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381 articles avec textes

Extrait de "lettre à mes anciens étudiants" de Jean Destree

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Lettre à mes anciens étudiants

 

 

               Chapitre premier

 

 

Est-ce vrai qu'il faut travailler? Et pourquoi?

 

 

 

                                                                Si tu as faim, mange une de tes  mains et

                                                                 garde l'autre pour demain  matin.

                                                                                                                                                                             

                                                                                                 (Ma grand-mère).

 

 

 

 

Est-ce vrai qu’il faut travailler?

Question idiote.

Du moins elle peut le paraître. La Bible ne dit-elle pas dans Genèse:  "Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front"

La belle affaire! Je vous ferai d’abord remarquer que la Bible, comme tous les livres prétendus « sacrés »(?) sert de justification à toutes les conneries des hommes. C’est évidemment bien commode, car cela évite de se triturer la cervelle pour trouver les vraies solutions. Donc si j’en crois la Bible, Dieu - à qui je mets par tradition une majuscule, pour le distinguer des divinités papoues ou jivaros - aurait dit que tu dois travailler. Donc ma question est idiote puisqu’elle va à rebrousse-poil(s) de la parole divine. Autrement dit, si je ne travaille pas, je suis un mécréant, je suis le « mauvais sujet de Brassens », celui qui refuse de marcher au pas au son de la musique.

      Ma question est encore plus idiote si l’on admet une fois pour toutes pour toutes que l’homme est le seul animal qui soit obligé de travailler pour subsister. Cela aussi est une vérité incontournable. Personne n’a jamais vu un lion faire des boulons au Ruau, forer des puits de pétrole ou compulser des dossiers dans un ministère. Personne n’a jamais imaginé un moustique creusant des tunnels, conduisant un bus ou érigeant des gratte-ciel et encore moins un setter régler la circulation à Piccadilly Circus, surtout s’il est Irlandais(!) Et tout cela pour ne pas crever de faim, de froid, de soif ou ...d’amour. Mais l’Homme oui! C’est un devoir. Voilà! Le grand mot est lâché. Un devoir. Travailler, il faut travailler. Sinon, pas de boulot, pas de sous, pas de pain, pas de vin, pas de lit, pas de maison, pas... de femme(s) non plus. Compris?

 

       Pas de questions?

       Oh! que si, bien sûr.

 

       Et ma question sera d’autant plus idiote - la réponse n’est pas dans la Bible - quand on considère que le seul moyen de s’en tirer, souvent plus que honorablement, n’est pas de travailler soi-même, mais de faire travailler les autres pour soi. Beaucoup l’ont compris. C’est pour cela qu’il y a des patrons et des ouvriers, des employeurs et des employés, des exploiteurs et des exploités. Ceux-ci travaillent pour ceux-là. Nous en reparlerons plus tard, car chaque chose en son temps. Et comme dit le proverbe: « Chacun à sa place et les vaches seront bien gardées ».

 

 

      Mais revenons à notre propos. Et commençons par une citation latine, cela fait très bien dans le décor et ça prouve que l’on a de la culture, même si elle n’est qu’un vernis qui s’écaille très vite. In illo tempore... (en ce temps-là, pour ceux qui n’auraient pas compris),  il y a des milliers d’années , il y avait la nature. Des arbres, des fleurs, des rivières, des mers. Il y avait aussi des oiseaux, des poissons et des ... iguanodons, comme ceux de Bernissart. Et puis un jour, (quelques années plus tard) est apparu... l’Homme, « le roi de la création » (sic). Et oui, pardi! Notez, il n’était pas très évolué, notre bonhomme, du moins on le prétend. La suite va le montrer. Encore que si l’on compare avec l’Homme de maintenant, on peut se poser des questions... toujours aussi idiotes.

 

   Au fait, cet homme, que faisait-il? Oh! c’est très simple: il se comportait comme les autres animaux. Il pêchait et chassait pour manger; il cherchait à se protéger quand il faisait trop froid ou quand il pleuvait trop. Il paraît qu’il pleuvait beaucoup plus que maintenant. C’était le « déluge » le bien nommé. Vous voyez qu’on ne peut l’éviter, cette Bible. Quelle mine de références; point n’est besoin d’une grande bibliothèque. Et ensuite? Ah! j’oubliais. Il faisait aussi l’amour. Sans doute pour peupler la terre, parce que , prétend encore la Bible, Dieu aurait dit: " Croissez et multipliez-vous ". Bref,  "l'Homo primitivus " passait son temps. Et comme la journée valait vingt-quatre heures, comme maintenant, quand il avait mangé, qu’il était bien à l’abri et qu’il avait bien honoré sa compagne, savez-vous ce qu’il faisait? Vous donnez votre langue au chat? Et bien, il dormait. Il se couchait avec les poules et se levait au chant du coq. Et chaque jour, il recommençait. A sa manière, il écrivait - façon de parler - « l’Eloge de la paresse ». Et cela dura... un certain temps. Combien d’années? Nul ne le sait et je ne vais pas discuter avec les paléontologues préhistoriens pour décider si ce fut six mois ou un million d’années.

 

       Ce qui paraît à peu près sûr, c’est que les choses vont changer. Parce que l’homme est aussi le seul animal qui n’est jamais content de ce qu’il possède. Ce désir de toujours obtenir plus - ce que certains appellent le « progrès » - fait que la mentalité va se transformer parce que les conditions de vie vont changer. Une nouvelle notion va apparaître qui créera de nouveaux rapports sociaux entre les hommes: la hiérarchie. Autrement dit, la relation d’autorité, le pouvoir avec toutes ses conséquences parmi lesquelles l’oppression sous toutes ses formes.

 

     Comment ce changement s’est-il déroulé? On en est, bien sûr, réduit aux suppositions. Peut-être un individu plus rusé - plus pervers - que les autres va se détacher du groupe qui va peu à peu lui reconnaître un certain pouvoir. Comment? Allez donc savoir puisqu’il n’y a pas de trace écrite. N’oublions pas que tout ceci se passe il y quelques années, à une époque où l’homme se contentait, croit-on, de grognements et de cris. Cela n’empêche pas que l’on peut très bien imaginer comment les choses se sont produites. L’imagination est une faculté humaine qui est à la base des plus grandes découvertes. De plus, la connaissance que l’on peut avoir du comportement des individus peut très bien expliquer le processus de prise de pouvoir. Le « coup d’État préhistorique », quoi!

 

       Tout le monde sait que la nature, ça existe. Elle est multiple dans ses formes et ses manifestations. Il y en a une qui, de tout temps, a fichu la frousse: la foudre. Astérix craignait que le ciel lui tombât sur la tête. C’est encore vrai maintenant. Pour s’en protéger dans certaines régions, on brûle un cierge à un certain Saint-Donat. Comme quoi, Armstrong a eu beau marcher sur la Lune, en ce début  de XXIème siècle, les superstitions ont la peau dure.

   Le Ruau est une entreprise du complexe Cockerill-Sambre qui lamine l’acier. L’expression « va faire des boulons au Ruau » est péjorative à Charleroi. Va te faire...

   Avec une majuscule, nom de Dieu! On nous doit bien ça.

   Remarquez la gradation dans le  malheur!

   Un peu plus de 7000  si l’on en croit les Témoins de Jehovah, particulièrement soucieux des chiffres. Quelques millions de plus,  d’après les dernières découvertes.

   Cela fait beaucoup de questions idiotes, direz-vous. Très juste, car vous pourriez  croire qu’il n’y a que de telles  questions. Ce n’est pas une raison pour les éluder. Patience, cela va venir. D’accord?

   Excusez du peu, mais cela n’a strictement rien à voir avec Honoré ni de Balzac ni de  Marseille.

   Allons, allons! petits mal tournés!

   Le grand philosophe Érasme a bien écrit l'Éloge de la folie ». Et il a bien fait. Alors, allons-y gaiement!!!

   Ouf! Pour parler de ceux qui courent après le « vieux ».

 

 

 

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Une approche pédagogique du conte, une étude passionnante proposée par Jean-Michel Bernos

Publié le par christine brunet /aloys

 

1e Couverture MML

 

Une approche pédagogique du conte

 

 

Un peu comme Anne-Marie Jarret-Musso qui écrit des histoires à lire à voix haute (le bonheur est dans le conte), je me suis essayé depuis longtemps au conte traditionnel. On réalise en écrivant, que la structure du texte devrait suivre une logique et une construction qui nécessitent de respecter l’esprit même du conte.

 

Quand j’ai terminé le récit (intégré dans mon ouvrage Merci Monsieur Leacock) j’ai senti qu’il fallait clarifier cette méthode. C’est sans doute au sens « technique », la partie la plus intéressante du conte.

 

Comme cette « explication » n’a pas été « ajoutée » dans le livre (en cours de référencement chez Chloé des Lys), j’ai pensé intéressant de partager avec vous ce passage. Il figure donc à la fin du récit présenté ici :

 

 

 

 

LES MELONS DES COLLINES

 

 

 

Antoine était un agriculteur des collines, un homme de la terre. Son unique champ dans les restanques, bien plat et régulier, recevait toute l’année un généreux ensoleillement. Il était fait d’une terre brune dont les mottes se brisaient facilement sous la pression des doigts.

Pour atteindre son lopin de terre, Antoine devait longuement gravir le difficile chemin caillouteux.

 

Antoine était un éleveur de melons. Il ne les faisait ni pousser, ni grandir en sucre et en couleur, car l’eau et le soleil se chargeaient de cette tâche, mais il les caressait de sa binette, leur choisissait un lit de feuilles généreuses, les berçait de ses mains rudes de travailleur. Antoine était un éleveur de melons.

Son père, en quittant ce monde, lui avait légué un cheval vigoureux et la charrette au réservoir de fer blanc qu’il avait construit de ses propres mains. Ainsi, notre ami des fruits orangés pouvait-il chaque jour leur apporter un peu d’eau.

 

Ce travail, Antoine l’accomplissait au prix d’un gros labeur tout le printemps et durant le début de l’été. Il ne s’en plaignait jamais et aurait pu continuer longtemps. Il se satisfaisait de beaux fruits gonflés de jus sucré, appréciés de tous sous l'appellation de « melons des collines ».

Pourtant le hasard devait venir troubler ce délicat équilibre.

 

Martin, du village, dénommé le cérébral, vint un jour à croiser le chemin d'Antoine.  On le nommait ainsi depuis le temps de l'école communale parce qu'il cassait toujours les pieds de ses camarades par ses élucubrations et inventions.

Antoine l'appréciait bien, mais ne l'avait pas revu depuis un petit moment. Ils devaient se croiser sur ce chemin étroit des collines ; Antoine montant de l'eau, Martin descendant avec son âne chargé de planches et de madriers.

Il lui était venu, à ce fada de Martin, l'idée saugrenue de construire des charpentes. Ce sont ces entremêlements de poutres qui servent à soutenir les tuiles couvrant les toits de nos maisons.

 

Allez savoir pourquoi ? Martin, qui d'ordinaire soignait ses oliviers (vous avez remarqué, on ne dit pas « élever des oliviers ! »), s'était aperçu en regardant le ciel, allongé dans l'herbe les jours de pluie, qu'il arrivait qu'on se mouille. Animé d'une soudaine frénésie, il avait alors songé à construire des toits partout où les villageois auraient besoin de ses services.

Ses anciens camarades imaginaient que, de cette façon, ses divagations serviraient enfin à quelque chose.

 

Martin avait échangé son champ d'olivier contre l'âne du Père Michel, sans trop se poser de questions quant à la valeur de l'un et de l'autre. Lorsque nous faisons du troc, nous cherchons surtout à échanger quelque chose qui nous lasse, contre quelque chose qui à nos yeux trouve grâce.

 

Le Père Michel pouvait enfin s'allonger dans l'herbe entre les oliviers et regarder le ciel, tandis que Martin nanti d'une fière bête à bât pourrait construire des toitures, ramenant de la scierie derrière la colline, des planches et des madriers.

Antoine montait donc de l'eau pendant que Martin descendait des billots… des billots de bois, des planches et des madriers.

 

Suivez-vous les enfants ? Il y a beaucoup de monde à ce point de notre histoire.

Bon ! Antoine élève des melons, Martin qui soignait des oliviers a été remplacé par le Père Michel. Le Père Michel, en échange du champ d'oliviers a donné un âne à Martin ! L'âne ne s'appelle pas Martin, il se nomme Anselme ! Quant au cheval d'Antoine, tout le monde l'appelle « Monsieur ».

 

Et Martin que fait-t-il maintenant ? Non, il ne bâtit pas des toitures, mais construit des charpentes. Vous vous souvenez, c'est ce qui soutient la toiture, pour éviter que la pluie ne nous tombe dans les yeux.

 

Antoine, s'étonnant d'une si grosse charge sur le dos de l'âne, le fit remarquer à Martin. Martin finit par l'entendre, ce qui les amena à dialoguer au sujet de leurs différents gagne-pain. C'est-à-dire qu'ils eurent une conversation. Elle se transforma vite en pourparlers puis en tractations et finit à travers une négociation, par une entente.

Ce sont des mots un peu compliqués qu'utilisent les adultes afin de dire qu'ils sont d'accord pour faire du troc. Vous souvenez-vous ? Échanger quelque chose qui ne nous convient plus, pour quelque chose qui nous convient mieux.

 

Martin descendit vers le village avec Monsieur… Le cheval, chargé de planches et de madriers, suivi par Antoine qui avait attelé la charrette du réservoir au dos de l'âne Anselme, laissant au préalable s'écouler l'eau dans les vignes des coteaux.

 

L'attitude d'Antoine vous paraîtra sans doute étrange si je ne vous racontais ce que ce troc comprenait :

Vous vous souvenez certainement du surnom de Martin à l'école. On l'appelait « le cérébral » ce qui veut dire que son cerveau était toujours l'objet d'une réflexion, d'une nouvelle idée ou de quelque invention.

 

Au village demeurait et travaillait un autre larron devenu menuisier. Bon garçon, très travailleur, Bastien avait fait le tour de France. C'est un parcours fort réputé pour apprendre un métier et devenir un jour ce que l'on appelle un « Compagnon du Devoir ». Un excellent ouvrier, parmi les meilleurs du pays.

 

Pour devenir ce très bon menuisier Bastien avait construit « son ouvrage ».  Une pièce  qu'on réalise   sous la  direction  d'un  tuteur – un autre très bon ouvrier – pour montrer qu'on est capable de réaliser de belles et solides choses.

Ainsi Bastien avait construit une roue à aube, comme celles que l'on voit sur les moulins utilisant la force des rivières pour moudre le blé. Mais celle-là avait ceci de particulier que le mouvement rotatif vertical était transformé par l'intermédiaire d'un couple conique, en mouvement latéral.

 

Martin connaissant l'existence d'un torrent souterrain dans la colline, avait imaginé qu'en récupérant l'eau dans les petits godets de la roue à aube, il serait facile pour Antoine d'arroser son champ de melons.

 

Anselme… l'âne se chargerait de ce travail. Tournant au-dessus du torrent dans un mouvement circulaire, il entraînerait la première roue, qui à son tour ferait remonter l'eau vers une rigole en amont, c'est-à-dire plus haut que le champ de melons.

 

Ingénieux ce Martin ! Il suffisait de convaincre Bastien de céder sa roue à aube qui, elle aussi, servirait enfin à quelque chose.

Antoine possédait un âne et une citerne. Que pouvait-il proposer à Bastien pour sa roue à aube ? Sans âne, plus de mouvement de la roue, plus d'eau pour arroser les melons et l'âne n'avait pas assez de force pour entraîner la citerne pleine d'eau vers les hauteurs.

 

Martin le cérébral avait pensé à tout !

Le Père Michel aurait bien aimé récupérer une citerne pour conserver l'eau qui tombait sur ses oliviers. Elle lui servirait à les arroser les années où il pleut moins. La charrette serait bien utile pour transporter davantage de bois pour les charpentes. Elle serait donc profitable à Martin ainsi récompensé de ses bonnes idées.

 

Comment payer la roue à aube de Bastien ? Martin avait suggéré à Antoine de la lui troquer… contre des melons.

Antoine, à la faveur d'une eau abondante, serait en mesure d'élever bien davantage de melons sucrés et juteux. Mais il en faudrait beaucoup pour payer une roue à aube avec un mécanisme de couple conique. Martin s'était engagé à les transporter avec Monsieur et la charrette. Il ne restait plus qu'à convaincre Bastien le menuisier.

 

Oh bonheur ! Bastien aimait énormément la confiture de melons. Il accepta le marché.

 

L'histoire ne raconte pas encore comment Bastien, dont la cave était remplie de pots de confiture de melons, décida de les transformer en bonbons. Bonbons pour lesquels il conçut une très jolie boîte en bois poli. Il m'en a offert quelques-uns et vous pourrez les savourer à la fin de cette histoire.

 

Ce que le conte nous dit aujourd'hui, c'est que tout le monde fut ravi : Le Père Michel avec son réservoir de fer blanc dans son champ d'oliviers, Martin avec Monsieur, le cheval et sa charrette,  Bastien le menuisier avec sa nouvelle production de bonbons servis dans les boîtes de bois poli.

 

Antoine finit par s'installer définitivement dans ses coteaux avec l'âne Anselme. Il y éleva des melons des collines au-delà de ce que son petit champ plat et régulier pouvait produire.

 

Ce que l'histoire nous enseigne aussi, c'est que le troc est l'occasion d'échanger quelque chose qui nous sert mal par quelque chose qui nous emballe ! Quelque chose qui non seulement nous plaît davantage, mais qui nous aide d'une façon bien plus sage.

 

Apprenez aussi que l'intelligence peut transformer la puissance d'un travail de cheval par le paisible ouvrage de l'âne.

 

 

 

Les Melons des Collines.

 

Analyse pédagogique

 

L'époque de l'histoire : Elle peut se situer entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, jusque dans les années cinquante.

 

Le lieu où se déroule l'histoire : Le Sud de la France. Certaines expressions la placent en Provence, sans jamais le dire, afin de développer le sens de la déduction.

 

Les personnages de l’histoire : Le personnage principal est un fruit, le melon ; mais pour lui donner plus de caractère, le conte situe son origine dans les collines. Ce sont elles qui sont le second élément de cette histoire. Les hommes ne sont pas le centre du récit. Il y a des animaux, des objets très spéciaux et particuliers : une citerne, une roue à aube, une boîte de bois poli, afin de fixer l'attention sur un aspect hors du commun. A l'image de ce que doit être un conte : un récit merveilleux.

 

L’intrigue : Une progressive avancée vers une solution idéale à tous les problèmes soulevés par cette histoire. On découvre peu à peu les lieux et les personnages, leur donnant à tous, par leurs particularités, une importance de même valeur. Chaque enfant peut se sentir plus proche de l'un ou de l'autre personnage. Le fil conducteur nous dévoile cependant que l'objectif premier est la culture d'un excellent melon par des moyens qui mettent en œuvre l'ingéniosité humaine.

 

Les Lecteurs ciblés : Ils sont de trois ordres, selon trois degrés :

 

Les enfants de cinq à dix ans : le premier degré : une histoire avec un maximum de mots simples et de phrases courtes, un sujet, un développement progressif, une fin heureuse. Des expressions et des mots répétés pour être retenus. Des explications à leur niveau pour les aider à comprendre des notions un peu complexes : L'arrosage des cultures, la nécessité des toits sur les maisons, la transformation des fruits en confiture ou en bonbons.

 

Les adolescents : Le plaisir de découvrir un deuxième degré, avec des notions à leur niveau de compréhension. Le bienfait du travail, le plaisir du repos ou de l'inactivité momentanée. Quelques expressions amusantes utilisant des mots de leur vocabulaire. Des notions fortes un peu inhabituelles, donc mémorisables : le troc, la mécanique ; d'autres plus courantes : la productivité, la nature belle ou domptée. Pour les plus vifs quelques visions plus motivantes : L'honnêteté, le tour de France des Compagnons du Devoir.

 

Les adultes : Pour le troisième degré. Celui précisément d'un conte avec une morale, donc un développement qui amène une réflexion puissante, dans laquelle, la citation finale prend tout son sens. Un travail de cheval : l'ouvrage d'un personnage dur à la tâche qui poursuit son objectif sans forcément réfléchir. Le paisible ouvrage de l’âne : celui d'un individu qui manque peut être de culture, mais qui avance avec ingéniosité, accomplissant davantage et de meilleure manière.

 

Par ailleurs, le cheval et l'âne sont des amis de l'homme utiles à celui-ci, véhiculant une image commune dans de nombreuses expressions. "Un tempérament de cheval, un travail de cheval, bourru comme un cheval" (ou une jument). Le cheval symbolise aussi bien la force, que l'âpreté au travail, l'endurance, l’élégance ou une forme de bourgeoisie, de même que l'appel de la terre.

L'Âne est un petit animal sympathique, on le retrouve dans les contes de Daudet comme dans les histoires et légendes de nombreuses contrées. Il est souvent associé à une certaine forme de naïveté : "bête comme un âne", "tu es un âne", ou un imbécile. On ne lui prête donc pas une grande intelligence, mais parfois on le trouve farceur ou astucieux.

Dans cette morale, il est évident que le cheval, dans l'expression "travail de cheval", montre une force sans réflexion. Dans la phrase "paisible ouvrage de l'âne» on dénote une attitude de labeur mesuré, continu ainsi qu'efficace. Alors que l'intelligence du cheval aurait pu supplanter la bêtise de l'âne. C'est cette mise en opposition qui crée la portée de l'expression, en suggérant au-delà d'une simple lecture, la méditation qui fixe la mémoire.

 

La Méthode : La progression lente et la répétition de notions que l'on souhaite mettre en avant. L'explication volontairement simple des gestes et des mécanismes mis en œuvre. La demande de participation des enfants à certains points choisis de l'histoire. Ceci afin de sceller dans la mémoire les différents personnages, leurs différentes activités, ou changements d'activités. Il peut être possible à tout moment de vérifier l'attention en demandant aux enfants à qui appartient tel animal ou objet. La technique de reformulation positive est un outil pédagogique utilisé pour s'assurer que ce qui est dit est compris et mémorisé. Dans la plupart des cas, si les enfants ne sont pas totalement capables de rapporter la totalité de l'histoire à un adulte ; il est en revanche peu probable qu'ils se trompent dans les attributions et objectifs de chaque personnage.

 

La notion la plus importante pour eux dans ce conte sera celle du "troc". Il est vraisemblable que même sans comprendre réellement la morale de l'histoire, ils s'aperçoivent d'eux-mêmes, qu'il vaut mieux un outil adapté, qu'un travail de force inutile.

 

 

 

 

Jean-Michel BERNOS

jeanmichelbernos.over-blog.fr

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Anne-Marie Jarret-Musso nous propose un second aperçu de son roman "Le bonheur est dans le conte"

Publié le par christine brunet /aloys

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Extrait deuxième partie :

 

Rosette et son ombre

 

Il était une fois derrière chez moi une ferme où vivaient les deux meilleures amies du monde, Jeannette et Rosette.

 

La partie n’était pas gagnée d’avance car il faut vous dire que Rosette n’était pas facile à vivre. C’était une jeune fille rousse à fière allure qui n’aimait pas se faire marcher sur les pieds.

Je vais vous raconter les faits, tels qu’ils se sont déroulés, c’est une histoire ô combien insolite !

 

Rosette est arrivée par un beau matin printanier en compagnie de quelques membres de sa famille : ses deux sœurs jumelles, son cousin Dédé le meneur (comme on le surnommait) qui parlait fort tout le temps, entraînant derrière lui deux cousines à l’aspect imposant qui déployaient beaucoup d’efforts pour l’imiter. Ces trois derniers n’aimaient pas les visiteurs, même les gens de passage qu’ils repoussaient avec véhémence. Cependant, Dédé avait une bonne dose d’affection pour ses proches à qui il avait fait la promesse de les protéger toute sa vie car il possédait un fort esprit de famille.

Loulou s’était rapidement joint à eux venant de je ne sais où, beau garçon et assez coureur.

Ce beau gosse ne pensait qu’à courtiser Rosette et ses deux sœurs rousses qu’il jugeait tout à fait à son goût et dépensait une grande partie de son énergie à vouloir les séduire. En contrepartie, elles avaient instauré une règle qui consistait à manger les premières, lui laissant le soin de finir les plats. Cela les amusait beaucoup.

 

Des mois paisibles coulèrent ainsi et la vie en communauté entre jeunes gens se passait sans trop d’anicroches. Jusqu’au jour où, par

un matin d’été, sans prévenir quiconque Dédé et les deux cousines sautèrent dans un camion, on ne les revit jamais. Je me suis laissé dire qu’ils étaient las des remarques et mesquineries incessantes de Rosette.

Cependant la vie continua tranquillement jusqu’à ce fameux après-midi où…

 

Anne-Marie Jarret-Musso

bonheurconterecto

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Plume, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

PLUME


 


 

Et une, et deux, et trois… Caroline a compté les plumes qui tombaient ! Il faut dire qu'après cette bataille d'oreillers avec son frère, elle était la grande gagnante. Antoine avait eu beau la frapper, son oreiller avait tenu le coup !

 

Caroline s'était bien défendue, avait attaqué avec rage et très vite le tissu avait cédé et les plumes avaient volé.

 

L'enjeu était de taille : qui allait décider de l'émission que l'on regarderait ce soir-là ? Leurs parents les avaient laissés seuls pour la première fois : "Caroline et Antoine, vous êtes grands maintenant et nous vous faisons confiance ! Caroline, tu es l'aînée, à toi d'être raisonnable".

 

Comme tous les 15 juin, Michèle et André sortaient à deux pour fêter leur anniversaire de mariage…

 

Sitôt la porte fermée, Caroline avait décrété "on va regarder la Maison des Amours" ! Antoine avait dit : Ah non, pas ça ! D'ailleurs quand nos parents sont là, on ne peut pas ! Si on regardait le foot ?"

 

Les filles, c'est tenace.

 

Caroline avait empoigné la télécommande et ne l'avait plus lâchée. C'est Antoine qui avait eu l'idée de la bataille d'oreillers pour désigner celui qui pourrait décider du programme. Caroline avait accepté sachant que son oreiller était un peu usé à un coin !

 

Les filles, ça a tous les trucs.

 

Et quand les parents sont rentrés, elle a prétendu que c'était son frère qui avait eu l'idée et qui avait déchiré exprès son joli oreiller.

 

Les filles, c'est méchant…

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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La porte... Jean Destree vous propose un extrait de sa pièce de théâtre

Publié le par christine brunet /aloys

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Il ne faut pas laisser la porte ouverte

 

 

 

Germaine! Germaine! Germaine! Non d'un chien, Germaine, qu'est-ce que tu fabriques encore? De quoi être enragé. Pas moyen qu'elle soit à l'heure! Où est-elle donc encore fourrée? Chez sa voisine sans doute, à bavarder comme une vieille radoteuse qu'elle est! Elle sait pourtant bien qu'elle doit être ici une bonne heure avant le spectacle. Combien de fois ne lui ai-je pas répété. Une heure avant, Germaine! Une heure avant! Il ne faut pas faire attendre le public. C'est sacré, le public!

 

Un temps. Gérard fait une nouvelle fois le tour de la pièce.

 

Ah oui! Je sais bien qu'elle marche difficilement avec sa jambe de bois. Elle pourrait quand même faire un petit effort pour être ici quand j'arrive.

 

Il fouille dans les tiroirs en pestant, sort le matériel de maquillage puis se tourne vers le public. Il soupire.

 

Vous connaissez Germaine? Ne me dites pas que vous ne la connaissez pas. Voilà plus de quarante ans qu'elle officie dans ce théâtre. C'est un personnage connu. Au fait, c'est vrai. Suis-je bête. Bien sûr que vous ne la connaissez pas. Personne ne la connaît ici, à part le directeur, le régisseur et quelques techniciens. On la rencontre, on la salue, quand on est poli, mais on ne la connaît pas. Un temps.

 

C'est vrai qu'on ne connaît pas les petits, les tâcherons, les sous-fifres. Et pourtant, elle fait partie du personnel avec les machinistes, les électriciens, les décorateurs, les techniciens de toutes sortes, les employés, les secrétaires, tous ces gens sans lesquels un comédien n'a plus qu'à remettre sa culotte - comme le proclame une chanson révolutionnaire - et s'en aller s'embaucher ailleurs. Professeur d'académie, par exemple. Ou gratte-papiers chez un vieux notaire. Notez, je n'en veux pas aux professeurs d'académies. Aux notaires non plus. Des profs d'académie! Il en faut pour éveiller les enfants à l'art de bien dire. C'est nécessaire par les temps qui courent. L'art doit être à la portée de tous et non de quelques-uns tout pleins de fric qui souvent n'y comprennent rien et qui vont au théâtre ou au concert pour se faire voir et… faire des rencontres qui rapportent!

 

Il se lève, fait les cent pas dans la loge. Il s'arrête un instant, fait mine de demander le silence, met la main à son oreille et écoute attentivement. Puis il reprend sa marche. Il parle tout en se promenant dans la pièce.

 

Germaine, c'est mon habilleuse. Elle me bichonne depuis plus de vingt ans que je sévis dans ce théâtre. Oui, oui! Vous avez bien entendu: vingt ans. Un bail, n'est-ce pas? Ah! Vous l'aviez deviné! Je me doutais bien que mes spectateurs étaient des gens intelligents. Vous êtes très forts. C'est un bon point pour vous. Quelle brave femme, ma Germaine! Une brave jambe de bois avec ses soixante-cinq ans de vie toute simple, une toute petite vie que l'on croit sans problème et sans solutions. Germaine, elle boîte.

Écoutez! Mais écoutez donc!

 

Il tend l'oreille. On entend le toc toc assourdi d'un pilon qui frappe sur le plancher devant la loge.

 

Écoutez! La voilà! Chut! Ne dites rien! Chuuut! Mais taisez-vous donc, vous allez lui faire peur. Elle a horreur du bruit. Écoutez le son de sa jambe sur le parquet du couloir. N'est-ce pas que c'est impressionnant? Non?

 

Il écoute encore, imposant le silence à la salle.

 

Et pourtant, elle ne l'a pas toujours eue, sa jambe de bois. Elle remplace l'autre, la vraie en chair et en os. C'est banal, n'est-ce pas? Comment dites-vous? Oui, oui! Vous avez parfaitement raison. C'est tout à fait ordinaire, au point que cela ne vaut presque pas la peine d'en parler. Comme la balle qui l'a fracassée ce jour de juillet 1950 près de la gare des Guillemins, vous savez, ce qui était la belle gare de Liège, en Wallonie.

 

La porte s'ouvre doucement. Germaine entre presque sans faire de bruit. Elle reste immobile, attendant un signe, puis s'approche de Gérard qui lui tend son front. Germaine y dépose un petit baiser tout maternel.

 

A l'hôpital, les médecins, de bien braves gens, ceux-là, eh bien! ils n'ont pas pu lui sauver sa jambe, parce que l'ambulance était restée bloquée par les gendarmes au Pont d'Avroy. Oui, le Pont d'Avroy, c'est à Liège, en Wallonie. Il y avait des barricades. Et ça pétaradait, et ça pétaradait! Les gendarmes à cheval chargeaient, les autopompes arrosaient les manifestants. Germaine sortait de chez le boucher et voulut traverser la rue. Pan!... plus de jambe! Comme ça! Elle est tombée sur le trottoir mais pas un gendarme ne s'est dérangé pour lui porter secours. Ils étaient bien trop occupés à taper sur les grévistes.

 

Il s'approche d'elle et l'aide à s'asseoir.

 

N'est-ce pas, Germaine, que c'est comme ça que ça s'est passé. Assieds-toi. (Un temps). Tu sais, j'étais furieux que tu sois en retard, surtout un jour comme aujourd'hui. Tu montes si mal les escaliers. Il y en a trop. Ils sont trop raides. Ils sont trop vieux, usés... comme nous. Alors, c'est fini! Ce soir, on ferme. Toi aussi, tu vas partir vers une petite vie tranquille. Soigner tes chats et tes canaris.

 

Germaine sort un mouchoir, s'éponge le front. Elle se lève et se dirige vers la garde-robe pendant que Gérard, qui s'est assis à sa table, commence à se préparer. Elle sort les vêtements un par un et les dispose sur un fauteuil après les avoir époussetés de la main.

 

Tu sais, tu es un peu ma mère. Tu as toujours été une mère, rouspéteuse mais attentive, colérique et bichonnante. Et moi, je me sens comme ton petit garçon. Peut-être ai-je remplacé celui que tu as perdu en 40 sur les routes de France, quand tu fuyais avec tous les autres et qu'une balle perdue... une de plus...

 

Pendant ce temps-là, moi, comme un pauvre demeuré innocent, je croyais sauver la patrie. Ah! Ce qu'on peut être naïf quand on a vingt ans et qu'on est plein d'ardeur et d'illusions. C'est chouette de croire qu'on va sauver le monde. Tu parles! Sauver la patrie! Ha!ha!ha! Sauver la patrie! Ho!ho!ho! Quand j'y repense! Ce n'est pas croyable! La patrie! Il chante. Allons z'enfants de la patrie!

 

(Un temps.)

 

Mais comment est-ce possible, enfin! Il chante. Le jour de gloire est arrivé! Ah! Oui! Il est arrivé, le jour de gloire! Avec les officiers qui se barraient plus vite que des lapins, dans leurs grosses voitures en nous laissant en plan devant les panzers. Sauver la patrie! Avec un grand chef qui n'attendait que ça pour se vendre aux envahisseurs en prétendant rester avec ses soldats. Oui, avec sa poule surtout. Pendant qu'on se cachait, qu'on se couchait pour éviter les obus ou les rafales de mitrailleuse, Monsieur notre grand chef, faisait l'amour avec sa nénette. Celle qu'il épousera d'ailleurs, tandis que les milliers de prisonniers wallons croupissaient dans les stalags et les oflags. Oui, c'est beau la guerre quand on est à l'abri derrière son titre de chef suprême. Ha! Ha! Sauver la patrie! Holà! La garde! Sauvons la patrie! Il chante. En avant contre la tyrannie! Sauver la patrie! Ah oui! Mais laquelle? La mienne? Un temps.

 

Mais personne ne s'en occupait, de ma patrie à moi. Et surtout pas ceux dont c'était le devoir. Sauver ma patrie, celle de mes parents, de mes grands-parents, ce petit village du Namurois qui se dépeuple parce qu'on y a supprimé le train et le tram parce que ça ne rapportait plus. Comme presque partout dans ma Wallonie où l'on a fermé les usines pour en faire naître à Hongkong, Séoul, Santiago, Libreville.

 

Il se tourne vers le public et fait mine d'interpeller un spectateur.

 

Mais qu'est-ce que je vous raconte-là? Je m'égare. Allons, Gérard, du calme! Pas de panique et surtout pas de propos indécents un soir de dernière. Si tu continues, la maréchaussée va venir te chercher à la fin de la pièce. Elle va te demander pourquoi tu commets un crime de lèse-majesté. Comme si les "majestés" n'avaient pas le droit d'être critiquées quand elles font des conneries.

 

Jean Destree

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Deux cloche art... textes de Carl Chaboum, alias Carol Trottier

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Mini-promenade automnale, un texte de Claude Colson

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MINI-PROMENADE AUTOMNALE

 

Je me dirige vers le parc et admire au passage, dans le lointain, les maisons sagement alignées sur les collines, serrant à leur cou leur écharpe de brume.

L'air est vif ; la route descend doucement. Bien vite, je suis à destination . D’abord m'assaille l'odeur de sous-bois émanant du tapis dense et mordoré des feuilles qui jonchent une terre devenue presque invisible.

Tout de suite l’œil est accroché par le mince ruban de mercure du ruisseau à contre-jour. Il n'est que miroitement mouvant. Plus loin, la mare, toujours revêtue de son uniforme vert de lentilles d'eau. Énigmatique, sournoise, même si vers le bord trône, immobile, un ballon d'enfant d'un bleu presque sombre et fluo, ocellé de noir.

Je suis seul ; il n'est pas encore dix-heures.

Délaissé, le toboggan est là,inutile, avec ses rampes multicolores : un Beaubourg rural. On entend le bruit d'un ruisseau canalisé qui, du haut de quelque rocaille artificielle que je sais là-bas, se déverse dans le plan. Un oiseau isolé survole l'ensemble en criaillant. Les trilles d'un congénère lui répondent dans le sapin, déclenchant une sorte de concert varié.

Soudain l'heure sonne à l'église du bourg. Toujours personne alentour ; l'humidité de la nuit recouvre les bancs ornés aussi de feuilles mortes clairsemées. Debout au bord de l'eau, j'écris, les sens aux aguets. Un observateur – heureusement absent – me prendrait pour un original ; qu'importe : quand l'écriture vous prend, elle prévaut !

Encore m'attarder un peu sur le mouvement d'une mère cane qui , caquetant, poursuit dans un grand battement d'ailes ses rejetons indociles et c'est déjà l'heure de rentrer, heureux d'avoir posé ces mots, d'avoir ajouté quelque chose au monde.

Au retour, me forçant à reprendre la plume, le soleil, perçant enfin les nuages moutonnants, frappe soudain l'or des feuilles, faisant naître un somptueux embrasement qui, hélas, bientôt s'éteint.

La nature joue les coquettes et moi, je peux poser le stylo.

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

Claude Colson Toi-nous

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Anne-Marie Jarret-Musso nous propose un premier aperçu de son roman "Le bonheur est dans le conte"

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Ouvrez ce recueil et vous y trouverez dans la première partie quatre contes philosophiques constitués de personnages qui ont comme seul fil conducteur la quête du bonheur.

 

Fata, la drôle de fée leur indiquera à sa manière le chemin jalonné de pièges. Seuls ceux qui les auront surmontés y parviendront.

 

La deuxième partie contient 2 récits inspirés de faits réels qui ont chacun leur particularité, mais ne dévoilons rien.

 

L’ensemble de ce recueil étant accessible à tout public, on pourra y voir deux aspectsbonheurconterecto.jpg d’interprétation.

 

Les enfants retiendront des histoires extraordinaires rassemblant des personnages attachants orchestrés par Fata la drôle de fée.

 

Quant à vous chers lecteurs :

 

A travers la simplicité de ces textes, vous pourrez lire en filigrane mes réflexions sur la vie.

Un peu comme des messages mis dans des bouteilles jetées à la mer, puissiez-vous les retrouver ?

A lire et à méditer.

De 7 à 77 ans.

(Textes adaptés à une lecture à voix haute)

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait première partie :

 

Le mur

 

 

 

Dans une contrée voisine vivait paisiblement un peuple en harmonie avec son environnement. Toutes les classes de la société y étaient représentées mais la plupart travaillaient dans la fabrique de biscuits implantée près du village depuis dix ans.

Un matin, un étrange magasin s’installa, à la devanture clinquante et à l’enseigne scintillante qui arborait des lettres de toutes les couleurs :

« Marchand de bonheurs »,

tel était son nom. Aussitôt tous les villageois s’y ruèrent...

 

Dès qu’on pénétrait dans cet antre singulier, on y trouvait une jeune fille, coiffée d’une longue chevelure brune, à l’allure d’une fée. Non loin d’elle, posé sur une étagère, on devinait un bâton qui ressemblait à une baguette, avec à son bout quelque chose qui rappelait une étoile.

Derrière elle, un immense mur martelé de deux rangées de portes se dressait majestueusement. A chaque extrémité, un escalier grimpait jusqu’à une coursive divisant le mur en deux étages, de telle sorte que l’on pouvait monter d’un côté et descendre de l’autre, facilitant ainsi le flux des visiteurs. Sur chaque porte figurait le nom de l’objet désiré et chacune d’elle représentait sa valeur.

De cette façon, sur les portes recouvertes de bronze, on pouvait lire « téléphone portable » « vélo » ou « téléviseur ». Sur les portes argentées, on lisait « séjour hôtel » « ordinateur » ou « moto ». Sur les portes dorées à l’or fin était gravé « voiture » « cuisine intégrée » ou « voyage » etc etc.

La jeune fille accueillit la clientèle avec un large sourire et lança d’une voix claire et distincte :

— Approchez mes amis. Pour dix euros seulement, vous pouvez acquérir l’objet de vos rêves en franchissant l’une de ces portes. Mais attention, faites-en bon usage. Vous ne pourrez revenir que deux fois, si vous n’obtenez pas satisfaction.

Elle prit le bâton et désigna d’un mouvement de bras gracieux l’ensemble du mur.

Soudain, face au comptoir une longue file d’attente se forma. Les uns plongèrent leurs mains dans les poches de pantalon pour en retirer un billet ou des pièces, les autres s’adressèrent à leurs voisins pour solliciter une avance et tous prirent leur mal en patience car cela valait vraiment la peine d’attendre.

Bien évidemment, les portes dorées à l’or fin étaient les plus convoitées.

Celles en argent attiraient déjà bien moins de monde, quant à celles en bronze, seuls les moins intéressés ou les plus pressés osaient les franchir, sachant qu’ils pourraient revenir plus tard pour les meilleurs gains.

Dès que la foule eut franchi toutes les portes, Fata la jeune fille compta avec un léger sourire l’argent de la recette, verrouilla sa caisse, ferma la boutique, et rentra chez elle la conscience tranquille. Le lendemain, elle ne revint pas, sachant pertinemment que personne ne remettrait les pieds dans son magasin avant trois jours, car il n’est pas facile d’avouer son insatisfaction. « Après tout pour dix euros, on ne va pas se plaindre » entendit-elle dans la foule.

 

Trois jours passèrent et…

 

Anne-Marie Jarret-Musso

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Rock en rôle, un texte de Karl Chaboum alias Carol Trottier

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Rock en rôle

 

tête de pierre ou caoutchouc

je me la frappe sur les genoux                                     

une bataille de femmes dures à cuir

me frappe au boulet du ventre

 

pas le droit d’en aimer deux à la fois

sinon on en fait notre chemin de croix

jusqu’à quand pourra se tolérer la déchirure

moi si sensible aux éraflures

et les deux de s’écrier Ola !

chacun des trois a ses droits

 

un ou une des trois est de trop

une des deux doit s’en aller

mon cœur peut-il se diviser en trois

est-il indivisible

est-ce qu’il est invisible

qu’on le voit pas se battre

mais il ne veut plus se battre

alors pourquoi avoir permis  cette bataille

avec deux êtres chers

cette chair est de la poudre aux canons

que j’avale

qui m’explose en dedans

qui m’expose à les perdre les deux

qui sera vainqueur

l’amour ou la raison

 

Karl Chaboum

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Le tilleul du parc, un extrait proposé par Jean Destree

Publié le par christine brunet /aloys

           

IMG 1738

 

 

Cahotant et grinçant des roues, le 78 remontait péniblement la rue de la Place. Il s'arrêta

au coin du théâtre et laissa échapper quelques voyageurs qui s'empressèrent de fermer

frileusement le col de leur manteau. Deux d'entre eux entrèrent au Café des Œuvres pour

y jouer leur quotidienne partie de manille.

 

       Six heures moins cinq. Il était inutile de regarder l'horloge de l'hôtel de ville. Le tram 78 était toujours à l'heure. Le grincement reprit, traversa la place et disparut derrière la banque, tandis que le grelot tintait dans le tournant de la Maison du Peuple. Jean-Michel frissonna dans son parka trempé par la fine pluie qui virevoltait. Les feuilles du grand tilleul du parc pleuraient lentement sur le banc de pierre.

 

        Le crachin s'épaississait, masquant par instants le fond de la place. Jean-Michel se leva, resserra son vêtement et sortit lentement du parc. Il se mêla aux employés qui sortaient de la banque, répondant d'un signe de tête à leur bonsoir discret. Il traversa la place en biais, s'attardant un court instant à la vitrine de l'encadreur qui lui fit un long coup de menton. C'était sa façon de saluer le passant.

 

        Jean-Michel descendit la Grand-Rue et passa devant l'église d'En-bas. Une femme, engoncée dans un manteau qui semblait trop grand pour elle, s'appuyait contre la grille qui entourait le parvis de cet édifice du XVème siècle. Jean-Michel tourna la tête, le temps d'apercevoir un visage pâle où brillaient des yeux qui devaient avoir pleuré. Il s'engagea dans la rue Blanche lorsqu'il sursauta. Avait-il rêvé? Quelqu'un appelait.

 

- Monsieur! Monsieur!

 

      Il se retourna et vit la femme lui faire un geste du bras.

 

- Monsieur! S'il vous plaît, Monsieur!

 

      Il fit demi-tour vers elle, mais elle se détourna et s'enfuit d'un pas rapide dans la rue des Remparts. Pendant un court moment, il songea à la suivre. "A quoi bon", pensa-t-il et il reprit son chemin dans la rue Blanche. Bizarre. La gendarmerie était encore ouverte, ce qui lui parut anormal puisque les services se terminaient à dix-huit heures et il était au moins dix-huit heures vingt. La camionnette bleue de la maréchaussée stationnait devant le porche. Jean-Michel s'approcha machinalement et risqua un œil à travers la lunette arrière. Il aperçut une tête blonde. Un gamin de quatre ou cinq ans  était assis, la tête enfoncée dans ses bras croisés posés sur la tablette.

 

     Le brigadier Gaudier sortit précipitamment, s'engouffra dans le véhicule et démarra en trombe. Sous le porche, le Premier chef Masson,  le visage rubicond d'énervement, gesticulait en invectivant un de ses gendarmes. Jean-Michel ne s'en inquiéta pas. Le chef avait l'habitude de passer sa mauvaise humeur sur ses subordonnés, surtout en fin de journée quand la "Trappiste de Chimay" lui chauffait la tête. Les gens du quartier en savaient long sur les crises du Premier chef. "Bah! se dit Jean-Michel, il a encore un peu trop forcé sur la bouteille. Au fait, j'en boirais bien une, moi aussi".

 

     Il était d'ailleurs trop tôt pour le souper. Il remonta la rue Blanche et entra au café des Clouteries, qui servait de cantine aux mineurs polonais du puits Saint-Alfred. Tadek, le patron, jouait aux dés avec Louis, le concierge du Théâtre et les frères Pozzo, déjà pensionnés, victimes de la silicose.

 

     Tadek quitta sa table et s'approcha de Jean-Michel, accoudé au comptoir, l'air absent.

 

- Salut, Jean-Michel.

- 'jour! répondit celui-ci.

- Fichu temps.

- C'est la saison.

- Hé! Tadek, cria Aldo, l'aîné des frères Pozzo, avec son solide accent des Abruzzes, c'est ton tour.

- Oui, minute! Je te sers, ajouta-t-il à Jean-Michel.

- Une "Saison". Chambrée.

- Tu reviens de la ville?

- Oui.

- Rien de spécial?

- Sais pas. Pourquoi? Il s'est passé quelque chose?

- Allez! cria de nouveau Aldo, si tu traînes, tu passeras ton tour.

- Fiche-moi la paix! T'as le temps. Avec tout ce que tu as à faire, tu peux bien patienter.

 

     Le gros Tadek, comme on l'appelait, était un vieux du quartier. Il était arrivé en 1945, après la guerre. Il s'était échappé de Pologne et avait atterri là, par hasard. Il avait fait vingt ans de mine et, sorti du charbonnage, il avait épousé la fille des cafetiers qui lui avaient laissé le commerce. Il parlait un français bizarre, bâtardé d'allemand, de polonais et de wallon local.

     Il servit la "Saison", lentement, en professionnel, puis se versa une petite goutte de sa fabrication,  sorte de vodka tord-boyaux dont il faisait grand usage et s'installa près de Jean-Michel, abandonnant ses partenaires de jeu. Les deux hommes s'étaient liés d'amitié depuis que Jean-Michel s'était installé en ville, appelé par ce qu'il appelait son travail de "professeur de langues étrangères". Il enseignait le français à l'École Moyenne de l'État à des élèves dont plus de la moitié étaient des enfants d'immigrés, dont une majorité d'Italiens.

 

- Tadek, tou né zoué plou? cria Aldo.

- Non, continuez sans moi.

- Si, ma tou dois la tournée.

- Ouais, ouais! Ça va! Dis, Jean-Michel, tu n'as pas vu un petit gamin qui avait l'air perdu?

- Si.

- Ah! Où ça?

- Chez les gendarmes, en remontant chez moi. Pourquoi?

- Ils sont venus vers les cinq heures. Aldo leur a dit qu'il avait vu le gamin près de l'entrée de la fosse. Hé! Aldo! Où il allait, le gamin?

- Zé né sais pas. Il avait oune pétit sac à sa main et il avait l'air dé vénir dé la Saussée dé Mons. Zé l'ai raconté à l'adzoudant qu'il é réparti tout dé souit' avé lé grand Lambert. Y sonté partis dou costè dou çarbonnazé et pouis y sonté répassés presqué tout dé souit' à tout' vitesse. Zé né sais rien dé plouss.

- Alors, ils l'ont retrouvé? demanda Tadek.

- Cela m'en a tout l'air, fit Jean-Michel.

- En tout cas, c'est bizarre, cette histoire de gamin.

- Oh! fit Carlo, l'autre frère Pozzo, à Napoli, on en perd des dizaines tous lé zours ma on finit touzours par lé rétrouver. Ne vous en fézé sourtout pas pour ça.

 

      Jean-Michel écoutait sans rien dire. Le récit du frère Pozzo dans un français mâtiné d'italien et de wallon lui aurait paru comique en d'autres circonstances. Il ne souffla mot de sa rencontre avec la femme aux yeux rouges et au grand manteau noir. Songeur, il vida son verre d'un trait, laissa la monnaie sur le comptoir et sortit après un clin d'œil à Tadek, abandonnant les autres à leur discussion.

 

      Sur le seuil du café, il réfléchit. Au lieu de rentrer directement chez lui, il remonta la rue du Charbonnage jusqu'à l'entrée de la mine. Le soir était tombé depuis un moment et le crachin s'était fait plus épais. Les lampes de la rue s'entouraient d'un halo qui les faisait ressembler à des lunes pâles.

 

      Jean-Michel frissonna. Il fit demi-tour. Il pensait. Mais à quoi? A tout. Au gamin, à la femme, aux quatre joueurs de dés, à leurs réflexions, aux gendarmes. Tout se mélangeait dans sa tête. Il ressentait une sorte de malaise, quelquechose d'indéfinissable, comme s'il pressentait un drame. "Je suis trop sensible" se dit-il.

 

    Il tourna dans la rue des Écoles puis remonta la ruelle qui débouchait dans la rue Blanche, au coin de la gendarmerie. Il eut soudain la sensation d'être suivi. Il se retourna. La ruelle était déserte. Il s'arrêta. Aucun bruit, sinon celui des gouttes qui tombaient des marronniers du jardin de la gendarmerie. Il se retourna encore et reprit sa route. Arrivé dans la rue Blanche, il décida de rentrer. Il tourna la clé dans la serrure, s'arrêta. Toujours la même impression d'être suivi. Sa main tremblait.

 

      "Merde! Je ne vais tout de même pas..."

 

      Jean-Michel avait mal dormi. Cela lui arrivait chaque fois qu'il était tracassé. Longtemps il avait ressassé les événements de la soirée. Il sa leva de fort méchante humeur. La journée serait certainement très pénible.

       Dehors, il pleuvait. Une pluie grise, enfumée. Il faisait froid. Le vent s'engouffrait dans la rue, chassant devant lui des rideaux de pluie sale. Jean-Michel se sentait emporté dans cette grisaille humide qui pourtant faisait briller les pavés. Il franchit un peu à regret la grille de l'école, traversa la longue cour bordée de marronniers et se calfeutra dans sa classe.

 

 

Jean destrée

Le tilleul du parc, extrait


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