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Aubes lunesques... Notre rendez-vous poétique signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Tressé de fils noirs

l’hiver a sonné deux fois

les manteaux sont blancs



 

Les blancs surannés 

dans l’opaline des cieux

dessinent les vents

 

Formes et dessins

géométries des planètes 

forgent les destins




 

Lignes de la vie

nervures de chlorophylle

tendent vers demain



 

Dans les sillons creux

de longs ruisseaux de sève

serpente la nuit



 

Noctules des nuits

deux yeux s’évadent des jours

ectoplasmes fous

 

Publié dans Poésie

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Résultats concours... On a changé...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Texte 1 : Brigitte Hanappe

Texte 2 : Micheline Boland

Texte 3 : Séverine Baaziz

Texte 4 : Edmée de Xhavée

Texte 5 : Carine-Laure Desguin...

 

Et la gagnante est... Séverine BAAZIZ ! avec 2 votes. Bravo à elle et à toutes les participantes !

Publié dans concours

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Dernier texte ! A vos votes jusqu'à ce soir 18h.

Publié le par christine brunet /aloys

À n’y rien comprendre

 

   Merci Etienne, non, tu n’as rien oublié. Bien sûr que ce geste me fait plaisir. À présent, c’est plus qu’un geste, mon amour, c’est une habitude. Voici deux semaines que chaque jour, tu m’apportes le petit déj’ au lit. Magnifique plateau coloré avec jus d’orange, croissants, petits pains au chocolat, café au lait. Tout quoi. Tu me combles mon amour. Bien sûr que tu peux aller bosser tranquille. Il n’y a pas deux mecs comme toi sur terre, j’ai décroché le gros lot.

   Je n’en peux plus, trop c’est trop. Étienne devient irréprochable et même plus que cela. Il n’y a pas que ce petit déj’ apporté chaque matin, non, il y a bien d’autres choses inattendues. Étienne sort la poubelle deux fois par semaine et ne se trompe pas de jour. Il insiste le soir pour m’aider à faire la vaisselle, ranger le linge, etc. Tout ! Et trop c’est trop ! Marie-Chantal, mon amie d’enfance me l’a murmuré, Méfie-toi ma belle, un homme qui change comme ça du jour au lendemain, c’est suspect. Il aurait pas une maîtresse crois-tu ? Tu sais, la quarantaine, c’est un âge où les mecs  se remettent en question. Depuis qu’il t’aide pour le ménage, tu gagnes du temps. Profite de ce temps-là pour te payer une paire d’heures de soins chez l’esthéticienne, chez la coiffeuse. Fais un tour dans les boutiques, renouvelle tes fringues, fais quelque chose quoi ! 

   L’idée de la maîtresse, ça me trottait dans la tête. Alors, le lendemain matin, après le scénario du petit déj’ au lit, j’ai rapido enfilé un sweat, un jeans et incognito, j’ai espionné mon mari.  À la gare, aucune créature de rêve ne l’attendait. Dans le train, nada, rien à l’horizon. Mon chalenge était de passer inaperçue. Ce fut tout un art, j’ai assuré. À son bahut, rien de rien. J’ai escaladé un mur pour taper un œil dans la salle des profs. En vain. Le soir, j’étais crevée morte, tout ce cirque avait eu raison de mon énergie. 

   Lorsqu’Etienne est rentré, il a filé vers la cuisine et a déposé deux plats dans le micro-ondes. Je n’en pouvais plus. 

   Étienne, penses-tu que je ne sois plus capable de cuisiner ? Tu ne supportes plus ce que je prépare ? Mes gratins te provoquent de l’acidité ? Depuis quelques jours, je t’observe. Tu es de plus en plus gentil. Tu agis avec moi comme si j’étais une grande malade. Nous devons toi et moi avoir une conversation sérieuse. Étienne, pourquoi un tel comportement tout à coup ? Pourquoi as-tu tellement changé ces derniers temps ?

   Ma chérie, tu me surprends là ! Je ne m’attendais pas à de tels propos. Je n’ai pas changé du tout ! C’est toi qui as changé et cela m’inquiète. Tu sembles sans cesse énervée, agacée. Et regarde ton visage ce soir, tu parais ravagée ! Et tes simagrées de la journée, n’en parlons pas ! Tu m’as suivi engoncée dans un jeans qui ne ressemblait à rien. Je parie que tu n’étais même pas lavée ! Eh bien tu vois, c’est toi qui as changé ! Jamais tu n’avais escaladé le mur de la salle des profs ! Tu es amoureuse d’un de mes collègues, c’est ça ? Chérie, ressaisis-toi et redeviens comme avant. Ou dis-moi la vérité. 

 

Publié dans concours

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème "" : "On a changé mon mari/ma femme" Texte 4"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

On a changé ma femme 

 

J’essaie de récapituler, pour comprendre comment ça a pu se passer…

 

Fanchon m’a dit « Et si on allait au marché, Clau-clau ? ». Déjà, ça m’a énervé. Elle était autrefois une fan de Cloclo François, et parce que j’ai le malheur de m’appeler… non pas Claude mais Clodion (mon père était professeur d’histoire et adorait Clodion le chevelu, ce qui n’a rien arrangé car à 20 ans j’étais chauve comme Charles), je disais donc que comme j’ai l’infortune de m’appeler Clodion, pour Fanchon je suis Clau-clau. 

 

À cette requête bien banale j’ai dit oui Fanchon. Avec le temps qu’il fait, on s’est vêtus comme des samouraïs. Sous-vêtements Damart à plastron, col roulé, cardigan, doudounes, écharpes, bonnets et, épidémie oblige, masque. Avec ses lunettes pour elle et mon appareil auditif pour moi, nous ressemblions à une publicité de couple Double-foyers et Sonotone subventionnée par les pneus Michelin.

 

Au marché, eh bien on avait beau être côte à côte, je la perdais ici et là. Elle tâtait les pommes de terre ici, analysait le regard d’un merlan là, revenait sur ses pas et fixait les fromages d’un air méfiant. Je m’ennuyais comme un rat mort, faut-il le dire, mais depuis des années de vie de couple, j’étais le porte-monnaie. À moi l’honneur d’enlever mes gants, de compter les monnaies ou déplier les billets, de sentir que derrière moi ça s’impatientait car je comprenais vingt au lieu de cinq et m’indignais, ou treize au lieu de seize et me faisais rabrouer quand je tendais mes quinze misérables euros qui ne suffisaient pas, étais-je sourd ou quoi ? Fanchon, elle, levait les yeux au ciel et faisait mine de ne pas me connaître, me laissant aussi le privilège d’avoir les paumes sciées par ces maudits sacs de plastique remplis de kilos superflus.

 

Toujours est-il que quand j’en ai eu assez – mes bras avaient la longueur de ceux d’un orang-outang et toucheraient terre si on restait une minute de plus -, j’ai usé de ce qu’elle appelle « mon air autoritaire », lui donnant un coup d’épaule assez vigoureux, et lui indiquant la direction de la maison d’un menton inflexible même si recouvert de l’écharpe et du masque. Elle a murmuré je ne sais quoi, m’a agrippé la manche en protestant, mais rien à faire, in-fle-xible et viril, j’ai mis les deux sacs d’un côté pour lui prendre le bras, et l’ai guidée de force. Elle jappait, plaintivement, et j’étais heureusement surpris : mon attitude décidée l’impressionnait. Hop, en avant, à la maison. Derrière nous un tintamarre se fit sentir, des hurlements féminins, la chute d’un étal, des cris de fureur, on parlait d’une victime, d’une tête écrasée sous les choux fleurs, de sang vraiment dégueulasse, raison de plus pour pincer le bras de Fanchon qui couinait d’effroi et trottinait en protestant.

 

Une fois dans le corridor, j’ai vu qu’elle tremblait. Elle ne voulait pas enlever sa doudoune, ni son bonnet – tiens, je n’avais jamais remarqué le pompon de fourrure… - et pleurait, pleurait. Ce n’étais pas d’elle, ça. Ça m’a attendri, j’étais tout chose. Je l’ai prise dans mes bras. Le bonnet est tombé, et au lieu de cheveux couleur eau de vaisselle, de belles boucles noires ont rebondi. Derrière les lunettes, des yeux noirs et vifs. Une peau lisse, pas comme le pécari habituel. Sous le masque enlevé, une bouche fraiche et arrondie par des questions sans réponse encore. 

 

« Mais… vous n’êtes pas Fanchon ? » « Non monsieur, je suis seulement Zinaïda, et je suis sans papiers. Ne me dénoncez pas... ». Heureusement… elle a une voix stridente, pour ne pas dire un klaxon. Une mélodie pour ce qui me reste de tympans.

 

On trouve de tout, au marché… On peut même y échanger une épouse infernale contre une gracieuse jeune femme sans défense et sans autre avenir sûr que… moi. 

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème "" : "On a changé mon mari/ma femme" Texte 3"...

Publié le par christine brunet /aloys

Le petit mari

 

Je vais vous raconter l’histoire du petit mari en bouteille. Comme toute bouteille qui se respecte, elle fut jetée à la mer. Il y a de cela deux mille ans. Depuis, elle vogue dans le remous des flots et le fracas des humeurs du temps. Souvent, le petit mari pense vivre ses derniers instants, secoué, cahoté contre les parois de verre, et puis il survit, miraculeusement, et se remet à craindre la fin sous les brûlures du soleil. Mais le pire reste les abysses. Quand un chalutier ou une baleine bleue passe trop près du petit mari en bouteille, il arrive que l’embarcation de fortune vole violemment dans les airs et replonge à pic, fuse et perce l’immensité des fonds telle une balle perdue finissant par se loger dans la vase. Il y fait alors si froid et si sombre que tout semble sorti d’outre-tombe. De quoi se tétaniser et se laisser envahir par les souvenirs d’un lointain passé.

Avant d’être mis en bouteille, le petit mari était grand et respecté. Il était même marié à la fille unique de la Reine Mère. Le couple avait ses appartements dans l’aile gauche du palais. La jeune épouse passait des heures, oisive, dans les jardins royaux, à contempler les cieux, les charmes verdoyants et les êtres à plumes et à becs pour lesquels elle se passionnait. Le petit mari, lui, avait le goût des affaires et s’était vu attribuer, fier et jubilant, le poste de précepteur de la contrée. A l’aube, il partait ; au crépuscule, il rentrait. Rien de bien indisposant, sauf qu’une nuit, le petit mari passa la porte plus enivré qu’un fût de chêne. Éructant qu’une épouse doit attendre son bien-aimé avant de daigner s’endormir, il arracha sa toilette et disposa de son corps sans le moindre égard. L’incident devint coutumier, et l’ignominie sans limite, empreinte d’ivresse et de violence.

C’est un soir de lune rousse et filandreuse que le drame eut lieu. La jeune épouse portait enfin la vie, ce qui n’empêcha pas l’avalanche d’insultes et de coups. Pieds et poings dans les flancs, le dos, le ventre. Si bien que le corps tomba au sol et laissa filer de l’entrejambe quelques gouttes, puis une mare de sang. La jeune épouse perdit l’enfant. Le courroux de la Reine Mère fut sans pareil. Elle hurla de tristesse et de honte de n’avoir rien vu jusqu’à ce que le goût de la vengeance émerge de l’effroi. Fière descendante d’une lignée divine, la Reine Mère voulut un châtiment mémorable. Attacher le coupable à un rocher pour que chaque jour un aigle lui dévore le foie qui se régénère le lendemain ? Non, déjà fait. Le sangler à une roue enflammée qui tournoierait sans cesse dans les Enfers ? Trop commun. Puis l’idée jaillit. Elle allait mettre cet homme en bouteille. Là serait sa place pour l’éternité.

Deux mille ans plus tard, le petit mari est toujours sous le joug de la malédiction, le corps glacé dans le verre planté dans la vase des abysses. Sauf que cette fois, le destin se veut trublion. Rapidement, la bouteille se glisse hors de son étreinte, balayée par le passage d’un poulpe gigantesque. D’un tentacule alerte, la créature se saisit de l’objet, remonte à la surface, et fait un lancé digne d’un champion de baseball en direction d’un navire de pêcheurs. Et la bouteille roule sur le pont aux pieds de la fille du batelier. Adelaïde. Neuf ans. De retour dans sa chambre, elle regarde la bestiole humaine à travers le verre et décide de retirer le bouchon. Le petit mari, laborieusement, serpente et se hisse hors du goulot, où il est attrapé d’une jolie poigne. Affublé d’une perruque blonde et d’une robe courte, il devient alors prisonnier d’une maison de poupée. A la merci d’une enfant qui joue à punir, comme son père sait si bien le faire.

 

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Concours pour le hors-série de la Revue, Les petits papiers de Chloé dans le sous-thème "" : "On a changé mon mari/ma femme" Texte 2"...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

UN DOCTEUR A CHANGÉ MA FEMME



 

Ma femme n'était pas vraiment belle, mais je lui trouvais, beaucoup de charme. Selon moi, il y a dans ce que j'appelle le charme une sorte de délicat équilibre entre des imperfections, parfois tellement mineures.  

Ma femme se plaisait à dire que ses  lèvres étaient trop minces, sa poitrine un peu trop volumineuse, ses fesses trop imposantes, ses oreilles légèrement décollées et ses paupières tombantes Ces petits défauts physiques, c'est elle qui les pointait. Pour les amis, que j'avais interrogés sans avoir l'air d'accorder une grande importance à leur réponse, elle semblait aussi jolie que la plupart des femmes de son âge. 

Quoi qu'il en soit, ma femme était douce, intelligente et bienveillante. N'étaient-ce pas là des qualités plus importantes que des attraits physiques ? Entre nous, cela avait été un coup de foudre lors de notre première rencontre à un stage de yoga. Plus de six ans après, je continuais de brûler de la même passion. 

Ma femme occupait un poste de secrétaire dans l'entreprise de son oncle. Quant à moi, ingénieur dans une entreprise d'électronique, j'étais souvent en déplacement à l'autre bout du monde. 

Ma femme jouait régulièrement au loto. Il lui était arrivé de me dire : "Si un jour, je gagne au loto, je me ferai refaire les seins, les lèvres et les oreilles." Je ne prenais pas vraiment ses propos au sérieux, car il me semblait qu'elle n'aurait pu se montrer aussi facile à vivre qu'elle l'était si elle avait été un tant soit peu mal dans sa peau. 

Aussi à mon retour d'un séjour professionnel de plusieurs mois aux États-Unis, le choc que je vécus fut phénoménal. 

Ma femme, accompagnée de sa sœur, était venue m'accueillir à l'aéroport.  Sa sœur était telle que je l'avais toujours connue, vêtue et coiffée de manière extravagante, mais ma femme, oui ma femme,  m'apparut sous un jour tellement neuf ! Elle était ravissante. Pour être franc, je crois bien que si je l'avais croisée en rue, je ne l'aurais pas reconnue.  Habillée d'un élégant tailleur rose, arborant un chignon banane, elle ressemblait à une actrice. Son visage était habilement et discrètement maquillé. Sa posture altière traduisait une évidente confiance en soi. Sa voix me parut plus grave que d'habitude. Elle aurait pu plaire à un homme jeune, à un homme plus distingué que moi, voire envoûter un réalisateur de cinéma. 

Rentré chez nous, j'appris que le docteur Lemoinet, chirurgien esthétique, avait mis toutes ses compétences au service des desiderata de ma femme. Elle était ainsi devenue une très séduisante trentenaire. 

Au fil des jours, je me rendis compte qu'elle avait beaucoup changé. Elle aimait sortir, s'affirmait davantage, me rabrouait quand, fatigué par une journée de travail, je rechignais à l'accompagner au restaurant. Elle reprit une formation, renonça à travailler chez son oncle, fut engagée par une société de marketing, puis en vint à suivre des cours de théâtre et tenta de me persuader de consulter le docteur Lemoinet pour une rhinoplastie esthétique.  

Adieu les bons petits plats qui m'attendaient jadis ! Adieu les réunions de famille sans chichi organisées pour les fêtes ! Adieu les fous rires pour des riens !

Je pris conscience que nous formions dorénavant un couple mal assorti. Je commençai à maudire le docteur Lemoinet bien qu'à la réflexion s'il avait refusé d'intervenir un de ses confrères l'aurait sans doute fait avec le même résultat. Je méditai longuement sur le rapport entre la beauté du corps et la délicatesse du caractère. Je ne tirai toutefois aucune conclusion de mes cogitations.   

J'en viens, à présent, à me demander si ma femme acceptera de faire encore un bout de route avec moi et si notre vie conjugale ne risque pas de se transformer en un chemin de croix.

 

Publié dans concours

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Concours pour le hors série. Thème "on a changé mon mari/ma femme"... Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

 

Maniac Man.

 

Elise soupire en ramassant les chaussettes de Marcel au pied du lit : un geste qui, même s’il n’est pas quotidien, est répétitif. Cet homme semble incapable d’assimiler l’utilité de la corbeille à linge en attente dans la salle de bain. Elle renifle de dédain en manipulant les deux couvre-pieds boulottés et moites de transpiration. 

La découverte du tube de dentifrice dépourvu de son capuchon et jeté sur le rebord du lavabo attise sa colère. La savonnette encore mousseuse qui trône par terre sur l’émail de la douche ne fait qu’amplifier son ressentiment.

   ─ Mais, c’est qu’il m’emmerde…  Il est pire qu’un gosse ! 

Après 40 ans de mariage, Marcel est toujours aussi désordonné et les objets du quotidien sont éparpillés au fur et à mesure de son passage. Elise, par contre, est une adepte du rangement structuré : chaque chose à sa place. L’indifférence de son mari dans ce domaine l’insupporte de plus en plus et les disputes fusent régulièrement à ce propos. Avant même de pénétrer dans le living, elle imagine déjà le spectacle que son regard va devoir affronter : une tasse de café abandonnée sur des journaux étalés sur la table, un sachet de biscuits entamé ou des emballages de pralines à la liqueur chiffonnés.

   ─ J’en ai plus que marre, Marcel et crois-moi, je serais bien plus tranquille si je vivais seule. Si cela continue, je vais divorcer.

Cette remarque qui jaillit régulièrement attriste son mari quelques instants. Ses yeux voyagent dans la pièce, une moue navrée s’affiche sur ses lèvres et puis, il la rassure. 

   ─ T’as raison Elise ! Demain, je trie la paperasse et je range… C’est promis !

Il se lève pour l’embrasser tout en lançant négligemment son plaid molletonné sur le parquet.

Le teint de son épouse vire au rouge et elle lui tourne le dos en grommelant intérieurement :

   ─ Je vais le tuer, c’est sûr ! Un  jour, il y aura un meurtre dans cette maison.

Un couteau bien aiguisé trône sur des épluchures de pommes. Ne semble-t-il pas proposer son aide à la ménagère désespérée ? Elise, prête à supprimer le démon qui partage sa vie, empoigne l’objet avec rage, la poitrine haletante… le geste tremblant.

   ─ Il va me rendre folle !!

Marcel sursaute en entendant la porte d’entrée claquer. La sonnerie de son smartphone bipe aussitôt pour lui annoncer un message : JE TE QUITTE SINON JE TE TUE. JE NE SUPPORTE PLUS TON DESORDRE.

Elise est bel et bien partie.

Un mois est passé et Elise soupire d’aise. Cela fait 2 jours qu’elle a réintégré sa maison et retrouvé sa vie conjugale. L’éloignement a ranimé la flamme de son couple : ces 40 ans de mariage n’ont finalement pas effacé leur ardeur sexuelle… Seules, quelques courbatures par ci par là rappellent à son corps que certaines étreintes endiablées réclament la souplesse de la jeunesse. 

Elle rêvasse dans le salon tout en sirotant une tisane de verveine. Ses yeux caressent la grande table en chêne dépouillée de tout courrier ou revues. Elle observe ensuite avec satisfaction chaque dessus de meubles : les napperons sont bien plats, les chandeliers et les vases sont alignés. Aucun vêtement oublié n’encombre les chaises, les tapis recouvrent le parquet de façon symétrique. Elle pose son mug vide sur un guéridon en bois de rose.

Marcel replie aussitôt son journal avec soin, il le range dans le tiroir de la commode et s’approche à petits pas saccadés pour enlever la tasse. Pas un mot… Pas une émotion apparente mais tel un robot, il continue sa mission jusqu’au lave-vaisselle.

Elise sourit d’un air contrit : son contentement est nuancé d’un étrange sentiment. 

Quel changement chez Marcel !!

La semaine s’écoule sereinement : l’ambiance est d’un calme plat. Chaque chose est à sa place comme vissée sur un socle invisible. La maison prend même des allures de musée : tout est catalogué et étiqueté. Marcel se déplace comme une ombre silencieuse pour ranger, classifier, structurer… Et Elise s’ennuie.

Elle observe souvent son mari à la dérobée et s’interroge ? Est-ce bien l’homme qu’elle a épousé ?

Elle a l’impression de vivre avec un extra-terrestre qui ressemble à un humain programmé dans la maniaquerie. Et la perfection, c’est tellement morne que cela en devient mortel. Elle aspire même la venue du facteur qui n’apporte aucun soin au courrier quand il le glisse dans la boîte aux lettres.

Tiens ! Justement celle-ci déborde de publicités et d’enveloppes ! L’une d’elle, destinée à Marcel, attire son attention car elle semble provenir d’un centre médicalisé.

Curieuse, Elise ne peut s’empêcher de la décacheter pour s’informer du contenu. La missive provient d’une psychologue comportementaliste : «  Monsieur, suite au succès de votre thérapie intensive en troubles du comportement, nous vous proposons de participer à une formation complémentaire  qui vous permettra d’incruster définitivement  vos nouveaux acquis. L’ordre et le rangement feront alors partie intégrante de votre personnalité… »

Elise marmonne tout haut en chiffonnant la lettre :

   ─ Ah non ! Pas question ! Rendez-moi mon Marcel ! Vous avez changé mon mari en Maniac Man…

 

 

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Pour l'émission 6 d'ActuTv, émission TRES allégée à cause du Covid, notre monteur fou a frappé fort !

Publié le par christine brunet /aloys

https://youtu.be/7rzZWOmWorg

Au générique de cette émission beauoup plus courte que les précédentes... 

  • Un interview de Micheline Boland pour la sortie de son recueil de nouvelles "Zones d'ombre".

Des chroniques de livres :

  • "La petite fille aux yeux d'or" de Séverine Baaziz
  • "Argam" de Gérard Le Goff
  • "L'envers du miroir" de Rolande Michel (double chronique)

Des trailers :

  • Une petite belge en Australie (Coraline Buchet)
  • Légende indienne (Rubenia Timmerman)
  • Philippe Desterbecq pour le 10e anniversaire de sa trilogie 
  • La petite fille aux yeux d'or (Séverine Baaziz)

Des interludes musicaux  avec Claudia et Julia Jonas et les Enchantés à Paris

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Rubenia Timmerman nous présente son ouvrage en image !

Publié le par christine brunet /aloys

https://www.youtube.com/watch?v=YAoghgbJYoE

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Pascale Gillet-B a lu "La rivière des filles et des mères"

Publié le par christine brunet /aloys

La rivière, … le terme torrent serait plus à l’image de cette remontée tumultueuse dans le temps, à  travers les yeux de cinq femmes à la personnalité éblouissante.  

Zoya, la vie-même, nous guide par fragments inachevés dans le dédale de l’arbre généalogique de sa  famille. Elle nous livre une série de noms les enveloppant dans quelques anecdotes de vie. Il y a en  premier lieu Belette, l’épouse indienne qui vivait la solitude de sa cabane comme un bien précieux,  ensuite la Métisse Enimie Goguet capable d’abattre un fauve d’un seul coup de fusil sans peur ni  hésitation. Après, arrive McLeary, surnommée Mackie , la princesse, une beauté brute qui épousera  un « Grizzly », suivie par Mariette, avare de douceurs et de mots mais fidèle à ceux qu’elle a aimés.  Enfin, Louisiane, traumatisée par le suicide de son père qu’elle a vécu comme un abandon.  

L’histoire racontée dans ce livre est celle de ces femmes, d’abord évoquées à travers les trop brèves  interventions de Zoya.  

Après, Edmée a choisi de permuter les points de vue. Ainsi, au fil de notre lecture, chacune de ces  femmes devient narratrice et prend la parole pour présenter sa propre vie avec maints détails passionnants, sans intermédiaire. 

En réalité, Belette se nommait Aputikâ et était amoureuse de son Normand de mari. Elle pouvait le  comprendre en l’écoutant respirer et pouvait lire dans ses pensées. Elle chérissait sa liberté, la terre,  les saisons qui se succèdent. Elle fut enterrée aux côtés d’Aubert, son fils, par Enimie, sa fille  « métisse à l’aspect de Normande pur-sang » 

Enimie avait épousé son meilleur ami Calum, homosexuel, pour le sauver de la honte sociale de  l’être. Plus tard, Enimie avait attrapé le désir d’un homme, un hétéro, comme on attrape un rhume,  un réel coup de tonnerre dans sa vie, dans leur vie.  

Mackie avait choisi de suivre son homme, et sa louve, Cheéte. Après une longue attente, elle avait  mis au monde des jumeaux qui avaient rempli sa vie. Puis un jour, un jour qui changea tout, elle avait  perdu son œil, lors d’une attaque de bandits et portait depuis lors des bandeaux de pirates colorés. Mariette, elle, avait épousé sans amour André car elle avait décidé de vivre sans prendre le risque  d’aimer pour ne pas souffrir. Mais elle s’était trompée.  

Louise-Anne avait appris la couture pour être indépendante et elle y réussit. Elle aura élevé seule, Zoya, l’enfant qu’elle avait conçue avec un artiste égoïste, Dracula.  

On rencontre autour de ces femmes une foule de personnages secondaires tels Jules=Nicolas,  Ariane, Tante Chantal, Evguèny, Thérèse, tante Malina qui ajoutent du piquant à cette saga.  On découvre aussi dans ce livre une variété de paysages, des voyages d’un continent à l’autre, des  réflexions profondes sur la vie, sur l’amour, des habitudes culturelles parfois étonnantes.  

Il y a enfin « un orignal sculpté dans ce qui semblait être du noyer… » 

Merci, Edmée, pour cette richesse de création et d’inventivité ! 

 

Pascale Gillet-B

 

Publié dans avis de lecteurs

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