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Cyriaque Maixent Ebenga nous propose un extrait de son ouvrage "Reconstruire le Congo-Brazzaville: une approche contractualisée"

Publié le par christine brunet /aloys

Avant-propos

 

La situation politique, économique, sociale et culturelle des pays anciennement colonisés est dramatique. Elle l’est davantage que celle des pays développés, du fait non seulement de leurs ressources limitées ( ?) mais surtout parce que nulle perspective radieuse n’est envisageable pour leur population, en particulier les jeunes. Et si, de façon générale, elle est déjà difficile pour les pays qui n’ont pas connu de guerres civiles, ethniques ou des génocides, ceux qui les ont vécus en souffrent davantage – c’est notamment le cas du Congo-Brazzaville.

Songeons que les trois générations qui composent la société congolaise actuelle ont, du fait des bouleversements sociaux, politiques et culturels, trois univers quasiment inconciliables. Les plus âgés qui ont connu l’époque de la colonisation avec ses peines et parfois ses joies, mais surtout sa stabilité d’abord, ensuite la révolution – époque héroïque si chargée mais si exaltante – et enfin la démocratie ‘‘tropicalisée’’, avec ses malheurs et drames. Ceux-là critiquent les décennies d’indépendance. Les adultes, jeunes et moins jeunes, eux n’ont pas de souvenirs bien nets de l’époque révolutionnaire. Ils se sont retrouvés au sortir de l’adolescence, embarqués dans des guerres fratricides : s’engager de gré ou de force pour survivre, donc tuer ou se faire tuer. Aucun repère ne leur reste sinon la peur, l’hostilité sociale, le manque d’affection, bref ils ont plus appris à haïr, à détruire qu’à aimer et à construire. Enfin les plus jeunes qui sont les plus nombreux. Ils n’ont malheureusement ni l’école pour s’instruire, ni la société pour s’initier, ni les médias pour s’informer, ni même une famille pour s’épanouir puisque celle-ci est disloquée. Les parents sont séparés ou décédés et, dans la plupart des cas, la seule responsable reste une mère analphabète, démunie, qui entretient une famille nombreuse et miséreuse. Ces jeunes, n’ayant plus d’interlocuteurs ne sont même plus rassurés, ni écoutés, encore moins intégrés. C’est la voie ouverte à la délinquance, à la déviance sociale, au désespoir, à la vie au quotidien, sans réflexion sur le présent, encore moins sur l’avenir. Et en corollaire, la fuite en avant dans les solutions de facilité, le refuge dans la foi, les religions bricolées (à la carte), voire le prosélytisme.

A la base de cette situation apparaît le manque de culture : même l’histoire locale est mal connue.

Il s’avère impossible dans le cadre familial, communautaire, scolaire et universitaire, d’apprendre l’histoire actuelle, celle de la vie comme des peuples, des communautés, des tribus, des groupes sociaux, culturels… bref de la nation congolaise, qu’il s’agisse de la colonisation, de la révolution, de l’expérience démocratique, des guerres civiles, de la paix armée ou du libéralisme sauvage.

Cette inculture manifeste, ce manque total de repères et de perspectives, conduisent à se poser les questions suivantes :

Comment, un pays doté par ses potentiels naturels considérables, sa population, sa littérature, sa musique, sa culture en général au point d’être considéré comme le quartier latin de l’Afrique Equatoriale, a-t-il pu basculer dans la violence aveugle ?

Comment un pays, symbole d’une révolution éclatante et de l’engagement anti-impérialiste, est-il tombé dans le libéralisme sauvage ?

Comment un pays, où régnait la cohabitation ethnique pacifique, a-t-il pu tomber dans des guerres interethniques successives ?

Comment un pays qui avait des perspectives de développement a-t-il pu décliner au point de ne pouvoir ni scolariser, ni soigner, ni même nourrir ses populations ?

Ce sont là quelques questions parmi les plus douloureuses.

Une des explications avancées est le mauvais usage de l’argent du pétrole, qui, pour l’essentiel, sert à enrichir des classes de prédateurs malhonnêtes et d’irresponsables, mais aussi à financer les guerres. Mais cette explication, malgré sa pertinence, se révèle insuffisante, dans la mesure où dans les pays pétroliers tels que le Nigeria, le Gabon etc. des guerres ne se sont pas multipliées. Remarquons en particulier qu’au Congo, le pétrole n’a pas été la cause véritable du délicat problème de succession.

Reste à approfondir le travail de recherche, comme nous allons tenter de le faire.

Mais d’autres questions apparaissent qui ne tiennent pas au passé. Elles concernent l’avenir, la reconstruction ou la construction d’un pays, d’une nation : de la nation congolaise.

Comment faire pour reconstruire le pays ? Quel projet de société adopter ? Comment mobiliser les forces et les ressources ? Comment entretenir la mobilisation de façon durable ?

A ces questions, il est difficile de répondre car un regard rétrospectif n’est pas pertinent, les conditions socioculturelles ayant fondamentalement changé.

L’histoire universelle nous aide à garder espoir et à enrichir la réflexion. Dans cette perspective, la diaspora a une grande responsabilité. Elle est plus éloignée des contraintes sociales et économiques, plus détachée des contingences quotidiennes, plus ouverte aux autres, plus concernée par le regard des autres, notamment dans les pays d’émigration ou d’exil. Elle a le recul nécessaire à une appréciation plus sereine de la situation, à l’élaboration ou tout au moins à l’esquisse de solutions même transitoires. Elle peut être handicapée cependant par l’ignorance de certaines réalités ou la méconnaissance.

C’est ainsi que de jeunes congolais, sans préjugés idéologiques ni socioculturels, se sont retrouvés du fait de « l’exil difficile » à discuter, tenter de comprendre et à expliquer le drame et esquisser quelques pistes de cheminement. Ils invitent les aînés à témoigner, pour écrire une histoire dépassionnée du pays ; les jeunes à explorer ce passé douloureux et les intellectuels à dégager des solutions.

Publié dans présentations, Textes

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Lorsque Carine-Laure Desguin passe sur les ondes de YouFM !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Carine-Laure, on en apprend des choses lorsque tu te lances sur les ondes !

Ah mais c’est fait pour ça, la radio, non ? Et puis, nous étions sur YouFM dans l’émission animée par Sylvie Mordang, Les mots niaques. Alors les mots…

Et ce fut une remake de l’histoire de l’arroseur arrosé puisque Bob Boutique était là aussi et il a interviewé Sylvie Mordang et aussi les autres membres de l’équipe pour une séquence sur www.actu-tv.net

Oui, tout en même temps, pourquoi pas ? Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, n’est-ce pas ?

Bien sûr. On n’arrête pas de le dire mais 2018 démarre en trombe pour toi ?

Oui. Je crois qu’il faudra s’accrocher. Il y a ce que je dis en interview et puis il y a aussi tout ce que je tais.

On n’en doute pas, on te sait grande cachotière. Tu as des projets ?

Toujours. Mais j’attends…

Allez, on voit bien que tu te moques de nous. Voici le lien vers cet entretien du mardi 23 janvier 2018. Pour rappel, c’était dans l’émission Les mots niaques, une émission animée par Sylvie Mordang. Ecoutez vous-même, ici :

http://youfm.be/podcasts/media/Des%20Mots%20Niaques/DMN1.4_20180123200001.mp3

Samedi 3 février, c’était la lecture de ta pièce Le Transfert. Je lis que tout s’est bien passé et que le public a beaucoup ri en écoutant ce texte comme tu dis si bien absurdo-kafkaïen.

Oui, voilà un texte théâtral qui commence bien sa vie. Toutes les infos au sujet de cette soirée sont ici :

http://carineldesguin.canalblog.com/archives/2018/02/06/36119582.html

Et si vous voulez en savoir un peu plus, voici le press book de Carine-Laure :

http://carineldesguin.canalblog.com/pages/press-book/32061526.html

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Patrick Beaucamps vient de publier un nouveau recueil de poésies "En chemin jusqu'ici"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Patrick Beaucamps est né en 1976 à Tournai (Belgique).

Il a grandi dans un milieu modeste et exercé plusieurs métiers : ouvrier imprimeur, magasinier, employé de vidéoclub, cheminot, bibliothécaire.

Auteur d’histoires courtes et de poèmes, il explore l’écriture à partir du quotidien.

 

Extrait :

 

Lieu-dit

 

Nous habitions un cul-de-sac,

au fin fond d’un lieu-dit.

Cachée de tout, notre maison

était bordée de vastes champs

que chaque saison transformait

en d’extraordinaires terrains de jeux.

 

Il m’arrivait d’arpenter les congères et les plaques

de verglas tel un explorateur,

ou de disperser mes peines dans les sombres sillons

creusés par les pluies.

 

Les nuits d’été, le cortège des moissonneuses

me tenait éveillé. De ma mansarde je pouvais voir

les phares qui balayaient l’horizon et les saisonniers

qui s’affairaient en chantant autour des remorques.

 

Plus de trente années ont passé depuis.

Assis à mon bureau, je réalise soudain

que plus jamais je ne verrai ce spectacle

ni ne traînerai dans ces champs. C’est à peine

si j’arrive à la revoir, ma mère, regardant

en plissant des yeux par la fenêtre ouverte

de la cuisine, me criant : À table.

Publié dans Poésie, présentations

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Résultats du concours... Qui a participé et qui a gagné ?

Publié le par christine brunet /aloys

Résultats du concours... Qui a participé et qui a gagné ?
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Résultats du concours... Qui a participé et qui a gagné ?

LES AUTEURS QUI ONT PARTICIPE !

 

Texte 1 : MARCELLE PÂQUES   1 vote

Texte 2 : SEVERINE BAAZIZ       5 votes

Texte 3 : EDMEE DE XHAVEE     1 vote

Texte 4 : MICHELINE BOLAND   0 vote

Texte 5 : MICHELINE BOLAND  0 vote

Texte 6 : ISABELLE CHEVALIER   0 vote

 

Bravo à Séverine Baaziz qui gagne notre concours !!!! Merci aux 6 participants talentueux, aux votants et aux très nombreux lecteurs qui ont découvert les textes en lice mais n'ont pas pris part aux votes.

Résultats du concours... Qui a participé et qui a gagné ?
Résultats du concours... Qui a participé et qui a gagné ?
Résultats du concours... Qui a participé et qui a gagné ?
Résultats du concours... Qui a participé et qui a gagné ?

Publié dans concours

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Dernier texte... Vote sur ce post... Vous avez jusqu'à 20h pour voter ! Résultats ce soir 21h...

Publié le par christine brunet /aloys

Dernier texte... Vote sur ce post... Vous avez jusqu'à 20h pour voter ! Résultats ce soir 21h...

 

Les quatre-vingt ans de mamie Rose.

Au cours du succulent repas, les rires fusent. On attend avec impatience le gâteau de mamie Rose mais cette dernière s’est éclipsée ? On l’appelle. On la cherche dans toutes les pièces, en vain.
— Maman est peut-être dehors, suggère Anne, la cadette.
— Que ferait-elle dans le jardin alors qu’il fait déjà nuit ? rétorque Paul, un des jumeaux.
— Avec son étrange peur, pour ne pas dire sa phobie, de fêter ses anniversaires, maman a sans doute eu besoin de s’isoler avant de souffler ses bougies. Tout à l’heure, en nous voyant tous arriver à l’improviste, elle a failli s’évanouir. Depuis, elle fait la tête comme si on venait d’enterrer l’un de nous. C’est à nous dégoûter de lui faire une surprise ! Je vais voir dans la cour, dit Marie l’aînée.
À peine est-elle sortie, qu’elle crie «au secours !». Tout le monde accourt. La faible lumière du perron laisse entrevoir une faille de plus d’un mètre de large qui s’est ouverte au seuil de la maison. Marie a les pieds et une partie du corps dans le vide. Ses mains glissent. Jean attrape sa sœur avec poigne. Il la tire hors du trou béant puis il va chercher la lampe torche dans le cellier. Tandis que des «mamie Rose !» résonnent, le vif éclairage révèle un sol zébré de fissures. Une chaussure abandonnée de l’octogénaire fait penser au pire. De discrets mais incessants craquements se font entendre. Un arbre s’écroule, avant d’être avalé par la terre morcelée qui a sans doute déjà digéré l’aïeule. Effrayés, tous les membres de la famille se réfugient à l’intérieur. Les murs se mettent alors à bouger. Un cadre tombe. Plus aucun téléphone ne fonctionnent. Anne allume la télévision. Ce serait-il produit quelque chose pendant qu’ils faisaient la fête ? Pourtant, aucun flash spécial n’est diffusé. 
Soudain ! De grands cris de frayeur s’élèvent. Le courant vient de se couper et la lampe torche montre des signes de faiblesse. Jean garde son calme. Il descend à la cave où les bougies sont rangées.
— Et si ?
— Tais-toi Anne ! ordonne Marie en grimaçant à cause d’une contusion à la jambe. 
Jean est long, trop long. Denise, sa femme, panique. Marie tente de rassurer sa belle-sœur. Des enfants pleurent. Les adultes prostrés chuchotent « Et si mamie Rose leur avait menti ! »
Jean revient enfin. Il chancèle. Il jette des bougies sur la table. Il sent l’alcool. Il a bu. Il s’installe dans le fauteuil où il continue de vider une bouteille de vieille prune. Des lueurs dévoilent des murs et un plafond lézardés. Une eau noire suinte un peu partout. L’air devient glacial. Jean est dans un état semi-comateux. Au lieu de répondre aux questions, il laisse échapper un interminable rire nerveux. La panique monte. Certains se serrent en se disant des mots d’amour, comme s’ils pouvaient être les derniers. Mais « chut ! », il ne faut pas effrayer les plus jeunes.
Paul décide d’aller voir dans la cave. Il remonte blême et tremblant. Le verdict tombe :
— Au lieu d’écouter papa, nous l’avons fait interner. Le visage maléfique du mur de la cave existe bel et bien. Il est réapparu et il m’a parlé, dit Paul d’une voix chevrotante.
— Et je peux vous dire que ce qu’il raconte est effrayant. N'est-ce pas Paul ? dit Jean.
— Oui. Et vous avez tous le droit de savoir. À trente ans, après la découverte de sa stérilité, maman a donné son âme pour guérir et nous avoir. Elle ne devait jamais fêter son anniversaire avec ses quatre enfants réunis, sous peine d’entraîner la mort de tous ses descendants. C’est pour cette raison qu’elle s’arrangeait toujours pour partir en vacances ou pour être soi-disant malade à cette date.
— Ou pour se fâcher avec l’un d’entre nous, ajoute Jean. Je n’aurais pas du venir aujourd’hui mais une voix m’a soufflée : «Ta maman est malade et affaiblie. Sa mort est proche. Va fêter ses quatre-vingt ans et pardonne-lui !». Ce qui arrive ce soir est de ma faute.
— Non Jean ! C’est le diable qui t’a piégé. Il y a dix ans, quand il a fait des révélations à papa, il a procédé de même. Comme Maman n’avait pas le droit d’avouer ce pacte, pour ne pas signer notre arrêt de mort, elle a accusé papa de folie. Cela a été une peine supplémentaire infligée par le démon.
— Alors, je pense que le diable ne doit pas être étranger à cette idée de repas d’anniversaire qui m’est soudainement venue, dit Anne au bord de l’évanouissement.
— Vous racontez n’importe quoi, rétorque Marie. Le diable n’existe pas. Nous allons vivre.
Aussitôt, un rire maléfique et une fumée noire monte de la cave.

Le lendemain, le facteur a découvert l’effondrement partiel de la ferme. Le corps de mamie Lucienne n’a jamais été retrouvé. Seules les dépouilles de ses descendants ont été découvertes.
Papy Guy avait toujours été saint d’esprit mais cette tragédie lui a finalement fait perdre la raison. Les belles-filles et les beaux-fils, rescapés de ce funeste repas de famille, ont subit le même sort.
 

Publié dans concours

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Texte N°5 Concours les petits papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

LES DEUX MAMIES

 

 

Gabrielle s'est levée très tôt. Après sa toilette, elle a passé plusieurs heures à cuisiner. Elle s'est appliquée pour évider et épépiner les tomates des gamins, et pour paner les escalopes de veau qu'elle leur destine. À dix heures et demie, Monique, la mère de son beau-fils, arrive chez elle avec sa petite valise et un gâteau fait maison. Monique a horreur de conduire le soir, elle a donc prévu de loger chez Gabrielle. Il est près de midi quand les deux femmes terminent de dresser la table. Assise dans un fauteuil, Gabrielle attend la famille. Elle se réjouit de les revoir tous, surtout Corentin et Damien, ses deux petits-fils. Elle brûle d'impatience, se lève et va vérifier que rien ne manque. Elle a pensé à tout : à la salière, au poivrier, aux petits beurriers, aux bougies, aux deux verres décorés de Schtroumpfs. Elle a mis de délicieux vins blancs au frais. Un instant, elle perd pied : elle a oublié de rafraîchir les sodas pour les garçons ! Elle pallie cet oubli. Elle regarde l’heure : midi vingt. Ils ne vont plus tarder...

Avant de se rasseoir, elle jette un regard au miroir. Son chignon et son léger maquillage sont impeccables. Corentin adore sa coiffure, il dit qu'elle la fait ressembler un peu à une princesse. Elle s'observe encore et constate amèrement qu'elle a pris des rides depuis le décès de Michel, son époux. Comme Michel lui manque, lui qui est décédé il y a presque un an !

Son fils et sa belle-fille arrivent. Les deux petits ne viendront pas ce dimanche, car ils ont une réunion importante chez les scouts. Mais Juliette et Caroline, les aînées, vont suivre accompagnées de leur amoureux. Le nombre de couverts ne changera pas. C'est pour cela qu'on n'a pas pris la peine de la prévenir de l'absence des deux garçons. Gabrielle est déçue, des larmes qui lui montent aux yeux. Elle n'a pas vu grandir ses petits-fils ! Plus ils avancent en âge, moins elle les voit. À dix et onze ans, ils ont déjà des activités qui leur sont propres. Ils prennent leur indépendance. Ils n'ont plus besoin qu'on les conduise à l'école et qu'on surveille leurs devoirs. D'ailleurs qu'ont-ils encore à faire de ses câlins ? Qu'ont-ils à faire de sa mousse aux deux chocolats ?

On sonne de nouveau. C'est sa fille et son mari. Enfin les derniers se manifestent ! On passe à table. Gabrielle prend place au plus près de la cuisine. On échange des banalités. Son gendre se charge de servir le champagne. Gabrielle et Monique vont chercher les verrines préparées avec amour.

On bavarde. On parle vacances, voyages, restaurants, cinéma, mode, placements, sports, politique. Quasiment pas un mot au sujet de Michel si ce n'est pour évoquer ses talents de bricoleur et rien à propos des deux petits qui sont absents. Gabrielle, qui a le cœur lourd, n'avait pensé que cuisine savoureuse, ambiance chaleureuse, cajoleries aux deux gamins.

L'heure est au dessert. En sortant le gâteau et la mousse aux deux chocolats du frigo, Gabrielle retrouve les plats qu'elle avait préparés pour les deux gamins. Elle a passé tant d'heures pour plaire à tout le monde… Était-ce bien indispensable ?

Bientôt, il ne reste que Monique qui l'aide à remettre de l'ordre dans l'appartement.

Le lendemain midi, nos deux mamies se régaleront des tomates aux crevettes et escalopes panées.

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Texte n°4 concours les petits papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

Treize ou quatorze ?


 

Traditionnel dîner d'anniversaire aux Délices du Terroir. Trente-cinq ans, cela se fête. J'ai invité ma sœur, mon frère aîné, son épouse et leurs jumelles de dix ans, Lise et Manon, mon oncle et ma tante, mon cousin et sa fiancée, mes parents et ma grand-mère. Je n'ai pas invité Luc. Pourquoi l'aurais-je invité ? Après plus de dix ans de vie commune, nous avons décidé de mettre durant quelques mois notre relation entre parenthèses. Il continue de vivre dans notre maison et j'ai posé mes valises chez une copine. Je ne supportais plus de le voir sacrifier notre vie de couple à son travail. Ma vie sentimentale était devenue un long, si long fleuve trop tranquille.

J'arrive au restaurant et je suis la première. J'ai réservé la salle du fond, celle qui permet une certaine intimité. Oh surprise la table est dressée pour quatorze ! J'interroge la patronne, elle bredouille : "Hum…Il y a des gens superstitieux, paraît-il… Votre sœur a pensé à eux… Ce serait dommage de gâcher la fête." Est-ce le subterfuge imaginé par Caroline, ma frivole sœur, pour inviter un nouveau copain ? Déjà, mon cousin arrive et je n'ai pas le temps d'approfondir la question. Progressivement les autres invités nous rejoignent. Ma sœur me glisse à l'oreille : "Je me suis permis d'inviter une personne de plus pour éviter que vous soyons treize à table. Tu connais, Maman elle est tellement superstitieuse !"

C'est alors que Luc entre... Il vient vers moi. Il semble embarrassé. Il dit juste d'une voix fêlée : "C'est ta sœur qui m'a invité… J'ai accepté…Bon anniversaire, Val !" Il pose un baiser sur ma joue. Je souris, il m'a manqué comme nos petits déjeuners bavards et nos fous rires d'amoureux complices … Pourquoi ne pas nous accorder une deuxième chance ?

Ma sœur a pris les choses en main. Décidemment elle en fera toujours à sa tête : elle a décidé de la place que chaque personne occupera à table. C'est ainsi que Luc se retrouve assis entre elle et moi. Comme à son habitude, Luc est bavard et jovial. Le potage terminé, je me penche pour prendre un mouchoir dans mon sac. Je vois le pied de ma sœur qui cherche celui de Luc. Je remarque que Luc le repousse… Lorsque je me redresse, mon regard croise un instant celui de ma sœur ! Elle rougit… D'un coup me reviennent en mémoire quantité d'incidents anciens : la vieille théière cassée soi-disant par moi, le baiser volé de Caroline à mon premier amoureux,... Je n'hésite pas une seconde. Je crie : "Ça suffit, Caroline ! Pars tout de suite ! Je ne veux plus te voir ! " Elle bafouille un minable : "Pourquoi ?" Papa intervient : "Allez du calme, les filles…" Des paroles qui tombent à plat comme de coutume. Je me lève, je désigne la sortie du doigt. "Caroline, tu pars immédiatement ! "

Elle se lève en renversant sa chaise et quitte la salle. Quelques instants plus tard, on entend le crissement des pneus d'une voiture sur le gravier du parking.

C'est à ce moment-là que la patronne entre dans la salle et me demande discrètement : "Pouvons-nous servir la suite, Madame ?" J'acquiesce. Le repas se poursuit dans le bourdonnement de conversations banales. Seul indice d'un souci passé, la chaise de Caroline qui reste vide.…

 

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Texte n°3 Concours pour les Petites papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

Un repas de famille

Ils sont tous là, dans le salon où on les a priés de boire le champagne entre eux. Henri-Pierre ne descendra que pour passer à table. Après tout, 93 ans, ça se fête mais à son rythme. Autant que ça reste une fête.

C’en est une pour les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants en tout cas. Les pièces rapportées, comme le suggère la légende qui a souvent raison dans ces situations, se demandent avec plus ou moins de discrétion s’il y aura encore un 94ème anniversaire. « En bien, » dit Eve-Lucille en descendant sa troisième flute, les joues d’un rouge heureux, « si c’est le cas on se consolera avec le champagne ». « Se consoler ? » Marie-Odette, sa belle-sœur, a un zeste de reproche horrifié dans la voix mais le regard complice, et choque doucement sa flute contre celle d’Eve-Lucille avec un clin d’oeil (qui s’appelle Germaine mais ne veut pas qu’on le sache).

Julie, la gouvernante, a annoncé qu’on pouvait passer à table, ce qui permet de remarquer que si Henri-Pierre sera bien en bout de table comme toujours, la place à sa droite ne sera plus occupée par son aîné, Armand-Léopold mais, comme le révèle le porte-nom, par Pimprenelle. Pimprenelle ? Mais qu’est-ce que c’est que ce prénom non seulement commun mais ridicule ? Qui est-elle donc ? « L’infirmière, » suggère Marie-Elodie en pouffant de rire. « Elle termine de lui attacher son lange… ». Armand-Léopold éructe un puissant « Marie-Elodie ! Tiens ta langue… et s’il t’entendait ? »

« J’ai bien entendu, mon fils. Je ne suis ni sourd ni dupe » ! Henri-Pierre apparaît, souriant, dans la salle à manger, au bras d’une jolie jeune femme à l’aspect réservé, en jeans et pull de cachemire vert foncé, un simple collier de perles au cou, mais un cabochon de taille spectaculaire au doigt. « Je vous présente Pimprenelle, ma… on va dire pour l’instant : fiancée ! »

Concert horrifié dont les arguments se chevauchent sur des timbres de voix allant de l’hystérie à la fureur, passant par le bégayement et les quintes de toux. Tu plaisantes ! Tu es devenu fou ? Te remarier pour faire une veuve ? Et nous dans tout ça ? Tu ne vas pas lui laisser ton argent ? Non mais tu veux qu’on t’interne ? Elle n’en a qu’à ton argent….

« Bien sûr, elle n’en a qu’à mon argent, ne la sous-estimez pas. Mon argent est notre bénédiction à tous les deux : sans lui je n’aurais jamais osé lui demander de devenir ma femme dans mon état, et sans lui elle n’aurait même pas considéré la chose. Mais figurez-vous que tout ça m’est bien égal, je l’aime et à sa manière… elle m’aime aussi. Je n’ai plus eu le goût de l’amour depuis longtemps, et connais trop bien celui de l’intérêt. Je ne suis pour vous qu’un placement qui tarde à venir à échéance ».

Chœur de protestations aussi sonore qu’un train qui siffle dans la nuit, Eve-Lucille et Marie-Odette vont jusqu’à se lever la bouche en cul de poule en gémissant « mais enfin père chéri… »

« Asseyez-vous, taisez-vous et faites honneur au délicieux potage de Marceline. Quant au reste, ne gâchez pas l’harmonie de ce dernier repas familial… avant celui du mariage, naturellement. Bien qu’il ait déjà eu lieu dans l’intimité, avec la signature de tous les documents garantissant l’avenir de Pimprenelle. Mais nous comptons sur vous pour honorer le banquet le mois prochain, avec des mines plus de circonstances que ces teints de cadavres maquillés à Hollywood que vous affichez aujourd’hui. Allez ! » et il se lève, s’appuyant sur l’épaule de Pimprenelle, une Pimprenelle qui lui effleure la main d’un caresse chaude et enveloppante, et puis y dépose les lèvres, « réjouissez-vous de ce que parfois, l’argent fasse le bonheur ! »

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Texte n°2 concours les petits papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

L’inavouable aveu


 

C’est décidé : je vais tout leur dire.

Je me suis levé ce matin la résolution chevillée au corps. Le cœur lourd comme un boulet de forçat, des nœuds plein l’estomac. Il fallait que cela cesse, sans quoi toute cette histoire allait finir par me ronger et les sangs et les os.

Emilie était partie travailler de bonne heure et de bonne humeur, me laissant seul, pensif, allongé sur le lit en position de crucifié, les yeux suspendus au plafond, sans même sans apercevoir.

 

Je me suis résolu à me lever et je me suis dirigé vers l’escalier menant au sous-sol, tout embourbé que j’étais dans mes pensées. Et comme si cela ne suffisait pas d’y être embourbé, elles se sont mises à me donner le vertige, à me faire tituber, rater deux marches, érafler le poignet, et cogner le haut du crâne. Quelques minutes plus tard, je retrouvais après tout ça, ce que je faisais ici, à plat ventre, dans le garage.

Ma caisse. Elle résonnait, mais c’était une toute autre qui m’amenait ici. La petite caisse bien camouflée derrière les bidons d’huile de vidange dans l’armoire en métal. Impensable pour Emilie, ne serait-ce que de poser le bout de ses doigts sur la poignée grasse à souhait. Je l’ai ouverte et je me suis changé : boots et blouson de cuir. La tenue d’un dimanche en famille.

 

Sur les trottoirs de l’avenue Montaigne, du boulevard Haussmann, de la rue de Braque, de l’impasse des Tourelles, j’ai traîné mes craintes. J’ai même cru les entendre crisser sur le bitume. J’avais beau chercher du regard un peu de distraction, de légèreté, tout me renvoyait à ma propre lamentation : les débris de nuages dévorés par le soleil ; les détritus vomis par les poubelles rouillées ; les volutes indigestes des échappements. Tout était chaos.

Je suis arrivé devant l’interphone, moi, mes boots, mon blouson de cuir et mes craintes. Celles que je n’avais pas su semer en route. Celles qui maintenant se mettaient à rire, à me railler, et même à me souffler que le pire allait arriver. Être méprisé. Pire : rejeté. Renié par la seule famille que je n’ai jamais eue : la mienne. J’ai regardé l’interphone en me disant que c’était peut-être la dernière fois que je pouvais espérer que la porte s’ouvre.

-    Oui, j’écoute…

-    C’est moi, Charles.

Quand je suis entré, je me suis senti mal. Mais terriblement mal. Comme ça, d’un coup. Comme si une lame de guillotine était apparue au-dessus de ma tête, en ouvrant la porte. Mes craintes ont commencé à suer. Mes pas se sont mis à jouer les notes de la marche funèbre de Chopin sur le tapis du couloir. J’osais à peine avancer. Les têtes décapitées accrochées au mur avaient toutes pris les voix familiales : le cerf, mon père ; la biche, ma mère ; la belette, ma sœur ; le sanglier, mon beau-frère. Tous se sont mis à s’esclaffer, l’œil de verre luisant comme jamais.

Je devenais fou.

-    Charles ! Qu’est-ce que tu fais, a hurlé mon père, du séjour. Tu viens ou quoi !?

J’ai fini par les rejoindre, mouillé comme une poule, tremblant comme un agneau. Le séjour, l’antre de la famille. Une famille de chasseurs-taxidermistes de père en fils depuis six générations, de collectionneurs de fusils et de hachoirs, fins gourmets et, accessoirement, passionnés depuis peu par les sculptures en ivoire.

-    Encore une fois, tu viens seul ! s’est plaint ma mère. Et ton Emilie, dis, quand est-ce que tu nous la présentes !?

Trop tôt, il était trop tôt pour tout dire. Le repas serait gâché et dans la famille, gâcher la viande, c’est un crime. Alors, en châtiment, mes craintes m’ont grignoté au rythme des bouchées et des goulées. Plus je mangeais, plus j’étais rongé par l’inavouable aveu.

Quand soudain, mon père s’est levé, a claqué martialement des pieds, tendu une cape rouge à droite, à gauche, claqué à nouveau martialement des pieds, crié un “olé” à vous réveiller un mort, et m’a performé l’abdomen à coup de banderilles.

Sa façon de nous annoncer sa nouvelle passion : la tauromachie.

Dans un vacarme que j’étais seul à entendre, la lame de guillotine qui m’avait suivi depuis l’entrée s’est abattue sur ma nuque. Ma tête a roulé. Mes yeux ont fixé mes boots. Et, à peine audible, ma bouche a avoué mon désespoir :

    -    Emilie est végan.

 

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Texte n° 1 concours pour la revue "Les petits papiers de Chloé" - Sujet "repas de famille"

Publié le par christine brunet /aloys

Après tout c'est dimanche !

L'apéro des reproches
De l'épouse délaissée
Par un mari fantoche
Et sa drôle de poupée

La soupe à la grimace
Brûlante et trop salée
En se voilant la face
Et très mal digérée

L'amour cuit et recuit
Tressaute dans l'assiette
Et le poids des non-dits
Rend la farce un peu blette

Un petit verre de vin ?
Après tout c'est dimanche !
Buvons au quotidien
Et la nappe trop blanche

Une tarte aux pommes
Un sourire hésitant
Rassure le bonhomme
Apaise le présent

Dans un vase en cristal
Une rose s'incline
Tristesse des pétales
L'amour qui se débine
 

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