la fatigue de ses muscles. Juliette était soudain pressée de se glisser dans les draps et commença à se déshabiller en grimpant l’escalier.

Sauter dans son pyjama de flanelle, se brosser les dents et oups : un dodo bien mérité.

Elle étouffa un cri de surprise en plaquant sa main sur sa bouche.

Elle venait de soulever son édredon et ses yeux restèrent bloqués sur une autre photo, posée sur le drap. Un portrait d’elle ou plutôt de sa chevelure ondulée d’autrefois : ce cliché avait été pris lors de son sommeil mais vu la position de la tête, on ne voyait que ses longs cheveux éparpillés sur un oreiller. En empoignant la photo, Juliette sentit un froid glacial l’envahir de l’intérieur: des mots y étaient inscrits  au feutre rouge…

« Je connais ton secret. »

   – Mon secret, quel secret ? 

Ses mains tremblaient, ses tempes bourdonnaient. Ce message n’avait aucun sens : elle était une femme normale avec une vie banale.

Elle n’avait rien à cacher !

Cette mauvaise farce l’irritait, elle était épuisée et n’avait plus envie de réfléchir.

Elle jura en froissant l’image.

   – Merde ! Merde ! Et remerde !

Ses yeux balayèrent la pièce de part et d’autre car c’était certain, quelqu’un était venu ici : c’était une intrusion dans son intimité.

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

"Je me souviens", un texte signé Philippe Desterbecq

Publié le par christine brunet /aloys

Je me souviens...

 

Je me souviens de ces heures passées au téléphone, de ces minutes qui précédaient ton appel, de
mon attente fébrile, espérant ta voix.


Je me souviens de notre première rencontre, de tes cheveux blonds dans le vent de la nuit, de ta
peau bronzée sous le clair de lune.


Je me souviens du premier contact, de ta main dans la mienne, un peu moite et tremblante, de mon
cœur battant à un rythme effréné.


Je me souviens de notre premier baiser, de celui que tu as autorisé, bref, chaud, de l'émoi qui s'en
est suivi.


Je me souviens de la première fois où nos cœurs s'unirent dans un même élan, où la nuit fut plus
douce que la peau d'une pêche.


Je me souviens de tes premiers mots le matin, de ton sourire, de tes cheveux répandus sur la soie.


Je me souviens de notre première séparation, de l'avion qui décolle, du baiser envoyé du bout des
doigts, de la promesse du retour, des retrouvailles joyeuses.


Je me souviens de l'explosion en plein vol, pas un mot, pas un cri, le silence absolu illuminé par des
braises de l'avion en charpie.


Je me souviens de la douleur, sourde d'abord, aiguë ensuite, lancinante, insupportable.


Je me souviens du cri qui, tout à coup, fusa de mes entrailles, s'éleva dans la nuit, explosa, déchira le
silence et de ma chute sur les pavés luisants de pluie.


Ce qui se passa ensuite, je ne m'en souviens pas, la mémoire m'a quitté et je reste enfermé dans mes
souvenirs...de toi. Dans ce lieu aseptisé où l'on m'a enfermé, tu reviens chaque nuit dans mes rêves
fous...

 

Philippe Desterbecq

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Un texte de Bernadette Vroman dans la revue Aura

Publié le par christine brunet /aloys

 

De l’ombre à la lumière


 

Je n’en ai jamais eu l’ombre d’un doute, ce mot me suivrait toute ma vie… J’étais née dans l’ombre, je mourrais dans l’ombre.

 

Dès l’enfance, je me plaisais à me réfugier à l’abri des regards, ces véritables projecteurs dont la lueur m’a toujours incommodée.  Je ne parlais qu’aux livres, qui m’accompagnaient dans un coin du jardin, sous un arbre aux lanternes, l’ombrelle, mon chapeau de soleil, ou dans la niche du chien, mon antre préféré.  

 

Ils m’emmenaient dans des histoires légendaires, d’âmes errantes, de sombres manoirs, de lieux hantés.  Et tous les soirs, je partais à la chasse d’un fantôme qui aurait pu se cacher sous mon lit.  A peine couchée, des ombres fantasmagoriques se manifestaient derrière la lucarne de ma chambre, venant tourmenter mes nuits.

 

L’astre du jour ne m’était pas destiné, provoquant sur ma peau trop blanche des rougeurs, les mêmes que celles qui se dessinaient sur mes joues si j’avais le malheur de prendre la parole quand nous étions plus de deux.

 

Une nuit, la reine des ombres, sous son jour le plus brillant, murmura à l’étoile d’argent, qui ne pousse qu’en présence d’ombre, non sans lumière : tu devrais te mettre sur le devant de la scène, plutôt que de rester dans l’ombre toute ta vie.  Moi, sortir de l’ombre ? Jamais de la vie !  J’y suis, j’y reste !

 

Depuis ce jour, je me suis mise à écrire, à découper des silhouettes, des fleurs, des montagnes, que je mets en lumière, et le théâtre d’ombres fait partie désormais de ma vie.  Je savais dès lors que je mourrais ombromane.

 

Bernadette Vroman

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

Jean-Louis Gillessen nous propose un texte publié dans la revue R.I.F (Réfléchir-Intervenir-Former.)

Publié le par christine brunet /aloys

 

Texte écrit et publié dans la revue R.I.F (Réfléchir-Intervenir-Former.)

             

EAU, TU ES LA VIE

 

Je suis un peu fatigué, assis au chaud dans cet estaminet. Il pleut. Fin de journée. Choix d’un temps de pause, petit café mérité, indiqué ou non, douceur coton du brouhaha d’ambiance.

L’écho me parvient de phrases trop fortes et refroidies, de trompeuses discussions dans la passion, de rires éclatés à l’unisson, trop gros, bidons, fausse cadence, alcool annonciateur de décadence.

Des femmes, des hommes, boivent, beaucoup. Trop. Ces « trop » lancés sur mon papier trottent et galopent en récurrence : je ne veux pas qu’ils me dérangent, ils sont là, tout simplement. Les « trop ». Font que j’écris, grâce à eux, grâce à ces gens qui les induisent. Alors sur cette feuille brut de papier j’étiole leur brutalité, de ces trop qui maintenant s’apaisent et s’amenuisent, in fine soulagés d’être enfin transcrits, sublimés. Heureuse opportunité du pléonasme inopiné. Pas de hasard dans l’union de ces instantanés.

Je suis juste fatigué, pleinement, assis dans cet estaminet. Musique de jazz « blue note ». Sourdine. Mes sens en l’état se ressourcent puis s’énergisent d’être sollicités par l’écoute et l’observation de mise.

Soudain, tel un objectif manipulé par Hitchcock, mon regard en projeté zoom avant progressif, pour ne plus avoir sur l’écran de ma rétine qu’une seule image pleine, ce regard mien fond précisément comme œil de caméra en fondu enchaîné … sur un robinet qui coule dans un des éviers du bar comptoir. Le filet d’eau coule abondamment et régulièrement.

Parallèlement, comme si dans l’arrière-salle un ingénieur du son inversait deux manettes, les bruits d’ambiance s’effluvent, s’évolutent et disparaissent en un parfait on - off simultané, pour ne plus laisser entendre que le seul roulis filtré si fidèle à l’ouïe … de l’eau qui se perd, part, s’évanouit.
Prisonnière des tuyaux, canalisée par l’homme, elle se doit de rester claire. Claire fontaine de plaisir, créatrice de la vie. Mais ici, il y a contrainte, servitude, travail forcené pour elle qui se tue. Elle ne peut s’évader, se voit gaspillée, assassinée. Par faute de l’insouciance humaine, ce bien si précieux ne sert-il en ce lieu qu’à nettoyer les verres ?

Non, me dit Claire Fontaine, la vie de l’eau est eau de vie, les gens l’écoutent ruisseler, la ressentent sur la peau, la goûtent. Sans elle, même la bière dont tu parles ne pourrait naître … l’eau en est son partenaire constitutif. Et puis toi aussi, tu ne le sais peut-être pas, tu baignes en ton corps l’eau qui te baigne en retour, à septante pour cent de ta personne que tu véhicules tous les jours.

« Nous sommes tous emplis de tellement d’eau !? », s’exclame un client. « Mais c’est effarant ! Jésus Marie Joseph, Dieu soit loué, mes doigts trempés dans l’eau bénite, je prierai trois Ave ! ».

Et La Fontaine d’encore narrer qu’elle se veut claire pour les mains des enfants et des plus grands : ils recueillent l’eau chatoyante et chatouillante qu’elle aussi charrie : « Tu me blagues », lui distille tendrement l’eau tout en caresses. Que nenni, « Je te charrie vers eux », lui dit-elle en souriant.

                

                                        Liberté de l’eau, tu es la vie.


                                                                    Jean – Louis Gillessen      

 

                                                                                         Educateur spécialisé - Intervenant social.

 

Texte écrit et publié dans la revue R.I.F (Réfléchir-Intervenir-Former.)

Publié dans Textes

Partager cet article

Repost0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>