Micheline Boland nous propose "Le petit carnet"
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LE PETIT CARNET (haïbun)
J’avais reçu un petit carnet à l’occasion de mon anniversaire. Y était relié par un élastique un crayon assez court. « Tu pourras le garder en poche, y noter tes pensées, y dessiner de sommaires croquis », m’avait dit ma collègue, Lucie. Ses yeux brillaient comme si elle s’émerveillait de son choix. Sans être surprise, je n’étais pas déçue. Lucie avait l’habitude de choisir de tout petits cadeaux en accord avec la personnalité de ses destinataires.
Le petit carnet
Il recueillera des mots
Les idées viendront
J’aime écrire des histoires et crayonner ce que je vois en me déplaçant ou en m’offrant une brève pause. Ce jour d’avril, le ciel bleu était zébré de nuages blancs. J’aurais pu déjà noter quelles étaient les formes de certains d’entre eux. N’était-ce pas pourtant trahir celles qui viendraient plus tard, plus accrocheuses, plus insistantes ? Je rêvassai en contemplant le ciel…
Instants de magie
Se transforment les nuages
Qui peut le prévoir ?
J’entamais une nouvelle année. Moi aussi, je changerais. S’effilocheraient certains intérêts, s’épanouirait peut-être une curiosité ancienne, s’effaceraient des soucis, apparaîtrait un nouvel attrait… Qui sait ? Mon attention se focaliserait sur des rumeurs, sur des plaisirs légers grâce à des rencontres, des loisirs, des promenades…
Un autre regard
Lapin devenu serpent
Evasion du cœur
Si je notais le défilé des hôtes du ciel, je pourrais plus tard m’accrocher de nouveau à ce bout de ciel offert à ma vue une dizaine de minutes après mon arrivée au bureau. Ce jour festif où Lucie m’avait offert un cadeau, je décidai d’avancer. Sur la première page, je n’écrivis pas des mots, je dessinai un serpent avec le marqueur à pointe fine qui se trouvait sur mon bureau.
Figure ondulante
A l’encre noire s’étend
Un talent du jour
Je restai songeuse face à mon croquis avant d’écrire la date précise. Le temps que la réalisation m’avait pris, avait donné forme à une création artistique. Il me semblait que le soleil brillait davantage, il me semblait que Lucie me regardait avec admiration. Je jetai un coup d’œil à l’horloge. C’était bientôt l’heure de recevoir le premier couple de parents. Lucie me dit en souriant : « Si nous voulons respecter le nombre d’heures de travail, nous aurons toutes les deux quelques minutes supplémentaires à prester, mais ce n’est pas grave. L’artiste s’est manifestée et l’amie en est très contente. » Pendant un bref moment, nous demeurâmes toutes deux au-dessus des contraintes quotidiennes, dans le silence d’une agréable communion.
Coup d’œil au dehors
Le soleil brille plus fort
Sur les alentours
Micheline Boland
Rayan Zowski nous propose une nouvelle : "Retiens la nuit"
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Retiens la nuit
Je me souviens encore, c’était un soir de 1983. A l’époque, j’avais 13 ans.
Il devait être aux environs de 23h. Je n’arrivais pas à dormir. C’était très étrange, car d’habitude, la pluie me berçait. On peut dire qu’il pleuvait très fort cette nuit-là. Ce n’était pas non plus le déluge. Disons que c’était « la drache » comme on le dit si bien en Belgique.
Soudain, j’entendis un bruit. Cela venait de dehors. Ma fenêtre donnait sur la rue, plus particulièrement sur la maison de notre voisine, madame Laure. Mamie me disait souvent que la curiosité était un très vilain défaut. Mais ce fut plus fort que moi, j’ouvris ma couverture et me levai.
A travers la fenêtre, je pouvais voir madame Laure. Elle tenait la porte entrouverte, comme si elle attendait quelque chose. A moins que ce ne soit… quelqu’un ?
J’ai toujours bien aimé madame Laure. Parfois, quand elle revenait de la boulangerie, elle m’offrait deux choux à la crème. Elle était vraiment adorable. Par contre, elle évitait de fréquenter les gens du village. Madame Laure n’avait pas de mari. Et elle n’avait pas d’enfant. Je pense qu’elle n’avait pas choisie cette situation. Et pourtant, il y avait toujours des mégères qui lui répétaient : « Si cela continue, tu finiras vieille fille. » Les gens peuvent parfois être méchants. Et donc, idiots.
Une fois, en passant avec Maman devant le café du village, j’ai aperçue madame Laure. Elle était installée seule à une table, un verre de vin rouge à la main. Ses yeux étaient humides. J’ai alors ressenti un grand chagrin. La vie peut parfois vraiment paraître injuste…
Madame Laure attendait toujours. Je m’apprêtai à retourner dans mon lit… quand une grande silhouette arriva dans la rue. Un monsieur, portant un manteau et un chapeau haut de forme. Je pus aussi voir une barbe grise. Quand il arriva devant madame Laure, il retira son chapeau et lui offrit un sourire. Madame Laure répondit de la même façon. Peut-être devait-il avoir une dizaine, voire une quinzaine d’années de plus qu’elle ? Mais après tout, quelle importance ? Madame Laure lui pris doucement la main et l’entraîna à l’intérieur. Un grand sourire se dessina sur mon visage.
Je ne racontai jamais ce que j’avais vu, cette belle nuit. Même pas à Mamie. Je ne voulais pas briser leur amour. A l’époque, c’était mal vu… Les gens peuvent parfois être méchants. Et donc, idiots.
Un jeudi après-midi, je croisais madame Laure avec Maman sur le chemin de la boucherie. Elle m’offrit deux choux à la crème. Je lui répondis par un grand sourire.
Mais je savais qu’au plus profond de son cœur… elle attendait la nuit.
Rayan Zowski
Carine-Laure Desguin a lu "Une vie très douce" d'Amélie Colelli
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Dans son premier roman publié en 2017, LA DEBUTANTE, nous faisions connaissance avec Laure, une jeune diplômée en histoire de l’art confrontée aux codes inattendus de la société. Voir ici l’interview de l’auteure :
https://chloedeslysblog.canalblog.com/archives/2018/02/18/36103063.html
Dans ce second roman, UNE VIE TRES DOUCE, nous retrouvons Laure. Elle est mariée à Pierre, et est mère de deux jeunes enfants, Adam et Ludmila. La petite famille habite dans un appartement à Paris, près de Ménilmontant. UNE VIE TRES DOUCE, c’est un thriller domestique de 110 pages qui se divisent en 15 chapitres chacun titré par un prénom et une date.
Le premier chapitre s’intitule « Laure, 16 juin 2017 ».
La femme est morte …. Elle ne pouvait pas se rater …. Six étages, c’était trop haut.
Dans les chapitres qui suivent cet acte malheureux, nous remontons le temps et apprenons ce que fut la vie de Laure, son enfance, sa vie de femme mariée, de mère de famille, et surtout ses lourdes déceptions par rapport à tout ça.
Le couple de Laure et Pierre s’étiole peu à peu. On comprend l’éloignement qui s’installe entre eux. Pierre est égocentrique et le pire, il force Laure lors des relations sexuelles. Les parents de Pierre critiquent l’éducation que Laure donne à ses enfants.
Dans l’immeuble, les femmes avec qui Laure fait vaguement connaissance ne sont pas très heureuses en ménage. Il y a Rosalie qui sourit lorsque son mari décède, Célia qui marche la nuit pour oublier ses déboires conjugaux, Audrey qui considère Laure comme une rivale lorsque Pierre décide de quitter Laure. Une fois seule, Laure élève ses enfants avec difficultés. Elle essaie de faire de son mieux. En vain. Car Laure n’a connu que de la maltraitance de puis son enfance, vu le comportement décousu de sa mère et lorsque ses enfants sont turbulents, Laure repense à son enfance, ses colères imprévues et les déménagements successifs. Ce livre, c’est un cri. Celui d’une femme qui n’a été ni soutenue, ni entendue.
UNE VIE TRES DOUCE, c’est bien sûr un titre ironique car entre la vie espérée et la vie réelle, il y a ces 110 pages de désillusion. Avec des mots simples et des phrases courtes, Amélie Colelli nous plonge en direct dans le quotidien de Laure, sa charge mentale, le machisme des mecs, la complexité des rapports avec l’entourage. Le quotidien est détaillé comme un peintre qui détaillerait son œuvre. Peut-être parce que l’auteure est critique d’art et que, via son blog articlesdart.com, Amélie Colelli décrit si bien les œuvres des plasticiens et autres artistes.
Sur le site des Éditions Chloé des Lys :
https://www.editionschloedeslys.be/nos-livres/1450-une-vie-tres-douce.html
Carine-Laure Desguin
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Rayan Zowski nous propose une autre nouvelle "Keep on loving You"
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Keep on loving You
- Allez, Al. Fais pas cette tête.
Tony avait beau essayer de me rebooster, rien à faire. J’étais comme au fond du trou.
- Amuse-toi ! En plus, il y a un super buffet ! Pour ma part, je compte bien en profiter… Allez, mon vieux ! Ce serait vraiment dommage de gâcher cette soirée ! Le bal des rhétos, on ne le vit qu’une seule et unique fois dans sa vie !
Tony me donna une tape sur l’épaule et partit donc se goinfrer.
Je repensais à cette après-midi. Une dispute, une nouvelle fois. Apparemment, ce fut celle de trop. Je croyais que j’allais m’en ficher, que je passerai quand même une belle soirée malgré son absence. Mais je me suis trompé, sur toute la ligne. Ah, il est bien beau le dépressif dans son costume !
A quelques mètres de moi, la piste. Beaucoup de jeunes dansaient. Après tout, quoi de plus normal ? C’était un bal de rhéto, bordel ! Pourquoi étais-je venu ? Je n’avais que trois envies, rentrer à la maison, m’effondrer sur mon lit et chialer toute la nuit. Je n’aurais que ce que je méritais. Quand on sème le vent...
N’empêche, bien que j’étais extrêmement malheureux, je ne pus m’empêcher d’exprimer un léger sourire. Comme ils étaient tous beaux… Cela aurait dû être une soirée à la fois merveilleuse et mémorable, à jamais entrée dans les anales. Mais j’avais tout gâché. Enfin, de mon côté. Non, de notre côté. « Je ne suis qu’un pâle type. » pensai-je.
Je baissai la tête. Je voulais reprendre encore quelques forces afin de rentrer chez moi. Heureusement que je n’habitais pas trop loin. La marche allait me faire un peu de bien, après tout.
Je m’apprêtai à me lever… quand quelque chose me saisit le menton. Mes yeux furent ensuite relever… et déposer dans les tiens. Je n’en revenais pas, je croyais même que je m’étais endormi. Et donc, que j’étais en train de vivre un rêve magnifique. Comme tu étais belle dans cette robe blanche. Tu déposas ensuite ta main dans la mienne… et tu m’entraînas ensuite sur la piste.
Arrivés sur celle-ci, comme tu voyais que j’étais encore bien pommé, tu me repris la main et la déposa sur ta taille. Mes yeux étaient toujours posés dans les tiens. Le groupe qui avait été engagé pour l’occasion était en train de jouer « Keep on loving You » de Reo Speedwagon, qui à partir ce cet instant était devenu un classique, notre classique.
- And I meant, every word I said
When I said that I love you
I meant that I love you forever
Nous nous regardions avec la plus grande des tendresse. Tes yeux brillaient tels des émeraudes… Tu déposas alors la tête contre moi, je ne m’étais jamais senti aussi vivant.
Je te serrai légèrement fort contre moi, tu relevas les yeux. Ils brillaient toujours.
J’avançai alors mes lèvres vers les tiennes. C’étaient nous, les plus beaux.
Rayan Zowski
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Carine-Laure Desguin a lu "La fille aux yeux bandés" de Nicole Graziosi
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Je referme ce livre de 162 pages et une seule question à laquelle je n’aurai pas de réponse me taraude : pourquoi une mère qui a mis un enfant au monde est-elle capable de tant de haine envers cet enfant ? Car il est question de ça dans ce roman, d’agressivité, de malveillance, de perversité et de torture psychologique tout à fait gratuites. D’une mère envers sa fille aînée. Et de, si pas la complicité active du père (mais quand même, gifler sa fille …), tout au moins une complicité tout aussi vicieuse puisque ce haut fonctionnaire français n’a jamais osé contrarier sa femme. Jusqu’à se faire maltraiter lui aussi vers la fin de sa vie par cette femme manipulatrice, menteuse, égocentrique, malsaine, et j’en passe.
Dorine est l’aînée de trois enfants. Son frère Pascal et sa sœur Marianne sont élevés chez leurs parents. Tandis que Dorine, éloignée volontairement dès sa naissance, passe son enfance dans le Dauphiné auprès de sa grand-mère maternelle, une femme bienveillante qui n’est pas dupe du caractère odieux de sa propre fille. Là, Dorine, devant les montagnes grenobloises comme décor, connaît des années heureuses loin de ses géniteurs. Car c’est comme ça qu’elle appelle ses parents, ses géniteurs. Adolescente, Dorine retournera chez ses géniteurs, à Paris, et elle connaîtra ce qu’on peut appeler l’enfer. Vers l’âge de 20 ans, le géniteur, grâce à des relations professionnelles, trouve à Bruxelles un travail pour Dorine. Mais même éloignée des siens, celle-ci reste le souffre-douleur de sa génitrice. Voici quelques extraits très explicites de ce livre :
Page 66 : …Mes manifestations d’affection étaient systématiquement repoussées, mes quêtes restaient vaines, mes chagrins inconsolés …
Page 69 : — Mais enfin, pourquoi est-ce que je ne peux rien faire comme les filles de ma classe ?
— File dans ta chambre et que je ne te revoie pas.
Page 74 : — Si tu veux lire, tu n’as qu’à prendre ton livre d’histoire.
— Mais ça n’a rien à voir, quand même.
— Prends un dictionnaire et apprends des mots. Et puis d’abord finis ce que tu as dans ton assiette !
Page 96 : … j’étais seule à tout ignorer de Brassens, jusqu’à son existence …
Page 98 : … La radio, puis beaucoup plus tard, la télévision était dans la chambre des parents …
Page 108 : — Maintenant que tu gagnes bien ta vie, il va falloir que tu penses à nous.
Lui annonce son père lorsque Dorine commence à travailler. Pour rappel, le père, un haut fonctionnaire français …
Page 117 : … peu après la première incursion des parents dans ma nouvelle vie, j’ai constaté la disparition de quelques couverts …
Page 131 : — Bien sûr tu es contente, mais dis-toi bien que ton pain noir il faudra quand même bien que tu le manges un jour !
Lui dit sa mère lorsque Dorine attendait son premier enfant.
Plus tard, Dorine apprendra que sa mère n’avait pas envoyé les faires-parts de son mariage et donc presque personne de la famille n’avait été présent ce jour-là. Elle prendra aussi connaissance que sa mère a tout fait pour l’éloigner de sa belle-famille, racontant même des mensonges le jour du mariage. La génitrice a donc tout fait pendant des années pour empoisonner la vie de sa fille.
On pourrait continuer cette maltraitance et ces comportements toxiques pendant des pages et des pages … Ce livre écrit à la première personne est plus que poignant et me laisse sans mot. Alors, me demanderez-vous, comment Dorine a-t-elle survécu ? A-t-elle un jour enlevé ce bandage qui lui barrait la vue ? Invitation donc aux futurs lecteurs à lire la vie cauchemardesque de Dorine.
https://www.editionschloedeslys.be/nos-livres/1142-la-fille-aux-yeux-bandes.html
http://carineldesguin.canalblog.com
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Carine-Laure Desguin a lu "Les viateurs" d'Alain Charles
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Pol, un jeune garçon, se réveille sous des gravats. Il peut à peine bouger. Le bâtiment sous lequel il est coincé va s’effondrer. Une poussière dense sature l’environnement. La veille, Pol était descendu dans cette cave afin de prendre deux BD. Une voix l’appelle alors par son prénom et lui demande de sortir de là au plus vite. Qui est donc cette voix ? Pol parvient à avancer, ses deux BD sous le bras. Pol est désormais seul, sans plus aucune famille dans une ville en ruines. La voix continue de lui parler et le jeune garçon aperçoit alors un oiseau magnifique, c’est une chouette hulotte blanche. À la vue de ce volatil, Pol ressent une douce chaleur qui envahit son corps et cela le rassure.
Dans une espèce de galerie, des gens attendent devant une porte sans clenche. Parmi eux, Georges et Mathilde. Ils font connaissance. Qui ou quoi se trouve derrière cette porte ?
Le livre se compose de chapitres spécifiques qui alternent. Un chapitre dans lequel on apprend les aventures de Pol (ici) et un autre dans lequel Georges et Mathilde échangent leurs avis philosophiques et prennent conscience de leurs différences d’opinion (là-bas).
Sur sa route, Pol rencontrera Zabeth, une adolescente au langage atypique et tous deux découvriront dans une maison abandonnée un bébé qu’ils nommeront P’tit Poutch et qu’ils prendront avec eux. Cette petite famille sera rejointe par Le Poète (qui parle en vers et joue du pipeau) et Angèle, une adolescente défigurée. Ils avanceront tous ensemble et connaîtront des aventures. Pol entendra toujours la voix et comprendra plus tard que c’est celle de son père.
Dans la galerie, Georges et Mathilde échangent au sujet de la vie et des problèmes de la planète. Ils passent en revue la surproduction, l’épuisement des ressources naturelles, le populisme, les inégalités sociales, le gaspillage, les conflits sociaux, etc.
Toujours guidés par la voix de Georges, Pol et ses comparses se dirigent vers les campagnes. Bientôt un second oiseau fera son apparition. Qui est-il cet oiseau-là ? Nos voyageurs arrivent alors dans une grande ferme et là, il y a des habitants. Pol retrouvera-t-il son père et Zabeth sa mère ?
Viator signifie voyageur en latin. Ce livre est plus qu’un voyage, c’est un très beau conte philosophique comparable à un véritable voyage initiatique. Je ne spoilerai pas la fin de cette histoire. Je dirai simplement qu’à Tchernobyl, après la catastrophe d’une intensité apocalyptique, il y a toujours des arbres et des animaux. La vie quoi.
Les viateurs, un livre grâce auquel j’ai passé de belles heures de lecture et ce malgré les circonstances climatiques :D
(et ironie ou pas, nous sommes le 11 septembre)
Carine-Laure Desguin
Rayan Zowski nous propose une nouvelle : "Love me tender"
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Love me tender
Cela fait maintenant trois ans que monsieur Erox fréquente ma pharmacie. Grand, « costaud » et environ la trentaine, il me demandait toujours la même injection avec un grand sourire. Mais ses yeux mentaient, ou exprimaient plutôt la vérité. Je pouvais voir dans ces derniers une profonde tristesse. Aussi, quand je rentrais du travail en empruntant la rue Royale, je pouvais le voir marcher, la tête basse. Je ne pouvais m’empêcher de ressentir une certaine peine, nous sommes des êtres humains après tout.
C’était un nouveau jour à la pharmacie. Je pense que c’était un samedi matin. Monsieur Erox entra. Cela m’intriguait, je lui avais bien transmis son traitement la veille. Peut-être l’avait-il perdu ?
- Bonjour monsieur, me dit-il en souriant.
Je ne pus cacher ma surprise… la profonde tristesse avait disparu. Je ressentais, comment dire… comme de l’espoir.
- Vous vous sentez bien, monsieur ? me demanda-t-il.
- Oui, excusez-moi. Que puis-je pour vous ?
Il regarda autour de lui. Il n’y avait personne dans la pharmacie. J’avais l’impression qu’il craignait qu’on l’aperçoive en train de commettre un crime.
- Vous auriez des préservatifs ? De taille XL, s’il vous plaît ? J’en ai essayé un de taille classique chez moi. C’est trop pet…
- J’ai ce qui vous faut...
Je rentrais du travail. Comme d’habitude, j’empruntais la rue Royale. C’est alors que je vis une silhouette. Une silhouette que je connaissais bien.
Il marchait la tête bien haute et fière, et ce avec la plus grande assurance du monde. A sa gauche, une jeune femme avançait à ses côtés en lui tenant le bras.
Dans la voiture, la radio diffusait : « Love me tender » d’Elvis Presley. Je ne pus m’empêcher de ressentir une grande joie. Nous sommes des êtres humains, après tout…
Rayan Zowski
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