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Sévérine Baaziz a été interviewée par Lettres Capitales

Publié le par christine brunet /aloys

Sévérine Baaziz a été interviewée par Lettres Capitales

Interview. Séverine Baaziz : « L’histoire de toute famille tient à la mémoire et aux souvenirs »

 

Que feriez-vous si vous aviez le don incroyable de Fleur, l’héroïne du roman de Séverine Baaziz La petite fille aux yeux d’or ? Bien entendu, l’allusion au métal précieux n’est qu’une tournure métaphorique pour nommer la part de mystère qui se cache au plus profond des pupilles de cette jeune fille.

Bonjour Séverine, c’est justement sur ce côté fictionnel, que je souhaiterais vous interroger en premier lieu pour essayer de nommer de manière plus précise le genre littéraire que vous avez choisi. Peut-on parler d’un récit fantastique, d’un conte ? 

Bonjour Dan. Je vous avoue qu’en écrivant ce roman, je n’ai pas essayé de respecter les codes d’un genre en particulier. Une fois de plus, me semble-t-il, j’ai écrit une histoire à la lisière des genres, pas tout à fait un conte, ni tout à fait du fantastique, mais on s’en  approche. Le monde réel servant de trame de fond peut suggérer, aussi, que nous sommes dans du réalisme magique.

Si l’environnement où vit votre héroïne est des plus communs – un village où tout le monde se connait et s’entraide –, Fleur, votre personnage principal, semble bénéficier d’un intérêt particulier de la part de tout le monde. Je pense qu’on peut le dire ici : il s’agit de sa capacité de voir en profondeur et à distance des objets cachés que personne d’autre ne peut apercevoir. Est-ce que cette particularité fonctionne pour vous comme une intrigue d’où découle le reste de l’action, pour utiliser ici un critère dramaturgique ?

Eh bien, oui et non. Quand j’étais moi-même enfant, comme beaucoup d’enfants j’imagine, je me rêvais détentrice d’un fabuleux pouvoir qui ne demandait qu’à être révélé. Je me suis essayée aux battements de bras pour m’envoler. En vain. A la télépathie et aux incantations en tout genre. Nouvel échec. Alors, ce don, c’est un peu une façon de renouer avec l’enfant que je n’ai jamais cessé d’être et d’inviter le lecteur à en faire autant. Quant à l’enjeu narratif, il est indéniable. La particularité de Fleur – son évolution, ses limites, son exploitation – va alimenter la progression de l’histoire.

Se conjuguant à cette qualité ophtalmologique – si on peut l’appeler ainsi – la fragilité et la sensibilité de Fleur offrent une lumière solaire à son histoire. Dans quelle mesure avez-vous souhaité faire de votre récit un hymne à la fragilité et à l’innocence qu’incarne votre personnage ?

Merci Dan, votre retour me touche beaucoup. Je n’ai effectivement pas voulu d’un personnage solide comme un roc, d’abord parce que je n’aurais pas su m’identifier, et puis, parce que je crois profondément que la fragilité n’est pas un défaut, qu’elle est peut-être même notre plus belle part d’humanité, et qu’à tout âge, il est possible de l’apprivoiser. 

Un autre aspect qui conforte le besoin de rêve dont est imprégné votre histoire, c’est le désir devenu rapidement un besoin vital d’évasion que vit Fleur. Quelle place occupe pour vous ce côté nourri par l’imagination, elle-même nourrie par le besoin incessant de traverser le monde à la recherche du rêve et des souvenirs ?

Dès les premières pages, on apprend que Fleur est élevée par son père et que la mère est absente. On en découvre un peu plus par la suite, et ce que je peux dire c’est que l’évasion par l’imaginaire va servir à combler l’absence. Que la magie du monde qui l’entoure – le ciel, les étoiles, la métamorphose des saisons – va être la présence qui se substituera à l’absence. Un imaginaire nourri par l’envie de croire en l’impossible.

Finalement, on se rend compte que le vrai enjeu de votre récit est la mémoire. C’est elle qui nourrit les rêves, et vivifie la réalité. Vue du point de vue de l’enfant, cette mémoire prend des proportions encore plus grandes car les histoires, l’imaginaire sont des éléments fondateurs de l’enfance. Que pourriez-vous nous dire concernant ces aspects ?

L’histoire de toute famille tient à la mémoire et aux souvenirs, nourris par les anecdotes ou les albums de famille. Un port d’attache dont la construction de notre identité a besoin. Et puis, le temps passe, on traverse orages et embellies, et la somme de tout ce que nous vivons devient notre mémoire vive, celle qui se construit tout au long d’une existence. Dans ce roman, ce qui m’a particulièrement intéressée, c’est la charge émotionnelle du souvenir, son pouvoir vitalisant capable de faire renaître, presque par enchantement, larmes et fous rires.

J’ai été conquis par la manière dont Fleur mène le cours du récit : avec autorité et intrépidité, avec un extraordinaire sens du détail pour les autres personnages. Votre narratrice est captivante. Par quel cheminement avez-vous décidé de lui donner la parole et de faire d’elle votre porte-parole, la Narratrice ?

Ah, jolie question ! Mes lectures m’ont en partie soufflé l’idée. J’adore les romans qui donnent le premier rôle aux enfants. Ça va de “La vie devant soi” à “La guerre des boutons” en passant par “Alice aux pays des merveilles”, “Oliver Twist”, ou plus récemment “Un funambule sur le sable” de Gilles Marchand et “Ma reine” de Jean-Baptiste Andrea. Mais jusqu’à présent, je n’osais pas m’essayer à l’exercice, craignant de ne pas trouver le bon ton. Et puis, c’est en réfléchissant sur la langue, que j’ai fini par craquer. Fleur s’est mise à exister par ses tics de langage, sa façon d’érafler les mots et leur sens, et l’ensemble, ma foi, m’a séduit. C’est comme ça que, d’une certaine façon, elle m’a convaincue et que je lui ai laissé les reines.

Je ne peux pas éviter de vous poser la question sur la relation de Fleur à ses parents, surtout à son père. Sans trahir le suspense de votre livre, que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Comme je l’évoquais plus haut, Fleur est élevée par son père, dans l’absence de la mère. C’est une relation d’amour infini. Chacun est tout pour l’autre et ne s’en cache pas. Une complicité célébrée chaque jour. Ils rient, ils se réconfortent et s’entraident. Et veillent l’un sur l’autre. Mais pour Fleur, qui n’a au début de l’histoire que huit ans, cette mission de bienveillance est parfois bien lourde à endosser.

Impossible de m’arrêter sur les autres personnages. Tous bénéficient déjà d’un surnom donné par Fleur, ce qui en dit presque tout sur eux. S’il fallait en choisir un, lequel serait votre préféré, et comment pourriez-vous le décrire ?

Je les aime tous, évidemment, mais puisqu’il est question de revenir sur l’un d’entre eux, j’ai bien envie de vous parler de l’oncle Hagrid. Il apparaît dans la vie de Fleur le jour de ses dix ans, un casque à la main, pour lui offrir son premier vol dans les airs. Il est pilote d’un petit avion, un APM Lion, et même mieux que cela, il est Passeur d’Ailleurs. Il emmène des groupes de jeunes et de moins jeunes à l’autre bout du monde et se fait le guide de moments inoubliables. Pour la petite confidence, cette idée m’est venue en écoutant l’émission “Le temps d’un bivouac” sur France Inter. J’ai trouvé l’appellation de “Passeur d’Ailleurs” fabuleuse et j’en ai fait un personnage.

Disons-le en guise de conclusion : derrière l’histoire de Fleur, derrière sa fraîcheur enfantine et sa fragile innocence, derrière ses espiègleries qui réussissent à détourner les histoires des grands se cache un message plus profond qui met en avant la force de l’amour et sa lumineuse victoire contre les doutes et les désespoirs. Lire votre livre aujourd’hui cela fait du bien par les temps qui courent. Croyez-vous à cette force de l’amour ? Que représente-t-elle pour vous ?

Oh, merci ! Impossible de nier que l’intention de ce roman est de faire du bien au lecteur, et d’apporter un souffle d’espérance et de combativité. Dans le même temps, c’est un roman qui espère rendre hommage aux enfants admirables et aux familles aimantes qui parviennent à le rester même en de terribles circonstances. Pour une réponse plus personnelle, je vous dirais simplement que j’aime mon fils plus que tout, et qu’il n’y a pas un jour où cela ne me donne des ailes.

Propos recueillis par Dan Burcea

Séverine Baaziz, La petite fille aux yeux d’or,  Éditions Chloé des Lys, 2021, 173 pages.

 

Publié dans Article presse

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Bonnes Vacances à tous et toutes !!!

Publié le par christine brunet /aloys

Bonnes Vacances à tous et toutes !!!

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Dernier texte de notre concours ! Vous avez jusqu'au 24 juillet pour voter sur cette page. Résultats sur cette page le lendemain !

Publié le par christine brunet /aloys

Dernier texte de notre concours ! Vous avez jusqu'au 24 juillet pour voter sur cette page. Résultats sur cette page le lendemain !

Je ne me sentais pas bien dans cette rue sombre. Jamais je n’étais venu dans ce quartier. Il était sale, très mal éclairé et une odeur pestilentielle régnait à la ronde. Des rats couraient dans le caniveau. Un nuage passa et cacha la lune ; l’obscurité devint presque totale ; j’avais vu les silhouettes des SDF presque se ruer sur une personne qui m’avait précédé avant de disparaître à toutes jambes.

Ils faisaient tinter leur sébile, en quête de quelque obole. Je frissonnais, mais ne pouvais plus faire demi-tour. Soudain la lune reparut et je vis à cinquante mètres de moi un de ces pauvres bougres me tendre ses mains, sur les paumes desquelles était écrit FAIM et PAIN. J’étais interloqué. Pourquoi ne parlait-il pas ? Peut-être était-il muet ? Je n’avais pas trop envie de lui donner mon argent quand déjà les silhouettes de ses compagnons d’infortune approchaient. Une sorte de panique monta en moi ; j’avalais ma salive et un goût âcre m’emplit la bouche. L’odeur perçue tout à l’heure venait de ces gens, il n’y avait pas de doute. L’hygiène leur était inconnue ou plutôt impossible. La sueur commençait à me glacer le dos ; j’étais en mauvaise posture. Mon corps était comme paralysé. J’essayais de lutter contre l’inévitable terreur qui allait s’emparer de moi.

Personne à la ronde. Toutes les fenêtres, soigneusement closes, ne laissaient filtrer aucune lumière. Je songeais à mon épouse qui devait se demander pourquoi je n’étais pas rentré à cette heure. Je m’apprêtais à frapper l’homme aux mains tendues pour me dégager et filer droit devant, lorsque je sentis deux manches crasseuses me saisir par les épaules. Mon heure était venue. L’odeur était intenable.

Je me retournai et vis un gars en loques qui me souriait ; Monsieur, dit-il, en arrivant vous aviez les mains dans les poches et en les sortant votre montre bracelet s’est détachée de votre poignet. Vous ne pouviez pas entendre car elle est tombée juste sur une grosse merde de chien. Je l’ai nettoyée comme j’ai pu, ce n’est pas parfait, mais la voici ! Vous ferez mieux chez vous.

J’étais sidéré ; ces misérables me venaient en aide. La honte me gagna aussitôt. Dire que j’aurais préféré leur refuser la moindre piécette ! j’étais devenu un salaud à mes propres yeux. Heureusement la nuit cacha le rouge qui m’était monté au visage.

Je les remerciai, ouvrit mon portefeuille et leur donnai les cinquante euros qui s’y trouvaient, regrettant de ne pouvoir faire plus pour eux, mais je me promis de repasser régulièrement ici pour prendre de leurs nouvelles et renouveler mes dons.

Je repartis confus mais heureux de cette leçon de vie qu’ils venaient de me donner ; je me promis d’être dorénavant moins con.

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 7...

Publié le par christine brunet /aloys

Catastrophe - Je me suis perdue

 

On m’avait bien dit que si j’épousais Albert – dit Bébert – je serais sur la bonne voie. Moi il ne me disait rien du tout, je le trouvais encore plus laid que les autres membres de sa famille, et dans le village on les surnommait Les repoussants. Il était le plus repoussant, et pour qu’on me lise jusqu’au bout, je ne veux écœurer personne en le décrivant. 

 

Mes parents n’ambitionnaient que ça : s’unir avec la famille des repoussants, car s’il y avait une chose qu’ils ne repoussaient pas, c’était l’argent. Et quel parent ne rêve de voir sa fille le derrière dans le beurre ? Ses petits-enfants nés avec la cuiller d’argent dans la bouche édentée ? De faire un tour en voiture avec le jeune couple certains dimanches, le chauffeur amidonné jusqu’aux coudes et fleurant l’after-shave souriant avec distinction en refermant la portière ? 

 

Donc je me suis retrouvée auprès d’Albert devant l’autel, heureuse de ce que mon voile épais me dissimulait un peu son visage évoquant la lune : couvert de cratères, déserté du moindre poil (qui aurait eu le mérite d’en cacher une abondante moitié…), avec deux globes rougeâtres gélatineux entourés de cils couverts de croûtes. Il n’y avait eu aucune « cour », aucun bouquet de fleurs, juste un accord soulagé des deux parties : caser leur monstre d’un côté, et gonfler les finances de la descendance de l’autre. Peu s’étaient souciés d’imaginer que je devrais, pour assurer cette bienheureuse descendance, vivre une rencontre plus effroyable que s’il s’était agi du minotaure.

 

Trouver ma voie… là j’étais tout à fait perdue. Sois une maîtresse de maison irréprochable, insistait sagement ma mère. Et je recevais la gentry locale, leur offrais des pastilles de menthe ou Rennie quand je les voyais pâlir à la vue d’Albert curant dans son nez ou ses oreilles avant de leur offrir une dragée. Je laissais une puissante eau de Cologne dans le cabinet de toilette pour que les dames aient la sensation de se désinfecter après son baise-main vorace. J’augmentais le volume musical pour couvrir les pétarades de ses flatulences et rots. Bref, j’étais perdue. 

 

Mes enfants… les pauvres, le petit Octave avait hérité des pustules paternelles, et Angélique, elle, bénéficiait de tout le système pileux que son père n’avait pas. Si un jour on voulait la marier il faudrait épiler ses sourcils du front aux joues et sa moustache à la tondeuse. 

 

J’étais vraiment perdue. 

 

Instruis-toi, me conseilla mon père, ça te changera les idées

 

Alors je m’instruisis. Et je me perdis encore plus, mais alors là, sur des voies enchantées qui me parlaient de libération, de jours radieux. Je lisais les recueils de recettes d’empoisonneuses célèbres (le petit guide culinaire de La Montespan étant excellent, bien que l’omelette à la Violette Nozière m’ait attirée presqu’irrésistiblement…). En m’égarant dans ces rêveries toxiques, il me semblait bien retrouver un chemin qui me « déperdait ». Le chemin de l’espoir. Albert et moi resterions ensemble jusqu’à ce que la mort nous sépare, oui, mais je pouvais inviter la mort à notre table. Octave et Angélique pleureraient bien un peu au début, c’est vrai, mais les enfants, c’est ingrat, et ça a la mémoire courte. 

 

Après m’être exercée avec les chiens de chasse de Bébert, et puis cette petite idiote de Fanchon qui cassait toutes les porcelaines de Saxe en époussetant – sa famille est même venue la chercher pour l’enterrer dans son village, bien plus pratique que pour les chiens que j’ai dû enterrer de nuit dans les marais, laissant Bébert les appeler pendant des jours – ma technique était au point, et j’ai préparé un vol-au-vent aux amanites phalloïdes pour un petit repas servi en tête à tête dans le bureau de mon époux boutonneux, annonçant que je me contenterais d’un simple verre de vin car je n’avais pas d’appétit. 

 

Vous vous égarez, Marie-Philippine, vous vous égarez. Ces champignons ne sont absolument pas des girolles et morilles, mais des amanites phalloïdes. Vous n’y connaissez vraiment rien à rien, comme je le supposais depuis longtemps déjà. Je m’en vais donc commander en cuisine un repas plus sain. Mais que ça ne vous retienne pas de boire votre coupe de vin, je l’ai fait monter de la cave spécialement pour vous… 

 

Bisque ! Bisque ! Rage ! Bon, je m’y reprendrai mieux la prochaine fois. Un dessert, peut-être… L’arsenic a un goût qui se mêle parfaitement aux desserts, c’est une bonne idée. Oh ciel que la perspective de ne plus subir les assauts de Bébert, de ne plus avoir le museau embué de son haleine septique… quoi de plus beau à l’horizon ? J’ai bu avec plus d’entrain qu’habituellement, et ai trouvé le vin râpeux, trop corsé. Un peu de fumée s’est formée devant ma bouche, et j’ai encore eu le temps de m’indigner : il m’a offert un vrai pique-rate, Bébert ! 

 

Bébert s’arrête à l’entrée du petit bureau, et lâche un rot méphitique, se gratte le bas du dos et sourit. Une fumerole monte de la bouche tordue de son épouse au sol, dont les lèvres sont carbonisées. Voilà ce qui arrive aux sottes qui se perdent dans des rêves trop grands pour elles. L’argent ne suffisait pas, il lui fallait ce qu’elle appelait le sex-appeal, le glamour, les manières de la haute. Toujours ce petit rictus écœuré en me regardant, ou en tenant nos magnifiques enfants dans ses bras. 

 

Non mais… 

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 6...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Tournent, tournent dans ma tête,

Ton sourire, ton visage et tes yeux ébahis,

Tes pieds qui gigotent et l’éclat de tes rires.

Ta peau douce couleur café

Et ta voix d’ange qui disait papa.

 

Tournent, tournent dans ma tête,

Les souvenirs, les regrets, les prières et les vœux,

L’attente et l’espoir, la douleur et l’angoisse.

Et cet avion qui décolle sans moi,

Mon enfant, mon amour, ne t’en va pas.

 

Tournent, tournent dans ma tête,

Je deviens fou, seul et perdu dans la foule.

Dans cette aérogare de gens qui s’étreignent,

Qui se retrouvent et qui s’aiment.

Mais toi, ma fille, es-tu là ?

 

Tournent, tournent dans ma tête,

Où es-tu ? Que fais-tu ? 

Sais-tu que tu manques à ton père ?

Sais-tu que chaque jour est un cri que je lance à la mer,

Derrière ces vitres poussiéreuses sans horizon,

Mon Dieu, dis-moi qu’un jour sa mère lui parlera de moi

Et que mon enfant reviendra.

 

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 5...

Publié le par christine brunet /aloys

L’histoire rocambolesque du lecteur piégé

J’avais lu tous ses bouquins et du personnage principal de ses enquêtes, l’inspecteur Julos Greatmay, je connaissais tous les tics et les tocs. Alors, lorsque Dany Paun s’est excusé lorsqu’il me bouscula dans les chiottes du Salon du Livre de Paris, je lui ai dit, Je vous en prie, c’est un plaisir pour moi. Du coup, le célèbre écrivain a stoppé net sa trajectoire et m’a dévisagé, On se connaît ? m’a-t-il demandé. Pas vraiment, j’ai lu tous vos best-sellers et depuis, Julos Greatmay, c’est devenu un pote, j’ai répondu du tac au tac. Ah très bien très bien, venez m’expliquer tout ça, m’a-t-il lâché, vous m’intéressez. J’étais stupéfait de cette réaction. La conversation a continué à deux pas des toilettes, devant les vestiaires. Et donc les réactions et toutes les stratégies de Julos Greatmay n’ont plus de secret pour vous ? Ah j’ai dit ça comme ça, vous savez, j’ai répondu. J’irai droit au but … monsieur ? Manu Bakker. Eh bien monsieur Manu Bakker, je vous attendais ! Vous savez, j’aime les expériences et depuis quelque temps, une idée me trotte dans la tête. Je ne voulais pas lancer des appels sur les réseaux ou encore dans la presse. Aussi, voulez-vous expérimenter mon prochain manuscrit ? Je restais perplexe et Dany Paun a continué comme si cette situation était banale. Je m’explique. Je vous raconte les premières scènes de l’histoire et puis je vous mets en situation réelle et là, c’est vous qui déciderez de la suite des évènements, vous mènerez la barque. Puisque vous connaissez les réactions de Julos Greatmay face à l’une ou l’autre situation, vous pourriez les anticiper, non ? C’est-à-dire que … Dany Paun ne m’a pas laissé achever ma phrase et il m’a fixé un rendez-vous, Sonnez demain vers 10 heures trente au numéro 9 de la rue Hermel. Le majordome vous ouvrira et vous conduira dans la chambre bleue. Une fois sur place, vous comprendrez, j’en suis certain. 

Tout s’est déroulé au quart de poil comme l’avait imaginé Dany Paun. Le majordome m’attendait et avec solennité m’a gratifié d’un Bonjour monsieur le commissaire Julos Greatmay. Émouvant ! Du rôle de lecteur voici que j’endossais celui d’acteur principal ! Une fois entré dans la chambre bleue, là, ce fut … comment dire, vraiment inattendu. Sur le lit, une femme étendue, inerte. J’ai supposé qu’elle jouait le rôle du cadavre. Une enquête suit souvent un meurtre, je n’inventais rien. J’ai bredouillé, Bonjour Madame, vous faites vous aussi partie de cette histoire ? Aucune réponse. Voilà quelqu’un qui prenait tout ça au sérieux. Pas de confiture sur les draps, c’était un empoisonnement. Pas de verre ni de tasse sur la table de nuit. Ce serait sans doute une strangulation. Je me suis penché au-dessus du corps de la victime. Je m’apprêtais à vérifier le cou lorsque j’ai entendu la porte de la chambre claquer violemment. Alors espèce d’ordure, que faites-vous là ? C’est pour les diams sans doute ? Mais… mais, a continué Dany Paun, vous l’avez tuée ! Oh nooooon ! Vous êtes perdu pauvre imbécile ! 

Les flics ont débarqué une minute plus tard. L’écrivain manipulateur a engoncé avec aisance le rôle du mari éploré, prenant dans ses bras sa femme inerte et hurlant à qui voulait l’entendre que la vie, sans elle, il ne pouvait vraiment pas l’imaginer.

 

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Publié le par christine brunet /aloys

Letizia et la bête

Alors que je pensais à Letizia, je le vis. Au fond de la coupe, il me regardait, alerté déjà. Je dressai lentement le fusil, avant de réaliser qu’il n’était pas armé. « Clac » et le dix-cors a déguerpi.

Je peste en mon for intérieur, Letizia est envahissante, elle me distrait et je fais des erreurs de débutant. C’est sûr, je ne m’en vanterai pas auprès des copains (ils se marrent déjà).

Sur un coup de tête, je décide d’y aller. Je n’ai rien à perdre et qui sait ? Les jours précédents, il a plu et aujourd’hui, il fait sec : une occasion idéale pour lire les traces. Je suis réputé pour mon décryptage des empreintes.

Deux heures déjà que je suis sa trace, bien nette sur le sol humide. La profondeur et la taille des ovales confirment que l’animal est très grand.  Le temps devient long, j’éprouve de la fatigue et je commence à avoir mal aux pieds, malgré mon habitude de l’exercice.  Je ne connais pas ce coin de la forêt, mais qu’importe. L’endroit est désolé, je me sens ailleurs, étranger. Il n’y a pas de réseau. Bientôt, cela grimpe et s’éclaircit, j’arrive sur le dessus d’une carrière abandonnée. A perte de vue, des arbres et du ciel, beaucoup de nuages. Le sol est caillouteux et je perds la piste. Dépité, je regarde autour de moi, scrutant à trois cent soixante degrés. 

Il est là soudain, tête dressée qui me fixe, la ramure bien découpée sur le ciel gris. Il n’est pas près, mais je peux tenter de le tirer.  Je me concentre et vise décidé, l’index sur la gâchette, il est à moi enfin. C’est mon tour. Et puis, dans le viseur, je vois le sourire de Letizia et ses cheveux, ses épaules et sa main toute fine, ce que je préfère chez elle. Mon doigt se relâche et complètement vidé, je baisse l’arme pour regarder le cerf. Il descend la côte lentement, hautain et indifférent, avant de s’évanouir dans la futaie.

Je reprends mes esprits, après une absence. Il va falloir rentrer et je suis éreinté, déboussolé. Déjà l’ombre recouvre la cime des hêtres. 

Deux jours plus tard, un forestier m’a trouvé assis sur une souche, hagard, cramponné au fusil. Comme j’étais complètement déshydraté, j’ai été évacué en hélicoptère et ce n’est qu’après un passage à l’hôpital que j’ai pu rentrer chez moi. Lorsque j’ai émergé, Letizia lisait dans un fauteuil près du lit « La dernière harde » de Genevois ; elle m’a souri. C’est elle qui m’a tout raconté, car j’ai perdu le fil la seconde nuit de mon errance. Lorsque j’ai raconté que quelqu’un avait multiplié la forêt, ajoutant des arbres aux arbres, au gré de mes avancées, j’ai vu des moues dubitatives. 

Les mois ont passé et le printemps est revenu. Je vois Letizia deux fois, trois fois par semaine. Elle embellit de jour en jour, je trouve. 

J’ai remisé mon fusil, sans doute restera-t-il dans l’armoire, mais ce n’est pas encore déterminé. De loin en loin je l’ouvre, pour respirer l’odeur du bois et du plomb.

Je reviendrai flâner en forêt, il le faudra bien, mais je ne sais pas quand, je crains d’avoir peur. Je demanderai à Letizia de m’accompagner.

 

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Publié le par christine brunet /aloys

Malencontreuse escapade

 

Allez, pour une fois, une aventure vécue ! Si, si…

« Au temps de ma jeunesse folle », comme aurait dit l’ami François Villon, je n’avais encore ni « maison » ni « couche molle » mais, loin de m’en soucier, faisais par monts et par vaux de la prospection sismique dans la région de Berne pour le compte d’une compagnie française de géophysique et de ses clients suisses.

Bon, très vite, juste pour planter le décor : j’étais alors chargé, en gros, de l’utilisation et de l’entretien d’un laboratoire d’enregistrement numérique monté à l’arrière d’un camion tout-terrain. Je dis bien : tout-terrain… 

En quoi consistait plus exactement mon boulot ? Eh bien, le géologue de la société cliente, généralement fort désireuse de découvrir du pétrole dans son sous-sol, prenait une longue règle, la posait bien à plat sur la carte de la région et traçait au crayon gras un grand trait rectiligne.  Et le long de ce « trait », mon équipe et moi avions pour mission d’aller planter des sismographes à intervalles réguliers, puis de faire péter à chaque fois une charge explosive  préalablement descendue au fond d’un trou bien rebouché, le but étant d’ébranler le sol et de recueillir les ondes réfléchies par les diverses couches à différentes profondeurs.

Arrêtons là les explications techniques ! Vous avez déjà deviné que, « la carte n’étant pas le territoire », il y avait souvent entre les desiderata du client et l’accès à son tracé idéal comme un petit… hiatus. À quiconque pourrait nourrir un doute, je conseille une promenade dans le canton de Berne.

Alors voilà, nous avions ce jour-là, assez tôt le matin, réussi à installer le labo sur une pente pas trop raide, en lisière de forêt. Il faisait exceptionnellement beau, le travail avait bien avancé et nous profitions d’une pause casse-croûte bien méritée.  Et à l’issue de ce déjeuner bucolique, histoire de mieux digérer et de me vider un peu la tête avant la reprise du boulot, l’envie me prit d’aller faire un petit tour en pleine nature. Ben oui, comme ça…

Si quelqu’un doute qu’il soit facile de se perdre en forêt, je l’invite tout de suite à aller, par exemple, cueillir des champignons dans un coin bien boisé qu’il ne connaît pas… En lui conseillant de bien mémoriser l’endroit où il laisse sa bagnole !

En tout cas, pour ce qui me concerne, au bout d’une bonne heure, je compris que j’étais bel et bien paumé ! Impossible de retrouver le petit sentier que j’avais emprunté avant de m’enfoncer plus profondément entre les arbres. Perdu dans mes pensées, j’avais négligé de prendre le moindre repère. Quel repère, d’ailleurs, rien ne ressemblant autant à un sapin qu’un autre sapin ?

Je m’arrêtais pour réfléchir et faire taire le début de panique qui me gagnait. Qu’allaient penser les gars de mon équipe en voyant les heures tourner sans me voir revenir ? M’attendraient-ils patiemment jusqu’à la fin de l’après-midi avant de prévenir de ma disparition mon responsable de mission ? 

Je décidais que le mieux à faire était de continuer à grimper et d’escalader au besoin un sapin pour espérer apercevoir l’orée de la forêt, et donc la bonne direction à prendre pour me sortir de ce mauvais pas. Ce que je réussis à faire au bout d’un moment, avec le soulagement que l’on imagine, repérant même une petite route descendant vers un lointain village. Sauvé !

Bon… pas encore complètement. Parce que je ne reconnaissais pas du tout le paysage, et le village en question n’était pas celui près duquel nous nous étions provisoirement installés et dont, miraculeusement, je pouvais encore me rappeler le nom compliqué. 

Après une bonne demi-heure de marche forcée, transpirant à grosses gouttes, j’arrivai dans le bled où je m’arrêtai pour essayer de demander mon chemin. Essoufflé, la gorge sèche, après avoir réussi tant bien que mal à me faire comprendre, je faillis tomber sur le cul en apprenant que j’aurais encore une dizaine de kilomètres à me taper à pieds pour revenir à mon point de départ ! Et le temps passait…

Je remerciai poliment et, un peu découragé quand même, me remis péniblement en route. 

Au bout d’une dizaine de minutes, une  voiture, arrivant derrière moi, s’arrête à ma hauteur. « Kann ich Sie irgendwohin bringen ? » me demande une gentille dame en baissant sa vitre. 

Chouette, je crois piger qu’elle me propose de me prendre à bord. Je dis « je crois », parce que le dialecte qui se pratique dans le pays, ce n’est pas vraiment le Hochdeutsch, hein ! 

C’est le moment de déstocker mon allemand des grandes occasions…

« Sehr gern, vielen Dank, ich habe mich verloren ! » lui dis-je,  prenant soin de préciser que je me suis perdu afin de l’encourager à persister dans ses bonnes intentions. En espérant m’être bien exprimé…

Mon schleu approximatif a dû l’amuser car elle me répond en français avec un large sourire. Ouf…c’est parti pour aller beaucoup mieux !

« Montez, montez, je vais vous ramener là-bas ! C’est à mon mari que vous avez demandé votre chemin, il ne parle pas français et n’était pas très sûr que vous aviez compris ses explications ! » Brave dame…

Fourbu et terriblement embarrassé, j’ai donc finalement retrouvé les copains vers cinq heures de l’après-midi. Pas trop « paniqués » pour la plupart, assis à l’ombre en sirotant une bière ou, allongés sur le dos, chapeau sur les yeux, en train de mâchonner un brin d’herbe. Savourant visiblement cette longue pause inattendue. 

Mais mes deux meilleurs potes, se doutant de ce qui avait dû se passer, s’étaient décidés à partir à ma recherche, et je pouvais en entendre un m’appeler au loin. Alors, avec le risque de tourner en rond, il a fallu aller récupérer ceux-là avant de pouvoir plier bagage, ce qui prit encore un certain temps, comme on pourra s’en douter… 

La journée n’avait certes pas été très productive, mais tout s’était bien terminé et j’avais appris à mes dépends à ne pas être trop « tête en l’air ». Ceci pour le côté positif.

Le soir même, tranquillement attablé dans un « Gasthaus », commentant en rigolant ma mésaventure (car après coup, il est évidemment beaucoup plus facile d’en rire), j’appris qu’il y avait dans ce coin-là un ravin très dangereux au fond duquel avait été retrouvé mort, bien après sa disparition, un jeune touriste victime d’une chute.

Heureusement que je n’étais pas là pour faire du tourisme !

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème " : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 2...

Publié le par christine brunet /aloys

DÉSORIENTATIONS

 

Delphine, une participante à l'atelier récit de vie, avait déménagé. Elle m'avait annoncé que l'appartement qu'elle avait acheté se trouvait dans une résidence construite dans un parc, à une dizaine de kilomètres tout au plus de son ancien logement. Selon elle, à partir d'un certain carrefour il suffisait de tourner quatre fois à droite. Je n'avais donc pas pris la peine de programmer mon GPS, d'autant plus que le temps passant, il se montrait de plus en plus capricieux. Je comptais me fier aux quelques repères fournis par Delphine : un feu de signalisation, une publicité concernant un restaurant, une clinique privée, un autre feu tricolore, un petit bois,  des champs…  Grossière erreur ! 

J'étais seulement parvenue à repérer le premier feu et la publicité relative au restaurant. Les panneaux indicateurs se faisaient rares au fil de la route et aucun n'avait indiqué le fameux Villers où je devais me rendre. 

Je pensai alors téléphoner à Delphine qui m'avait invitée à sa pendaison de crémaillère. Après une brève tentative, je ne dénichai pas mon portable dans la poche de ma veste où j'ai l'habitude de le mettre. 

Je me garai donc sur le bas-côté de la route et commençai à chercher mon téléphone portable. Je le trouvai finalement dans mon sac, mais il n'afficha aucune barre de réseau. Comme j'avais écrit la nouvelle adresse de Delphine sur un papier glissé dans la pochette extérieure de mon sac à main, je me résignai à tenter d'utiliser mon GPS. Hélas, il résista une fois de plus à mes tentatives d'utilisation. Tout cela me porta à croire que mon horoscope devait être bien mauvais ce samedi-là et que je ferais même peut-être mieux de rebrousser chemin.  

Je ne connaissais pas vraiment Delphine. Elle m'avait invitée à sa pendaison de crémaillère comme elle avait invité les quatre autres participants à l'atelier. Je m'étais rendue chez elle près d'un an plus tôt, à son ancienne adresse, pour fêter ses soixante-cinq ans et je m'y étais beaucoup amusée autour d'un sympathique buffet.

En fait de récit de vie, Delphine ne nous avait lu que des épisodes de sa vie sentimentale. J'ignorais encore qu'elle était daltonienne, confondait à l'occasion droite et gauche et n'était soucieuse que de mettre en valeur des signes extérieurs de richesse. Je méconnaissais surtout ses problèmes de santé mentale. Les apparences ne s'avèrent-elles pas trompeuses pour des personnes plutôt naïves comme moi ? 

Il était près de 15 heures, je restai dans ma voiture, embarrassée, espérant simplement apercevoir un piéton auquel je pourrais m'adresser. 

Enfin, s'approcha un jeune cycliste roulant sur un vélo qui s'avéra être pliant. Je sortis rapidement de mon auto, l'apostrophai et lui indiquai l'adresse que je recherchais. Il proposa de s'installer à mes côtés pour me guider jusque-là. Il rangea son vélo dans le coffre de l'auto. "Ce n'est pas facile à trouver, me dit-il. Je vous ferai prendre un raccourci, ça ira plus vite…"   Il me fit rouler quelques kilomètres en ligne droite, puis me pilota à travers un dédale de chemins de campagne, avant de m'amener à déboucher devant une résidence- services pour personnes âgées. Je fus surprise d'apprendre que dans ce bout du bout de Villers se trouvait une sorte de mini village pour personnes désorientées. 

Je commençai alors à paniquer me demandant quel genre d'univers j'allais découvrir. Après une courte hésitation, je demandai au jeune homme de m'aider à regagner un axe principal ce qu'il fit avec gentillesse, m'assurant que cela ne l'ennuierait vraiment pas d'enfourcher ensuite sa bécane pour rentrer chez lui.

De retour chez moi, j'envoyai un message pour expliquer à Delphine que j'avais eu un empêchement de dernière minute !  

J'attendis impatiemment de revoir Delphine à notre atelier. Elle  vint à la séance suivante et lut un texte bizarre dans lequel elle confiait plusieurs étranges particularités de son parcours. Ce jour-là mes yeux s'ouvrirent : je compris qu'elle confondait gauche et droite quand elle parla de l'endroit où se trouvait la machine à café, qu'elle voyait mal les couleurs quand elle qualifia de gris  son carnet rouge. Je m'aperçus aussi que c'était un homme tout de blanc vêtu qui l'attendait à la porte du bâtiment pour la ramener chez elle.  

Un futur en robe de brume se profilait devant moi. Je pris conscience que j'avais soixante-neuf ans et que je pourrais glisser moi aussi vers la fragilité.  

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème "" : "Je me suis perdu(e)/désorientation" Texte 1...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Où suis-je ? J’ai dû m’assoupir sans m’en rendre compte. Le soleil brillait de mille feux quand je suis partie ; il fait noir maintenant ! 

Non seulement je suis plongée dans un noir d’encre, mais en plus il fait très froid ici, glacial même ! Je n’ai jamais ressenti un froid aussi engourdissant. J’ai même du mal à raisonner convenablement. J’essaye de me souvenir des dernières heures que j’ai passées avant d’être entrée dans cet état végétatif. 

Je suis plutôt du genre frileuse.  Si on remonte à mes origines, on se retrouve sous les tropiques. Mes ancêtres sont originaires d’Asie du Sud-Est. Au fil des migrations, ma famille s’est éparpillée non seulement en Asie, mais aussi en Afrique, en Amérique latine ou encore dans les Caraïbes. 

Moi, je suis née dans les Antilles : en Guadeloupe plus exactement. Cet archipel des Caraïbes doit son nom à Christophe Colomb qui voulait ainsi rendre hommage à la Vierge, protectrice des navigateurs,  Notre-Dame de Gaudalupe. Ses îles sont  très prisées des touristes.  « Marie-Galante,  les Saintes, la Désirade », rien que prononcer ces noms vous fait rêver, j’en suis sûre. J’ai toujours vécu sous un climat tropical tempéré. J’ai rarement connu des journées dont la température était inférieure à 20°. Vous comprendrez pourquoi je tremble aujourd’hui. Je n’ai jamais eu aussi froid. J’aurais dû rester dans mon île ! Quelle idée de vouloir voyager, découvrir le monde pour finir morte de froid dans… Dans quoi au juste ?
Voilà, mon cerveau dégèle enfin ! Je sais où je suis : dans un avion ! Je sens des vibrations et des turbulences qui ne trompent pas. C’est la première fois que je prends l’avion et c’est sans doute la dernière. Je ne savais pas qu’il faisait aussi froid dans ces engins volants ni aussi noir d’ailleurs ! Normal, il ne doit pas y avoir d’électricité dans le ciel ! Comment pourrait-on équiper les astres de pylônes électriques pour alimenter ces véhicules volants ? Je n’y n’avais jamais réfléchi, mais maintenant, ça me semble logique ; toutefois,  personne ne m’avait jamais dit qu’on voyageait dans le noir…et dans le froid ! Si j’avais su…

Oups ! J’ai dû me rendormir ! A moins que j’aie perdu connaissance ! C’est ce froid qui m’engourdit ! Me voilà incapable de bouger ! J’essaye en vain de mieux m’envelopper dans ma robe verte. Je la croyais plus chaude que ça ! Dès que je pourrai, je la troquerai pour une autre plus chaude et plus à la mode peut-être. Jaune, je crois que cette couleur me siéra à merveille. Je verrai s’ils en ont dans les boutiques de l’aéroport. Suivent-ils la mode dans ces magasins de passage ? 

Je me demande ce que font les autres passagers de cet avion. Je n’entends rien, pas un bruit, pas un murmure, pas le bruissement d’un papier d’emballage qu’on froisse, même pas la voix de l’hôtesse de l’air. C’est bizarre quand même ! Elle ne devrait pas donner des conseils au micro ? Peut-être s’est-elle endormie aussi ??? Je vais vérifier ça…
« Mademoiselle ? Oh oh ? Y a quelqu’un ? »
Ça devient franchement angoissant ! Mon cœur  se met à palpiter très fort ! Il se passe quelque chose, c’est sûr !
Est-ce que j’ai des voisins au moins ou suis-je seule sur une banquette ? Je ne peux quand même pas être la seule passagère de l’avion ! On n’aurait pas affrété un de ces engins spatiaux rien que pour moi !
Je tente ? Allez, tout doucement, je tâte à droite et à gauche. Ouf ! Je ne suis pas seule ! Il y a du monde autour de moi. Pourtant, personne ne réagit à mon contact, pas un soupir, pas un mot, pas un frisson, rien, le calme absolu.
Je me demande si tous ces passagers n’avaient pas une telle crainte de l’avion qu’ils se sont tous assommés avec des somnifères…

Eh bien voilà ! Ça me revient maintenant. Je sais pourquoi j’ai dormi autant depuis le départ. J’ai pris des tranquillisants afin d’avoir l’esprit calme et paisible pour le voyage, mais là, l’effet s’estompe car l’angoisse me prend tout à coup. Et si l’avion s’écrasait au sol ? Que resterait-il de moi ? Une purée pas bien ragoûtante ! «Notre-Dame de Guadalupe, veillez sur moi. »
Oui, bon, je sais, la Vierge est la protectrice des navigateurs ! Mais pourquoi je n’ai pas pris le bateau plutôt, moi ? C’est sûr que j’aurais eu moins peur ! 

Allez, tout va bien se passer. J’entends les roues qui sortent du train d’atterrissage. L’avion descend, je m’en rends bien compte. Tout doucement, on approche du plancher des vaches. Plus que quelques minutes et je pourrai respirer à l’air libre et enfin me réchauffer en espérant qu’il ne gèle pas à Bruxelles. Oui, je sais, nous sommes en été, mais sait-on jamais avec ces pays éloignés des tropiques…

« Eh ! Mes voisins ! Réveillez-vous ! On arrive ! La délivrance est proche ! On doit survoler l’Atomium à l’heure qu’il est… ».

Je crois vraiment qu’ils se sont trop shootés, car rien ne bouge et personne ne me répond ! Ah j’y suis, ce doit être des étrangers et personne ne connait mon langage.
« Eh oh ! Personne ne parle créole ici ? »

Toujours pas de réponse et l’avion s’est immobilisé. Une porte s’ouvre. Un rayon de soleil entre et éclaire l’habitacle. Je ne vois pas grand-chose. Il faut le temps que ma vue s’adapte à la luminosité soudaine. 

Tout à coup, me voici dehors. 

« Allez, on débarque ! » crie une voix dans une langue qui m’est inconnue. Qu’est-ce qu’il me veut celui-là ? Et pourquoi me regarde-t-il comme ça ? Ma robe verte est plissée ou quoi ? 

« Mais que fait cette banane, seule,  au milieu d’une caisse d’ananas ? fait la voix. Tu t’es perdue, ma belle ? Allez, viens, dès que tu auras revêtu ta nouvelle robe jaune, je ferai de toi mon quatre heures ! » 

C’est ici que se termine mon voyage. Je ne verrai même pas le Manneken Pis ! 

 

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