Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

157 articles avec concours

Résultats du concours "Les petits papiers de Chloé" : "on peut tout fuir, sauf sa conscience"

Publié le par christine brunet /aloys

Résultats du concours "Les petits papiers de Chloé" : "on peut tout fuir, sauf sa conscience"

 

Texte 1 : Christian Eychloma  => 1 voix

Texte 2 : Micheline Boland => 1 voix

Texte 3 : Carine-Laure Desguin => 3 voix

Texte 4 : Christian Eychloma => 1 voix

Texte 5 : Séverine Baaziz

 

Le texte gagnant avec 3 voix est le n° 3 !

Bravo Carine-Laure Desguin !!!

Un grand merci également à Christian Eychloma, Micheline Boland et Séverine Baaziz toujours partants pour les concours que nous organisons !

 

Merci à tous !!!!!

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 5. Votre vote en commentaire sur ce post avant le 09/05

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 5. Votre vote en commentaire sur ce post avant le 09/05

La salle d’attente

 

           

            J’attendais mon tour sur une chaise bancale, entre un vison et un nombril à l’air. Dehors, il pleuvait des cordes, et je me suis dit que c’était pas franchement l’idéal pour une fourrure et une peau à demi-nue. Moi, j’avais choisi un imperméable. Un bel imperméable. Suffisant pour me faire sourire comme une idiote au milieu de parfaits inconnus. J’ai traîné mon regard d’un visage à l’autre, discrètement, et j’ai bien vu que tous les parfaits inconnus, sans exception, avaient l’air en vrac.

            Bien sûr, j’ai posé la question quant à savoir ce que nous faisions là. Personne ne savait. Ni moi. Ni eux. Il y avait juste eu cette lettre arrivée la veille, en recommandée. Une lettre qui stipulait la date et le lieu du rendez-vous, et se finissait par une menace à vous glacer le sang en pleine canicule.

Présence obligatoire sous peine d’emprisonnement immédiat. 

 

J’ai observé les parfaits inconnus l’air en vrac, un par un, pour chercher un point commun, une raison d’être tous assignés ici, dans cette salle d’attente aux chaises bancales et au néon qui grésille, mais je n’ai rien trouvé. Absolument rien. Rien de rien. 

Un, deux, trois, quatre, cinq… neuf, dix, onze… vingt, vingt-et-un. Nous étions vingt-et-un. Vingt-et-un regards hagards. Vingt-et-un instants absents. Aucun de nous n’avait le cœur à la conversation. Etrangement, nos téléphones étaient privés de réseaux, alors on s’occupait comme on le pouvait. Certains feuilletaient des magazines. D’autres se rongeaient les ongles. Moi, je commençais à psychoter. Peut-être y avait-il eu erreur sur la personne ? Peut-être était-ce une mauvaise blague ? Peut-être l’un d’entre nous était au courant de toute l’histoire ? Voire, en était l’instigateur ! 

Plus les minutes s’écoulaient, plus la théorie me paraissait évidente. Parmi tous ces parfaits inconnus l’air en vrac se trouvait forcément un coupable. Il y a toujours un coupable. Mais lequel ? Je les regardais. Ils me regardaient. On se regardait. Et puis, nos pieds. Je les regardais. Ils me regardaient. On se regardait. Et puis, nos pieds. Et puis, la fenêtre, pleine de flotte et de crasse. 

 

  —        Suivant !

            C’était au tour du vison. Bien sûr, on ne l’a jamais revu. Pareille à une apparition d’outre-tombe, la blouse blanche et furtive de la secrétaire a surgi dans l’interstice de la porte, a crié son mot de rien du tout, et deux battements de paupières plus tard, les deux femmes ont disparu. 

            Entre mes deux oreilles, mes idées ont mis le bazar. Les mots perdaient leur sens, les lettres leur empattement, les chiffres leur arrondi. Et je ne vous parle même pas des secondes et des minutes qui remontaient le temps.   

—        Suivant !

            Au tour du nombril à l’air.

—        Suivant !

            Le bracelet électronique serré à la cheville.

—        Suivant !

            Les ongles verts.

—        Suivant !

Les cheveux en pagaille.

—        Suivant !

La paire de lunettes orange.

 

Quatre heures plus tard, j’étais seule au milieu de chaises vides. Autant vous dire qu’il ne restait plus grand chose de mes idées. De vagues suppositions qui me soufflaient que nous étions peut-être dans un roman de science-fiction et que le point final s’approchait doucement.

—        Suivant !

Mon Dieu. 

C’était mon tour.

 

En compagnie de la blouse blanche, une blouse bleue et deux uniformes. Le Docteur Rouskoff et deux agents de la police judiciaire. 

—        Contrôle des consciences ! qu’ils ont hurlé à l’unisson.

J’aurais pu essayer de fuire, mais je n’en ai pas eu l’idée. D’ailleurs, en stock, il ne me restait plus aucune idée.

Une seringue m’a injecté un sérum dans la plus grosse veine de mon bras gauche. C’est là qu’ils ont commencé l'interrogatoire qui servait à fouiller qui j’étais. Ce que je faisais de mes journées et de ma vie. Si je me droguais. Si j’avais déjà pratiqué le cannibalisme. Si j’aimais torturer les girafes, les moines, les caissières, les boxeurs ou tout simplement les gens. Si je collectionnais les peaux mortes,  les pansements usagers ou les vieilles brosses à dents. A tous les si, ma conscience répondait non. Un non quelconque, un peu à plat mais, a priori, sorti de ma bouche.

En même temps, je battais des cils pour voir si je contrôlais encore quelque chose. Et oui, de ce côté-là, tout allait bien.

 

Voilà.

Je suis repartie comme je suis venue.

Dans mon bel imperméable.

La tête apparemment vissée entre mes deux épaules.

 

Un fourgon est passé.

A l’intérieur, j’ai reconnu le vison, les cheveux en pagaille, et les ongles verts.

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 4

Crime passionnel

 

« Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine. »

Avec le minuscule soleil déclinant à l’ouest, une ombre épaisse avait presque complètement envahi la vaste plaine caillouteuse constituant le fond du gigantesque canyon.  John, perdu dans ses pensées mais attentif au moindre accident du terrain, jugea plus prudent de s’arrêter là pour la nuit.

Il  éteignit les puissants projecteurs de son « rover » d’exploration et leva les yeux pour apercevoir, au-delà de la vertigineuse falaise bordant le côté sud de Valles Marineris, le gros point brillant du vaisseau décrivant paresseusement son orbite.

Il s’efforça d’imaginer ce que pouvait bien faire Pamela à ce moment précis, à bord du Magellan. Peut-être encore assise devant un des moniteurs de surveillance, le regard vague, effondrée par l’annonce de la terrible nouvelle. Ou rejoignant, silencieuse, le reste de l’équipage pour le repas du soir pris en commun. Ou s’enfermant dans sa cabine pour pleurer tout à son aise.

Peu importaient ces états d’âme passagers. John la savait mentalement solide comme un roc et la connaissait suffisamment pour être certain qu’elle surmonterait assez vite ce choc émotionnel. Il saurait admirablement la consoler. Ce ne serait plus ensuite qu’une question de temps. Après l’élimination de son principal rival, il en était sûr, Pamela était désormais à lui. Rien qu’à lui.

Steve… Son dernier regard alors qu’il s’enfonçait, d’abord lentement puis de plus en plus vite, dans les entrailles de la planète, le long d’un de ces insondables puits volcaniques récemment découverts. Derrière la visière légèrement teintée de son casque, ses yeux écarquillés où se lisait, outre une terreur atroce, une totale incompréhension.

Juste une petite poussée… Il avait à peine hésité devant une telle opportunité. Qui pourrait jamais soupçonner la vérité ? Après tout, ce ne serait pas le premier accident qu’ils auraient à déplorer. Il rédigerait un joli rapport d’où il ressortirait que l’indiscipline et le manque de prudence bien connus de Steve avaient fini par lui être fatals. Et que lui, John, n’avait rien pu faire. Un stupide accident, malgré ses avertissements réitérés à propos du régolite qui roulait dangereusement sous les pieds. Oui, malgré ses mises en garde…

Il quitta son siège et fit le tour du rover pour aller ouvrir le sas du module pressurisé qui se trouvait en remorque. Il allait enfin pouvoir ôter son encombrant scaphandre et se détendre dans la minuscule « pièce à vivre », d’abord devant un repas tout à fait acceptable à base d’aliments lyophilisés, puis sur une confortable couchette. Il se réjouit à l’idée de passer une bonne nuit douillette, dans un espace réduit mais désormais assez spacieux pour lui seul, bien au chaud et respirant un air correctement dosé en oxygène.

Pour lui seul… L’image de Steve agitant désespérément les bras en glissant inexorablement dans le boyau étroit surgit à nouveau dans son esprit. Il lui sembla que ses appels radio, aussi paniqués qu’inutiles, lui vrillaient encore les tympans. Sans qu’il lui fût possible, pas plus à présent qu’alors, de se boucher les oreilles. Penché au bord du gouffre, serrant les dents, il l’avait entendu longtemps crier, puis pleurer, puis prier. Bien après qu’il eût disparu dans le noir de l’abîme.

Il demeura quelques minutes immobile, songeur, la main sur la poignée du sas. Puis il secoua vigoureusement la tête afin de chasser ces visions importunes. Il se rasséréna en pensant que, dans deux ou trois semaines, l’installation de la base permanente par l’équipe de spécialistes devrait être achevée et le reste de l’équipage amené sur le sol martien. Pour un très long séjour. Et alors…

Pamela et lui se verraient attribuer un des modules réservés aux couples qui se déclareraient inséparables. Pamela et lui… Pendant ce qu’ils pourraient alors considérer comme une exotique lune de miel, ils poursuivraient ensemble l’exploration de la planète. Puis il l’épouserait officiellement à leur retour sur Terre où tous deux jouiraient en outre du prestige des pionniers ayant ouvert la voie aux futurs colons.

Ces doux phantasmes furent toutefois de courte durée. De façon inattendue, il passa une très mauvaise nuit, assailli par d’horribles cauchemars où son infortuné coéquipier occupait une place centrale. Combien de fois s’était-il réveillé en sueur, persuadé de l’avoir entendu frapper à la porte du sas ?  Au matin, épuisé, il resta longtemps assis sur sa couchette, la tête entre les mains.  Sans répondre aux appels radio qui l’exhortaient à se soumettre à l’analyse quotidienne de son état physique et psychologique.

L’analyseur… Compte tenu du trouble qui l’agitait depuis la veille au soir, un problème de taille ! Il commençait seulement à réaliser que cette foutue machine, certes indispensable dans le cadre d’une exploration planétaire et qu’il n’avait jamais remise en question, détecterait très vite le sentiment de culpabilité qui le minait bien malgré lui ! Et ils sauraient, là-haut, ils sauraient... Ses explications et ses dénégations ne serviraient strictement à rien devant les implacables résultats qu’ils auraient sous les yeux. Et Pamela saurait…

Incapable d’avaler quoi que ce fût au petit déjeuner, il se traîna vers le sas et enfila lentement sa combinaison spatiale. Puis il sortit, levant distraitement la tête pour contempler le ciel déjà rose bien que le canyon fût encore plongé dans les ténèbres. La boule au ventre, il  hésita un moment avant d’aller s’installer sur le rover. Puis, bien calé sur son siège, il mit le moteur en route, alluma les projecteurs et fit demi-tour.

Il parcourut le chemin inverse de celui qu’il avait effectué la veille, roulant pendant des heures et des heures, sourd aux appels radio de plus en plus pressants, jusqu’à l’endroit où avait eu lieu le drame. Jusqu’au lieu de son horrible forfait.

Fourbu, il descendit de son véhicule et, d’une démarche ralentie par la faible gravité, s’approcha du bord du gouffre. Penché sur le puits sombre, l’image de Steve, de son regard désespéré, s’imposa à son esprit torturé.

Anéanti, il déverrouilla son casque et l’ôta. Un froid intense l’envahit d’un seul coup, son sang se mit à bouillir et il suffoqua immédiatement par manque d’oxygène.

Alors, déjà mourant, presque inconscient, il sauta.

« On fit donc une fosse, et Caïn dit : C'est bien !
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn. »

 (La conscience - Victor Hugo)

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 3

Page 47

 

 

   Et donc, Firmin Massaï, vous auriez « dérapé » sur cette page-là ? Au sujet de cette page 47, dites-nous tout, Firmin Massaï. Firmin Massaï un auteur dont le dernier livre, La lune noire, s'est vendu à des milliers d’exemplaires ces derniers mois sur notre belle terre de France et qui nous fait le plaisir d’être présent sur notre plateau ce soir. Alors, Firmin Massaï, que répondre à ce lecteur pointilleux qui insiste sur son anonymat et qui je le rappelle s’inquiète, et sans aucune autre précision, d’un « dérapage » du côté de cette page 47?

   C’était ma première interview à la télévision française et j’étais invité par Busnel dans cette Grande Librairie du mercredi. Nouvelle formule : les téléspectateurs envoient des questions par texto et une question par auteur est tirée au sort. Avec son incessant sourire sur le coin des lèvres, Busnel lit cette page 47 tirée de mon dernier best-seller La lune noire. Dès les premières lignes, on comprend que le troisième meurtre est annoncé et que la ville de Maubeuge vit dans une véritable psychose. 

   Alors, Firmin Massaï, ce dérapage, vous le situez où et comment et aussi pour quoi, vous, l’auteur de ce thriller palpitant ? 

   C’est avec une pointe d’humour que je m’en suis sorti ce soir-là lorsque j’ai lancé, Ah mais sans doute que ce lecteur aurait souhaité que ce meurtre soit le quatrième et non le troisième ? Ou peut-être était-ce vraiment le quatrième car les chiffres et moi, nous ne sommes pas vraiment d’accord. Eclats de rire dans le studio. 

    Le succès de ce livre me mettait déjà très mal à l'aise avec moi-même. Et cette question lancée comme ça en plein direct… Puuuutain j'ai pensé, qu'est-ce que je suis venu faire dans cette galère? Tout le monde a remarqué que j'avais ramé avant de bredouiller ironiquement quelques mots, que cette réponse plus ou moins drôle avait occulté des zones sombres de ma mémoire que je ne pouvais révéler.  

 

   L'auteur de la question est, aujourd’hui encore, resté anonyme. Ce qui m'angoisse encore plus. Jour après jour, des scènes dont je suis peu fier me martèlent les neurones. Je lis et relis cette page 47 et je n'y trouve rien de vraiment chaotique pour ce qui est de l'aspect littéraire. Il s'agit de l'annonce d'un xième meurtre, oui. Et puis? Une coquille aurait-elle subsisté? Depuis, chaque fois que je traverse la ville, je me dis que quelque part, quelqu'un connaît mon secret. Chaque fois que je rentre dans un magasin, j’ai l’impression que cette personne est là, qu’elle attend Dieu sait quoi avant de se manifester et de divulguer l’irréparable. Plus les jours passent et plus s’articule tout un cinéma au sujet de cette éventuelle divulgation. Cette attente (mais quelle attente au juste ?) est insoutenable. J’en viens même à redouter la lecture de mes courriels. Et ne parlons même pas de mes sursauts lorsque le facteur sonne et qu’il me remet en mains propres un recommandé : des gouttes de sueur perlent sur mon front. La vérité éclatera un jour ou l’autre et fuck ma notoriété. Quelque part, quelqu’un connaît mon secret. Peut-être même que cette personne était là ce jour-là, derrière une fenêtre de cet immeuble, lorsque j’ai ramassé un paquet de feuilles que des passants piétinaient et qui étaient loin de se douter que sous leurs chaussures une drôle d’histoire se tramait.

 

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 2

PAUL ET LES LARMES

 

 

 

Paul avait treize ans quand il transforma un zéro en six dans le bulletin de sa sœur, Marie. Il avait agi ainsi parce que les larmes de Marie l'avaient bouleversé. La falsification avait été découverte par un professeur et Marie avait dénoncé son frère qui avait été sévèrement puni. "Tu n'as aucune jugeote. As-tu pensé aux enfants qui avaient eu de très mauvaises notes,  mais qui avaient dû les assumer et qui les méritaient peut-être moins que Marie ?", avait insisté sa mère. 

 

Il n'est pire tourment, s'était alors dit Paul, que le souci d'étouffer ses remords. 

 

Paul avait mûri. Pourtant, il avait vingt-cinq ans quand il s'était de nouveau laissé prendre au piège des larmes. Cette fois les conséquences avaient été combien plus importantes. Plus le temps avait passé et plus la culpabilité l'avait rongé. Pas un jour sans qu'il n'ait à endurer les propos réprobateurs de sa conscience. Pourtant, Paul n'avait-il pas agi pour tenter de satisfaire Christelle et n'avait-il pas aussi visé le bonheur de Marc, l'aîné de ses cousins ?

 

Cela faisait dix ans que Marc et Christelle s'étaient mariés et qu'ils espéraient avoir un enfant.

Lorsqu'ils avaient célébré, leurs dix ans de mariage, Marc et Christelle  avaient invité parents, amis, collègues dans un restaurant. Le destin ne leur avait pas encore accordé d'enfant, mais ils n'étaient prêts à renoncer. Ils étaient encore jeunes et en bonne santé. Les médecins consultés n'avaient pas trouvé d'explication à leur échec. L'un ou l'autre avait juste évoqué la possibilité qu'ils se mettaient  trop la pression. Il leur suffisait de lâcher prise ! Ils avaient tenté de le faire. Ils avaient décidé de ne plus en parler, de vivre sans prêter une attention particulière aux jours du cycle de Christelle, de faire l'amour pour répondre simplement à leur désir.

 

C'était compter sans leur entourage. Leur couple tellement harmonieux, vivant confortablement, n'arrivant pas à avoir un bébé était souvent un des sujets de conversation lors de rencontres familiales et amicales comme ce repas festif de leurs noces d'étain. La plupart des convives avaient des enfants, pourquoi se seraient-ils privés d'en parler ? Chacun y était allé de son conseil, de son astuce, du truc infaillible : adopter la position du missionnaire, rester longtemps allongée après avoir fait l'amour, manger beaucoup de fruits, de légumes, de pâtes et de pains complets. Marc et Christelle avaient écouté sans commenter comme s'ils étaient en faute et avaient continué d'attendre leur tour.

 

Un dimanche, peu après la fête, Marc et Christelle étaient venus dîner chez les parents de Paul où celui-ci vivait encore. Marc, son oncle et sa tante faisaient un tour au jardin lorsque Christelle avait confié à Paul qu'elle souhaitait lui demander quelque chose de vraiment très spécial et de très intime, quelque chose qui ne se passerait qu'une seule fois à un moment qu'elle choisirait avec soin, quelque chose qui devrait rester à tout jamais un secret entre eux. Christelle avait formulé sa demande rapidement comme si elle ne voulait pas être interrompue et semblait l'avoir apprise par cœur. Puis elle s'était mise à pleurer…

 

Après le départ de Marc et de Christelle, Paul avait beaucoup réfléchi. Le désespoir de Christelle l'avait touché et après des jours et des jours, il lui avait téléphoné pour annoncer qu'il était d'accord. Christelle fixa la date, l'heure et le lieu du rendez-vous.

 

Quelques semaines après leur discrète rencontre, rien ni personne n'aurait pu voler le bonheur de Christelle et de Marc : ils allaient être parents. Paul leur avait offert le plus beau des cadeaux. Aussitôt, Christelle avait ébruité la bonne nouvelle. À partir de là, Paul avait dû commencer à endurer les reproches de sa conscience. C'était une telle torture ! Bien pire que celle subie lorsqu'il s'était laissé convaincre de transformer un zéro en six.

 

Il n'est pas un autre tourment épouvantable comme le désir incessant d'étouffer ses remords, se répétait Paul. 

 

Lorsque Benjamin, un bébé plutôt braillard, était né, Paul se tortura de plus belle. Pourquoi n'avait-il pas insisté pour obtenir l'accord de Marc ou pour passer par la consultation d'un médecin afin de discuter d'un don de sperme ? Que l'enfant pleure ainsi lui rappelait douloureusement sa faute ! Pourtant, il accepta d'être le parrain de Benjamin.

 

Le temps n'effaça pas les remords. Sa conscience lui soufflait : "Tu n'aurais pas dû…", "Tu as mal agi…", "Il y avait d'autres possibilités…." Paul eut beau se confesser comme sa mère le faisait encore, cela n'atténua pas sa souffrance. Il décida d'aller travailler à l'étranger. Certes cela l'éloigna de son filleul, mais sa faute restait inscrite en lui. Paul se maria et eut des jumelles. Voir ses filles au fil des jours, lui rappelait qu'ailleurs vivait Benjamin. Paul se désolait de plus belle en se rappelant cette horrible faute qu'il avait commise. Cela s'était passé si vite et avec tant de maladresse. Il lui était pourtant impossible d'en gommer le souvenir.

 

Des ruminations plus tard, Paul ne put s'empêcher de téléphoner à Marc. Marc ne décrocha pas et Paul ne laissa pas de message sur la messagerie vocale. Il ne renouvela pas cette tentative, car il crut y percevoir un signe du Ciel lui intimant de se taire plutôt que de risquer de semer la discorde.

 

Aujourd'hui encore, Paul n'a pas réitéré sa démarche pour atteindre Marc. Paul a quarante ans, il est formateur en communication et sa femme lui dit régulièrement : "Paul, tu es trop naïf ! Tu ne peux rien refuser à tes clients. Les gens profitent de toi et tu ne t'en rends même pas compte, mon chéri !".

 

Au cœur de ses nuits blanches, Paul se répète qu'il n'est pire tourment que le désir incessant  d'étouffer ses remords. 

 

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 1

 

La bonne affaire

 

« J’ai donné toutes mes perles contre un joli chapeau
À gentil Monsieur blanc qu’est parti aussitôt…

Oh non, Missié, je ne regrette pas ! »

(La chanson « Joli Chapeau », par André Claveau)

Ces visages décharnés aux bouches édentées, ces têtes aux orbites vides reflétant l’épouvante, ces corps malingres, ces oripeaux… Le doute était à peine permis, cette horreur était un Goya ! Et un vrai de vrai, un tableau vraisemblablement authentique à en juger par la patine du cadre et les craquelures de la toile…

Le type, un SDF connu dans le quartier, prétendait l’avoir trouvé dans le grenier de la vieille bicoque qu’il squattait depuis peu, une baraque abandonnée vouée à la démolition.  Au début, je me suis quand même étonné de la somme dérisoire qu’il en demandait, à peine plus qu’une nuit d’hôtel, petit déjeuner inclus... Mais en le sondant un peu, j’ai vite compris que ce con  n’y connaissait rien du tout et que c’était vraiment mon jour de chance !

J’ai joué au mec qui s’en foutait pas mal mais qui, bonne pomme, voulait bien lui faire une fleur. Alors, grand seigneur, je lui ai royalement refilé de quoi passer une nuit au chaud et aller casser la croûte à la brasserie du coin. Puis, le tableau sous le bras, me suis rapidement éclipsé de peur que ce pauvre idiot ne change d’avis…

Un mois et deux expertises plus tard, avec l’argent de la vente aux enchères, je quittai mon modeste appartement pour une luxueuse villa sur la Côte d’Azur et me payai enfin la bagnole de mes rêves ! Une Lamborghini jaune canari flambant neuve au volant de laquelle je commençai à draguer les nanas les plus top de la Croisette !  Jusqu’au jour où…

Complètement sur sa gauche, une voiture anglaise impossible à éviter. Un choc frontal d’une violence inouïe, une douleur fulgurante, le trou noir. Et, brusquement, changement de décor…

Qui diable était cet individu au teint livide, avec des tuyaux partout, et autour duquel s’activait toute une équipe de blanc vêtue ? Et d’abord, qu’est-ce que je pouvais bien foutre là, vraisemblablement en train d’assister à une opération chirurgicale ? Puis je réalisai avec stupeur que ce patient apparemment fort mal en point… c’était bel et bien moi !

Complètement ébahi, comme dans un rêve qui n’en était pourtant pas un, je m’élevai sans peine au-dessus de toute cette agitation, vers le plafond pas très haut d’où je pus suivre les faits et gestes de celles et ceux qui s’affairaient sur ma personne. Jusqu’à ce que tout d’un coup, hop ! je sois irrésistiblement aspiré dans une espèce de gros tunnel dont je vis avec effroi les parois défiler de plus en plus vite. Et puis, tout au bout, une vive lumière dans laquelle je finis par me fondre sans en être ébloui…

Et là, ce fut ma fête… Oh ! absolument rien de violent au sens où on l’entend habituellement, bien au contraire d’ailleurs, une ambiance plutôt sympathique et bienveillante. Ce qui ne m’empêcha pas d’en prendre plein la gueule !

Rendez-vous compte… Toutes mes saloperies étalées au grand jour, ou plutôt en pleine luminosité ! Impossible de dissimuler quoi que ce soit. Nada… Tous les détails de ce que j’avais fait subir à tant d’autres, avec leurs propres ressentis à ce moment-là, comme si j’en avais moi-même été victime. Toutes celles et tous ceux que j’avais trompés, abusés, dupés, que j’avais roulés dans la farine en profitant de leur faiblesse ou de leur crédulité.  

Ce pauvre type, enfin… J’étais lui, désormais. J’habitais son corps et vivais sa détresse. Éprouvai son soulagement et sa reconnaissance - oui, sa reconnaissance ! - à la perspective d’un repas chaud alors que je lui tendais dédaigneusement ma ridicule aumône !   Putain, la honte…

D’une façon que je ne pourrai jamais expliquer, « on » me fit comprendre que je me trouvais devant un choix très simple : abandonner définitivement ma dépouille charnelle et le souvenir de toutes les conneries qui avaient fait la vacuité de ma vie - mourir pour de bon en somme - ou réintégrer mon corps de façon à poursuivre pour un temps mon existence terrestre.  Mais avec de tout autres valeurs. En m’efforçant en outre de réparer ce qui pourrait l’être. Je réalisai très clairement qu’il m’était donné une chance de me racheter…

Les toubibs, médusés par ma description de leurs interventions durant l’opération qui, selon eux, me sauva la vie, m’expliquèrent avec une certaine réticence que j’avais fait une NDE. Bon, en français, une EMI, une Expérience de Mort Imminente… Peu importait le nom de ce truc hors du commun, je savais ce que j’avais vécu et ce qu’il me restait à faire.

À la surprise du personnel soignant, je me rétablis très rapidement et quittai l’hôpital pour, le carnet de chèques en poche, me mettre aussitôt à la recherche de mon bonhomme. Mais en arrivant devant son squat, une surprise de taille ! Disparue, la vieille bicoque. Envolée… À sa place, un vaste chantier entouré d’une palissade et une gigantesque grue !

En questionnant patiemment les gens du voisinage, je finis par apprendre, complètement atterré, que les ouvriers de la société responsable du chantier avaient trouvé le pauvre bougre pendu dans son grenier.

Anéanti, j’allai m’asseoir sur le banc d’un abribus où je demeurai longtemps prostré, les coudes sur les genoux et la tête entre les mains.  Jusqu’à ce que je réalise quelle serait désormais la meilleure conduite à tenir. La villa, la bagnole, je n’en avais vraiment plus rien à foutre. Mais l’argent, oui, l’argent, je pouvais à coup sûr en faire un bien meilleur usage…

 

Je me levai et descendis la rue en direction d’un foyer d’accueil que j’avais remarqué en arrivant. Une pluie fine commençant à tomber, je pressai le pas.

 

En quête de ma rédemption.
 

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Résultats du concours "Les petits papiers de Chloé" : Rencontre du troisième type"

Publié le par christine brunet /aloys

Qui a participé ? 

Antonia Iliescu : le texte 1

Séverine Baaziz : le texte 2

Edmée de Xhavée : le texte 3

Christian Eychloma : le texte 4

Micheline Boland : le texte 5

Serge Guérit : le texte 6

Isabelle Chevalier : le texte 7

 

Quel texte a été plébiscité ??? le texte 4 !!!! Bravo à Christian Eychloma !!! et merci à tous les participants !

 

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Texte 7 du concours "Les petits papiers de Chloé" : Rencontre du troisième type

Publié le par christine brunet /aloys

L’enlèvement.

 

Je me retrouvais là, nu sur ma pelouse humide. La lumière blafarde du réverbère m’indiquait que c’était la nuit. J’avais froid. J’étais fatigué. Tandis que les étoiles commençaient à tourner, j’ai entendu le crissement des pneus sur les gravillons des voisins puis une voix familière :

— Ho ! Chéri ! Regarde ! C’est Claude. Il faut appeler les ...

 

— Il reprend connaissance.

— Monsieur Charpentier ! Je suis le docteur Besson. Comment vous sentez-vous ?

— Bien, je crois.

Autour de moi, les murs sont blancs. Un flacon suspendu m’indique qu’une perfusion est reliée à mon bras droit. Je suis à l’hôpital.

— Que vous est-il arrivé Monsieur Charpentier ? Vous en rappelez-vous ?

 

Que m’est-il arrivé ? Que m’est-il arrivé ?

Les souvenirs me glacent, me perturbent. Une douleur insiste. Des regards attendent des réponses.

Je commence mon récit mais je bafouille, tant je suis bouleversé. Des blouses blanches, attentives, m’écoutent. Par moment, elles se regardent en hochant la tête comme si... comme si je n’avais pas toute la mienne. Et pourtant...

Je n’aime pas cela. J’ai besoin de réfléchir et de me remémorer seul les événements.

Après leur avoir expliqué ma promenade nocturne pour cause d’insomnie, le bruit strident consécutif à un flash qui m’a laissé aveuglé quelques minutes, la sensation qu’on me saisissait et qu’on m’emportait dans les airs à une vitesse qui m’en a retourné les tripes, le retour de ma vision accompagné d’une frayeur en me retrouvant face à des créatures monstrueuses, j’ai ajouté :

— Je suis fatigué.

Puis j’ai fermé les yeux, comme si je tombais dans un profond sommeil.

 

Maintenant que le silence et la solitude habitent ma chambre, je peux passer en revue ce lieu incroyable, là-haut, quelque part. Celui que ma personne, choquée, a gravé dans ma mémoire.

Une lumière rouge et chaude éclaire une pièce ronde aux cloisons qui semblent onduler en vagues régulières. C’est très étrange et même dérangeant. Cela me donne la nausée mais moins que les créatures qui me maintiennent debout avant de commencer à me déshabiller avec brusquerie. Elles sont à la fois légèrement collantes et rêches.

— LÂCHEZ-MOI !

Tandis que je me débats, on me tâte, on me pince avant de m’attacher sur un support mou et spongieux.

 

Malgré ma vision encore perturbée de points lumineux, j’essaye de détailler de grandes, fines et poilues créatures qui m’observent d’un œil noir, central et irisé de vert. Au dessus, perchés sur des antennes mobiles, deux sortes d’yeux globuleux font des mouvements saccadés de concert avec leurs cils épais qui bougent sans cesse.

Ces globes semblent être des organes pour communiquer.

 

Je crie. Je supplie. Ces monstrueux bipèdes ne réagissent pas. Sont-ils sourds ?

Ils observent ma bouche. Une patte velue vient la toucher.

Eux, ils ont une trompe, fine et enroulée comme celle de certains insectes. Mon orifice buccal semble être une découverte. Un ongle crochu insiste et inspecte ma langue. Un goût âcre m’écœure. Je mords. Le membre supérieur, semblable à la patte d’une mouche, se retire.

Cette comparaison me glace. La panique monte. Je voudrais m’échapper mais maintenant je suis comme englué par des liens verdâtres.

Les créatures parcourent tout mon corps sans tenir compte de ma pudeur. Elles me tournent sur le côté. Elles tâtent mes fesses. Leurs globes s’agitent.

Elles s’intéressent à cette partie charnue de mon corps. Je crie mais elles ne m’entendent pas. C’est sûr. Elles sont sourdes.

— A A Ah !

On me pique !

— Aïe !

On m’injecte quelque chose qui me brûle.

C’est horrible. J’ai mal.

J’ai l’impression qu’on m’arrache mes chairs, je m’évanouis.

 

Quand je me réveille, je grelotte. On dirait que je suis fiévreux. Je suis dans la pénombre. Mes membres sont libres. Ma fesse droite me lance. Ma main y découvre un trou sanguinolent.

Ces bestioles m’ont-elles goûté ? M’ont-elles bouffé ?

La panique monte.

Certains de leurs organes : leurs yeux, leurs pattes m’ont fait penser à des mouches. Mais ont-elles des ailes ? Je ne me souviens pas en avoir vu.

Elles arrivent. Non, elles en sont dépourvues.

Si ce sont des sortes de mouches, mangent-elles de la même façon, en injectant des enzymes pour dissoudre les chairs ?

Je pense à ma fesse. Je tremble d’effroi. Les créatures m’observent. De leurs globes mobiles, elles semblent échanger sur ma personne. Que me veulent-elles enfin ?

JE VEUX rentrer chez moi.

Tandis que des sueurs froides envahissent mon dos et mon front, je tente le tout pour le tout. Je me mets à cligner des yeux tout en bougeant mes globes oculaires de haut en bas et de gauche à droite.

Ça y est ! J’ai capté leur attention. Je continue de plus belle.

Les créatures partent soudain. Ont-elles compris que je suis doté de raison ?

 

Après un temps qui me semble une éternité, elles reviennent.

De nouveau, on m’emporte. Je me retrouve sur un sol transparent au dessus des nuages.

Tout à coup ! La surface élastique se dérobe

— AU SECOURS ! JE TOMBE !

NON ! Je ne veux pas m’écraser sur notre belle terre !

C’est à ce moment là que tout est devenu noir puis je me suis réveillé dans mon jardin.

 

Je touche ma fesse pansée dont la douleur persiste. Dans le couloir j’entends :

— Il a du se faire mordre par un chien. La fièvre l’a fait délirer.

— Oui, mais que faisait-il nu dehors ?

Si je leur dis la vérité, je risque d’être interné pour folie.

Somnambule ! Mais bien sûr.

Je leur dirai qu’il m’arrive de souffrir de crise de somnambulisme.

 

Je garderai pour moi mon incroyable enlèvement.

 

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Texte 6 du concours "Les petits papiers de Chloé" : Rencontre du troisième type - Votes jusqu'au 15/09 minuit

Publié le par christine brunet /aloys

Rencontre du troisième type


 

Les paupières mi-closes, je voyais à peine tant le soleil me brûlait les yeux.

Tout ce sable devant moi semblait se perdre jusqu’au-delà de l’horizon. Un navire à moitié enseveli, la coque couleur rouille, des ailes et des carlingues d’avions posaient sur le flanc, les hélices tordues et des dizaines d’objets plus hétéroclites les uns que les autres empilés au pied d’un tas montagneux ressemblant à une pyramide… feuillue.

Mon corps allongé me semblait être en apesanteur, mon esprit vacillait dans un trouble complet et incompréhensible, ne me permettant plus de mettre les choses dans un ordre logique.

J’étais mal dans ma peau, mon estomac me remontait jusque dans la gorge, mes muscles manquaient totalement de force, mon sang chauffait mon corps plus fort que le soleil. Des idées farfelues me traversaient la tête, j’avais l’impression de vivre un cauchemar de haut vol, rien de rationnel, étais-je sur une autre planète, chez les petits hommes verts ? Ce décor n’était certainement pas celui d’un conte de fées, était-ce un châtiment divin ou une renaissance impie. Je ne comprenais rien à cette situation extraterrestre.

Soudain sans les avoir vues arriver, trois ombres de statures différentes, une petite nerveuse, une grande mince et une moyenne plus… dodue apparurent dans les reflets du soleil.

Ces trois ombres parlaient ma langue et c’est à ce moment précis que tout était devenu beaucoup plus clair.

Le premier petit type bizarre me dit

« Tu viens jouer avec moi dans le bac à sable, j’ai sorti tous mes jouets ?»

Puis le second type me dit

« Ta bouteille de vodka est vide, je te la remplace ? »

Et la rencontre avec le troisième type me fut fatale

« Ah non alors ! Votre père doit encore tondre la pelouse, ramasser ce tas de feuilles et il est déjà complètement bourré ! »

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

Texte 5 du concours "Les petits papiers de Chloé" : Rencontre du troisième type

Publié le par christine brunet /aloys

LA RENAISSANCE D'ONCLE XAVIER


 

Depuis ma plus tendre enfance, un immense surgélateur occupait toute une cave chez ma grand-mère. J'ai quinze ans et je ne l'ai jamais vu ouvert alors que deux autres recèlent des trésors de crèmes glacées et gâteaux. Je ne sais pas ce qu'il contient. Il faut dire que Mamy m'a toujours interdit de l'ouvrir. D'ailleurs, comment aurais-je pu y parvenir puisque seul un code en permettait l'accès ?

Ce jour-là, il y a une réunion familiale chez Papy et Mamy. Par la fenêtre du living, j'aperçois un jeune homme barbu qui se balade dans le jardin. Il ressemble étrangement à mon oncle Xavier : le regard pétillant, les cheveux noirs abondants, la mèche sur le front ne peuvent me tromper. Ce jeune homme, je ne le connais que pour l'avoir vu en photos. Toujours en troisième position en partant de la gauche, ce qui me faisait rire quand j'étais petit. Je me souviens de la réaction de Mamy face à mon étonnement : "Tu sais, c'était mon troisième enfant et à l'époque la tradition voulait que les enfants soient rangés par ordre d'âge. C'était très facile ! Ça évitait les disputes inutiles !"

J'avais déjà tenté d'en savoir plus au sujet d'oncle Xavier. Mamy m'avait alors répondu : " Xavier, c'est le frère de ton père. Il a disparu, il y a bien longtemps." J'avais repris : "Disparu ? Comment ça ? " Mamy avait juste dit :"C'est tellement vieux. On n'aime pas d'en parler. Quand tu seras plus grand, tu sauras…"

Je brûle d'envie de sortir pour bavarder avec le jeune barbu et en savoir plus à son sujet. Petit problème : pour quitter la maison, je dois passer par la cuisine et cela Mamy ne l'apprécierait pas du tout. Je m'approche de la fenêtre, je fais un signe en essayant d'attirer son attention, mais il ne me remarque pas.

Dans la maison, l'ambiance est festive. Tout le monde boit du champagne et mange de délicieux petits gâteaux. Les conversations vont bon train. La bonne humeur règne. Mes grands-parents, mes parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins, tous semblent joyeux en attendant la surprise et le speech de seize heures précises promis par Papy. Un moment d'inattention et je suis dans le jardin. Personne n'a rien vu ! Je vais à la rencontre du jeune barbu.

"Bonjour. Je m'appelle Axel. J'ai vu votre photo dans un album. Vous êtes mon oncle Xavier ?

- Bien sûr que je suis oncle Xavier. Et toi, tu es qui ?"

Je n'ai pas le temps de répondre. Déjà quatre heures sonnent au clocher voisin. Xavier m'entraîne et nous entrons. Tous sont tournés vers mon grand-père qui vient de commencer son discours. Apparemment, personne n'a remarqué notre présence. Papy annonce : "Retournez-vous ! Je vous avais promis une heureuse surprise et je tiens ma promesse. Xavier, notre fils; Xavier, votre frère; Xavier, votre oncle; Xavier, votre cousin; Xavier que chacun croyait disparu est là et bien là. Approche-toi, Xavier… Je suis heureux de constater que tu as déjà fait connaissance avec Axel, le plus jeune de mes petits-enfants. Vois-tu Axel, Mamy et moi vous avions fait croire qu'il avait disparu. En fait, Xavier avait eu un accident de moto et était très mal en point. Les médecins nous ont conseillé de garder Xavier dans une armoire de cryogénisation. En attendant, prétendaient-ils, que la médecine ait fait suffisamment de progrès pour qu'on puisse le ramener à la vie. Il y a quelques semaines, nous avons reçu l'excellente nouvelle : Xavier allait être sauvé. Aujourd'hui, nous l'accueillons donc ! Faites connaissance avec lui et amusez-vous bien ! N'oubliez pas que Xavier est bien plus vieux qu'il ne le paraît !"

Les retrouvailles ont été inoubliables… Tous nous avons entouré Xavier, l'avons tour à tour serré dans nos bras et embrassé très fort. Puis il est passé de petit groupe en petit groupe. Nous avons terminé la soirée assis l'un à côté de l'autre dans le canapé et Xavier m'a confié : "Je n'ai gardé aucune séquelle de mon accident. Je reprends ma vie là où je l'avais laissée, mais j'ai l'impression que beaucoup de choses ont évolué en vingt-deux ans. Ce ne sera pas facile. Mais tu pourras peut-être m'aider à me mettre au courant, n'est-ce pas ?"

Xavier et moi sommes restés très liés ! C'est chouette d'avoir un oncle à peine plus âgé que soi et de pouvoir lui apprendre plein de choses !

Le grand congélateur a disparu.

Mon grand-père m'a expliqué : Mamy et lui s'étaient mis sur la paille pour sauver leur fils. Pendant vingt-deux ans, ils n'en avaient parlé à personne.

À présent, je regarde les photos de famille avec beaucoup plus d'attention. Mes yeux sont inévitablement attirés par le troisième personnage en partant de la gauche.

Publié dans concours

Partager cet article

Repost0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>