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Le blog Aloys

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Didier Fond nous propose un résumé et un extrait de son nouveau roman, La ballade des dames à poussette

17 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

Didier Fond nous propose un résumé et un extrait de son nouveau roman, La ballade des dames à poussette

Biographie :

Né à Lyon en 1955, c’est très jeune que Didier Fond s’intéresse aux livres et à l’écriture. Cet intérêt pour la littérature va le pousser vers des études de lettres modernes qui déboucheront sur une carrière d’enseignant de Lettres. Pour prenant qu’il soit, ce métier ne l’empêchera pas d’écrire des romans, d’abord pour son plaisir, puis avec l’intention de les faire publier. C’est ainsi qu’il a déjà édité trois romans chez Chloé des Lys : Grand-père va mourir en 2009, L’Annonciade en 2012 et La Maison-Dieu en 2014. La Ballade des dames à poussette est le quatrième roman publié par Chloé des Lys. Habitant toujours Lyon, il partage son temps entre le lycée où il enseigne et des loisirs centrés essentiellement sur la lecture, l’écriture et la musique.

Résumé du livre :

« Les dames à poussette » ont de l’argent. Elles ne sont pas mariées à Crésus mais leurs époux gagnent extrêmement bien leur vie. Mais gros problème : elles s’ennuient. Comment bien gérer sa vie quand on ne travaille pas et qu’on a des loisirs à ne plus savoir qu’en faire ? Dieu merci, il y a des rencontres prometteuses, même si elles sont très douteuses. Et la vie, tout de suite, devient plus animée. Un peu trop même, à cause des voisins qui ont tendance à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Alors, elles sont obligées de passer à la vitesse supérieure et de se débarrasser des gêneurs. C’est un peu embêtant au début, mais finalement, qu’est-ce qu’on s’amuse !...

« Condamnation ou apologie » ? se demandera-t-on. A cette question, l’auteur répond par une pirouette : « Comme il vous plaira ». Toutefois, c’est l’occasion de se plonger dans un roman en apparence délirant, mais qui traite, avec un humour trempé dans le vitriol, de certains faits de société qu’il est, pour certains, très mal vu de torpiller…

Extrait :

PREMIERE DAME

FRANCE

France G. adore son quartier. Vraiment. Elle l’adore. Elle s’y sent à l’aise. On est entre soi, dit-elle ; entre gens de bonne compagnie. Mais quand on lui demande de préciser ce qu’elle entend par « gens de bonne compagnie », elle reste un moment silencieuse, les yeux un peu écarquillés, à la recherche d’une explication qui convaincrait son interlocuteur de la justesse de son affirmation mais cette explication, visiblement, ne se présente pas à son esprit. Alors, en désespoir de cause, elle répond : « mais du même milieu, bien sûr », tout en ayant bien conscience que ce n’est pas vraiment ce qu’elle voulait dire. Et elle ajoute précipitamment : « par exemple, les voisins d’en face, le couple de vieux, ils sont un peu pénibles, mais on s’y fait, à la longue. » Pour France G., la notion de « milieu » se mesure, entre autres, à l’aune de la pénibilité.

Bien entendu, elle est mariée. Le mariage représente la consécration absolue de sa vie de femme. Elle a épousé Serge G. en parfaite connaissance de cause. Elle n’était pas amoureuse folle de lui ; il lui plaisait, sans plus. Mais il était adorable. Et il avait un brillant avenir dans son entreprise. Elle n’a pas été déçue. Et depuis qu’il a eu la promotion tant espérée, son salaire a fait un bond prodigieux, et leur niveau de vie aussi par la même occasion. France a pu réaliser son deuxième rêve après le mariage en blanc : l’achat d’un quatre-quatre. Cette acquisition lui semblait absolument nécessaire dans la mesure où, dans le quartier, tout le monde en avait un. « A part les vieux, bien sûr, chuchote-t-elle pour ne pas être entendue. Leurs revenus sont trop modestes. Elle, elle n’a jamais travaillé… » Et le ton de France laisse supposer qu’il s’agit là d’une grave erreur.

France non plus ne travaille pas. Mais elle a été responsable d’une agence de publicité jusqu’à la naissance de sa fille. Elle insiste toujours sur cette particularité : elle n’est devenue femme au foyer que parce qu’elle désirait pouvoir consacrer tout son temps à son enfant, lequel, par ailleurs, constitue la réalisation du troisième rêve de France G. : devenir mère.

Grâce à la promotion de Serge, ils ont pu faire installer une piscine dans leur jardin. Elle n’est pas très grande, reconnaît France qui ajoute aussitôt que c’est bien suffisant pour leurs soirées barbecue entre ami(e)s.

Marie-Claire N. est une de ces ami(e)s ; France l’invite souvent à passer l’après-midi avec elle, au bord de la piscine ; parfois, après s’être dépensées sur un court de tennis, elles font un petit plongeon dans l’eau froide. France n’est pas méchante, mais elle adore voir à quel point Marie-Claire est bleue d’envie. Le grand malheur de Marie-Claire, c’est de n’avoir pas assez de terrain pour faire creuser une piscine. Et quand elle a su que Sophie D. s’était fait construire une aile supplémentaire à sa villa pour y installer un jacuzzi et un sauna finlandais, elle a failli en mourir de déplaisir. Fort heureusement, Lydia W. a le même problème.

France aime bien Lydia. Elle trouve certes que c’est une parvenue, car elle en a les manières et le côté… comment dire ? Artificiel, voilà. Et un peu vulgaire. Mais c’est une femme charmante et très drôle, affirme France. Et intelligente, c’est sûr. La preuve, c’est qu’elle arrive à prendre suffisamment de distance avec cette catastrophe qu’est l’absence de piscine pour en rire de bon cœur. Et puis, Lydia est toujours vêtue à la dernière mode, comme France, alors que Sophie D. ne sait pas s’habiller et que Marie-Claire s’obstine à n’acheter que du « classique », genre tailleur Chanel. France reconnaît volontiers qu’il faut avoir deux ou trois Chanel dans sa garde-robe pour les sorties importantes ; mais de là à se vautrer dedans… Ce n’est pas encore de leur âge.

France promène sa poussette dans la rue et se dirige vers le jardin des Treilles, à quelques centaines de mètres de sa villa. Elle espère qu’il n’y aura pas trop de monde, elle n’aime pas entendre les piaillements incessants des enfants bruyants et pas toujours bien élevés des immeubles construits de l’autre côté du carrefour. Elle regarde la petite Louise qui sourit béatement dans sa poussette, et se demande un instant comment elle pourra se débrouiller lorsque sa fille sera plus grande. Elle peut toujours la laisser sur la pelouse, derrière la maison ; mais il y a la piscine. Et France n’a pas trop confiance dans les barrières de sécurité qu’ils ont fait poser autour du bassin.

Tout en marchant, elle se livre à un exercice appelé communément, et parfois faussement, la réflexion. Elle pense qu’elle n’a rien à faire de l’après-midi et que ça l’ennuie. D’habitude, elle est surbookée, pire encore que lorsqu’elle travaillait. Serge prétend en plaisantant qu’elle ne sait pas s’organiser. Il suffit de programmer les courses un autre jour que le shopping, le coiffeur et le bridge. Ses moqueries irritent France. On voit bien que ce n’est pas lui qui passe ses journées à la maison avec pour seule compagnie un bébé braillard ! Elle n’ose cependant rien dire parce que c’est elle qui a insisté pour qu’ils fassent un enfant. Serge n’était pas vraiment tenté par l’aventure. Mais ils étaient les seuls couples de leur petit cénacle à ne point en avoir ; de quoi avaient-ils l’air ? Un couple sans enfant, cela fait jaser. Un célibataire, au moins on peut l’étiqueter sans problème. Un ménage seul, c’est bizarre, et il vaut mieux éviter la bizarrerie dans ce monde-là. A moins d’être homo. Ils ont tous des amis gays, qui sont adorables. Et puis, c’est tellement bien de montrer qu’on ne craint pas les différences, les vraies, entendons-nous bien… Surtout celle-là, parce que finalement, avec les gays, se dit France, on ne risque rien.

Le jardin des Treilles se profile à l’horizon. Quelle chance ! Apparemment, il n’y a personne. A propos de gays, France se souvient tout à coup du conseil que Domi, son coiffeur, lui a donné alors qu’elle cherchait désespérément un cadeau pour Serge dont c’était bientôt l’anniversaire. Une excellente idée : offrir un saut en parachute à son mari, c’est à la fois original et très couru. Serge n’est pas un adepte des sports extrêmes mais il a adoré. Et on dira ce qu’on voudra, mais c’est quand même moins commun qu’un saut à l’élastique du haut d’un pont. Et nettement plus cher.

Mais France s’ennuie. Même en jouant au bridge, même en papotant avec les amies pendant les afternoon tea, même en recevant les collègues de Serge ou son directeur général. La femme de ce dernier est charmante. Serge prétend qu’elle se caricature elle-même. C’est méchant, et faux. France la trouve adorable, et pas plus caricaturale qu’elle qui ne l’est absolument pas. Elle est bien dans sa peau, bien dans son milieu. Serge a parfois de ces idées, vraiment !...

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Méandres, le recueil de Salvatore Gucciardo chroniqué par Eric Allard

16 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/

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Méandres, le recueil de Salvatore Gucciardo chroniqué par Eric Allard

Les Belles Phrases

Textes courts, Poésie et chanson, Plaisir de la lecture… Un blog d’Éric Allard

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24/07/2015

MÉANDRES de Salvatore GUCCIARDO

L’art, l’âme et la lumière

Alchimie spirituelle, métaphysique de l’être, théorie de l'évolution de Teilhard de Chardin... sont quelques-unes des philosophies ou disciplines auxquelles Méandres emprunte des éléments pour déployer son univers poétique. Le recueil alterne une narration poétique en prose (en caractères romains) avec des parties versifiées (en italique), telles des chants portées par diverses voix Il est formé de sept sections : L’alpha, Apocalypse, Abysses, Les feux de la torpeur, Collage, Omega et Révélation.

Dans L’alpha, on assiste au chaos originel où matière et esprit sont confondus, où l’indistinction domine, où les choses de l’âme ne sont pas clairement identifiées par défaut de lumière spirituelle. Tout n’est que vision entremêlée et sons désaccordés. Une baleine blanche va figurer le lien entre le monde abyssal et le monde visible.

Dans Apocalypse, le monde festoie, jouissant de tous ses sens à profusion mais dans l’ignorance de l’Etre. Nous sommes les otages de quelques chimères, lit-on.

Le retable d'Issenheim Grünewald est avancé pour introduire la figure d’un Christ martyr et salvateur au Jardin des Oliviers. Il s’agit d’une image emblématique de la vision apocalyptique marquée par la lourdeur des âmes.

Le monde reste dévasté. Mais l’être cherche une issue… L’espérance demeure !

Dans Abysses, l’âme est nue et va conduire aux profondeurs insondables de l’être pour approcher le mystère invisible tapi au fond de l’inconscient.

Dans Les feux de la torpeur, on recherche un grain de lumière de même qu’on est à l’affût d’un messie qui emporterait l’homme et la femme vers les hauteurs.

L’entreprise est hasardeuse et ardue, elle prend la forme d’un labyrinthe en forme de poulpe aux nombreux tentacules.

Pour aboutir, elle devra engranger l’expérience humaine sur plusieurs générations en visant la concorde au-delà des divergences et en tirant toute son énergie d'une force cosmique. Je vis à l’intérieur d’un arbre qui a 2OO 000 ans d’existence, ses racines alimentent mon âme.

Dans Collage, on fixe les contours des formes de leurs volumes avant de les coller dans un esprit de cohérence en harmonisant les couleurs. C’est l’idée de l’Artiste organisateur du chaos en cosmos sur la grande toile de

l’univers. L’homme n’est pas absent du tableau. Il est peint debout, face à la mer.

Dans Oméga, la nuit a fait place au jour, à la pleine lumière. Le palais dédaléen est à présent une demeure accueillante. C’est le règne de l’aurore source de vie et de joie.

Dans Révélation, on est dans l’Olympe, la demeure des êtres célestes où un être plus lumineux que les autres est révélé. Le narrateur assistant à ce spectacle pense à tous les humains encore dans l’obscurité, à la dérive ou consacrant leur vie à des plaisirs éphémères, servant aveuglément un dieu de la consommation… Il connaît une sorte de grâce, de félicité, qui lui fait dire :

Notre moi profond existait pour s’élever vers les hauteurs, pour communier avec les sphères…

Habile dispositif ouvert à plusieurs interprétations, Méandres ne s’apprivoise pas en une seule lecture et se complète des peintures de l’artiste (au nombre de quatre) qui accompagnent ce parcours pour donner une vision de la condition humaine et cosmique qui a à voir avec l’art, l’âme et la lumière et à laquelle chacun donnera l’interprétation qu’il veut selon son vécu, ses références artistiques et culturelles. Un second recueil (après Lyrisme cosmique en 2011) qui nous fait entrer plus avant dans l’univers si singulier de l’artiste avant tout poète, des mots et des images.

Éric Allard

Le recueil bilingue est préfacé par Joseph Bodson. La seconde partie contient la traduction en italien par Maria Teresa Epifani Furno.

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Une poésie de Laurent Dumortier dans la revue Bleu d'encre

15 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles

http://gsl.skynetblogs.be/archive/2015/09/07/publication-dans-la-revue-bleu-d-encre-8495937.html

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Une poésie de Laurent Dumortier dans la revue Bleu d'encre
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Patrick Beaucamps nous propose un poème extrait de son nouveau recueil "Quand les vagues se retirent"

14 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Poésie

Patrick Beaucamps nous propose un poème extrait de son nouveau recueil "Quand les vagues se retirent"

Le bain

C’est à ce moment-là

que le week-end débutait.

Encrassé de graisse et d’encre,

mon père rentrait du boulot.

Dans sa mallette,

les chutes d’une bande-dessinée.

Mal reliées ou mal rognées,

les patrons acceptaient

que les ouvriers les emportent.

Je les lisais sur les toilettes pendant

que mon paternel prenait son bain.

L’émail crasseux.

L’eau noirâtre.

Mon père se frictionnant

malgré ses courbatures.

Je me souviens de ça !

Un petit bout de mémoire

qui resurgit

et s’écoule par le siphon.

Patrick Beaucamps

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Sophie Vuillemin nous présente son nouvel ouvrage "L'histoire entre nous n'est pas terminée"

13 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

Sophie Vuillemin nous présente son nouvel ouvrage "L'histoire entre nous n'est pas terminée"

Ce deuxième roman fut une sacrée aventure. Peut-être parce que je touchais à un sujet plus personnel qu'avec C'est quoi ton stage ? (Editions Chloé des Lys), probablement parce que je voulais progresser dans mon écriture, essayer un style plus poétique, des descriptions plus fouillées, faire de la mer et du vent des éléments essentiels au récit, planter un décor naturel... Finalement, quand je liste les défis à relever, c'est un miracle que je sois allée au bout de l'écriture !

L'Histoire entre nous n'est pas terminée, qui parait actuellement, se passe à Quiberon, près de la Côte Sauvage. Nina, quatorze ans, partage sa vie entre un amour secret, un petit frère craquant, une copine excentrique et une mère malade. Un matin d'hiver, sa mère s'éteint et la jeune fille doit faire face à la séparation. S'instaure alors un dialogue d'amour entre mère et fille.

Un extrait :

Je me souviens du sable grattant l'élastique du maillot, le poids du bébé au creux de mes bras. Mon corps entier occupé à protéger son crâne d'oisillon des rayons du soleil.

La chaleur coulait dans mon dos.

La voix de Nina portée par le vent.

Sillons de larmes sur ses joues.

Le dos musclé de Philippe lorsqu'il la soulevait jusqu'à l'annexe.

Les vagues s'arrondissaient comme les ventres des femmes et roulaient, vertes et grises, sur les coquillages. La lumière fendait l'océan de rayons clairs et dans la blancheur, je suis entrée. Je suis la mer, je souffle le vent, j'ondule dans l'écume.

Au loin, le canot se dandinait, amarré à l'arrière du voilier.

De notre amour sont nés deux petits brouillons d'hommes. Toujours, je les regarderai.

Sophie Vuillemin

http://sophievuillemin.wordpress.com

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Elle, une nouvelle en deux partie écrite à la façon de Marguerite Duras... signée Alexandra Coenraets

12 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

Elle, une nouvelle en deux partie écrite à la façon de Marguerite Duras... signée Alexandra Coenraets

Deuxième Partie

Elle fume une cigarette après la douche.

Ils ne se parlent pas. Pas un mot. Evidemment. De toute façon, ils l’ont pénétrée, elle a joui de leurs caresses, éprouvé le plaisir de leur en donner, mais c’est eux que son regard a pénétrés. Jusqu’à les faire vaciller. De toute façon, il ne faut pas discuter avec elle. D’un accord tacite, ils quittent la chambre au lever du jour, s’éclipsent sur la pointe des pieds, leurs contours se diluent dans l’atmosphère bleutée. Ils s’abstiennent de la questionner sur quoi que ce soit, repartent comme ils sont venus, sans avoir percé le mystère, son mystère à elle, et donc inlassablement, ils reviennent. Elle laisse entrer.

Elle écrit.

Voilà, elle écrit.

Elle a espéré que les mots surgissent, ils sont là. Elle ne griffonne pas d’habitude, elle préfère l’ordinateur. Elle s’est munie d’un cahier, les mots ont suivi. Des mots qui disent les morts qu’elle tait depuis longtemps. Les morts de son âme, succédant aux blessures, les morsures du cœur, enfouies dans la terre. Ils ressortent. Elle ignore combien de temps ça prendra, quel sera le temps de l’écriture, peu importe.

C’est le matin. Très tôt. Le soleil n’est pas encore haut, le ciel embrumé s’offre à ses couleurs, doucement. L’atmosphère se veut délicate comme un secret chuchoté au creux de l’oreille. Elle est vaporeuse.

Plus tard.

Elle a pris sa vieille machine à écrire, une Hermès Baby de 1963. Un bel objet Vintage qui lui vient de sa mère. Les touches vert menthe sont encore en bon état. La typographie est nette, l’ensemble fonctionne. Sa mère était journaliste dans un grand quotidien. Elle la vénérait. D'ailleurs, c'était trop. Son ombre a toujours plané sur sa vie à elle, la condamnant à l'insupportable imperfection de ne pas être elle. Sa mère.

Sa mère l'appelait Baby. C'était à la mode, à l'époque, le surnom anglophone. On se donnait du Darling et du Honey à tout-va. Ça faisait chic.

Elle caresse d’un geste raffiné la surface du vieux modèle, la sensation se fait soyeuse au toucher. Elle l’empoigne avec fermeté, le range dans son étui d'époque en cuir brun, à l’odeur du temps écoulé, une odeur de poussière bien installée. Elle s’en va défier les éléments, elle écrira face à l’eau. Le temps est doux, le ciel bleu clair parsemé de nuages blancs, ronds et moelleux. Avenants.

Sa démarche se teinte d'une lenteur plus sensuelle, son corps trahit par réminiscences les soubresauts de ses nuits.

Elle avance.

S'approche, se rapproche, sent l'air du large se préciser. Elle respire. Ouvre le buste, emplit ses poumons d'une profonde inspiration, expire pour rejeter l'excès de tensions. Elle recommence. Plusieurs minutes. Le rythme trouve sa régularité.

Elle porte une fine robe blanche en lin d'une longueur qui s'arrête aux chevilles ; la découpe est droite, les épaules à découvert. Elle en voile la nudité d'un châle en coton crocheté, non par pudeur, c'est juste une robe qui s'accommode peu de la fin de l'été. L’échancrure du décolleté lui épouse adéquatement la forme des seins, le tissu léger glisse sur leurs courbes bien dessinées, mises en valeur avec ce qu'il faut d'élégance. Un foulard négligemment noué autour du cou protège ses cheveux blond vénitien des coups de vent intrusifs, et de larges lunettes fumées lui mangent le visage. Les yeux sont à l'abri du soleil et d’autrui.

Elle semble sortie d’une époque révolue, d’un film en noir et blanc, peut-être. On dirait sa mère, presque, en la voyant de loin. Mince silhouette diaphane. Ethérée. Secrète.

Louve.

Libre ?

Sa mère vient de mourir.

Elle voulait fuir l'atmosphère pesante du deuil à faire. Elle est venue là pour écrire. Et pour fuir.

Libre ? Elle et sa mère ont fini de se confondre, se dit-elle. Jamais plus interchangeables, entièrement dissociées, il n'y aura plus d’erreur sur la personne, pense-t-elle.

Erreur.

Elle ne sera plus une erreur, jamais plus.

Comment va ta mère ? Et ta mère, quelle femme admirable et respectée...Tu lui ressembles tant.

Sempiternels commentaires sans cesse répétés…A leur évocation, voilà qu'elle fulmine. Son corps fluide et gracieux, qui subtilement suivait le vent, soudain se tend.

La main tremble, le poing se serre un instant, d’un geste automatique. Les mâchoires se contractent discrètement. Au fond, elle la détestait. Elle a tenté de s’affirmer, se construire, s’en est pas mal tirée, elle écrit, elle publie. Quelques livres au succès certain.

L’ombre maternelle continuait de planer. Sa mère. Toujours gentille, toujours aimable, toujours respectueuse des autres, trop même, trop. Etouffante. Jusqu’au bout.

Elle restait son « Baby ». Sa poupée, sans doute.

Une larme s’échappe de son œil noir, dévale lentement le long de ses joues, une seule, si rare et dont nul n’est témoin cette fois, excepté la nature, dans laquelle elle se fond. L'air n'en fait qu'une bouchée, cette unique larme s’y engouffre, repartie d’elle-même sans laisser de trace.

Elle est heureuse, en fait.

Pour la première fois de sa vie, elle l’est vraiment. Elle est heureuse de la mort de sa mère.

Un sourire imprévu la capture à présent, se déploie sur son visage, déforme ses lèvres rehaussées de rouge, lui emplit les yeux sans qu’elle le veuille, elle ne contrôle plus. Et regarde la mer, d’un calme apaisant. A cette eau chauffée par le soleil de midi, que rien ne perturbe, elle laisse ses états d’âme, lâche, desserre l’étau, tandis que d’une main, elle tient toujours fermement l’étui contenant la Hermès Baby. De 1963.

Trop de non-dits, trop de révoltes rentrées, depuis trop longtemps pour qu'elles aient pu s'exprimer, si ce n’est de manière détournée, dans ses livres, dont le propos ne semblait jamais compris par l’intéressée. Elle en venait à déceler un soupçon de mépris dans la voix de sa mère, lorsque celle-ci l’abreuvait de compliments, la félicitait à outrance de ses réussites.

Dose létale.

Poison mortel.

Elle a glissé quatre-vingt grammes d'arsenic dans le verre de vin du soir de sa génitrice.

Après une semaine de douleurs intenses, la mère s'est écroulée.

Elle l'a tuée.

Sur le sable doré, elle ouvre une page blanche. Face à l'eau qui diffuse ses reflets brillants comme la pierre d’opale, dans sa robe de lin blanc, le visage illuminé, le sien, unique, délesté d'un poids, les traits lisses, apaisés, elle est heureuse.

Pour la première fois de sa vie, elle l'est vraiment.

Alexandra Coenraets

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Elle, une nouvelle en deux partie écrite à la façon de Marguerite Duras... signée Alexandra Coenraets

11 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

Elle, une nouvelle en deux partie écrite à la façon de Marguerite Duras... signée Alexandra Coenraets

"Il y a quelques temps, je me suis moi aussi aventurée à écrire dans le style d'une grande écrivaine que j'admire et dont j'aime l'écriture: Marguerite Duras. Ecrire "à la manière de", voilà un exercice difficile. Je m'y adonne pour la première fois, aussi j'espère ne pas tomber dans la caricature. Si c'est le cas, je ferai mieux par la suite...Ou m'abstiendrai. "

Elle.

Ça se passe entre les deux caps. Le Blanc et le Gris-Nez. Dans le Pas-de-Calais. A quinze kilomètres de Boulogne-sur-Mer.

Côte sauvage et puissante. Côte d'opale, comme la pierre.

La mer.

Elle brille, la mer, d’une précieuse luminosité, l’eau scintille sous le soleil du soir. Elle est nordique, la côte, mais l’astre y déploie ses rayons, là comme ailleurs, par endroits et par moments. Il enrobe le décor d’une lumière fuyante, le modèle à sa guise de ses touches impressionnistes. Le caresse, le cajole, le couve aussi.

Elle arbore une ambiance de louve, la côte, parfois. Impossible à saisir. Et si on essaie de l’attraper, comme un jeu, on peut s’amuser un temps, mais non, on ne réussira pas à en capter l’essence.

Une femme.

Solaire. Seule. Son ombre rayonne dans le soleil du soir. Elle foule de ses pieds le sable humide, dont les grains s’infiltrent entre les orteils, elle sent qu’ils s’y agglutinent même, tandis que le rythme des vagues lui berce les oreilles. Elle marche lentement, le pas langoureux, les sandales dans une main, la cigarette dans l’autre.

Elle fume.

Savoure chaque bouffée, inspire, expire. Elle dévore les volutes de ses yeux verts. C’est bon.

Elle est venue pour écrire. C’est le troisième, son troisième roman. L’inspiration tarde à venir, alors elle est partie la chercher.

Au bord de la mer, il lui semble que c’est l’idéal. Et puis, elle connaît le coin, elle a ses habitudes.

Elle aime se ressourcer au bord de la mer. Sait l’atmosphère propice à l’écriture.

Elle l’a toujours su. Dès l’enfance, elle savait que c’était ça, le chemin. Le sien. Ecrire. Elle savait qu’il y avait des lieux où la plume redevenait flamme, jaillissait de ses cendres, soudain prise d’effervescence. Sortait de latence. « Elle dit aussi que s'il n'y avait ni la mer ni l'amour personne n'écrirait des livres ». Ni l’amour ou le manque d’amour. Le manque d’amour, fabuleux déclencheur de mots quand l'auteur parvient à l’actionner, matière brute à travailler, triturer sur papier, ou qui s'empoigne à bras-le-corps pour tapisser l’écran d’une suite de notes noires et blanches. Harmonieuses. Ou dissonantes.

Ecrire, c’est une musique.

Elle, elle sait où elle va. Personne ne sait d’où elle vient. A l’hôtel où elle est descendue, ils n’ont posé aucune question. Mystérieuse, insaisissable silhouette, comme les éclats de cette lumière locale, elle se fond dans le paysage, en épouse les formes. Ou bien est-ce l’inverse.

Louve.

Dès l’enfance, elle avait eu cette tristesse au fond des yeux. On pouvait passer des heures à scruter le gouffre qu’offraient ses regards, en explorer les mille nuances, se perdre dans l’abîme béant de ses pupilles. S’y noyer. Ressortir enduit de cette mélancolie qu’elle transmettait à son insu. Ou volontairement, peut-être, on ne sait pas. Peut-être était-ce voulu, puisqu’aucun mot ne sortait de sa bouche ; aucun, d’ailleurs, n’aurait été adéquat pour traduire la force de l’émotion que son œil dégageait, parfois humide, parfois pas. L’observateur chanceux, savamment envoûté, pouvait y surprendre de temps à autre une larme perler dans un coin, au seuil des paupières. Elle se l’autorisait, se dévoilait par d’infimes mouvements du corps.

C’est le mois de septembre.

Cette enfant au cœur fermé devenue femme se promène, l’allure nonchalante ; contours féminins, âme incertaine, un corps sensuel que les hommes désirent. Une femme sans âge dont les hommes désiraient depuis longtemps percer le mystère qu’en elle ils décelaient. Au premier regard.

Elle s’est toujours préservée.

L’œil triste s’est adjoint d’un caractère vif et perçant, l’iris s’est empreint d'une profonde détermination. Un soupçon de colère y met son grain de sel pour donner du piment.

Le sel, justement, oui, le sel. Le sel de la vie, elle le trouve près de la mer, où son odeur est piquante, inévitable, brutale et vivifiante. Apre aussi. D’une âpreté sans égal.

C’est ça qu’elle doit faire, elle le sait depuis toujours. Mettre le sel de sa vie par écrit. Remplir une salière et saupoudrer la feuille blanche de l’aube à l’aube s’il le faut. Le sel donne soif, de cette soif d’apprendre encore, d’apprendre des autres et de soi. Trouver qui on est. L'assumer. Se dégager de ce qu’on a été. L'assumer.

Elle a des amants. Ils viennent l’un après l’autre le soir, à l’hôtel, dans sa chambre, furtifs ; le son de leurs allées et venues parvient aux oreilles du personnel un bref instant. On les entend gravir l’escalier à pas feutrés, fébrilement, en toute discrétion; ou d’un pas lourd, lourd d’appréhension peut-être, de désir sûrement. Ils gravissent les marches vers elle.

Ce sont des nuits sans fin, sans commencement, aucun des deux ne se rappelle vraiment l’entre-deux. Entre le début et la fin, que s’est-il passé ? Souffles courts, emmêlés, peaux effleurées, caressées, sa peau à elle, sa peau à lui, à eux, contact peau-à-peau, leurs peaux douces et rugueuses se frôlent, se cherchent, se rencontrent, se rejoignent, partition pour piano à quatre mains, deux mains d’homme, deux mains de femme, elles tâtent, palpent et pétrissent, jouent leurs notes similaires, complémentaires, innovantes, singulières. Se jouent d'elles-mêmes, se fuient et se perdent.

L’amour, c’est une musique.

Halètements, cris, silences.

Pauses.

Les doigts s’entrecroisent pour mieux cueillir l’instant, tandis que les corps transpirent, collent et se collent, le plaisir devient intense. Autour d’eux, il n’y a plus que le plaisir, une aura de plaisir. Ils s’y dissolvent et se laissent porter.

Ils oublient.

Au matin, il n’y a rien.

Un vide sépare deux être chancelants qui tentent de se reconstituer. Il faut rassembler les morceaux. A tâtons.

Alexandra Coenraets

Auteure/médiatrice

www.quandilnaitdusens.wordpress.com
www.mediation-plurie
lle.be

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Carine-Laure Desguin et l'expo Verlaine à Mons

10 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #ANNONCES

Carine-Laure Desguin et l'expo Verlaine à Mons

— Carine-Laure, tu me dis aller photographier cette expo, à la médiathèque de Mons (http://le-manege.pointculture.be/), et je te vois conductrice d’un triporteur sur la Grand-Place, tournicotant face au Singe du Grand Garde…Tu m’expliques car je ne comprends plus rien à tes allées et venues…

— C’est très simple, Serge (Serge, pour les lecteurs qui l’ignorent encore, c’est le bibliothécaire de www.bourgeon.be). Plusieurs artistes ont créé des textes et autres œuvres en hommage à Verlaine et toutes ces œuvres sont exposées jusque mercredi dans les vitrines de la médiathèque. Pour ma part, j’ai écrit deux textes et Derry Turla les a très bien illustrés,

(http://derry-turla.blogspot.be/2015/09/hommage-verlaine.html),

ce qui n’était pas évident. C’est assez émouvant, tu sais Serge, de découvrir ses textes en osmose avec des créations d’un autre artiste. Un oiseau. Un manège…

Quand aux autres artistes, Laurence Amaury, présidente de la revue Aura, Thierry Thirionnet, Roseline Deback, Myriam Vanhoof, Gianni Benini, Patrick Tombelle, Françoise Houdart et Chantal Baligand, tous ont participé d’une façon différente et c’est ça qui est beau, en somme, ces créations multiples mais qui ne font qu’une seule.

— Oui, c’est bien ça. Chaque œuvre est différente et l’ensemble de vos créations fait un beau clin d’œil à « l’esprit Verlaine ». On ne sait pas bien lire tes textes sur les photos, Carine-Laure. Corrige tout ça pour ton blog. Et n’oublie pas ce lien-ci :

http://carineldesguin.canalblog.com/archives/2015/09/21/32662466.html

— Bien, m’sieur le biblio !

— Voici donc les deux textes

A l’aube qu’importe

Sur le carrousel de nos souvenirs,

Les jours sont des lunes et dansent tout autour

Des vents d’azur des tambours et des lyres

Et font la part belle aux chansons d’amour.

Des étoiles de feu se déposent

Sur des nuages aux allures de pantin ;

C’est alors que s’émeut la symbiose,

De la nuit, de la rose et du matin.

A l’aube qu’importe le jour et l’heure,

Le soleil se lève, s’étire lui aussi ;

Les jardins respirent et au cœur des fleurs,

Tournent les manèges et leurs rêveries.

Carine-Laure Desguin

Plus loin les étoiles

Un oiseau bleu,

Chariot de feux

Dans le ciel,

Tisse les chants

Et les printemps

Eternels.

Emerveillé

Et chaviré

Au gré des vents,

Dans les échos,

Vers le très haut,

Il s’éprend.

Et il s’envole,

Comme une obole,

Vers l’Eden ;

En saluant,

Les firmaments,

Et leurs reines.

Carine-Laure Desguin

— Une belle expérience donc…

— Oui, vivre au rythme des mots de Verlaine durant quelques temps, un vrai bonheur. Et n’oublions pas la l’expo Verlaine au BAM, top départ bientôt !

http://www.bam.mons.be/expositions/a-venir/verlaine-cellule-252

— Bien, miss. Et ce triporteur ? Tu causes, tu causes. Pour noyer l’histoire, pas vrai ?

— Oh, très simple ! Une fois arrivée sur la Grand-Place de Mons, boum, nez à nez avec Philippe Desterbecq et son épouse. Ils attendaient un triporteur et pendant que le chauffeur du bolide caressait le Singe du Grand Garde, j’ai kidnappé mes deux amis et je les ai baladés à travers la ville. Entre deux coups de pédales, Philippe m’a soufflé qu’il attendait avec impatience la publication de son second livre, la suite de L’étoile magique http://www.aloys.me/2014/07/un-auteur-philippe-desterbecq.html

— Je n’ajouterai rien…A part te demander si tu prépares la présentation de ton bouquin, le jeudi 15 octobre

http://carineldesguin.canalblog.com/archives/2015/10/01/32713421.html,je te le rappelle, Carine-Laure. Et aussi que les éditions Le Coudrier t’enverront bientôt ton nouveau recueil de poésies Des lames et des lumières. Pense donc à la promo de ce livre, si tu veux bien…Et complète ton press book, miss, il me semble que tu zappes des activités, non ?

Carine-Laure Desguin, infos et palmarès, ici :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/press-book/32061526.html

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/carine-laure-sur-you-tube/32062119.html

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Jean-François Foulon a lu " Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godard

9 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

Jean-François Foulon a lu " Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godard

Je termine à l’instant le petit recueil de poèmes de Joël Godart et je veux mettre par écrit mes impressions tant que je suis sous le charme. On sait comment cela va : si on attend trop longtemps, on intellectualise, on raisonne, on fait de beaux développements savants, qui sont sans doute fort pertinents, mais on n’a pas rendu l’âme des poèmes, autrement dit ce qui nous a fait vibrer en tant que lecteur. Or justement ceux-ci m’ont parlé et pas un peu. Il s’agit de poèmes courts, qui développent en quelques vers libres les thèmes de l’amour, du temps qui fuit, de la mort, mais surtout du rêve. On sent que pour l’auteur écrire est une manière d’atteindre une sorte d’éternité, celle d’un monde onirique bien meilleur que celui dans lequel il nous faut vivre :

Par mes songes je suis ailleurs.

Ce qui ne veut pas dire que notre poète soit triste. Non, du tout, mais il cherche dans cet « ailleurs » un équilibre intérieur. La femme tient évidemment une place de choix dans cette poésie et l’amour que le poète éprouve pour elle est précisément une manière d’atteindre ce monde magique et transcendant :

Femme aux doigts légers ta parole enflamme le monde

La femme est en elle-même tout un univers qui fait rêver et qu’il s’agit d’explorer pour donner un sens à sa vie :

Mes mains sur ton corps avancent en arabesque

Sur ton flanc aux pentes douces mes mains sont en voyage

La femme est donc bien une terre inconnue que l’on découvre avec émerveillement. Sa douceur seule semble nous apaiser de nos angoisses et nous ouvrir les portes de la beauté du monde.

Outre les nuages qui eux aussi font rêver, la mer est un autre thème récurrent, avec des images parfois étonnantes et très belles :

Le matin nous trouvait allongés sur la plage

La mer couchée à nos pieds

Entre la mer et les nuages, il y a les oiseaux, qui dominent le ciel et qui semblent les seuls à être capables de planer et de découvrir le pays des rêves. Le poète se transforme d’ailleurs parfois lui-même en oiseau, pour mieux entrer dans ce monde onirique, monde qui renvoie à l’Eden et au paradis perdu. Car ce sont ces sphères éthérées que cherche le poète, même s’il s’interroge lui-même sur sa démarche :

Que cherches-tu, qui soit si difficile à trouver ?

Ce paradis, pourtant, n’est pas toujours imaginaire. Non, il semble parfois se trouver derrière nous, dans ce que l’on a vécu autrefois (l’enfance ?) et c’est par la mémoire qu’on tentera alors de le saisir :

Aller dans les souvenirs

Le filet des rêves à bout de bras

Comme un nageur à contre-courant

Pourtant l’auteur sait que devant lui, au bout du temps, se dresse la mort. Et c’est elle, sans doute, qu’il tente de fuir avec ses mots, pour dire ce qui fut ou ce qui aurait pu être.

Dans les poèmes de Joël Godard, il y a la nuit, mais aussi des aubes aux reflets bleus, qui viennent nous consoler.

Il y a de l’humour aussi, mais un humour qui renvoie au thème de l’écriture, comme ici :

Le petit homme a grimpé

Sur le rebord de l’encrier

Il m’a tiré sa révérence

Puis a tourné le dos et a plongé

Deux gerbes bleues ont salué son départ

Bref, quand on voit tous les thèmes abordés, on se dit que ce petit recueil, en quelques pages, a fait le tour de tout ce qui était essentiel. Il faut le lire, absolument et découvrir cet « ailleurs » qui était déjà annoncé dans le titre du recueil.

Jean-François Foulon

Jean-François Foulon a lu " Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godard
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Nikos Leterrier présente son recueil de poésies "Le temps d'exister avant le froid"

8 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

Nikos Leterrier présente son recueil de poésies "Le temps d'exister avant le froid"

Biographie de Nikos Leterrier, auteur du recueil « Le temps d’exister avant le froid »

Né en 1975, Nikos Leterrier a vécu en Italie et en France. Poète et dessinateur lorsque ses obligations diverses le lui permettent, il s’est également essayé au théâtre amateur et même au flamenco, danse dont le caractère violent et grave lui permet de mettre en scène ses poèmes, puisque la poésie est fondamentalement un art oral plus qu’écrit.

Le temps d’exister avant le froid : résumé

Puisque la poésie est pour moi l’art même de la concision, comment résumer ces vingt-cinq poèmes ? Plus difficile encore serait de résumer les illustrations qui les accompagnent.

De quoi parlent ces poèmes ? Mais de tout ce qu’on ne peut dire que par l’invention d’un nouveau langage, ce qui est à la fois fragile et opiniâtre, ce qui s’impose avec la clarté d’un matin d’hiver, lorsque le monde à l’entour a changé de couleur en l’espace d’une nuit, et pourtant demande des heures de trimard au fond d’une mine obscure, parfois des années même, tant les mots justes se font parfois attendre.

Pour qui sont ces poèmes ? Pour tout un chacun et chacun d’un tout. Qui peut prétendre savoir à l’avance si un poème le touchera ou non ? Ainsi, à toi, lecteur inconnu, lectrice mystérieuse, qui prendra le temps de lire ces vers, je transmets les salutations respectueuses de mon imagination brouillonne, alimentée par les jeux étranges de l’existence, auxquels jamais je n’ai su m’habituer. Peut-être alors partagerons-nous, pour un instant fugace, à peine le battement d’un cil, le même langage.


Les chaînes de Saturne


Une chose abjecte se tient droite
Encombrant le seuil de ma porte étroite
Je crains cet automate sans substance
J’ai en horreur ce qui n’est qu’apparence


Je n’ai pas peur de la mort ni des pleurs
Ni des grandes ou petites douleurs
Ni de l’étranger ni du prédateur
Mais de ça, de ça seulement j’ai peur


L’os qui craque et perce la chair autour
L’oeil qu’on arrache et qui voit toujours
La peau qui hurle quand on la déchire
Il y a pire encore, bien pire


Mille fois je me réveille en hurlant
Tout entier mangé de tremblements
Parce que je me rappelle et j’entends
Leurs pas sur mes pas, tapis dans l’avant


Je les vois si nombreux : c’est une armée
Au seuil de ma demeure incendiée
Nombreux mais identiques à mes yeux
Par le vide qu’ils nourrissent en eux


Je les hais presque autant qu’ils me font peur
Ces monstres informes et sans odeur
Ce n’est qu’en haut d’une falaise à pic
Que je sens venir la même panique


Ils n’ont plus de sourires ni de larmes
Ils ne parlent que la langue du vacarme
Comme ils ne brillent que par l’arrogance
Ils voudraient partager leur ignorance


C’est la faim qu’on lit dans leurs yeux morbides
Car l’être vide de l’autre est avide
Dévorant sa proie sans rien en faire
Comme un feu sans chaleur et sans lumière


Je les vois affamés et blancs de rage
Tous au seuil de ma terreur sans visage
Je sais que si je me plie à leur loi
Il ne restera plus rien de moi


S’ils me touchent j’en deviendrai chose
Un outil, un objet dans leurs mains closes
Lisse et rond comme Saturne la folle
Où le ciel est enchaîné au sol


Car ils détestent les aspérités
Où s’accrochent et se blessent les idées
Dans l’étreinte rugueuse du réel
Quand la blessure se gorge de sel


Chaque nuit, chaque jour ils sont là
Toujours à l’affût, ils ne dorment pas
Puisqu’ils n’ont pas besoin de penser
Et qu’ils savent que je veux les tuer


Il est des êtres si peu mammifères
Qu’ils cherchent toujours à passer les fers
À qui choisit de leur tendre la main
Qu’ils rendent le pire pour le bien


Tu t’inquiètes de ma violence
Tu me reproches mon intransigeance
Mais tu sais... Il faut que je les haïsse
Quand ta clémence touche à l’injustice


Alors libre à toi de leur accorder
Ce pardon qu’ils n’ont jamais demandé
Mais moi... Moi je les maudirai toujours
Car il y a des actes sans retour


Ces fantômes ne craignent pas la mort
Mais je les forcerai à prendre corps
Avec des yeux que je pourrai crever
Et un coeur que je pourrai arracher

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