Concours "catastrophes climatiques" Texte 6... C'est le dernier ! Votez ici jusqu'à 18h aujourd'hui !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Cauchemar climatique

 

Je lève la tête en plissant les yeux afin de filtrer la lumière en provenance de la surface du dôme, éblouissant sous le soleil à cette heure de la journée. Un soleil qui, réchauffant temporairement les rues de la ville par effet de serre, aurait bien du mal à m’éviter de mourir gelé si je décidais de pointer mon nez à l’extérieur sans équipement spécial.

Même convenablement protégé du froid glacial, il est d’ailleurs dangereux de sortir sans précaution. Surtout seul et non armé. Les ours polaires et les loups règnent en maîtres et, en dépit des troupeaux de rennes sauvages et de bœufs musqués qui leur offrent des proies abondantes, ils n’hésitent pas à s’attaquer à toute espèce vulnérable. Et l’Homme en fait partie. 

 Je décide d’aller faire mon petit tour quotidien au sommet de l’observatoire, là où le dôme hémisphérique atteint sa plus grande hauteur. De là-haut, la vue est magnifique sur 360 degrés, non seulement sur les édifices de la cité et ses jardins, mais aussi - parce que le regard porte très loin - sur la moraine du gigantesque glacier et l’immense étendue de la toundra qui s’arrête aux rives de la mer gelée. 

En attendant l’arrivée de l’ascenseur qui m’emmènera à toute vitesse jusqu’à la plateforme d’observation, je passe en revue, de mémoire, le petit résumé que j’aurai à présenter dans quelques jours à mon professeur d’Histoire.  

L’Histoire, une matière qui m’a toujours passionné. Depuis l’école primaire. Et même depuis bien avant, quand mes parents ont commencé à me parler de ces temps lointains où les arbres formaient de vastes forêts et où les fleurs tapissaient de vertes prairies. Une époque et une manière de vivre qu’ils n’avaient évidemment pas connues, mais qu’ils savaient si bien raconter, avec ce mélange de nostalgie et d’enthousiasme provoqué par ces vieilles vidéos qu’ils regardaient à longueur de journée. Enfin, lorsqu’ils n’étaient pas de service dans un des vastes souterrains où l’on produisait, sous lumière artificielle, tout ce qui était nécessaire à la vie de la communauté… 

Tellement convaincant que je m’imaginais sans effort en train de me rouler dans l’herbe folle, sous une douce chaleur, ou de batifoler dans l’eau tiède avant de m’allonger sur le sable humide pour contempler le bleu du ciel, avec ces petits cumulus blancs dérivant lentement au-dessus d’un monde sans limites. Un monde où personne ne passait la majeure partie de sa vie dans une prison de verre.

Ah oui, mon petit résumé… Pas très difficile pour un passionné comme moi de rappeler les causes de la Nouvelle Glaciation, la dégradation de la biosphère qui a suivi, parallèlement au déclin de la civilisation et jusqu’à la quasi-disparition d’Homo Sapiens.  Tout ça en deux siècles à peine, malgré l’optimisme des scientifiques de l’époque qui, se voulant rassurants à propos des conséquences de leurs propres erreurs, ne pouvaient croire à une évolution aussi rapide des conditions de vie sur Terre.  

Ces personnalités trop médiatiques qui, avides de financement et de notoriété, publiaient des rapports de plus en plus alarmistes sur le changement climatique entraîné par l’augmentation moyenne des températures. Et en étaient arrivés, en usant de leur influence, à préconiser et obtenir la mise sur orbite de gigantesques boucliers destinés à réfléchir les rayons du soleil.

Sauf que ces mêmes scientifiques avaient apparemment oublié qu’en matière climatique la planète avait toujours été « sur une lame de couteau », et qu’en raison de la nature chaotique du système atmosphérique, un refroidissement, même très relatif mais pendant plusieurs années de suite, pouvait nous faire basculer, par effet « boule de neige », dans un processus global irréversible. Un refroidissement carabiné, en l’occurrence… 

Tiens, en parlant d’aléas climatiques, je m’aperçois tout d’un coup que le soleil a disparu et que les lampadaires, comme toujours lorsque baisse la luminosité, se sont automatiquement allumés. Même s’il est vrai qu’il peut arriver que le temps change vite - à l’extérieur s’entend car à l’intérieur, du point de vue de la température, c’est un éternel printemps - la chose m’étonne un peu.

Un léger chuintement m’avertit de l’arrivée de la cage d’ascenseur. Je pénètre dans la cabine transparente en saluant les trois personnes qui en sortent, des gens à l’air maussade, comme tous les gens que je connais. Moi-même, d’ailleurs… Comment pourrait-il en être autrement ? Je presse le bouton et m’envole vers le toit du dôme, observant comme à chaque fois, avec une certaine inquiétude, les quartiers de la ville rétrécir de plus en plus vite sous mes pieds, jusqu’à ressembler à une maquette aux dimensions impressionnantes.

Arrivé en haut, le ciel s’est encore assombri et j’éprouve une drôle d’impression. La sensation d’avoir carrément la tête dans les nuages denses, sans autre visibilité que de vagues remous tout autour de moi.  Puis de gigantesques éclairs déchirent cette épaisse grisaille. Je n’entends rien en raison de l’insonorisation de notre bulle géante, mais je sais évidemment qu’il tonne. Un bel orage, en vérité ! 

Dans ces conditions, prolonger ma présence ici n’offre plus aucun intérêt et je m’apprête à redescendre quand un terrible fracas se fait entendre. Un claquement sec et un bruit de verre brisé, puis  un froid glacial qui me tombe sur les épaules. Le dôme, mon Dieu… Je hurle. Je tremble, de froid et de peur.

On me secoue, on tire sur ma couverture, on me crie dans les oreilles. C’est mon épouse, furieuse, qui me reproche d’avoir, une fois de plus, négligé de bien fermer la fenêtre qui vient de s’ouvrir brutalement en cassant un carreau. 

 

Publié dans concours

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Texte 1 : 1 voix
Texte 2 : 1 voix
Texte 3 : 1 voix
Texte 4 : 1 voix
Texte 6 : 4 voix
Répondre
C
Texte 4... " De vilaines bestioles sommeillant dans les glaciers ", ou du moins dans le permafrost, malheureusement une très sérieuse éventualité ! :(
Répondre
C
Texte 1 : 1 voix
Texte 2 : 1 voix
Texte 3 : 1 voix
Texte 6 : 4 voix
Répondre
H
Avec ce texte, on se sent projeté dans un film jusqu'à la fin qui vous fait sourire.Je vote pour le 6 bien que comme toujours, mon cœur balance pour faire un choix.
Répondre
M
Je vote pour le texte 3
Répondre
E
Fameuse pirouette / douche froide au réveil ! Je vote aussi pour ce texte, en me sentant ingrate vis à vis des autres, je n'ai été déçue d'aucun...
Répondre
C
Le texte 6 se détache grâce à Sylvie Mordang... Il a remporté désormais 2 voix !
Répondre
S
Je vote pour le texte 6
Répondre
C
Texte 1 : 1 voix
Texte 2 : 1 voix
Texte 6 : 1 voix
Répondre
C
Je choisis le 2, je ne devine pas du tout quel en est l'auteur, mais voilà les bords de mer me sont précieux.
Répondre
M
J'aime beaucoup la chute.
Répondre
P
Comme une idée que ce texte a été écrit par Christian...
Très réaliste, très bien amené, une chute que je n'attendais pas.
J'ai aimé.
Mais bon, il faut choisir et je vote pour le texte 1 qui m'a touché.
Répondre
C
Je vote texte 6 :-)
Répondre
C
Ouf ce n'était qu'un rêve. Réveille-toi, Christian. Christian?
Répondre