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L’amour en trompe-l’œil de Daniel Roualland, lu par Edmée De Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

 

L’amour en trompe-l’œil est le titre de la dernière nouvelle de ce recueil, qui en comporte trois. Trois fois se faire plaisir, un régal ! De chacune je voudrais dire qu’elle est ma préférée, mais en réalité, elles le sont toutes !

 

L’auteur a enseigné la philosophie, et ça se sent dans  la façon dont on suit la pensée des protagonistes, leur raisonnement, sans aucune pédanterie d’autre part. C’est souple, c’est évident, ça va de soi mais c’est bien mis en mouvement…

 

La première nouvelle – La cicatrice ultérieure -  nous convie à un séjour à la campagne entre amis. Léo-Pierre se languit de parcourir à nouveau la route sinueuse menant au domaine familial, datant du 18è siècle. On fait le tour du propriétaire, on s’attendrit, on s’émerveille, on marque un temps d’arrêt devant le vieux mobilier, le causse que l’on voit par la fenêtre, et le matin, après une nuit délicieuse, c’est l’odeur du café moulu dans l’appareil de grand-mère qui les accueille. On joue les paysans pendant la journée, on ramasse du bois, on le scie, on bavarde. Le soir on mange et boit à la rustique, et on arrive ainsi à la troisième journée de dépaysement. Et là, la conversation tombe sur… le guéridon. Quelqu’un a-t-il déjà fait tourner les guéridons ?

L’idée flotte encore alors qu’ils visitent, suivis d’une petite inquiétude délicieuse, les caves voûtées et tendues de toiles d’araignées. Et après le repas du soir, quelqu’un ranime l’idée de faire tourner le guéridon. Personne ne s’attendait à ce que l’esprit de Léopoldine se manifeste.

 

La seconde nouvelle – La vie rêvée de B.D. – nous présente B.D., fils d’une « maraîchine au corps râblé revenue de la ville expresse pour accoucher dans de vrais draps », et d’un « frêle ajusteur de chantier naval, suspendu sans illusion à son maigre salaire de fin de semaine qui l’avait embarquée, quelques années plus tôt, en silence sur le chemin du bon sens populaire et de la nécessité ». Ils attendent de B.D. que leurs sacrifices le portent plus haut qu’eux-mêmes. Lui il aura un bon travail – de fonctionnaire, quoi de mieux ? – une épouse aimante, un joli logis, et se reposera sereinement le soir. B.D. , de ce rêve, fait ce qu’il peut… et puis part en vacances, seul, à Athènes. C’est là que…

 

La troisième – L’amour en trompe-l’œil – nous présente une traductrice qui a du vécu et de la beauté, de la détermination aussi, Martha. Frédéric est l’homme qui attend du hasard qu’il le secoue, il est prof de philo, un peu émoussé par une histoire d’amour qu’il a vue mourir sans trop de drames, et se rend tous les jours dans le même restaurant à la même heure. Et puis on a Ambre, la jolie serveuse mêle-tout aux yeux qui voient tout. Elle voit bien que Martha sait ce qu’elle veut, et comment ! Elle veut la même chose, mais n’a pas les mêmes armes. Et Frédéric… il est plus un homme de raisonnement que de décisions, car ça se sait, les décisions comportent des risques, et sait-on jamais tout tout tout ? C’est qu’il faut réfléchir, n'est-ce pas ?

 

Voilà, j’ai vraiment tout aimé de ce livre, les sujets choisis, le décor campé, l’intrusion dans les pensées des personnages, les hésitations multiples devant les choix, premiers ou seconds, voire lots de consolation…

 

Edmée de Xhavée

 

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Carine-Laure Desguin a chroniqué "Ce que le cœur murmure" de Sylvie Thibaut-Buffart

Publié le par christine brunet /aloys

 

C'est un livre qui s'ouvre à n'importe quelle page. Chaque texte est là, indépendant de celui d'avant et aussi de celui d'après. Vous le déposez sur un coin de table et vous l’ouvrez comme ça, au hasard. Bien souvent, vous trouverez la réponse à votre question comme une main qui se tendrait pour étreindre la vôtre. 

À chaque page, des phrases qui vous reboostent, qui vous redonnent cette confiance qui vous manque tellement, parfois. L'époque que nous vivons nous fragilisent et les chutes sont là, toutes proches de nous. Alors, Ce que le cœur murmure est l’ouvrage qui devrait, comme les antidépresseurs, être remboursé par la sécurité sociale !

 

Des livres de pensées positives, il y en a des tonnes sur les tables de nos librairies. Celui-ci est différent. Pourquoi donc? 

Lisez chaque page avec lenteur et imprégnez-vous de chaque phrase. Vous comprendrez. 

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

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Carine-Laure Desguin a lu "La rivière des filles et des mères" d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Sa grand-mère Ayette a tué un homme et elle, elle est la fille de Dracula. Elle, c'est Zoya. Elle vit en Belgique et a toujours su que "sa famille n'était pas construite comme tant d'autres". Et la grand-mère d'Ayette, c'est Enimie Goguet, dont le père était trappeur d'origine normande et sa mère était Marie, une indienne. Qui fut enlevée par des Objibwés et échangée à Goguet Bellefontaine contre trois fusils et deux chevaux. 

  Zoya nous entraîne dans sa généalogie, très peu banale en effet. Et l'on s'y perdrait vite, dans ce labyrinthe d'histoires de famille qui nous emmènent de l'Europe vers le continent américain. Mais Zoya clarifie tout ça au début de chaque chapitre et ensuite donne la parole à chacune des intervenantes, ce qui nous plonge directement dans chacune des  vies de ces cinq femmes. Du live à plein tube! L'écriture d'Édmée de Xhavée est gaie, légère et savoureuse et c'est ce qui fait de ce livre bien plus qu’une recherche généalogique. 

  Il y a Belette (la mère d'Énimie, qui sera la mère de MacLeary, l'arrière- grand-mère de Zoya) qui fut emmenée par Bellefontaine près de Chicoutimi dans une cabane construite par lui-même en contrebas d'une rivière. La lecture de sa vie est un transport immédiat vers ces contrées lointaines et nous vivons avec elle sa vie en pleine nature aux côtés du Goguet. Page 23 "j'aimais avoir les doigts collants de sucre que l'érable me donnait ...". 

  Il y a Énimie, partagée entre son éducation au sein même de la nature que lui procura le Goguet et la vie mondaine et urbaine pendant les vacances auprès de la famille de son amie Malina. Énimie maria même Calum, le frère homosexuel de Malina, ceci afin de mettre fin aux commérages. Un mariage heureux et sans chaos malgré tout. Isl eurent cinq filles et puis une petite dernière, McKenna Mac Leary surnommée plus tard Mackie, née d'un moment d'égarement entre Énimie et un certain Albrecht. Énimie qui fut l'arrière-grand-mère de Zoya.

  Il y a Mackie, surnommée aussi Princesse. Avec ses soeurs elle fut formée au Vassar Collège et toutes reçurent une éducation équivalente aux standards masculins de l’époque. Nous sommes au début du 20ème siècle. Mackie tomba amoureuse de Urbain Detrooz (qui avait des origines belges) surnommé le Grizzly et le maria. Le Montana, c'est la solitude et la complainte des vaches, rien de bien exaltant. Et son mari, très volage, était souvent éloigné d'elle. Mackie, de son ranch américain, écrivait chaque jour à ses parents. Mackie et Urbain eurent deux enfants, Mariette (Ayette) et Jules-Nicolas. La vie de Mackie fut ébranlée par un douloureux évènement. Urbain Detrooz cachait bien des choses à son épouse. Je n’en dis pas plus.

Le secret des origines indiennes de Belette était jusqu’alors bien gardé, Mackie et ses soeurs l'avaient promis et ce secret les liait les unes aux autres.

 

  Il y a Mariette (Ayette), la grand-mère de Zoya. C'est elle qui, à 25 ans, a tué un homme. Toute sa vie elle fut marquée par ce meurtre et aussi l'autre évènement auquel elle assista toute petite au ranch de ses parents, un accident dont sa mère fut la victime principale. C'était en 1921 et Mariette avait 6 ans. À 20 ans Mariette n'avait rien de féminin et n'avait aucune envie de s'afficher avec un jeune homme. À 25 ans, Mariette tua effectivement un homme. À 32 ans, avec son frère, elle traversa l'océan pour rejoindre sa famille belge à bord du luxueux Queen Mary. Durant le séjour son coeur s'ouvrit enfin et ce qui devait arriver un jour .... Avec le cousin André Kraft, époux de Thérèse qui mourut prématurément. Et Mariette était enceinte d'André. Ils se marièrent. Louisiane montra le bout de son nez. Ce ne fut pas un mariage comment dire ... idyllique.

  Il y a Louisiane, la mère de Zoya. Qui passa une partie de son adolescence chez sa tante, sa mère étant retournée dans le Montana après le suicide de son époux. Louisiane ne revit sa mère que des années plus tard, lorsqu'elle se rendit dans le Montana. Louisiane découvrit la vie américaine de sa mère et apprit que celle-ci avait tué un homme. Louisiane prit conscience que sa mère était cette charnière qui avait fait migrer la famille vers l'Europe et que c'est à travers elle qu'elle ressentait ce sentiment de venir d'ailleurs. Louisiane refusa les études universitaires conseillées par sa famille et choisit la couture. Elle aimait son célibat, l'amusement, la liberté. Elle arriva à Trieste à 26 ans, en avril 74. Au service des Libotte, afin d'être à temps-plein la baby sitting de leur fille Béatrice. C'est là qu'elle rencontra Vladimiro, un artiste. C'est là aussi qu'elle renoua avec sa mère Mariette venue de Belgique jusque Trieste pour partager le bonheur de sa fille. L'intimité et les rapports mère-fille se consolidèrent. Louisiane, déçue par sa vie de couple revint en Belgique et Zoya naquit là. Quelques années plus tard, Louisiane rencontra Édouard, avec qui elle vécut des moments très heureux, mais clandestins.

  Et Zoya remonta ainsi la rivière des mères et des filles. Zoya est mariée, enseignante, et mère de trois enfants. 

  J'ai refermé ce livre hier soir. Ce matin, il m'émeut encore. Toutes les familles se ressemblent. Dans chacune d'elle, des femmes ont vécu en couple. Ou pas. Des femmes libres, des femmes soumises ou qui simplement acceptent leur solitude au nom de l'Amour. Des enfants naissent à l'issue d'un mariage conventionnel. Ou hors mariage. Et sont aimés quand même. Édmée de Xhavée nous racontent tout ça avec la plume qu'on lui connaît. Tout au long de ces récits de vie, nous vivons aux côtés de chacune de ces femmes. Nous regardons Belette réaliser des bijoux avec des dents de castor. Nous caressons en même temps qu'Énimie les cheveux de sa fille née d'un moment d'égarement avec Albrecht. Nous sommes dans le Montana avec Mackie et nous comprenons sa solitude mais aussi sa joie lorsque son Grizzly de mari volage pointe son nez. Avec Ayette, nous traversons l'océan et nous comprenons très bien son attirance pour André Kraft. Louisiane, nous aimons sa liberté, son départ vers Trieste. Nous sommes là, nous partageons chacune des vies de ces femmes.

L'écriture d’Édmée de Xhavée nous transporte bien au-delà de nous-mêmes, sans doute aussi sur les pas des femmes de notre famille, les mères de nos mères. 

Je voudrais que ce livre ne dorme pas dans ma bibliothèque.  Il mérite une deuxième vie. Et bing, j'ai une idée. Affaire à suivre. 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog;com

 

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"L’île, elle et nous", de Marguerite Debois, note de lecture Edmée De Xhavée pour ActuTV

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Oui, il y a bien trois éléments distincts dans ce roman de Marguerite Debois. 

 

L’île, grecque, ensoleillée, peuplée de touristes l’été et rendue à ses insulaires une fois les voyageurs embarqués vers leurs vies avec des valises pleines de souvenirs. Entourée d’une route qui va du port au port, et traversée par une autre, plus intime, qui serpente parmi arbres et maisons sans vue sur la mer ou le tourisme.

 

Elle, Athanasia Katsofé. Adolescente aussi Grecque que l’île, tragiquement disparue lors d’une inondation qui a ravagé l’île et surtout sa famille. Bien que disparue depuis un an, elle est pourtant là, au cœur des émotions. Serait-elle cette apparition étrange qu’aperçoivent Arthus et Marjolaine en choisissant de traverser l’île en voiture par la route boisée pour écourter le trajet ? Quels étaient ses petits secrets, se demande Séverine qui l’a beaucoup observée l’été précédent ? Que sait, de sa naissance, Léonora Anastopoulos, amie d’Anna Katsofé, mère d’Athanasia ? Comment faire la paix avec l’idée que, n’ayant pas retrouvé son corps, on ne peut se recueillir sur son souvenir auprès d’une petite chapelle vibrant de la flamme d’un photophore abrité dans sa niche ? 

 

Nous, les personnages qui, le temps du récit, verront leur vie imprégnée à la fois de l’île et d’Athanasia. Ils sont touristes, locaux, étrangers s’étant épris du coin et ayant trouvé comment prolonger le séjour peut-être jusqu’à un long « pour aussi longtemps qu’on y sera bien ». Il y a cette touriste solitaire et peu sociable, qui revient pour la seconde année. Elle fuit la compagnie mais rien ne lui échappe : elle analyse et interprète la vie des autres. Il y a ce surprenant prestidigitateur aux chevilles fines, qui vit sur un yacht qui ne fait que passer. Il y a Dimitri et Anna Katsofé, les inconsolables parents d’Athanasia, lentement étouffés par un secret qui finira par les brûler vifs. Leurs amis les Anastopoulos, dont la fille Apolline sort avec le beau Callisto, journaliste. Arthus qui aime faire de la plongée en abandonnant Marjolaine à ses après-midi paisibles. Ils ont tous leur personnalité – bien décrite -, leurs propres questions, leur participation dans ce court moment sur l’île, court et intense, qui les réunira autour d’Athanasia, avant de les restituer à leur avenir avec le souvenir d’une bousculade d’émotions et évènements, un peu changés à jamais. L’île aussi reprendra son rythme, entourée de la mer bleue, hérissée de sa forêt, bordée de plages, roches et lieux de joie…

 

L’île, elle et nous

Marguerite Debois

Éditions Chloé des Lys

22.00 €

 

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Christine Brunet a lu « Place au hasard » de Chloé Derasse pour ActuTv

Publié le par christine brunet /aloys

« Place au hasard »… Une couverture qui dit tout et… pas grand-chose. J’étais curieuse de plonger une fois encore dans l’univers de Chloé Derasse, dans sa façon de penser l’écriture. Curieuse et un peu effrayée par les 322 pages, faut bien l’avouer. Alors, déçue ? Jugez plutôt…

L’auteur nous propose une courte tranche de vie que beaucoup d’entre vous (nous) vivons chaque jour…

Allez, fermez les yeux… Imaginez… Il est tôt… C’est l’heure de partir bosser… Vous savez, le rituel « métro/boulot/dodo »… Mais là, focus sur le premier terme qui est, pour le coup, le train du banlieusard.

5h34… Tout commence… Enfin pas tout à fait parce que, cette fois, jeu du hasard, quelque chose va dérailler ; l’ordinaire va devenir, l’espace de quelques heures, « l’extra-ordinaire », le surprenant, un moment d’aventure dans un quotidien bien huilé.

Un homme saute les grilles de la gare ; Il est blessé. Qui est-il ? Un clochard ? Peut-être ou peut-être pas… Que lui est-il arrivé ?

Premier train, première vague des anonymes besogneux… J’ai dit « anonymes » ? Non… Le lecteur les connaît par leur nom, les découvre avec leurs petits travers, leurs ambitions, leurs courages, leurs timidités, leurs égoïsmes, leurs préoccupations journalières…

Chloé Derasse nous jette dans le siège du spectateur curieux que vous avez sans doute été un jour, celui qui, dans ce train du quotidien, pour tuer le temps, passe en revue les visages en se demandant qui sont ses inconnus silencieux et apathiques, quelle est leur histoire, quel pourrait être leur destin ? Non ? Vous n’avez jamais cédé à la tentation ?

Je sais bien que oui… et cette fois, plus de conjectures : les protagonistes de ce trajet sont bien plus que des affabulations…

Où en étais-je ? Ah oui, le blessé… qui monte dans ce premier train. On comprend qu’il n’est pas tout blanc… Peut-être un loufiat ? Il se cache, s’évanouit mais une fille le trouve… par hasard et… Bon, je n’en dirai pas plus…

Je vous invite à voyager aux côtés de Juliette, Kevin, Yvonne et Fifi (et d’autres), à partager une courte tranche de leur vie commencée dans le train-train quotidien et gris, dans la douleur pour Kevin (le blessé) et qui, au fil des pages, trouvera un élan inespéré ou étonnant.

Ouvrage très dialogué, très vivant, le lecteur écoute les protagonistes et lit à toute allure tandis que le temps s’écoule trop lentement pour les personnages. Jeu surprenant de rythme…

Alors, ai-je aimé « Place au hasard » ? Sans aucun doute ! Ce roman n’a rien d’un énième récit de train, de vie… Il est d’une originalité qui a su me séduire autant par son écriture simple et nerveuse que par son ambiance. Bravo !!

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

www.aloys.me

www.actutv2.com

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Daniel Charneux chronique dans "les belles phrases" le recueil de Xénia Maszowez, Hyphes

Publié le par christine brunet /aloys

https://www.facebook.com/groups/581665848925549/permalink/1360917547667038/

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Daniel Charneux

Xénia Maszowez, Hyphes, éd. Chloé des Lys, 2021.

 

Pour son premier recueil, Xénia Maszowez a réussi à se hisser parmi les finalistes du prix Charles Plisnier. Voilà qui est de bon augure !

Une belle surprise, en effet, que cette poésie sensuelle, à fleur de peau. Une poésie à mâcher, à humer. Rien de plat. Un recueil que l’on peut ouvrir à n’importe quelle page !

Deux exemples : Lécher l’hiver / Comme une glace / Sentir son goût / Geler mes dents

ou encore : Sous la surface / Des choses / Il est / Monts et merveilles / Gratte !

Les « hyphes », ce sont les filaments du mycélium qui courent sous la terre et, venus à la surface, nous offrent l’infinie variété des champignons. Xénia Maszowez explore ainsi les filaments – neurones, synapses – de son cerveau, les chemins de son être, les épanchements filandreux de sa pensée. Le mot, rare et beau, offre bien sûr un jeu de mots que l’auteure ne se prive pas d’exploiter, d’explorer : Hyphes I / Hyphes you / Hyphes we // So maybe // Hyphes. / Toutes ces choses cachées. / Sous-jacentes, sous-terraines, telluriques. / Ces liens secrets.

« Hyphes », aussi, la belle illustration de couverture, œuvre de l’écrivaine qui est également plasticienne : amanite tue-mouches en surface et, dessous, le vaporeux réseau du mycélium. Le champignon hallucinogène des sorcières (et Xénia Maszowez se dit « sorcière en poésie »), effleurement conscient d’un inconscient bouillonnement, ombre portée d’une caverne profonde et sombre.

Le généreux recueil (une centaine de textes !) est divisé en six sections (Monts et merveilles, Hyphes, Jus de cœur, Mange ta soupe, Louves et Même pas mal). Des sections thématiques centrées sur la perception de la nature, l’amour, l’inconscient, l’expérience de l’absurde, la sororité ou encore la maladie – une logique thématique mais pas systématique, le cheminement des « hyphes » mentaux étant bien entendu erratique.

Une poésie dont l’inspiration découle de l’expiration, de la respiration, de la transpiration. La voix personnelle, à la fois brute et sophistiquée, d’une personnalité qui se livre dans toute sa force fragile, comme dans cette Orange sanguine :

Une orange que l’on pèle

à vif

souffre moins

que mon âme

fragile

dans le froid

ce matin

Que personne ne me parle

encore moins ne me touche

Aucun son ce matin

ne jaillit de ma bouche

Une poésie à découvrir, une voix neuve (c’est rare), non dépourvue d’humour, ce qui ne gâte rien : Si l’idée de la mort s’impose : / faire de la soupe / À trucider des légumes, / l’esprit s’apaise

À lire Xénia Maszowez, l’esprit s’agite entre guerre et paix, entre nature et culture, entre trouble et sérénité. Et c’est bon.

 

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Philippe Desterbecq a lu "Silencieux tumultes" d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

 

Description : silencieux tumultes par Xhavée

Voici un livre bien silencieux puisqu'il est resté quelques années dans ma bibliothèque sans se faire remarquer, perdu au milieu de ses congénères. Je dois avouer que je l'avais quelque peu oublié, mais mon regard s'est enfin porté sur lui et je l'ai sorti de son rayonnage. 

Bien sûr, j'ai eu là une bonne idée puisque j'ai passé, avec lui, de très bons moments de lecture. 

Je ne parlerai pas de l'écriture d'Edmée. Je l'ai déjà fait à plusieurs reprises puisque j'ai lu "Les Romanichels", son premier roman en 2009 et que j'en ai dégusté d'autres depuis. Il suffit de se rendre sur son blog pour se rendre compte de son style parfait. 

Pour ce roman, Edmée a bien choisi son titre, vous allez vous en apercevoir. 

La couverture, un peu désuète peut-être, vous indique que vous allez vous rendre dans une autre époque et partir à la rencontre de personnages qui semblent sortis tout droit de la vie d'Edmée. 

Fidèle à son habitude (son blog peut en témoigner), Edmée nous dépeint des personnages au passé parfois tumultueux, qui cachent des secrets plus ou moins bien gardés, des amours véritables ou arrangés, qui durent ou pas, des blessures parfois profondes, mais que l'on tait le plus souvent. 

La véritable héroïne de ce roman, c'est la maison, celle que l'aïeule a achetée et qu'elle a transmise à ses descendants. C'est donc une saga familiale qui se déroule ici de 1928 à 2009. 

Il y a d'abord Jean et Germaine dite Maine. Cette dernière est devenue mélancolique sans trop savoir pourquoi, neurasthénique diront certains. Jean, lui, peint à ses heures perdues. Mais pourquoi a-t-il fait le portrait de cette jolie servante au pied bot? 

Viennent ensuite leur fils, Marco, et Anne, sa femme, tellement distraite qu'elle se cogne très souvent sur les bords de portes. 

Suivent les jumelles, Christine et Mireille. La première aura un enfant de père inconnu (encore un secret bien caché). Quant à la deuxième, restée célibataire comme sa sœur, elle vit un amour caché, mais tout secret risque d'être dévoilé un jour. 

L'histoire se termine avec Daniel et Pavlina qui ressort le portrait de la trop jolie servante...

Quatre générations se sont déroulées sous la plume alerte d'Edmée. Toutes ont été traversées par des tumultes silencieux - je vous avais dit qu'Edmée avait bien choisi son titre - et aucune ne vous laissera indifférent. Et n'oublions pas le témoin muet de ces joies et de ces peines : la maison qui porte la trace des unions et désunions, des naissances et des décès, des arrivées et des départs...

Un livre à lire sans modération. Vous quitterez les personnages comme si vous les connaissiez de longue date et ils ne pourront que vous manquer. 

 

Philippe Desterbecq

 

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Edmée de Xhavée a lu "Le tilleuil du parc" de Jean Destrée

Publié le par christine brunet /aloys

Voici un livre « tranquille », qui a tous les parfums, les réalités sociales et la décence d’une époque. J’ai aimé cette impression, non pas de lire une autobiographie, mais de percevoir du vécu ici et là. Bien sûr, on comprend que les lieux existent, ou ont existé, même le vénérable tilleul bien sûr. Les préoccupations sociales aussi, et les réactions à ces dernières. Et puis la manière dont un amour se met en place, c’est également issu du code d’alors, avec la pudeur et une audacieuse indécence qui s’alternent patiemment.

Jean-Michel est un « homme sans histoire », bien qu’il ait été blessé par un amour autrefois. Il a trouvé la tranquillité dans le retour sans surprises des jours, l’un après l’autre, agréables et rassurants. Il enseigne, a ses amis, ses routines, ses itinéraires préférés, dont le parc où se déploie l’imposant tilleul du parc. 

Il connait le bruit du tram, le salut de l’encadreur sur la place, les mineurs du coin, il a sa bière préférée.

Mais si aucune de ces choses n’est destinée à disparaitre, sa vie sera bouleversée.

Un enfant, et Fabienne, la femme qui le recherche, car c’est le sien. Elle, elle a « une histoire », et Jean-Michel, sans y avoir pensé, sera celui qui lui en donnera une autre et l’aidera à retrouver cet enfant dont la trace ne cesse de resurgir pour disparaître à nouveau. Leur rencontre sera pour chacun un des cours de l’école de la vie : plongé dans les bousculades toxiques d’un monde qu’il ignorait, la compassion naturelle  de Jean-Marie s’étend vers ceux qui vivent des drames, et s’il sera un loyal défenseur pour Fabienne il le deviendra bien vite pour les causes syndicalistes. 

Quant à Fabienne, elle fleurit comme un printemps au contact de la gentillesse innée de Jean-Michel et de ses amis, une attitude entièrement neuve pour elle. Elle se fond dans sa nouvelle vie avec la fraicheur d’une écolière qui découvre qu’elle a du talent. 

 

Edmée de Xhavée

 

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Carine-Laure Desguin chronique pour ActuTV le nouveau recueil de nouvelles signé Bob Boutique "Contes Bizarres III"

Publié le par christine brunet /aloys

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Edmée de Xhavée chronique le nouveau recueil de nouvelles signé Bob Boutique "Contes bizarres III"

Publié le par christine brunet /aloys

Bob Boutique, le retour

 

Il nous revient, et de loin, mais il l’avait dit : I’ll be back.

 

Et back, il l’est. 

 

Avec trois contes bizarres. Des contes bizarres, il en avait déjà sorti deux recueils, et on avait pris plaisir à savoir que tôt ou tard, dans chacun d’entre eux, la petite phrase magique s’étalait devant nos yeux impatients :

 

Et arriva ce qui devait arriver.

 

Et on n’était jamais déçu, jamais on ne soupirait « ah bon, et c’est tout ? ». Car c’était l’inattendu qui vous tombait dessus, même si ça devait arriver, on ne l’avait pas vu venir…

 

Nous y revoici donc, trois contes étranges. 

 

M’man… Un monsieur qui serait insignifiant s’il n’était déjà une image très inhabituelle en soi : petit, indécis, vêtu d’un vieil imperméable sans doute pas des plus frais, tout le langage corporel qui bégaye. Face à lui, une psychiatre analyste imposante aux mains boudinées qui taillent des crayons. 

 

Entre eux… le problème, maman. La maman du premier. Une maman omniprésente, et cependant… décédée depuis belle lurette. Enfin, c’est ce qu’il dit, lui. La maman, elle… ne l’entend pas de cette oreille. D’ailleurs, elle se lève d’un bloc et file dignement vers la chambre à coucher ; elle le transperce d’un regard inexpressif et crache enfin, après un pfffff… méprisant ; elle est déchaînée et lève ses petits poings misérables vers le plafond en hurlant et postillonnant à travers ses longues dents jaunes….

 

Bref, M’man a un rôle de premier plan. 

 

Il se sent si seul, pourtant. Alors qu’elle est là, tout le temps et partout, bien que morte. L’enterrement, il y était. 

 

Certes, arrive finalement ce qui devait arriver, et il vous faudra le lire pour, peut-être, comprendre l’étrange et spectaculaire relation mère-fils qui vous a entraînés dans cette bizarrerie….

 

Amen … Monseigneur s’en est allé, un peu trop tôt au goût des pieuses personnes présidant à l’ouverture de son coffre. On le fore, le dit coffre, car la bonne Sœur Dominique avait bien trouvé le numéro, mais pas la clé. 

 

Trois bocaux de concombres, voilà ce qu’il contenait, le coffre du Monseigneur. Des concombres qui, horreur, sont bien autre chose une fois observés avec le respect que l’on doit aux trésors de défunts. 

 

Monseigneur était très drôle, affirme un jeune séminariste ému. Une bouille de bon vivant avec un béret basque, des cheveux gris coupés courts et un œil qui pétille derrière de grosses lunettes d’écaille. 

 

L’enquête s’impose. Le Monseigneur était royalement payé pour ses Monseigneureries, et dépensait tout. Bizarre comme un conte, non ? Il n’avait plus de famille, ne jouait pas, n’avait ni passions ou fantaisie autre qu’un restaurant de qualité ici et là. 

 

L’analyse de son ordinateur révèle un album avec trois photos d’adolescents dans un camp scout. Qu’on se rassure : des photos très normales :  ils cuisinent, montent une tente… Le camp scout semble se trouver dans nos régions, par contre les trois garçons sont de type latino-américain. Ce qui mène les recherches vers une association, Enfance inter-mondes, qui intéressait feu Monseigneur facétieux.

 

Les choses s’éclaircissent alors quelque peu, mais à vous de lire pour les découvrir. 

 

On se trouve d’ailleurs face à face avec un personnage peu amène. Grand, lourd, des paluches de fermier, des cheveu d’un blond presque blanc et des yeux étranges, quasi transparents. On dirait un albinos. Il porte une salopette verte et des bottes en caoutchouc de la même couleur. Une fourche dans les mains, il ferait plus vrai que nature. Et il a une sœur jumelle, comme si un comme ça ne suffisait pas. 

 

L’inspecteur téméraire et fatigué chargé de résoudre cet embrouillamini entreprend une promenade qui n’a rien de champêtre, et le mène à une vieille chapelle abandonnée, où arrive ce qui doit arriver…

 

Mille brasses… Alors ici, on est en plein roman d’amour. Mais comme il arrive ce qui doit y arriver, ça ne finit pas bien, tout en finissant bien malgré tout. Elle est belle, jeune, pétulante. Parfaite. Il se trouve petit, vieillot, chauve, pas intéressant, insignifiant comme un vieux porte-clés trouvé dans une boîte de savon.

 

Ça, c’est lui qui se voit comme ça, hein. Elle a pourtant le même regard qu’au moment de l’éblouissement de l’amour, est empressée comme une mère poule, l’aime et n’a pas changé. Ce qui a changé, ce sont les voisins, ceux qui n’ont pas de sel et viennent casser les pieds. Enfin c’est l’ami du voisin – le beau, bellâtre, horriblement sûr de lui et satisfait de sa denture et de ses pectoraux ridicules, et qui sent bon, en prime. Un abominable nouveau venu dans leur vie. Avec une femme qui ne va pas avec lui. Il sait tout, cet olibrius. 

 

Ce qui doit arriver en premier arrive effectivement. Le soupçon, la remise en question en partant du principe qu’on ne fait pas le poids (vrai que notre héros est un petit format, un petit homme de poche dont l’épouse est éprise, tandis que l’autre est scandaleusement conforme à tous les canons de séduction en vogue). Le soupçon grandit, s’accroche à tout ce qui peut le nourrir, et grandit sous forme d’une impérieuse évidence.

 

Arrive ce qui doit arriver, qui, comme les vagues de la mer du nord où tombe le rideau, apporte un flot d’émotions…

 

Sacré Bob Boutique, va !

 

Edmée de Xhavée

 

Publié dans avis de lecteurs

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