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Carine-Laure signe un article dans la revue AURA 100 : "La porte"

Publié le par christine brunet /aloys

 

THEME AURA 100 : LA PORTE

 

Je prendrai la porte, comme on dit

 

De la fenêtre de ma chambre, j'ai vu un type qui ressemblait comme deux gouttes d’H2O au prof de bio, même démarche bancale et trois livres sous le bras gauche tout comme lui, une façon comme une autre de jouer à l’intéressant. D’un pas décidé, il traversait la rue en diagonale. Il ne regardait pas les nuages qui assombrissaient le ciel ni même les jolis visages que ces cumulus formaient et déformaient au gré des souffles et des éternuements d’Eole. La destination du type se précisait. Droit au but. Hélas. Et putain, oui, c'est bien chez moi qu'il se pointait. Et putain, oui, c’était bien le prof de bio. Le temps de penser ça, j'ai entendu les deux coups de sonnette. Ding dong. Dans quelques minutes, ma mère saurait tout, mes absences aux cours, mes derniers résultats scolaires (minables), et puis toutes les conneries qui collent à tout ça, des dégâts collatéraux qu’on appelle ça. Un désastre. Pire, un tsunami. Trop tard pour inventer une stratégie quelconque style lancer une pile de livres sur la tête de l’intrus, ou mieux encore, une télévision ou quelque chose comme ça, un truc très lourd et très volumineux qui aplatirait sa cervelle et l’empêcherait à jamais de me nuire. Après sa visite, faudra assumer et recoller les morceaux. Rien que d’y songer, j’ai senti mes entrailles qui se contorsionnaient. J'ai descendu les marches de l’escalier sur la pointe des pieds (c'était pas si facile, n’ai rien d’une danseuse, moi) et je me suis plantée derrière la porte du living. J'ai entendu du blabla et du blablabla. C'était pas bon du tout. Surtout pour moi. Monsieur Machinchose a quand même dit, Il me semble que du côté artistique, Mado et blablabla et reblablabla. Ma mère a répondu un truc du genre, C'est pas faux ce que vous dites là, elle aime dessiner. Quand Dingo s'est fait écraser par ce chauffard, Mado n'a fait ni une ni deux, elle s'est agenouillée sur le trottoir et a commencé à dessiner avec ses doigts des figures géométriques dans la flaque de sang, le sang de Dingo, vous voyez? Et je vous le répète, avec ses doigts ! Sûr qu'avec une telle description de mes performances artistiques, le prof, il a compris un tas de choses. Et d'ailleurs, il n'a pas fait long feu dans la baraque, il a déguerpi trente secondes après avoir entendu l’histoire du trottoir, du sang de Dingo, et puis de moi et de mes délires psycho-géométriques.  Monsieur Machinchose a même ajouté, Ah bon vous ne l’aviez pas énervée dix minutes avant cela, même pas ? Ma mère a pensé que tout cela était bon pour moi et elle a dit, Non non Mado a dessiné tout ça de sa propre initiative, sans aucune influence. Mado était dans son état normal, je vous assure.

Ce soir-là, ma mère n'a pas gueulé. Elle était soucieuse quand elle a fristouillé dans le congélateur et elle a juré quand elle a tourné dans tous les sens les boutons du four à micro-ondes pour réchauffer les lasagnes, comme tous les jeudis soir. Elle m'a dit, Tu dînes ici ? tout en manipulant les lasagnes, les verres et les assiettes. Et puis elle a ajouté comme si elle était obligée de parler, Qu'est-ce que je vais faire de toi à présent? Je savais pas si elle attendait une réponse. Je savais pas si elle me posait la question à moi ou au type qui agitait ses longs bras sur l'écran de la TV (impayée encore à ce jour). Son smarphone a vibré et elle a décroché. J'en ai su un peu plus. Mon prof de bio qui était aussi mon titulaire (ça je le savais), s'était pointé car le courrier envoyé par le bahut était resté sans réponse de sa part. Mado avait des dispositions pour les arts (...) et donc il serait préférable d'envisager une inscription de ce côté-là. Sa copine à l'autre bout du téléphone a sans doute questionné car ma mère a répliqué, Mais si, souviens-toi, je te l'avais dit, quand Dingo a  été assassiné par ce chauffard de merde, Mado n'a pas manqué de dessiner des trucs bizarres dans la flaque de sang et c'était d'ailleurs très joli, tellement joli que j’ai tout photographié. Elle a dit aussi, Non rassure-toi je n’ai pas oublié de sauvegarder les photos des dessins ensanglantés sur le trottoir car comme tu dis, on n’sait jamais, de l’art c’est de l’art avec du sang de chien ou sans sang de chien. Le prof a aussi proposé un changement d'air. Comme elle s'entend bien avec m'mam, elle ira quelques mois là-bas. Et m'man, ça lui fera une compagnie. À son âge, c'est très bien, elle se sentira moins seule. Et puis, elle aura quelqu’un pour remonter ses bouteilles de lait de la cave, promener Bart, éteindre la TV puisqu’elle oublie un tas de choses, répondre au courrier, et puis que sais-je moi ? Mado sera là et m’ma aura l’esprit tranquille, c’est qu’elle vieillit à mort de ces temps-ci, à mort je te dis. L'intergénérationnel, c'est tendance, non? La copine a trouvé l'idée super géniale car ma mère a répété, N’est-ce pas que c’est une bonne idée ? Elle a ensuite raccroché et m'a dit, T'as entendu? T’es contente? Te voilà presque libre, un grand pas en avant pour toi ! J'ai pas répondu, je finissais la lasagne et j’avais pas envie de parler la bouche pleine, ça se faisait pas à c’qu’on m’avait dit. Quoique. Après la dernière bouchée mâchonnée pendant une éternité, j'ai dit, C'est très bien comme ça, j'irai chez m'ma demain matin. Puisque de toute façon je suis virée des cours, autant me virer d’ici aussi. Je prendrai la porte, comme on dit. J’ai fixé mon assiette salie par la sauce tomate et puis j’ai demandé, M’ma a toujours son p’tit chien ? Bart, c’est ça ? Question à laquelle ma mère a rétorqué, Fous-moi la paix, tu vois pas que je cherche des trucs sur mon smart, les photos de tes dessins. Avec le sang de Dingo. 

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« La Fille aux Yeux Bandés » Nicole Graziosi nous en annonce l’arrivée toute proche

Publié le par christine brunet /aloys

 

« Si c’est du vécu, quel cauchemar ! Si ça ne l’est pas, quelle précision dans la psychologie et la connaissance de l’âme humaine et de sa méchanceté ! »

Telle était la note du Comité de Lecture de Chloé des Lys.

Après en avoir proposé quelques extraits au cours des derniers mois, en voici la conclusion : Lettre à mes géniteurs Jusqu’à la fin des temps, jusqu’à ma fin, je croyais vous haïr pour ce que vous avez fait de moi. Allais-je, maintenant que tous espoirs sont vains, alors que toutes attentes se sont révélées caduques, traîner cet énorme boulet que fut ce pain noir si souvent souhaité par vous. Que nenni !

Si je n’oublie pas vos malversations, vos calomnies, vos diffamations qui ont transformé ma vie en un champ de mines, si je n’oublie pas vos injustices, je n’en suis plus détruite. Si je n’oublie pas le lavage de cerveau que d’un accord commun et avec constance vous pratiquèrent à mon égard, je n’en suis plus victime.

Mais sachez que vous m’avez rendue très forte face à l’adversité. Même ma crainte de vous retrouver dans l’au-delà n’est plus. Certes, je ne serai pas enterrée auprès de ma Grand-Mère dans ce joli cimetière que j’aimais tant, pour ne pas vous y côtoyer dans la mort puisque cela ne fut pas possible durant la vie. Tel est mon unique regret.

Votre départ me soulage, m’allège. Votre départ m’offre la vie. Ce départ m’offre ma vie et ma liberté. Il m’est arrivé de penser que l’un et l’autre avez été très malheureux pour vous comporter de la sorte. J’ai été très malheureuse puisque c’était votre souhait.

Mais je n’en ai que plus aimé. Aimé les miens. Et j’ai découvert quelles sont mes valeurs à leur égard. Ce sont respect, honnêteté, justice et tolérance. C’est également et surtout encouragement à être. Vous connaissez ? Ne dit-on pas que ce qui importe ce n’est pas ce qu’on a fait de nous mais bien ce que nous avons fait de cette oeuvre.

C’est à vous que je dédie le présent récit. Pourtant, moi, je vous aimais ... ! ! ! ! ! ! ! ! !

Dorine

Publié dans ANNONCES, Textes

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Un texte de Carine-Laure Desguin dans la revue Aura 101

Publié le par christine brunet /aloys

 

THEME AURA 101 : MAISON


 

Avenue Léon Blum, 137b, 1040 Bruxelles 

 

C’est lors d’une séance de dédicace dans une librairie du centre-ville de Bruxelles que j’ai rencontré Herman Stoels. Herman Stoels, le genre de lecteur qu’on n’oublie pas. Et d’ailleurs ce nom, Herman Stoels, ne m’était pas inconnu, me semblait-il. Mais j’ai croisé tellement de gens au cours de ces dix dernières années que les méprises et les quiproquos, je ne les compte plus. Ce Stoels tenait sous le bras droit cinq exemplaires de La maison tentaculaire, un livre publié voici huit ou neuf ans déjà et dont j’étais l’auteur. Pour moi, ce livre, un best-seller à l’époque, était déjà vintage. Herman Stoels m’a déposé la pile de livres sous le nez tout en me tendant de la main gauche un stylo. Je n’ai pas posé de question. Il me semblait que je devais obtempérer et que dès lors, le type s’en irait au plus vite. C’est ce que je souhaitais, son départ, car sa tronche me mettait mal à l’aise. La libraire qui supervisait cette séance de dédicace m’a demandé : Tout va bien pour vous monsieur Hervé ? Sans doute elle aussi avait remarqué que cet Herman Stoels n’était pas un lecteur comme un autre. Non pas qu’il était vêtu d’une façon excentrique, que du contraire. Herman Stoels était engoncé dans un costume gris, vieillot, et d’une grande banalité, sans aucune fantaisie. Son visage était cireux, c’était ça qu’on remarquait de suite, ce visage cireux aux traits tendus. Et puis cet air déterminé et robotisé qu’il arborait avait quelque chose d’effrayant. D’où cette question de la libraire. Je lui ai répondu : tout est toujours parfait chez vous, Alexia, si vous pouviez me remplir d’eau pétillante ce grand verre vide devant moi, ce serait plus que parfait. Les quelques lecteurs qui entouraient Herman Stoels ont souri. Pas lui. Il a lâché sur un ton péremptoire : Pour la dédicace inscrivez, Pour Herman Stoels, avenue Léon Blum, 137b, 1040 Bruxelles. Oui, bien volontiers monsieur Stoels et pour la dédicace des quatre autres livres, je…Vous inscrivez la même chose, me coupa-t-il. Il continua : Chaque jour j’analyse deux ou trois pages de votre livre et chaque jour j’apprends des choses au sujet de cette maison. Et puis, ces choses-là, je les vis. Vous me comprenez, j’en suis certain. Car ce livre est loin d’être une fiction. N’est-ce pas, monsieur Claude Hervé ? D’ailleurs, cette adresse, avenue Léon Blum, 137b, à 1040 Bruxelles, c’est une adresse que vous connaissez, n’est-ce pas ? N’est-ce pas, monsieur Claude Hervé ? J’étais concentré sur les dédicaces et plus les secondes s’écoulaient, plus la moiteur de mes mains gênaient le maintien du stylo. Une angoisse m’étreignait, je n’osais plus relever la tête et faire face à cet Herman Stoels. L’histoire de ce livre, La maison tentaculaire …Non, je me trompais, cela était impossible. Tout en dédicaçant le dernier exemplaire destiné à cet Herman Stoels, des images se superposaient, des flashs m’assaillaient. Bien sûr, c’est à ce type que j’avais vendu la maison. Sans doute que ce Stoels percevait mon mal-être, il ricanait d’une façon tellement cynique. D’autres lecteurs attendaient pour une dédicace et certains ne connaissaient pas ce livre plus ancien, La maison tentaculaire. Vous avez encore des exemplaires de La maison tentaculaire ? demanda un gars et ajouta avec humour parce que si cette maison est tellement mystérieuse… Alexia répondit sans hésiter, Non, ce livre est épuisé depuis longtemps ! Alors, monsieur Claude Hervé, la mémoire vous revient-elle à présent ? demanda Stoels. Ce livre n’était pas une fiction, n’est-ce pas ? insista-t-il. Rassurez-vous, je tairai ce que j’ai découvert. Il n’y a que vous et moi qui pouvons comprendre tout cela, n’est-ce pas ? N’est-ce pas monsieur-l’écrivain-aux-multiples-prix-grâce-à-cette-maison-tentaculaire ? Les lecteurs en attente d’une dédicace commençaient à s’impatienter, je percevais comme un mouvement de foule, le ton montait…C’est une mise en scène, cela nous annonce la couleur de votre prochain livre ! s’écria une lectrice très imaginative. Et j’ai entendu des éclats de rire, de larges vagues d’éclats de rire. Alexia rassembla les exemplaires dédicacés de La maison tentaculaire, les mis entre les mains de cet étrange bonhomme et invita discrètement cet Herman Stoels à s’éloigner des autres lecteurs qui applaudissaient de plus en plus fort. Tous avaient crû à cette histoire de mise en scène. Alors j’ai continué tant bien que mal, j’ai surfé sur cette histoire de mise en scène et j’ai lâché, Oui, bingo, il y aura une suite à La maison tentaculaire ! L’écho de ces applaudissements retentissent encore en moi aujourd’hui… J’ai regardé s’éloigner Herman Stoels. Juste avant de quitter la librairie il se retourna et hurla : Les murs n’oublieront jamais et un jour ils crieront la vérité ! Les lecteurs applaudirent de nouveau et Alexia me chuchota :  Cette mise en scène était formidable mais la prochaine fois, prévenez-moi. Et sur le ton qu’avait prit Herman Stoels, elle ajouta : N’est-ce pas monsieur Claude Hervé ? N’est-ce pas monsieur Claude Hervé ?

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Gérard Le Goff nous propose quelques Haïkus en invité d'Aloys

Publié le par christine brunet /aloys

Extraits de Simples

52 haïkus libres pour 4 saisons de la vie

 

Poussées artésiennes

Bourgeons abreuvés d’azur

Le ciel s’enracine

 

 

Demeurent les clairières

Par l’été comblées d’or vif

Les bêtes bruissent comme feuilles

 

 

Jonchées de feuilles rousses

L’automne fond froid de théière —

Sa chaleur en moi

 

 

 

Extraits de Par quatre chemins

24 quatrains octosyllabiques des 4 chemins

 

Le sentier indécis mène là

Où rêve de dormir le rêveur

Le lac aux fées des entrelacs

Que veillent des futaies de ferveur

 

 

En ces lentes journées de pluie tendre

Couchés sur le seuil du silence

Laissons les sentiers nous attendre

Nos yeux clos défient la violence

 

 

 

Pour en savoir plus, voir son site :

 

Gérard Le Goff : Amers & compas,

https://gerardle-goff4.wixsite.com/monsite

Publié dans l'invité d'Aloys, Poésie

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Un article signé Carine-laure Desguin dans la revue AURA 97

Publié le par christine brunet /aloys

THEME AURA 97 : LE BORD

 

À vendre  

 

— Bonjour, je viens pour l’annonce, dit Max, la quarantaine bien tapée, l’air sûr de lui.

— L’annonce ?

— Oui, j’ai pris connaissance de cette annonce dans un journal numérique, rétorque-t-il, étonné par la mine interrogative de son interlocuteur.

— Ah ! oui ! excusez-moi, je ne suis pas encore habitué. Cette option de marketing est toute nouvelle. Pour ce type de marchandise, nous avons préféré procéder par annonce dans des journaux numériques. Vous comprenez, nous prenons toutes les précautions. Ce marché n’est pas encore légalisé à cent pour cent, il subsiste des flous dans les textes. Les politiques légifèrent bientôt. Malgré les manifs, nous gagnerons. Nous gagnerons, ce commerce sera salvateur pour la société, croyez-moi, croyez-moi ! répète le vendeur, tout en prenant au vol un stylo qui traîne sur une étagère. 

— Je n’en doute pas un seul instant. C’est la seule solution, légaliser ce marché. Que fait-on de mal après tout ? C’est un commerce comme un autre. Cette société doit évoluer encore et encore. Rester à la traîne n’est pas une solution. Tout se vend. Les mères porteuses font bien leur jus avec un petit commerce …de leur jus !

— Ah ! bel humour ! Nous nous comprenons. Puis-je vous demander une identification ?

— Voici mon index.

— Parfait, merci. Je lis….un instant ….Voilà, vos coordonnées sont nickel tip top dans les normes, affirme le vendeur tout en gesticulant afin d’allumer une série d’ordinateurs.

— Il y a des normes ? 

— Oui, il y a des normes. Disons plutôt que ce sont des précautions. Les lois ne sont pas très claires, comme je vous le disais voici quelques minutes. Et nous devons nous assurer que le produit de la vente aura toutes les chances d’être traité correctement, conscience professionnelle oblige. Ces normes sont laxistes, soit, mais il y a des normes. Vous avez des revenus, une petite cinquantaine d’années, un casier judiciaire vierge, tout cela est parfait. Que vous viviez en couple ou pas, en communauté ou pas, que vous soyez transgenre, homosexuel ou hétérosexuel n’a aucune importance. 

— J’ai presqu’envie de dire ouf. Vous n’aurez pas sur le dos le ministère de l’égalité des chances ! Et au sujet du régime alimentaire ?

— Nous pouvons vous proposer des végétariens et des végétaliens, des végans et aussi des adeptes de la nutrition paléo !

— La nutrition paléo, c’est de l’humour ça ?

— De l’humour, monsieur ?

— Oui, ces millions d’années, l’âge…

— Ah! excusez-moi, je n’avais pas capté. 

— À propos, je ne vois pas la marchandise…

(en effet, l’espace commercial ne comprend que des ordinateurs dispersés sur quelques étagères)

— Dans ce bureau, nous travaillons uniquement sur photos numériques. Dès que vous avez opté pour un pré-choix de quelques spécimens, nous vous proposons des vidéos. 

— C’est très sérieux tout ça !

— Monsieur, c’est la moindre des choses, c’est un achat important.

— Les vidéos, c’est une bonne idée. Je songeais…

— Oui ?

— Lorsque l’achat est effectué, un retour est-il possible ? 

— Vous avez un délai de retour. Pour le moment le délai est de quinze jours.

— Quinze jours, c’est parfait. Ça me donnera le temps d’apprécier si ça convient ou pas. 

— En effet, quinze jours permettent de constater si par exemple vous supporterez les odeurs ou les cris ou une autre digression du comportement du spécimen choisi. Il existe tellement de modèles.

— Oui, c’est fou les modèles que vous proposez, on n’imaginait pas !

— Tout cela reste mystérieux. Si vous n’aviez pas de propre spécimen au sein de votre famille, vous ne pouviez pas imaginer, en effet.

— Je suis orphelin.

— Parfait ! Quelle expérience pour vous, cet achat ! Une chance réelle ! 

— Je l’espère. 

— Dites-moi, vous avez d’autres questions avant de visionner les pages du catalogue ?

— Ah ! le nerf de la guerre…Le prix ! Je suppose que cela dépendra du spécimen que j’aurai choisi ? C’est un peu le même scénario que pour l’achat d’une voiture, n’est-ce pas ?

— Oui, exactement. Une vieille occasion avec cent mille kilomètres au compteur vous coûtera moins cher qu’un modèle plus récent.

— La logique reste la même ! 

— Vous avez tout compris. D’autres questions peut-être ?

— Lorsque le contrat d’achat est signé, y a-t-il un délai de réception du produit ? 

— Là aussi, tout dépend du modèle que vous choisirez. Certains spécimens ne se trouvent pas dans notre entrepôt, nous avons des succursales dans toutes les villes de Belgique. Si le modèle que vous désirez se trouve chez nous, il vous sera livré dans les vingt quatre heures. Dans le cas contraire, un délai de deux ou trois jours sera nécessaire, sans plus.

— Vous livrez vous-même, c’est parfait dit Max d’un air soulagé.

— Oui, nous avions reçu quelques plaintes lorsque l’acheteur transportait lui-même la marchandise et dès lors nous avons préféré livrer nous-mêmes.

— Des plaintes ?

— Oui, un acheteur peu habitué ne prévoit pas de protéger les sièges de sa voiture, par exemple…

— Oui, bien sûr. Dites-moi, tous les modèles ne fuitent pas ?

— Certains spécimens sont continents à cent pour cent.

— Et si j’achète un modèle continent et qu’il devient incontinent ?

— Ah ça, c’est indépendant de notre volonté…

— Un remboursement ne serait-il pas possible ? 

— Monsieur, permettez-moi de vous dire que lorsque vous achetez un chiot et que celui-ci éternue le lendemain et meurt le surlendemain,  il n’existe encore aucun recours.

— Oui, suis-je bête …

— D’autres questions, monsieur ?

— Non, vous pouvez me présenter votre catalogue. 

— Allons-y alors. Commençons par les spécimens disponibles dans notre entrepôt, dit le vendeur, sourire aux lèvres. Et il poursuit…

Nous avons ici en première page Églantine, 89 ans, continente, possède un vocabulaire assez large, lit des revues féminines et de mode voire même des BD, elle aime la télévision, marche d’un bon pas dans la maison mais a besoin d’un déambulateur muni de quatre roues lorsqu’elle circule à l’extérieur. Églantine oublie de boire. Attention, bien l’hydrater car Églantine aurait donc tendance à souffrir d’infections urinaires. 

Je continue…. Arthur, 72 ans, hémiplégique, incontinent, ne circule qu’en chaise roulante. Tendance à la dénutrition. Bien respecter dernière prescription médicale : trois cuillères à soupe de protéines par jour, des cuillères pleines à ras bord, c’est précisé dans le dossier, c’est important ça, des cuillères pleines à ras bord !

— Ne cherchons pas plus loin, cette Églantine me conviendra très bien. La livraison est-elle possible ce jour ?

 

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L'écrivain Mireille Poulain-Giorgi a lu et chroniqué le dernier ouvrage de Séverine Baaziz "L'astronaute"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Candide, l’astronaute

 

 

Après SERIAL, thriller érotique/horrifique de Christophe Sambre, me voici avec L’ASTRONAUTE, conte philosophique de Séverine Baaziz.

Grand écart réalisé avec facilité malgré mon âge certain.

Evoluant dans et pour les banques luxembourgeoises, il me semble que ces deux auteur.e.s ont dû trouver l’antidote au poison des chiffres… les lettres. 

Disons-le tout de go : Séverine sait écrire, c’est-à-dire qu’elle sait penser et trouver le mot. Juste et simple. Son regard distancié mâtiné d’un trait d’esprit séduit immanquablement le lecteur. Talent qui lui semble être aussi naturel à l’écrit qu’à l’oral.

 

Son personnage principal, l’astronaute Michel Bracowski, brave gars qui s’est toujours laissé ballotter dans la vie en attendant que les choses se passent, se retrouve propulsé dans un autre monde, loin de sa femme qui l’a rejeté et qu’il continue d’aduler et de pleurer.

Fort heureusement, ce nouveau monde ressemble à l’Eden : aucune pollution. Aucune maladie. Aucun déchet. De l’Immaculé partout.

Et… En prime, on lui offre des femmes toutes plus belles les unes que les autres avec pour mission de les engrosser car dans ce meilleur des mondes, les hommes d’une laideur repoussante ne pensant qu’à manger, à se goinfrer, à se bâfrer … sont tous stériles. 

 

Que les lecteurs et lectrices lubriques s’éloignent. 

Et que s’approchent tous ceux et celles pour qui la pensée réside au-dessus de la ceinture. Tous ceux et celles qui ont aimé « La Métamorphose » de Kafka, « Rhinocéros » de Ionesco, « La planète des singes » de Pierre Boulle, « La Servante écarlate » de Margaret Atwood, « Soleil vert » le film  de Richard Fleischer, « Candide » de Voltaire et la philosophie de Leibniz pour qui la question du mal restait incompréhensible.

 

Car tout y est. Et… Ne vous inquiétez pas si par anamorphose, des images de têtards, grenouilles, crapauds, envahissent votre cerveau.

 

Oui. Lisez le conte philosophique, L’ASTRONAUTE. Et commencez par l’épigraphe qui donne l’état d’esprit de Séverine au moment de l’écriture :« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. » Martin Luther King.

 

Publié dans Fiche de lecture

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Un article signé Carine-laure Desguin dans la revue AURA 103

Publié le par christine brunet /aloys

Un article signé Carine-laure Desguin dans la revue AURA 103
Un article signé Carine-laure Desguin dans la revue AURA 103
Un article signé Carine-laure Desguin dans la revue AURA 103

 

Carine-Laure, Aura 103 vient de sortir. Avec un thème spécifique, comme d’habitude ?

   Oui, on attend cette revue éditée par le Cercle Littéraire Hainuyer Clair de Luth avec impatience. À chaque fois, il y a un thème différent. Pour ce trimestre, il fallait composer avec le thème Fusion / Confusion.

   Ce sont des textes poétiques ?

   Le comité reste ouvert à tous les genres littéraires. Pour ma part et je le dis à chaque fois, c’est l’occasion de me frotter à des styles que je n’aborde pas habituellement, je m’essaie, je tâtonne. Cette revue est un petit laboratoire fabuleux. Il y a des textes théâtraux, de la poésie en prose ou en vers. Et c’est très beau, toute cette diversité.

   Le titre de ton texte : Mariage inattendu.  Je parcours cette histoire et dis-moi, Carine-Laure, tu fumes quoi, toi ?

   N’est-ce pas ? Et pour le fun, voici un extrait :

 

…Se marier, se marier, faut pas déconner, Faby, a rétorqué Cris, hilare et fier de son professionnalisme. Disons que c’était factice, il n’y avait pas de prêtre ni aucune autorité communale. Cette fois, c’était comme un brouillon. La semaine prochaine, ce sera plus officiel. Et pour l’occasion, monsieur Félix choisira…

   Ah, Carine-Laure, tu ne nous épargnes rien, je viens de lire le texte en entier. Comment oses-tu ? Mais comment donc oses-tu ?

   Evolution ?

   Si tu le dis…Je vois que la revue comprend une quarantaine de textes. Et pas mal de noms connus, comme toujours. Christian Nerdal, Thierry Thirionet (à qui l’on doit aussi les très belles couvertures de la revue), Gisèle Hanneuse, Laurence Amaury, Martine Rouhart, Serge Guérit, Isabelle Deliener, Marie-Claire Georges, etc. J’ajoute que pour ceux qui seraient intéressés par la revue Aura, il suffit de contacter la présidente du Cercle Clair de Luth, Gisèle Hanneuse à cette adresse : hangi91521@hotmail.com 

   Carine-Laure, très occupée en ce moment ?

   Ce mois-ci sortira un opuscule aux éditions Lamiroy, un livre collectif. Un de mes textes fera partie de l’aventure. Je parle de tout ça très bientôt. Voici le lien :

https://lamiroy.net/collections/vitrine/products/hors-serie-07-lan-2000-a-20-ans?fbclid=IwAR24fpyDVgEUhP1vlXG_yF-bzzsgc3fBizt_fYPNPSESkU6ZcZBNBjSoTkQ

 

   Et quoi d’autre ? 

   Ecriture / écriture / écriture. Et toujours promotion des deux dernières publications :

Pour infos, voici le lien vers LE TRANSFERT :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/le-transfert--theatre--editions-chloe-des-lys--2018/37214580.html 

Et vers PUTAIN DE PAYS NOIR : 

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/putain-de-pays-noir--editions-lamiroy--collection-opuscule-/37451410.html  

Le dimanche 15 mars 2020 je serai en dédicace à Bondues, sur le stand des éditions Chloé des Lys. Bientôt les infos !

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Un article dans l'Avenir.net pour FENNEC de Jérémie Lahousse

Publié le par christine brunet /aloys

Un article dans l'Avenir.net pour FENNEC de Jérémie Lahousse
Un article dans l'Avenir.net pour FENNEC de Jérémie Lahousse
Un article dans l'Avenir.net pour FENNEC de Jérémie Lahousse

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"Douceur Violette" de Chloé Derasse chroniqué dans le blog "les lectures de Lilly"

Publié le par christine brunet /aloys

http://les-lectures-de-lilly.eklablog.com/livres-c19003285

http://les-lectures-de-lilly.eklablog.com/livres-c19003285

Lorsqu'un secret de famille éclate au grand jour, c'est toute sa structure qui s'en trouve modifiée. Dans ce roman bouleversant, il est question de famille, certes, mais aussi d'amour. De beaucoup d'amour. D'un amour aussi fort que dévastateur parfois.

Tout y est : le passé, le présent, l'avenir, la peine, la joie, l'horreur et le poids des non-dits.

Le lecteur est tenu en haleine jusqu'au dénouement final.

Une réelle découverte des méandres de la vie, de ses combats et de ses espoirs.

Les âmes vagabondes : Max Irons photoshoot by Davis Factor, 2012

Premier roman pour une auteure bien sympathique. (C'était ma voisine de dédicaces à Mons Livre ;) ).

Un roma qui reprend les codes des relations familiales classiques, tantôt le conflit, tantôt l'amour ou la jalouse entre deux soeurs que tout oppose.

Et personnellement, j'ai eu tendance à davantage m'attacher à Emma plutôt qu'à Marie.

L'écriture est douce et fluide, les pages se tournent facilement puisqu'on a envie d'avancer et d'en savoir plus.

On sent que l'auteur a travaillé son texte.

Je ne lui jette pas de fleurs uniquement parce qu'on a le même éditeur ! En effet, ce livre m'a permis de passer un agréable moment lecture et je ne peux qu'essayer de vous convaincre de le lire. 

Ce fut pour moi une belle découverte lecture 2019. (et un bon souvenir de Mons Livre)

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"Centuries", le recueil poétique de Matthieu Roger chroniqué dans "les lectures de Lilly"

Publié le par christine brunet /aloys

http://les-lectures-de-lilly.eklablog.com/livres-c19003285

http://les-lectures-de-lilly.eklablog.com/livres-c19003285

Centuries est une invite poétique au voyage, à travers les temps longs de l’Histoire du monde et des civilisations.

L’auteur nous y conte sa propre légende des siècles, les guerres et le fracas des armes qui forgèrent les femmes et les hommes de toutes conditions, leurs destins fulgurants comme leurs gloires éphémères ! Au détour de ses alexandrins, il nous transporte aussi bien sur les champs de batailles qu’au creux des bras fantasmés des muses…

Quelques images de l'avant première mondiale de #DUMBO (sortie le 29 mars) #Disney #TimBurton

 

Merci aux Editions Chloé des Lys pour le SP 

Chroniquer de la poésie n'est pas toujours simple, même si j'en ai écrit...

Ici, on voyage dans l'Histoire au travers des mots de l'auteur.

On sent qu'il aime l'Histoire tout comme les mots.

donc, amateurs d'Histoire et de poésie... foncez !  

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