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Le blog Aloys

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Christine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godart

19 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

Christine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godart

Une fois n'est pas coutume, je me lance dans le recueil poétique de Joël Godart, sans doute poussée par la couverture colorée qui me rappelle Miro ou Kandinsky.

Une poésie, c'est à mon sens un voyage au fil des vers. Difficile d'en proposer autre chose qu'une sensation... C'est ce que je choisis de vous faire partager au fil des pages...

Je plonge dans une poésie tout en lumière, un univers éthéré au fil de vers en mouvement qui s'enroulent dans une atmosphère de douceur.

Je me laisse emmener par une poésie qui devient voyage, un chemin qui s'assombrit à chaque pas. L'ombre s'installe dans un ailleurs aux rivières lentes où le silence est roi.

Le rêve est omniprésent, parfois lumineux, parfois plus sombre puis le silence devient bruit, la douceur et la tiédeur deviennent feu, flots rouges, sang.

Enfin tout se termine, rêve, mort, tout se mêle sur le chemin de l'existence.

Christine Brunet

www.christine-brunet;com

Christine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël GodartChristine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël GodartChristine Brunet a lu "Ailleurs est un pays aux rivières lentes" de Joël Godart
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"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland

18 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

Il était une fois une jeune fille que ses parents avaient appelé Cerise, car depuis sa naissance elle avait refusé toute nourriture à l'exception des cerises. Elle les aime tellement qu'elle engloutit des kilos de ce fruit sans prendre la peine de les dénoyauter. Un jour, en la coiffant, sa maman constate que quelque chose de vert pousse sur sa tête. "C'est un cerisier, j'en suis sûre ! Tu vois ce qui arrive à force de manger les noyaux !"

Au cours d'un jeu télévisé auquel elle participe, Cerise apprend qu'il existe un pays appelé le Royaume d'Anis où les cerisiers sont inconnus. "Quel dommage que ces pauvres gens ne connaissent pas ce fruit délicieux !" Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle prend la bateau avec pour seul bagage un gros cageot de cerises.

"Halte-là ! On n'entre pas ainsi chez le roi !

Le gardien est inflexible.

- J'ai un cadeau pour le roi.

- Et vous croyez qu'un cadeau va vous ouvrir la porte du palais ?

- Dites au roi que j'ai un cadeau extraordinaire pour lui.

- Le roi n'a pas le temps. Toute cette semaine, il reçoit des jeunes princesses pour choisir une compagne pour Ricard, le prince héritier. Et ce n'est pas vous avec cet arbre bizarre sur la tête qui risquez d'être choisie.

- Goûtez ceci et vous changerez d'avis."

Le gardien est conquis.

"Que c'est bon ! Je suis persuadé que notre prince Ricard appréciera."

Et c'est ainsi que Damoiselle Cerise est autorisée à rencontrer Pastis 51, le roi ! Dès qu'il goûte le fruit inconnu, il est enthousiasmé lui aussi et décide que Ricard, le prince héritier, épousera Cerise.

On fait venir des cerises de partout dans le monde et le repas de noce est somptueux. Pour être sûr de ne jamais en manquer, chaque sujet du roi doit avoir au moins un cerisier dans son jardin.

Des années plus tard, quand le roi Pastis 51 meurt, Ricard lui succède et Cerise devient reine. Hélas, la nouvelle souveraine n'arrive pas à porter dignement la couronne de diamants, héritage de la reine-mère Absinthe ! Cela est pourtant indispensable pour les cérémonies du couronnement.

"Ma Reine, acceptes-tu que je coupe ce petit cerisier qui couronne ton royal visage et qui n'est d'aucune utilité ?"

"Oui, mon roi !"

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Les festivités ont duré trois jours et trois nuits. Je le sais, j'y étais invité, moi, le jardinier du royal verger…

Un an plus tard, le roi a fait couper plusieurs fois le fameux cerisier qui repousse toujours avec vigueur. Pourtant, la couronne de la reine reste toujours de guingois…

Pour résoudre le royal problème, Ricard promet la main de sa sœur, la jolie princesse Anisette, à qui trouvera une solution.

On ne se bouscule guère car l'obstacle semble de taille. Seul un candidat se présente…

Quelques jours après, la reine Cerise arbore une superbe couronne faite de branches de cerisiers entrelacées.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Moi, le jardinier du royal verger, je suis devenu l'époux comblé de la princesse Anisette !

Conte écrit à quatre mains par Micheline Boland et Louis Delville

"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland
"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland"Cerise au royaume d'Anis", un conte à quatre mains signé Louis Delville et Micheline Boland
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La glacière, une nouvelle d'Edmée de Xhavée 2e partie

17 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

La glacière, une nouvelle d'Edmée de Xhavée 2e partie

Au retour elle est surprise de trouver Gérald qui l’attend dans leur appartement, le visage nimbé d’une agitation douloureuse, et si elle ne l’interroge pas, son expression tendue le fait pour elle.

  • Les nouveaux occupants du château viennent de m’appeler. Ils ont trouvé des restes humains dans la glacière…

Elle vacille et dissimule son vertige dans le geste de déposer sac et foulard au vestiaire. Elle va à la cuisine et y prend la bouteille d’eau de Spa Reine, s’en sert un grand verre qu’elle boit lentement, cherchant la fraicheur qui devrait se répandre en elle et ralentir le rythme inhabituel de son coeur. « Mais enfin, des restes humains… comment est-ce possible ? Qui donc serait allé là ? Et quand ? ». Voici cinq ans qu’ils ont vendu le château pour venir dans cette résidence pour séniors fortunés. Pas d’enfants et donc pas d’héritiers, la propriété était passée dans d’autres mains. De nouveaux riches, mais riches.

  • Je ne sais pas. On saura. Ils sont bouleversés. La police vient de partir. Je vais y aller demain…
  • Mais que veux-tu y faire ? L’affolement lui ferme presque la luette, étouffant sa voix. « Nous n’avons rien à y voir, nous n’utilisions pas cette glacière, elle était même dangereuse, souviens-toi. Ce sera un clochard… un ivrogne venu cuver son vin…»
  • Sans doute. Mais j’irai demain.

Comme chaque jour il s’est levé le premier et elle l’a entendu sortir pour prendre son petit déjeuner dans l’élégante salle à manger commune. C’est ainsi qu’il l’évite. Il se couche tard, occupé par ses nombreux contacts et centres d’intérêt, et elle regarde la télévision depuis son lit. Il se lève tôt et mange sans elle, sort, vit fougueusement, tandis qu’elle étire ses rares activités pour qu’elles avalent les heures de la journée.

Il ne réapparaît qu’en fin d’après-midi, avec un regard qui, comme muni d’une tête chercheuse, se faufile en elle jusqu’à lui lacérer le ventre. Il respire difficilement, en saccades et ses épaules tremblent par rafales.

Elle l’entend sortir une valise de la penderie. Le visage inexpressif elle s’appuie sur le chambranle de la porte de leur chambre à coucher. Ses doigts osseux courent le long de son cou, comme pour calmer la veine qui y bat avec désespoir. Mais elle ne dit rien. Et lui non plus. Avec un dernier regard vers elle qui ne rencontre pas ses yeux, il soulève la petite valise contenant les urgences de demain et peut-être après-demain et, elle le sent, le reste s’en ira, tout aussi certainement que lui.

Il ouvre la porte et sans se retourner, le timbre sec comme un vent d’hiver, annonce : « Il te faudra expliquer à la police comment Caitlyn, qui n’est encore pour l’instant qu’une femme aux cheveux roux, a fini dans la glacière alors que j’étais, moi, en Allemagne ». Et elle sent les larmes dévaler sur ses joues, chargées d’une colère éternelle.

C’était pourtant sa faute, à cette fille, après tout.

C’est vrai, leur mariage avait toujours manqué d’amour, et il le lui rappelait inlassablement. Amoureuse folle, elle l’avait été. De l’avenir qu’elle imaginait avec lui : comtesse de Saint-Rupestre, riche, enviée, enfin casée… et dans quelle case ! Sertie d’une couronne de comtesse, avec vue sur jardins à la française. Une fois mariée, oui… au fond la réalité est rarement ce qu’on avait cru. Gérald aimait parler de tout, était sociable, enjoué. Elle désirait l’attention, mais celle de Gérald seulement. Un mari amoureux, voilà tout ce qu’elle demandait à la vie. Ce n’était pas sa faute si les recherches et conférences la noyaient, si ses amis ne l’intéressaient pas, si elle ne pouvait avoir d’enfant, si elle n’avait pas d’opinions, et surtout si elle n’aimait pas ça

Il avait alors lentement disparu. Déplacements, réunions tardives, amitiés de travail de plus en plus présentes… et des aventures, oui. Des intellectuelles, comme elle disait avec mépris. Des femmes modernes qui passaient des mille et une nuits avec des mille et un hommes. Elle en avait souffert et reconnaissait les signes lui indiquant le début puis la mort d’une liaison, et sa santé en suivait les courbes. Oh ces maux de dos, de ventre, de tête, ces problèmes respiratoires, chutes de tension… qui au moins lui amenaient un peu de l’attention tant espérée, et même son regard à lui. Tu vas mieux ? Qu’a dit le médecin ? Tu es allée chez ta kiné ? Et elle, heureuse jusque dans sa moelle, répondait Oh, ne parlons pas de ça ! Ça finira bien par aller un jour

Puis l’Irlandaise au pair était arrivée chez le frère cadet de Gérald. Vingt ans. Même pas belle, avec ces taches de rousseur et ces cheveux vulgairement flamboyants et trop bouclés. Une poitrine inexistante. Un accent qui massacrait les mots les plus simples, et cette pédanterie qui avait fait surface quand elle avait découvert que Gérald aimait Yeats, dont elle se mettait à réciter quelques vers quand ils rendaient visite aux neveux, exposant son sourire déformé par une vilaine canine protubérante. C’est tout son charme, au contraire, précisait Gérald, trop indulgent et pas encore amoureux alors.

Caitlyn. Petite plante carnivore. Peu à peu Gérald avait vraiment changé. Sa coiffure, par exemple. Elle était plus ébouriffée et sportive. On dirait presque un gitan, l’avait-elle averti. Il portait la casquette. Allait rendre visite à Laure et Jean-François, les neveux, plus souvent qu’il ne l’avait jamais fait autrefois. Il instaura aussi le rituel de les avoir à goûter au château une fois par mois, avec Caitlyn naturellement, à laquelle il faisait visiter le parc après un négligent Tu rends un peu de tarte et chocolat chaud aux gosses, Hélène ?

Cette fois, c’était grave. Il lui échappait. Résistait à ses stratagèmes habituels. Il lui conseilla de voir un psychiatre au lieu d’aligner tous les maux du dictionnaire médical. De se distraire. Elle le confronta, et ce fut leur seule scène. Il reconnut les faits et la rassura : il ne la quitterait pas. Ah mais la petite fouine ne se contentera pas de n’être qu’une aventure ! avait-elle ri, d’un rire qui aboyait sa frayeur. Mais elle ne sera pas qu’une aventure, avait-il précisé. Elle aura son espace et toi le tien. Dans la discrétion. Le respect de toi, qui es mon épouse, et d’elle que j’aime. Tu comprends que toi et moi ne nous aimons pas ainsi, sois honnête et généreuse, tu ne perdras rien et tu le sais.

Oui, bien sûr. Elle ne perdrait rien qu’elle n’ait déjà perdu, pour autant qu’elle l’ait jamais eu. Mais voilà qu’elle découvrait la brûlure de la défaite, et rien n’avait jamais fait aussi mal. Leur mariage n’était qu’un édifice social, il n’y avait rien dans ses murs. Personne. Et maintenant l’occupante réelle en serait Caitlyn avec ses dents de carnassière. Caitlyn et ses insupportables poésies de Yeats.

Il prépara un avenir avec la jeune Irlandaise. Il ne lui en parlait pas, ayant répondu un jour que c’était son autre vie et ne la concernait pas. Froid, poli, terre à terre. Hélène n’aborda jamais le sujet avec son beau-frère et son épouse. Elle ne voulait pas y donner de consistance. L’ignorer l’empêchait un peu d’exister. Quand elle rencontrait Caitlyn, toujours au pair mais avec dans le regard une lueur inquiète et rayonnante à la fois, elle la maintenait au loin par des « la petite au pair, l’Irlandaise, la jeune fille de passage… » dans lesquels elle avait horreur d’entendre vibrer peur et haine.

Elle sentit quand les choses furent prêtes à se mettre en place. Elle avait entendu Gérald au téléphone avec une agence immobilière, discutant d’une fermette modernisée en vente à trois villages de là. Et sa belle-soeur, comme soulagée, avait annoncé la fin du séjour de l’au pair qui allait sans doute rentrer chez elle.

« Nous avons des choses à discuter, vous et moi » avait-elle envoyé sous enveloppe à la jeune fille, la priant de passer la voir le jour de la fin de sa fonction. « Soyez gentille et n’en parlez pas à Gérald avant notre rencontre ».

Et Gérald était à Cologne pour affaires, d’ailleurs. Il faisait chaud ce jour-là, moite et torride. Elle avait eu honte de la transpiration qui faisait luire sa peau et dégouliner ses cils. La jeune fille était arrivée en bus, sans bagage. Ses affaires sont déjà à la fermette, pensa-t-elle avec une obscure fureur. Mais elle se réjouit de voir que l’autre aussi transpirait, et que ses cheveux à la couleur si commune étaient collés sur le pourtour de sa tête, s’entortillant autour du cou comme des serpents morts. Elle est vraiment quelconque. Comment peut-il ?

D’une voix hautaine elle lui exposa le mal qu’elle faisait. Lui demanda comment sa religion et son armée de saints s’en accommoderaient. Lui rappela la différence d’âge. Il a 43 ans… n’avez-vous aucune notion du ridicule ? Lui annonça que jamais Gérald ne la quitterait, que la comtesse, c’était elle, qu’elle ne serait que la femme de l’ombre qu’on finit naturellement par oublier. « Je suis désolée, madame… nous nous aimons. Nous n’y pouvons rien. Je suis désolée » avança timidement Caitlyn. Et alors qu’elle se penchait pour passer une paume humide sur son tibia pâle et constellé de taches de rousseur, dans un geste dont la langueur parlait de certitude et de volupté, Hélène avait senti s’emparer d’elle un être neuf et provisoire, dont la colère vrilla l’air chaud. Sans y penser elle s’était levée et lui avait enfoncé le pic à glace dans le cou. Caitlyn n’avait pas crié, s’affaissant comme avec soumission. A peine un soupir surpris. Il y avait eu très peu de sang, juste un peu sur les mosaïques de la terrasse et sur sa manche. La joie qu’elle avait ressentie, primitive comme un cri de mise à mort, était la plus intense de toute son existence, quelque chose de transfigurant.

Et la glacière, déjà désaffectée mais dont elle aimait la fraicheur souterraine malgré les injonctions de Gérald à ne jamais s’y rendre, la voute étant instable et traversée de racines de buddleias, cette glacière donc fut la cachette idéale. C’est là qu’elle délogea le pic à glace, et un peu de gélatine noire et épaisse comme des morceaux de foie y tremblait. Elle nettoya discrètement les traces du drame elle-même, et n’alla plus dans ce tombeau oublié. Aucune odeur ne s’en éleva. Gérald eut de nombreux échanges téléphoniques agités avec son frère et sa belle-sœur. Et en Irlande, où on répondait par des pleurs et des appels aux saints du ciel. Elle n’avait pas envie d’un vieux fou du travail comme toi, lui expliqua-t-elle, effleurant tendrement le dos de la tête avant qu’il ne stoppe net sa main de la sienne.

Il partit en Irlande, seul. Garda la fermette où il passa désormais le plus clair de son temps. De temps à autre il la regardait et semblait savoir. Un chagrin fou courait sur les cernes sous ses yeux. Mais il ne pouvait savoir. Elle l’avait perdu peut-être encore plus nettement que s’il avait vécu sa double vie : elle était désormais plus transparente que son haleine en hiver.

Il ne restait rien, ni de son mariage ni de Caitlyn. Rien qu’une abominable solitude.

Aujourd’hui, plus morte encore que Caitlyn - à jamais aimée - ne pourrait l’être, elle s’assied lentement dans le confortable Chesterfield, le cœur fou : je n’ai plus rien pour exister.

Edmée de Xhavée

https://edmeedexhavee.wordpress.com

edmee.de.xhavee.over-blog.com

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La glacière, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

16 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

La glacière, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

La glacière – Edmée De Xhavée

  • Monsieur le comte viendra-t-il aussi, madame de Saint-Rupestre ?

Elle toise l’animatrice du home de son regard d’étang gelé puis, habituée à ce qu’on appelait chez les siens de la considération pour les gens de maison, sourit hâtivement avec un « non » de la tête, reportant son attention à la scène vide encore, bordée de paniers remplis de narcisses et tulipes. La fête du printemps. Le home haut de gamme Comme un séjour dans le Kent organise ses fêtes avec faste. Noël s’est honoré avec de la dinde bio de la ferme voisine, et un arrivage de chez un viticulteur de l’Yonne a assuré la bonne humeur. Le nouvel an s’est chanté avec une chorale professionnelle et bu avec du champagne en la présence des pensionnaires et leurs familles. Et ici, c’est le printemps qui est mis à l’honneur avec une troupe qui a donné plusieurs représentations de Riverdance dans le monde, puis un goûter avec de la Colomba italienne arrivée de chez un artisan piémontais, et de l’Asti spumante.

Non, Gérald ne viendra pas, comme d’habitude. Elle serre la bouche et relâche prise, sachant que ça lui donne le profil d’un casse-noix, avec son nez qui désormais plonge en se courbant vers le bas. Gérald est toujours ailleurs qu’où je suis... Elle se crispe à nouveau et dissimule son profil en toussotant derrière sa main baguée de pierres qui tournoient autour de ses phalanges maigres. Les autres arrivent, prennent place en chuchotant dans les fauteuils de velours turquoise. On lui sourit par politesse mais en prenant soin, toujours, d’ériger la barrière de son nom, et souvent de son titre : Bonjour Madame de Saint-Rupestre. Il y a si longtemps qu’elle n’a été saluée d’un Bonjour Hélène

Mais au fond… perdre son temps à énumérer les gens connus et rappeler de quoi et quand ils sont morts… c’est si trivial. Elle n’a jamais eu besoin de ce genre de relations, ou de ce type de néant conversationnel. Le bavardage ne l’a jamais attirée. Donner son avis aux autres … à quoi bon, puisque le leur ne l’intéresse pas ?

Indifférente si ce n’est au fait qu’on la voit, qu’on la salue, que les heures passent, elle assiste – en apparence – au spectacle printanier. Toutes ces filles galopant sur place dans un bruit de monstrueux grêlons, cette musique trop rapide… oh que c’est donc long. Et incompréhensible pour ses goûts. Mais rester dans le salon ou sur le balcon, sans attente, sans qu’aucune heure soit plus importante que l’autre, sans qu’un jour de la semaine soit à espérer, consciente que si Gérald est là en chair et en os, il l’a quittée sans en parler il y a longtemps déjà… c’est un abîme.

Le spectacle terminé, elle participe au vin d’honneur avec les pensionnaires, la troupe et la direction. La Colomba est moelleuse et plaisante, l’Asti spumante raffiné – pas un de ces faux champagnes à petit prix qui vous saoulent sans aucune élégance et vous sucrent le palais comme de mauvais bonbons de Saint Nicolas. Debout dans sa robe grise à parements blancs – elle a toujours opté pour les valeurs sûres -, le sac Delvaux serré par son avant-bras ridé, elle tient sa coupe et contemple les bulles explosant de joie, lui rappelant que la fête se termine, qu’il faudra attendre Pâques pour avoir encore quatre heures qui fileront sans qu’elle doive trouver où les faire passer. Animés, les petits groupes alentour commentent le spectacle, se laissent séduire par Colomba et Asti. Les yeux brillent, des rires cascadent, et quand on rencontre son regard on a un sourire si heureux qu’on se détourne aussitôt, comme pour ne pas être grillé par son humeur hermétique.

Fin première partie...

Edmée de Xhavée

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Mâle en patience, une comédie de Vincent Knock

15 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

Mâle en patience, une comédie de Vincent Knock

Une comédie très contemporaine et faussement désinvolte dans laquelle la gravité du sujet se dispute au sens du burlesque.

Extrait : « J’avais assez écoulé mes restes d’enfance. Vouloir entrer dans la normalité, me conformer à la vie de parents qui est celle des gens de mon âge m’occupait l’esprit la plupart du temps. Au moment du repas, je me suis décidé à mettre les pieds dans le plat. Quand j’ai annoncé à ma femme que je voulais avoir un bébé ensemble, elle m’a répondu de cesser de faire l’enfant ! Camille appartenait à cette race d’amazone qui ne souhaitait pas laisser une trace de son passage sur terre. Mes certitudes sur l’inéluctable désir de maternité féminine s’effritaient comme une peinture de HLM ».

L’auteur : Vincent Knock enseigne quelque part près de Lille. Après Le début de rien et Courant alternatif (éditions Edilivre), Mâle en patience est son troisième roman.

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Carine-Laure Desguin préface un recueil de poésies... Mais où s'arrêtera-t-elle ?

14 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #l'invité d'Aloys

Carine-Laure Desguin préface un recueil de poésies... Mais où s'arrêtera-t-elle ?

— Carine-Laure Desguin, te revoici en invitée sur www.aloys.me!

— Merci Christine Brunet ( http://www.christine-brunet.com/ ) de m’accueillir sur ce blog !

— Tu vois, aux éditions Chloé des Lys, les portes sont grandes ouvertes…

— Oui, c’est vrai ça, les auteurs bénéficient de grandes libertés. J’en profite un maximum.

— Tu nous expliques ce qui t’amène ici de si bonne heure ? Pour nos lecteurs, je précise qu’il est six heures du mat et que Carine-Laure et moi sirotons un café italien, c’est pas du luxe vu le rythme effréné que nous menons.

— Ah oui, il nous faut du carburant. Ce qui m’amène ici ? Oh, une première pour moi. Voici quelques mois, lors d’une séance de dédicace, je croise Ayi Hillah, un écrivain que tout le monde connaît chez Chloé des lys puisqu’il a édité ici plusieurs livres. On papote, on se dit des trucs au sujet de nos activités littéraires et puis boum, Ayi Hillah me demande de préfacer son prochain recueil de poésies.

— Et c’est là que tu me surprends, Carine-Laure (quoique Carine-Laure n’en est plus à une surprise près), car je sais que tu aimes la poésie surréaliste et que tu détestes la poésie classique, cette poésie bien cadencée par des règles métriques précises, presque mathématiques. Toi et les règles, il y a quelque chose qui cloche…

— Chère Christine, j’aime les challenges et les défis, tu le sais ! Ayi Hillah connaissait mes textes surréalistes et c’est une des raisons pour lesquelles il m’a demandé de préfacer Vague à l’âme qui est un recueil de textes élégiaques dans lesquels toute la prosodie est respectée peut-être pas à chaque page mais presque. Je veux dire que si quelqu’un qui est peu habitué à lire ces textes a apprécié, c’est bon signe !

— Ok, je te comprends mieux….Tu nous en dis un peu plus au sujet de ce livre, Vague à l’âme ? Pas trop le cafard après avoir refermé cette belle centaine de pages ?

— Pas du tout ! Il est vrai que les élégies ne sont pas des textes réjouissants si on se tient à la définition première du terme mais Ayi Hillah ne lasse pas le lecteur. Il y a en filigrane, dans chaque texte, quelques substrats si pas d’enthousiasme au moins d’espoir. La tristesse n’est pas bien épaisse, si ça peut rassurer le futur lecteur. N’oublions pas que l’auteur est d’origine togolaise et tout l’exotisme africain se devine, j’ai presqu’envie de dire se divine car bien que certains textes soient à tendance érotiques, il y a quelque chose du divin là-dessous, un respect de la chair que je ressens très présente dans la tradition africaine.

— Ah ! Tu nous expliques tout ça ?

— Non, il faut lire le livre !

— Toujours aussi charmante, Carine-Laure ! Quelques lignes de ta préface alors ?

— Oui, mais quelques lignes seulement !

……. Au loin, des sonorités africaines rythment les syllabes et les courbes des tanagras se font alors sensuelles et voluptueuses. Pour cet amoureux de l’amour, ces appels sont d’ardents filets dans lesquels il aime caresser les chairs. Et ce serait donc une insulte que de compter des pieds qui aiment se frôler si charnellement…..

— C’est sensuel, dis-moi…Un extrait de texte ? Et puis non, laissons les lecteurs découvrir ces textes. Je viens d’en lire deux ou trois comme ça, au hasard. On entend une douce musique, je comprends que tu te sois laissé bercer, Carine-Laure.

— Oui, ce livre aura autant de succès que ces fameuses cinquante nuances ! Et voici donc le lien pour le commander :

http://editionslangloiscecile.fr/epages/081d8df6-b120-4948-a796-6cca906f735a.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/081d8df6-b120-4948-a796-6cca906f735a/Products/120

— Bien Carine-Laure ! C’est donc ta première préface et à mon avis, ce ne sera pas la dernière. Et toi, ton actu ?

— Oh, je suis toujours dans la promo de mon dernier livre, Des lames et des lumières

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/des-lames-et-des-lumieres--editions-le-coudrier--2015/32978245.html

et je bosse sur la maquette de mes deux prochains livres qui seront édités chez Chloé des Lys. Il s’agit d’un recueil de textes en format A6 Album number one Cinéma magique et …

— Tout un programme !

— Oui, ce sont des textes destinés à être lus bien sûr mais s’ils étaient mis en musique, ce serait le top du top. J’ajoute que la cover est signée Derry Turla, un artiste de Charleroi.

— Avec toi, rien n’est impossible ! Et l’autre livre dont tu dis préparer la maquette ?

— C’est le fameux roman policier La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge.

— Depuis le temps que tu nous gonfles avec ce roman ! C’est corrigé et à présent tu es dans la maquette ?

— Oui.

— Je vois que tu en as marre de répondre aux questions.

— Oui, je voudrais retourner dans mes textes et maquettes et…

— Au revoir alors Carine-Laure et à bientôt !

Pour en savoir plus au sujet de Carine-Laure, voici son press book :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/press-book/32061526.html

et voici Carine-Laure sur You Tube :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/carine-laure-sur-you-tube/32062119.html

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La fille à la Mercédès, le nouveau recueil de poésies signé Laurent Dumortier et Geoffrey Baele

13 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

La fille à la Mercédès, le nouveau recueil de poésies signé Laurent Dumortier et Geoffrey Baele

C'est de la poésie, mais pas seulement : c'est également une espèce de road-movie se déroulant à Tournai.

La trame : une jeune fille désirant fuir son pays, vole une Mercedes et finit par échouer à Tournai, une ancienne cité médiévale et l'une des plus anciennes de Belgique. C'est là que son histoire va s'achever sur une fin tragique.

L’auteur, membre de l’Association Royale des Ecrivains Wallons, a déjà publié plusieurs romans, recueils de nouvelles, ainsi que recueils de poésie. Il collabore en outre à diverses revues et forums littéraires. Plusieurs revues littéraires internationales ont en outre publié plusieurs de ses nouvelles...

*********

Extrait

Le fort rouge

Elle a garé sa mercedes non loin d'un hôtel, là où elle passera la nuit, avant de reprendre la route, jalonnée de souvenirs pesants et de tristes regrets...

Près du fort rouge,

Elle entend

Les murmures du vent

Près du fort rouge,

Elle écoute

Ses secrets chuchotés

Près du fort rouge,

Elle ferme ses yeux

Oubliant l'hiver d'un adieu

Près du fort rouge,

Elle s'étonne

De rêves presque possibles

Près du fort rouge,

Elle aperçoit cet homme

Qui semble pensif et triste

Près du fort rouge,

Elle se rappelle

Les promesses formelles

Près du fort rouge,

Elle a encore le goût

Amer de la trahison

Près du fort rouge,

Des larmes de tourbillon

S'écoulent comme l'Achéron

L'homme sur le banc s'approche et sèche ses larmes...

Près du fort rouge,

Elle croit encore

A la force du destin

Mais ça n'est qu'un mirage, une illusion

Près du fort rouge,

Elle espère

Rester pour mieux repartir

Elle ne sait pas encore que c'est juste une pause, un répit...

Près du fort rouge,

Un baiser elle lui donne

Avant de se donner

Il n'y aura plus d'abandon, seulement une disparition...

Près du fort rouge,

Elle se lie à lui

Jusqu'à la lie

Et il s'éloignent ensemble vers l'hôtel...

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Alain Delestienne a lu "2401" le nouveau thriller de Bob Boutique

12 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

Alain Delestienne a lu "2401" le nouveau thriller de Bob Boutique

Je suis triste ... parce que je viens de terminer "2401" de Bob Boutique avec lequel j'ai passé une semaine intense de lecture. J'aurais bien voulu que ça continue pendant 450 autres pages. Seule la fatigue des yeux me faisait lâcher le livre jusqu'au lendemain. Outre un policier captivant à l'intrigue originale (quelle imagination!), c'est un grand roman dans lequel le style (l'art) de l'auteur crée et fait vivre réellement ses personnages, installe une atmosphère, nous emmène dans des lieux variés que l'on voit de ses propres yeux, ... L'ensemble est parsemé de touches humoristiques qui permettent de décompresser, un humour à la Bob Boutique, c'est-à-dire unique. Il ne cherche pas à faire littéraire, à imiter nos bons vieux classiques, il est lui-même. En waarom niet enkele woorden in (het?) nederlands, le Hollandais est plus hollandais, la Flamande est vraiment flamande. Les héros, on les aime, on les aime un peu moins, on les déteste. Oserais-je avouer une tendresse particulière pour "la petite"? Non, ça ne plairait pas à Johan, je n'en dis pas plus.
Après avoir lu "Contes Bizarres I et II", "Les dix petites négresses", je pressentais que cet auteur, unique à mes yeux, nous offrirait un grand roman. Par convention, par politesse, on dit souvent "A quand le prochain?", mais ici, je le dis et le pense vraiment.

NB: pour nos amis francophones non belges: "Et pourquoi pas quelques mots en néerlandais, "

Alain Delestienne

Alain Delestienne a lu "2401" le nouveau thriller de Bob Boutique
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Les larmes de Titus, le nouveau roman de Christian Eychloma

11 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

Les larmes de Titus, le nouveau roman de Christian Eychloma

Le professeur Liévin a donné à ses contemporains la technologie permettant les transferts temporels. En dépit des incroyables conséquences qu’une découverte aussi révolutionnaire est susceptible d’entraîner, il est désormais tout simplement impossible pour le monde de l’ignorer. Il s’agit donc de bien réfléchir à ce que l’on va en faire, d’abord en s’assurant soigneusement que l’on sait la maîtriser.

Pendant que les sommités scientifiques et responsables politiques du 21e siècle se creusent sérieusement les méninges , le juge Roland Lévêque croit pouvoir filer le parfait amour avec Laetitia, en l’an 80 de notre ère, sous le règne de Titus, dans la capitale de l’empire romain.

Il ne va toutefois pas tarder à s’apercevoir qu’il n’est pas du tout évident de vivre dans une époque qui n’est pas la sienne et les nuages noirs qui s’accumulent sur la Rome impériale vont le contraindre à rompre la loi du silence qu’on lui avait imposée.

Extrait :

Les deux hommes attendaient, dignement drapés dans leur toge bordée de mauve, au centre de la vaste salle pavée de marbre gris et ouverte sur trois côtés par de hautes fenêtres encadrées de lourdes tentures rouges.

L’un, assez grand et sec, la soixantaine, le visage profondément ridé, les cheveux blancs plaqués sur le front, laissait distraitement planer son regard vers la colline du Capitole dont on pouvait admirer les temples se teintant de rose sous les rayons du soleil levant.

L’autre, un peu plus âgé, petit et rond, une courte barbe frisée et des cheveux quelque peu bouclés autour d’un crâne légèrement dégarni, affichait en habitué des lieux une tranquille assurance que son compagnon paraissait pour l’heure loin d’éprouver.

Davantage pour distraire la nervosité de ce dernier que pour l’informer de ce qu’il savait déjà, il pointa l’index vers les quartiers populeux dont les constructions de briques à plusieurs étages se serraient sur les pentes de l’Aventin.

« Tu te souviens, tout ça avait été complètement détruit pendant le grand incendie, sous Néron. Il ne restait plus rien d’habitable, et ils ont dû achever de détruire les quelques isolae qui tenaient encore debout… »

Il l’attrapa jovialement par un pan de sa toge tout en désignant d’un geste ample le luxe qui les entourait.

« Mieux vaut résider sur le Palatin, mon ami ! »

L’homme à la toison blanche se rapprocha frileusement d’un des braseros réchauffant avec peine l’air encore vif de ce matin de mars. Il contempla, admiratif, l’impressionnant chandelier en or massif qui trônait parmi d’autres trophées tout aussi rutilants. Puis il jeta un bref coup d’œil sur les rangées de statues grecques, les tricliniums en bois précieux aux épais coussins brodés d’or et les trépieds aux pattes d’argent finement ouvragées.

« Pourtant, si nous en croyons ses révélations…

- Je n’ai pas oublié, Marius. D’après lui, même le Palatin serait touché…

- Sera, Caïus, sera… Les récents évènements devraient nous inciter à le croire sur parole, non ? »

Les deux visiteurs interrompirent brusquement leur conversation en voyant s’écarter un rideau à l’autre bout de la pièce. Un homme encore jeune mais au cheveu rare, costaud, trapu, et dont la riche tunique ne cachait pas l’embonpoint, s’avança vers eux à grandes enjambées, les bras levés en signe de bienvenue.

Caïus Plinius se précipita à sa rencontre.

« Bonjour, César ! » claironna-t-il avant de s’arrêter net lorsqu’il se trouva à deux pas de l’empereur.

« Caïus, mon ami ! » répliqua Titus en abattant ses énormes battoirs sur les épaules de l’amiral.

« Gloire à toi, César ! » répondit le vétéran, un peu gêné par ces marques d’affection.

Titus était certes un ami de longue date et, plus encore, un ancien compagnon d’armes. Mais il était difficile à Pline de faire abstraction du fait que celui-ci présidait désormais aux destinées de l’empire, avec d’ailleurs un sens inattendu de la mesure dans ses décisions de justice et une bienveillance envers tous qui forçait l’admiration.

« Merci de l’honneur que tu nous fais en acceptant de nous recevoir ici ! Mon ami Marius, ancien sénateur et conseiller de Néron, est stupéfait de la magnificence de ce palais… » ajouta-t-il en tendant le bras vers Marius Avis, demeuré prudemment en retrait.

- Magnificence ? » s’étonna Titus en adressant un bref signe de tête à ce dernier. « Caïus, essaierais-tu de me flatter, par hasard ? Je soupçonne Domitien, mon intrigant de frère, d’envisager la construction d’un palais autrement plus somptueux s’il devait me succéder un jour !

- Ce qu’à Jupiter ne plaise, César ! Tout Rome espère ardemment que tu régneras longtemps pour le plus grand bien de l’empire…

- J’y compte bien ! Et avec l’aide des dieux, achever la rénovation de cette ville qui a tant souffert… À commencer par le grand amphithéâtre que j’aimerais pouvoir inaugurer dès cet été par de grandioses festivités !

- Sans aucun doute à la hauteur de cette prodigieuse réalisation ! J’ai remarqué que les ouvriers en étaient déjà au quatrième et dernier étage…

- Déjà, dis-tu ? Dois-je prendre ça pour une plaisanterie ? Tous les travaux ont pris du retard, comme d’habitude, et plus encore du fait de cette épouvantable catastrophe qui m’a tenu éloigné de Rome et a monopolisé et monopolise encore une bonne partie de mes ressources ! »

Titus, les yeux au plafond, secoua longuement la tête, comme pour prendre le ciel à témoin du malheur qui s’était abattu sur lui, deux mois à peine après le début de son règne. Puis il ramena sur Pline un regard où se lisait une inflexible volonté.

« J’examinais hier encore l’état de mes finances avec Tiberius, mon grand argentier, que tu connais bien pour avoir travaillé avec lui du temps de mon père. Ah ! Caïus… L’argent, l’argent… »

Il désigna du menton ce qui subsistait du somptueux butin de guerre.

« Tu peux constater que je n’ai pu me résoudre à faire fondre toutes les pièces du trésor ramené de Jérusalem, en dépit du besoin que j’en avais ! Et le fiscus judaicus, de plus en plus impopulaire dans la communauté juive, suffit à peine à payer les ouvriers… Mais je ne pense pas attendre que tout soit terminé pour y faire donner des jeux qui émerveilleront le peuple romain ! »

L’empereur fut sur le point d’ajouter quelque chose, puis y renonça avec un geste vague avant de désigner un des tricliniums alignés contre le mur.

« Mais nous aurons tout le reste de la journée pour parler de ça… Allons pour le moment tranquillement discuter de ce qui vous amène, toi et ton ami !

- Oui, César… Ce que nous avons à te dire est en effet de la plus haute importance !

- Ah, et puis, laisse tomber le « César », Caïus ! » proposa Titus, un peu agacé. « Nous nous connaissons depuis trop longtemps pour que je t’impose l’étiquette en privé… »

Les trois hommes s’installèrent sur les confortables coussins puis Titus battit plusieurs fois des mains. Quatre esclaves apparurent aussitôt avec des plateaux de pâtisseries et des boissons qu’ils disposèrent sur une table en acajou avant de s’éclipser discrètement.

L’empereur se saisit d’une coupe et, regardant tour à tour ses deux visiteurs, la maintint à hauteur des lèvres.

« Vobis hoc propino ! »

Ceux-ci l’imitèrent aussitôt.

« Prosit ! » répondit gaîment Pline. « Praebibo tibi hunc calicem ! »

Les trois convives vidèrent leur coupe avec un bel ensemble puis Titus, s’adossant contre un épais coussin, leur adressa un geste courtois pour les inviter à entrer dans le vif du sujet.

« Eh bien… » commença Pline, hésitant. « Comme tu sais, je n’ai pu sauver autant de monde en faisant évacuer les principales villes de Campanie que parce que j’ai fini par prendre au sérieux les incroyables prédictions de ce fameux astrologue…

- Oui, oui… » répondit pensivement Titus. « Par les dieux… Je dois bien reconnaître que ma méfiance à l’encontre de ces gens-là s’en est trouvée sérieusement remise en cause. Ils ne seraient donc pas tous de vulgaires charlatans… Et celui-ci aurait disparu juste après l’explosion de la montagne ?

- On ne sait pas exactement… Je n’avais jamais rencontré un tel personnage qui demeure pour moi un mystère complet. Il voulait absolument retourner à Pompéi tout en sachant que ce qu’il nous prédisait avec tant de détails était sur le point de se produire ! Bref, nul ne l’a revu depuis…

- Et tu confirmes ce que tu m’avais dit au cours de cette distribution de vivres, le mois dernier, à savoir qu’il avait prédit jusqu’à l’heure de l’éruption ? »

Pline hocha gravement la tête.

« Tout à fait. Mais ses prédictions ne s’arrêtent pas là… » répondit-il avant de se tourner vers Marius Avis.

« J’ai rencontré récemment Marius, tout à fait par hasard, dans le premier camp de regroupement installé immédiatement après ce désastre. Il m’a tout de suite reconnu, heureux m’a-t-il dit de me savoir encore en vie, et ce qu’il m’a aussitôt confié est d’une telle importance… »

Ce dernier s’éclaircit la voix avant de prendre la parole.

« Non, César… Ses prédictions ne s’arrêtent pas là, en effet. Car il a annoncé, de façon certes plus vague, mais bel et bien pour cette année, non seulement une grande épidémie, mais aussi un terrible incendie qui durera plusieurs jours. Et qui ravagera le Champ-de-Mars et le Capitole… »

Titus, d’abord sans réaction, fixa Marius avec, dans le regard, un mélange de reproche et d’incrédulité.

« Un terrible incendie ? Comme sous Néron ? »

L’ancien sénateur, la mine désolée, se contenta d’approuver silencieusement.

« Et ce serait pour cette année ?

- C’est en tout cas ce qu’il a affirmé, peu avant la catastrophe, chez des amis qui les hébergeaient, lui et la jeune fille qui l’accompagnait. Et qui a d’ailleurs disparu pratiquement en même temps que lui…

- Comme je le rappelais, ce devin est malheureusement à prendre très au sérieux… » intervint Pline. « Très au sérieux… Les destructions seront considérables. Le Capitole et les édifices du Champ-de-Mars, le Panthéon, la bibliothèque d’Auguste… Le Palatin lui-même sera selon lui en partie dévasté ! »

Titus, d’abord anéanti, se tassa sur lui-même. Puis il se redressa en lançant ses bras en l’air.

« Mais à quoi nous sert-il de le savoir puisque, si je dois vous croire, ceci doit inéluctablement se produire ? » observa-t-il sur un ton exaspéré.

Marius leva timidement la main.

« Eh bien… Je me souviens d’une conversation qui s’est tenue à ce propos chez ces mêmes amis, après qu’il nous eût annoncé l’éruption du Vésuve. Il prétendait qu’en effet certaines choses se produiraient immanquablement et que rien ni personne ne pourrait les empêcher. Mais que les actions des hommes pouvaient modifier dans une certaine mesure ce que lui lisait dans les astres…

- Moi, par exemple, j’étais supposé trouver la mort à Stabies, en allant voir cette éruption de trop près… » renchérit Pline. « Et je suppose que c’est parce que j’ai finalement renoncé à y aller que tu me vois toujours bien vivant !

- Et tous ces réfugiés qui, certes dans une situation peu enviable, auraient péri sous les cendres de la montagne s’ils étaient restés chez eux… » poursuivit Marius.

L’empereur ferma brièvement les yeux, les rouvrit, puis regarda alternativement les deux patriciens.

« Vous n’allez tout de même pas me suggérer de faire évacuer Rome ? » gronda-t-il.

« Non, non, Titus… » le rassura Pline. « Cela n’aurait aucun sens, d’autant plus que nous ignorons quand, précisément, l’incendie est supposé se déclarer !

- Et pour en revenir à ces évènements que l’on ne peut empêcher, comme l’explosion d’une montagne, la bonne nouvelle est qu’un incendie est provoqué par des imprudents et non en principe par la volonté des dieux ! » reprit très vite Marius.

Titus demeura quelques secondes sans rien dire, le regard mal assuré. Puis il eut un sourire désabusé.

« Je comprends. Mais vous n’êtes pas sans savoir que les incendies sont malheureusement très fréquents à Rome, surtout évidemment dans les quartiers populeux, avec ces braseros qu’ils utilisent à tous les étages et qui ne demandent qu’à mettre le feu aux planchers en bois… »

Il se leva lentement et, mains dans le dos, soucieux, entreprit de marcher de long en large.

« Je peux évidemment augmenter le nombre des vigiles urbains, des pompes et des citernes, et la taille de celles-ci. Mais je doute que ceci soit suffisant pour garantir que l’on pourra toujours circonscrire un feu important. Quand je pense que l’aqueduc de Claude ne m’amène pas encore l’eau jusqu’au Palatin… »

Il s’arrêta, se tourna vers l’amiral Pline.

« Je dois par contre penser à protéger ma famille. Domitien, mon frère et éventuel successeur, et ma fille Julia dont je n’ai guère eu le temps de m’occuper depuis que je suis rentré de Palestine, à la fin de la guerre… »

Il demeura un instant songeur.

« Elle devait alors avoir six ou sept ans… Penses-tu qu’ils seraient en sécurité si je les faisais emménager dans la villa de mon père, sur le Quirinal ?

- Ceci me paraît être une excellente idée, Titus.

- Qui risque toutefois d’être moins facile avec Domitien que j’aurai du mal à convaincre d’aller loger ailleurs qu’ici… Et pour ce qui me concerne, il est exclu que je quitte le Palais où se trouve évidemment ma place !

- Je comprends et respecte ta décision courageuse…

- Courageuse ? Du courage, comme tu dois t’en douter, il m’a souvent été demandé d’en avoir bien davantage !

- Bien sûr… » répondit précipitamment Pline. « Ceci ne fait de doute pour personne et j’en ai moi-même été témoin !

- Mais dis-moi, Marius… Comme si cet incendie qu’il nous a prédit ne suffisait pas aux malheurs qui nous accableront, il était bien question aussi d’une épidémie ? »

Marius opina tristement.

- Oui… » répondit-il, horriblement gêné. « Et les victimes seront hélas nombreuses. Très nombreuses…

- Par les dieux ! Il n’a rien précisé de plus ? De quelle maladie pourrait-il donc s’agir ? Cette nouvelle calamité pourrait-elle nous être amenée par les cendres de la montagne ?

- Non, César… C’est ce que je m’étais moi-même imaginé lorsqu’il nous en a parlé. Mais il s’agirait selon lui d’une de ces maladies qui se développent lorsque les populations sont chassées par la guerre… »

Titus demeura silencieux pendant quelques secondes puis approuva d’un vigoureux signe de tête.

« Oui… J’ai pu observer ça bien souvent au cours de mes campagnes militaires. Et si j’en crois ce qu’il m’a récemment été donné de voir en Campanie, cette épidémie aurait même peut-être déjà commencé !

- Il est vrai que les malades sont de plus en plus nombreux dans ces camps… » renchérit Pline. « Les morts aussi… Et ceci en dépit de l’aide de nos meilleurs médecins et des secours si généreux que tu leur apportes depuis le début !

- Il faut donc s’attendre à bien pire encore… Il me faut comprendre que l’épidémie parviendra jusqu’à Rome ?

- Oui, Titus, jusqu’à Rome.

- Où elle fera de nombreuses victimes dans la population ?

- Oui, Titus, de terribles ravages… »

L’empereur parut s’enfermer dans ses pensées puis fixa soudain Marius.

« Mais j’y songe… Puisque cet astrologue savait tout, ne vous aurait-il pas par hasard révélé les noms de certaines victimes ?

- Eh bien… Oui, César, en effet… » répondit Marius en baissant la tête.

« Des gens importants ? De hauts personnages de l’état ? » insista l’empereur.

« Très importants… » répondit Marius sans oser regarder Titus dans les yeux.

Ce dernier s’immobilisa, soupira longuement, puis se laissa choir sur les épais coussins.

« Dois-je entendre que je pourrais moi-même être victime de cette épidémie ? C’est ça, Marius ?

- Oui, César… »

Christian Eychloma

Les larmes de Titus

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Salvatore Gucciardo à nouveau à l'honneur !

10 Janvier 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles

Salvatore Gucciardo à nouveau à l'honneur !
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