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Le blog Aloys

Articles récents

Carine-Laure Desguin : mais quelle énergie !

26 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles

Carine-Laure Desguin : mais quelle énergie !

Denys-Louis Colaux me contacte. Il me demande un texte inédit, une bio. Et aussi la présentation d’un autre auteur et de l’un de ses textes.

Je dois sortir. Des courses et autres futilités. J’attrape un carnet. Il pleut. Je me bloque dans la voiture, sur le parking d’une grande surface. J’écris La ville accroupie, les tambours de la veille résonnent encore, les confettis me barrent vicieusement la vue.

Et puis je rentre, très vite. Je ne réfléchis pas longtemps. Denys-Louis Colaux, dans un de ses blogs, a ouvert L’anthologie du Poisson pilote, une anthologie qui réunira de nombreux artistes. Je suis à la fois ravie et émue de présenter ce grand écrivain qu’était Roger Foulon. Roger Foulon, un écrivain originaire de Thuin, ville dont il fut le chantre durant des dizaines d’années. Roger Foulon créa aussi la revue Le Spantole et c’est grâce à cet infatigable mécène que Les Artistes de Thudinie exposent encore leurs œuvres aujourd’hui, une fois l’an, dans cet écrin de verdure qu’est la ville de Thuin.

Roger Foulon et Carine-Laure Desguin, dans L’anthologie du Poisson Pilote. A découvrir ici :

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2016/02/15/anthologie-du-poisson-pilote-carine-laure-desguin-8568933.html

Vient de paraître aux éditions Jacques Flament, Les lièvres de Jade, de Denys-Louis Colaux et Eric Allard :

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2015/12/12/les-lievres-de-jade-burvenich-allard-colaux-8540853.html

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Albert Niko, "l'homme au grand chapeau n'avait rien à cacher ni rien de grand"

25 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

Albert Niko, "l'homme au grand chapeau n'avait rien à cacher ni rien de grand"

Du goût des mouches sur la route de l’abattoir

Une présentation de « l’homme au grand chapeau n’avait rien à cacher ni rien de grand ».

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Alors, Al, ce nouveau bouquin, tu peux nous en parler un peu ?

Heu, ça va être difficile…

Juste deux mots, histoire qu’on sache de quoi ça parle…

En fait, ce bouquin, ce n’est pas.

Ce n’est pas un roman, ce ne sont pas vraiment des contes ou des nouvelles, pas même tout à fait des poèmes.

Ce bouquin, ça ne pourrait pas être, par exemple, un réseau de bus, ni même un jour férié, ni les Champs Élysées un 31 décembre vers minuit, et ça ne pourrait pas non plus être ce bol de bouillon au vermicelle qu’on te servait chaque soir quand tu étais un enfant…

Bon. Et qu’est-ce que ça pourrait être ?

Ça pourrait être un permis poids lourds. Cela pourrait être du goût des mouches sur la route de l’abattoir (bien incapables de dire de quoi il s’agit, mais tant qu’on y sent le sang affluer…)

Cela pourrait être des singes s’invitant au zoo pour rire de leurs visiteurs.

Un éclat de rire qui te ferait cracher une dent.

Ou un cortège funéraire qui passerait de 78 à 45, puis à 33 tours par minute.

Bon. Et qu’est-ce que je marque, alors ?

T’as qu’à mettre que ce livre te rentre dans le bide avant que ton cerveau n'ait eu le temps de le classifier…

Tour à tour instituteur, journaliste, animateur et agent administratif, Albert Niko se consacre désormais exclusivement à l’écriture.

Ses premiers textes sont parus à partir de 2005 dans la revue « Inédit Nouveau ».

Albert Niko est né le 10 avril 1969 à Pantin (Seine Saint-Denis), France.

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Un extrait

quatorze juillet dans l'année

Voici venir une jeune fille qui n'a d'yeux que pour son mobile.

Puis ses dix-huit clones en deux heures de temps.

Voici venir un chien levant la patte au même endroit que le précédent.

Voici venir un nouvel été, et les odeurs de merde qui remontent.

Voici venir une race supérieure de mouches.

Voici venir un prophète et son cortège de zombies, qui de se demander quel nom, quel slogan, quelle couleur.

Voici venir un musulman et un chrétien se serrant la main et ne sachant que faire de leur dernier stock de croisades.

Voici venir l'heure de l'extinction des feux et son lot de questions qui, le jour venu, demeureront sans réponse.

Voici la petite fille enjouée, et le temps à ses trousses.

Voici venir le dernier mot.

Voici venir enfin un ami s'écriant : “Tu es fou ! Amputer la 6ème de Mahler de ses deux premiers mouvements, ça ne se fait pas ! Ce serait comme... comme de manger du poisson en pensant ne jamais tomber sur une arête... Je sais pas... comme de s'imaginer pouvoir vivre en couple sans faire la moindre concession...!”

Et comme j'épluche une banane sous ses yeux avant de lui tendre la pelure, voici venir un fauteuil qui se libère et l'émergence d'un silence mérité.

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Présentation du nouveau roman de J. P. Volpi, Les métamorphoses de Julian Kolovos

24 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

Présentation du nouveau roman de J. P. Volpi, Les métamorphoses de Julian Kolovos

Biographie J. P. Volpi

J. P. VOLPI est né dans le Sud de la France, à Marseille.

Le 24 janvier 2014, les Éditions Chloé des Lys, Barry en Belgique, acceptent son recueil de nouvelles d’épouvante : Contes épouvantables et Fables fantastiques. Ce recueil, publié à compte d’éditeur, est disponible depuis le 23 octobre 2014. 18 février 2016 : avec Les Métamorphoses de Julian Kolovos, l’auteur est de retour avec un roman à mi-chemin entre le policier et le vaudeville, mais toujours… fantastique et palpitant !

Son prochain roman est déjà en cours d'écriture. Il s'agira de la suite des aventures, ou des mésaventures, de Julian Kolovos. D'autres romans et de tout nouveaux contes d'épouvante sont également à l'étude...

Résumé

Pour les Kolovos, la vie n’est qu’un théâtre dont les scènes se créent dans le château de leurs ancêtres. Amour et haine s’y côtoient dans un univers malsain, glauque, plein d’envie, de sentiments simulés… Lequel d’entre eux pourrions-nous, à priori, trouver attachant ? Il y a si peu de sentiments dans l’âme de ces individus !

À quoi pourrait les mener la découverte d’un testament malencontreusement égaré ? Au crime ? Lequel ? Qui le manigancerait ? Sommes-nous en plein roman policier ?

Que le lecteur s’attende à être surpris !

Court extrait

L’acteur ouvrit donc l’enveloppe. Il semblait tendu et incroyablement mal à l’aise, ce qui ne lui ressemblait guère. Il lui fallut quelques longues secondes avant de réussir à entrouvrir la bouche, d’ailleurs. Ornella le rappela à l’ordre d’une voix autoritaire. La torpeur dans laquelle il s’était enlisé se dissipa tout d’un coup. Il n’était pas allé si loin pour se planter. Il n’était pas allé si loin pour tout faire échouer maintenant.

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Texte n° 9 Concours

23 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Samedi dernier 14h. Une petite galerie marchande.

Moi, une table, une chaise, vingt et un livres.

J’étais persuadée que les heures à venir allaient toute se ressembler. Creuses, longues, prévisibles. Non seulement j’en étais persuadée mais l’idée même me rassurait. Pour une première séance de dédicaces, faire simplement face au temps qui s’étire et vous laisse dans ce bain de solitude en pleine foule me contentait amplement.

Sauf que le cours des choses décida pour moi d’une toute autre tournure.

15h03, je revois la disposition de mes livres.

Enfin, pour être plus exacte, je les déplace pour pouvoir les replacer à nouveau. Je les pousse un peu par ici, les décale par là, j’essaie une présentation sur deux niveaux, puis trois, pour enfin revenir à l’identique de départ. Sous les lumières artificiels, mes petits bleus resplendissent…

C’est pas tout, en attendant mon prochain remaniement absurde, il va falloir faire preuve d’un peu de contenance. Mmmm, je réfléchis… Ah mais oui, je sais ! Je vais sourire. Voilà, c’est une bonne idée. Sourire. Quoi de plus avenant. Oui, mais comment. Discrètement, continuellement, joyeusement, pudiquement ; le regard franc, fuyant, appuyé, serein, pétillant. C’est comme en cuisine, il faut savoir doser. Bon, je laisse tomber.

Ah, mon dieu, un homme approche.

Un jean un peu trop large, les mains dans les poches. Le genre décontracté. Il y a des personnes comme ça qui provoque au premier coup d’œil un élan de sympathie. Ca y est, il prend un de mes petits bleus en main. Le premier dans le coin droit de la pile.

  • C’est gratuit ?

Comment ça, c’est gratuit !? Ca se voit pas, c’est un bouquin, pas le dépliant alimentaire du supermarché ! Je fais non de la tête.

  • Pfff !

15h26, une petite grand-mère me sourit. Elle s’approche.

  • C’est vous qui l’avez écrit ?
  • Oui. C’est mon premier roman.
  • La couverture est vraiment jolie. Tout ce bleu, c’est poétique.

— Merci beaucoup. Et l’histoire est sympa ! (petit clin d’œil presque naturel). Au dos, vous avez un petit aperçu. Prenez-le en main n’hésitez pas, ils sont là pour ça.

Ma première lectrice inconnue. Là, j’y crois. Vraiment. Je vais imprimer son visage dans ma mémoire. La toute première personne à…

  • Dommage que je sois incapable de lire depuis mon cancer de la cornée.

Oui, dommage.

Je regarde mon ex-première lectrice inconnue malvoyante s’en allait.

15h56, je soupire.

Odeurs de café et croissants chauds. J’ai le salon de thé en pleine ligne de mire. Non, non, non et non. Dans une heure je ne suis plus là, pas question de céder, je ne quitterai pas mon poste.

Entre ma chaise et l’étal sucré, la porte tambour. On rentre, on sort. Aucun visage connu finalement aujourd’hui. Je suis restée une inconnue au milieu de parfaits inconnus.

Jusqu’à cette minute fatidique. Celle que je n’oublierai jamais.

16h03, il entre. Il a mis le pull que je lui ai offert pour son anniversaire. Rouge vif.

Il me fait un grand geste de la main.

Ca y est, je vais perdre tous mes moyens. Je le connais, il va en faire des tas, essayer d’attirer du monde, crier à tout vas que je suis plus talentueuse que Musso et Levy réunis, que mon petit bleu est le plus merveilleux des livres… Ah, bizarre, il va s’asseoir. Il prend un café. Je ne comprends pas.

Rapidement, quatre hommes le rejoignent. Puis deux femmes. Trois couples. Un adolescent…

Je les connais tous.

Comme des grains de sable portés par le vent, ils viennent à ma rencontre. M’embrassent. S’intéressent. Le plus sincèrement du monde. Tous me prendront un petit bleu. Parce qu’ils me connaissent. Parce qu’ils sont curieux de découvrir mes mots. Les grains de sable se dispersent mais le souffle a pris.

Les inconnus s’approchent. Echangent. Simplement.

17h00, il ne me reste que deux petits bleus. Merci papa.

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Texte n° 8 Concours

22 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

L'organisateur désigne une table couverte d'un drap blanc coincée entre deux planches :

– Vous aurez assez de place ?

C'est le premier salon de mon premier roman. Jusqu'à présent, je l'ai vendu sous le manteau principalement à des amies de ma mère. Evidemment, j'ai assez de place.

Je me suis réveillée contente, un peu inquiète aussi. J'ai réfléchi à la tenue adéquate. Un jeans. Associé à un chemisier blanc, il souligne le côté sérieux de l'auteur. Et lorsque j'enfile un blouson de cuir, souffle un vent d'irrévérence. Je porte donc un jeans le seul jour de l’année où il ne faudrait pas, comme l’histoire nous le dira.

La manifestation littéraire bretonne est installée sous une haute verrière transparente. Disposés en piles bien ordonnées, mes exemplaires ont l'air un peu perdu sur la grande table. Mon voisin de droite propose des romans policiers. Dès qu'un un visiteur s'approche, il se lève d'un bond et questionne, livre en main :

– Vous aimez les enquêtes mystérieuses ?

Si la réponse est oui, il enchaîne sur un argumentaire bien rodé. Si le futur acheteur n'apprécie pas les thrillers, il rétorque invariablement :

– Laissez-moi être votre première fois !

A ma gauche, l'auteur a posé entre ses livres un bocal contenant ce qui ressemble à un cerveau en plastique flottant dans un liquide indéterminé. Il se penche vers moi et murmure avec un air complice :

– J'ai placé mes neurones dans le formol. Je vais pouvoir raconter n'importe quoi toute la journée !

Je lance discrètement une recherche sur mon téléphone concernant le pourcentage d'écrivains ayant effectué des séjours en services psychiatriques.

Puis, j'avance ma pile de C'est quoi ton stage ? de trois millimètres. Et je souris. Je dis bonjour. J'arrête de dire bonjour parce que je crois que ce salut fait fuir les rares curieux qui s'approche de ma couverture bleue. Je renseigne :

– C'est un adolescent qui effectue un stage en maison de retraite. Non, il ne s'agit pas d'un récit autobiographique. Oui, c'est bien difficile de trouver un stage pour les jeunes. C'est sûr, le gouvernement n'aide pas. Vous ne voudriez pas plutôt qu'on parle du livre ?

Midi passe. Selon un rite immuable, le soleil tourne et chauffe mon dos. C’est un peu le principe de la serre tropicale. Mon tee-shirt se liquéfie, mon jeans semble découpé dans une toile de fourrure polaire. Les visiteurs grimacent : vous avez l’air d’avoir chaud, vous n’êtes pas très bien placée. J'ai la tête d’un gant de toilette après usage. Mon voisin, en bras de chemise, ne lâche pas son stylo et enchaîne les ventes tandis que je dessine des fleurs sur la nappe.

– Au moins, vous avez le temps de réfléchir à votre prochain ouvrage, ironise-t-il.


Le miracle aux cheveux blonds arrive peu avant la fermeture. Elle s'approche, examine la quatrième de couverture et s'exclame avec enthousiasme :

– J'en ai entendu parler à la radio. Ils disaient que c'était très réussi.

Evidemment je n'ai accordé aucune interview à la presse, évidemment aucun journaliste n'a vanté mon roman mais je repousse une mèche collée sur mon front moite et propose sur un ton détaché, comme si je ne rencontrais pas ma toute première lectrice de la journée :

– Souhaitez-vous que je vous dédicace un exemplaire ?

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Texte n°7 concours

21 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Ça y est, c'est le grand jour ! Le grand jour, c'est moi qui l'interprète ainsi ! Parce que vraiment je ne pensais pas que ça allait se passer comme ça et pour prédire l'avenir je ne m'appelais pas Mme Irma. Ils m'ont installé dans le sas du grand magasin. Le premier supermarché de la ville. Le plus proche. Systématiquement le coin des habitués pour les courses de tout les instants et surtout le rendez-vous des petits vieux du quartier qui s'y retrouvent lorsqu'ils ont décidé de s'acheter le kilo de farine ou de sucre en poudre manquant à la maison.

J'étais glacé ! L'ouverture et la fermeture automatique des portes devenaient ma hantise. La petite table de camping qu'on m'avait prêté pour m'installer moi et ma pile de livres était mal équilibrée et j'avais trouvé l'astuce pour la caler avec un des flyers plié en quatre que j'avais réalisé et illustré par mes propres moyens parce que l'imprimerie restait chère. Même avec mes gants en polaire, mes doigts gourds étaient désormais blancs. Avec cette foutue maladie de Raynaud je me demandais alors comment je ferai pour dédicacer mon livre au premier admirateur qui daignera s'intéresser à moi et emprunter ma plus belle écriture avec fierté ? J'avais mal.

Dehors il faisait un froid de canard, je n'allais pas commencer à me plaindre car j'étais à l'abri, aussi j'avais remarqué la caissière à l'entrée du magasin engoncée dans son gilet remonté jusqu'au cou. Je l'imaginais grelottante entourée d'articles de bouffes à scanner et de bips intempestifs comme marquant une montée d'enchère au passage du laser rouge de sa caisse enregistreuse. De temps en temps on se lançait quelques coups d'œil. Mais jamais trop longtemps parce qu'on avait pas que ça à faire. On était chacun là pour autre chose. En l'occurrence, elle pour encaisser et moi pour déballer ma littérature. À mon grand dam il n'y avait pas énormément de monde qui s'arrêtait à mon stand de fortune. Je ne désespérais pourtant pas d'offrir quelques signatures.

Ma patience ayant des limites elle fut néanmoins récompensée par une petite dame qui s'approcha de moi à pas lents. Je distinguais à peine ses yeux aux travers des verres épais de ses lunettes qu'elle repoussait aussitôt à chaque fois qu'elles glissaient sur son nez. En dépit de tout son sourire ne m'échappa pas. Elle saisissait un prospectus dans le petit paquet de flyers entreposé devant moi et sans aucun doute je devinais qu'elle en déchiffrait le contenu. Elle m'envoya un autre regard qui était encore plus agréable que le précédent. Cette dame avait l'art de communiquer son engouement tout simplement et avec beaucoup de naturel que je ne pus que m'en satisfaire. Après un certain nombre de politesse j'étais ravi de cette rencontre. Quant à la dame, elle se doutait bien que j'allais lui caser un de mes bouquins. Et c'est sans aucune réticence qu'elle accepta un exemplaire. Elle me confia ensuite qu'elle était amateur de poésie et qu'elle en connaissait un rayon. Elle voulait me présenter à un de ses amis qui en connaissait un autre qui en connaissait un autre, ce dernier avait des relations ayant des assentiments identiques. Le bouche à oreille à ce qu'on m'a dit marchait bien... Si j'osais, à mon tour, j'aurai pu lui confier que j'étais aux anges, et je me voyais déjà en haut de l'affiche.

Le moment de la dédicace était propice. Je questionnais cette sympathique dame histoire de construire une citation rapidement, une maxime, un sentiment approprié, ou de surcroît une pensée de bon aloi. J'en avais justement une sous la main qui n'attendait qu'à être distribuée gracieusement. Machinalement j'attrapais d'une main l'exemplaire qu'elle me tendait et l'autre que je tentais de réchauffer par mon souffle tiède, mon sang circulait difficilement aux extrémités. Le froid et le stress ne m'aidait pas. La dame trépignait un peu. Le courant d'air transformait l'endroit en un gouffre glacial avec le passage incessant des clients qui maintenant faisaient affluence à cette heure. Elle s'arrangea correctement une large écharpe de laine rouge lui couvrant aussi les épaules. J'entrouvris la couverture neuve avec délicatesse pour ne pas la casser par un plis disgracieux et mon stylo glissait sur la première page encore vierge, absorbant ces mots personnels : « Si les gens ne revendiquent pas d'être différents on finit par se satisfaire de tout ».

Et « À ma première admiratrice » signé SOPHIE PORCHETIERE le 8 janvier 2008. La petite dame me saluait et repartit comme elle était arrivée, discrètement. En s'éloignant je devinais qu'une confiance illuminait son regard qu'elle partagea une dernière fois en se retournant. Une amitié s'était improvisée. Enfin un attroupement de badauds animés par la curiosité avait formé autour de ma petite table un paravent d'humains qui me protégeaient du froid et me réchauffaient le cœur. J'étais content de moi.

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Texte n°6 concours

20 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

PREMIERE SEANCE DE DEDICACES

Après avoir triomphé de multiples épreuves, surmonté bien des obstacles, vaincu les doutes et les critiques, me voilà en haut de la montagne, contemplant fièrement le chemin parcouru, défiant ceux qui n’avaient pas cru en moi et souriant à la foule des lecteurs qui allaient se presser devant le stand où je me tiens, bien droit, derrière une pile de livres tout frais sortis de presse. Devant moi, un écriteau arbore mon nom en lettres dorées.
Je suis enfin présent à la Foire du Livre !
Pendant des années je m’y suis promené avec des airs gourmands, plus intéressé par les écrivains que par leurs œuvres.
Je me disais « Un jour, ce sera moi qui serai là, et les visiteurs feront la file devant ma table ». Mission accomplie ! Enfin, en partie, car voilà une heure que je me suis installé et aucun futur lecteur ne s’est présenté.
Pour ne pas avoir l’air de guetter le client, je fais mine de griffonner dans un carnet, je feuillette un de mes livres, j’en dispose un debout pour que l’on voie bien le titre… quelle jolie couverture ! Comment est-il possible qu’elle ne capte pas tous les regards ?
Je consulte mon gsm, je prépare mon stylo, j’imagine le texte des dédicaces… bref je deviens nerveux.
Oups, voilà un homme qui s’approche. Je lui souris le plus naturellement possible et mon sourire reste coincé sur son « Où se trouvent les toilettes ? ».
Je réponds que je l’ignore et il se barre.
Ah, voilà une vieille dame qui ralentit. Je m’enhardis et lui demande ce qu’elle aime lire. Elle balaie la table d’un regard dédaigneux et me lance, lèvres pincées : « Je ne lis que les grands auteurs ». Re-gloups.
Les gens continuent de parcourir l’allée devant moi, certains sans un regard, d’autres dégoûtés comme s’ils découvraient des boudins graisseux dans ce temple du Livre. Où est l’erreur ? C’est moi qui n’ai pas l’air d’un vrai écrivain ? C’est mon livre qui n’est pas assez gros ? C’est le titre ? La couverture ? Le nom de l’auteur ? De la maison d’édition ?
Devant mon air dépité, ma voisine, une jolie jeune femme que je n’avais pas remarquée, n’ayant d’yeux que pour ma merveille, se penche vers moi et murmure : - C’est votre première fois ?
- Heu, oui. Et vous ?
- Oh moi, j’ai l’habitude. C’est mon dixième ouvrage.
- Ah bon ? Et vous vendez bien ?
- Pas plus que vous. Faudra vous y faire.
- Et pourquoi certains dédicacent à tour de bras ? Regardez, là, il y a foule devant une table.
Ma consoeur rit en haussant les épaules.
- Evidemment ! C’est Amélie Nothomb !
Nous avons sympathisé, et pendant que nous parlions, des passants prenaient nos livres en mains, les jaugeaient, et puis s’en allaient pour ne pas nous déranger.
Je n’ai rien vendu mais j’ai rendez-vous demain avec Isabelle.

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Texte N°5 concours

19 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

CONFIDENCES SECRÈTES…

Cela se passait il y a plus de dix ans, au salon du livre de X. Je m'y étais préparée à cette séance de dédicaces ! J'avais imprimé des signets pastel sur lesquels figuraient d'un côté un de mes poèmes apprécié d'un ami conteur, de l'autre les coordonnées de mon site et de mon blog. J'avais revêtu un nouveau chemisier blanc, un boléro fuchsia et une écharpe en soie assortie.

Après avoir salué Laurent, mon éditeur, j'avais disposé mes livres et des signets sur la table. Tout était en place. Je me suis assise. Il suffisait d'attendre un peu… Et tout s'était passé sans anicroche. J'avais plutôt bien assumé. Dès qu'un visiteur marquait son intérêt pour mes textes, je me levais, j'entamais la conversation. J'avais vendu un premier recueil aux parents d'une petite fille qui avait été attirée par la couverture très colorée et les titres des contes. Je prenais de l'assurance.

Il était aux environs de treize heures lorsque l'homme s'était approché du stand et avait feuilleté mon livre. Il devait avoir la quarantaine. Plutôt grand et robuste, il avait les cheveux châtains coupés court, un visage aux joues roses et des yeux bruns. Il était habillé d'un imperméable "à la Colombo". Je me suis levée, je l'ai salué comme je l'avais fait pour d'autres. J'ai expliqué : "les contes, ce n'est pas seulement pour les enfants, ce n'est pas seulement du merveilleux non plus." Il a eu un sourire énigmatique. Il a dit : "Mes parents sont en vacances en Savoie. Je surveille leur propriété. Ils comptent sur moi. Je m'occupe du parc." Il s'est penché vers moi : "Il ne faut surtout pas dire que je suis seul. Personne ne le sait." Il a ajouté quelques phrases à propos de ses activités de bricolage et de rangement avant de confier : "Je suis parfois violent." Je vis alors que son regard avait changé, que ses joues étaient devenues plus roses.

Mon mari parcourait la foire. Il s'était intéressé à un calligraphe et à diverses activités, mais revenait régulièrement vers le stand. Il m'y photographiait en conversation avec des visiteurs. Lorsque l'homme l'a vu viser et pousser le bouton de son appareil, il s'est approché davantage de moi et a dit d'un air suspicieux : "Je ne veux pas qu'on me photographie. J'ai horreur des photographies…" Dans son ton, la colère et la détermination se mariaient et formaient un cocktail inquiétant. La bulle de sécurité vous connaissez ? Eh bien, elle avait été violée, cette bulle et je n'en menais pas large.

Je me suis souvenue des quatre mots : "Je suis parfois violent". Je me suis reculée un peu en m'évertuant à banaliser les choses. "C'est juste pour avoir des souvenirs… On ne garde que celles où personne ne peut être identifié sauf moi et l'éditeur." L'homme parla encore de la nécessité de ses protéger des intrus, puis s'éloigna après m'avoir assuré qu'il allait repasser.

La grande salle continuait de bourdonner de conversations, mais pour moi tout avait changé. J'avais perdu ma sérénité, ma confiance, Mon imagination prenait le dessus, j'envisageais plusieurs issues et je me sentais impuissante à réagir. Je me suis mise à transpirer. Avait-il emporté un de mes signets ? Ne risquait-il pas de s'en prendre à mon mari ? N'allait-il pas casser notre appareil photo ? Heureusement après quelques minutes, je le vis repasser de l'autre côté de l'allée sans même jeter un coup d'œil au stand de Chloé des Lys. Peu à peu, je retrouvai mon calme.

Le soir, chez des amis, je racontai mon étrange rencontre. Nos amis me demandèrent de décrire l'homme, car, affirmaient-ils, le fils d'un riche industriel de la région avait déjà séjourné en hôpital psychiatrique pour paranoïa ! L'année suivante j'ai revu l'homme à ce même salon. Mais il ne fit que passer et je baissai la tête. Vous comprendrez dès lors pourquoi je reste assez floue à propos de l'endroit où cela est arrivé.

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Texte 4 ma première dédicace

18 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Déjà le vendredi, au travail, je n'étais plus capable de concentration. "Demain", me disais-je, "demain c'est ma première séance de dédicaces : comment cela va-t-il se passer ?". Alors évidemment, au retour à l'appartement, je n'ai plus pensé qu'à ça. La nuit, je n'ai plus pensé qu'à ça. Pas le temps de dormir : mon cerveau, ou plutôt ce qu'il me restait encore de neurones, ne pouvait plus que travailler à ce sujet, et de la manière la plus stérile qu'il soit. Pendant que ma pensée tournait en rond, mon corps dont déjà je ne sais que faire en temps normal se tournait et retournait entre les draps.

"Venez pour neuf heures trente" m'avait dit le libraire. A six heures déjà, j'avais bu deux tasses de café, et depuis le lever du soleil je m'étais posé à peu près quinze fois les mêmes questions : "ai-je commandé assez d'exemplaires ? vais-je trouver l'inspiration pour les innombrables dédicaces qu'on me demandera ?". Ah, boule de cristal, si je t'avais trouvée, si tu existais, capable de me rassurer, de me guider... Mais voilà, pour seules boules de cristal, je n'avais que les yeux de verre de mon écureuil et de mon canard empaillés, vestiges de mon passé laissé dans la commune voisine.

Quelle inconnue, dont l'équation m'est si étrangère, celle qui résulte d'avoir choisi dans mon tout nouveau quartier un libraire de moi tout aussi parfaitement inconnu, simplement parce qu'il avait osé une vitrine d'auteurs belges, et simplement parce que je n'avais pas encore découvert le quartier au-delà de trois cent mètres à la ronde... J'étais entré, avais acheté un magazine et un billet à gratter. Puis, dominant ma timidité, je lui avais parlé de mon livre, tout récemment publié, lui avais parlé de son étalage au travers duquel j'avais reconnu "un homme qui croyait en la littérature de son pays", lui avais proposé, en sorte de complément, de trôner comme un Saint-Nicolas de fin de printemps, dans un coin de sa boutique, sans qu'il eût à investir un cent, pour attirer la foule des lecteurs avides de "petits nouveaux" dans le monde des Grands, et il n'avait, sans doute, simplement pas osé refuser.

Je savais qu'il ouvrait tôt, même le samedi. Neuf heures et demie, c'est une éternité qu'il m'aurait fallu attendre pour les atteindre ; éteindre la lumière, étreindre ma caisse pleine de mes ouvrages et étendre le pas pour rejoindre sa boutique, là était l'unique apaisement possible de mes tensions, la seule issue à mon angoisse. Il était huit heures trente environ lorsque je le vis abasourdi de me voir arrivé tant à l'avance, à une heure où de rares clientes emperruquées et de braves vieux messieurs cachant leur calvitie sortaient quelques pièces de leur porte-monnaie dans l'espoir de millions gagnés le soir même, après que les boules auraient tambouriné durant des tours et des tours dans l'écran de la télé avant de s'évader dans un détour, trop lentement à leur goût mais dévoilant si vite leur numéro pas choisi d'eux...

J'avais l'air fin, ma caisse de livres sous le bras, dans ce réduit où je voyais, du coin de l'œil, la table pliante dans l'angle, au fond, la chaise pliante aussi, derrière encore, proprement coincée, où je sentais que je devrais me faufiler, moi qui n'avais pas épuisé l'hiver dernier les réserves accumulées dans les fesses et le ventre. De nappe, il n'en avait pas plus que moi prévue. La table était par ailleurs si petite qu'une pile de bouquins m'aurait empêché d'apposer correctement les quelques mots dédiés à chacun sur la page vierge qui n'attendait que ça depuis le sortir de l'imprimerie. La pile mise à ma gauche, la page à écrire eût été en porte-à-faux ; mise à ma droite, il m'eût fallu recourir à des contorsions hors de mes compétences pour tracer deux jambages.

Je me suis donc résigné à exposer trois exemplaires, bien à plat sur le devant, côte à côte, montrant ainsi sur leur couvertures six yeux (les miens) qui semblaient épier le chaland, plus un autre livre prêt à recevoir son endossement, sa dédicace cocasse, et enfin la caisse encore presque pleine à mes pieds, tels deux pilons déjà prêts à fouler les invendus.

A dix-huit heures, j'ai quitté mon libraire, le remerciant de m'avoir supporté dans le coin, affamé parce que j'avais oublié de me pourvoir d'un en-cas. Un seul livre dédicacé, je m'en souviendrai toujours je crois, à Julie, une brave dame qui avait toute une vie à me raconter.

Sans doute aurais-je dû, auparavant, m'aviser que l'étalage belge avait pris la poussière...

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Texte N°3 concours

17 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Ma première séance de dédicaces

Je suis une mamie, donc plus toute jeune de sa personne, en revanche jeune auteur inexpérimentée et très gaffeuse comme vous pourrez le constater…

Ce mois d’octobre dernier en 2015, suite au référencement de mon recueil de contes, je me retrouve devant mon lot de livres dont je dois faire la promotion… J’ai du mal avec cette idée et je me demande d’ailleurs quoi faire ?

Je retourne sur le forum "Chloé des Lys" pour y relire les conseils. Il y est renseigné, et même fortement conseillé de faire soi-même sa promo.

Connaissant la foire aux livres mensuelle à Le Roeulx, je me propose de contacter l’organisateur de cette manifestation.

Le numéro de téléphonne renseigné a un préfixe 02 et cela me déçoit car j’espérais une proximité qui me permettrait une prompte rencontre en vis-à vis. J'appelle et tombe sur un répondeur sur lequel je laisse un message… une semaine passe et me laisse sans réponse.

Je contacte alors directement le centre culturel par messagerie internet, la secrétaire me confirme qu’il est trop tard pour programmer quoi que ce soit en novembre, ce à quoi je m’attendais.

Nous convenons d’un rendez-vous, faisons connaissance, cernons le sujet et me voilà inscrite pour le dimanche 13 décembre, sachant que cette charmante personne sera mon intermédiaire avec l’organisateur « Mr Injoignable ».

Le Jour J, me voici toute émotionnée à l’idée de ma première séance de dédicaces. Je suis accueillie par le préposé au bar, un employé de centre culturel. Ce monsieur m’indique l’emplacement prévu, répond à mes questions et me donne quelques renseignements utiles.

J’installe mes livres, mes signets et l’affiche. Ensuite, je fais le tour de la salle et je salue un ou l’autre exposant de ma connaissance, car il s’agit également d’une bourse aux livres.

Un homme grand, fort, avec cheveux blancs et barbe en broussaille, me jette à plusieurs reprise un regard interrogateur. Non, me dis-je, ça ne peut pas déjà être le père Noël… il est trop tôt !

Quelque chose le dérange-t-il à mon sujet ? Je me sens observée et le trouve assez impressionant.

Arrive le public, des personne se présentent à mon stand et j’ai la chance de vendre mon premier livre à une mamie qui veut en faire cadeau à sa petite-fille.

Un peu plus tard je commande un café et m’informe au sujet de cet observateur inconnu… Et bien c’est tout simplement l’organisateur du salon !

Honte à moi, car je ne m’étais pas présentée et comment aurais-je pu, ignorant son rôle ? Je file à son stand pour corriger mon impolitesse et lui relate ma tentative ratée de contact par téléphonne…

Il me répond gentiment qu’il rappelle toujours les auteurs qui veulent participer… à condition de lui transmettre un numéro de téléphonne !!!

Et là, un ange passe et je réalise en rougissant que je l’ai appelé de mon poste fixe et que je n’ai effectivement pas laissé de numéro…

Bah, la glace est néanmoins brisée et les choses sont claires.

Je retourne à mon poste j’y fais de nouvelles rencontres, de nouveaux échanges qui me font prendre conscience que si j’ai effectivement offert des signets illustrés et renseigné mes coordonnées lors de la vente de mes deux livres ce matin, j’ai cependant oublié de les dédicacer !!!

Et personne ne m’a rien demandé !

Me voici donc la reine de la dédicace qui, pour sa première séance officielle, a finalement réussi à n’en faire aucune !

En revanche, un projet "d’animation famille" avec lecture de contes est prévu pour un dimanche après-midi du printemps prochain, la matinée se solde donc par du positif !

L’aventure aura donc été instructive et j’espère dorénavant me souvenir que lors d’une séance de dédicaces et bien il est permis et même conseillé d'en rédiger.

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