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Brigitte Hanappe a lu "Le transfert" de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

J’ai envie de dire que lire « Le Transfert » m’a transférée aussitôt… Mais dans un monde burlesque !

J’ai lu très rapidement les trois actes de cette pièce de théâtre et chacune des répliques m’a permis de bien visualiser le scénario dans ma tête : j’imaginais le décor sommaire d’une chambre d’hôpital, les mimiques drôles ou pathétiques  des personnages, leurs vêtements distinctifs.

L’auteure a une imagination très pointue mais je n’aimerais pas être un des patients hospitalisés dans la clinique inventée par son cerveau bouillonnant d’effervescence.  En effet, celui qui ne correspond pas à certains critères bien déterminés, celui dont la réaction est différente de celle pour laquelle il est, en principe programmé, est envoyé carrément dans le statut d’inexistence. Un transfert  illico presto dans un monde irréel où l’humain est invisible, transparent, sans aucun ressenti ni aucun besoin. 

Bref ! J’ai passé un excellent moment et un large sourire accompagnait régulièrement ma lecture. Mais je me suis étonnée de ne pas rire aux éclats… Pourtant, me suis-je dit, c’est rigolo puisque c’est une histoire à dormir debout ?

Et bien non, justement ! Ce n’est pas une histoire à dormir debout !

Assurément, «  Le Transfert » chatouille l’esprit en nous rappelant les dérives de relégation ou d’extermination que certains régimes politiques avaient imposées autrefois et qu’on impose encore maintenant, dans certains pays. On ne peut s’empêcher de penser aussi aux oubliés de notre système social actuel.

Bravo à Carine-Laure Desguin pour cette histoire qui allie l’absurde à la réflexion ! 

 

Brigitte Hanappe

Le flou du miroir

 

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Résultats du concours "Les petits papiers de Chloé" : "on peut tout fuir, sauf sa conscience"

Publié le par christine brunet /aloys

Résultats du concours "Les petits papiers de Chloé" : "on peut tout fuir, sauf sa conscience"

 

Texte 1 : Christian Eychloma  => 1 voix

Texte 2 : Micheline Boland => 1 voix

Texte 3 : Carine-Laure Desguin => 3 voix

Texte 4 : Christian Eychloma => 1 voix

Texte 5 : Séverine Baaziz

 

Le texte gagnant avec 3 voix est le n° 3 !

Bravo Carine-Laure Desguin !!!

Un grand merci également à Christian Eychloma, Micheline Boland et Séverine Baaziz toujours partants pour les concours que nous organisons !

 

Merci à tous !!!!!

Publié dans concours

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Edmée de Xhavée a lu "Le silence des carpes" d'Yves Oliver

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Maria était une fillette, de celles qui rient, jouent à cache-cache, sautent à la corde, sont encore dans l’enfance comme on est dans la cour de récréation. L’avenir est inconnu mais retentira de ses joies surprenantes, accompagné de ces visages aimés et de ces bras tièdes qui consolent et soutiennent. Le national-socialisme le lui garantissait, tout comme le bon sens. C’est ainsi que se déroulent les existences des gens qui ont confiance en leur pays.

 

Jamais pourtant elle ne sera une jeune fille, ni une jeune femme. Elle sera un être mutilé de ses émotions, privé de sa vie par une erreur de zèle, un concours de circonstances, qui la mettront dans un train qui ne va pas seulement au camp Ravensbrück mais vers la mort de tout ce qu’elle avait été, et tout ce qu’elle aurait pu être.

 

Le corps saccagé dans sa chair et sa candeur, l’esprit n’obéissant plus qu’à l’injonction « survivre quoi qu’il arrive », horreurs et humiliations n’auront pas raison de l’enveloppe externe. Elle reviendra, juste un peu plus âgée que lorsqu’elle est partie. Mais tellement plus vieille, plus dure, plus lointaine, détachée, voire… sans attaches ni passions.

Des années plus tard, des vies plus tard, des années de dents et cœur cadenassés, interdisant sourires, abandons, confidences, la vengeance lui est servie sur un plateau, scintillant dans sa nuit. Elle peut dépiauter le dragon, celui qui un jour l’a éventrée quand elle était à sa merci, et éventrée encore et encore. Il est là, le souffle presque éteint, les vilains yeux rouges larmoyants, si frêle qu’une chiquenaude le ferait s’écrouler.

 

La vengeance est un plat qui se mange froid, et est incroyablement appétissant.

 

Maria… passeras-tu à table ?

 

EDMEE DE XHAVEE

 

 

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Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 5. Votre vote en commentaire sur ce post avant le 09/05

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 5. Votre vote en commentaire sur ce post avant le 09/05

La salle d’attente

 

           

            J’attendais mon tour sur une chaise bancale, entre un vison et un nombril à l’air. Dehors, il pleuvait des cordes, et je me suis dit que c’était pas franchement l’idéal pour une fourrure et une peau à demi-nue. Moi, j’avais choisi un imperméable. Un bel imperméable. Suffisant pour me faire sourire comme une idiote au milieu de parfaits inconnus. J’ai traîné mon regard d’un visage à l’autre, discrètement, et j’ai bien vu que tous les parfaits inconnus, sans exception, avaient l’air en vrac.

            Bien sûr, j’ai posé la question quant à savoir ce que nous faisions là. Personne ne savait. Ni moi. Ni eux. Il y avait juste eu cette lettre arrivée la veille, en recommandée. Une lettre qui stipulait la date et le lieu du rendez-vous, et se finissait par une menace à vous glacer le sang en pleine canicule.

Présence obligatoire sous peine d’emprisonnement immédiat. 

 

J’ai observé les parfaits inconnus l’air en vrac, un par un, pour chercher un point commun, une raison d’être tous assignés ici, dans cette salle d’attente aux chaises bancales et au néon qui grésille, mais je n’ai rien trouvé. Absolument rien. Rien de rien. 

Un, deux, trois, quatre, cinq… neuf, dix, onze… vingt, vingt-et-un. Nous étions vingt-et-un. Vingt-et-un regards hagards. Vingt-et-un instants absents. Aucun de nous n’avait le cœur à la conversation. Etrangement, nos téléphones étaient privés de réseaux, alors on s’occupait comme on le pouvait. Certains feuilletaient des magazines. D’autres se rongeaient les ongles. Moi, je commençais à psychoter. Peut-être y avait-il eu erreur sur la personne ? Peut-être était-ce une mauvaise blague ? Peut-être l’un d’entre nous était au courant de toute l’histoire ? Voire, en était l’instigateur ! 

Plus les minutes s’écoulaient, plus la théorie me paraissait évidente. Parmi tous ces parfaits inconnus l’air en vrac se trouvait forcément un coupable. Il y a toujours un coupable. Mais lequel ? Je les regardais. Ils me regardaient. On se regardait. Et puis, nos pieds. Je les regardais. Ils me regardaient. On se regardait. Et puis, nos pieds. Et puis, la fenêtre, pleine de flotte et de crasse. 

 

  —        Suivant !

            C’était au tour du vison. Bien sûr, on ne l’a jamais revu. Pareille à une apparition d’outre-tombe, la blouse blanche et furtive de la secrétaire a surgi dans l’interstice de la porte, a crié son mot de rien du tout, et deux battements de paupières plus tard, les deux femmes ont disparu. 

            Entre mes deux oreilles, mes idées ont mis le bazar. Les mots perdaient leur sens, les lettres leur empattement, les chiffres leur arrondi. Et je ne vous parle même pas des secondes et des minutes qui remontaient le temps.   

—        Suivant !

            Au tour du nombril à l’air.

—        Suivant !

            Le bracelet électronique serré à la cheville.

—        Suivant !

            Les ongles verts.

—        Suivant !

Les cheveux en pagaille.

—        Suivant !

La paire de lunettes orange.

 

Quatre heures plus tard, j’étais seule au milieu de chaises vides. Autant vous dire qu’il ne restait plus grand chose de mes idées. De vagues suppositions qui me soufflaient que nous étions peut-être dans un roman de science-fiction et que le point final s’approchait doucement.

—        Suivant !

Mon Dieu. 

C’était mon tour.

 

En compagnie de la blouse blanche, une blouse bleue et deux uniformes. Le Docteur Rouskoff et deux agents de la police judiciaire. 

—        Contrôle des consciences ! qu’ils ont hurlé à l’unisson.

J’aurais pu essayer de fuire, mais je n’en ai pas eu l’idée. D’ailleurs, en stock, il ne me restait plus aucune idée.

Une seringue m’a injecté un sérum dans la plus grosse veine de mon bras gauche. C’est là qu’ils ont commencé l'interrogatoire qui servait à fouiller qui j’étais. Ce que je faisais de mes journées et de ma vie. Si je me droguais. Si j’avais déjà pratiqué le cannibalisme. Si j’aimais torturer les girafes, les moines, les caissières, les boxeurs ou tout simplement les gens. Si je collectionnais les peaux mortes,  les pansements usagers ou les vieilles brosses à dents. A tous les si, ma conscience répondait non. Un non quelconque, un peu à plat mais, a priori, sorti de ma bouche.

En même temps, je battais des cils pour voir si je contrôlais encore quelque chose. Et oui, de ce côté-là, tout allait bien.

 

Voilà.

Je suis repartie comme je suis venue.

Dans mon bel imperméable.

La tête apparemment vissée entre mes deux épaules.

 

Un fourgon est passé.

A l’intérieur, j’ai reconnu le vison, les cheveux en pagaille, et les ongles verts.

Publié dans concours

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Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 4

Crime passionnel

 

« Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine. »

Avec le minuscule soleil déclinant à l’ouest, une ombre épaisse avait presque complètement envahi la vaste plaine caillouteuse constituant le fond du gigantesque canyon.  John, perdu dans ses pensées mais attentif au moindre accident du terrain, jugea plus prudent de s’arrêter là pour la nuit.

Il  éteignit les puissants projecteurs de son « rover » d’exploration et leva les yeux pour apercevoir, au-delà de la vertigineuse falaise bordant le côté sud de Valles Marineris, le gros point brillant du vaisseau décrivant paresseusement son orbite.

Il s’efforça d’imaginer ce que pouvait bien faire Pamela à ce moment précis, à bord du Magellan. Peut-être encore assise devant un des moniteurs de surveillance, le regard vague, effondrée par l’annonce de la terrible nouvelle. Ou rejoignant, silencieuse, le reste de l’équipage pour le repas du soir pris en commun. Ou s’enfermant dans sa cabine pour pleurer tout à son aise.

Peu importaient ces états d’âme passagers. John la savait mentalement solide comme un roc et la connaissait suffisamment pour être certain qu’elle surmonterait assez vite ce choc émotionnel. Il saurait admirablement la consoler. Ce ne serait plus ensuite qu’une question de temps. Après l’élimination de son principal rival, il en était sûr, Pamela était désormais à lui. Rien qu’à lui.

Steve… Son dernier regard alors qu’il s’enfonçait, d’abord lentement puis de plus en plus vite, dans les entrailles de la planète, le long d’un de ces insondables puits volcaniques récemment découverts. Derrière la visière légèrement teintée de son casque, ses yeux écarquillés où se lisait, outre une terreur atroce, une totale incompréhension.

Juste une petite poussée… Il avait à peine hésité devant une telle opportunité. Qui pourrait jamais soupçonner la vérité ? Après tout, ce ne serait pas le premier accident qu’ils auraient à déplorer. Il rédigerait un joli rapport d’où il ressortirait que l’indiscipline et le manque de prudence bien connus de Steve avaient fini par lui être fatals. Et que lui, John, n’avait rien pu faire. Un stupide accident, malgré ses avertissements réitérés à propos du régolite qui roulait dangereusement sous les pieds. Oui, malgré ses mises en garde…

Il quitta son siège et fit le tour du rover pour aller ouvrir le sas du module pressurisé qui se trouvait en remorque. Il allait enfin pouvoir ôter son encombrant scaphandre et se détendre dans la minuscule « pièce à vivre », d’abord devant un repas tout à fait acceptable à base d’aliments lyophilisés, puis sur une confortable couchette. Il se réjouit à l’idée de passer une bonne nuit douillette, dans un espace réduit mais désormais assez spacieux pour lui seul, bien au chaud et respirant un air correctement dosé en oxygène.

Pour lui seul… L’image de Steve agitant désespérément les bras en glissant inexorablement dans le boyau étroit surgit à nouveau dans son esprit. Il lui sembla que ses appels radio, aussi paniqués qu’inutiles, lui vrillaient encore les tympans. Sans qu’il lui fût possible, pas plus à présent qu’alors, de se boucher les oreilles. Penché au bord du gouffre, serrant les dents, il l’avait entendu longtemps crier, puis pleurer, puis prier. Bien après qu’il eût disparu dans le noir de l’abîme.

Il demeura quelques minutes immobile, songeur, la main sur la poignée du sas. Puis il secoua vigoureusement la tête afin de chasser ces visions importunes. Il se rasséréna en pensant que, dans deux ou trois semaines, l’installation de la base permanente par l’équipe de spécialistes devrait être achevée et le reste de l’équipage amené sur le sol martien. Pour un très long séjour. Et alors…

Pamela et lui se verraient attribuer un des modules réservés aux couples qui se déclareraient inséparables. Pamela et lui… Pendant ce qu’ils pourraient alors considérer comme une exotique lune de miel, ils poursuivraient ensemble l’exploration de la planète. Puis il l’épouserait officiellement à leur retour sur Terre où tous deux jouiraient en outre du prestige des pionniers ayant ouvert la voie aux futurs colons.

Ces doux phantasmes furent toutefois de courte durée. De façon inattendue, il passa une très mauvaise nuit, assailli par d’horribles cauchemars où son infortuné coéquipier occupait une place centrale. Combien de fois s’était-il réveillé en sueur, persuadé de l’avoir entendu frapper à la porte du sas ?  Au matin, épuisé, il resta longtemps assis sur sa couchette, la tête entre les mains.  Sans répondre aux appels radio qui l’exhortaient à se soumettre à l’analyse quotidienne de son état physique et psychologique.

L’analyseur… Compte tenu du trouble qui l’agitait depuis la veille au soir, un problème de taille ! Il commençait seulement à réaliser que cette foutue machine, certes indispensable dans le cadre d’une exploration planétaire et qu’il n’avait jamais remise en question, détecterait très vite le sentiment de culpabilité qui le minait bien malgré lui ! Et ils sauraient, là-haut, ils sauraient... Ses explications et ses dénégations ne serviraient strictement à rien devant les implacables résultats qu’ils auraient sous les yeux. Et Pamela saurait…

Incapable d’avaler quoi que ce fût au petit déjeuner, il se traîna vers le sas et enfila lentement sa combinaison spatiale. Puis il sortit, levant distraitement la tête pour contempler le ciel déjà rose bien que le canyon fût encore plongé dans les ténèbres. La boule au ventre, il  hésita un moment avant d’aller s’installer sur le rover. Puis, bien calé sur son siège, il mit le moteur en route, alluma les projecteurs et fit demi-tour.

Il parcourut le chemin inverse de celui qu’il avait effectué la veille, roulant pendant des heures et des heures, sourd aux appels radio de plus en plus pressants, jusqu’à l’endroit où avait eu lieu le drame. Jusqu’au lieu de son horrible forfait.

Fourbu, il descendit de son véhicule et, d’une démarche ralentie par la faible gravité, s’approcha du bord du gouffre. Penché sur le puits sombre, l’image de Steve, de son regard désespéré, s’imposa à son esprit torturé.

Anéanti, il déverrouilla son casque et l’ôta. Un froid intense l’envahit d’un seul coup, son sang se mit à bouillir et il suffoqua immédiatement par manque d’oxygène.

Alors, déjà mourant, presque inconscient, il sauta.

« On fit donc une fosse, et Caïn dit : C'est bien !
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn. »

 (La conscience - Victor Hugo)

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Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 3

Page 47

 

 

   Et donc, Firmin Massaï, vous auriez « dérapé » sur cette page-là ? Au sujet de cette page 47, dites-nous tout, Firmin Massaï. Firmin Massaï un auteur dont le dernier livre, La lune noire, s'est vendu à des milliers d’exemplaires ces derniers mois sur notre belle terre de France et qui nous fait le plaisir d’être présent sur notre plateau ce soir. Alors, Firmin Massaï, que répondre à ce lecteur pointilleux qui insiste sur son anonymat et qui je le rappelle s’inquiète, et sans aucune autre précision, d’un « dérapage » du côté de cette page 47?

   C’était ma première interview à la télévision française et j’étais invité par Busnel dans cette Grande Librairie du mercredi. Nouvelle formule : les téléspectateurs envoient des questions par texto et une question par auteur est tirée au sort. Avec son incessant sourire sur le coin des lèvres, Busnel lit cette page 47 tirée de mon dernier best-seller La lune noire. Dès les premières lignes, on comprend que le troisième meurtre est annoncé et que la ville de Maubeuge vit dans une véritable psychose. 

   Alors, Firmin Massaï, ce dérapage, vous le situez où et comment et aussi pour quoi, vous, l’auteur de ce thriller palpitant ? 

   C’est avec une pointe d’humour que je m’en suis sorti ce soir-là lorsque j’ai lancé, Ah mais sans doute que ce lecteur aurait souhaité que ce meurtre soit le quatrième et non le troisième ? Ou peut-être était-ce vraiment le quatrième car les chiffres et moi, nous ne sommes pas vraiment d’accord. Eclats de rire dans le studio. 

    Le succès de ce livre me mettait déjà très mal à l'aise avec moi-même. Et cette question lancée comme ça en plein direct… Puuuutain j'ai pensé, qu'est-ce que je suis venu faire dans cette galère? Tout le monde a remarqué que j'avais ramé avant de bredouiller ironiquement quelques mots, que cette réponse plus ou moins drôle avait occulté des zones sombres de ma mémoire que je ne pouvais révéler.  

 

   L'auteur de la question est, aujourd’hui encore, resté anonyme. Ce qui m'angoisse encore plus. Jour après jour, des scènes dont je suis peu fier me martèlent les neurones. Je lis et relis cette page 47 et je n'y trouve rien de vraiment chaotique pour ce qui est de l'aspect littéraire. Il s'agit de l'annonce d'un xième meurtre, oui. Et puis? Une coquille aurait-elle subsisté? Depuis, chaque fois que je traverse la ville, je me dis que quelque part, quelqu'un connaît mon secret. Chaque fois que je rentre dans un magasin, j’ai l’impression que cette personne est là, qu’elle attend Dieu sait quoi avant de se manifester et de divulguer l’irréparable. Plus les jours passent et plus s’articule tout un cinéma au sujet de cette éventuelle divulgation. Cette attente (mais quelle attente au juste ?) est insoutenable. J’en viens même à redouter la lecture de mes courriels. Et ne parlons même pas de mes sursauts lorsque le facteur sonne et qu’il me remet en mains propres un recommandé : des gouttes de sueur perlent sur mon front. La vérité éclatera un jour ou l’autre et fuck ma notoriété. Quelque part, quelqu’un connaît mon secret. Peut-être même que cette personne était là ce jour-là, derrière une fenêtre de cet immeuble, lorsque j’ai ramassé un paquet de feuilles que des passants piétinaient et qui étaient loin de se douter que sous leurs chaussures une drôle d’histoire se tramait.

 

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Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 2

PAUL ET LES LARMES

 

 

 

Paul avait treize ans quand il transforma un zéro en six dans le bulletin de sa sœur, Marie. Il avait agi ainsi parce que les larmes de Marie l'avaient bouleversé. La falsification avait été découverte par un professeur et Marie avait dénoncé son frère qui avait été sévèrement puni. "Tu n'as aucune jugeote. As-tu pensé aux enfants qui avaient eu de très mauvaises notes,  mais qui avaient dû les assumer et qui les méritaient peut-être moins que Marie ?", avait insisté sa mère. 

 

Il n'est pire tourment, s'était alors dit Paul, que le souci d'étouffer ses remords. 

 

Paul avait mûri. Pourtant, il avait vingt-cinq ans quand il s'était de nouveau laissé prendre au piège des larmes. Cette fois les conséquences avaient été combien plus importantes. Plus le temps avait passé et plus la culpabilité l'avait rongé. Pas un jour sans qu'il n'ait à endurer les propos réprobateurs de sa conscience. Pourtant, Paul n'avait-il pas agi pour tenter de satisfaire Christelle et n'avait-il pas aussi visé le bonheur de Marc, l'aîné de ses cousins ?

 

Cela faisait dix ans que Marc et Christelle s'étaient mariés et qu'ils espéraient avoir un enfant.

Lorsqu'ils avaient célébré, leurs dix ans de mariage, Marc et Christelle  avaient invité parents, amis, collègues dans un restaurant. Le destin ne leur avait pas encore accordé d'enfant, mais ils n'étaient prêts à renoncer. Ils étaient encore jeunes et en bonne santé. Les médecins consultés n'avaient pas trouvé d'explication à leur échec. L'un ou l'autre avait juste évoqué la possibilité qu'ils se mettaient  trop la pression. Il leur suffisait de lâcher prise ! Ils avaient tenté de le faire. Ils avaient décidé de ne plus en parler, de vivre sans prêter une attention particulière aux jours du cycle de Christelle, de faire l'amour pour répondre simplement à leur désir.

 

C'était compter sans leur entourage. Leur couple tellement harmonieux, vivant confortablement, n'arrivant pas à avoir un bébé était souvent un des sujets de conversation lors de rencontres familiales et amicales comme ce repas festif de leurs noces d'étain. La plupart des convives avaient des enfants, pourquoi se seraient-ils privés d'en parler ? Chacun y était allé de son conseil, de son astuce, du truc infaillible : adopter la position du missionnaire, rester longtemps allongée après avoir fait l'amour, manger beaucoup de fruits, de légumes, de pâtes et de pains complets. Marc et Christelle avaient écouté sans commenter comme s'ils étaient en faute et avaient continué d'attendre leur tour.

 

Un dimanche, peu après la fête, Marc et Christelle étaient venus dîner chez les parents de Paul où celui-ci vivait encore. Marc, son oncle et sa tante faisaient un tour au jardin lorsque Christelle avait confié à Paul qu'elle souhaitait lui demander quelque chose de vraiment très spécial et de très intime, quelque chose qui ne se passerait qu'une seule fois à un moment qu'elle choisirait avec soin, quelque chose qui devrait rester à tout jamais un secret entre eux. Christelle avait formulé sa demande rapidement comme si elle ne voulait pas être interrompue et semblait l'avoir apprise par cœur. Puis elle s'était mise à pleurer…

 

Après le départ de Marc et de Christelle, Paul avait beaucoup réfléchi. Le désespoir de Christelle l'avait touché et après des jours et des jours, il lui avait téléphoné pour annoncer qu'il était d'accord. Christelle fixa la date, l'heure et le lieu du rendez-vous.

 

Quelques semaines après leur discrète rencontre, rien ni personne n'aurait pu voler le bonheur de Christelle et de Marc : ils allaient être parents. Paul leur avait offert le plus beau des cadeaux. Aussitôt, Christelle avait ébruité la bonne nouvelle. À partir de là, Paul avait dû commencer à endurer les reproches de sa conscience. C'était une telle torture ! Bien pire que celle subie lorsqu'il s'était laissé convaincre de transformer un zéro en six.

 

Il n'est pas un autre tourment épouvantable comme le désir incessant d'étouffer ses remords, se répétait Paul. 

 

Lorsque Benjamin, un bébé plutôt braillard, était né, Paul se tortura de plus belle. Pourquoi n'avait-il pas insisté pour obtenir l'accord de Marc ou pour passer par la consultation d'un médecin afin de discuter d'un don de sperme ? Que l'enfant pleure ainsi lui rappelait douloureusement sa faute ! Pourtant, il accepta d'être le parrain de Benjamin.

 

Le temps n'effaça pas les remords. Sa conscience lui soufflait : "Tu n'aurais pas dû…", "Tu as mal agi…", "Il y avait d'autres possibilités…." Paul eut beau se confesser comme sa mère le faisait encore, cela n'atténua pas sa souffrance. Il décida d'aller travailler à l'étranger. Certes cela l'éloigna de son filleul, mais sa faute restait inscrite en lui. Paul se maria et eut des jumelles. Voir ses filles au fil des jours, lui rappelait qu'ailleurs vivait Benjamin. Paul se désolait de plus belle en se rappelant cette horrible faute qu'il avait commise. Cela s'était passé si vite et avec tant de maladresse. Il lui était pourtant impossible d'en gommer le souvenir.

 

Des ruminations plus tard, Paul ne put s'empêcher de téléphoner à Marc. Marc ne décrocha pas et Paul ne laissa pas de message sur la messagerie vocale. Il ne renouvela pas cette tentative, car il crut y percevoir un signe du Ciel lui intimant de se taire plutôt que de risquer de semer la discorde.

 

Aujourd'hui encore, Paul n'a pas réitéré sa démarche pour atteindre Marc. Paul a quarante ans, il est formateur en communication et sa femme lui dit régulièrement : "Paul, tu es trop naïf ! Tu ne peux rien refuser à tes clients. Les gens profitent de toi et tu ne t'en rends même pas compte, mon chéri !".

 

Au cœur de ses nuits blanches, Paul se répète qu'il n'est pire tourment que le désir incessant  d'étouffer ses remords. 

 

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Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 1

 

La bonne affaire

 

« J’ai donné toutes mes perles contre un joli chapeau
À gentil Monsieur blanc qu’est parti aussitôt…

Oh non, Missié, je ne regrette pas ! »

(La chanson « Joli Chapeau », par André Claveau)

Ces visages décharnés aux bouches édentées, ces têtes aux orbites vides reflétant l’épouvante, ces corps malingres, ces oripeaux… Le doute était à peine permis, cette horreur était un Goya ! Et un vrai de vrai, un tableau vraisemblablement authentique à en juger par la patine du cadre et les craquelures de la toile…

Le type, un SDF connu dans le quartier, prétendait l’avoir trouvé dans le grenier de la vieille bicoque qu’il squattait depuis peu, une baraque abandonnée vouée à la démolition.  Au début, je me suis quand même étonné de la somme dérisoire qu’il en demandait, à peine plus qu’une nuit d’hôtel, petit déjeuner inclus... Mais en le sondant un peu, j’ai vite compris que ce con  n’y connaissait rien du tout et que c’était vraiment mon jour de chance !

J’ai joué au mec qui s’en foutait pas mal mais qui, bonne pomme, voulait bien lui faire une fleur. Alors, grand seigneur, je lui ai royalement refilé de quoi passer une nuit au chaud et aller casser la croûte à la brasserie du coin. Puis, le tableau sous le bras, me suis rapidement éclipsé de peur que ce pauvre idiot ne change d’avis…

Un mois et deux expertises plus tard, avec l’argent de la vente aux enchères, je quittai mon modeste appartement pour une luxueuse villa sur la Côte d’Azur et me payai enfin la bagnole de mes rêves ! Une Lamborghini jaune canari flambant neuve au volant de laquelle je commençai à draguer les nanas les plus top de la Croisette !  Jusqu’au jour où…

Complètement sur sa gauche, une voiture anglaise impossible à éviter. Un choc frontal d’une violence inouïe, une douleur fulgurante, le trou noir. Et, brusquement, changement de décor…

Qui diable était cet individu au teint livide, avec des tuyaux partout, et autour duquel s’activait toute une équipe de blanc vêtue ? Et d’abord, qu’est-ce que je pouvais bien foutre là, vraisemblablement en train d’assister à une opération chirurgicale ? Puis je réalisai avec stupeur que ce patient apparemment fort mal en point… c’était bel et bien moi !

Complètement ébahi, comme dans un rêve qui n’en était pourtant pas un, je m’élevai sans peine au-dessus de toute cette agitation, vers le plafond pas très haut d’où je pus suivre les faits et gestes de celles et ceux qui s’affairaient sur ma personne. Jusqu’à ce que tout d’un coup, hop ! je sois irrésistiblement aspiré dans une espèce de gros tunnel dont je vis avec effroi les parois défiler de plus en plus vite. Et puis, tout au bout, une vive lumière dans laquelle je finis par me fondre sans en être ébloui…

Et là, ce fut ma fête… Oh ! absolument rien de violent au sens où on l’entend habituellement, bien au contraire d’ailleurs, une ambiance plutôt sympathique et bienveillante. Ce qui ne m’empêcha pas d’en prendre plein la gueule !

Rendez-vous compte… Toutes mes saloperies étalées au grand jour, ou plutôt en pleine luminosité ! Impossible de dissimuler quoi que ce soit. Nada… Tous les détails de ce que j’avais fait subir à tant d’autres, avec leurs propres ressentis à ce moment-là, comme si j’en avais moi-même été victime. Toutes celles et tous ceux que j’avais trompés, abusés, dupés, que j’avais roulés dans la farine en profitant de leur faiblesse ou de leur crédulité.  

Ce pauvre type, enfin… J’étais lui, désormais. J’habitais son corps et vivais sa détresse. Éprouvai son soulagement et sa reconnaissance - oui, sa reconnaissance ! - à la perspective d’un repas chaud alors que je lui tendais dédaigneusement ma ridicule aumône !   Putain, la honte…

D’une façon que je ne pourrai jamais expliquer, « on » me fit comprendre que je me trouvais devant un choix très simple : abandonner définitivement ma dépouille charnelle et le souvenir de toutes les conneries qui avaient fait la vacuité de ma vie - mourir pour de bon en somme - ou réintégrer mon corps de façon à poursuivre pour un temps mon existence terrestre.  Mais avec de tout autres valeurs. En m’efforçant en outre de réparer ce qui pourrait l’être. Je réalisai très clairement qu’il m’était donné une chance de me racheter…

Les toubibs, médusés par ma description de leurs interventions durant l’opération qui, selon eux, me sauva la vie, m’expliquèrent avec une certaine réticence que j’avais fait une NDE. Bon, en français, une EMI, une Expérience de Mort Imminente… Peu importait le nom de ce truc hors du commun, je savais ce que j’avais vécu et ce qu’il me restait à faire.

À la surprise du personnel soignant, je me rétablis très rapidement et quittai l’hôpital pour, le carnet de chèques en poche, me mettre aussitôt à la recherche de mon bonhomme. Mais en arrivant devant son squat, une surprise de taille ! Disparue, la vieille bicoque. Envolée… À sa place, un vaste chantier entouré d’une palissade et une gigantesque grue !

En questionnant patiemment les gens du voisinage, je finis par apprendre, complètement atterré, que les ouvriers de la société responsable du chantier avaient trouvé le pauvre bougre pendu dans son grenier.

Anéanti, j’allai m’asseoir sur le banc d’un abribus où je demeurai longtemps prostré, les coudes sur les genoux et la tête entre les mains.  Jusqu’à ce que je réalise quelle serait désormais la meilleure conduite à tenir. La villa, la bagnole, je n’en avais vraiment plus rien à foutre. Mais l’argent, oui, l’argent, je pouvais à coup sûr en faire un bien meilleur usage…

 

Je me levai et descendis la rue en direction d’un foyer d’accueil que j’avais remarqué en arrivant. Une pluie fine commençant à tomber, je pressai le pas.

 

En quête de ma rédemption.
 

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Joël Godart publié dans la revue Lichen

Publié le par christine brunet /aloys

Joël Godart publié dans la revue Lichen
Joël Godart publié dans la revue Lichen
Joël Godart publié dans la revue Lichen
Joël Godart publié dans la revue Lichen

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Un poème signé Laurent Dumortier dans la revue Lichen

Publié le par christine brunet /aloys

Laurent Dumortier
 
 
Organique

Une pluie d'automne
Le vent qui claque
Et mes pas qui frappent
Les pavés mouillés

Les lumières des vitrines
Halos blafards
Éclairant les passants
Trop rares

Des moments trépassés
Du passé faire table rase
Oublier la douceur du printemps
Et la douleur des absents

Pourquoi ne me regardes-tu pas dans les yeux ?
Pourquoi sur ce point, comme tant d’autres,
Sommes-nous deux ?

Carapace de plomb
Souvent j’ai connu
Ces chemins pentus
Qui m’entraînaient vers le fond

De ruelles
En impasses
Du temps qui lasse
Ou qui nous laisse

Adieu l’automne
Bientôt l’hiver
Quelques pas en arrière
Deux trois lignes
Un simple fait divers

Pourquoi ne me regardes-tu pas dans les yeux ?
Pourquoi sur ce point, comme tant d’autres,
Sommes-nous deux ?
 
 
 
 
Né en Belgique, Laurent Dumortier écrit de la poésie, des nouvelles, des romans. Ses textes sont souvent sombres. Pas mal de publications en revues. Quelques prix remportés. Présent dans les n° 5, 16 et 21 de Lichen. Ce texte est extrait de son recueil inédit Temps Zéro.

Publié dans articles, Poésie

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