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Il est temps de vous proposer les textes pour le concours de notre revue : thème "Miroir, mon beau miroir" Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

LE MIROIR

 

C'était un mercredi. J'avais terminé la lecture de Blanche-Neige. Une lecture qui avait ravi Sophie, ma petite-fille âgée de 8 ans. Durant de bons moments, mon cœur avait débordé de joie. Je n'avais plus eu conscience des nuages qui habillaient ma vie depuis le décès de Bernard, mon mari. Je m'étais laissée aller à chanter "Un jour mon prince viendra" et j'avais appris cette chanson à Sophie.  J'avais ouvert les bras au bonheur. Ensuite Sophie avait colorié un peu en attendant que mon beau-fils vienne la rechercher. 

Après son départ, j'avais pris plaisir à contempler mon reflet dans le grand miroir du hall. J'étais bien maquillée et coiffée. Ma petite robe fuchsia m'allait à ravir et il me semblait paraître dix ans de moins que mes cinquante-cinq ans. Par jeu, j'avais demandé : "Miroir, mon beau miroir, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle". Et le miroir m'avait répondu : "Isabelle, en cherchant à la ronde dans tout le vaste monde, on ne trouve pas plus belle que toi…" J'avais ri. Puis j'avais encore entendu : "Isabelle, pour moi, tu es la plus belle. Je n'ai pas dit que tu n'avais pas de rides ni que tu étais parfaite. Isabelle, pour moi tu es la plus belle parce que ta présence est un rayon de soleil qui me réchauffe et que je t'aime pour ce que tu es…" 

J'étais troublée, d'autant plus que la voix avait une intonation ressemblant à celle de Bernard. Je m'étais dit que j'avais rêvé, que j'étais encore trop imprégnée par le conte. Pour reprendre pied dans la réalité, je m'apprêtai à aller me préparer un café. C'est alors, que j'avais surpris le regard de Cathy, l'aide-ménagère, une brunette de vingt ans, posé sur moi. Elle se tenait debout sur l'avant-dernière marche de l'escalier conduisant à l'étage. Je croyais Cathy toujours occupée à raccommoder et à repasser du linge dans la chambre d'amis, mais elle avait apparemment vu et entendu toute la scène, car elle affichait un petit sourire. Elle me dit simplement : " Voilà, j'ai terminé." 

Le vendredi, j'avais demandé à Cathy de nettoyer le rez-de-chaussée tandis que je travaillerais au jardin. Rentrant dans la cuisine avec un petit bouquet de roses, j'avais été déconcertée d'entendre Cathy parler au miroir : "Alors, tu ne réponds pas, espèce de sale miroir ! Je ne suis pas assez belle pour toi ! C'est ça, n'est-ce pas ? Tu n'aimes que les femmes bien sapées. Mon jeans et mon t-shirt noir, ça ne te plaît pas, hein ? Et puis moi, je ne mets pas de rimmel, pas de rouge à lèvres comme la patronne. J'ai les cheveux raides comme un balai. J'ai des kilos en trop, peut-être…" Je m'étais gardée de manifester ma présence en faisant le moindre bruit. J'avais déposé les fleurs dans l'évier et était repartie dehors le plus discrètement possible. Les roses attendraient le vase et l'eau. Ce qui était sûr, c'est que Cathy avait tenté de reproduire mon expérience, que le miroir s'était tu et que Cathy était furieuse. 

Plusieurs fois, par la suite, j'avais moi-même retenté l'expérience, ne recevant en retour que le silence.

Lorsque Sophie était revenue le mercredi suivant, je lui avais redit le conte de Blanche-Neige et j'avais à nouveau chanté "Un jour mon prince viendra" avant de  l'inviter à dire la fameuse phrase face au miroir du hall. Le miroir s'était de nouveau tu. Quant à moi, déçue de l'absence de réaction, j'avais serré Sophie contre mon cœur et j'avais murmuré : "Sophie, en cherchant dans tout le vaste monde, on ne trouve pas plus belle que toi…" Je m'étais alors fait la réflexion que de la même manière que sortant du bain, il m'arrivait de revoir mon point de vue sur les choses, le miroir, sollicité comme il l'avait été ces derniers temps, avait probablement changé d'attitude.  Il était à présent tout à fait muet comme l'étaient les autres miroirs avec lesquels je n'avais pu m'empêcher d'oser le même type de démarche. 

Et puis les années avaient filé sans qu'aucun incident ne se reproduise plus avec le miroir. Parfois, à l'occasion d'un réveillon, d'un anniversaire ou d'une fête, Sophie s'était amusée à me dire : "Mamy, en cherchant à la ronde dans tout le vaste monde, on ne trouve pas plus belle que toi…"   

J'avais près de quatre-vingts ans lorsque  j'avais fait une mauvaise chute. J'avais été hospitalisée durant plusieurs semaines et quand j'avais été de retour chez moi, le miroir était tout piqué de petites taches noires. Cathy, ma fille et Sophie avaient essayé de le restaurer, mais cela leur avait été impossible. Au contraire, son apparence avait encore changé et d'autres taches étaient apparues. 

J'avais encore l'ouïe fine et des mois plus tard, j'avais entendu l'épouse de mon médecin traitant, une amie de ma fille lui avouer : " Je crains que les jours de ta mère ne soient comptés, ma pauvre Laurence. C'est ce que Frédéric m'a laissé comprendre à demi-mots…"

Effectivement, mes forces s'étaient mises à décliner et je m'étais éteinte petit à petit.

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Extrait du journal de Sophie : "Aujourd'hui, Mamy Isabelle nous a quittés. Aujourd'hui aussi, le miroir du hall s'est détaché du mur et le verre s'est cassé. Maman, qui sait que je suis attachée à cet accessoire, a d'abord refusé de me dire ce qui avait provoqué cette catastrophe. 

J'ai insisté, insisté, insisté encore. Elle m'a finalement avoué avoir aperçu Cathy qui donnait un coup  de canne sur la partie supérieure de ce malheureux miroir. Interpellée, Cathy a justifié son geste en prétextant qu'elle était furax de n'être pas parvenue à le retaper comme elle l'aurait voulu. 

Maman trouve mon projet bizarre, mais je tiens à récupérer l'encadrement pour lui donner un usage moins conventionnel en y suspendant des marionnettes de ma collection. Je tiens aussi à rassembler quelques morceaux de la surface pour les mettre dans une boîte transparente, posée sous un spot. Je crois qu'ainsi la fantaisie de Mamy Isabelle continuera à éclairer mon chemin de vie." 

 

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En invité de notre blog, Michel Delguidice et une très courte présentation de son dernier ouvrage "The Hell River"

Publié le par christine brunet /aloys

Synopsis :

Un western... Une histoire de vengeance, une histoire d'amitié d'un homme avec un jeune garçon qui va tout lui apprendre. Leurs chemins se sépareront.

Se retrouveront-ils ? Le jeune réussira-t-il à se venger ?

 

Début du livre

Il pleuvait des cordes, sans arrêt depuis des jours et des nuits, une pluie froide en ce mois de février 1856. Sur les montagnes qu'on ne voyait pas, cachées par les nuages, il y avait de la neige. La petite ville de Mountain City dans le Montana était « noyée » sous l'eau. Comme chaque hiver, ici, il faisait froid. Le ciel était bas et la pluie ne cessait de tomber. Dans la petite ville de Mountain City, l'unique rue n'était plus qu'une « rivière ». C'était la grand-rue, elle traversait en ligne droite la ville du Sud au Nord. Elle n'était pas bien longue, peut-être deux kilomètres, elle était bordée par quelques habitations, mais aussi deux saloons qui se trouvaient à environ trois cents mètres de distances (...)

 

Publié dans l'invité d'Aloys

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‘CDL, Le blog’ est de retour avec quelques nouveautés

Publié le par christine brunet /aloys

Interviews d’auteurs, parutions de livres, articles et reportages… Le blog de Chloé des lys regorge d’informations sur les auteurs de la maison d’édition du même nom et vous donne, sans aucun doute, envie de découvrir le panel incroyablement varié d’auteurs qui y publient.

Si vous avez l’habitude de venir trainer sur ce blog, jeter un œil et laisser un petit commentaire en passant, vous aurez sûrement remarqué que le blog a été (presque) à l’arrêt pendant quelques mois. Mais vous aurez également remarqué que, depuis début août, la machine s’est remise en branle. Les articles ont refait leur retour et quelques nouveautés ont fait leur apparition. Le blog se pare maintenant d’une toute nouvelle bannière mais aussi… d’un logo ! 

Continuons à faire vivre ce blog ! Pour le moment, il n’y a plus de matière en réserve pour le remplir. Vous publiez chez Chloé des Lys ? N’hésitez pas à envoyer votre actu, une interview, un extrait de votre livre… Rendez-vous dans l’organigramme de Chloé des Lys pour connaître la marche à suivre et…à très bientôt !

http://chloedeslysblog.canalblog.com/

 

 

Publié dans ANNONCES, articles

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Deux publications pour Salvatore Gucciardo

Publié le par christine brunet /aloys

"L'ennemi invisible" dans le numéro spécial "La vie au temps du Coronavirus" tome 2 de la revue française Les Amis de Thalie  automne 2020 + texte poétique "La pandémie" dans le magazine italien  Fiorisce un cenacolo n° 7-9 2020.
"L'ennemi invisible" dans le numéro spécial "La vie au temps du Coronavirus" tome 2 de la revue française Les Amis de Thalie  automne 2020 + texte poétique "La pandémie" dans le magazine italien  Fiorisce un cenacolo n° 7-9 2020.
"L'ennemi invisible" dans le numéro spécial "La vie au temps du Coronavirus" tome 2 de la revue française Les Amis de Thalie  automne 2020 + texte poétique "La pandémie" dans le magazine italien  Fiorisce un cenacolo n° 7-9 2020.
"L'ennemi invisible" dans le numéro spécial "La vie au temps du Coronavirus" tome 2 de la revue française Les Amis de Thalie  automne 2020 + texte poétique "La pandémie" dans le magazine italien  Fiorisce un cenacolo n° 7-9 2020.

"L'ennemi invisible" dans le numéro spécial "La vie au temps du Coronavirus" tome 2 de la revue française Les Amis de Thalie automne 2020 + texte poétique "La pandémie" dans le magazine italien Fiorisce un cenacolo n° 7-9 2020.

Publié dans Article presse, Poésie

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Pascale Gillet-B a lu "La lune éclaboussée" de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge de Carine-Laure Desguin, Le Lys bleu éditions 

A Maubeuge, on suit le cours de la Sambre où une péniche attend d’être remise à neuf, on déambule discrètement dans le jardin zoologique ou le square de Liège, on traverse la place des Nations, on longe l’avenue de France, on déjeune au Mabuse, si ce n’est pas trop bondé.

Maubeuge, petite ville paisible du nord de la France…. mais dans un Putain de Pays Noir…..

Eh oui,  sous la pâle lumière de la lune à Maubeuge, trois meurtres agitent un cortège de personnages incongrus et déroutants.

Jenny, jeune-fille à la peau d’ébène, fonceuse et provoquante, hantée par des manies cocasses qui  passe sa journée à écrire et à inventer des histoires;  Jean-Luc et Claude, deux compères protecteurs et détectives amateurs; Michel Garnier, un grand auteur de romans policiers mais pas si grand homme; son rejeton, Olivier Garnier, … fils pourri mais pas tant que ça finalement; les filles Foucault, une blondasse et une apprentie sorcière; Mademoiselle Estelle, avec son caca gris sur la tête, curieuse et raciste mais bien informée; Esteban, le cow-boy infirmier à la poitrine rassurante et velue; la commissaire Xavière Delestienne, au corps épais et au flair comparable à un chien de la brigade canine.

Au fil de la lecture, tous ces personnages s’entremêlent dans des péripéties, Spirales urbaines,  au dénouement inattendu et brillant.

Une histoire bien écrite dans un style haletant, parfois impitoyable mais toujours poétique.

Pascale Gillet-B

 

Publié dans l'invité d'Aloys

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Carine-Laure Desguin signe un texte paru dans la revue AURA 106 "L'ATTENTE"

Publié le par christine brunet /aloys

L’attente

 

Elle gare sa voiture dans l’allée du garage. Le quartier est si calme qu’il s’en dégage des effluves mystérieuses, mortifères. Même les chaînes stéréo de Leelo, l’ado apprentie DJ de la maison d’en face, restent muettes. Elle (l’auteur ne lui attribue pas de prénom), elle n’a croisé personne en revenant de son travail (soit quand même neuf kilomètres dans une zone semi-urbaine), pas une seule voiture, pas une seule trottinette et pas l’ombre non plus d’une âme humaine que traînerait par sa laisse une chienne folle (non, l’auteur ne s’est pas trompé). Elle ouvre la portière, celle du côté conducteur, histoire de respirer une bulle ou deux d’oxygène tout en laissant passer le temps. Le chant des oiseaux investit l’habitacle tout entier. Elle ne reconnaît pas ces chants-là, elle ignore à quels oiseaux ils appartiennent, elle n’a jamais pris le temps de feuilleter un livre qui raconterait les espèces d’oiseaux et puis aussi le nom de leur chant respectif. Elle reconnaît cette lacune et se promet d’y remédier dès que la librairie rouvrira. Les secondes semblent tellement lentes à s’écouler, elle pense tout à coup à cet objet, un sablier, et se dit que dès que possible, elle se mettrait à la recherche d’un sablier dans une brocante ou l’autre. Une seconde égale pourtant une seconde depuis la nuit des temps, se dit-elle. C’est long et lent, quand même. Et ce foutu soleil ne se déplace pas, ou d’une façon si imperceptible. Elle aspire à passer à d’autres mouvements, ouvrir la porte et puis prendre… non, pas ça, pas maintenant, elle se refuse de penser à ces gestes de tendresse et de câlins interminables. Interdits. Le tactile est proscrit, c’est une façon de protéger les siens. Elle lève la tête et regarde les fenêtres de la maison. Les rideaux sont défraîchis, depuis le temps (encore lui) qu’ils n’ont plus tournicoter dans le tambour de la machine à lessiver. C’était quand déjà ? Bien avant la parution du dernier Nothomb, se dit-elle pour mettre à l’abri de tout (mais de tout quoi, au juste ?) son espace destiné à ses éléments d’humour. Elle n’allume pas la radio et son smartphone reste éteint. Elle perçoit un gazouillis qui surpasse celui de tous les autres. Cela vient de derrière les buissons d’hortensias. Il faudra qu’elle se l’achète, ce livre qui explique les noms des oiseaux. Elle étend une jambe hors de l’habitacle de la voiture et son pied s’adonne à faire quelques mouvements circulaires. Les haies de buis ont poussé ces dernières semaines, et pourtant elle devine toutes sortes de choses derrière la fenêtre de la cuisine de la maison voisine. Elle est ouverte, c’est sûr. Des odeurs d’épices et de poulet rôti traversent la haie et parviennent jusqu’à elle. Elle se surprend à penser que c’est une belle affaire, elle n’a rien perdu de son odorat. Elle entend le chant des oiseaux, elle sent les odeurs d’épices et de poulet qui cuit, de véritables petites batailles qu’elle gagne jour après jour. Elle éternue plusieurs fois de suite, des particules humides roulent sur le volant. Elles s’assécheront, se déshydrateront et puis mourront dans quelques heures proposent les scientifiques. Ces éternuements ne la rassurent pas mais elle relève la tête et se dit que décidément, ses rideaux devront être lavés au plus vite. Son regard glisse vers les murs de la façade et elle voit dégouliner tout le long des briques blanches, se bousculant à qui mieux mieux, des agglomérats compacts, mousseux, de, le suppose-t-elle, ces bestioles virulentes qui immobilisent les trois-quarts de l’Humanité depuis le mois dernier. La glycine fleurissante barre le passage à ces saloperies mais sitôt ces pensées l’effleurent-t-elle que les bestioles ont déjà amputé l’innocence de la plante. Un sentiment d’impuissance l’envahit, encore de la vie en moins, se dit-elle. À présent, il y a bien une quinzaine de minutes qu’elle a garé sa voiture dans l’allée du garage. C’est comme ça chaque soir. Elle revient du boulot et puis attend dans sa voiture une demi-heure ou plus, un temps d’attente qu’elle détermine elle-même et qui n’est pas proportionnel au nombre de décès qu’elle aura compté dans son service de psychogériatrie. C’est comme si elle donnait à sa voiture le rôle d’un sas de décompression. Jamais elle n’aurait imaginé en arriver là, être l’actrice d’un pareil cirque. Elle se sent tellement sale lorsqu’elle quitte le boulot. Tous ces morts et ses malades recouverts de ces bestioles virulentes que ses mains gantées ont touchés, ça la dégoûte. Alors elle reste là, comme ça, devant chez elle, chaque soir. Elle attend. Ce soir Adrien, son fils, l’a aperçue plus tôt que prévu, sans doute s’habitue-t-il à ce nouvel horaire, peut-être même a-t-il compris ce nouveau rituel, les enfants ressentent ces choses-là de la vie. Adrien sort de la maison en courant et crie alors maman tu viens, tu rêves ou quoi ? Et comme chaque soir avant de prendre son enfant dans ses bras, elle lui dira, laisse maman prendre sa douche avant de t’embrasser. Ah oui, à cause de ces méchants microbes continuera Adrien, bien informé de tout ce qui se passe à cause de ces vilains dragons invisibles qui rôdent partout et qui s’appellent tous Covid-19.  

 

Carine-Laure Desguin

 http://carineldesguin.canalblog.com

Publié dans Textes

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Texte signé Carine-Laure Desguin pour le volume 2 des Cahiers du Cipala, Gaïa, la terre nourricière en danger

Publié le par christine brunet /aloys

Ses océans s’encombrent et se polluent, ses forêts s’enflamment, ses ciels se noircissent et ses cris abyssaux nous assourdissent. Oh ces cris qui nous parviennent de partout et nous martèlent la tête de jour comme de nuit. Mais eux, ils sont nés des étoiles de feu et d’un nouveau soleil. L’azur reviendra, les enfants le promettent. Le salut, l’alpha, le renouveau, ce sont eux, les enfants. Ils aiment Gaïa et ils protègent ses fruits. Ils dessinent sur des calendriers des journées sans bourreau. Et ils balaient toutes les ombres qui éteignent chaque lueur d’espoir. Déjà, la nature reverdit et les ciels s’éclaircissent. Les enfants ne fatiguent pas, jamais.  Ils écrivent des mots qui flottent et les océans se nettoient de ces goudrons pollueurs. Les enfants jouent et éclaboussent de leurs gouaches ces bruits de bottes qui gonflent les urnes. Et lorsqu’ils éclatent de rire, de grandes lumières au-dessus des montagnes nous prédisent que demain, à six heures du monde, Gaïa sera belle pour l’éternité. Ecris-je sur ma tablette d’argile.

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

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Carine-Laure Desguin nous propose un texte "Les dernières paroles de Valentin Courvayeur"

Publié le par christine brunet /aloys

Les dernières paroles de Valentin Courvayeur

 


  Cela faisait plus d’un an que je n’avais pas remis les pieds dans cette maudite région. Je n’aimais pas cette campagne triste, oppressante, surtout en cette fin d’automne. Les vues panoramiques à plusieurs endroits de la cité, oui, soit. Du haut des remparts, je ne voyais que cette rivière, la Sambre, qui serpentait au milieu d’une vallée moribonde en transportant dans ses eaux sales des tonnes de détritus. J’en avais la nausée et je me disais, Pauvres canards, flotter ainsi sur une flaque polluée… Des efforts, j’en ai fait. J’ai même lu des dizaines de poésies de Roger Foulon, un écrivain natif de cette cité médiévale. J’avais l’impression de ressentir un décalage entre la lecture de ses textes magnifiques décrivant entre autres, une campagne verdoyante, des ruelles et des venelles aux pavés moyenâgeux encore très authentiques et la vue de ces paysages mortifères que j’avais sous les yeux. Jamais je ne comprendrai pourquoi Val est venu s’enterrer dans cette petite ville de province : Thuin. L’amour sans doute, oui, c’est bien ça, l’amour. Et c’est cet amour-là qui, d’une certaine façon, lui a bousillé la vie. Alors lorsque Sybille Palate, madame la commissaire Sybille Palate s’il vous plaît, seulement la trentaine au compteur soit dit en passant, m’a demandé par mail si, puisque je serais très bientôt de passage en Belgique, je n’aurais pas l’amabilité de la rencontrer encore une fois, j’ai menti en répondant : Oui, bien volontiers, j’attendais de vos nouvelles. L’enquête au sujet de la disparition de mon fils, Valentin Courvayeur, était loin d’être close. Je l’avais pressenti dès la première minute de l’enquête, Sybille Palate ne lâcherait rien et, elle aurait depuis peu, auditionné un témoin. Il serait plus facile d’avoir une conversation autre que par l’intermédiaire de tous ces instruments numériques et, rien de mieux d’après elle, qu’un face à face physique, les yeux dans les yeux. Tellement de choses deviennent évidentes lorsqu’on entend la voix de son interlocuteur en même temps que l’on découvre d’au plus près sa gestuelle et ses mimiques, etc. À lire son mail, mes impressions se confirmaient : Sybille Palate me cherchait des poux. Depuis le début, elle ne cessait, par des sous-entendus malsains, de me soupçonner d’être responsable de la disparition de mon fils. Selon Sybille Palate, je n’avais jamais accepté que Val s’installe ici, à Thuin, et de surcroît avec Samuel Demulder. Elle avait même, lors d’un entretien, prononcé à mon égard bien sûr, le mot « homophobe ». Alors, lorsque nous nous sommes retrouvés en tête à tête, Sybille Palate et moi, dans son bureau situé Clos de l’Harmonie, la conversation a vite dégénéré. Je percevais des allusions à double sens que ce flic en jupon parsemait dans la conversation. J’ai perdu mon sang froid et puis élevé le ton.  Ah, ce serait bien pour sa carrière et son prestige, de dénouer cette enquête qui n’en finissait pas. Et quelle aubaine : prouver que le célèbre écrivain parisien Réginald Courvayeur était à l’origine de la disparition de son fils. Allons nous dérouiller les jambes, voulez-vous monsieur Courvayeur, ça nous remettra les idées en place à tous les deux, me proposa Sybille Palate.  Je ne vous accuse pas, sachez-le, je cherche des réponses à mes questions, continua-t-elle sur un ton dégagé.

   Nous avons piétiné les feuilles mortes sur ce carré champêtre d’où s’élèvent quelques arbres et qu’on nomme Le Chant des Oiseaux. Je n’ai vu aucun oiseau, pas même un chat. Et là, dans ce passage boueux et sans issue, entouré de maisons aux façades fades, j’ai entendu pour la xième fois madame la commissaire relater la vie de mon fils : Monsieur Courvayeur, votre fils Valentin et son compagnon Samuel s’entendaient à merveille. C’était un jeune couple gay sans aucun problème. Ils projetaient de rénover cette maison, rue du Rivage, une maison classée, je vous le rappelle. Vous m’avez lancé, après la disparition de votre fils, ces paroles méprisantes : Une petite bicoque de rien du tout ! Monsieur Courvayeur, la rue du Rivage à Thuin est une rue pittoresque et très prisée des touristes. Cette rue est le centre de la commune indépendante libre du Rivage et ce quartier possède son propre bourgmestre, folklorique, soit… C’est un peu comme chez vous, à Montmartre, si vous me permettez la comparaison. Val et Samuel s’activaient dans l’ASBL qui finance tout le marketing concernant le vignoble de notre belle cité médiévale. Cela ne vous surprend pas, je suppose. Val, lorsqu’il habitait à Montmartre, était aussi très proactif au niveau du vignoble, de sa culture et de la commercialisation de son vin. Cette expérience fut précieuse pour l’évolution de nos jeunes vignes et un jumelage entre Thuin et Montmartre était envisagé, c’est dire. En bref, monsieur Courvayeur, Val et Samuel menaient une vie sans nuage, aucun nuage, j’insiste, monsieur Courvayeur. L’enquête n’a rien donné du côté de cette ASBL créée pour la distribution commerciale du vin thudinien, tout est nickel, et aucune embrouille non plus avec les autres associés : Tous restent stupéfaits de cette disparition. Et Samuel Demulder est, depuis ce drame, inconsolable. Je ne vous entends plus, monsieur Courvayeur, l’air pur de notre campagne vous rendrait-il muet ?

   À cet instant précis, nous étions au bout de ce passage sans issue, juste devant une œuvre d’art dont j’ai oublié le nom de l’auteur et, tout en me questionnant au sujet de mon silence, Sybille Palate ne décrochait pas son regard des parcelles vinicoles. Car de là, postés juste en face de ce grand cercle en acier poli, nous avions devant nous une vue à cent-quatre-vingts degrés sur les jardins dits suspendus. Le vignoble, au loin, nimbé par une légère brume colorée, était presque invisible, d’autant plus que le ciel s’obscurcissait, laissant même entrevoir un halo rougeâtre. C’est parce ces vignes, pourtant dénudées à cette période de l’année, ne vous laissent pas indifférent que vous ne réagissez pas, n’est-ce pas monsieur Courvayeur ? Une émotion vous submergerait donc lorsque vous avez ce spectacle devant les yeux ? Car au loin, bien au-delà du beffroi, coule la Sambre, monsieur Courvayeur, et, avec de l’imagination, on devine la rue du Rivage… que vous situez sans mal, je suppose.  

   Je n’ai pas répondu à cette question, j’ai réussi à l’éluder en insistant sur le fait que j’étais ici parce qu’il y avait du nouveau dans cette enquête et qu’avant de repartir vers Bruxelles (je dédicaçais à la librairie Mot Passant mon dernier livre), j’aimerais connaître, enfin (j’ai insisté sur ce mot), le nouvel élément de cette interminable enquête. Madame la commissaire, ai-je continué, mon fils reste introuvable. Aucune trace de lui, ni dans le monde physique, ni dans le monde numérique. Son compte n’aurait subi aucun débit. Mon fils est mort, madame la commissaire, mort. À chaque fois que je lis vos mails, des plaies en moi se ravivent et vous me donnez de faux espoirs, c’est inhumain. Sybille Palate restait imperturbable. Le ton que j’employais la laissait de glace et lorsque j’ai dit que mon fils était mort, elle n’a pas démenti. Non, elle a embrayé sur une question à laquelle je ne m’attendais pas du tout : Monsieur Courvayeur, rendrez-vous visite à Samuel Demulder lors de votre séjour dans notre région ? N’auriez-vous pas une dernière conversation à partager avec le compagnon de votre fils, ou disons plutôt… continuer une conversation ? J’ai regardé Sybille Palate dans les yeux et je lui ai lâché : Je n’ai rien à faire dans ce taudis de la rue du Rivage, et si j’osais, je lui casserais la figure à ce Samuel, il est à l’origine de la disparition de mon fils, d’une façon comme d’une autre. Menez votre enquête comme il se doit, elle n’a que trop patauger jusqu’ici. Je retourne illico dans ma chambre, hôtel Novotel à Charleroi, puisque vous alliez me demander où je logeais, j’en suis certain.  Sybille Palate n’a plus posé aucune question mais a cependant affirmé d’un air très sûr d’elle qui ressemblait à un ordre : J’espère que vous resterez quelques jours en Belgique, monsieur Réginald Courvayeur, il se pourrait que le dénouement de cette enquête soit une source d’inspiration pour votre prochain roman. 

 

   Ce soir-là en retournant vers Charleroi, tout s’est embrouillé dans ma tête et j’ai senti que mon rythme cardiaque s'accélérait. Ce que Sybille Palate aurait pu découvrir, je m’en doutais. Je craignais que cette monstrueuse vérité soit dévoilée. Ce qui ferait basculer mes jours dans un cauchemar noirissime. À Gozée, sur la N53, je n’ai pas continué vers Charleroi, j'ai fait plusieurs fois le tour d’un rond-point tout en réfléchissant. Des images sensuelles de Samuel me revenaient comme un boomerang et puis j'ai filé vers Thuin. Sybille Palate avait raison, Samuel et moi avions encore des choses à nous raconter, beaucoup de choses. J’ai garé mon véhicule sur la place, devant le monument dédié aux bateliers. Les eaux de la Sambre étaient calmes et aucune péniche n’était visible, ni en amont, ni en aval. Il était tout près de vingt-deux heures, tous les magasins de la rue ‘t Serstevens étaient fermés. Dans ces petites villes belges, tout se meurt une fois le soir tombé, pourrait-on croire. J'ai regardé du côté de l’autre berge de la rivière, je n’ai vu que les lumières des habitations. Le vibreur de mon smartphone m'a fait sursauter, c'était mon éditeur qui me demandait la confirmation de ma prochaine séance de dédicace, ce samedi. Je lui ai répondu, Pour rien au monde je ne raterais ce rendez-vous avec mon lectorat bruxellois, tu penses ! J’ai ensuite envoyé un texto à Samuel, je ne voulais pas qu’il sursaute et s’inquiète, ce n’était pas l'heure habituelle pour une visite amicale. La rue du Rivage était déserte et à peine éclairée, tout comme ce soir-là, le soir du drame. Mes pensées dérivaient vers toutes ces heures passées ici, dans cet ancien quartier de bateliers. À déguster ce vin thudinien, Le clos de la Venelle. Oh, de la piquette, mais qu'importe. Val s'était obstiné à rechercher la meilleure méthode afin d'améliorer ce vinaigre et là, son expérience vécue dans le vignoble de Montmartre lui venait à point. Val voulait redorer le blason des crus du Clos de la Venelle, il aimait tellement Samuel. Qu'ai-je donc fait ? Mais pourquoi, pourquoi donc ? Soudain, un texto de Samuel : Je t'attendais. Comment Samuel se doutait-il que je viendrais chez lui ? Ah oui, ai-je pensé, mes séances de dédicace sont annoncées dans la presse. La porte du 11 rue du Rivage était entrouverte et Samuel était là, assis sur l'accoudoir d'un canapé que je ne connaissais pas. Samuel a perçu des interrogations dans mon regard et a murmuré, Comme tu vois, Régis (c'est le diminutif qu'il m'avait donné), tout est remis à neuf. C'est ce que Valentin voulait, une rénovation qui respectait l'ancienne architecture et puis, cette maison est classée, continua-t-il sur un ton de confidence, des critères sont à respecter. Samuel et moi avons commencé comme ça, par des banalités et puis, nous n'avons pu retenir nos sentiments plus longtemps. Mais cette fois, pendant nos ébats, ce n’est pas le bruit d’éclats de verre contre la façade que nous avons entendu, c'est bien pire que cela : Des crissements de pneu, des claquements de portière et puis la porte de la maison s’est ouverte assez violemment. J'ai vu des larmes dans les yeux de Samuel et ses mots dits à mi-voix, je ne les oublierai jamais, Excuse-moi, Régis, je ne pouvais plus garder tout ça pour moi. Devant nous, madame la commissaire Sybille Palate qui, sans reprendre une seule fois sa respiration, a débité son laïus : Vous étiez trop clean, monsieur Courvayeur. Il y avait forcément une faille. Oh, cela ne fait pas de vous l’assassin direct de votre fils, non, bien sûr. Et vous, Samuel Demulder, si vous n’aviez pas été victime de ce chantage, auriez-vous franchi la porte de mon bureau et dès lors tout avouer ? Eh oui, monsieur Courvayeur. Le soir où Val, avec rage, a brisé contre la façade de cette maison une bouteille de notre bon vin thudinien, c’est parce qu’il venait de vous surprendre dans les bras de son compagnon. Il a fait deux pas en arrière, n’en croyant pas ses yeux, et une voiture l’a heurté. Le conducteur ivre, un notable connu et respecté, Simon Dessalines, n’a pas voulu entamer sa réputation. Il a dissimulé le corps de votre fils, monsieur Courvayeur et ce avec votre approbation ! Mais de là, de là entre ces murs, affirma Sybille Palate en montrant de sa main droite la ruelle juste en face qui mène vers la berge de la Sambre, une autochtone, Gabrielle Darc, a reconnu Simon Dessalines. Ces derniers mois, en maître-chanteur très pro, Gabrielle Darc s’est bien enrichie : Le pognon de Simon Dessalines, le vôtre, Réginald Courvayeur et puis le vôtre également, Samuel Demulder. L’un d’entre vous devait craquer. Et ce fut vous, Samuel Demulder, puisque vous êtes le moins nanti. La grande question reste : Pourquoi avoir accepté que Simon Dessalines dissimule le cadavre de votre fils, monsieur Courvayeur. Ça, c’est la question. Et je connais la réponse, voyez-vous. Votre fils, monsieur l’écrivain parisien à succès, votre fils a parlé avant de fermer les yeux. Et ces mots-là, Simon Dessalines les a entendus. Ainsi que Gabrielle Darc. Habillez-vous, monsieur Courvayeur. Vous aussi, monsieur Demulder. Et puis suivez-moi, nous devons encore discuter vous et moi, des ombres subsistent dans cette curieuse affaire.

 

Carine-Laure Desguin

 http://carineldesguin.canalblog.com

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Dans le blog d'Eric Allard "Les belles phrases", Argam, le roman de Gérad Le Goff Chroniqué par Sonia Elvireanu

Publié le par christine brunet /aloys

UN ROMAN DANS LE ROMAN : ARGAM de GERARD LE GOFF / Une lecture de Sonia ELVIREANU

Sonia Elvireanu « MondesFrancophones.com
Sonia ELVIREANU

Un roman complexe Argam de Gérard le Goff qui fait plonger le lecteur dans un univers étrange, à la limite du réel qui glisse subtilement dans l’irréel. Un roman dans le roman, très dense et incitant, aux multiples histoires et narrateurs, riche de descriptions détaillées à la manière de Balzac. Il rappelle le roman gothique par son côté fantastique, ses procédés narratifs, les décors et certains personnages.

Gérard Le Goff présente son roman "Argam" - Le blog Aloys

Une trame difficile à démêler, car l’intérêt de l’auteur est focalisé sur un cas de psychiatrie, un territoire incertain à explorer. Entrer dans l’esprit d’un aliéné pourrait avoir des conséquences fatales pour celui qui s’y hasarde, comme les personnages de ce roman.

Mais le romancier sait s’alléger du fardeau de l’aliénation trop lourde pour le lecteur pour donner à son roman tant son côté d’aventures, que celui de polar et de fantastique.

À partir des personnages bien rangés dans la vie sociale, un avocat et un psychiatre, deux amis, l’auteur construit un premier récit dont le narrateur est en même temps l’acteur des aventures rocambolesques du roman, donc personnage narrateur.

Dans ce cadre réel, il introduit un deuxième récit à l’aide d’un manuscrit trouvé par la police et confié au psychiatre Samuel Berstein. Le narrateur inconnu raconte une étrange histoire vécue sur une presqu’île où se trouvait le manoir abandonné d’une diva du XXème siècle, une chanteuse, adulée pour sa voix et sa beauté éblouissantes.

Un troisième récit tient au côté policier du roman, une enquête sur la disparition d’un aliéné dangereux de l’hôpital psychiatrique. Un quatrième : la biographie de la diva, trouvée dans une monographie de la région s’imbrique aux autres. Son auteur se mêle aux aventures bizarres des deux amis.

Enfin, il y a à la fin le récit d’un ami de l’avocat Osborne, qui a disparu mystérieusement de chez lui. Et dans l’épilogue, l’aliéné qui raconte, continuant de griffonner sur des feuilles ses délires.

Photos de Gérard Le Goff - Babelio.com
Gérard Le Goff

Malgré ses multiples récits qui s’imbriquent comme les poupées russes à déconcerter le lecteur, le romancier maîtrise à merveille le fil de la narration, sait créer le suspense, maintenir la curiosité du lecteur jusqu’à la fin, elle même à interpréter en dépit des fils narratifs qui se démêlent partiellement.

Contrastant avec la complexité de la substance narrative touffue qui se ramifie toujours vers d’autres domaines liés au fantastique, tels l’alchimie, l’ésotérisme, la psychiatrie, l’architecture du roman est assez rigoureuse : entre le prologue et l’épilogue, les chapitres numérotés ont en plus un titre qui annonce l’événement. Cela permet de structurer le roman et de faciliter le repérage de ses multiples récits.

Quant aux personnages, réels ou fantastiques (les esprits qui hantent le manoir, les figures diformes), ils sont placés dans les décors adéquats à leur situation, réelle ou imaginaire. La curiosité et l’esprit d’aventure de quatre personnages raisonnables, les deux amis, plus le libraire et le savant, l’emportent sur la raison, les poussent à des aventures incroyables, les plongeant dans l’étrangeté de l’atmosphère irréelle du parc et du manoir abandonné de la diva à la rencontre du fantastique.

La quête du mystérieux domaine et la fête d’étranges masques dont parle le manuscrit rappellent en quelque sorte Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier.

Le talent narratif du romancier s’associe au goût de la description autant du réel que de l’irréel. Les images hallucinatoires, délirantes du parc et de l’intérieur du manoir de la presqu’île contrastent avec les détails précis du décor quotidien. L’auteur fait preuve d’une imagination débordante à créer l’effet hallucinatoire, fantastique du paysage.

Le romancier envisage ses personnages d’un œil de psychologue qui sait lire, deviner leurs sentiments et émotions cachés. Il semble vivre avec eux leurs aventures, s’y prendre comme ceux-ci dans les délires de l’aliéné pyromane. Il prouve son intérêt pour la psychanalyse dans le choix du sujet et les explications médicales du psychiatre durant ses conversations avec l’avocat.

La fin laisse au lecteur le soin de juger la part du réel et de l’irréel du roman et de l’énigme policière. On ne pourrait pas dire exactement qui est l’aliéné enfermé à l’hôpital psychiatrique. On pourrait y reconnaître chaque  personnage narrateur, y compris l’auteur, qui semble s’identifier parfois à ses personnages.

Publié dans avis de blogs

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Philippe Dester nous présente en l'invité son nouvel ouvrage "Sous le champ de nuages blancs"

Publié le par christine brunet /aloys

Alex se prépare à quitter la terre. Sa mission est complètement remplie : il a aidé des dizaines de personnes à passer de vie à trépas. Des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes, des vieux ont rejoint les nuages, le sourire aux lèvres.   

Sa mission l’a exténué ; c’était moralement très difficile. Il s’est attaché à ces gens et a beaucoup souffert de les voir partir.      

Pour accéder à un niveau supérieur sur l’échelle de la spiritualité, il devait connaître l’amour et la perte de l’être aimé. Il ne pensait pas que ça allait se passer comme ça. Il a aimé Ornella d’un amour fou. Il a passé des jours extra avec elle. Cette jeune fille qu’il ne peut oublier était atteinte de la mucoviscidose. Une greffe l’a sauvée alors qu’elle était au seuil de la mort et cette opération a signé la fin de leur histoire d’amour. Quand Ornella s’est réveillée, elle n’avait plus aucun souvenir d’Alex. Seul un coquillage rappelait leur escapade au bord de la mer.

Alex est mort depuis quelques années. Il est impossible de comptabiliser le temps qui passe quand on est un esprit. L’accident qui l’a envoyé dans le grand champ de nuages blancs date d’un certain temps déjà. Le garçon a vu sa petite sœur grandir, intégrer un groupe d’enfants chanteurs à succès. Aglaé a toujours eu une voix de diva.  Nul doute qu’elle deviendra une chanteuse célèbre.

Depuis le jour où il a été renversé par une camionnette, il n’a cessé de veiller sur la petite. Même si elle ne peut plus le voir, la gamine sait que son frère est là, qu’il l’accompagne dans sa vie, que rien de grave ne peut lui arriver grâce à lui. Elle sait maintenant qu’Alex est mort, qu’il n’a plus de corps, mais que son esprit ne la quitte pas.

Elle sait aussi grâce à Ornella qui a débarqué un jour chez elle et a raconté une histoire abracadabrante que seules les personnes proches de la mort peuvent le voir et lui parler.               

Alex est mort depuis quelques années. Il est impossible de comptabiliser le temps qui passe quand on est un esprit. L’accident qui l’a envoyé dans le grand champ de nuages blancs date d’un certain temps déjà. Le garçon a vu sa petite sœur grandir, intégrer un groupe d’enfants chanteurs à succès. Aglaé a toujours eu une voix de diva.  Nul doute qu’elle deviendra une chanteuse célèbre.

Depuis le jour où il a été renversé par une camionnette, il n’a cessé de veiller sur la petite. Même si elle ne peut plus le voir, la gamine sait que son frère est là, qu’il l’accompagne dans sa vie, que rien de grave ne peut lui arriver grâce à lui. Elle sait maintenant qu’Alex est mort, qu’il n’a plus de corps, mais que son esprit ne la quitte pas.

Elle sait aussi grâce à Ornella qui a débarqué un jour chez elle et a raconté une histoire abracadabrante que seules les personnes proches de la mort peuvent le voir et lui parler.               

Aglaé n’est plus triste. Quand elle sent une présence dans sa chambre, elle sait que son frère est là et elle lui parle ; elle lui raconte ses joies et ses peines ; elle lui dit combien il manque à tous, à elle, à ses parents, à Ludo, son meilleur ami, à Clémentine, sa petite amie.          

Evidemment, leurs conversations sont, en fait, des monologues puisque le garçon ne répond pas à sa sœur ou, du moins, elle ne l’entend pas.

Une autre personne lui manque : un petit garçon qu’elle n’oubliera jamais. Il s’appelait Amir. Mourir à six ans, ça ne devrait pas être autorisé. Laisser seule sa mère ou sa meilleure amie non plus.           

Amir est parti dans ces fameux nuages blancs que la gamine observe souvent de la fenêtre de sa chambre. Elle peut rester des heures là, assise sur le rebord de la fenêtre à scruter le ciel. Elle imagine des animaux fantastiques poussés par le vent. Chaque nuage lui fait penser à quelque chose. Parfois l’un d’eux a l’air de lui sourire. Alors, elle pense voir son frère ou son petit copain qui l’observent, assis sur cette masse cotonneuse blanche.

Ça fait quatre ans qu’Alex les a quittés – ses parents ne s’en sont toujours pas remis – et presque autant qu’Amir est parti lui aussi. Elle sait que la mère du petit est dans un état déplorable, qu’elle passe ses journées à dormir et à boire. Amir doit être très triste de voir ça.

Les gens sont tristes quand ils perdent quelqu’un. Aglaé ne l’est plus. Elle sait que les morts ne le sont pas tout à fait. Seul leur corps a disparu ; leur esprit est là, quelque part, à veiller sur leurs proches. Elle sait qu’elle peut leur parler même si sa mère lui répète dix fois par jour qu’elle doit arrêter de parler toute seule et de scruter le ciel. Alex et Amir ne reviendront pas,  mais ça, elle en a bien conscience.        

Peut-être qu’un jour, quand même, elle reverra son frère, quand elle sera gravement malade et qu’il viendra l’aider à sauter le pas, à partir avec lui dans le paradis blanc. Mais Aglaé n’est pas pressée ; elle a encore beaucoup de choses à vivre et souvent elle chante la chanson de Francis Lalanne : « On se retrouvera »…

Publié dans l'invité d'Aloys

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