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Gabriel Rasson présente son ouvrage "Sentier vers le ciel" via un interview d'Elisabeth Rasson

Publié le par christine brunet /aloys

Gabriel Rasson présente son ouvrage "Sentier vers le ciel" via un interview d'Elisabeth Rasson

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Rouge Chlorophylle (Version longue inédite) 2e partie : un extrait de Contes épouvantables et Fables fantastiques 2 proposé par Joe Valeska

Publié le par christine brunet /aloys

Angela chiffonna la feuille du journal avec agacement et la jeta par-dessus son épaule. Elle poursuivit son exploration, méfiante.

– Seigneur Tout-Puissant !!! s’écria-t-elle au détour d’un chemin, portant ses mains devant la bouche. Mais qu’a-t-il bien pu se passer ici !?!

À la vue de ce nouveau tableau perturbant, tout lui revint violemment en mémoire, jusqu’à son saut dans le vide, sans réfléchir, par-dessus le garde-corps en verre acrylique de son balcon.

Le terrain qui s’étendait devant elle était parsemé de plusieurs centaines de cadavres desséchés vomissant des racines noueuses par tous les orifices. Et même des fleurs… De jolies petites fleurs colorées ayant pu éclore grâce à cet engrais naturel. C’était un spectacle monstrueux. Il n’y avait pas d’autres mots pour définir cette horreur.

Mais le plus atroce était encore tous ces corps empalés sur des racines encore plus grosses, s’effilant à leur faîte et alignées de loin en loin. Comment pareille chose était-elle arrivée ? Les racines avaient soulevé leurs victimes en pénétrant dans l’orifice de leur rectum et en ressortant par leur bouche, en même temps qu’une bouillie sanglante et organique. Angela se laissa tomber à genoux et vomit. Encore… C’en était beaucoup trop. Elle tremblait, se disant que son tour viendrait assurément et que ce n’était qu’une question de temps. Paradoxalement, elle était presque heureuse d’être en vie…

Quelques heures plus tard, elle put enfin se lever et marcha, hésitante, au milieu des marionnettes puantes. Ses larmes se mirent à couler, car il y avait aussi des enfants. Des innocents. Elle resta là longtemps, interdite, à contempler ce pauvre petit corps pourri qui fleurissait. La cage thoracique du blondinet avait explosé et les violettes les plus splendides avaient poussé. Le gamin, comme tous les autres – ou peu s’en faut –, n’avait plus d’yeux. À la place, perçaient des racines meurtrières.

Angela fit le signe de croix. Cela ne changerait rien à rien, mais elle le fit.

Un peu plus loin, elle aperçut le bras tatoué d’un homme qui dépassait des lobes refermés d’une plante carnivore géante, mais morte. Elle poussa des sanglots… Quel funèbre cauchemar ! Elle aurait voulu simplement rêver…

Dévastée, elle entendit un bruit semblant provenir des nuages… Elle essuya l’eau sur ses joues, se retourna, puis leva des yeux hébétés au ciel. Il ne s’agissait point d’un cauchemar. Alors, elle ferma ses paupières, espérant une mort rapide et indolore, priant pour ne point se retrouver en Enfer, mais au paradis. Elle n’avait jamais fait de mal…

Une boule de feu, grosse comme un minibus, la pulvérisa, creusant profondément le sol.

 

Correction : 26 août, population mondiale : 0.

 

Ω

 

Zeus et Hadès regardèrent Déméter et éclatèrent de rire, pareils à deux enfants pourris gâtés. Ils portèrent, après cela, l’ambroisie à leur bouche, un tantinet méprisants.

– Non, mes frères ! Non ! Il n’appartenait qu’à moi de la faire disparaître ! Elle était la dernière ! Pourquoi êtes-vous intervenus ? s’indigna Déméter. Pourquoi ? J’aurais pu la jeter en pâture à ma toute nouvelle et fabuleuse création : mon merveilleux… mon magnifique… drosera géant ! Le pauvre bébé va mourir de faim ! Vous devriez avoir honte ! Zeus, mon frère, ramène-la à la vie, s’il te plaît. Que je puisse parachever mon œuvre…

– Cela suffit, maintenant, ma sœur !!! gronda le dieu des dieux, menaçant la déesse de son terrible foudre. Tu n’es… (Il s’arrêta, rouge de colère.) Tu n’es qu’une petite mégère capricieuse, Déméter !!!

Poséidon acquiesça, mais il préféra, cette fois, ne pas piper mot. Tout comme l’imperturbable Hestia, d’ailleurs, restée en retrait, comme toujours.

– Une mégère capricieuse, moi ? s’offusqua Déméter. Es-tu sûr d’être le mieux placé pour oser parler de caprices, ô grand Zeus, mon très cher frère ? Voudrais-tu que je te rafraîchisse la mémoire ?

– Mais de quoi te plains-tu !?! reprit Zeus. Tu l’as eu, me semble-t-il, ton paradis vert !

– Mais elle, je ne l’ai pas eue, elle !!! s’entêta la déesse, se sentant terriblement frustrée et offensée. Sa misérable existence m’appartenait ! À moi ! Vous êtes des rabat-joie, mes frères !

Zeus soupira. « Tu nous épuises », murmura-t-il. Quant à Héra, elle fit les gros yeux à sa sœur, l’invitant à jeter l’éponge. Il valait mieux…

– Déméter, tu as réussi, et sans l’aide de tes frères, à purifier la Terre de l’arrogance destructrice des hommes, lui rappela Poséidon. Pour ma part, j’aurais fait se soulever les mers et les océans, mais notre frère m’en a empêché. Pour te faire plaisir, chère sœur.

– Poséidon a parfaitement raison ! dit Hadès, solennel. Tu devrais te montrer un peu plus reconnaissante, très chère sœur. Quand je pense que j’aurais pu libérer les morts et les laisser envahir le monde des vivants pour les plonger dans une indicible terreur… Des plantes carnivores, bah !

Déméter, sous le regard de tous les autres dieux et déesses de l’Olympe, considéra son frère Zeus et admit, à contrecœur, qu’elle avait dépassé les bornes. Elle s’excusa.

– J’ai détruit leurs armes et leurs usines, oui ! J’ai fait cela, moi ! Toute seule ! J’ai accompli de véritables prodiges, c’est la vérité.

– Car c’était très imprudent de provoquer mère Nature, chuchota Apollon, moqueur, à l’oreille de sa sœur jumelle, Artémis, qui lui donna un violent coup de coude.

– Faire plaisir à l’obsédée des plantes et des fleurs est bien joli, mais qu’allons-nous faire, nous, à présent, sans nos jouets !?! s’emporta Arès, lui aussi frustré et extrêmement courroucé. J’étais à deux doigts, moi, le grand Arès, de déclencher une toute dernière guerre mondiale ! J’aurais pu occasionner tellement de souffrances… J’aurais pu déchirer des familles entières ! La Terre aurait été bien plus belle, teintée de rouge… Qui se soucie des plantes ? Qui se soucie de la chlorophylle et de ces stupides fleurs ? Je ne respecte que deux choses, moi ! Destruction et conquête !

– Toi et ton goût du sang ! déplora Athéna. Tu me fais pitié, Arès, mon demi-frère belliqueux !

– C’est bien la déesse de la Guerre qui dit cela ? ironisa Arès. La sage Athéna ? Celle qui transforma la ravissante Méduse en un monstre hideux ? Pitié, ma demi-sœur… Pitié ! Nous sommes tous des dieux cruels. Nous avons tous trahi et nous avons tous comploté, un jour ou l’autre… Mais nous sommes bien peu à avoir le courage de l’admettre ! Alors, garde tes sarcasmes pour toi, Athéna !

– Tu ne parles pas pour moi, j’espère ? lui lança Apollon, menaçant. Je suis peut-être le dieu des arts et de la beauté, mais n’oublie pas ceci, mon demi-frère : tous ceux qui ont osé me défier l’ont chèrement payé de leur vie. Comme mes demi-frères, mes neveux et mes nièces… De vous tous, je suis assurément le plus vengeur et le plus courageux. As-tu quelque chose à redire à cela, Arès ? Je t’écoute.

Et le plus prétentieux… Tu veux te battre, Apollon ? Tu veux te battre ? le provoqua Arès. Viens te battre, viens ! Je vais me faire un plaisir de montrer à tous que tu n’es pas à la hauteur et que tu n’es pas le plus fort, sinistre m’as-tu-vu ! Sodomite hypocrite !

– Mesure tes paroles, Arès, car je pourrais t’écorcher vif comme j’ai écorché l’effronté Marsyas ! cracha Apollon.

Artémis retint fermement son jumeau par le bras.

– Vous étiez pourtant les meilleurs amis du monde, lors de la guerre de Troie, leur rappela Hadès. Pourquoi tant de haine, aujourd’hui ? Expliquez donc cela à votre oncle…

– Apollon a traité mes enfants de fous et de criminels ! répondit Arès. Moi seul ai le droit de dire qu’ils sont fous !

– Je n’aurais rien dit, si mon cher demi-frère n’était pas si méprisant, marmonna Apollon. Qu’est-ce que ça peut lui faire, si je couche avec autant d’hommes que de femmes ? Tous les humains réclament mes faveurs… En quoi suis-je responsable ? Et, me semble-t-il, je ne suis pas le seul à coucher avec des personnes du même sexe, ici… Mais je ne m’en cache pas, moi, et je ne les prends pas au berceau.

– Il suffit, Apollon ! tonitrua Zeus, plutôt embarrassé par le regard accusateur de son fils. Chacun fait ce qu’il veut, tu as raison… Quant à toi, Arès, je ne tolérerai aucune discrimination sur l’Olympe… Est-ce bien clair ?

Le grand Zeus n’avait certainement pas envie que son fils lui rappelle sa liaison « secrète » avec le jeune et sublime Ganymède, le plus séduisant des mortels, devenu son échanson personnel. Poséidon n’avait certainement pas envie que sa courte liaison avec un adolescent, Pélops, lui soit jetée au visage… Certains des demi-frères d’Apollon, eux aussi, étaient bisexuels : Hermès et ses amants célèbres, dont Pollux. Ou Dionysos, qui eut pour tout premier amour un adolescent, à l’instar de Poséidon. Quant au demi-dieu Héraclès, nombreux étaient ses amants… dont son neveu.

Arès aurait tant voulu bondir sur Apollon, mais il le savait : tout dieu de la guerre qu’il était, il n’était pas le plus fort. Il était très puissant, mais Apollon l’était davantage, et si son demi-frère était assurément le plus beau et le plus accessible des dieux, presque aussi accessible que leur demi-frère Hermès, il était également sans pitié, si on commettait la bêtise de le défier…

– Ne t’inquiète donc pas, Arès… susurra Déméter, allant caresser la joue du dieu en colère, évitant ainsi un combat entre les deux mâles gonflés de testostérone. Tu pourras toujours retrouver l’âme de ces humains ridicules dans le royaume d’Hadès. Qui t’empêche de les torturer là-bas ? Et, un jour, l’obsédée des plantes et des fleurs te fera regretter tes paroles… Bien ! se récria-t-elle brusquement. Vous m’excuserez, mais j’ai aussi de somptueux jardins à entretenir ici. Poséidon, mon cher frère, je vais avoir besoin de tes dons avec l’eau… Aurais-tu l’amabilité de bien vouloir m’accompagner, s’il te plaît ?

Zeus hocha la tête, en signe d’assentiment, et le dieu des mers accompagna leur sœur un peu plus loin dans l’Olympe resplendissant.

– Mon père… hésita Arès. Maintenant que la folle va être occupée des semaines durant avec ses fleurs, j’espère que vous allez ressusciter les hommes… Je veux ma guerre !

– Mais bien sûr, mon fils, lui répondit Zeus. Chacun aura le droit de les persécuter, s’il en a envie. Vous savez bien que je ne pouvais pas contrarier Déméter… Elle aurait recouvert tout l’Olympe de mauvaises herbes rien que pour nous…

– …faire chier ? se permit Arès, sachant pertinemment le dégoût qu’avait son père pour ce genre d’expressions.

– Arès ! Je n’apprécie guère ce langage du XXIe siècle, tu le sais ! À présent, Apollon et toi, vous allez vous réconcilier… Ou je vous enfermerai mille ans dans le Tartare avec les Titans. Ou, à tour de rôle, vous remplacerez le géant Atlas.

– Mais non, père ! s’indigna Arès. Ce n’est pas moi qui ai commencé ! C’est Apollon. Je te hais, mon frère…

– Silence !!! Apollon ne t’a dit que la vérité ! Serrez-vous la main, maintenant, ou ce sera le Tartare… 

– Très bien, père, abdiquèrent les demi-frères fougueux, parvenant, pour une fois, à parler d’une seule voix.

Ah ! Les dieux…

De son côté, à genoux au milieu des fleurs, Déméter se mit à chantonner, toute guillerette : « Elles m’aiment… un peu… beaucoup… passionnément… à la folie… »

 

FIN

 

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Rouge Chlorophylle (Version longue inédite) 1ère partie : un extrait de Contes épouvantables et Fables fantastiques 2 proposé par Joe Valeska

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

– C’est toi, ma sœur…

Un demi-sourire se dessina sur la bouche de la déesse, superbe dans sa tunique virginale. Presque aussi superbe que la déesse Aphrodite.

– Tu m’aurais presque fait peur, le sais-tu ? Car, vois-tu, j’étais plongée dans mes pensées. Je crois qu’il s’agissait de pensées mélancoliques, mais je n’en suis pas sûre. Cela étant dit, il me plaît de revoir ton doux visage. Viens… Viens donc t’asseoir à mes côtés, s’il te plaît, Hestia. Cet isolement, bien que volontaire, n’a que trop duré. Mille fois trop. À présent, j’ai besoin d’un peu de compagnie. De nectar et d’ambroisie, pareillement, car je me sens assez… affaiblie. Regarde ça, Hestia… La vue n’est-elle pas époustouflante ? N’est-ce pas magnifique ? Je ne me lasserai jamais de ce spectacle qui s’offre à nos yeux : l’Olympe !

– C’est exact, approuva Hestia, la déesse du foyer. Nous sommes privilégiés, nous, les dieux, ma chère Déméter.

Une demi-heure s’écoula. Puis une autre demi-heure. Les deux sœurs restèrent là, contemplatives. Qu’est-ce donc qu’une poignée de minutes pour des divinités ? Ou même quelques années ? Leur existence, en aucune façon, n’est soumise au temps qui s’égrène.

En vérité, elle l’est, oui… Mais jamais les trois Moires n’oseraient menacer la vie des dieux de l’Olympe.

La mort, symbolisée par un fil coupé sur le métier à tisser du destin, était le choix d’Atropos, mais cette hideuse vieille femme décharnée, qui ressemblait davantage à un squelette voilé qu’à une femme âgée, craignait la colère de Zeus plus que tout. Sur un coup de colère, le grand Zeus aurait pu détruire leur merveilleux métier à tisser et leur raison d’être, par la même occasion.

Ils étaient donc, demeuraient donc, immortels.

Et le XXIe siècle agaçait fortement certains d’entre eux. Mais il agaçait Déméter, tout particulièrement…

– N’es-tu point lasse, ma sœur ? Car je le suis, moi. Je te l’avoue sans ambages… C’est pourquoi je suis restée assise ici, en tailleur, sur ce surplomb rocheux. Des heures et des heures durant.

Elle regarda l’horizon et fronça les sourcils. Son visage paisible se durcit quelque peu. Elle poussa un soupir, puis retrouva finalement sa quiétude. Hestia, elle, ne prononça pas une parole de plus. Elle préférait écouter. De tous les dieux, elle était la plus effacée.

– Des mois et des semaines, en réalité, reprit Déméter. Plusieurs fois, au loin, j’ai vu passer Apollon sur son char, ainsi que son demi-frère, Hermès, qui volait grâce à ses jolies sandales ailées à ses côtés. Ces deux-là sont enfin réconciliés, ha ha…

– Il était dans l’intérêt d’Hermès de s’aplatir devant son demi-frère. Apollon voulait lui arracher les bras, m’a-t-on rapporté.

– Apollon sait être magnanime, si on sait le charmer… Et Hermès a su le charmer grâce à sa lyre, le petit malin… J’écoutais le bruit de l’eau qui coule, enchaîna Déméter, le bruit de cette cascade majestueuse qui nourrit le fleuve, bien plus bas… Et s’il est vrai que son chant est passablement tonitruant, il a quelque chose d’apaisant. Car il n’est que pureté. Écoute le chant de l’eau purificatrice… C’est beau, n’est-ce pas ? Non, ne dis rien… Écoute avec moi, encore un instant, et savourons cet instant magique, ma très chère Hestia.

Mais le regard de la déesse s’assombrit une fois encore. Elle prit la main de sa sœur et la serra dans la sienne. Puis la relâcha.

– Qu’as-tu donc ? s’enquit Hestia. Tu peux tout me dire, tu le sais… Tu peux tout me confier.

– Ma sœur, si tu savais ! Il y a cette colère, là, en moi ! Cette haine… Peut-être ont-ils raison, en fin de compte ? Je parle de nos frères, bien entendu. La terre leur a tout donné. Tout ! Absolument tout ! Et de l’eau, et du bois, et le feu… Pas le feu, non. Suis-je sotte ! Ça, c’était un acte délibéré du Titan Prométhée, tu as raison. Mais, en l’enchaînant sur le mont Caucase et en le condamnant à avoir le foie continuellement dévoré par un aigle, Zeus l’aura bien puni ! Où en étais-je ? Il est vrai que je me trouble facilement… Et des fruits ! Les animaux ! J’ai même partagé avec eux mes grains de blé, Hestia ! Mes précieux grains de blé… Tous ces cadeaux auraient dû leur suffire, mais non ! Non, ma sœur ! Ceux de leur espèce : les mâles… Stupides singes arrogants ! Ils en ont voulu toujours plus. Et des armes, et des chars… La bombe H. Ils ont piétiné les fleurs avec leurs pieds ignobles ! Mes jolies petites fleurs sans défense. Pure mégalomanie, je te le dis ! Oppression, même ! Toujours plus de terres, mais pour quoi ? Toujours plus de pouvoir ? Ah ! Le pouvoir ! Ils piétinent la vie et leurs propres frères, et ce, au détriment de la nature. Toujours au détriment de la nature… Car ils ne respectent rien ! Car ils ne respectent personne ! Mais apprendront-ils, un jour ? J’ai des doutes, ma sœur… Ils soulagent leur conscience avec le « bio », mais le bio est encore pire, les idiots ! Mes arbres… Mes forêts… Ma belle Amazonie ! Je suis si lasse, ma sœur… Ils ont éventré la Terre et pollué les mers. Ils ont fait un trou énorme dans le ciel. Ils ont fait un trou gigantesque dans mon cœur… Nos frères ont peut-être raison, alors… Je ne me dresserai pas sur leur route, non. S’ils ont pris leur décision, qu’il en soit ainsi, et advienne que pourra… Qu’ils engloutissent les hommes dans les entrailles de la Terre ! Qu’ils les brûlent, tous, sans exception ! Que la planète vomisse sa lave sur les gouvernements corrompus ! Qu’ils fassent monter les eaux ! Qu’ils libèrent le Kraken ! Qu’ils laissent exploser la foudre ! Je m’en moque ! Je m’en moque éperdument. Je rebâtirai tout plus tard, et tout sera encore plus beau.

La furie prit une profonde inspiration pour retrouver un semblant de sérénité. Après quoi elle porta les mains à ses cheveux blond vénitien pour vérifier qu’elle n’était pas décoiffée. Elle poursuivit, « apaisée ».

– Peut-être, même, que je pourrais leur apporter mon aide ? Qu’en penses-tu ? Ou, alors, prendre les commandes ? Je pourrais faire cela, oui… Je le pourrais, très chère sœur. Car il est très imprudent de provoquer mère Nature ! Vous allez maintenant subir les foudres de Déméter, pauvres mortels ignares… Zeus ! Viens à moi, mon très cher frère ! Nous avons à discuter, toi et moi !

Dans le bruit terrible d’une explosion accompagnée de mille éclairs, le dieu des dieux apparut, majestueux, devant ses sœurs. Il tenait, à la main, le tonnerre. Il s’avança et invita sa sœur à parler librement de ses tourments.

Hestia préféra s’éclipser et laisser Déméter et leur frère et maître suprême en tête-à-tête.

 

A

 

Les rares survivants couraient en tous sens, tentant de leur échapper. Mais c’était chose vaine… Et se cacher était tout aussi inutile – elles les retrouvaient toujours. N’importe où. Comme si elles pouvaient sentir la vie.

Amérique du Nord, du Sud, Antarctique – quoique très peu en Antarctique… –, Asie, Europe, Afrique, Océanie… C’était partout la même chose. Elles étaient là, impitoyables, vicieuses, et elles traquaient les rescapés, se gorgeant de leur sang et les asséchant. À la fin, ils n’étaient plus que des momies. Des enveloppes grimaçantes et racornies.

« Maudits végétaux ! », entendait-on. Et puis, en l’espace de quelques secondes, c’était des hurlements rauques et des cris stridents quand les racines et les lianes les pénétraient, ou quand des plantes carnivores de tailles inhabituelles les capturaient pour les dévorer, puis les digérer lentement. Très lentement.

De son balcon tout fleuri, au premier étage, Angela vit l’horreur se déchaîner à la vitesse de la lumière dans le parc situé au pied de son immeuble résidentiel. Sa voisine, qui promenait ses deux chiens comme chaque jour à la même heure, fut la première à casser sa pipe. Une racine épaisse jaillit de la terre, s’enroula autour de sa cheville, remonta le long de sa jambe, de son tronc, s’enroula autour de son cou flétri et s’arrêta, menaçante, devant ses yeux cachés par de grosses lunettes noires. La racine ondula un moment à la façon d’un cobra, puis, rapide, elle pénétra dans la bouche de la vieille femme, lui remplit la gorge et, enfin, ressortit en faisant un trou énorme dans son abdomen.

Ensuite, ce fut le chaos. Le parfait chaos…

Les voisins et les gens encore dans le parc, tentant de fuir, subirent le même sort, à quelques variantes près – et peu ragoûtantes… Quant aux deux malheureux petits chiens, ils furent stoppés net dans leur course éperdue et gobés par une plante carnivore mutante, de genre dionaea muscipula. Autrement dit, une dionée attrape-mouche géante…

Quand les plantes sur son balcon grossirent tout à coup et l’attaquèrent fissa, Angela ne réfléchit pas et sauta dans le vide. Tant pis si elle n’était vêtue que de son vieux boubou bariolé tue-l’amour.

Quelques mois plus tard, Angela se réveilla en hurlant, sans rien savoir du temps qui s’était inéluctablement écoulé. Elle était allongée sur un lit, dans une chambre d’hôpital. Des mouches domestiques constellaient les murs, et d’autres bourdonnaient au-dessus d’une vieille tranche de jambon collée sur le plateau-repas trônant encore sur le chariot abandonné là. D’autres agonisaient sur le linoléum et faisaient le bonheur des fourmis.

Personne ne répondant à ses appels désespérés, il ne fallut que quelques minutes à Angela avant de réaliser qu’elle était seule. Complètement seule.

Terriblement ankylosée, elle mit un très long moment avant de réussir à se mettre sur son séant. Elle se leva, tituba, comme si elle était avinée, et arracha ses perfusions avec rage. Elle aurait aimé comprendre cette mésaventure.

L’odeur infâme soulevée par le porc conditionné la rendit malade. Elle se hâta de sortir de la pièce avant de vomir ses tripes. Ce fut un échec. Guère après, elle arpentait les longs couloirs vides où le silence n’était rompu que par le bruit des ampoules qui grésillaient. Elle essaya de se souvenir, faisant de gros efforts à cet effet, mais ce fut impossible.

Dehors, un spectacle des plus étranges s’offrit à ses yeux pas encore tout à fait réhabitués à la lumière vive du Soleil. La nature avait entièrement repris ses droits. Le monde était redevenu sauvage. Toutefois, pareils à de vulgaires carcasses de gnous et d’éléphants au milieu de la savane, d’inquiétants squelettes d’autocars et de citadines, calcinés ou désossés, ou les deux à la fois, demeuraient apparents. Moult réverbères et quelques kiosques, insolites dans ce décor, se dressaient encore, eux aussi, ainsi que des immeubles, çà et là, détruits en tout ou partie, tous envahis par les racines et les lianes omnipotentes.

Tout en commençant à explorer ce monde perdu, Angela remarqua des tracts collés sur des panneaux d’affichage :

 

EST-CE LA FIN DE NOTRE MONDE ?

 

Étrange… Mais Angela continua d’avancer et resta coite en découvrant, plus loin, un avion encastré dans ce qui devait être, autrefois, un multiplexe. Sidérée, elle ne vit pas la feuille de journal qui volait et qui se colla à son visage. Elle s’en saisit et découvrit les gros titres – une rétrospective stupéfiante. La publication était datée du dimanche 5 août.

 

1er AVRIL : LES PLANTES CONTRE-ATTAQUENT…

 

6 MAI : LES VOLCANS ÉTEINTS SE RÉVEILLENT !

LA FOUDRE TOMBE DU CIEL SUR LES RÉSIDENCES PRÉSIDENTIELLES, SUR LES SIÈGES DE L’OTAN ET DE L’ONU, ET SUR TOUTES LES BASES MILITAIRES !

 

LA FIN DU MONDE SERAIT-ELLE À NOS PORTES ?

5 AOÛT : LES PLANTES MUTANTES SONT PARTOUT ! DÉJÀ PLUSIEURS MILLIARDS DE MORTS. RETOUR DE MANIVELLE OU, PIRE : COLÈRE DIVINE ?

 

CECI POURRAIT ÊTRE NOTRE ULTIME PUBLICATION.

 

26 août, population mondiale : 1.

 

À suivre…

 

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Résultats concours : "Catastrophes climatiques"

Publié le par christine brunet /aloys

Les auteurs participants :

Texte 1 : Micheline Boland

Texte 2 : Philippe Desterbecq

Texte 3 : Séverine Baaziz

Texte 4 : Carine-Laure Desguin

Texte 5 : Brigitte Hanappe

Texte 6 : Christian Eychloma

Le texte gagnant est celui de Christian Eychloma !!! Bravo !!!! Et bravo aux auteurs qui se sont frottés au sujet !

Pour rappel :

Texte 1 : 1 voix
Texte 2 : 1 voix
Texte 3 : 1 voix
Texte 4 : 1 voix
Texte 6 : 4 voix

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Concours "catastrophes climatiques" Texte 6... C'est le dernier ! Votez ici jusqu'à 18h aujourd'hui !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Cauchemar climatique

 

Je lève la tête en plissant les yeux afin de filtrer la lumière en provenance de la surface du dôme, éblouissant sous le soleil à cette heure de la journée. Un soleil qui, réchauffant temporairement les rues de la ville par effet de serre, aurait bien du mal à m’éviter de mourir gelé si je décidais de pointer mon nez à l’extérieur sans équipement spécial.

Même convenablement protégé du froid glacial, il est d’ailleurs dangereux de sortir sans précaution. Surtout seul et non armé. Les ours polaires et les loups règnent en maîtres et, en dépit des troupeaux de rennes sauvages et de bœufs musqués qui leur offrent des proies abondantes, ils n’hésitent pas à s’attaquer à toute espèce vulnérable. Et l’Homme en fait partie. 

 Je décide d’aller faire mon petit tour quotidien au sommet de l’observatoire, là où le dôme hémisphérique atteint sa plus grande hauteur. De là-haut, la vue est magnifique sur 360 degrés, non seulement sur les édifices de la cité et ses jardins, mais aussi - parce que le regard porte très loin - sur la moraine du gigantesque glacier et l’immense étendue de la toundra qui s’arrête aux rives de la mer gelée. 

En attendant l’arrivée de l’ascenseur qui m’emmènera à toute vitesse jusqu’à la plateforme d’observation, je passe en revue, de mémoire, le petit résumé que j’aurai à présenter dans quelques jours à mon professeur d’Histoire.  

L’Histoire, une matière qui m’a toujours passionné. Depuis l’école primaire. Et même depuis bien avant, quand mes parents ont commencé à me parler de ces temps lointains où les arbres formaient de vastes forêts et où les fleurs tapissaient de vertes prairies. Une époque et une manière de vivre qu’ils n’avaient évidemment pas connues, mais qu’ils savaient si bien raconter, avec ce mélange de nostalgie et d’enthousiasme provoqué par ces vieilles vidéos qu’ils regardaient à longueur de journée. Enfin, lorsqu’ils n’étaient pas de service dans un des vastes souterrains où l’on produisait, sous lumière artificielle, tout ce qui était nécessaire à la vie de la communauté… 

Tellement convaincant que je m’imaginais sans effort en train de me rouler dans l’herbe folle, sous une douce chaleur, ou de batifoler dans l’eau tiède avant de m’allonger sur le sable humide pour contempler le bleu du ciel, avec ces petits cumulus blancs dérivant lentement au-dessus d’un monde sans limites. Un monde où personne ne passait la majeure partie de sa vie dans une prison de verre.

Ah oui, mon petit résumé… Pas très difficile pour un passionné comme moi de rappeler les causes de la Nouvelle Glaciation, la dégradation de la biosphère qui a suivi, parallèlement au déclin de la civilisation et jusqu’à la quasi-disparition d’Homo Sapiens.  Tout ça en deux siècles à peine, malgré l’optimisme des scientifiques de l’époque qui, se voulant rassurants à propos des conséquences de leurs propres erreurs, ne pouvaient croire à une évolution aussi rapide des conditions de vie sur Terre.  

Ces personnalités trop médiatiques qui, avides de financement et de notoriété, publiaient des rapports de plus en plus alarmistes sur le changement climatique entraîné par l’augmentation moyenne des températures. Et en étaient arrivés, en usant de leur influence, à préconiser et obtenir la mise sur orbite de gigantesques boucliers destinés à réfléchir les rayons du soleil.

Sauf que ces mêmes scientifiques avaient apparemment oublié qu’en matière climatique la planète avait toujours été « sur une lame de couteau », et qu’en raison de la nature chaotique du système atmosphérique, un refroidissement, même très relatif mais pendant plusieurs années de suite, pouvait nous faire basculer, par effet « boule de neige », dans un processus global irréversible. Un refroidissement carabiné, en l’occurrence… 

Tiens, en parlant d’aléas climatiques, je m’aperçois tout d’un coup que le soleil a disparu et que les lampadaires, comme toujours lorsque baisse la luminosité, se sont automatiquement allumés. Même s’il est vrai qu’il peut arriver que le temps change vite - à l’extérieur s’entend car à l’intérieur, du point de vue de la température, c’est un éternel printemps - la chose m’étonne un peu.

Un léger chuintement m’avertit de l’arrivée de la cage d’ascenseur. Je pénètre dans la cabine transparente en saluant les trois personnes qui en sortent, des gens à l’air maussade, comme tous les gens que je connais. Moi-même, d’ailleurs… Comment pourrait-il en être autrement ? Je presse le bouton et m’envole vers le toit du dôme, observant comme à chaque fois, avec une certaine inquiétude, les quartiers de la ville rétrécir de plus en plus vite sous mes pieds, jusqu’à ressembler à une maquette aux dimensions impressionnantes.

Arrivé en haut, le ciel s’est encore assombri et j’éprouve une drôle d’impression. La sensation d’avoir carrément la tête dans les nuages denses, sans autre visibilité que de vagues remous tout autour de moi.  Puis de gigantesques éclairs déchirent cette épaisse grisaille. Je n’entends rien en raison de l’insonorisation de notre bulle géante, mais je sais évidemment qu’il tonne. Un bel orage, en vérité ! 

Dans ces conditions, prolonger ma présence ici n’offre plus aucun intérêt et je m’apprête à redescendre quand un terrible fracas se fait entendre. Un claquement sec et un bruit de verre brisé, puis  un froid glacial qui me tombe sur les épaules. Le dôme, mon Dieu… Je hurle. Je tremble, de froid et de peur.

On me secoue, on tire sur ma couverture, on me crie dans les oreilles. C’est mon épouse, furieuse, qui me reproche d’avoir, une fois de plus, négligé de bien fermer la fenêtre qui vient de s’ouvrir brutalement en cassant un carreau. 

 

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Concours "catastrophes climatiques" Texte 5.

Publié le par christine brunet /aloys

L’attrait de la pluie.

Elliot s’ennuie !

Il regarde par la fenêtre et lorgne avec envie la petite rivière qui serpente entre les saules pleureurs. Il imagine le contact froid de l’eau trouble sur sa peau et peut-être même le frétillement tactile des petits poissons qui y vivent.

Elliot soupire !

Il aimerait tant profiter du jardin pendant ce week-end de vacances. Le chalet qu’ils ont loué dans la Somme est entouré de verdure à profusion : de nombreux cours d’eau sillonnent les prairies faisant la joie des pêcheurs.

Elsa, de son côté, s’ennuie aussi !

Elle avait envisagé de se ressourcer le moral par de belles promenades, de gonfler ses poumons d’air champêtre mais le soleil semble fâché avec la nature et il projette sur la terre ses impitoyables rayons brûlants.

En cette fin de septembre, la chaleur est anormalement pesante.

Il fait tellement chaud que bouger devient une torture : la température extérieure en est presque intenable et les corps n’aspirent qu’au souffle des ventilateurs qui fonctionnent avec intensité à l’intérieur des bungalows.

Au lointain, quelques nuages gris perle semblent prendre forme dans l’azur métallique du ciel et apportent l’espoir d’une averse rafraichissante.

La jeune femme regarde Elliot avec tendresse et sa main se tend avec douceur vers la petite tête pour redresser la mèche touffue qui lui retombe invariablement sur les yeux.

   ─ Mon bébé adoré ! Maman va terminer ses messages sur Facebook et puis c’est promis, je jouerai un peu avec toi.

Elliot se renfrogne, vexé.

Il n’est plus un bébé depuis longtemps ! Il a 4 ans quand même !!

Et puis, il se doute bien qu’une fois connectée sur son smartphone, elle oubliera sa promesse.

Elliot patiente, le nez collé à la vitre.

Soudain, une goutte humide et silencieuse s’écrase mollement sur le sol de la terrasse : quelques autres suivent dans un mouvement ralenti et un pinceau transparent semble peindre le ciel de couleurs sombres. Les arbres sont statiques comme paralysés par une force indécelable : pas une feuille ne bouge… Mais il pleuviote…

La jeune femme se détourne de son écran. Elle ouvre la porte pour scruter l’horizon sans remarquer qu’Elliott en profite pour se faufiler discrètement.

Elliot jubile !

La pluie devient plus bruyante émettant des « plic-ploc » rigolos.

Sortir sa langue pour attraper l’eau qui tombe est tellement amusant ! De grosses flaques stagnent plus loin et quel plaisir d’aller sauter dedans !

Vive la liberté…

Elliott s’éloigne pendant que les nuages grondent et prennent des formes menaçantes. Il pleut des cordes et Eliott s’imagine sous la douche.

La rivière déborde déjà, formant un va et vient de vaguelettes.

Ce phénomène l’impressionne, persuadé que le cours d’eau va se transformer en océan. Des sirènes sortiront-elles des flots pour chanter leurs comptines envoûtantes ?

La nature s’emballe soudain : les nuages se battent entre eux en tonnant leur colère, les saules maltraitent leurs branches en les bringuebalant de gauche à droite, les précipitations grossissent en avalanche de grêles…

 

Eliot tremble de peur : il veut rebrousser chemin quand le sol se dérobe sous lui. La terre semble se liquéfier, se trouer et des bras invisibles l’entraînent dans les eaux tumultueuses.

Il aboie sa détresse en poussant des gémissements aigus, ses petites pattes s’agitent à la recherche d’un appui, son museau se convulse de terreur, ses poils dégoulinent et l’alourdissent…

Mais la rivière déchaînée ricane : en  se dilatant, elle s’est gonflée de méchanceté et engloutit le petit chien.

Un hurlement désespéré s’échappe du chalet.

Affolée, sa maîtresse crie :

   ─ Au secours ! Aidez-moi à retrouver mon chien ! Il s’appelle Elliot et c’est un Westie blanc.

A l’extérieur, la pluie inonde la région et à l’intérieur du pavillon de vacances, les larmes d’Elsa inondent le plancher.

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Concours "catastrophes climatiques" Texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

 

L’éveil

 

— Et depuis votre dernière visite, madame Glantz, tout ça s’améliore? Je vous écoute.

 

— Aucune amélioration, aucune, docteur Lierts, je lui ai répondu.  Je pense même qu'il y a une aggravation. Suis-je objective ou pas, c'est compliqué. Je me braque sur mes symptômes. C'est humain. Je ressens des douleurs dans les membres et lorsque je ne peux freiner les espèces de chatouillements que vous nommez prurit, cela devient vite infernal. On dirait que mes membres pourrissent de l’intérieur, j’ai ajouté. 

 

— Je comprends, je comprends. Vous avez bien appliqué le traitement deux fois par jour comme je vous l’avais proposé ? 

 

— Oui, comme vous me l'aviez dit. Le pharmacien devait vous contacter. Il s'étonnait du dosage de la cortimétamine à introduire dans la pommade. Et d'ailleurs, il ne connaissait pas ce médicament, la cortimétamine. Sur Google, ce nom est également inconnu. 

 

— C'est un médicament très ancien. Pour éviter tout malentendu ou attente inutile, je vous ai préparé moi-même les autres flacons qui contiennent ce produit-là. Et aussi votre nouveau traitement car depuis notre dernière visite, les résultats de la biopsie me sont parvenus, ainsi que les bilans sanguins. Avez-vous des troubles respiratoires comme par exemple une toux ou des expectorations à l’aspect douteux?

 

— Non pourquoi, je devrais? J'ai encore observé ces espèces de cloques sur les bras et les jambes, ainsi que sur mon torse à présent. Vous êtes une sommité en matière de pathologie dermatologique. Vous trouverez une solution à tout ça, je reste confiante, j’ai lâché. 

 

— Vous êtes très positive, madame.

 

— C'est obligatoire dans mon cas. 

 

— Je dois cependant vous annoncer que si malgré ce traitement vous n'avez pas d'amélioration, une hospitalisation sera nécessaire. Dans ma clinique privée. 

 

— Je ferai ce qu'il faut, docteur. 

 

— Le matériel de ma clinique est performant. Mon laboratoire également. Et j'ai une totale confiance en mon personnel. Ce sont des médecins qui viennent de toute la planète. Et rassurez-vous, les soins sont gratuits.

 

— De toute la planète ? Des soins gratuits? Comment est-ce possible? 

 

— Je reçois des subsides du gouvernement. Ma clinique est donc privée mais vous comprenez, pas tout à fait. Depuis quelques semaines, des personnes développent des maladies inconnues. Qui se caractérisent souvent par des symptômes comme les vôtres. Ou pire encore. 

 

— Contente de n'être pas la seule…, je lui ai répondu, intriguée et avec des trémolos dans la voix. 

 

— Dites-moi, madame Glantz… Vos dernières vacances…

 

— C’était en Su… 

 

— Oui oui, je vous interromps mais oui, je me souviens, rassurez-vous. Je voulais vous redemander… Vous vous êtes baignée… souvent… 

 

— Plusieurs fois par jour. C’est là-bas que les douleurs ont commencé. Et pour les cloques sur l’épiderme, j’avais même pensé à une allergie alimentaire. Mais non, impossible. Pourquoi donc, docteur ?, j’ai demandé. 

 

— Eh bien voilà, je vous dois la vérité ou tout au moins ce que je peux vous en dire. 

 

— Je vous écoute, j’ai dit, remuée par ces sous-entendus.

 

— Dans les glaciers sommeillaient de vilaines bestioles, très vilaines même. Et depuis la fonte de certains glaciers, des virus endormis se sont réveillés. Voilà madame Glantz, voilà … Ces bestioles à présent s’éveillent et … enfin je ne peux vous en dire plus. 

 

 

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Concours : "catastrophes climatiques" Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Un nouveau monde

 

  Comme tous les matins, je n'ai guère envie de me lever. Et comme tous les matins, maman surgit dans ma chambre avec sa fureur, ses insultes et sa canne prête à se fracasser sur mes draps. Je me lève et me faufile dans la salle de bain. Le climatiseur souffre en sifflant. Il fait déjà vingt-cinq degrés à l’intérieur et cinquante à l'extérieur. Non maman, ce n’est pas ma faute ! Enfin, je ne suis pas le seul responsable… 

Depuis que la canicule fait rage et que le plan de survie a été mis en place, il y a déjà près de dix ans, maman déverse sa colère sur la seule personne qu’elle croise. Moi. Elle qui était l’incarnation même de la douceur.

  Avant de quitter l’appartement, mon regard se perd à travers la fenêtre du salon, celle devant laquelle maman reste assise toute la journée. Dehors, une ville désertique. Rongée par la chaleur. Les bitumes brûlent en bouffées suffocantes et les fissures lézardent les façades. Au loin, la forêt de mon enfance n’est plus qu’un cimetière de souches. Un oiseau gît au sol. Oui, maman, j’y vais !

  Nous sommes le premier samedi du mois, jour de réapprovisionnement. J’enfile mes chaussures aux semelles de métal, je respire à fond et je sors. De l’appartement. De l’immeuble. D’un coup d’un seul, la masse chaude m’ensevelit. Puis elle me saisit la gorge, et s’agrippe à mes membres. Quelques pas suffisent à me couvrir de sueurs âcres, à embrumer ma vue et à accabler le moindre de mes gestes, jusqu’à ce que j’entre et m’assois dans le tramway, seul véhicule à pouvoir encore circuler en ville.

  L’aide alimentaire. Les sachets d’aliments lyophilisés. Notre survie ne tient plus qu’à cela. A cela et aux climatiseurs que d’autres pays n’ont déjà plus. La population africaine est décimée, comme une grande partie de l’hémisphère sud. La canicule aura raison de nous. De nous tous.

  Chaque nuit, je fais ce cauchemar.  

  Chaque nuit, je sais que c’est bien plus qu'un mauvais songe.

  Un horizon.

 

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Concours : "catastrophes climatiques" Texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

Au bord de la mer…

Quand j’étais petit, je passais toutes mes vacances chez mes grands-parents et j’adorais ça. Mes aïeuls habitaient à moins de mille mètres de la mer et j’allais la voir tous les jours qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. Enfin, il ne neigeait quasiment jamais chez eux ! 

Je ne pouvais pas me passer de cette immense étendue d’eau tantôt bleue, tantôt grise, selon la couleur du ciel. C’était comme une drogue. J’avais besoin de me perdre au loin, à l’horizon, là où le ciel rejoint la mer. Je m’asseyais sur un rocher et mes yeux se perdaient dans le lointain. J’inventais un peuple qui habitait là-bas sur la ligne où le soleil se couchait, chaque soir, à des heures différentes, s’amusant à faire diminuer la longueur du jour au fur et à mesure qu’on s’enfonçait dans l’été pour rejoindre l’automne. 

Le matin, très tôt, j’arpentais la plage avec mon grand-père à la recherche de coquillages, d’étoiles de mer ou autres cadeaux laissés pour moi, sur le sable, par la mer qui s’était retirée. Des mouettes et des goélands se disputaient les restes de repas laissés par des touristes peu scrupuleux. Des joggeurs matinaux laissaient leurs pas dans le sable mouillé. De temps en temps, un tracteur venait ramasser les algues que la mer avait vomies sur la plage. Des bateaux voguaient sur les vagues et je rêvais de paysages lointains. Un jour, je serais marin, c’était décidé. 

Parfois, mon grand-père m’emmenait sur les îles lointaines, celles colonisées par des oiseaux. Mon pépé était un ornithologue averti et gare à moi si je mettais un pied de travers, si par inadvertance j’avais marché sur un nid de fous de Bassan ou de guillemots. Mon grand-père me tirait alors en arrière et je ne pouvais plus lâcher sa main. 

Combien de fois ai-je assisté à des naissances de pétrels ou de puffins fuligineux ? C’était, à chaque fois, un merveilleux spectacle que Dame Nature m’offrait là : le miracle de la vie ! 

Je rentrais chaque fois chez mes parents des souvenirs plein la tête et déjà je pensais aux prochaines vacances au bord de la mer. 

Puis, j’ai grandi. Je n’ai plus passé toutes mes vacances dans la station balnéaire où habitaient mes grands-parents. Je passais quand même, de temps en temps, leur dire bonjour, et, ça ne manquait pas, à chaque fois, mon grand-père m’emmenait sur la plage de mon enfance et je m’y trouvais bien. 

Mais un jour, il n’y a plus eu de plage ! La mer avait avancé jusqu’à la route située un peu en hauteur de ce qui n’était plus mon terrain de jeu ! Et mes iles, ces refuges merveilleux pour les oiseaux marins, où étaient-elles passées ? Plus une seule ne dépassait le niveau de l’eau ! D’ailleurs, des oiseaux, on n’en voyait plus du tout ! Ils avaient migré ailleurs, dans un monde meilleur pour eux, là où la mer gourmande n’avait pas tout englouti ! 

J’avais, comme tout le monde, entendu parler de réchauffement climatique, de fonte des icebergs, de l’élévation du niveau de la mer, mais je n’y avais pas fait plus attention que vous. L’avenir apocalyptique que certains nous prédisaient me laissait froid et je n’ai rien fait pour le changer, pour éviter le pire. 

Je m’en suis rendu compte quand, quelques années plus tard, la mer ne se trouvait plus à 1000 mètres de la maison de mes aïeuls, mais à moins de 500 mètres ! L’eau avait monté, avait escaladé le mur de pierre qui l’avait toujours retenue prisonnière pour se répandre dans les rues. Les beaux hôtels, les maisons de riches, les immeubles de charme, avaient tous été engloutis par la force de la mer, par sa furie, par sa vengeance envers les êtres humains ! 

Aujourd’hui que mes grands-parents ne sont plus de ce monde, je me rends parfois en pèlerinage dans ce petit village côtier que j’affectionnais tant. J’y emmène mes enfants et je leur montre, de loin, l’endroit où se trouvait la maison de leurs arrière-grands-parents. 

En contemplant les flots déchainés, il est difficile de se rendre compte que quelques dizaines d’années auparavant seulement, à l’endroit que je montre du doigt, poussaient les roses qui faisaient la fierté de ma grand-mère ou les légumes que mon grand-père cultivait et que mémé préparait de mille et une façons pour le plus grand plaisir de mes papilles. 

Heureusement, le cimetière est situé sur une hauteur du village, et même si les vagues commencent à lui lécher les pieds, il conserve les corps de tous les habitants qui ont connu une mer inoffensive et si belle. J’y emmène mes enfants et je leur raconte l’histoire de ce village de pêcheurs qui n’existe plus, de cette station balnéaire qui a perdu tous ses touristes, de cette plage qui m’accueillait chaque jour des vacances, qui m’a offert mes plus belles joies d’enfant et m’a laissé mes plus beaux souvenirs. 

Souvent, des larmes coulent le long de mes joues. Elles suivent les rigoles qui traversent mon visage pour s’infiltrer entre mes lèvres. Elles sont salées comme l’eau de la mer…

 

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Concours : "catastrophes climatiques" Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

FAITS-DIVERS

Chez le bijoutier, dans la grand-rue du village, en ce début du mois de juillet, le thermomètre affiche plus de quarante degrés depuis plusieurs jours. À la supérette sur la place de l'Église, il n'y a plus une bouteille d'eau à vendre et la plupart des limonades sont en rupture de stock. Le village est gagné par un ralentissement inhabituel des activités, les animaux domestiques paraissent comme engourdis, les rares passants avancent mollement, l'herbe est rousse, les fleurs fanent, les jardins font profil bas. Dans les magasins de la ville voisine, il n'y a plus un ventilateur ni un climatiseur à pouvoir acheter et la clinique a fait le plein de patients. Des personnes âgées sont décédées et d'autres sont au plus mal. 

 

Chaque jour est un jour en enfer. La touffeur est telle que chaque geste exige un effort à peine imaginable. La sueur ruisselle sur les fronts. Les mains et les pieds sont moites. Aucun souffle de vent ne permet de se rafraîchir. Le soir, le sommeil tarde à venir. L'air est lourd. Les pensées sont paresseuses. On se met à rêver d'une pluie fine et froide. 

 

Les effets de la fatigue et du mal-être sont bel et bien visibles. Pour un rien, la mère gronde son enfant, le mari abreuve son épouse de reproches et l'épouse se fâche. Pour un rien, le patron menace l'ouvrier de renvoi et le client houspille le vendeur. Pour un rien, le curé et le médecin perdent leur calme habituel, le maire critique sa secrétaire, la coiffeuse soupire.  Le garçon de café mémorise mal les commandes et il arrive que le serveur renverse la corbeille de pain, des couverts ou des plats. Le ton monte entre copains. Quelque chose va arriver, on le pressent, on le redoute. C'est écrit dans le ciel trop bleu, dans la terre trop sèche, dans les verres trop vite vidés.

 

Quinze heures, Jean-Paul tue Jeannette, son amoureuse, d'un coup de couteau parce qu'elle l'a envoyé paître en des termes violents. Seize heures trente, Mauricette bouscule sa vieille tante qui réclame un énième verre d'eau fraîche, la vieille dame perd hélas l'équilibre et se fracture le crâne.  Dix-huit heures, Clémentine pousse sa fille qui pleurniche, la gamine tombe dans l'escalier et souffre de multiples blessures. Vingt heures treize, Kevin assassine une voisine dans le seul but de voler les trois  ventilateurs qu'elle possède et refuse de lui prêter.

 

Plusieurs choses graves sont ainsi arrivées dans le joli et paisible village de mon enfance jusqu'au terme de la canicule. Ailleurs, dans le pays, les comportements violents ont été également très nombreux. Un psychologue interrogé par un journaliste n'en fait pas mystère : il s'agit de conséquences du réchauffement climatique. Exaspération et intolérance sont, selon lui, les fruits des périodes très chaudes que nous vivons cet été. Déjà des voix s'élèvent : comme de tels été seront de plus en plus fréquents, il faudrait construire de nouvelles prisons, de nouveaux hôpitaux, rendre obligatoire des stages de communication non-violente. Déjà on prévoit une augmentation importante du nombre de divorces et de conflits entre employés et employeurs. 

 

Les années qui viennent devront être soumises à des mesures fortes à prévoir de toute urgence proclament des hommes politiques de tous bords.  Des choses graves, des choses de plus en plus graves, arriveront sûrement partout sur la Terre.  C'est ce qui se dit, c'est ce qui se lit, c'est ce que l'on imagine. 

 

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