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Un nouvel article pour Micheline Boland dans la Gazette

Publié le par christine brunet /aloys

Un nouvel article pour Micheline Boland dans la Gazette

Publié dans Article presse

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"Les mots...", un texte de Bernadette Gérard-Vroman

Publié le par christine brunet /aloys

… Les mots…

 

Se sont invités au bal masqué.  Ils ont profité du moment que j’avais choisi pour hiberner, au beau milieu des bois.  La balade contée « Arbres & Sens » m’avait mise sur la piste.  L’endroit serait propice pour un retour à soi, loin de tous, loin des médias, loin de tout.  J’allais enfin pouvoir prendre soin de moi, et des autres, en laissant les mots se frayer leur chemin.

 

À chaque détour d’une sente, ils sautillaient de joie et ne savaient où se poser, des fougères aux nuances tigrées, aux feuilles des arbres leur offrant une mosaïque de couleurs des plus variées.  Un gros tronc qui avait eu la tête tranchée, réincarné en conifère, profitait de sa force pour grandir.  D’autres troncs arrachés, à moitié recouverts de mousse, étaient devenus le gîte d’une famille entière de champignons.  Ceux-ci s’amusaient, pour l’occasion, à revêtir toutes sortes de chapeaux, de toutes les tailles et formes.  Les uns se camouflaient parmi les feuilles, les autres, au contraire, aimaient se faire remarquer en se parant de chapeaux de couleur orangés vifs, certains même rouges à pois blancs !  Sur d’autres encore, on aurait dit que les premiers flocons venaient de s’y poser.  C’était un bal où chaque espèce végétale offrait aux mots leur plus belle palette de couleurs automnales.  Certains arbres étaient chaussés de mousse, assortis parfois à leurs chaussettes, d’autres de lierre.  

 

Entre les sentiers, les chemins feuillus, caillouteux, boueux, labourés par les sangliers ou encore bétonneux, chaque bifurcation en T offrait aux mots une occasion rêvée pour imaginer des fantômes qu’ils espéraient voir surgir de derrière l’obscurité des forêts de conifères, ou ce qui leur donnait l’eau à la bouche, les emmenant vers des infusions fruitées et boisées.  Tout était prétexte pour s’évader.  L’objectif était atteint.

 

Les mots aimaient se glisser sur l’eau des ruisseaux ou parfois, suivaient le courant de la rivière.  Même les gouttelettes de pluie, en se posant sur les mots, avaient un effet apaisant et venaient en masser chaque syllabe.  Par moments, ils s’accrochaient aux feuilles, pour virevolter avec elles jusqu’à se poser par terre.  Ils adoraient la légèreté de cette danse.  Plus loin, ils se laissaient bercer par les cris des oiseaux, résonnant dans ces grands espaces qui invitent à la contemplation.  Tous leurs sens étaient en éveil dans cette immersion totale.  Le soleil accentuait les couleurs, quelles qu’elles soient, du jaune au rouge, en passant par le vert, et invitait le peintre à reproduire leurs teintes rendues chatoyantes, par les rayons lumineux.  

 

Comme une chenille, chaque mot s’accrochait à l’autre pour venir se poser sur une feuille et chaque feuille s’assemblait pour offrir à celui qui passera par ici les bienfaits du bain de forêt par le biais de l’écriture.

 

Publié dans Textes

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Carine-Laure Desguin a lu "Pour un petit secret", le dernier ouvrage de Brigitte Hanappe

Publié le par christine brunet /aloys

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Le blog "Les lectures de Maryline" a lu et chroniqué "Putain de pays noir" de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

http://leslecturesdemaryline.eklablog.com/putain-de-pays-noir-a202948182
http://leslecturesdemaryline.eklablog.com/putain-de-pays-noir-a202948182

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Micheline Boland dans l'Avenir !

Publié le par christine brunet /aloys

Micheline Boland dans l'Avenir !
Micheline Boland dans l'Avenir !

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Joe Valeska nous propose un extrait des Métamorphoses de Julian Kolovos

Publié le par christine brunet /aloys

 

Meurtres Surnaturels, volume I :

Les Métamorphoses de Julian Kolovos

 

Allongé sur son lit, écoutant de la musique, Julian essayait de se vider la tête. D’ordinaire, ça lui réussissait plutôt bien. Ce soir, pas du tout.

Il se leva, éteignit son PC, puis alla s’avachir dans son fauteuil, devant son secrétaire en noyer. Comme la majorité des ornements dans le château, les façades des tiroirs et de l’abattant du meuble étaient décorées d’une marqueterie aux motifs inspirés par les légendes du roi Arthur. Il releva un sourcil, caressa son menton, pencha la tête sur le côté gauche, pencha la tête sur le côté droit et repositionna la figurine 12 pouces de Phileas « Phil » Pendragon, son personnage dans la série télévisée Meurtres Surnaturels, posée sur l’abattant. Il n’ébaucha un sourire qu’au bout d’une demi-douzaine de tentatives  Julian Kolovos était du genre tatillon. Il était le premier à le regretter !

Constatant, en regardant sa montre, qu’il était déjà plus de minuit, il retira ses chaussures, se déshabilla et éteignit la lumière, ne gardant que son caleçon.

– Quelle soirée de merde… dit-il à mi-voix. J’espère que je vais réussir à dormir quelques heures.

Il se tourna d’un côté, de l’autre. Rien à faire. Le sommeil refusait de venir… En outre, son épaule le faisait beaucoup souffrir, ce soir – le souvenir désagréable de la morsure infligée par une groupie dans cette discothèque située dans le quartier de Camden Town, dans le Grand Londres. De cette jeune femme, qui l’avait outrageusement dragué, il ne se souvenait que de sa singularité : lunettes noires et foulard autour de la tête, d’où ne dépassait qu’une mèche de cheveux orange.

Il essaya sur le ventre, sur le dos, croisant les mains sur le thorax, les yeux bien ouverts.

– Je ne vais pas encore me taper une putain de nuit blanche, tout de même ! s’écria-t-il, au comble de l’exaspération.

Il ralluma pour regarder quelle heure il pouvait être.

– Ce n’est pas possible… ronchonna-t-il.

Une quinzaine de minutes plus tard, l’acteur ressentit un froid inhabituel envahir toute la chambre. C’était l’hiver, d’accord, mais il gelait carrément, là. En expirant, le gaz carbonique rejeté formait une fumée beaucoup trop visible.

– Je ne vais pas fermer l’œil de toute la nuit et je vais me choper une crève carabinée, par-dessus le marché ! fulmina-t-il. Fait chier ! J’aurais mieux fait de rentrer me pieuter chez moi.

Julian remonta sa couverture jusqu’au menton et se mit en position fœtale. Il frotta longuement ses pieds l’un contre l’autre, serra un oreiller contre ses poumons, mais rien à faire… Il faisait de plus en plus froid. Harassé, il se remit sur son séant.

De la buée apparut sur les vitres.

Les gouttelettes devinrent de la glace. Il voulut se lever, bien décidé à aller observer ce phénomène d’un peu plus près, mais, réprimant un cri, il se ravisa. Une silhouette transparente venait de traverser les portes-fenêtres… Elle s’immobilisa devant son lit et demeura ainsi, en suspension juste au-dessus du parquet. De l’eau apparut sur le corps de la créature et se mit à couler de façon continue, disparaissant au contact du sol… On aurait dit qu’elle venait de sortir d’un puits. Ou d’un lac.

Julian déglutit, inquiet, mais nullement terrorisé. Et puis, n’avait-il pas l’habitude des fantômes ? Sauf que les fantômes en question étaient ceux de Meurtres Surnaturels : des figurants ou des caméos très savamment maquillés. Ou des images de synthèse de la plus haute qualité. Le spectre qui lui faisait face lui ressemblait étrangement… Comme deux gouttes d’eau peuvent se ressembler. Pareil à un reflet dans un miroir, l’apparition imitait chacune des expressions de son visage à la perfection.

L’acteur se leva, attrapa son kimono d’intérieur noir accroché au portemanteau, l’enfila aussitôt et s’avança avec précaution.

L’esprit le considérait.

– Jacobo Kolovos ? hésita Julian. Vous êtes bien Jacobo Kolovos, n’est-ce pas ?

– C’est possible… murmura le fantôme en faisant traîner sa voix, laquelle se doublait d’un écho caverneux. Je suis peut-être… celui que tu nommes. Je suis peut-être… toi.

– Moi ? se troubla l’acteur. Comment ça, moi ? Que voulez-vous dire ? Que voulez-vous dire ? insista-t-il.

Un frisson glacé et humide lui parcourut l’échine, dévastateur et meurtrier.

– Peut-être… celui que tu nommes, répéta le spectre, impassible. Peut-être… toi. Comment, en vérité, savoir qui nous sommes ? Car tout n’est-il pas que faux-semblants ? Comme tous les masques que nous mettons sur le visage, chaque jour. Rien n’est vrai !

– Peut-être que je rêve ? réfléchit Julian. Ou je perds la tête… Je perds la tête, c’est ça ? Quoi de plus normal que de faire la conversation avec le fantôme de son ancêtre ? C’est d’un commun ! Je deviens fou… Je deviens complètement fou !

– Et que pense Phileas Pendragon de la folie ? se gaussa l’esprit avec un demi-sourire aux lèvres.

– Sortez de ma tête ! gronda Julian. Et répondez-moi, à présent ! Vous êtes celui qui a disparu dans l’océan Atlantique dans la première moitié du 19ème siècle, j’en suis sûr.

– Je suis le fantôme des Noëls passés

– Pitié ! Je suis Anglais… Je connais mes classiques sur le bout des doigts ! Laissez tomber Charles Dickens et répondez ! Êtes-vous Jacobo Kolovos, oui ou non, bordel de merde ?

– Je le suis… Jacobo Kolovos, ancien corsaire du roi George IV, pour te servir. J’étais quelque part entre deux dimensions, commença alors à raconter le fantôme, errant dans les ténèbres d’un abysse, mais je suis revenu du fin fond du Triangle des Bermudes pour te mettre en garde, Julian Kolovos.

– C’est bien vous, alors… Je ne suis pas encore devenu fou. Encore que… Mais me mettre en garde, vous dites ? Me mettre en garde contre quoi, exactement ?

– Contre quoi ? Non… Pas contre quoi, Julian Kolovos. Contre qui !

– Contre qui… D’accord… Je ne pense pas avoir envie de connaître la réponse, finalement, marmonna Julian. En réalité, je ne suis même pas sûr de ne pas être dans les bras de Morphée, en ce moment même. Je rêve certainement. Je rêve, c’est ça. Vous ne pouvez pas être là.

À ces mots, Jacobo Kolovos disparut, furieux, comme de la fumée de cigarette dispersée d’un simple revers de main. Les lumières, dans la chambre, se mirent à crépiter avec insistance, et une ampoule explosa. Les quelques cadres accrochés aux murs, tout à coup, se décrochèrent, frappèrent le sol au même moment et se figèrent dans leur position verticale. La figurine de Phileas Pendragon s’éleva, resta en suspension au-dessus du secrétaire, quelques secondes durant, puis fut projetée avec force dans la direction de l’acteur qui s’écarta juste à temps pour ne pas la recevoir en plein milieu du visage.

– Eh ! désapprouva-t-il, courroucé. Arrêtez ça tout de suite ! Je n’ai pas peur de vous.

L’esprit se matérialisa de nouveau à moins de cinq centimètres de Julian. Il lui souffla un menaçant et très énigmatique : « Contre toi ! »

Le regard sans éclat, le fantôme de Jacobo Kolovos traversa la porte de la chambre de Julian, lequel le poursuivit dans le corridor où, avec stupéfaction, il le vit se fondre avec son portrait. Quant à l’eau laissée derrière le spectre, elle remonta le long du mur, sur le lambris, le velours, gouttelette après gouttelette, et fut finalement absorbée par le tableau.

Julian hésita, mais il passa la paume de sa main droite sur la toile. Elle était parfaitement sèche.

Il resta là un moment, puis en arriva à la conclusion suivante : tout cela n’avait été que le fruit de son imagination, et son manque de sommeil chronique était, assurément, la cause de ces hallucinations soudaines et fantasmagoriques.

– Les fantômes, ça n’existe pas…

De retour dans sa chambre, il regarda par terre, mais ni les cadres ni sa figurine ne s’y trouvaient. Tout était à sa place. La température, elle aussi, était redevenue normale. Il n’y avait pas de givre sur les vitres. Julian, alors, ricana, quoique plus si sûr de lui, en vérité !

Sa douleur à l’épaule l’éprouva de nouveau, toujours sans prévenir, mais un peu plus violente, cette fois… Il grimaça.

– Ça ne va pas recommencer…

 

 

Lien vers mon roman :

 

https://www.editionschloedeslys.be/catalogue/948-les-m%C3%A9tamorphoses-de-julian-kolovos.html?search_query=joe+valeska&results=10

 

Publié dans Textes

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Edmée de Xhavée a lu " Pour un petit secret", le dernier ouvrage de Brigitte Hanappe

Publié le par christine brunet /aloys

Le secret est petit, mais ses conséquences secouent, et bien !

La couverture du livre donne une (fausse) impression de paix, d’intérieur bourgeois et bien rangé que rien ne viendra ternir. Un joli portrait de femme, une main, une rose séchée. Des indices, on s’en doute à cause du titre, mais on ne s’attend certainement pas… à ça !

L’auteur nous met au pas des gilles de Binche, puisque le suspens commence en plein carnaval, durant les jours gras. Joie, champagne, roulements de tambours, champagne encore, va et vient, visages connus et quelques-uns inconnus, ou oubliés. C’est ainsi que l’un de ces derniers sèmera ses indices, ni vu ni connu, ou en tout cas pas remarqué. Mais Juliette voit resurgir son passé, la partie effacée avec soin de son passé, et se retrouve face à la vengeance.

Une vengeance qui a mis des années à se présenter, et donc se mangera froide, bien froide, mais pleine de fureur et de folie. La folie qui explose, dans un lieu macabre, sous des formes sinistres, animée par des personnages enchaînés les uns aux autres par des liens malsains. 

La vengeance est machiavélique. Pour un petit secret qui a fait ricochet. 

Un véritable thriller, voici ce que Brigitte Hanappe nous offre cette fois, et les amateurs ne seront pas déçus !

 

Edmée de Xhavée

 

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Résultats du concours "Les petits papiers de Chloé" : "Miroir, mon beau miroir"

Publié le par christine brunet /aloys

Les auteurs qui ont participé !

 

Texte 1 : Micheline Boland

Texte 2 : Antonia Iliescu

Texte 3 : Séverine Baaziz

Trois votes, tous pour le 3e texte : bravo Séverine !!! 

 

 

 

Publié dans concours

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Texte 3 et dernier pour le concours de la Revue. Vous devez voter avant demain soir 17h !

Publié le par christine brunet /aloys

Les deux pieds sur la chaise

 

J'avais déjà les deux pieds sur la chaise quand on a frappé à ma porte. Au-dessus de ma tête, la corde pendouillait en attendant mon cou. Elle restait muette, mais je la devinais impatiente. Quelle corde ne l’est pas ? Ce n'était donc vraiment pas le moment d'une visite.
J'ai attendu un instant en espérant que l'imprévisible passe son chemin, sauf qu’il a frappé plus fort. Trois coups. Puis trois autres. Encore plus fort. J’ai fait comme si je n’étais pas là, mais l’imprévisible est une chose qui ne veut rien savoir. Ensuite, un visage s’est collé à ma fenêtre et a fouillé du regard un peu partout. Je n’avais donc plus le choix. Fallait que ma priorité du jour soit mise en suspens de quelques minutes.
J’ai entrouvert la porte et la factrice m‘a tendu un colis. Pas très grand. Pas très lourd. Mais surtout, elle m’a regardée comme si je descendais de Mars, alors que je descendais simplement de ma chaise un peu bancale. Il faut dire qu’on ne doit pas souvent lui ouvrir à neuf heures du matin en tenue de soirée. Mais que voulez-vous, je ne suis pas du genre à me laisser mourir comme je suis. Question de savoir-vivre.

J’ai claqué la porte. La factrice est partie avec son étonnement accroché au visage.
Ma corde avait de plus en plus hâte d’en finir.
Je suis donc remontée sur ma chaise un peu bancale, avec ma tenue de soirée, mes cinquante ans et mes idées pleines de désespoir. Parce que, voyez-vous, sans ces dernières, je ne serais pas là. Je veux dire que si tout allait bien dans mon existence, je ne serais pas debout sur ma chaise, prête à me pendre.
Tout a basculé le jour où Paul-Henri m’a quittée pour sa secrétaire. Classique, je vous l’accorde. Mais pas moins douloureux pour autant. Depuis, mon coeur bat sans savoir pour quoi, pour qui, et tout a foutu le camp. L’odeur d’après-rasage, les chaussettes en boules, la petite monnaie dans le fond des poches. Même les briquets qui pourtant traînaient partout. J’ai plus rien. Je suis plus rien.

J’en étais là de mes constatations quand soudain, l’imprévisible a refait surface. D’un coup d’un seul, comme d’habitude sans prévenir, alors que je m’apprêtais à envoyer le fichu colis valdinguer par terre, je me suis aperçue qu’il ne m’était pas destiné. Pour Joséphine Paquin, qu’il était écrit. Je n’étais ni Joséphine, ni madame Paquin. L’imprévisible faisait vraiment n’importe quoi. Nous aurions pu en rester là, mais comme plus rien ne tournait rond, je me suis mise à ouvrir le paquet.
Au milieu d’un emballage en polystyrène trônait un petit miroir. Plat, pas plus grand qu’une brosse à cheveux, avec un manche tout aussi plat. Habillé de nacre rose. Un bien bel objet. Et un mot.
Enfin, quelques mots.

 

Ma douce Joséphine,
Mon beau miroir est tout à vous.
Demandez-lui ce que bon vous semblera.


Sur le moment, je me suis dit que l’imprévisible ne manquait pas de ressources. Avec tout ça, j’étais totalement perdue. Ce miroir venait s’ajouter à ma tenue de soirée, mes cinquante ans, mes idées pleines de désespoir, ma chaise un peu bancale, ma corde et tout ce qui avait foutu le camp. C’était trop.
Fallait que je me pose. Je suis descendue et je me suis assise.
Sur le canapé.
J’ai mangé les restes de la veille, une quiche au thon, j’ai bu, sans pouvoir vous dire combien, plusieurs verres de Chardonnay et je me suis endormie jusqu’au lendemain en espérant qu’il soit moins compliqué.

Au réveil, malheureusement, ça n’allait pas fort. En plus du miroir, de ma tenue de soirée, de mes cinquante ans, de mes idées pleines de désespoir, de ma chaise un peu bancale, de ma corde, et de tout ce qui avait foutu le camp, j’avais untambour dans la caboche. Bam, badam, badam boum boum, qu’il faisait. Bam, badam,  badam boum boum. Non ! Bam, badam, badam boum boum. Bam, badam, badam boum boum. Non ! Au milieu de tout ce vacarme, des mots. Ceux de la veille. Ceux glissés dans le colis. Douce. Miroir. Ce que bon vous semblera. C’est là que je me suis mise à hurler une phrase que je n’aurais jamais cru prononcer un jour :
“miroir, mon beau miroir, débarrasse-moi de mon mal de crâne !” Eh bien, croyez-le ou pas, mais sitôt dit, sitôt fait. Oh mon Dieu ! ai-je pensé très fort. 
C’est comme ça que mes souhaits ont commencé à se réaliser. 

 

Depuis, pas mal de choses ont changé. Ma chaise n’est plus bancale, je n’ai plus vraiment cinquante ans et Pierre-Henri ne me manque vraiment plus. Personne n’est finalement irremplaçable. Dire que je pensais ne plus rien attendre de l’existence.
Pardon, mais je vais devoir vous laisser. On toque à ma porte.

Publié dans concours

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Texte 2 pour le concours de la Revue...

Publié le par christine brunet /aloys

Le miroir vif

 

Youri, dit Argès à cause du troisième œil sur le front, était né à Tchernobyl, six mois après l’accident nucléaire de ‘86. Son père (russe) et sa mère (indienne) avaient travaillé tous les deux comme techniciens à la centrale ; en conséquence, ils furent en première ligne lors de la catastrophe et moururent de leucémie, peu après la naissance de Youri.


Le petit orphelin fut confié à ses grands-parents, en Inde. Vieux et pauvres, ils le placèrent aussitôt
dans un centre d’adoption, sous la protection de Mère Theresa de Calcutta. En deux semaines
seulement elle trouva des parents désireux de l’adopter. « C’est un enfant miraculé, il a l’œil de
Vishnou, oui, oui, il sera un grand sage, vous verrez » avait-elle dit, en leur confiant le bébé. Trois
jours après, elle rendait son âme. C’était sa dernière œuvre caritative sur cette terre.
Il n’avait ni frères ni sœurs et habitait une fermette à Coutisse. Sans amis, il passait ses journées à
regarder les fleurs, à parler aux abeilles et aux papillons. Sa faim de savoir, jamais rassasiée, le
poussait à demander chaque jour à ses parents un nouveau livre. Ainsi, à 5 ans il avait déjà « mangé » quelques œuvres d’Aristote, Platon, Kant et Schopenhauer, de Darwin et celles de la mythologie hindoue Mahabharata et Ramayana. Pourtant, tous les enfants du village se moquaient de lui :

  • Dis-moi, tête de cyclope, qu’est-ce que tu vois avec ton œil ?
  • D’abord, sache que je ne suis pas un cyclope, je suis un garçon comme toi et comme tous les autres. À part ça, je vois comme tout le monde et encore plus.
  • Ça veut dire quoi « encore plus » ?
  • Je vois tout en toi. Je suis une sorte de miroir qui absorbe tout : la beauté et la laideur, le bien et le mal. Assure-toi, je vois tes qualités et tes défauts, tes craintes et tes angoisses, ton passé et ton futur. Je
    sais aussi quand tu mens et quand tu es jaloux. C’est ton aura qui te trahit ; elle noircit.
  • Waouh ! C’est vrai ça ?
  • Oui, c’est vrai. Mais… faut pas le dire. Je ne suis pas encore prêt. Promis ?
  • Promis.
     

Qui peut garder un pareil secret ?

Une heure plus tard tout le village ne parlait que de ce garçonnet étrange qui voyait tout : « il vient d’une autre planète », « il est un saint », « ah, non, c’est le diable en chair et en os ». Les écoles s’en méfiaient elles aussi : « Comment intégrer un tel spécimen au sein de notre communauté ? Que diront les parents des enfants normaux ? Il est un monstre. S’il voit tout…
c’est très dangereux ». Ses parents adoptifs (des gens instruits), n’ayant pas d’autres choix, décidèrent d’assurer eux-mêmes la scolarité du petit. L’école à la maison l’avait bien préparé pour ses études universitaires, la preuve était là : à ses vingt ans Argès était docteur en médecine psychiatrique et parlait neuf langues. Il méritait bien le surnom de « génie de Coutisse » et ce génie, outre son œil bleu du front d’une beauté ahurissante, avait aussi un grand cœur. Nul être sur terre n’exprimait aussi bien que lui l’adage « l’œil est le miroir de l’âme ».
Dans son cabinet installé au premier étage de la maison parentale il reçut un jour une femme d’une trentaine d’années qui avait aménagé depuis peu dans le village.

  • Vous avez un problème de cœur, Anna. Cœur, je veux dire âme… Votre mari n’est pas celui qu’il vous faut. Quittez-le vite !

(Son franc-parler la laissa perplexe. Elle fronça les sourcils) :

  • Comment sais-tu, jeune-homme, tout ça ? Où est ton papa, le docteur ? J’ai pris rendez-vous avec lui.
  • Faux. Vous avez pris rendez-vous avec moi. C’est moi le docteur et c’est à moi de vous guérir.

Au début, Anna le regardait incrédule « il est bizarre, ce jeune homme ». Elle examina furtivement sa peau aux nuances violacées qui irradiait de la chaleur, son visage souriant et son grand front de poète. Tout lui inspirait confiance sauf l’œil du front, aussi brillant que percutant, qui la mettait mal à l’aise. Elle avait l’impression d’être un insecte sous une loupe à travers laquelle une autre personne, d’un autre monde, la regardait en même temps que le docteur. En dodelinant de la tête sous l’effet des ondes douces qui lui baignaient le corps, elle parla :

  • Vous savez… J’ai un fils d’un premier mariage. Mon actuel mari ne nous aime pas, surtout moi. Il
    me trouve laide… (Fermant les yeux, elle se vit devant son miroir où chaque soir elle lui posait la même question : « miroir, mon beau miroir, pourquoi suis-je si laide ? »). Vous avez tout deviné d’un
    seul regard. Comme c’est étrange… J’ai l’impression qu’une immense force me possède.
  • N’ayez pas peur de cette force, Anna, c’est mon œil du front. Regardez-le sans crainte, allez-y, entrez
    dedans ! (Une gouttelette de ciel se glissa instantanément sous sa paupière).

Anna se laissa mollement sur le dossier de la chaise, en plongeant malgré elle dans l’immensité de l’œil bleu. Un nouvel horizon s’ouvrit devant elle. C’était la porte vers un autre monde rempli de mystère et d’une bonté infinie.

Perdue dans ce miroir vivant et sans limites, elle fit les premiers pas dans un pays nouveau auquel elle avait tant rêvé depuis qu’elle était gamine. Comme elle se sentait légère, bercée par cette larme protectrice… Toutes les douleurs disparurent comme par enchantement quand des centaines de papillons blancs, issus de nulle part, lui caressèrent le visage. Oubliés les coups reçus au fil des années, effacés les bleus sur son corps, disparus les cernes sous ses yeux. Les yeux fermés, elle murmurait des mots bizarres, incompréhensibles. De temps en temps sa petite voix implorait l’œil du ciel : « miroir, mon bleu miroir, apporte-moi la paix… ».

Combien de temps s’était écoulé depuis son entrée dans le cabinet ? Une heure ? Un mois ? Un
siècle ? Un claquement de doigts et l’effet de l’hypnose disparut.

Anna, un peu étourdie, vit Argès toujours là, auprès d’elle. Il regardait paisiblement son visage harmonieux, devenu tout à coup celui d’une gamine. Une transformation plus que spectaculaire. Quelle différence entre la femme d’il y a une heure et celle de maintenant…

  • Docteur… Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi fort dans sa faiblesse et d’aussi profond dans son enfantillage. Car vous n’êtes qu’un gamin après tout. Quel âge avez-vous ?
  • J’ai vingt ans terrestres, mais j’en ai beaucoup plus. C’est difficile à expliquer…
  • D’où vient cette force en vous ?
  • C’est la différence qui fait toute la différence. J’ai été fait pour guérir les gens. C’est l’œil, Son Œil.Vous comprenez ? Vous étiez très malade.
  • De quoi étais-je malade ?
  • D’indifférence… Personne ne vous regardait plus depuis longtemps, personne ne vous disait plus des mots vrais, venant du cœur. Même vous, vous vous détestiez pour votre soi-disant laideur qui n’était que le reflet d’un miroir déformant : votre mari. Il vous a inculqué le sentiment d’infériorité pour que lui se sente fort, supérieur. Votre âme souffrante criait au secours sur une île de désolation : votre famille. Vous étiez une morte vivante, comme la plupart des gens de nos jours. Maintenant allez en paix et soyez heureuse. Vous êtes guérie.

Anna rejoignit la rue d’un pas léger. Son mari, un type lombrosien bourré d’alcool, l’attendait nerveux dans la voiture.

  • Qu’est-ce qu’il t’a fait celui-là ? Il y a aussi un centre de beauté là-bas ? T’as beaucoup dépensé, hein ?
  • Qu’est-ce qu’il m’a fait ?... Il m’a regardée, c’est tout. Et il a tout vu. Tout ! Sache qu’il n’a pas voulu de mon argent. La bonté se donne, elle ne se vend pas ; c’est ce qu’il m’a dit.
  • Ah, oui ?...

(L’homme, devenu tout rouge, transpirait la haine. Ses yeux exorbités pulsaient au rythme de sa colère) :

  •  Je le tue, tu m’entends ?! Je tuerai ce monstre venu d’ailleurs pour s’emparer de nos femmes. Il n’est qu’un petit charlatan pervers.
  • Tu as tort. C’est un homme très honnête. C’est un saint. S’il te plait, ne lui fais pas de mal. Il est aussi puissant que fragile. Il ne fait que du bien, pourquoi le haïssez-vous tous ? Pourquoi ?!
  • Parce qu’il n’est pas comme nous, voilà pourquoi ! Hm… Un œil qui voit tout… Qu’il s’en aille, ce cyclope qui se prend pour un Dieu.
  • Il est différent, c’est vrai. Mais je préfère mille fois sa différence à ton indifférence.

À cet instant même, des centaines de papillons blancs venus de nulle part envahirent la voiture, en chantant de leurs ailes : « Quitte-le, quitte-le ! ».
Sans hésiter, elle claqua la porte de la voiture et se mit à courir vers ce pays nouveau qu’elle
connaissait à peine : le pays de l’œil bleu.

Publié dans concours

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