Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Concours 3 texte 6

Publié le par christine brunet /aloys

Equations à vapeur

 

Le laboratoire était vide, pourtant, les appareils étaient sous tension.  Des arcs électriques couraient entre les cuves de cuivre dans un grésillement entrecoupé des « zings ! » typiques d’une surcharge des flux.  Mais où était le docteur K ? Anabel ne quittait jamais son labo sans avoir sécurisé les charges.  Mes bottines claquant sur le parquet, je me dirigeai vers la console de commande, où je posai mon ombrelle.  Sur le panneau en acajou, cadrans et manettes étaient activés.   Les voyants clignotaient en un feu d’artifice de couleurs dont j’étudiai un instant les séquences.  Ce schéma ne ressemblait à aucun que je connaissais.  Impossible de réguler les flux sans connaître la partition.  À quel jeu jouait donc Anabel ? Et où était-elle passée ?

Je me hâtai vers le bureau attenant et ouvrit les doubles portes dont les vitraux fleuris vibraient affreusement, au risque de voler en éclats.  Toujours pas d’Anabel, bien que son ombrelle et son haut de forme blanc emplumé de noir soient présents.  Dans la pièce régnait un désordre inattendu.  Sur le bureau, au sol, des plans, des notes et nombres de schémas s’empilaient dans un effroyable fouillis.  La porte ouvrant sur la chaufferie était ouverte et je m’y précipitai.  Sur les trois chaudières à vapeur, les cadrans étaient au rouge.  Rapidement, je réduisis l’ouverture des compartiments à cristaux de chauffe.  Au pied d’une chaudière, j’aperçus une note de travail.  Intriguée, je la ramassai.  La note comportait cinq équations.  Anabel avait‑elle mis au point une nouvelle séquence ? Si oui, où était la dernière équation ? Soudain effrayée, je retournai dans le labo, observai le pentagone formé par les cuves et, tout en m’approchant de la console de commande, vis ce qui m’avait échappé la première fois : le cadran de démarrage à retardement avait été utilisé.  Rapidement, je retournai dans le bureau et fouillai frénétiquement parmi les schémas.  Chacun représentait les trente témoins lumineux de la console.  À côté de chaque rangée, une équation indiquait la séquence d’une partition ordonnatrice des flux entre les cuves.  Ces schémas, je les connaissais par cœur pour les avoir testés cent fois, mais jamais sur un être vivant ! Anabel avait‑elle perdu l’esprit ?  Je retournai une nouvelle fois dans le labo, à la recherche d’indices.  Plantée au milieu de la pièce, je regardai autour de moi.  La décoration bourgeoise début 19ème n’avait pas changé depuis la mort des parents d’Anabel, elle disparaissait seulement derrière celle vouée à la passion de leur fille : l’ingénierie.  Je laissai mon regard glisser sur les câbles, tubes et tuyaux envahissant le parquet, ainsi que sur les tableaux couverts de chiffres qui en occultaient d’autres, plus artistiques ceux-là.  L’un d’eux attira mon regard.  S’y étalaient les équations trouvées dans la chaufferie.  Je m’approchai.  Cette fois, la sixième équation étaient du nombre, du moins, sa dernière partie, la première étant en partie effacée.  Les rouages de mon esprit mathématique se mirent à tourner à plein régime.  Si les premières formules me permettaient de suivre le raisonnement du docteur K, la fin de l’équation six me donnait sa solution.  Je devais donc pouvoir la reconstituer.  Ceci fait, j’en extirpai les coordonnées géographiques associées.  Megapolis, quartier des affaires… La Meta‑banque !? Inquiète, je transformai les équations en séquences lumineuses.  Le constat fut sans appel, elles étaient identiques à celles clignotant sans fin sur le panneau de contrôle.  Ce schéma était une merveille de raisonnement, mais j’avais du mal à comprendre l’omission de la variable indispensable à tout transfert entre un point A et un point B.  Sans elle, l’harmonie des flux était compromise et une matérialisation au point B impossible !  Une erreur incompréhensible.  Mais était-ce vraiment une erreur ?  Les mains sur les hanches, je levai les yeux vers le plafond en expirant ma frustration.  C’est là qu’apparut une nouvelle donnée dans le problème qu’était devenue cette journée : la trace d’un tir de pistolet à énergie noire ! Anabel avait agi sous la contrainte.  Son agresseur avait dû l’emmener comme gage de ma coopération à leur retour…  Leur retour… D’instinct, je revins aux équations.  La variable, mais bien sûr !  « Anabel, vous êtes un génie » m’écriai-je.  L’équation six ! Subtile dans sa différence et pourtant, reine d’un échiquier lumineux qui ne demandait qu’un dernier coup pour gagner la partie.  Une solution élégante dont j’admirai la finesse tout en remaniant le tableau d’équations.  La nouvelle partition prête, je lançai la procédure.  Les arcs électriques se mirent à danser, les secondes s’égrenèrent et, enfin, deux formes apparurent entre les cuves.  Aussitôt, je coupai l’alimentation et, armée d’une grande détermination ainsi que d’une clé à mollette, je neutralisai le porteur d’arme à énergie noire.  Plus tard, Anabel m’avoua s’être égarée en ayant accordé sa confiance à ce démon au cœur de pirate ! Néanmoins, sa vie durant, elle conserva dans le clapet de sa montre une photo de lui affublé de deux cornes patiemment crayonnées ; rappel de l’aventure qui avait prouvé, lui faisant gagner une décennie d’expériences, tout le potentiel de son invention.  Comme quoi, se perdre n’est pas toujours une erreur…

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours 3 texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

Nulle part

Je suis parti sans savoir vers où, sans rien chercher, sans trajectoire tracée, sans boussole ni plan non plus. Je n’avais pas d’ailes à mes semelles, mes chaussures étaient trouées, et à vrai dire les poches de ma redingote aussi. Mon gilet tricoté était ma seule armure contre vents et tempêtes, un bâton, un baluchon dans lequel j’avais emporté mes porte-bonheurs, mes trésors, mes symboles à moi. On en est construits, structurés, dans tous les cas.

Sur le chemin je n’ai pas rencontré de gentils. Que des méchants, des jugements, des moqueries, des critiques, des disputes, de la violence. Alors plutôt que de courir l’aventure de hameau en village, j’ai fui dans les campagnes inhabitées, m’éloignant de la moindre route ayant une destination, du moindre moulin endormi. J’ai erré dans les vallées, gravi des montagnes, me suis baigné dans des rivières oniriques… J’ai rêvé que je posais mes bagages mais que tout en moi s’assombrissait, alors au matin après quelques fruits et baies de la forêt, je repartais.

Je fuguais de la vie qu’on partage. J’étais totalement seul dans une nature berceau et apaisement, le bruit de l’eau de pluie qui goutte après l’orage, la rosée cliquetant le matin de feuilles en pétales puis sur la mousse tendre et douillette. Je n’ai pas mangé que des champignons innocents et purs. Certains m’ont montré d’autres réalités parallèles.

Je me suis perdu en proie à des angoisses éperdues de ne savoir ni où j’étais, ni où j’allais, ni si un jour je m’arrêterais, et où.

Je crois que finalement je suis arrivé le plus loin que l’on peut aller : nulle part. Il n’y a pas âme qui vive, que du minéral désert, roche, sable, soleil, insolations, insomnies, à perte d’infini. Nulle part un monastère. Nulle part un Nirvana, les yacks, leur bouse chaude, leur beurre, leur fourrure.  Nulle part un Paradis où coulerait le lait et le miel. Il ne fait pas froid nulle part, il fait abasourdi. Je suis aux confins de ma solitude, qui n’en a pas. Il n’y a rien nulle part. C’est un endroit, un ailleurs, très éloigné de tout ce que l’on croyait vrai jusque-là.

Je ne cherche rien, surtout pas de revenir de là d’où je viens. C’était pire. Je prends ma revanche, de moi à moi, je suis libre, et libéré. Je crois que je n’ai jamais autant existé si j’existe… Je suis là, et tant pis pour le reste. J’avais une enquête à mener, une quête, il y en aura peut-être d’autres demandant de nouveaux départs. Nulle part. Ce ne sera jamais terminé pour moi : la perte, la recherche, la fuite, comme éternelle ritournelle de l’étoile du matin.

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours 3 texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

PARFOIS MENTIR      

 

Il aimait parler, se raconter. Quand il prenait son élan, il n’imaginait pas où son inventivité et sa fantaisie allaient le conduire. Lorsqu’il racontait ses petites aventures assez ordinaires, il pouvait tout aussi bien les enjoliver que les dramatiser ou les rendre rocambolesques. Cela dépendait de son humeur, cela était aussi soumis à des éléments du cadre qui se présentait à lui et des réactions de ses interlocuteurs, voire d’une seule personne se trouvant là parfois par hasard. Il s’adaptait si facilement ! Ainsi, une fois, il affirmait qu’il avait été influencé par un fait divers relaté durant une émission de télévision ou qu’il avait été conseillé par un parent ou encore par une amie de la famille, puis une autre fois il prétendait qu’il avait simplement trouvé des conseils dans une revue lue dans la salle d’attente du dentiste ou dans un manuel déniché en bibliothèque. C’est ainsi qu’après avoir rencontré le succès lors d’un concours de dissertation ou d’une épreuve d’improvisation, par exemple, il prétendait avoir fait un rêve prémonitoire riche en rebondissements ou avoir fait la connaissance d’un  auteur ou comédien bien connu qui lui avait prodigué des conseils.

Il avait demandé l’avis d’un prêtre professeur de philosophie au sujet de ses poèmes et avait tenu compte des remarques faites, mais comme ses parents étaient athées, il n’était pas de bon ton de l’avouer ! Il mentait donc chaque fois qu’il évoquait la chose. Tantôt il avait été livré à lui-même, avait trouvé des moyens judicieux de procéder grâce à  des notes de cours ou dans un système de stratégies personnelles comme le jeu de pile ou face qui ne le décevait que rarement.

On n’est jamais complet quand on évoque ses souvenirs ou bien on se laisse envahir malgré soi par son inventivité ainsi que par les histoires des autres, se disait-il. On se plie aux circonstances, on arrive à justifier l’absence de ses parents à un goûter d’anniversaire en prétextant une migraine de dernière minute, un voyage pour lequel ils remplaçaient un couple d’amis appelés au chevet d’une vieille parente ayant fait un accident cardiaque ou encore une simple panne de voiture. Oui, il lui arrivait de mentir pour ne pas blesser, attrister, décevoir. 

Il admirait ce garçon belge rencontré dans un club de vacances qui affirmait que ses arrière-grands-parents avaient gagné l’Europe de l’ouest pour des raisons politiques et non pour des raisons économiques liées aux accords du charbon. Il avait appris les vraies motivations beaucoup plus tard, lorsqu’ils s’étaient revus dans un autre village de vacances et que la mère de ce garçon avait innocemment raconté l’histoire familiale en évoquant la pauvreté de ses parents ainsi qu’une petite maison possédée en Italie. N’y avait-il pas là un certain panache à relier l’histoire aux opinions et à la carrière politique d’un membre de sa famille plutôt qu’au dénuement ?

A qui n’était-il pas arrivé d’enjoliver une anecdote pour s’attirer la sympathie, apitoyer, séduire, se consoler d’un échec ? Il faisait comme tant d’autres, il était un caméléon…

Quand on découvrait l’un de ses bobards, il riait, il avouait son souci de ne pas dévoiler un secret et de ne dénoncer personne. « L’important c’est de ne pas  trahir quelqu’un pour une bonne ou une mauvaise raison », confessait-il.

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours 3 texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

« Comment va-t-elle, aujourd’hui ? » L’infirmière fronce la bouche et hausse les épaules, puis sourit : « Elle va et vient ! Mais son état général est bon et elle mange de bon appétit. Elle sera contente de vous voir… si elle est dans un bon jour ! »

Jocelyne pousse la porte de la chambre de sa mère et la découvre appuyée sur les coussins, sa toilette à peine terminée, rose et souriante, la longue tresse blanche et un peu jaunie sur le sein gauche. Ses yeux clairs sont joyeux, et elle tend une main parcourue de grosses veines sombres vers sa fille « Ma poulette ! Quel plaisir de te voir ! Mais tu sembles fatiguée, dis-donc, tout va bien à la maison ? » Soulagement, elle la reconnaît, elle est la manamou enjouée de toujours, avant la maladie en tout cas. Celle que tous appelaient Manamou, parce que sa propre mère était Grecque – mais une Grecque blonde, aux yeux bleus ! - , et qu’elle avait toujours aimé le son de ce mana mou, ma maman. Manamou, la reine du kataïfi et des loukoums. Manamou qui n’avait jamais vu la Grèce, remettant à plus tard la visite de la terre de ses ancêtres, on a toute la vie devant soi, pas vrai, alors on va où le mari désire aller, puis où les enfants désirent aller, et puis où on a été si bien, et le grand voyage que l’on rêve reste à jamais un rêve parce que le destin se présente. Un mari qui meurt plus tôt que prévu, et puis la maladie, celle qui brouille les ondes quand on demande qui es-tu ?

Elles parlent gaiement, de tout et surtout rien, mais quel bonheur que de n’avoir rien à dire, juste la routine, ce qu’on a mangé, qui on a rencontré, qui a envoyé une jolie carte, une drôle d’impression dans le couloir, une odeur qui a rappelé quelque chose. Et puis là… Manamou se perd : « Mais qui donc êtes-vous, Madame ? Mon fils n’est pas venu ? « Maman, c’est moi, Jocelyne, ta fille, et tu n’as pas de fils, tu n’as que moi ! » Regard vacillant, le front qui se plisse avec surprise, et puis : « mais enfin… Hyacinthe, mon fils ! Il a deux enfants, Louise et Léonie. Je le sais bien, quand même ! Léonie a épousé un Écossais et elle vit à Glasgow – je dois avoir sa dernière carte postale quelque part ! - , et Louise est partie avec Servais en Argentine… Vous voyez bien, je sais de quoi je parle ! » Elle est un peu impatiente et offensée. Jocelyne soupire… toujours ces Léonie et Louise, et Hyacinthe… d’où tire-t-ellc ces noms ? Chaque fois qu’elle se perd, elle se retrouve avec eux !

Quelque part loin de là, dans le temps et l’espace, Agnès s’est assoupie entre les bras du fauteuil. Son bonnet de dentelle contient difficilement la lourde tresse enroulée autour de sa tête. Elle n’est pas bien vieille, 45 ans à peine, mais sa vie a été bien remplie… Son défunt époux, Walthère, capitaine d’infanterie de marine, lui a fait traverser l’océan plus d’une fois en vaisseaux – ah, le bruit des voiles qui claquaient ! -, la conduisant vivre et enfanter plusieurs fois à Batavia, dans les Indes néerlandaises. Elle s’éveille, c’est l’heure du thé, sa fille Caroline est là. « Maman, encore perdue ? » Elle sourit, Agnès perd un peu la tête récemment. « Ça va, maman ? Tu as l’air d’avoir été bien loin ! » « Où est Jocelyne ? Elle n’est pas ici ? » « Non maman, tu me parles souvent de cette Jocelyne, mais nous ne la connaissons pas, tu as dû rêver fort et loin ! »… « Ah ? Ah… il me semblait pourtant… mais oui, tu as raison, ça s’estompe déjà, ma Caro, j’ai retrouvé la route de ma vie ! »

« Batavia… Antoinette, Caroline, Hyacinthe… On pourrait nous faire un peu de gado-gado pour ce soir ? J’adore ça… » « Manamou ! Ma-na-mouuuuuu ! Tu es ici, tu ne connais pas d’Hyacinthe, ni de gado-gado, tu es ici et tu adores le kataïfi »… La vieille dame rose et paisible sourit, et dans ses yeux Jocelyne voit le déclic : retrouvée ! « Ma poulette ! J’ai encore dit des sottises, non ? Ne t’en fais pas, je retrouve toujours mon chemin vers toi… ma fille chérie ! »

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours 3 texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

Magali se précipita en avant, au jugé, oubliant la dangerosité du chemin.

-On va se perdre !, criai-je.

Mais, elle n'écoutait pas et je fus bien obligée de la suivre. Enfin, essoufflées, nous nous arrêtâmes dans une grande et étrange salle où des bancs étaient dessinés dans la pierre. Je les caressai du bout des doigts comme de fragiles vestiges d'un ancien temps.

-Fanny !, appelait désespérément Magali. Seul l'écho lui répondait et cela me mettait mal à l'aise. Certes, je voulais aider cette femme, je voulais retrouver cette enfant, mais je voulais aussi profiter de cette exploration qui me faisait oublier la banalité de mon quotidien.

Cependant, nous avions démabulé deux heures entières dans ce labyrinthe et, force fut enfin de constater que nous étions perdues. Ici, cela pouvait rapidement être inquiétant...

-Les ravisseurs vous ont à l'oeil non ? Ils doivent savoir que vous êtes en chemin !

J'essayai de la rassurer au mieux mais la pauvre maman était à bout de forces... Elle sanglotait tout en tapotant les murs suintants :

-Ils lui ont fait du mal, c'est sûr...

Je l'entendis à peine, absorbée par trois ombres qui semblaient flotter dans un des couloirs. Alors qu'elles approchaient et que je devinais les longs couteaux dont elles étaient affublées, je sentis mon sang se glacer mais aucun son ne franchissait mes lèvres. Alors que les silhouettes menaçantes s'arrêtaient à moins de deux mètres de la salle aux bancs de pierre, je trouvai le courage de faire demi-tour et je me précipitai vers Magali, restée un peu en arrière. Mais, elle avait disparu, évanouie dans les dédales obscurs. Cette fois, c'en était trop. Je voulais de l'aventure, pas un film d'horreur ! Ma stupéfaction me desservit et je fus rapidement cernée par les ombres qui se révélèrent être quatre hommes cagoulés. En dépit de leurs armes pointées sur moi, ce n'était même pas eux qui retenaient mon attention. Non... C'était plutôt cette fine silhouette, haute comme trois pommes, coiffée de deux tresses et aux yeux étincelants. A son arrivée, les hommes s'écartèrent sensiblement et elle vint jusqu'à moi. C'était une enfant au visage maquillé de rouge sang et aux lèvres peintes en noir. Dans sa main droite, elle tenait une scie et, dans sa main gauche, une étrange carte dépliée.

La sueur perlait sur mon front et j'osais à peine desserrer les lèvres devant l'évidence qui se présentait à ma raison tourmentée :

-Fa... Fa... Fanny ?

La fillette esquissa un sourire diabolique et répondit :

-Puisque les présentations sont inutiles, passons de suite aux choses sérieuses. Voici un plan approximatif des catacombes.

Elle me tendait les feuillets jaunis. Je les pris en tremblant comme une feuille.

-Mes oncles que voici y ont dissimulé un diamant aux reflets irisés. Tu as trois heures pour nous le rapporter dans cette salle. Si tu n'y parviens pas, je te découperai moi-même en petits morceaux.

Je commençai à trouver la situation vraiment rocambolesque mais les regards brûlants des quatre hommes me dissuadait de toute tentative de rebellion.

-Ta... Votre mère vous cherche, Fa... Fanny.

L'enfant éclata d'un rire sardonique qui se répercuta autour de moi.

-A ta place je me dépêcherai un peu car, « ma mère » est déjà à la recherche du diamant. Et si elle le trouve avant toi, couic...

Elle accompagna l'onomatopée d'un geste significatif vers ma jambe.

-Inutile d'essayer de t'échapper, tu t'en doutes. Même une souris ne pourrait quitter ce labyrinthe sans que mes oncles soient au courant...

Sur ce, elle s'éloigna avec une élégance narquoise, suivie de près par ses quatre chiens de garde. J'étais si troublée que j'oubliai aussitôt quel couloir ils avaient emprunté. Je ne pensais qu'à une chose : rebrousser chemin !

C'est donc avec une détermination incommensurable que je m'élançais au jugé vers le couloir qui nous avait menées dans cette maudite salle aux bancs de pierre. C'est à peine dix minutes plus tard que ma lampe éclaira Magali, arqueboutée dans un virage. Mon soulagement fut de courte durée. Le visage à demi couvert d'un horrible masque sanguinolant de guerrière, elle leva vers moi des yeux que la raison avait quittés. Un filet de bave glissa à la commissure de ses lèvres lorsqu'elle hurla :

-Dégage de là ! Je dois le trouver avant toi ou ils tueront ma fille !

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Concours 3 : "Perdu... ou trouvé" texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

C'est déjà le 1er septembre !!! Et pour bien commencer le semestre, nous démarrons sur les chapeaux de roues avec le concours n° 3 ! "Perdu... ou trouvé" !

Bonne lecture !  

L’aventurier de l’âme perdue

 

C’est un voyage que je redoutais tellement. Mais il était bien plus que temps…

Je descends un escalier. Bien que je sois aidé par la lumière, je dois faire extrêmement attention. Les marches sont très étroites. Et surtout, ne pas être absorbé par les ténèbres. Mais j’ai confiance en moi, j’ai travaillé durant tant d’années…

Je suis arrivé tout en bas. Une immense porte se dresse maintenant face à moi. Comme elle est sombre, elle aussi…  Mais encore une fois, je n’ai pas peur. Je n’ai plus peur.

« Pas besoin de clé », m’a dit une personne. Cette personne m’a beaucoup aidé. Il m’a fallu tant d’années, une nouvelle fois. Mais aujourd’hui, je suis prêt. Je ne reculerai pas, jamais !

Je pose la main sur la porte… Elle se lève.

J’entre dans la pièce. Une pièce où règne le chagrin, le désespoir et la haine de soi. Je n’ai plus peur.

Je le vois. Il est recroquevillé sur lui même, pleurant de tout son cœur. Quand je pense qu’il a réussi à tenir toutes ces années…

Je m’avance doucement vers lui. Il lève la tête, ses yeux sont remplis de détresse.

- C’est toi ? me demande-t-il.

- Oui. C’est moi, enfin…

- Comme tu brilles… me dit-il avec un sourire, un sourire on ne peut plus sincère.

 

Je lui tends la main. J’attendais ce geste depuis...

 Allez… Viens. Il est grand temps de partir d’ici. Tu as assez souffert comme ça…

- Cela vaut vraiment le coup ?

- Oui, je te l’assure. Tu peux avoir confiance en moi…

- D’accord…

 

Il s’essuie les yeux, il avance ensuite la main. Je la prends délicatement...

Nous sommes sortis de l’endroit.

-  Ça va beaucoup mieux, me dit-il.

- Je ne te laisserai jamais tomber. Nous avancerons toujours côte à côte, et jamais l’un contre l’autre. Je te le promets...

 

Il me répond par un sourire. Je souris à mon tour. Nous commençons à marcher… côte à côte...

Publié dans concours

Partager cet article
Repost0

Bonnes vacances à tout le monde ! Au 1er septembre !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Partager cet article
Repost0

Christine Brunet a lu pour actutv "Quand tout s'aligne" de Brigitte le Clément

Publié le par christine brunet /aloys

 

C’est à la suite du trailer élaboré par l’auteur de ce roman que j’ai décidé de lire ce qui semblait, à première vue, être une romance : un homme, François, et une femme, Sophie, fous amoureux, vivent ensemble mais tout se dégrade lentement alors que les soubresauts de la vie sapent les fondations de leur existence.

Elle tombe enceinte, lui est au chômage et ne parvient pas à se projeter dans son rôle de futur père. Ils se séparent dans la douleur : ils ne veulent plus la même chose a priori. Mais quand le destin s’en mêle…

Au fil des pages, le lecteur comprend qu’il ne lit pas de la romance mais s’enfonce au cœur d’un drame. Personnages bien campés, avec leurs faiblesses et leurs côtés sombres. Va-et-vient entre Hardelot et Lille… Détours par Tournai, Boulogne…

Amitiés, amours, calculs, drames personnels, tout y est !

Alors n’hésitez pas ! Bonne lecture !

Christine Brunet

 

Publié dans actutuv

Partager cet article
Repost0

"A l'aide !", une courte nouvelle signée Elisabeth Chancel

Publié le par christine brunet /aloys

 

A l'aide !

 

Je me levai pour prendre une banane dans le frigo. A peine avais-je ouvert la porte du frigo qu'une voix d'outre-tombes s'éleva des profondeurs réfrigérées : « A l'aide ! ». Je refermai la porte avec une brutalité difficile à décrire. La folie me gagnait-elle donc déjà ? Il paraît que la mauvaise alimentation accélère le vieillissement du cerveau. Je ne voyais que cette explication.

J'essuyai la sueur qui perlait sur mon front et je rouvris la porte du frigo. La même voix résonna : « Tu joues à quoi ? J'ai dit à l'aide ! Cela va chercher loin la non assistance à personne en danger ! ». Je me répétai en boucle que la voix n'était que le fruit de mon imagination. J'attrapai un brocolis au lieu de la banane et je croquai dedans avec appétit. Le goût écoeurant me ramena à la réalité. La voix continuait : « Allez, vas-y, goinfre-toi ! C'est encore ce que tu fais de mieux ! ». Et là, une scène surréaliste se déroula. Je demandai en tremblant : « Qui êtes-vous ? ». «Ton voisin, abruti ! » « Jean-Jacques ? C'est, c'est vous ? » Je n'osai pas demander ce qu'il faisait dans le bac à légumes... Aussi, cette conversation irréaliste se poursuivit : « Bon tu m'aides ou pas ? » J'ouvris les bacs à légumes, je déplaçai les yaourts, je renversai la bouteille de lait, mais pas la moindre trace de Jean-Jacques tandis que sa voix sourde résonnait toujours. Il était de plus en plus en colère : « Mais arrête avec ce satané frigo ! Je suis en train de refaire la canalisation de mon évier et j'ai bloqué mon bras droit dans un tuyau ! Viens me sortir de là, imbécile ! »

 

 

Elisabeth Chancel

 

 

Publié dans Nouvelle

Partager cet article
Repost0

Résultats concours acte 2 : "L'appel du large"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte 1 : Elisabeth Chancel

Texte 2 : Micheline Boland

Texte 3 : Rayan Zowski

Texte 4 : Elisabeth Dubois

Texte 5 : Christina Previotto

Texte 6 : Edmée de Xhavée

Texte 7 : Carine-Laure Desguin

Texte 8 : Ani Sedent

Texte 9 : Joe Valeska

Texte 10 : Joe Valeska

 

RESULTATS :

Texte 1 : II
Texte 3 : I
Texte 4 : III
Texte 5 : II
Texte 6 : II
Texte 7 : I
Texte 9 : I
Texte 10 : I

 

Bravo à la gagnante Elisabeth Dubois !

Merci à tous les auteurs pour leur super participation ! 

Prochain concours le 1er septembre. J'attends donc vos textes !!!

Publié dans résultats concours

Partager cet article
Repost0