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Joël Godart nous propose un extrait de son ouvrage : FAIRY

Publié le par christine brunet /aloys

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Joël Godart nous propose un extrait de son ouvrage : FAIRY

Publié dans extraits, Poésie

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Joe Valeska nous propose un nouvel extrait de son premier tome des Meurtres surnaturels

Publié le par christine brunet /aloys

Ivana / Caroline

 

Un extrait de Meurtres Surnaturels, volume I :

Les Métamorphoses de Julian Kolovos

 

Par Joe Valeska



 

Environ une heure plus tard, Ivana, déjà pomponnée, descendit dans le grand salon, toute guillerette. Une cartomancienne rencontrée lors de la fête d’anniversaire du jeune Abhishek l’y attendait depuis dix minutes. La femme aux cheveux orange et au visage buriné, vêtue comme les bohémiennes dans l’imagerie populaire, fut accueillie par Caroline qui demeura sur place pour, d’une part, s’occuper de l’époussetage des meubles et, d’autre part, se divertir du spectacle grotesque que lui offrirait, à coup sûr, cette petite imbécile d’Ivana.

Car c’était la toute dernière lubie de la star : se faire tirer les cartes. Il y a quelque temps, cela avait été la pratique du yoga – qu’elle abandonna dès qu’elle réussit, Dieu seul sait comment, à se faire un tour de reins. Avant la pratique du yoga, cela avait été des cours de country. Mais le professeur la pria de ne plus jamais revenir, la qualifiant de catastrophe ambulante ! De tsunami ! Elle pensa également s’essayer au paintball… Par chance, son père lui fit promettre d’abandonner son idée de se mettre au tir à l’arc sur leur domaine.

– Ma colombe… Et si jamais tu tirais dans les fesses de ton frère pendant qu’il est à cheval ? Ou si tu tuais la bonne !?! Le tricot, qu’en penses-tu ? Quoique… non : les aiguilles ! On ne sait jamais, tes yeux !

Et que dire de la fois où, croyant adopter des maine coons, elle revint au château, embobinée par un vendeur, disons, louche, avec un couple de hyènes tachetées ? Quel cirque dans les couloirs et les pièces du château… Francesco, Ornella, Sofia, Dimítrios et la domestique couraient dans tous les sens, se croisaient et se croisaient encore, poursuivis par les bébés de la star hilare, poussant des cris d’horreur, alors que les hyènes ricanaient. Julian regretta fortement d’avoir raté ce merveilleux spectacle.

Pauvre Caroline… Aux urgences, encore une fois !

Quand Ivana tournait, dès qu’une scène nécessitait un minimum d’adresse – ne parlons même pas de cascades ! Car une doublure était alors requise –, le pire n’était jamais bien loin… Ni les services d’incendie et de secours. Une actrice exceptionnelle, certes, mais un cauchemar durant les tournages. Ainsi que dans la vie de chaque jour.

– Après la méchante reine, voici Blanche-Neige, dit la domestique à voix basse, se mettant à fredonner Supercalifragilisticexpialidocious afin de rendre Ivana complètement folle, car la star détestait Mary Poppins, et ce, depuis qu’on lui avait refusé de reprendre le rôle de Julie Andrews dans cette nouvelle version cinématographique qui, au final, était tombée à l’eau.

La séance put commencer après quelques : « Chut !!! », des regards obliques et un minimum de préparation et de manipulation des cartes du tarot – dit « de Marseille ». Mais Caroline, se tenant à bonne distance, jouant avec son plumeau comme un chef d’orchestre avec sa baguette, reprit de plus belle, augmentant le volume dès que revenait le mot le plus incroyable jamais créé pour une chanson et faisant, par là même, sursauter Ivana à chaque fois, comme si la malheureuse était assise sur un ballon sauteur ! La star finit par perdre son sang-froid.

– Mais allez-vous vous taire, Caroline !?! Nous sommes occupées, Raka et moi ! Êtes-vous réellement idiote ou le faites-vous exprès !?!

– Je ne voulais pas importuner Mademoiselle. Que Mademoiselle et son amie m’excusent.

– Allez voir ailleurs si j’y suis, Caroline. Il émane de tout votre être des ondes négatives qui perturbent notre concentration. N’auriez-vous pas tous les W.-C. du château à récurer, à tout hasard ?

– Mais même ailleurs, Mademoiselle, il serait bien difficile de vous ignorer… Des portraits de Sa Majesté recouvrent la plupart des murs de ce château.

– Vous êtes sotte, Caroline.

– Juger autrui… c’est se juger soi-même, Mademoiselle !

– Oh ! Quelle impudence… Je le dirai à papa, quand il descendra, et vous serez crucifiée ! CRU-CI-FIÉE !!! Dehors, maintenant ! Dehors !!! s’époumona Ivana, folle de rage et rouge comme le nez de l’auguste.

La domestique quitta la pièce une fois de plus, mais plutôt fière d’avoir réussi ce qu’elle espérait réussir : faire sortir Ivana de ses gonds. Dans le vestibule, tout en s’éloignant, elle se remit à chanter la chanson à tue-tête…

– Vous entendez, Raka ? Vous entendez ? Elle le fait exprès. C’est le démon, cette fille ! Un jour, j’en suis sûre, je vais avoir une rupture d’anévrisme à cause d’elle ! 

– Souhaitez-vous que nous arrêtions, très chère ? demanda alors la cartomancienne à Ivana, exaspérée.

– Arrêter ? s’étonna la star. Mais non, ça va aller, Raka. Il me faut absolument savoir. Continuez, je vous en prie.

– Fort bien. Comme il vous plaira. Mais quelle était votre question, déjà ? Cette chanson m’a fait perdre le contact avec les puissances supérieures.

– Eh bien, Raka, est-ce que c’est moi qui vais décrocher l’Oscar de la meilleure actrice lors de la prochaine cérémonie, voyons !?!

Raka tira les cartes et fit mine de très longuement réfléchir. Elle fronça les sourcils, manipula les cartes, soupira, manipula les cartes à nouveau, puis elle ouvrit de très grands yeux.

– Oui ! Les puissances supérieures sont formelles ! s’écria-t-elle.

Ivana, ivre de bonheur, se mit à gesticuler sur son siège et à pleurer comme une démente. Gloussant en même temps, elle n’arrêtait pas de demander à son invitée si c’était bien vrai.

Elle se leva subitement, surexcitée. On aurait dit qu’elle allait prononcer son discours de remerciements.

– Il faut que nous fêtions ça ! Après tout, c’est mon anniversaire, aujourd’hui. Sortons vite m’acheter de nouveaux atours et de nouvelles paires de chaussures ! Je sais où trouver les derniers modèles qu’on ne verra jamais sur quiconque. Vous n’allez pas en croire vos yeux, Raka ! Bien sûr, je vous achèterai un petit quelque chose pour vous remercier, vous et les puissances supérieures…

 

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Un extrait de Meurtres Surnaturels, volume I : Les Métamorphoses de Julian Kolovos par Joe Valeska

Publié le par christine brunet /aloys

Sofia / Dimítrios

 

Un extrait de Meurtres Surnaturels, volume I :

Les Métamorphoses de Julian Kolovos

 

Par Joe Valeska



 

Après une intense querelle avec Sofia, Dimítrios, une bouteille d’absinthe à moitié vide dans une main, ses cahiers dans l’autre, avait décidé de redescendre au rez-de-chaussée, histoire d’écrire quelques pages. Avec de la chance, un chapitre tout entier ou peu s’en faut. Hélas pour lui, il allait en être autrement…

Dimítrios, tu as réellement l’intention de passer la nuit tout entière devant tes maudits cahiers ? Je ne sais pas si tu es au courant, mais les hommes évolués utilisent des ordinateurs, aujourd’hui, le railla-t-elle, mesquine au possible.

– Sofia, s’il te plaît, tais-toi… L’inspiration vient, je la sens.

– Tu la sens ? marmonna-t-elle. C’est très bien… L’un de nous deux sent quelque chose, au moins !

Dans sa jolie nuisette longue en satin rouge cardinal, Sofia fit de son mieux pour se montrer entreprenante, ondulant lascivement sur un flamenco imaginaire qui ne jouait que dans sa tête, mais Dimítrios la houspilla. Elle se contint pour ne pas lui envoyer le premier objet à portée de main au visage et, après avoir tourné en rond comme une lionne famélique autour de sa proie, elle se mit à chantonner, plus incisive que jamais : « Ma chandelle est mor-te, je n’ai plus de feu… » Elle réussit à provoquer la colère de son mari qui lui demanda ce que pouvaient signifier ces insinuations puériles.

– Oh ! Mais rien… Rien du tout, rassure-toi… Allez, écris ! Tu es un écrivain admirable, la planète entière le sait, le brocarda-t-elle sans pitié.

– Je n’ai que faire de tes sarcasmes ! À raté, ratée et demi, rétorqua Dimítrios.

– Parce que je suis une ratée, moi ? Mais tu te prends pour qui, dis ? Oscar Wilde ? H. G. Wells ? Tolkien ? Espèce d’alcoolique, se fâcha-t-elle. Tu le sais, ce que tu es ? Tu le sais ? Un boit-sans-soif ! Voilà tout ce que tu es.

– Mocheté… répliqua-t-il, écœuré. Tu es aussi laide qu’Ornella, à l’intérieur, ma tendre épouse.

– Mal fichu… répondit-elle. À présent, quand je te regarde, je ne vois plus que mes années perdues, Dimítrios… Mon Dieu ! Quand je pense à tous les hommes à qui j’ai dit non… pour toi ! Même David Bowie, si tu veux tout savoir ! Et Prince !

– Il suffit, Sofia chérie… Va te donner en spectacle ailleurs, si ça t’amuse. Je n’ai guère le désir de me disputer…

– Et moi je voulais faire l’amour, Dimítrios ! Si tu continues à me délaisser de la sorte, je vais te faire cocu avec le premier venu, je te préviens ! Moussa, le chauffeur livreur de DHL, je lui plais…

– Eh bien, tu as ma bénédiction ! D’ailleurs, il me vient une idée. Pourquoi tu ne reprendrais pas aussi contact avec ton copain Prince ?

– Non, mais tu te moques de moi, là, Dimítrios ? Méfie-toi… Je plais encore aux hommes. Je peux avoir qui je veux.

– Mais oui… Mais oui… Tu es Kate Moss, c’est sûr. Maintenant, ma douce, sois gentille et fous-moi la paix ! J’ai un roman à écrire et je dois me concentrer.

– C’est ça, concentre-toi… Concentre-toi bien ! Tu te concentres tellement que tu en deviens con tout court, mon pauvre Dimítrios ! Sur ce, bonne nuit ! Mais sache une chose : je ne suis pas prête à te pardonner cet affront !

Sofia quitta la pièce, terriblement déçue et meurtrie… Dans une seconde de lucidité, Dimítrios se leva pour la rattraper, mais, au final, il préféra renoncer pour, à la place, se servir un verre d’absinthe. Il le but cul sec, puis il en but un autre, et un autre, et encore un autre, avant d’abandonner, à son tour, le grand salon. Il n’écrirait strictement rien, cette nuit.

 

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Joël Godart nous propose un extrait de son ouvrage : FAIRY

Publié le par christine brunet /aloys

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Un extrait de Meurtres Surnaturels, volume I : Les Métamorphoses de Julian Kolovos Par Joe Valeska

Publié le par christine brunet /aloys

 


 

Sa douleur à l’épaule l’éprouva de nouveau, toujours sans prévenir, mais un peu plus violente, cette fois… Il grimaça.

– Ça ne va pas recommencer… 

Une furieuse envie de sucre le poussa à redescendre dans le grand salon où, peut-être, avec de la chance, des chocolats et des pâtes de fruits traîneraient encore sur la table. Il avait surtout besoin de s’éloigner de sa chambre, tout au moins un instant, le temps de retrouver son calme.

La présence d’Ornella dans la pièce, toute seule, à genoux devant la cheminée et semblant fixer son contrecœur – Excalibur dans la pierre –, le surprit quelque peu. Son boa en plumes traînait par terre comme une vieille serpillière. Il s’approcha d’elle à pas de loup… mais s’arrêta net quand sa belle-mère éclata en sanglots.

– Ornella ? Est-ce que tout va bien ? lui demanda-t-il.

– Julian ! cria-t-elle. J’ai failli… mourir de peur ! Ça ne se fait pas, voyons, d’arriver dans le dos des gens de cette manière !

– Excuse-moi…

– Il est tard. Tu n’arrives pas à dormir ?

– J’ai fait un affreux cauchemar… Je recevais la visite du fantôme des Noëls passés.

– C’est fascinant, répondit-elle, hagarde.

– Et ça ? Qu’est-ce que c’est ? voulut-il savoir après avoir remarqué le papier froissé dans ses mains. C’est à cause de cette lettre que tu pleurais ? Et ne viens pas me dire que tu ne pleurais pas. Ton rimmel coule.

– Tiens, lis, je t’en prie, dit-elle en tendant le papier à Julian. Mais je dois te prévenir : tu ne vas pas apprécier ce qui y est écrit… Surtout après ce réveillon de Noël lamentable.

– Ne remue pas le couteau dans la plaie, s’il te plaît, Ornella.

Inquiet, intrigué, les sourcils ébauchant une fronce, Julian s’assit en tailleur, croisa les pans de son kimono sur ses cuisses musclées de façon convenable, prit la feuille que sa belle-mère lui tendait et commença la lecture. Ses narines se gonflaient. Ses yeux s’écarquillaient au fur et à mesure qu’ils vagabondaient sur le satané document.

Dans son esprit, le doute n’était plus possible.

Du tout.

– Mais… c’est le testament de mon père ! se récria-t-il. Comment peut-il oser ? Où l’as-tu trouvé ? Et puis, je m’en contrefiche… Ce n’est pas vraiment une surprise. Qu’il aille au diable !

– Comme tu dis, opina Ornella. Comme tu dis, Julian.

– Je n’en crois pas mes yeux ! C’est bien là la preuve qu’il ne m’a jamais aimé. Mais je l’ai toujours su, je crois…

– Aucune attention… Ni reconnaissance… gémit Ornella. Ni pour toi ni pour moi. Rien ! Tout pour ta sainte-nitouche de sœur. Il lui lègue toute sa fortune. L’intégralité. J’ai ramassé ton père à la petite cuillère, moi, quand son maudit théâtre a disparu dans les flammes ! Est-ce qu’il l’aurait déjà oublié ? Comment peut-il me faire ça à moi ?

Et elle se remit à sangloter, avant que son visage ne se changeât en un masque de pure haine qui pétrifia Julian quelque peu.

– Je pourrais le tuer pour ça… susurra-t-elle enfin. Je pourrais les tuer tous les deux. Après tout, ce ne serait que justice.

– Justice ? C’est ta colère et ta déception qui s’expriment là, ma chère.

– Tu crois ça ? Tu te trompes lourdement, Julian. Je veux qu’ils meurent… Oui, qu’ils meurent ! Toi et moi, nous allons assassiner ces deux misérables…

– Les quoi ? Les assassiner ? Tu m’inquiètes, tu sais… Arrête un peu tes conneries, Ornella !

– Vraiment, mon a… ?

Finalement, elle ne prononça pas le mot amour, car elle savait que Julian aurait explosé en entendant ce mot sortir de sa bouche. Il l’avait déjà avertie. À plusieurs reprises.

Son regard seul suffit.

Comme s’il espérait réussir à lire dans ses pensées macabres après la découverte des dernières volontés du vieux, Julian considéra un très long moment la femme de son père, laquelle était devenue son amante d’un soir après qu’il ait tourné dans Wonderful Men.

Cela avait été une chose parfaitement absurde, certes, mais c’était arrivé malgré tout, et ce, malgré quelque quinze ans de différence d’âge.

Alors que toute la famille Kolovos avait été conviée, seule Ornella s’était rendue à la soirée organisée par la société de production pour remercier honorablement les acteurs, toute l’équipe technique et les scénaristes, suite au succès retentissant du film au box-office. Et si Julian avait trouvé le moyen de ranger cette incartade dans le coin le plus reculé de son cerveau, Ornella, elle, en avait-elle fait autant ? La réponse était non. Un grand, un simple NON. Elle était amoureuse de son beau-fils. Elle l’avait toujours été.

– Ornella… Si, d’aventure, je te suivais sur cette voie, que nous arriverait-il, d’après toi ? Réponds, s’il te plaît.

– Nous pourrions vivre tous les deux, se décida-t-elle. Toi et moi. Rien que toi et moi.

– Ça, c’est ce que tu voudrais… dit-il, cinglant. Je faisais allusion à la prison, moi… La prison, Ornella ! Ressaisis-toi, que diable ! Aurais-tu perdu la raison ? Bordel ! Que de haine dans ses yeux…  

– Mais je t’aime, Julian ! avoua-t-elle. Je t’ai toujours aimé… Et maintenant que nous savons le mépris que ton père a pour nous deux, je suis prête à tout pour te récupérer ! À tout, mon amour ! Est-ce que tu m’entends ?

– Me récupérer, dis-tu ? Pour un simple écart de conduite sur une banquette arrière ? Tais-toi, Ornella… Je ne veux plus rien entendre ! Ce qui s’est passé entre nous n’était qu’une regrettable erreur, O.K. ? J’ai profité de toi comme tu as profité de moi, et cette histoire honteuse s’est arrêtée au moment même où nous avons pris notre pied. C’était tout ce que tu veux – de la faiblesse, de la frustration –, mais ce n’était pas de l’amour. Ce n’est pas ça, l’amour, Ornella.

– Honteuse ? Tu refoules tes sentiments parce qu’ils te font peur, Julian ! Mais tu ne me trompes pas… Je ferai ce qu’il faut, avec ou sans toi. Pour nous ! Et tu me remercieras.

– Pour nous ? What the fuck ! pensa-t-il, horrifié et plus que jamais sur ses gardes. Je fais quoi, moi, maintenant ? Je fais quoi !?! Si je préviens mon père, ça va tourner au drame… Nous allons tous nous déchirer et l’on m’accusera, moi, d’avoir détruit la famille. Bordel de merde ! Putain… de bordel… de merde !

Julian resta un moment dans l’incapacité de desserrer les mâchoires, espérant que cette soirée se révélerait être un cauchemar saugrenu et rien de plus. Inutile de se pincer, cependant… Il ne rêvait pas. Il le savait.

Il réfléchit longtemps, pressé par une Ornella fébrile.

– Parle-moi, amour… Dis quelque chose. Allez, dis quelque chose !

Mais l’acteur, stoïque, réfléchissait, ouvrant parfois de grands yeux, fronçant parfois les sourcils. Il rumina très longtemps, oui. Et puis, il se ranima brusquement…

– C’est toi qui as raison, dit-il enfin, les yeux au bord des larmes. J’ai assez souffert de son amour sans bornes pour cette abrutie d’Ivana… Ça suffit, la coupe est pleine.

– Julian ? hésita Ornella. Qu’essaies-tu de me dire ? Sois très clair dans le choix de tes mots.

– Je dis qu’il nous faut nous débarrasser d’eux, car il n’y a qu’ainsi que nous serons pleinement vengés. Qu’ils crèvent ! Tous les deux.

– Et comment te faire confiance ? se méfia-t-elle d’abord. Combien tout ce qu’on dit est loin de ce qu’on pense, Julian !

– Et là, tu me fais confiance ? s’enquit-il, l’attrapant dans ses bras et la pressant contre lui pour l’embrasser avec fougue.

Elle resta sans voix, puis se mit à pleurer, se laissa aller à un gémissement empreint d’une vive satisfaction. Il la serra contre son torse puissant encore plus fort, jurant ses grands dieux qu’il était avec elle, à la vie, à la mort, et qu’il en avait plus qu’assez de faire semblant, à cause de cette maudite bienséance. Ivana avait toujours reçu tout l’amour, mais ils auraient la vengeance… Ce n’était en rien une question d’héritage ou d’argent, mais une question d’amours-propres blessés uniquement.

Bouleversée à l’extrême, elle le crut.

– Je suis fatigué, lui dit-il en se libérant.

– Est-ce que tu veux…

– N’en dis pas plus, Ornella… Nous devons la jouer plus fine.

– Tu as raison, mais j’ai tellement envie d’être dans tes bras, Julian ! 

– Moi aussi, mais patience… Et tu dois me promettre une chose.

– Dis-moi…

– Tu ne fais rien d’irréfléchi cette nuit, Ornella.

– Julian… Je ne peux plus ! Je ne veux plus !

– Ornella, pour l’amour de Dieu ! Tu veux briser ma carrière ?

– Mais non, enfin… Tu n’as pas le droit de dire une chose pareille.

– Il faut que nous continuions à faire comme si de rien n’était…

– C’est facile à dire, objecta-t-elle.

– …jusqu’à ce que nous trouvions le plan sans faille, poursuivit-il.

Tout en la couvrant de baisers et de caresses presque indécentes, Julian lui susurra qu’il n’avait pas vraiment envie de faire les gros titres. Pas ces gros titres-là… Qu’ils devraient, en attendant, faire comme si le testament de Francesco n’existait pas.

– Est-ce que je peux te faire confiance, Ornella ? lui demanda-t-il.

– Très bien, abdiqua-t-elle après avoir geint. Comme tu voudras.

– Ne t’inquiète surtout pas, tu n’auras pas à supporter mon père bien longtemps encore, promit-il. Va te coucher, maintenant… Nous avons besoin de prendre un peu de repos pour affronter la journée qui vient.

Sans un regard en arrière, Julian quitta la pièce sous le regard de sa belle-mère transie d’amour. Rapidement, à son tour, elle se leva, résignée à regagner, au prix d’un effort surhumain, la chambre conjugale. Jusqu’à ce jour, elle n’avait pas réfléchi à cela, mais, maintenant qu’elle se sentait trahie et humiliée, Francesco lui semblait rien moins qu’un horrible vieillard miteux. Elle n’avait que quarante-huit ans, après tout, et lui la soixantaine… le fumier !

 

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Joël Godart nous propose un extrait de son ouvrage : FAIRY

Publié le par christine brunet /aloys

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Joe Valeska nous propose un extrait de son premier tome des Meurtres surnaturels

Publié le par christine brunet /aloys

Jacobo Kolovos

 

Un extrait de Meurtres Surnaturels, volume I :

Les Métamorphoses de Julian Kolovos

 

Par Joe Valeska



 

Le ciel bleu immaculé s’assombrit tout doucement, alors qu’un beau soleil brillait jusqu’alors au-dessus de l’océan Atlantique. Les dauphins tachetés qui surfaient et faisaient des bonds prodigieux aux étraves du Theϊκόs Kolovos disparurent dans les profondeurs.

La pluie commença à tomber, se transformant bien vite en une violente tempête, et les vagues enflèrent jusqu’à devenir bien plus pointues que les ailerons des requins.

Le second, un Gallois trentenaire très distingué de Cardiff répondant au nom de John Lloyd, hurla à tout l’équipage de retourner à son poste. Le bosseman, un homme à la mine renfrognée, nettement plus âgé, reprit l’ordre et commanda les matelots aux manœuvres du pont et des gréements nécessaires, vitales, en de pareilles circonstances. Dans leurs oripeaux trempés qui leur collaient à la peau, leur glaçant cruellement l’échine, ils s’exécutèrent, mais, malgré leur expérience maritime, ils avaient compris où ils se trouvaient, car tel était le but de leur expédition, et cacher leur inquiétude semblait tout bonnement impossible.

La chanson qu’ils se mirent à chanter pour se donner du courage n’y changerait rien.

Ils se turent quand le capitaine Jacobo Kolovos, ancien corsaire du roi George IV, sortit enfin de sa cabine, son singe Saïmiri sur une épaule, lequel jappait, terrifié.

– Du calme, mon petit Laurence… Du calme… susurra-t-il à son compagnon.

Jacobo Kolovos était un homme grand, solide, à la peau hâlée et aux yeux verts expressifs. Il avait de longs cheveux noirs qui tombaient en cascade sur la veste de son uniforme. Un homme qui devait plaire aux femmes, immanquablement. Il sortit une figue de sa poche et la tendit à l’animal. Ce dernier, reconnaissant, avait adopté Jacobo Kolovos après avoir été sauvé de l’étreinte d’un boa constrictor affamé… Cela s’était passé lors d’une expédition au Costa Rica, en Amérique centrale.

Le capitaine ne semblait point troublé, du moins extérieurement, mais étrangement excité. Qu’importe si le Theϊκόs Kolovos tanguait dans tous les sens. De bâbord à tribord et de la poupe à la proue.

Monsieur Lloyd lui demanda comment il pouvait afficher un tel stoïcisme face au destin funeste qui les menaçait tous. La seule perspective d’une mort certaine ne l’effrayait-elle donc pas ? De plus, il avait une femme et des enfants qui attendaient son retour, là-bas dans le Kent, comme lui-même avait une épouse et un tout jeune garçon qui attendaient son retour, à Cardiff, et comme certains des hommes d’équipage avaient leur propre famille, quelque part au Royaume-Uni. Ou ailleurs dans le vaste monde. N’avait-il pas peur de ne plus jamais les revoir ? Lui, il avait très peur.

– Nous voici enfin face à l’aventure de notre vie, Monsieur Lloyd ! lui cria le capitaine. Messieurs, nous avons trouvé ce que nous cherchons depuis des mois ! Le Triangle des Bermudes est là, sous la coque de notre bon vieux rafiot !

– Nous avons une voie d’eau, Capitaine ! hurla un jeune matelot en remontant de la cale à la hâte. Nous pourrions perdre tous nos vivres !

– Eh bien ! Prenez deux ou trois hommes avec vous et faites votre travail, Monsieur Winchester ! Ne désespérez donc pas !

– À vos ordres, Capitaine ! Monsieur Beckley, Monsieur Mason et Monsieur Williams, avec moi ! Le temps presse !

– Quant aux autres, allégez-moi ce navire ! décida Jacobo Kolovos. De la proue à la poupe !

– À vos ordres, Capitaine ! répondit le bosseman. Allez, fillettes, on jette tout ce qu’on peut jeter par-dessus bord !

– Capitaine, la voilure… Nous devrions la réduire, lui suggéra alors son second, faisant des efforts surhumains pour rester debout.

– Et je suis d’accord avec vous, Monsieur Lloyd, acquiesça Jacobo Kolovos. N’ayez pas peur, mon petit Laurence, dit-il à son compagnon qui jappait de plus belle, sur ses épaules. Nous avons traversé tellement d’autres tempêtes… Nous traverserons aussi celle-ci ! Réduisez la voilure ! ordonna-t-il enfin.

Mais les vagues s’élevaient de plus en plus, semblant danser tout autour du navire, l’encerclant et se moquant de son évidente fragilité. Elles atteignirent une hauteur monstrueuse en quelques ridicules petites secondes.

Tous les hommes, trempés jusqu’aux os, grelottaient. Un mousse, accroché au mât d’artimon, pleurait. Un gabier chuta de sa hune. Le malheureux tenta de se rattraper à un hauban, persuadé qu’il y parviendrait, mais il se brisa la nuque en s’écrasant lourdement sur le pont du Theϊκόs Kolovos.

Le petit Saïmiri sauta de l’épaule de Jacobo Kolovos et, tout en gloussant, partit trouver refuge dans la cale où s’activaient monsieur Winchester, monsieur Beckley, monsieur Mason et monsieur Williams. Mais les quatre hommes désespérés se sentaient dépassés…

Un autre gabier se fracassa le crâne en tombant sur un cabestan. La foudre frappa le guetteur tétanisé resté tout ce temps dans son nid-de-pie, le tuant sur le coup.

Le bateau, à la merci de la fougue destructrice de l’océan qui n’en finissait plus de se déchaîner, tanguait dangereusement, et les hommes s’accrochèrent aux cordages en chanvre de Manille du gréement, à tout ce qu’ils pouvaient, aux haubans, aux mâts.

À quoi bon ? Les vagues immenses qui bondissaient par-dessus le pont emportaient avec elles les membres de l’équipage les uns après les autres. Et les abysses avides de chair fraîche les attendaient avec la plus grande impatience…

Jacobo Kolovos, pensant avec émotion à sa famille dans le Kent, bien loin de cet enfer, murmura des prières. Il réalisa enfin, mais trop tard, la folie de son entreprise : percer le mystère du Triangle des Bermudes. Il comprit qu’ils ne reviendraient pas. Aucun ne reverrait la mère patrie. Aucun ne reverrait sa famille. L’océan Atlantique serait leur dernière demeure, et leurs corps nourriraient les poissons. Ou quelque autre créature géante cachée dans les profondeurs de ce Triangle de la mort… Le Léviathan de la Bible, peut-être.

Les vagues géantes dansaient toujours, étrangement belles.

– Ce fut un honneur pour moi de servir sous vos ordres, Capitaine, dit Lloyd, blême, en écoutant le navire craquer sous le talon de ses bottes.

– Que dites-vous là, Monsieur Lloyd ? fit mine de s’étonner Jacobo Kolovos. Vous et moi, nous n’avons pas fini de briquer les mers et les océans !

Mais il mentait. Ils le savaient tous deux.

– Mais où diable est passé Laurence ? Laurence ! cria-t-il. Reviens, Laurence ! Ne m’abandonne pas…

Dans un dernier acte de foi, le capitaine Kolovos courut pousser le timonier, monsieur MacCorkindale, pour prendre sa place à la barre. Les éclairs illuminèrent les ténèbres. Une vague titanesque souleva alors le Theϊκόs Kolovos qui s’inclina à tribord. Le bateau parut se déchirer par le milieu, le grand mât se brisa à sa base, puis le mât d’artimon et le mât de misaine, à l’unisson, et le Theϊκόs Kolovos fut broyé comme une vulgaire noix. Empêtrés dans les voiles, des hommes ne comprirent que trop tard qu’ils sombraient avec les innombrables débris de leur navire…

Le capitaine Jacobo Kolovos coula le dernier, les deux yeux grands ouverts et les bras en croix.

Il se sentit écrasé par la formidable pression de l’eau !

Une chute lente et incroyablement longue, mille fois trop longue, s’amorça alors pour le capitaine du Theϊκόs Kolovos à demi inconscient. Il crut voir nager son petit singe Saïmiri, Laurence, tout près de lui. Il semblait tout guilleret… Ses yeux noirs, entourés d’un masque clair, presque blanc, étaient pleins de vie. Les dauphins tachetés étaient là, eux aussi, très nombreux. Ils lui offrirent un ballet, évoluant tous en parfaite synchronisation. Non loin de là, quand les animaux disparurent, il crut voir apparaître sa femme, Abigail, sourire aux lèvres – ses belles lèvres roses qu’il rêvait d’embrasser. Son visage au teint de porcelaine était encadré d’une longue chevelure noire qui se mouvait très mollement sous l’action de l’eau. Elle lui tendit la main dans un doux mouvement fantomatique.

Des hallucinations.

Loin sous la surface, ses poumons finirent par s’effondrer sur eux-mêmes, mais Jacobo Kolovos n’éprouva point cette terrible agonie. Il était mort noyé entre-temps.

Les ténèbres étaient à présent absolues. L’homme chutait toujours…

 

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Rouge Chlorophylle (Version longue inédite) 2e partie : un extrait de Contes épouvantables et Fables fantastiques 2 proposé par Joe Valeska

Publié le par christine brunet /aloys

Angela chiffonna la feuille du journal avec agacement et la jeta par-dessus son épaule. Elle poursuivit son exploration, méfiante.

– Seigneur Tout-Puissant !!! s’écria-t-elle au détour d’un chemin, portant ses mains devant la bouche. Mais qu’a-t-il bien pu se passer ici !?!

À la vue de ce nouveau tableau perturbant, tout lui revint violemment en mémoire, jusqu’à son saut dans le vide, sans réfléchir, par-dessus le garde-corps en verre acrylique de son balcon.

Le terrain qui s’étendait devant elle était parsemé de plusieurs centaines de cadavres desséchés vomissant des racines noueuses par tous les orifices. Et même des fleurs… De jolies petites fleurs colorées ayant pu éclore grâce à cet engrais naturel. C’était un spectacle monstrueux. Il n’y avait pas d’autres mots pour définir cette horreur.

Mais le plus atroce était encore tous ces corps empalés sur des racines encore plus grosses, s’effilant à leur faîte et alignées de loin en loin. Comment pareille chose était-elle arrivée ? Les racines avaient soulevé leurs victimes en pénétrant dans l’orifice de leur rectum et en ressortant par leur bouche, en même temps qu’une bouillie sanglante et organique. Angela se laissa tomber à genoux et vomit. Encore… C’en était beaucoup trop. Elle tremblait, se disant que son tour viendrait assurément et que ce n’était qu’une question de temps. Paradoxalement, elle était presque heureuse d’être en vie…

Quelques heures plus tard, elle put enfin se lever et marcha, hésitante, au milieu des marionnettes puantes. Ses larmes se mirent à couler, car il y avait aussi des enfants. Des innocents. Elle resta là longtemps, interdite, à contempler ce pauvre petit corps pourri qui fleurissait. La cage thoracique du blondinet avait explosé et les violettes les plus splendides avaient poussé. Le gamin, comme tous les autres – ou peu s’en faut –, n’avait plus d’yeux. À la place, perçaient des racines meurtrières.

Angela fit le signe de croix. Cela ne changerait rien à rien, mais elle le fit.

Un peu plus loin, elle aperçut le bras tatoué d’un homme qui dépassait des lobes refermés d’une plante carnivore géante, mais morte. Elle poussa des sanglots… Quel funèbre cauchemar ! Elle aurait voulu simplement rêver…

Dévastée, elle entendit un bruit semblant provenir des nuages… Elle essuya l’eau sur ses joues, se retourna, puis leva des yeux hébétés au ciel. Il ne s’agissait point d’un cauchemar. Alors, elle ferma ses paupières, espérant une mort rapide et indolore, priant pour ne point se retrouver en Enfer, mais au paradis. Elle n’avait jamais fait de mal…

Une boule de feu, grosse comme un minibus, la pulvérisa, creusant profondément le sol.

 

Correction : 26 août, population mondiale : 0.

 

Ω

 

Zeus et Hadès regardèrent Déméter et éclatèrent de rire, pareils à deux enfants pourris gâtés. Ils portèrent, après cela, l’ambroisie à leur bouche, un tantinet méprisants.

– Non, mes frères ! Non ! Il n’appartenait qu’à moi de la faire disparaître ! Elle était la dernière ! Pourquoi êtes-vous intervenus ? s’indigna Déméter. Pourquoi ? J’aurais pu la jeter en pâture à ma toute nouvelle et fabuleuse création : mon merveilleux… mon magnifique… drosera géant ! Le pauvre bébé va mourir de faim ! Vous devriez avoir honte ! Zeus, mon frère, ramène-la à la vie, s’il te plaît. Que je puisse parachever mon œuvre…

– Cela suffit, maintenant, ma sœur !!! gronda le dieu des dieux, menaçant la déesse de son terrible foudre. Tu n’es… (Il s’arrêta, rouge de colère.) Tu n’es qu’une petite mégère capricieuse, Déméter !!!

Poséidon acquiesça, mais il préféra, cette fois, ne pas piper mot. Tout comme l’imperturbable Hestia, d’ailleurs, restée en retrait, comme toujours.

– Une mégère capricieuse, moi ? s’offusqua Déméter. Es-tu sûr d’être le mieux placé pour oser parler de caprices, ô grand Zeus, mon très cher frère ? Voudrais-tu que je te rafraîchisse la mémoire ?

– Mais de quoi te plains-tu !?! reprit Zeus. Tu l’as eu, me semble-t-il, ton paradis vert !

– Mais elle, je ne l’ai pas eue, elle !!! s’entêta la déesse, se sentant terriblement frustrée et offensée. Sa misérable existence m’appartenait ! À moi ! Vous êtes des rabat-joie, mes frères !

Zeus soupira. « Tu nous épuises », murmura-t-il. Quant à Héra, elle fit les gros yeux à sa sœur, l’invitant à jeter l’éponge. Il valait mieux…

– Déméter, tu as réussi, et sans l’aide de tes frères, à purifier la Terre de l’arrogance destructrice des hommes, lui rappela Poséidon. Pour ma part, j’aurais fait se soulever les mers et les océans, mais notre frère m’en a empêché. Pour te faire plaisir, chère sœur.

– Poséidon a parfaitement raison ! dit Hadès, solennel. Tu devrais te montrer un peu plus reconnaissante, très chère sœur. Quand je pense que j’aurais pu libérer les morts et les laisser envahir le monde des vivants pour les plonger dans une indicible terreur… Des plantes carnivores, bah !

Déméter, sous le regard de tous les autres dieux et déesses de l’Olympe, considéra son frère Zeus et admit, à contrecœur, qu’elle avait dépassé les bornes. Elle s’excusa.

– J’ai détruit leurs armes et leurs usines, oui ! J’ai fait cela, moi ! Toute seule ! J’ai accompli de véritables prodiges, c’est la vérité.

– Car c’était très imprudent de provoquer mère Nature, chuchota Apollon, moqueur, à l’oreille de sa sœur jumelle, Artémis, qui lui donna un violent coup de coude.

– Faire plaisir à l’obsédée des plantes et des fleurs est bien joli, mais qu’allons-nous faire, nous, à présent, sans nos jouets !?! s’emporta Arès, lui aussi frustré et extrêmement courroucé. J’étais à deux doigts, moi, le grand Arès, de déclencher une toute dernière guerre mondiale ! J’aurais pu occasionner tellement de souffrances… J’aurais pu déchirer des familles entières ! La Terre aurait été bien plus belle, teintée de rouge… Qui se soucie des plantes ? Qui se soucie de la chlorophylle et de ces stupides fleurs ? Je ne respecte que deux choses, moi ! Destruction et conquête !

– Toi et ton goût du sang ! déplora Athéna. Tu me fais pitié, Arès, mon demi-frère belliqueux !

– C’est bien la déesse de la Guerre qui dit cela ? ironisa Arès. La sage Athéna ? Celle qui transforma la ravissante Méduse en un monstre hideux ? Pitié, ma demi-sœur… Pitié ! Nous sommes tous des dieux cruels. Nous avons tous trahi et nous avons tous comploté, un jour ou l’autre… Mais nous sommes bien peu à avoir le courage de l’admettre ! Alors, garde tes sarcasmes pour toi, Athéna !

– Tu ne parles pas pour moi, j’espère ? lui lança Apollon, menaçant. Je suis peut-être le dieu des arts et de la beauté, mais n’oublie pas ceci, mon demi-frère : tous ceux qui ont osé me défier l’ont chèrement payé de leur vie. Comme mes demi-frères, mes neveux et mes nièces… De vous tous, je suis assurément le plus vengeur et le plus courageux. As-tu quelque chose à redire à cela, Arès ? Je t’écoute.

Et le plus prétentieux… Tu veux te battre, Apollon ? Tu veux te battre ? le provoqua Arès. Viens te battre, viens ! Je vais me faire un plaisir de montrer à tous que tu n’es pas à la hauteur et que tu n’es pas le plus fort, sinistre m’as-tu-vu ! Sodomite hypocrite !

– Mesure tes paroles, Arès, car je pourrais t’écorcher vif comme j’ai écorché l’effronté Marsyas ! cracha Apollon.

Artémis retint fermement son jumeau par le bras.

– Vous étiez pourtant les meilleurs amis du monde, lors de la guerre de Troie, leur rappela Hadès. Pourquoi tant de haine, aujourd’hui ? Expliquez donc cela à votre oncle…

– Apollon a traité mes enfants de fous et de criminels ! répondit Arès. Moi seul ai le droit de dire qu’ils sont fous !

– Je n’aurais rien dit, si mon cher demi-frère n’était pas si méprisant, marmonna Apollon. Qu’est-ce que ça peut lui faire, si je couche avec autant d’hommes que de femmes ? Tous les humains réclament mes faveurs… En quoi suis-je responsable ? Et, me semble-t-il, je ne suis pas le seul à coucher avec des personnes du même sexe, ici… Mais je ne m’en cache pas, moi, et je ne les prends pas au berceau.

– Il suffit, Apollon ! tonitrua Zeus, plutôt embarrassé par le regard accusateur de son fils. Chacun fait ce qu’il veut, tu as raison… Quant à toi, Arès, je ne tolérerai aucune discrimination sur l’Olympe… Est-ce bien clair ?

Le grand Zeus n’avait certainement pas envie que son fils lui rappelle sa liaison « secrète » avec le jeune et sublime Ganymède, le plus séduisant des mortels, devenu son échanson personnel. Poséidon n’avait certainement pas envie que sa courte liaison avec un adolescent, Pélops, lui soit jetée au visage… Certains des demi-frères d’Apollon, eux aussi, étaient bisexuels : Hermès et ses amants célèbres, dont Pollux. Ou Dionysos, qui eut pour tout premier amour un adolescent, à l’instar de Poséidon. Quant au demi-dieu Héraclès, nombreux étaient ses amants… dont son neveu.

Arès aurait tant voulu bondir sur Apollon, mais il le savait : tout dieu de la guerre qu’il était, il n’était pas le plus fort. Il était très puissant, mais Apollon l’était davantage, et si son demi-frère était assurément le plus beau et le plus accessible des dieux, presque aussi accessible que leur demi-frère Hermès, il était également sans pitié, si on commettait la bêtise de le défier…

– Ne t’inquiète donc pas, Arès… susurra Déméter, allant caresser la joue du dieu en colère, évitant ainsi un combat entre les deux mâles gonflés de testostérone. Tu pourras toujours retrouver l’âme de ces humains ridicules dans le royaume d’Hadès. Qui t’empêche de les torturer là-bas ? Et, un jour, l’obsédée des plantes et des fleurs te fera regretter tes paroles… Bien ! se récria-t-elle brusquement. Vous m’excuserez, mais j’ai aussi de somptueux jardins à entretenir ici. Poséidon, mon cher frère, je vais avoir besoin de tes dons avec l’eau… Aurais-tu l’amabilité de bien vouloir m’accompagner, s’il te plaît ?

Zeus hocha la tête, en signe d’assentiment, et le dieu des mers accompagna leur sœur un peu plus loin dans l’Olympe resplendissant.

– Mon père… hésita Arès. Maintenant que la folle va être occupée des semaines durant avec ses fleurs, j’espère que vous allez ressusciter les hommes… Je veux ma guerre !

– Mais bien sûr, mon fils, lui répondit Zeus. Chacun aura le droit de les persécuter, s’il en a envie. Vous savez bien que je ne pouvais pas contrarier Déméter… Elle aurait recouvert tout l’Olympe de mauvaises herbes rien que pour nous…

– …faire chier ? se permit Arès, sachant pertinemment le dégoût qu’avait son père pour ce genre d’expressions.

– Arès ! Je n’apprécie guère ce langage du XXIe siècle, tu le sais ! À présent, Apollon et toi, vous allez vous réconcilier… Ou je vous enfermerai mille ans dans le Tartare avec les Titans. Ou, à tour de rôle, vous remplacerez le géant Atlas.

– Mais non, père ! s’indigna Arès. Ce n’est pas moi qui ai commencé ! C’est Apollon. Je te hais, mon frère…

– Silence !!! Apollon ne t’a dit que la vérité ! Serrez-vous la main, maintenant, ou ce sera le Tartare… 

– Très bien, père, abdiquèrent les demi-frères fougueux, parvenant, pour une fois, à parler d’une seule voix.

Ah ! Les dieux…

De son côté, à genoux au milieu des fleurs, Déméter se mit à chantonner, toute guillerette : « Elles m’aiment… un peu… beaucoup… passionnément… à la folie… »

 

FIN

 

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Rouge Chlorophylle (Version longue inédite) 1ère partie : un extrait de Contes épouvantables et Fables fantastiques 2 proposé par Joe Valeska

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

– C’est toi, ma sœur…

Un demi-sourire se dessina sur la bouche de la déesse, superbe dans sa tunique virginale. Presque aussi superbe que la déesse Aphrodite.

– Tu m’aurais presque fait peur, le sais-tu ? Car, vois-tu, j’étais plongée dans mes pensées. Je crois qu’il s’agissait de pensées mélancoliques, mais je n’en suis pas sûre. Cela étant dit, il me plaît de revoir ton doux visage. Viens… Viens donc t’asseoir à mes côtés, s’il te plaît, Hestia. Cet isolement, bien que volontaire, n’a que trop duré. Mille fois trop. À présent, j’ai besoin d’un peu de compagnie. De nectar et d’ambroisie, pareillement, car je me sens assez… affaiblie. Regarde ça, Hestia… La vue n’est-elle pas époustouflante ? N’est-ce pas magnifique ? Je ne me lasserai jamais de ce spectacle qui s’offre à nos yeux : l’Olympe !

– C’est exact, approuva Hestia, la déesse du foyer. Nous sommes privilégiés, nous, les dieux, ma chère Déméter.

Une demi-heure s’écoula. Puis une autre demi-heure. Les deux sœurs restèrent là, contemplatives. Qu’est-ce donc qu’une poignée de minutes pour des divinités ? Ou même quelques années ? Leur existence, en aucune façon, n’est soumise au temps qui s’égrène.

En vérité, elle l’est, oui… Mais jamais les trois Moires n’oseraient menacer la vie des dieux de l’Olympe.

La mort, symbolisée par un fil coupé sur le métier à tisser du destin, était le choix d’Atropos, mais cette hideuse vieille femme décharnée, qui ressemblait davantage à un squelette voilé qu’à une femme âgée, craignait la colère de Zeus plus que tout. Sur un coup de colère, le grand Zeus aurait pu détruire leur merveilleux métier à tisser et leur raison d’être, par la même occasion.

Ils étaient donc, demeuraient donc, immortels.

Et le XXIe siècle agaçait fortement certains d’entre eux. Mais il agaçait Déméter, tout particulièrement…

– N’es-tu point lasse, ma sœur ? Car je le suis, moi. Je te l’avoue sans ambages… C’est pourquoi je suis restée assise ici, en tailleur, sur ce surplomb rocheux. Des heures et des heures durant.

Elle regarda l’horizon et fronça les sourcils. Son visage paisible se durcit quelque peu. Elle poussa un soupir, puis retrouva finalement sa quiétude. Hestia, elle, ne prononça pas une parole de plus. Elle préférait écouter. De tous les dieux, elle était la plus effacée.

– Des mois et des semaines, en réalité, reprit Déméter. Plusieurs fois, au loin, j’ai vu passer Apollon sur son char, ainsi que son demi-frère, Hermès, qui volait grâce à ses jolies sandales ailées à ses côtés. Ces deux-là sont enfin réconciliés, ha ha…

– Il était dans l’intérêt d’Hermès de s’aplatir devant son demi-frère. Apollon voulait lui arracher les bras, m’a-t-on rapporté.

– Apollon sait être magnanime, si on sait le charmer… Et Hermès a su le charmer grâce à sa lyre, le petit malin… J’écoutais le bruit de l’eau qui coule, enchaîna Déméter, le bruit de cette cascade majestueuse qui nourrit le fleuve, bien plus bas… Et s’il est vrai que son chant est passablement tonitruant, il a quelque chose d’apaisant. Car il n’est que pureté. Écoute le chant de l’eau purificatrice… C’est beau, n’est-ce pas ? Non, ne dis rien… Écoute avec moi, encore un instant, et savourons cet instant magique, ma très chère Hestia.

Mais le regard de la déesse s’assombrit une fois encore. Elle prit la main de sa sœur et la serra dans la sienne. Puis la relâcha.

– Qu’as-tu donc ? s’enquit Hestia. Tu peux tout me dire, tu le sais… Tu peux tout me confier.

– Ma sœur, si tu savais ! Il y a cette colère, là, en moi ! Cette haine… Peut-être ont-ils raison, en fin de compte ? Je parle de nos frères, bien entendu. La terre leur a tout donné. Tout ! Absolument tout ! Et de l’eau, et du bois, et le feu… Pas le feu, non. Suis-je sotte ! Ça, c’était un acte délibéré du Titan Prométhée, tu as raison. Mais, en l’enchaînant sur le mont Caucase et en le condamnant à avoir le foie continuellement dévoré par un aigle, Zeus l’aura bien puni ! Où en étais-je ? Il est vrai que je me trouble facilement… Et des fruits ! Les animaux ! J’ai même partagé avec eux mes grains de blé, Hestia ! Mes précieux grains de blé… Tous ces cadeaux auraient dû leur suffire, mais non ! Non, ma sœur ! Ceux de leur espèce : les mâles… Stupides singes arrogants ! Ils en ont voulu toujours plus. Et des armes, et des chars… La bombe H. Ils ont piétiné les fleurs avec leurs pieds ignobles ! Mes jolies petites fleurs sans défense. Pure mégalomanie, je te le dis ! Oppression, même ! Toujours plus de terres, mais pour quoi ? Toujours plus de pouvoir ? Ah ! Le pouvoir ! Ils piétinent la vie et leurs propres frères, et ce, au détriment de la nature. Toujours au détriment de la nature… Car ils ne respectent rien ! Car ils ne respectent personne ! Mais apprendront-ils, un jour ? J’ai des doutes, ma sœur… Ils soulagent leur conscience avec le « bio », mais le bio est encore pire, les idiots ! Mes arbres… Mes forêts… Ma belle Amazonie ! Je suis si lasse, ma sœur… Ils ont éventré la Terre et pollué les mers. Ils ont fait un trou énorme dans le ciel. Ils ont fait un trou gigantesque dans mon cœur… Nos frères ont peut-être raison, alors… Je ne me dresserai pas sur leur route, non. S’ils ont pris leur décision, qu’il en soit ainsi, et advienne que pourra… Qu’ils engloutissent les hommes dans les entrailles de la Terre ! Qu’ils les brûlent, tous, sans exception ! Que la planète vomisse sa lave sur les gouvernements corrompus ! Qu’ils fassent monter les eaux ! Qu’ils libèrent le Kraken ! Qu’ils laissent exploser la foudre ! Je m’en moque ! Je m’en moque éperdument. Je rebâtirai tout plus tard, et tout sera encore plus beau.

La furie prit une profonde inspiration pour retrouver un semblant de sérénité. Après quoi elle porta les mains à ses cheveux blond vénitien pour vérifier qu’elle n’était pas décoiffée. Elle poursuivit, « apaisée ».

– Peut-être, même, que je pourrais leur apporter mon aide ? Qu’en penses-tu ? Ou, alors, prendre les commandes ? Je pourrais faire cela, oui… Je le pourrais, très chère sœur. Car il est très imprudent de provoquer mère Nature ! Vous allez maintenant subir les foudres de Déméter, pauvres mortels ignares… Zeus ! Viens à moi, mon très cher frère ! Nous avons à discuter, toi et moi !

Dans le bruit terrible d’une explosion accompagnée de mille éclairs, le dieu des dieux apparut, majestueux, devant ses sœurs. Il tenait, à la main, le tonnerre. Il s’avança et invita sa sœur à parler librement de ses tourments.

Hestia préféra s’éclipser et laisser Déméter et leur frère et maître suprême en tête-à-tête.

 

A

 

Les rares survivants couraient en tous sens, tentant de leur échapper. Mais c’était chose vaine… Et se cacher était tout aussi inutile – elles les retrouvaient toujours. N’importe où. Comme si elles pouvaient sentir la vie.

Amérique du Nord, du Sud, Antarctique – quoique très peu en Antarctique… –, Asie, Europe, Afrique, Océanie… C’était partout la même chose. Elles étaient là, impitoyables, vicieuses, et elles traquaient les rescapés, se gorgeant de leur sang et les asséchant. À la fin, ils n’étaient plus que des momies. Des enveloppes grimaçantes et racornies.

« Maudits végétaux ! », entendait-on. Et puis, en l’espace de quelques secondes, c’était des hurlements rauques et des cris stridents quand les racines et les lianes les pénétraient, ou quand des plantes carnivores de tailles inhabituelles les capturaient pour les dévorer, puis les digérer lentement. Très lentement.

De son balcon tout fleuri, au premier étage, Angela vit l’horreur se déchaîner à la vitesse de la lumière dans le parc situé au pied de son immeuble résidentiel. Sa voisine, qui promenait ses deux chiens comme chaque jour à la même heure, fut la première à casser sa pipe. Une racine épaisse jaillit de la terre, s’enroula autour de sa cheville, remonta le long de sa jambe, de son tronc, s’enroula autour de son cou flétri et s’arrêta, menaçante, devant ses yeux cachés par de grosses lunettes noires. La racine ondula un moment à la façon d’un cobra, puis, rapide, elle pénétra dans la bouche de la vieille femme, lui remplit la gorge et, enfin, ressortit en faisant un trou énorme dans son abdomen.

Ensuite, ce fut le chaos. Le parfait chaos…

Les voisins et les gens encore dans le parc, tentant de fuir, subirent le même sort, à quelques variantes près – et peu ragoûtantes… Quant aux deux malheureux petits chiens, ils furent stoppés net dans leur course éperdue et gobés par une plante carnivore mutante, de genre dionaea muscipula. Autrement dit, une dionée attrape-mouche géante…

Quand les plantes sur son balcon grossirent tout à coup et l’attaquèrent fissa, Angela ne réfléchit pas et sauta dans le vide. Tant pis si elle n’était vêtue que de son vieux boubou bariolé tue-l’amour.

Quelques mois plus tard, Angela se réveilla en hurlant, sans rien savoir du temps qui s’était inéluctablement écoulé. Elle était allongée sur un lit, dans une chambre d’hôpital. Des mouches domestiques constellaient les murs, et d’autres bourdonnaient au-dessus d’une vieille tranche de jambon collée sur le plateau-repas trônant encore sur le chariot abandonné là. D’autres agonisaient sur le linoléum et faisaient le bonheur des fourmis.

Personne ne répondant à ses appels désespérés, il ne fallut que quelques minutes à Angela avant de réaliser qu’elle était seule. Complètement seule.

Terriblement ankylosée, elle mit un très long moment avant de réussir à se mettre sur son séant. Elle se leva, tituba, comme si elle était avinée, et arracha ses perfusions avec rage. Elle aurait aimé comprendre cette mésaventure.

L’odeur infâme soulevée par le porc conditionné la rendit malade. Elle se hâta de sortir de la pièce avant de vomir ses tripes. Ce fut un échec. Guère après, elle arpentait les longs couloirs vides où le silence n’était rompu que par le bruit des ampoules qui grésillaient. Elle essaya de se souvenir, faisant de gros efforts à cet effet, mais ce fut impossible.

Dehors, un spectacle des plus étranges s’offrit à ses yeux pas encore tout à fait réhabitués à la lumière vive du Soleil. La nature avait entièrement repris ses droits. Le monde était redevenu sauvage. Toutefois, pareils à de vulgaires carcasses de gnous et d’éléphants au milieu de la savane, d’inquiétants squelettes d’autocars et de citadines, calcinés ou désossés, ou les deux à la fois, demeuraient apparents. Moult réverbères et quelques kiosques, insolites dans ce décor, se dressaient encore, eux aussi, ainsi que des immeubles, çà et là, détruits en tout ou partie, tous envahis par les racines et les lianes omnipotentes.

Tout en commençant à explorer ce monde perdu, Angela remarqua des tracts collés sur des panneaux d’affichage :

 

EST-CE LA FIN DE NOTRE MONDE ?

 

Étrange… Mais Angela continua d’avancer et resta coite en découvrant, plus loin, un avion encastré dans ce qui devait être, autrefois, un multiplexe. Sidérée, elle ne vit pas la feuille de journal qui volait et qui se colla à son visage. Elle s’en saisit et découvrit les gros titres – une rétrospective stupéfiante. La publication était datée du dimanche 5 août.

 

1er AVRIL : LES PLANTES CONTRE-ATTAQUENT…

 

6 MAI : LES VOLCANS ÉTEINTS SE RÉVEILLENT !

LA FOUDRE TOMBE DU CIEL SUR LES RÉSIDENCES PRÉSIDENTIELLES, SUR LES SIÈGES DE L’OTAN ET DE L’ONU, ET SUR TOUTES LES BASES MILITAIRES !

 

LA FIN DU MONDE SERAIT-ELLE À NOS PORTES ?

5 AOÛT : LES PLANTES MUTANTES SONT PARTOUT ! DÉJÀ PLUSIEURS MILLIARDS DE MORTS. RETOUR DE MANIVELLE OU, PIRE : COLÈRE DIVINE ?

 

CECI POURRAIT ÊTRE NOTRE ULTIME PUBLICATION.

 

26 août, population mondiale : 1.

 

À suivre…

 

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Séverine Baaziz nous propose un extrait de son roman, "La petite fille aux yeux d'or"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Un simple mot sur la table de la cuisine disant que je m’en allais faire du vélo, un jus d’orange bu tout rond, un croissant englouti entier, et j’ai filé plus vite que mon ombre à bord de mon vélo à panier. Le plus chouette, je trouve, quand on grandit, c’est que la liberté grandit avec nous.

Maintenant que j’avais onze ans, j’avais l’autorisation d’aller jusqu’à l’extrême limite du village. Pile devant le panneau. Pile au niveau du grand champ de lavande. Et j’adorais la lavande ! On pourrait croire que c’était pour l’odeur, mais non, pas du tout. J’aimais la lavande parce que les papillons en raffolaient. D’où ma robe du jour.

Je me suis allongée dos au sol, j’ai respiré à fond les narines, j’ai raconté tout un tas de trucs à ma mère, des machins hyper intéressants et des bidules sans importance, puis j’ai attendu que les papillons se posent sur moi, déroulent leurs trompes et m’aspirent comme si j’étais une vraie fleur. J’aurais pu passer des heures à les admirer, les papillons, leurs ailes pleines d’écailles invisibles, sauf pour moi. Des fois je plisse très fort les paupières pour m’amuser à les compter, mais ils ne restent jamais assez longtemps pour me laisser finir.

Et là, pour la première fois, j’ai découvert un de leurs secrets. Totalement incroyable ! Les petits butineurs offraient un peu de leurs couleurs. Celles de leurs ailes. Oui, je vous jure ! En fait, à y regarder vraiment bien, j’ai compris un truc complètement fou : les papillons déposaient des gouttes microscopiques et colorées sur les fleurs, un peu comme le soleil nous recharge en vitamine D. Vrai de vrai !

J’en étais là de mes explorations du jour quand une voix m’a fait sursauter.

—    Bonjour Fleur !

De peur, tous les papillons sur ma robe se sont envolés.

Moi, sur le coup, j’ai pas vraiment eu peur, surtout que je pensais que c’était la voix d’Hagrid, mais j’ai jamais eu l’oreille très fine.

C’est quand je me suis retournée que mon cœur, franchement, a failli tomber en panne. Non seulement c’était pas Hagrid, mais l’inconnu qui connaissait mon prénom n’était pas seul. Ils étaient trois.

 

Séverine BAAZIZ

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