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Texte n°5 Concours les petits papiers

Publié le par christine brunet /aloys

 

L’étranger derrière la porte…


 

Après de si longues années d’un silence coupable, j’ai décidé, au crépuscule de ma vie, qu’il était grand temps de libérer ma conscience. De tenter d’alléger enfin ce fardeau qui pèse si lourd sur mes épaules. De révéler au monde l’origine de ce remords qui me ronge sans répit. De confesser l’énormité de ma faute. Devant Dieu et devant les hommes, comme dit la chanson.

Alors, voilà… Tout était calme ce soir-là. À la réflexion, même un petit peu trop calme, me dis-je en réalisant que je n’entendais plus le chant habituel des grillons par la fenêtre ouverte sur le jardin. Légèrement intrigué, je m’en approchai tranquillement quand une vive lueur verte jaillit de l’obscurité, m’obligeant à fermer vivement les yeux.

Le décor familier avait dramatiquement changé lorsque je les rouvris, les protégeant d’une main qui se voulait ferme de la lumière glauque dans laquelle tout baignait, donnant au quartier un aspect absolument fantasmagorique. Stupéfié, puis paniqué, je perçus un bourdonnement continu provenant de l’autre côté de la maison, là où se trouvait la porte d’entrée.

Ne sachant trop si je devais tout de suite tenter d’en apprendre plus ou s’il était plus avisé de s’enfermer à double tour et d’attendre des nouvelles devant la télé, je me penchai pour risquer un coup d’œil prudent à l’extérieur. Ce qui me permit d’apercevoir une partie d’un drôle d’engin posé sur la pelouse, un objet massif et légèrement phosphorescent touchant apparemment à peine le sol.

Mon cœur se mit à battre la chamade. Ainsi, « ils » étaient là. Et c’était de toute évidence à moi qu’ « ils » en voulaient. Affolé, je fis en quatrième vitesse le tour des pièces de la maison pour fermer vivement les volets, et courus ventre à terre vers la porte que je verrouillai soigneusement, la bloquant même avec le dossier d’une chaise coincé sous la poignée. Puis, la gorge sèche, collai mon oreille contre la mince cloison de bois.

Un bruit de friction, nettement perceptible, acheva de me nouer les tripes. Bordel de bordel, qu’y avait-il donc derrière cette porte qui se mettait maintenant à trembler sur ses gonds ? Après bien des hésitations, redoutant vaguement de voir quelque chose que je n’aurais pas voulu voir, je fis glisser d’un doigt tremblant l’opercule fermant le judas optique.

Rien, le noir total. Compris… gros malins ! C’est à ce moment précis que je me résolus à aller récupérer le pistolet automatique qu’un oncle avait ramené en douce d’Algérie, un Mac 50 alors en usage dans l’armée française, planqué depuis des décennies sur la plus haute étagère de la cave. Merde, « ils » l’auraient bien cherché…

Je fis l’aller-retour en pédalant comme un fou. Haletant, je vérifiai rapidement la présence d’un nombre suffisant de cartouches dans le chargeur que j’engageai d’un coup sec dans la crosse de l’arme avant d’introduire une balle dans la chambre. Puis, appuyant avec détermination le bout du canon contre l’ouverture du judas, je pressai la détente.

Pan ! Une détonation assourdissante, un recul violent qui me fit mal au poignet et un trou fumant dans la porte. Et une odeur de cordite qui envahit aussitôt la pièce. Histoire d’assurer le coup, je recommençai. Une fois, deux fois, trois fois. Puis attendis, l’oreille aux aguets.

Au début, il ne se passa rien. Plus aucun bruit, à nouveau cet inquiétant silence qui m’avait fort pertinemment alerté. J’entendis alors comme un vrombissement allant d’abord crescendo pour décroître ensuite lentement. Comme quelque chose qui viendrait de redémarrer avant de s’éloigner. C’était ça… Victoire ! « Ils » foutaient le camp !

Après quelques minutes qui me parurent fort longues, une torche électrique dans une main et le pistolet dans l’autre, j’ouvris la porte avec moult précautions. Et, effectivement, leur engin n’était plus là. Pfft, envolé ! Sur le gravier de l’allée, par contre, « quelque chose » remuait faiblement. Maîtrisant avec peine ma répulsion, je m’avançai.

Bon… ça ressemblait vaguement à un bipède : deux bras, deux jambes et une horrible tête, le tout couvert d’écailles et baignant dans une mare violette et visqueuse que je présumai être du sang. Vu de plus près, un tube dépassant de ce qui lui servait de bouche et que je supposai être une espèce de filtre. Et, de façon parfaitement saugrenue, entre ses doigts griffus, une feuille souple couverte de signes !

J’approchai ma torche. Stupeur… Des mots sans suite, visiblement piochés dans différentes langues humaines ! Je reconnus d’abord du cyrillique que je ne sus déchiffrer. Quelques idéogrammes qui n’eurent pas davantage de chance. Et puis, « Frieden », « peace », « paix ». Paix !

Debout devant ce corps étranger maintenant parfaitement inerte, je commençai à réaliser ma tragique erreur. Moi, banal et insignifiant habitant de la planète Terre, obscur individu que rien ne distinguait parmi des milliards d’êtres humains, j’avais eu l’insigne honneur d’être choisi pour leur ambassade. Que je venais de faire aussi lamentablement échouer…

J’ai creusé discrètement, tout au fond du jardin, entre les rosiers et le massif de lauriers roses, un trou profond pour y enfouir ma victime. Oui, j’osais à présent la toucher. La honte avait remplacé la répulsion et si j’éprouvai du dégoût, c’était bien désormais envers moi-même…

Toutes les nuits, depuis cette soirée fatale, je scrute avidement le ciel étoilé. Reviendront-ils ? Peut-être même cette fois, au pire, avec tout autre chose qu’un message de paix ? Ou préféreront-ils nous ignorer à jamais ?

« Peuples des milliers d'étoiles
Qui palpitent loin d'ici,
Par delà les sombres voiles
Frères, vous chantez aussi ! »

 

Publié dans concours

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Texte n°4 Concours

Publié le par christine brunet /aloys

 

La porte, d'habitude large ouverte, était invitation à satisfaire ma curiosité. Enfant déjà, je prenais plaisir à pénétrer dans ce lieu pourtant interdit. L'inaccessibilité est une invitation.

"Toujours honorer une invitation" me disait mon père. "C'est un chemin vers la découverte." Je lui ai toujours obéi. Je me suis assis contre le mur. Je doutais. Cette porte d'habitude accueillante ne l'était pas. Et donc pas d'invitation !

Que se passerait-il si j'osais ?

Le bâtiment, d'un gris triste, est entouré d'un riche muret. Sa taille me dépasse, je ne suis pas très grand. Mes frères me surnomment le p'tit et cela m'agace. Mais bon, c'est le lot des petits d'être traités de petits. Il doit être onze heures et ce matin je devrais être à l'école. Mais je suis malade. Mon frère aîné m'a dit "Pas question que tu sortes même si le soleil brille". Mes parents tous les deux travaillent. Mes frères sont à l'école. Je suis seul et donc…

 

La porte est close. Et ce n'est pas habituel. Je longe le muret autour du grand bâtiment. Le bruit des graviers du sentier accompagne mes pas qui se font hésitants. Tout à coup je ressens un malaise. Une douce inquiétude s'empare de moi. J'aime assez cette sensation de pénétrer dans un univers défendu. Je suis un rêveur, tout le monde me le dit ; parfois cela me fait plaisir, souvent cela m'irrite. Quand je rêve, je me balade. Peut-être est-ce l'inverse ? Je me souviens de cette dernière rêverie. Je marchais dans le quartier vers la maison interdite. C'est ainsi que nous l'appelions mes frères et moi. Un bâtiment austère, entouré d'un muret.

 

Mais je m'égare. A l'arrière du bâtiment, de grandes baies vitrées. Elles datent de la dernière rénovation. Avant, la bâtisse était une brasserie. Les entrepôts de stockage sont toujours visibles, habités par une faune singulière. "Ne parle pas à ces gens !", "N'approche pas ces animaux !" me répète-t-on. Mais je suis un rêveur et mon excuse est facile quand je désobéis. "Quoi, vous m'aviez-mis en garde ? Ah, mais je ne m'en souviens pas."

Prudemment, j'avance le long de la façade arrière. Le silence est total. Sur ma gauche un grand espace envahi par des herbes de toutes sortes. Quelques surfaces pavées apparaissent, du moins ce qu'il en reste. Les chariots de houblons se rangeaient là, attendant qu'on les décharge. Un cri soudain me surprend. La chevêche plonge du sommet d'un vieux marronnier. Cette fois, le mulot s'en sort. Je m'arrête, observe l'ancienne salle des cuves. Il y a de la lumière à l'intérieur. Je perds de mon assurance. Je sens que l'inquiétude alourdit mes mouvements. Une odeur m'accompagne. Le malt. Je suis tout proche de la malterie. Les brasseurs au travail, je les vois, je les sens, le grondement du feu sous les cuves, les cris, les ordres, le bruit des fûts qui roulent, les chevaux qui hennissent attendant la manœuvre. "Eh, p'tit, reste pas là, tu vois pas qu'tu gènes ?"

"Pardon, m'sieur !" et je fais un mouvement vers la gauche. Je me retrouve sous la voute de la grande salle d'entreposage : d'énormes barriques, des futailles sommeillent là.

Mon attention est attirée vers le fond de l'entrepôt. C'est sûr, il y a de la lumière. A moins que ce soit le soleil dont les rayons caressent les vitres sales. De la vie dans cette ruine ? Ne suis-je pas en train de me raconter des histoires en imaginant alors la main inconnue venue appuyer sur l'interrupteur ? J'entre plus avant. L'odeur de fermentation me monte à la tête. Je me sens fragile, les jambes molles, la conscience à l'ouest. Des détritus de toutes formes, espèces, usages parsèment le sol, les restes d'étagères, les armoires désarticulées forment un décor inconnu. On dirait un château hanté ? De longues et collantes toiles d'araignées me compliquent la marche. Mes yeux s'embrument mais les larmes sont des nuages de poussières humides, sales et gluants. Je panique. Je pense aux mises en garde paternelles. Pas con ce qu'il disait. Mon excitation croît au rythme de ma peur. Soudain je glisse. Le sol est très humide et, voulant récupérer l'équilibre, je fais un faux mouvement. Une douleur forte. Et brève. J'ai mal jusqu'au bout des cheveux. Je saute au-dessus de ce que je prends pour une un ruisseau; est-ce un égout qui rend le sol fuyant ? Calme-toi, me dis-je. Je respire profondément mais je sens la nausée m'envahir. Tout ce qui croupit autour de moi m'enivre.

Je m'apaise. Mais, alors que je reprends la maitrise de la situation, des choses me passent entre les pieds. Je crie. Très fort. "Maman !"

Un souffle lent, languissant me plombe. J'ai du mal à avancer. Et toujours ces petits pas furtifs autour de moi. Des rats mangent des graines. L'odeur est forte. Le blé moisi. A nouveau les nausées. Et petit à petit, la frêle lueur du début qui semble se rapprocher. L'ambiance change, les formes se précisent, l'odeur devient plus respirable. Une teinte ambre occupe aussi l'espace. Le noir se donne d'autres couleurs. Je me sens presque bien. Et puis surprise. Un son. Grêle. Et pourtant apaisant. Toujours je marche. Prudemment. Je ne pense plus, j'observe, je dévisage, je goûte un univers que je ne connais pas. Une note régulière, lancinante, entourée de tant d'autres. Et une mélodie. Serait-ce ça l'Ecosse dont le père parlait aux grandes occasions ? Et un énorme oignon apparaît tout à coup, il est grand, si dodu, d'une couleur qui me fait penser à maman faisant du caramel. "Ah, Maman !" Y penser me donne un coup de blues. Près du gros légume, un homme. Oui, un vrai, aux traits marqués, le visage en sueur dans une salle surchauffée où tout est vapeur, gargouillis et chaleur. Et cette odeur qui maintenant me saoule.

Mon esprit est sous l'emprise de cet homme et la surprise de cet oignon. Je plonge, plane, vole, éthéré, sans repère, comme en apesanteur.

Une douleur, cinglante et j'atterris. Le choc est brusque. Une gifle m'éveille. Je suis couché sur le sol. J'étais bien. Mon père me bouscule, me hurle dessus. "C'est quoi cette histoire ? Et cette bouteille vide ?" "T'es pas cap, m'avait dit mon frère, me tendant la bouteille, pas cap de la vider." Un flacon 15 ans d'âge que papa conservait pour les grandes occasions. Il se servait un verre, à lui tout seul. Je n'ai jamais goûté ce truc. "Bien meilleur que la bière" disait papa aux grandes occasions…

Me suis-je appuyé contre ce muret ? Ai-je débouché la bouteille ? Et vidé le flacon ? Qu'est-ce que je foutais là, couché par terre ? Mystère.

"Une cuite de première" a constaté le médecin de famille.

Quelques semaines plus tard, revenant de l'école. Je passe devant l'ancienne brasserie et c'est plus fort que moi… La porte est close, encore. Je la pousse, sans difficulté, la serrure est neuve. Je pousse la porte qui s'ouvre facilement.

J'entre. De la lumière, des voix. Je les connais ces voix. Je pousse plus avant et j'arrive devant une autre porte. Les voix viennent de là. Pas d'hésitation. Je me penche et regarde par le trou de la serrure. Deux hommes sont attablés près du gros oignon Je sais maintenant que cela s'appelle un alambique et celui-ci ronronne. Les deux hommes rient, ils discutent et lèvent des petits verres qu'ils vident avec un sérieux qui m'étonne, on les croirait pris dans un rituel. Serait-ce ça une grande occasion ?

Et puis, stupéfaction ! Le second célébrant de cet étrange rituel est mon prof de français. "Qu'est-ce qu'il fout là ?"

Et soudain je repense que demain je dois rendre un exercice de créativité en langue maternelle. Le titre ne m'inspire pas, mais alors pas du tout : "Derrière la porte".

Publié dans concours

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Texte n°3 concours les petits papiers

Publié le par christine brunet /aloys

 

Derrière la porte 

 

Les invités ont poussé un hooooooo extasié en voyant la mariée s’extirper d’un carrosse de fer forgé peint en blanc, en forme de citrouille avec des vrilles de plastique entrelacées et deux laquais portant des masques de souris, tant secoués sur le marchepied arrière qu’un des deux a vomi sur sa tenue blanche. Il a sauté au sol pour soutenir galamment la main potelée de la mariée, et se tient courbé pour dissimuler la trainée de café au lait avec biscotte au fromage mixés dans l’estomac, qui empeste et décore l’avant de sa livrée. Hortensia-Marie, la mariée (Rose-Marie de son vrai nom, Grosse-Mariepour les coquins) fronce le nez aux relents acides dont elle n’identifie pas la provenance, et effectue un magnifique clap-clap de faux cils constellés de paillettes dorées.

 

Les invités applaudissent, quelques voix d’amies murmurent « tu es superbe, Grosse heuuuuh Hortensia-Marie ! » et certaines ricanent d’un air aimable en se lançant des coups de coudes. La mère de la mariée, un squelette vêtu de rouge sang, les cheveux brûlés par une permanente maison et une teinture abricot et mauve, les dents rouge-à-lèvrées avec abondance, s’avance en libérant des larmes noires de rimmel, se ruant sur sa fille qu’elle ne peut enlacer vu sa circonférence généreuse, mais elle arrive à déposer sur son épaule dénudée (oh mon dieu, pourquoi ne pas l’avoir couverte ?) un peu de noir et de rouge, l’estampillant ainsi d’un hématome assez réussi. Plus sans doute que le maquillage, parce qu’entre la bouche aux contours si brillants qu’on la dirait de plastique, le contour des yeux évoquant un pharaon tombé dans une cuve de confetti brillants, la coiffure avec tant d’extensions que le voile est en train de décrocher le tout depuis que le laquais qui a enlevé son masque de souris pour croquer un Mars – ajoutant des taches brunes à ses gants autrefois blancs –, l’a piétiné, le marié ne reconnaît sa bien-aimée qu’à son tour de taille.

 

C’est l’instant de la surprise du marié à la mariée : un orchestre de cariocas se met à jouer la Cucaracha, alors qu’on ouvre une volière de perroquets qui s’envolent en lâchant des salves de crottes d’effroi sur l’assemblée, au son des trompettes et de la voix de deux Mexicains du borinage qui contrairement à la cucaracha, ne manquent pas de marijuana à fumer…

 

C’est couverts de plumes colorées, serpentins, confetti et fientes de perroquets que le groupe s’entasse dans la salle des mariages, se disputant les chaises, envisageant un instant même de jouer aux chaises musicales car il n’y en aura pas pour tout le monde, c’est clair. Les plus malins ont emmené leur chaise pliante de pique-nique, et les plus gourmands … des sachets de chips. Les deux laquais à tête de souris les tiennent sous le bras, leurs têtes, fumant béatement un joint offert par l’orchestre de cariocas borin. La fumée, les bruits de mastication, les sanglots de la mère de la mariée, un rôt sincère du maire qui a pré-fêté au cidre tôt le matin, l’ambiance est à son comble. L’heure solennelle, profonde. Le maire rappelle aux époux leurs droits et devoirs en riant, Hortensia-Marie s’acharne sur sa bretelle qui glisse et libère son sein droit, lequel veut à tout prix s’échapper comme un goret d’un sac… Kevin-Marcel, son mari (Jean dans la vraie vie, J’en pense rien pour les autres ) lorgne ledit goret et se réjouit de jouer au cochonnet dans quelques heures. Son costume le serre, et il craint pour la couture de l’arrière de son pantalon, que sa mère a déjà dû renforcer deux fois depuis l’essayage.

 

Le petit Quinquin, fils de Laeticia-Josette, sœur d’Hortensia-Marie, s’avance avec un coussin en forme de cœur, surmonté des deux anneaux d’or émaillés de rose bonbon, avec un smiley aux yeux amoureux au milieu. Lorsque Kevin-Marcel saisit celle qu’il doit enfiler au boudin de son épouse, le coussin émet un pet sonore, et le maire salue la blague délicate d’un éclat de rire et d’une affirmation joyeuse : Un coussin péteur, quelle bonne idée !!!

 

Après le vin d’honneur plutôt allongé, la noce zigzague vers la salle des fêtes en chantant, dans un chœur incertain, c’est à boire qu’il nous faut

 

On pénètre dans la salle par une porte représentant une énorme bouche ouverte, dans laquelle il faut entrer par un tapis pelucheux figurant la langue, sale et jonchée de mèches des extensions d’Hortensia-Marie ainsi que son voile souillé et déchiré, et au fond on pousse une glotte luisante et rouge, pour découvrir le décor du banquet : les tables rondes sont montées sur de petits carrousels, dont les sièges ne sont autres que les sept nains, Mickey et Minnie, Dingo et autres êtres échappés de Disneyland.

 

La mère de la mariée est assise sur le dos de Simplet, et retient difficilement une nausée, tandis qu’à côté d’elle, le petit Quinquin y cède avec élan : ce n’est pas que l’entrée soit mauvaise – Mozzarella rouge farcie de gelée verte et bonbons colorés – mais le roulis du manège commence à opérer. On n’est pas encore arrivés au dessert – des crêpes à la réglisse et crème fouettée à rayures oranges et violettes - que tout le monde a vomi du vert, du rose, du bleu, du jaune, et que seuls ceux qui ont vraiment beaucoup bu ont encore l’énergie de rire et chanter « tu me fais tourner la tête, mon manège à moi c’est toiiiiiiii ! ». Hortensia-Marie et Kevin-Marcel s’échangent un clin d’œil de victoire : « le prix du plus beau mariage de l’émission de TV… on va le remporter, les doigts dans le nez ! » Et pour mieux se faire comprendre, ils se mettent l’index dans le nez l’un de l’autre dans un éclat de rire heureux.

 

Le bal est une nouvelle réussite de haut vol, après qu’ils l’aient ouvert dans un tango époustouflant, d’autant que le porcelet s’est échappé du sac, le pantalon s’est décousu à l’arrière révélant un slip rapiécé, les trois poils sur le caillou de la mariée cliquetaient de toutes leurs épingles à cheveux inutiles sans voile et extensions, et en s’enlaçant les jambes, le couple est tombé au sol. On a dû mobiliser toute la gent masculine pour les remettre sur leur manège, dont ils ne sont plus sortis, et chercher le dentier de la mariée…

 

La nuit tombe. Derrière la porte de la chambre d’hôtel, deux gisants sur un lit comme des baleines échouées. Au sol, leurs habits de lumière de ce grand jour. Sur le couvre-lit, ce que ces mêmes habits ont plus ou moins caché. On ne s’y étendra pas. Kevin-Marcel rêve tout haut « salope, salope… », ce qui réveille Hortensia-Marie, non démaquillée, et dont les cils ne se décollent pas, englués par le rimmel, les confetti, les paillettes, quelques fientes de perroquets ayant fui à l’étage inférieur, et un hématome inexplicable. Un vague souvenir tourne dans sa tête. Prise de vertige elle se croit encore assise sur le dos de la reine des neiges, et un petit hoquet propulse sur le jeune époux un morceau de crêpe noircie par le réglisse. « Salope, Salope… » bave Kevin-Marcel, inconscient et égaré dans une fantaisie onirique. Et brusquement elle se dresse sur son séant XXL en poussant un cri. Tout lui revient. Même l’hématome à l’œil. Et comment !

 

Elle a oublié d’inviter les juges du concours. Et ils ne pas gagneront le voyage de Noces convoité, un magnifique prix d’une valeur de 500 € pourtant, pensez-donc : voyage en avion (en cale), transport à l’hôtel (à dos d’ânes galeux), pension complète (menus préparés par le cuistot de l’orphelinat local), plage privée (un champ de figuiers de Barbarie), boisson à volonté (l’eau du puits, pure et fraiche). Un reportage à la TV (leur entrée à l’aéroport de départ, le reste aurait été censuré…). Et là, par sa faute, toute à ses préparatifs élégants et originaux, elle a oublié d’envoyer les faire-part aux juges… Salope, Salope lui a reproché Kevin-Marcel dès qu’il a réalisé le désastre. « Et dire qu’on a fait un emprunt de 25000 € pour participer, et je me retrouve marié avec Moby Dick !!! Tiens, prends ça ! » Vlan !

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Texte N°2 concours "Derrière la porte"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Charleroi, fait divers

 

Tu sonnes et sonnes encore. Pas de réponse. Tu attends quelques secondes. Ta montre te l’indique bien, il est dix heures dix. Tu as dix minutes de retard, soit. Bien sûr, la date du rendez-vous a été fixée le mois dernier et tu te dis que la personne a relégué tout ça aux calendes grecques. C’est pas la première fois que ça arriverait. Les gens prennent des rendez-vous parce qu’ils ont besoin de renseignements précis à un certain moment et puis les problèmes se règlent d’eux-mêmes, leurs enfants prennent les choses en main ou le fisc rembourse plus tôt que prévu et le rendez-vous tombe dans l’oubli. Ton smartphone vibre, tu décroches. C’est ton frère. Il te demande ton avis pour l’anniversaire de mariage de vos parents. Quarante ans, ça se fête, non ? Alors tu souris, tu lui dis, Waouwh, quelle chouette idée que celle-là, frangin. Ok, on discute de tout ça ce soir devant un p’tit rouge. On fêtera ces quarante ans-là en grandes pompes et avec un peu de chance il fera beau, ce sera encore l’été. À ce soir alors frérot, vers dix-neuf heures si c’est pas trop tôt pour toi. Et après tout on se fera une petite bouffe au resto italien juste en bas de chez moi. Ok ? À ce soir !

Tu sonnes encore, tu commences à râler. Tu vérifies que tu es bien à la bonne adresse. Rue du Panorama, numéro vingt-deux. Tu te dis que c’est bien là, tu ne t’es donc pas trompée. Ton gps se moque parfois de toi et t’envoie te perdre sur des chemins foutraques mais là, t’en es certaine, rue du Panorama c’est ici. De plus la secrétaire te l’a inscrit en deux chiffres ultra grands et en ajoutant avec une pointe d’humour, attention v’là les flics, 22. Tu jettes un regard circulaire autour de toi. La rue est déserte, pas une âme. Dans ces villages-ci, en dehors des heures de pointe, de rentrées et de sorties des classes, c’est Waterloo morne plaine. C’est curieux car tu perçois comme une musique et puis ensuite des voix joyeuses. Tu te dis que la personne est peut-être sourde et que et que… la radio c’est ça, c’est la radio qui fonctionne et les bavardages de l’animateur couvrent le ding dong de la sonnette. Et merde de merde. Tu penses aux autres visites de cette journée dans cette banlieue de ce maudit Pays Noir que tu connais à peine. Tu pousses sur la porte car tu te rends compte qu’elle est entrouverte. Le hall d’entrée est sombre et poussiéreux. Côté gauche, un porte-manteau sur lequel sont accrochés deux imperméables beige à l’encolure dégueulasse et deux gilets mités. De couleur verte et ça, ça te fait rigoler cette couleur verte. Tu te dis que c’est le côté campagne de cette demeure et tu remarques ensuite que les deux gilets sont identiques, même couleur et aussi même taille. Ça te ramène à l’anniversaire de tes parents car eux aussi s’achètent parfois des vêtements identiques pour leurs balades en forêt ou d’autres événements mais pour ce jour-là, tu espères qu’ils ne feront pas ça, oh non, oh non !

Tu trouves ça quand même étrange, cette immobilité dans ce hall d’entrée. Et puis cette impression de vide, de non-mouvement, d’immobilité totale. À part ce porte-manteau et ces machins qui pendouillent dessus, rien. Tu aperçois un escalier tout au bout d’un couloir qui prolonge le hall. Tu cries, Y’a quelqu’un, hou hou, y’a quelqu’un ? Tu relis encore sur ton pense-bête rose fluo l’adresse et les noms. Tu n’as pas vu de boîte aux lettres et donc comment t’assurer que Robert X et Jacqueline X habitent bien ici ? Ce serait une bonne blague, tiens, que tu ne sois pas à la bonne adresse. Une aventure de plus à noter ! Tu as de l’imagination, tu aimes les films fantastiques ou à suspense et tout ça alors tu sais pas pourquoi, des scènes de Psychose d’Alfred Hitchcock traversent tes neurones. Et justement ce mois-ci TCM passe chaque soir un Hitchcock. Tu penses, Putain de merde, ce soir c’est Sueurs froides et je serai au resto italien avec le frangin. En une fraction de seconde tu vois ton doigt qui actionne la touche R de ta télécommande et tu te dis que tu as intérêt à ne pas l’oublier, cet enregistrement-là. C’est pas souvent qu’on repasse Sueurs froides à la télé. Tu cherches le nom des acteurs, tu sais pas vraiment pourquoi. C’est comment déjà les noms de ces deux acteurs tu te demandes tout en t’apercevant qu’il y a de la lumière dans cet escalier tout au bout de ce couloir au lambris grisâtre et crevassé. Ah oui oui, Kim Novak et James Stewart, ça te revient après quelques secondes d’hésitation. Tu cries de nouveau, Y’a quelqu’un ? tout en sortant ton ordinateur portable de ton sac rouge Hedgren. Tu relèves la tête et il te semble apercevoir une porte tout au bout du couloir, juste à droite de l’escalier. Tu fais quelques pas tout en continuant à crier, Y’a quelqu’un, y’a quelqu’un ? Et puis une odeur de rat crevé te prend à la gorge. Mais ce n’est pas la première fois dans ta jeune carrière d’assistante sociale que tu te retrouves les deux pieds au milieu de la crasse. Une ou deux poubelles oubliées dans la cuisine ou alors des boîtes de conserve, ça pue aussi une boîte de conserve quand elle reste ouverte durant plusieurs jours. Et puis tu repenses à Psychose, à Norman Bates, et à certaines scènes de ce film. Ah, quel stress, quel suspens, quel as cet Hitchcock ! Ça te fait presque sourire, l’image de ce vieux fauteuil à bascule et de cette femme momifiée. Mais tu zappes tout ça car cette puanteur s’intensifie de plus en plus et te soulève à présent le cœur, maintenant que tu pousses la porte tout doucement. Et que tu découvres une scène d’horreur qui te laisse sans voix.

Deux cadavres. Celui d’un homme et celui d’une femme. La femme est allongée sur un divan en cuir brun. Elle semble endormie. L’homme est recroquevillé sur le carrelage. Entre ses mains, une couverture de laine.

À la radio, on annonce pour ces prochaines heures des chutes de neige, une accumulation au sol de cinq à quinze centimètres, et blablabla et blablabla. Mais tout ça, tu ne l’entends pas. D’ailleurs, tu n’entends plus rien. Ta vue se brouille et tu mets quelques secondes avant de réagir et d’appeler les secours.

 

Cette fiction est librement inspirée d’un fait divers survenu en janvier 2019 dans la région de Charleroi. Ils s’appelaient Robert et Jacqueline, ils étaient frère et sœur. Ils vivaient tous les deux dans une petite maison, à Aiseau-Presles. Ils sont morts seuls.

 

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Texte n°1 Concours "Derrière la porte"

Publié le par christine brunet /aloys

Le berger et le prisonnier

 

Il était une fois un berger prénommé Jean. Chaque matin, bâton à la main, sifflant au vent et souriant aux cieux cléments, il menait ses brebis sur les verts pâturages de son pays, couvert de garrigues et entouré de falaises.

Mais un beau jour de printemps, une peine inconsolable frappa le jeune berger.

Alors que depuis trois lunes, Jean contait fleurette à Louise, fille de l’épicier du village, que la belle et douce s’attendrissait, sensible aux charmes et aux délicates attentions du berger, leur bonheur fut interdit.

Quand Jean arriva à la boutique, avec le plus grand bouquet d’iris qu’on ait jamais vu au bras d’un homme, et qu’il demanda la main de Louise à son père, celui-ci fut pris d’une colère sans pareille et jeta le jeune berger hors de son épicerie dans le chaos d’une phrase indélébile : “Comment oserais-je donner ma fille si belle et instruite à un homme si pauvre et illettré ? ”

Jean s’assombrit, mois après mois, saisons après saisons, enterrant sa douceur de vivre sous une épaisse couche de chagrin. Jusqu’à ce soir d’été où l’impensable arriva.

 

A mesure que le jour tombait, que le troupeau regagnait lentement son enclos de nuit, Jean se laissa divaguer dans les bras de sa belle. Il n’en fallut pas plus pour qu’une de ses brebis échappe à son attention et s’aventure à flanc de falaise, sur un terrain des plus friables. Quand Jean s’en aperçut, il paniqua et abandonna son troupeau pour secourir l’imprudente. Malheur ! La terre se déroba sous leur poids, le sol s’éventra, et Jean et la brebis furent avalés par les profondeurs. Quand le dos du berger frappa ce qui semblait être le fond d’une grotte, il perdit connaissance. La brebis succomba. Jean survécu.

Malgré d’importantes ecchymoses, il put s’adosser à une paroi et, fébrile, cligna plusieurs fois des paupières avant de saisir ce qu’il vit. Louise dansait. Tout autour de lui, elle dansait. Puis, une multitude de fées. Elles souriaient et regardaient le berger avec tendresse. Courage, crut-il entendre, courage, et prudence...

Doucement, il reprit ses esprits. Tout autour de lui, cette grotte, aux dimensions vertigineuses, aux stalagmites et stalactites étincelantes de cristaux de sel. Des drapés et des dentelles de roches comme dessinés par le merveilleux. Même si l’escalade de la galerie s’annonçait périlleuse, Jean se releva et trouva la force de marcher. Mains agrippées aux parois, il avança. Lentement et prudemment. Jusqu’à ce murmure :

Aidez-moi, par pitié, aidez-moi, je vous en conjure.

La voix semblait étouffée dans la roche, mais il était impossible de ne pas l’entendre. Jean se tourna. Rien. Rien de visible. Folie, se dit-il. Mais au bout de quelques pas, la voix se fit plus présente.

Aidez-moi, par pitié, aidez-moi, je vous en conjure.

L’oreille sur la pierre, le berger en était maintenant certain, il se trouvait au plus proche de cette voix clamant de l’aide. Après avoir écarté un amoncellement de pierres, il n’en crut pas ses yeux. Une épaisse porte de bois bardée de barres de fer et à son pied un liseré d’or. Une lumière si puissante que le berger en fut aveuglé quelques instants. Sur la porte, une phrase gravée, en latin, indéchiffrable pour le jeune berger.

Daemonium vincula.

Fuge, antequam avaritia atque in pascat eam carne.

Aidez-moi, par pitié, aidez-moi, je vous en conjure.

Qui se cachait donc derrière cette porte ? Et pourquoi ? A la curiosité s’invita la crainte, mais aussi la pitié. La voix était chevrotante. Et s’il s’agissait d’un honnête homme ?

Jean prit la parole :

Oui, je vous entends. Mais qui donc êtes-vous ?

On me fit prisonnier par mépris, pour ma fortune. Je vous en conjure, délivrez-moi. En remerciement, ma fortune sera la vôtre.

Jean ne savait trop que penser. Alors la méfiance lui insuffla de percer un œil dans la porte de bois, de la taille d’un ongle. Dans le tout petit trou, il vit des pièces d’or, à foison, des pierres et objets précieux. Contre un mur, il devina l’homme dans une toge, au visage dissimulé par une large capuche, aux chevilles et poignets noués dans des chaînes rivées à la pierre.

— Donnez-moi à voir votre visage !

La capuche tomba en arrière, et laissa apparaître un visage osseux, sale, marqué de souffrances. L’homme ne semblait pas plus grand qu’un enfant de dix ans. Rachitique. Inoffensif, pensa Jean.

Ainsi, il décida de forcer la porte. A coups de pierre, deux heures durant, le berger s’acharna jusqu’à ce que le bois cède. Jean entra dans la geôle et, à distance, jaugea l’homme des pieds à la tête.

Otez-moi ces chaînes et je ferai de vous un homme riche.

Qui me dit que je peux avoir confiance en vous ? N’êtes-vous pas brigand, assassin ou les deux, que sais-je ?

Je vous en conjure, ayez confiance.

Jean hésita, puis pensa à Louise. A son père. A son consentement devenant possible.

Faites de moi un homme riche et, ensuite, vous retrouverez la liberté.

Soyez maître de votre décision.

Ainsi, Jean partit avec un coffre d’or, et revint le lendemain porter au prisonnier soins et victuailles. Six couchers de soleil durant, le berger emporta un coffre d’or. Six couchers de soleil durant, les deux hommes s’apprivoisèrent et se confièrent. Tant et si bien qu’une fois les forces retrouvées, le prisonnier fut libéré et s’installa dans le village. Jean fit couper les plus beaux costumes, broder les plus belles robes, confectionner les plus belles parures de diamants, et se présenta à l’épicier. Devant tant de richesses, Louise lui fut offerte.

Les jeunes mariés s’installèrent dans la chaumière du berger et vécurent ainsi, heureux, dans un bonheur fait de simplicité, d’isolement et de passion.

 

Durant ce temps, le prisonnier devint une personnalité  incontournable du village.

Très vite, tous connurent son nom : Crocus. Il fit commerce avec les uns, offrande avec les autres. Partout où il allait, il troquait un peu de sa fortune contre bonne grâce. Il fit construire des ponts et des routes, des commerces et des hospices. Au fil du temps, le village devint cité.

Chacun voulait sa part de fortune, contre labeur ou faveur. On raconte même que les voyageurs venaient des quatre coins du monde pour charmer le prisonnier devenu grand seigneur : jongleurs, dompteurs de félins, artistes peintres, sculpteurs… On fit ériger une statue à son effigie, dessiner les plus belles places et fontaines portant son nom, bâtir un palais. A mesure que Crocus distribuait son inépuisable fortune contre l’adulation des villageois, il grandissait. De quelques millimètres par jour.

Des festins gargantuesques étaient organisés à sa gloire où le vin coulait à flots, les mets se voulaient d’un raffinement divin, les danseuses aux charmes irrésistibles. Tous le vénérait, mais il voulait plus : être craint.

Les cupidités dépassèrent l’entendement.

Crocus grandit encore. Et encore. Jusqu’à faire la taille de deux hommes.

Aussi grand qu’effrayant, il devint méconnaissable : ses yeux luisaient d’un appétit cruel ; sa mâchoire rivalisait avec celle d’un animal féroce. Il se plaisait à rugir au moindre mécontentement. Tout lui était dû. Tout et toutes. D’ailleurs, les plus belles femmes de la vallée lui appartenaient. La plupart des pères y avait consenti sans oser hésiter, quant aux autres, le malheur les frappa. Pareil à un piège à ours, la mâchoire de Crocus vint s’abattre sur leurs têtes, sectionnant os et ligaments, et gobant d’une simple déglutition les boîtes crâniennes arrachées.

Dès lors, le sang ne cessa de couler, plongeant la cité dans l’horreur et l’effroi.

 

Un beau matin, on frappa à la porte du berger. Un messager venu annoncer la mort du père de Louise, succombant au courroux de Crocus.

Louise pleura sept jours et sept nuits.

Au huitième jour, elle demanda à Jean de venger son père.

Le berger resta prostré sept jours et sept nuits.

Au huitième jour, il eut une illumination. La porte. L’inscription indéchiffrable.

Tous deux pénétrèrent dans la grotte et, prudemment, gagnèrent la porte brisée qu’ils reconstituèrent au sol tel un puzzle pour enfant. Dans un cri de torpeur, Louise déclama la traduction de l’avertissement :

Démon emprisonné.

Fuyez, sans quoi il se nourrira de vos cupidités et de vos chairs.

Fuir eut été compréhensible, mais ils décidèrent de combattre Crocus par ses propres armes.

Le soir venu, Jean s’infiltra dans la cité et, maison après maison, il pria les villageois de croire en lui. Le désespoir eut raison de leur cupidité. C’est ainsi que les richesses, tour à tour, furent déposées dans l’ancienne geôle de Crocus.

De façon fulgurante, aux yeux de tous, la bête mi-homme mi-démon se mit à rapetisser.

Alors, si d’aventure, vous visitez la grotte des Demoiselles, dans la haute vallée de l’Héraut, il ne tient qu’à vous de ne pas entendre la voix chétive vous offrant monts et merveilles.

 

Publié dans concours

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C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
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C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
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C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
C'était pour les 20 ans des Editions Chloé des Lys... Un reportage d'Edmée de Xhavée
Belle journée, heureusement pour tous ceux qui venaient de loin, dont Christophe Guyon qui n'a pas hésité à quitter les fastes de Versailles pour venir s'associer à cet anniversaire. Vingt ans contre vents et marées, et toujours là et plus forte, la maison CDL avait de quoi célébrer.
 
Les auteurs ont enfin pu se rencontrer "en vrai", mettre des voix, des âges et des visages sur les noms, et échanger gaiement opinions, connaissances, sourires autour d'une table magnifiquement garnie. Natalie Colas a même offert un cadeau imprévu à Laurent Dumortier en chantant un extrait de Paname avec justesse et gentillesse aussi. Et Laurent a consenti à un discours de trente secondes et demies, les silences et sourires compris. Ce fut aussi l'occasion de rencontrer Martine, Madame au secours je ne comprends pas, et Géraldine Mortier, la souriante graphiste au service des auteurs pour leur couverture...

 

Edmée de Xhavée

Petit jeu pour les absents... 

Donnez le nom des participants reconnus sur les photos en donnant, bien entendu, le n° de la photo... Ceux qui étaient présents, bien entendu, n'ont pas le droit de jouer !!! 

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Thierry Holzer nous présente son ouvrage "Aventures en terres de littérature"

Publié le par christine brunet /aloys

 

BIOGRAPHIE  

Né le 24 octobre 1962 à Grenoble (Isère – France)

 

Originaire du plateau du Vercors (Alpes - France), il tombe en littérature à l’âge de huit ans.

L’unique collection de livres qui trône derrière la vitre d’un secrétaire lui cligne de l’œil de son bleu

azur. Sophie Rostopchine (comtesse de Ségur) le tiendra en haleine durant plusieurs semaines.

Dès lors, Les livres ne cesseront plus de l’accompagner dans sa vie d’adolescent (Jules Verne)

et d’adulte.

Tour à tour, joueur et entraîneur professionnel de hockey-sur-glace, commercial dans une grosse

entreprise et, depuis 25 ans, professeur des écoles dans le Var au bord de la Méditerranée, il cultive

de nombreuses activités : la musique (trompette dans une harmonie), passion pour le théâtre et

l’opéra, voyages à pied ou à vélo (traversée de l’Europe, de l’Australie…), plongée sous-marine…

Quant au désir d’écriture qui remonte à l’adolescence avec des bouts d’histoires griffonnées de-ci,

de-là,  elle s’insinue par touches légères pour s’installer durablement. Il a une trentaine

d’années et enchaîne désormais poèmes d’inspiration diverses, nouvelles et enfin le roman

auquel il ose enfin s’attaquer.

« Aventures en terres de littérature est son troisième livre, premier à être publié.

 

Ecrire n’a rien d’anodin. Ce doit être un bonheur, un besoin, une manière de rester debout.

Apprendre, progresser, voyager, chaque jour, dans la vie, aux côtés de la littérature.

Faire partager ces émotions à ne serait-ce qu’à un seul et unique lecteur, constituerait en ce

qui le concerne une des plus grande réussite de sa petite existence…

RESUME

 

Qui n’a pas un jour rêvé de partir ?

Qui n’a pas un jour désiré délaisser pour un temps au moins sa petite existence insipide et routinière ? Qui n’a pas aspiré à d’improbables rencontres ?

Pour ma part, par un beau matin, à moins que ce ne fût par une après-midi pluvieuse, j’ai pris la décision d’embarquer à bord d’un esquif de feuilles d’écriture, d’y planter pour mât une plume. Ne me restait plus qu’à engager une navigation en direction du pays des mots ; quelques-uns qui depuis mon enfance berçaient mon imagination.

Puis retrouver personnages et auteurs de la littérature ; de ma littérature de cœur et les rivages de leurs contrées inoubliables.

Enfin et surtout vivre à leur côté de nouvelles aventures jusqu’à s’oublier parfois, se perdre entre rêve et réalité.

Alors je vous invite. Gagnez mon bord et partagez l’espace de ces quelques pages l’odyssée qu’il m’ait été donnée de vivre aux côtés de ces héros.

 

 

AVENTURES EN TERRES DE LITTERATURE Thierry Holzer

EXTRAIT Page 22

 

« J’étais aux côtés d’Henry de Monfreid, l’écrivain aventurier, l’écumeur des mers, le trafiquant de la Mer Rouge, le peintre, le photographe. Celui qui avait quitté cette vie mièvre, sans saveur, la petite bourgeoisie française, puis plus tard la caste coloniale de Djibouti. Libre à bord de son boutre, entouré et aimé de ses hommes.

Instants magiques. Ne pas chercher à savoir. Entre rêve et réalité, ne pas choisir. Comme ma plume aujourd’hui sur la feuille de papier qui navigue et glisse avec bonheur sans s’interroger ni réfléchir, s’interdisant tout raisonnement. »

Publié dans présentations

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Didier Fond nous propose un extrait de son ouvrage "Les somnambules"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Malgré moi, je me mêle au groupe, je cherche déjà à deviner d’où surgira la première lueur qui, là-bas, déchirera l’obscurité. Louis s’est glissé près de moi. Je sens son bras trembler contre le mien. Terreur ? Dégoût ? Ou est-il, comme moi, la proie d’une curiosité malsaine qui l’oblige à rester là, blotti contre le parapet, le regard fixé sur la Presqu’île, dans l’attente d’un spectacle qui ne peut être que monstrueux ? Pas une seule lumière, pour l’instant, de l’autre côté de la rivière. Nous-mêmes avons éteint nos lampes, sur l’ordre d’Axel. La ville baigne dans un silence total. Le temps semble s’être arrêté, à l’image de ce groupe figé dans une immobilité si parfaite que même le vent s’est lassé de le tourmenter. Quel geste, quelle parole pourraient rappeler à ces pierres, à ces fleuves imperturbables, à cette ville dont des millénaires n’ont pu venir à bout mais qu’une seule nuit a irrémédiablement vaincue que ces statues abandonnées à elles-mêmes le long du quai possèdent encore une étincelle de vie, un atome de conscience ? Pas un seul battement de paupières ne vient rompre leur inertie. Elles sont entrées, pour quelques interminables secondes, dans l’éternité.

 

Et soudain, en face, une lumière. A peine moins rapide qu’un éclair. Elle disparaît aussi soudainement qu’elle a surgi.

 

« Ce sont eux ! crie Mona-Lisa. Ils arrivent ! »

 

De nouveau le silence, intolérable. M’arrachant à la contemplation de l’autre rive, je regarde mes compagnons. Ils ont oublié le cabaret, les histoires qu’ils se racontaient, leurs regrets, leurs larmes. Je suis prêt à parier qu’ils ont même oublié jusqu’à la précarité de leur situation. Pendant quelques minutes, ils vont se sentir forts, heureux, vivants, si merveilleusement vivants… Ils sont du bon côté de la rivière. Sur la rive opposée, ceux qu’ils guettent, ceux qu’ils attendent, ce sont les renégats, les damnés, les laissés-pour-compte d’une mort plus distraite qu’à son ordinaire. Peuvent-ils, malgré l’avertissement de Raphaël, oublier qu’eux aussi, peut-être, passeront un jour le pont sans la moindre chance de retour ?

 

« Regardez ! s’écrie Arabella. Sur la place, là !… »

 

Débouchant d’une rue parallèle au quai, des lumières se dirigent lentement vers le centre de la place. Elles vacillent et avancent pas à pas. D’autres torches apparaissent à l’extrémité sud de la place. Elles s’approchent de leurs compagnes, s’arrêtent un instant, reprennent leur marche silencieuse –on dirait qu’elles glissent sur les pavés- puis commencent un va-et-vient régulier de la droite vers la gauche. Elles finissent enfin par s’immobiliser. Les autres lumières se sont elles aussi arrêtées. L’une d’elle se détache du groupe, traverse l’esplanade, s’engage dans la rue qui conduit au pont. De nouvelles lumières surgissent de l’obscurité, traversent le quai et, ne sachant apparemment pas de quel côté s’aventurer, tournent sur elles-mêmes, se penchent en avant, incapables de se décider. Le choix paraît crucial et la mésentente profonde vu les oscillations des torches. Là-bas, sur la place, les lumières se sont regroupées au pied de la statue tandis qu’une autre se dirige vers nous, d’une pas lent et égal ; parvenue à l’angle du quai, elle hésite un instant puis trace un large cercle autour d’elle et s’agite de bas en haut. Encore un signal, sans doute.

 

« C’est étrange, dit Eralda. D’habitude, ils ne font pas tant de simagrées. Ils se contentent de se réunir sur la place. »

 

En face, sur le quai, la jonction entre les lumières s’est opérée. Tournant le dos à la rivière, elles remontent la rue en direction de la place. Leur démarche est à la fois ferme et hésitante. Seuls les ivrognes et les somnambules, avant, allaient de ce pas hasardeux, donnant une constante impression de déséquilibre, et cependant miraculeusement assuré.

Publié dans extraits

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LA GROSSE BÊTISE DE MADAME LAURENT, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

LA GROSSE BÊTISE DE MADAME LAURENT


 

En bas, quelqu'un a vu, quelqu'un a crié.


 

En haut, elle a regardé ses pieds sur le plateau d'acier qui surplombe le trottoir.

Elle a cherché à s'asseoir pour être plus à l'aise.


 

Les badauds étaient maintenant agglutinés sur la rue. Les voitures s'étaient arrêtées et une ambulance toutes sirènes hurlantes arrivait. Puis ce fut au tour du camion des pompiers.

Là-haut, elle cherchait toujours. Passant les mains partout pour trouver. Ce fut l'inspecteur Dupuis qui entra le premier dans l'appartement. Il se précipita à la fenêtre.


Elle cria : "N'allez pas plus loin, le risque est trop grand !"

 

Dupuis crut bon de lui parler : "Allons, Madame, ne faites pas de bêtise !"


Elle se retourna vers lui : "Une bêtise pour plus de 250 euros !"


Dupuis se tut. Qui était cette folle ? Que voulait-elle avec ses 250 euros ?
 

La main gauche de la femme toucha enfin ce qu'elle cherchait.
 

Elle cria : "Je l'ai !"
 

Prudemment elle se remit sur les genoux puis debout.
 

Ce fut quand elle agrippa la rambarde en aluminium de la fenêtre que celle-ci céda et que la femme bascula dans le vide.
 

Les secours ne pouvaient rien pour elle. Dans sa main, il y avait toujours sa lentille de contact.


 


 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

Publié dans Textes

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Jean-Claude Texier nous raconte la naissance de son roman "L'Elitiste"

Publié le par christine brunet /aloys

https://www.youtube.com/watch?v=j-ET2pDNII8

Publié dans video

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