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Bertrand Saint-Songe : une envie de poster en mai...

Publié le par aloys.over-blog.com

photo bertrand Saint Songe
Perles sur le front des Oiseaux
 
Naître
Sur le jeté-de-lit des couvre-chefs épars
 
D'un chant de collégial
s' égrène
             sur la Beauté des fleurs
Peu de pluie
(Soleil jusqu'en novembre
au sang coagulé sur le front des oiseaux ?)
 
- Qui cherche le venin s'étouffe à la prière.
 
MAI,
Les corbeaux des dimanches ont péri
dans la plaie grand'ouverte de Marie -
 
Le mois s'élève à la sainteté qui la sublime
sur nos chemins :
"Mettez vos pieds dans les traces de mes pas
et vous serez sensiblement soulagé..."
 
Le jour où le village aux chaumières s'en fut,
c'était la nuit tombante...
Poussière ardente hors des flancs
de la montagne
sous le grand ciel tout-puissant....
 
                                 Bertrand Saint-Songe
  
(Le ciel vous tienne en joie, tous !)
bertrandelporte-yahoo.fr.over-blog.com
  
 

Publié dans Poésie

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Les Auteurs Chloé des lys à la Une... Et un bel article de Carine-Laure Desguin sur la conférence de Martine Dillies-Snaet

Publié le par christine brunet /aloys

Des prix à la pelle pour trois auteurs CDL!!!!

Visuel Auteur - PDNA
Pour Josy Malet-Praud:

Avril 2011 / Bordeaux - 33 (F) : Arts et Lettres de France:

    -> lauréate : 2ème accessit en catégorie « prose » pour la nouvelle : «Je préfère ne pas le savoir »

- Mai 2011 / Servon sur Vilaine - 35 (F) : Ateliers d'Arts, concours littéraire international :

     -> Médaille d'argent pour "Un, Deux, Trois, SOLEIL !" (recueil en prose)

    -> Prix d'honneur pour trois nouvelles : "Je préfère ne pas le savoir" / "Peut-être que..." / " Safari nocturne"

 

Pour Sophie Vuillemin

 http://www.bandbsa.be/contes/vuillemin.jpg"C'est quoi ton stage" a remporté un prix d'honneur dans la catégorie prix du roman, prix Chateaubriand dans le cadre du concours littéraire annuel organisé par les Ateliers d'Arts de Servon sur Vilaine.

 

marie-claire georgePour Marie-Claure George la médaille d'argent catégorie Nouvelles à ce même concours.

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Photo Christine BrunetAvis aux amateurs !!!! Christine Brunet sera l'invitée pour ses deux romans policiers de l'émission "Figure livres" de Christophe Ousdale le mercredi 25 mai à 12 h 30 sur Radio Arverne 100.2 et 89.8 !!! 

 

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desguinA l’occasion du printemps des poètes, Christian Domec, responsable des éditions « Les penchants du roseau », a sélectionné quinze poèmes. De cet évènement, un recueil vient d’être publié : « infinis paysages ».

En exergue, un extrait du poème de Carine-Laure Desguin, Dans mon pays

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-27-poesie-dans-mon-pays-65625907.html

 

roseau.penchant@orange.fr

 

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A ne pas oublier !!!! Plus d'infos sur www.bandbsa.be/contes.htm

 

actu-22.05.png

 ET

Dernier rappel ! Après... il sera trop tard !


Dimanche 22 mai 2011 (12 à 17h00)
Séance de dédicaces des auteurs bruxellois de Chloe des Lys, avec une émission télé d'ACTU-tv et un grand spectacle de variétés.
L'Atelier Curcuma
29, rue Pannenhuis à Jette 

 

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desguin

 

La maison de la mémoire (rue des Sœurs Noires, Mons) accueillait hier soir, dans ses très beaux locaux, un ancien couvent, une conférencière de qualité : Martine Dillies-Snaet.

 

Dès le début de la soirée, cet auteur de trois ouvrages édités chez Chloé des lys a su captiver toute l’attention des nombreux participants.

 

Il y avait une estrade, certes, mais le discours ne fut pas trop pédagogique…

 

Tous, nous avons reçu des petits billets plastifiés et numérotés avec écrits dessus, des phrases extraites des recueils « Taches d’encre » et « Beffrois, racines de pierre »…et, durant toute la séance, cette régente en mathématique, lauréate de plusieurs prix littéraires, nous a demandé de ponctuer ses commentaires de tous ces mots d’amour, ces mots de force et aussi, ces mots d’humour…

 

« Je te l’ai dit, à Armentières, le beffroi est un joyeux drille.

   Le clocher de l’église Saint-Vaast, sa tour voisine,

   Porte sur la tête son blanc bonnet de nuit qu’elle ne quitte jamais.

   Alors, le beffroi d’Armentières s’amuse…. »

 

Ce voyage, à travers l’histoire de ces vingt-trois beffrois, et surtout tout ce qu’ils représentaient pour les habitants du Nord de la France, nous a permis de redevenir amis avec toutes ces vieilles pierres….

 

Parce que, derrière chacune de ces tours, il y a avait des hommes et des femmes, pleins des mêmes sentiments que ceux qui nous habitent aujourd’hui, ceux qui ont fait ce que nous sommes. Ces hommes et ces femmes sont nos racines.

 

Et voilà, durant toute cette soirée très interactive, Martine Dillies-Snaet, nous a baladés de la tour carrée du beffroi de Boulogne au carillon des trente cloches du beffroi d’Amiens, tout cela en prenant le temps de déposer en nous de très belles images …

 

Derrière cette pédagogue de qualité, n’oublions pas qu’elle est l’auteur d’une méthodologie de qualité destinée à éclairer les enseignants pour la formation de nos jeunes étudiants, il y a une femme. Une femme pleine d’amour, une voleuse de sentiment, comme elle aime se nommer.

Voleuse de sentiments ? Peut-être, oui…

Mais c’est cent fois qu’elle a distribué ce qu’elle a subtilisé…

 

...Tu es si autre, si réel, et là. Toujours.

   Je suis si autre, si irréelle et ici.

   Tu n’es nulle part où je suis

   Et je suis partout où tu n’es pas… ( extrait de « tache d’encre »)

Je comprends maintenant, pourquoi certains professeurs savent capter l’attention de leurs élèves…

 

Parmi l’assemblée attentive, des auteurs de chez Chloé des lys …Thierry Ries, Marie-Claire Georges, Philippe Desterbecq…

 

A bientôt, n’est-ce pas, Martine Dillies-Snaet ! Vous êtes l’auteur de « tache d’encre », de « Beffrois, racines de pierres », de ( XY) 2…

Y aura-t-il la suite de Martine dillies-snaet, comme il y a la suite de Filipaci… ? J’aimerais savoir…dites-moi ! Vous savez si bien expliquer les choses …

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

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Un extrait de "A un détail près", le polar de Walter Macchi

Publié le par aloys.over-blog.com

 

http://www.waltermacchi.com/templates/ja_mona/images/classic_interface/symbol.png

 

Elle passa dans la salle de bain, se déshabilla et admira sa silhouette dans la glace. Elle caressa ses seins fermes en pensant à Brad. Elle se trouvait un rien trop maigre mais c'était le métier qui voulait cela. Elle se démaquilla rapidement, passa sous la douche et fit longuement couler le jet brûlant sur ses épaules pour se détendre. Elle s'enroula ensuite dans une sortie de bain en éponge pour se sécher et enfila un long T-shirt. Comme tous les soirs, en voyant le flacon sur la table de nuit, elle se rappela qu'elle devait avaler quelques comprimés vitaminés avant d'aller se coucher. Elle avait oublié de les prendre ce matin-là. Bien qu'elle se sentît un peu vaseuse, elle décida de doubler la dose. Elle prit un verre d’eau et absorba d'un trait huit petites pilules. La soirée avait été plutôt arrosée et elle avait un peu trop bu. Une bonne nuit de sommeil et il n’y paraîtrait plus. Elle se glissa sous la couette et ne tarda pas à s'endormir.

   Assis dans sa voiture, l'homme scruta l'entrée du bâtiment où la1° de couverture A un détail près jeune femme avait disparu une demi-heure auparavant. Tout là-haut, les lumières de son appartement étaient à présent éteintes. Il attendit encore une dizaine de minutes et se dit qu'il était temps d'y aller. Il ne pouvait rester indéfiniment assis derrière son volant, le quartier était branché et les patrouilles de police régulières. Ce n'était pas le moment de se faire repérer. Tout avait parfaitement fonctionné jusqu'ici. Subtiliser les clefs et en faire un double avait été un jeu d'enfant. Il prit son téléphone portable et envoya le message qu'il avait composé un peu plus tôt dans l'après-midi. Il saisit la mallette en cuir à ses côtés, entra à son tour dans l'immeuble et monta au sixième. Comme le matin même, il s'introduisit dans l'appartement et fit une halte dans le vestibule, ses sens aux aguets. Tout était calme et silencieux. Il enfila une paire de chaussons en plastique pour éviter de laisser des traces de pas sur l'épaisse moquette beige, se repéra dans l'obscurité aidé par les lumières de la ville et s'avança avec précaution jusqu'à la chambre à coucher. La jeune femme était profondément endormie. Comme prévu, elle avait avalé les comprimés. Il ouvrit la valisette, en sortit un flacon transparent, remplit une seringue du liquide incolore qu'il contenait et souleva la couette. Sans prêter la moindre attention au corps magnifique de la jeune femme, il lui injecta le contenu de la seringue dans le bras. Elle avait fait des analyses sanguines en début de matinée et même un médecin trop curieux n'y verrait que du feu. Il échangea le flacon de vitamines avec un flacon similaire, le reposa sur la table de nuit, prit trois tubes de somnifères et leur emballage et les répandit sur le lit. Il sortit ensuite du bar du salon une bouteille de whisky et revint dans la chambre. Il remplit d’un peu d’alcool le verre d'eau que la jeune femme avait utilisé peu avant et fit rouler le tout sous le pied du lit. La respiration de sa victime était de plus en plus faible. Il inspecta une dernière fois les lieux pour vérifier qu'il n'avait rien oublié et partit comme il était venu.

   Il était dans les délais. Son avion pour Los Angeles décollait au petit matin, un autre contrat l'y attendait. Puis ce serait l'Europe. Juste le temps de se débarrasser de son petit colis. Au volant de sa voiture de location, il remonta Greenwich Street, tourna à gauche, franchit la West Side Highway et trouva un endroit isolé sur les quais.

   Il scruta une fois encore les environs, s'assura qu'il n'y avait personne à proximité et descendit de son véhicule. Il s'approcha rapidement de la berge et lança la valisette et le téléphone portable dans les eaux noires de l'Hudson.

 

 

Walter Macchi

www.waltermacchi.com

 

Publié dans Textes

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Une vie à deux, une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par aloys.over-blog.com

 

Alain

 

UNE  VIE  À  DEUX

 

Ce matin-là, à l’aube d’une journée printanière propice à l’humeur joyeuse, le premier réflexe de Martin Forest est de froncer les sourcils. L’incomparable odeur du café chatouille ses narines et, plutôt que de se laisser griser par cette agréable sensation, l’homme est préoccupé car, il n’a pas souvenance d’avoir descendu l’escalier pour gagner la cuisine, ni d’avoir actionné le bouton qui enclenche le percolateur. Anodin pour le commun des mortels, mais pas pour Martin Forest, quand on sait de quelle façon celui-ci a structuré sa vie conjugale au fil des années. Dans le couple qu’il forme avec Candy, un enfant n’aurait pas trouvé sa place. Tout est programmé dans une existence lisse, passée au papier de verre, où chacun s’acquitte de tâches bien délimitées, afin que cela roule pour le mieux dans le meilleur des mondes, celui de Martin Forest qui a tiré un trait sur les années frivoles où l’argent venait souvent à manquer, rendant les fins de mois pénibles. A l’époque, l’insouciance, agissant comme un leitmotiv, poussait à la réalisation de projets insensés. Une «folie» qui, avec le temps, baissera pavillon devant la réalité de la froideur des chiffres composant le budget du ménage et les factures à payer. Aujourd’hui, donc, place au quotidien frileux mais rassurant.

Toutefois, Martin sait que rien n’est définitivement acquis et qu’il se doit de rester vigilant, par exemple, vis-à-vis des insomnies de Candy, qui l’agacent profondément. A travers les reproches qu’elle lui adresse souvent, Martin la soupçonne de mettre à profit ses heures d’errance nocturnes pour raviver, à grands coups de nostalgie, le temps de la désinvolture qu’il pensait, par son comportement rigoureux, avoir enfoui à jamais.

Dans cette optique, le fait que Candy ait préparé le café du petit-déjeuner, le premier devoir au quotidien de son époux, ne s’apparente plus à un coupable moment de distraction. Martin comprend plutôt dans cet acte délibéré, un signe de rébellion contre une organisation drastique qui a fait ses preuves et qu’elle juge pourtant oppressante. Une attitude qui vaut son pesant de vigilance accrue… Forest a l’intention de rectifier le tir et cela, sans tarder. Ainsi apaisé par la volonté de ne pas laisser la situation se détériorer, notre homme estime être en droit de commettre un écart à son tour. Est-ce la faute à l’arôme prenant du café qu’il hume ?... Aux fragrances printanières ?... Aux deux parfums mélangés ?… Si bien que Martin passe la main sur le corps chaud de son épouse. Bientôt, trahi par ses sens, il se met à la caresser en se rapprochant d’elle.

«La bête est encore d’attaque !» se rengorge-t-il. Quand s’était-il montré aussi entreprenant ? Le souvenir s’est perdu dans l’oubli. A présent, il parcourt la nuque de Candy par petits coups de langue tout en faisant courir ses mains sur ses hanches et sur ses cuisses. L’amour le guide-t-il ou est-ce le plaisir de l’instinct ? Il ne saurait le dire… au fond, est-ce important ? Pour Candy, certainement. Mais, il n’est pas Candy…

La femme, surprise, s’étire puis, se retourne.

« Hum ! Qu’est-ce qui se passe ? Monsieur a retrouvé le désir et termine ce qu’il avait commencé…

- Que me chantes-tu là ? »

Si elle avait voulu couper ses effets, elle ne s’y serait pas mieux prise.

« Après un début de nuit prometteur durant lequel Monsieur s’est montré… assez audacieux… Monsieur s’est assoupi…

- Je… je ne comprends pas…

- Ah, cette fierté de mâle ! Il n’y a aucune honte à s’endormir lorsqu’on est fatigué… même si c’est après les prémices d’une relation qui s’annonçait (soupir)… torride ! 

- Je suis encore conscient de ce que je fais et…

- Reportons cela à ce soir, veux-tu ? Tu risques d’arriver en retard au boulot et je sais combien tu as horreur d’être bousculé. Il est (elle jette un œil sur le réveil matin) l’heure de se lever… je sens d’ailleurs que tu as déjà préparé le café…  

- Puisque tu le dis… »

Ainsi, Martin apprend qu’il commet des actes à son insu. Et l’homme n’est pas au bout de ses surprises. Après avoir cherché ses pantoufles dans la chambre, il finit par les récupérer devant le lavabo où flotte, sur une eau claire, son gant de toilette, prêt pour ses ablutions matinales.

«Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce que je déraille complètement ? Suis-je atteint d’un dédoublement de la personnalité, de ce type de maladie mentale qui fait que la main gauche ignore ce que fabrique la droite ? Vais-je devoir m’allonger sur le divan d’un psy ?»

Martin Forest se sent la proie d’un mystère bousculant sans vergogne son pragmatisme pointu.  

En descendant l’escalier, la crainte d’être confronté à de nouveaux éléments dérangeants le taraude. Candy est attablée.

« Où est ma tasse ? interroge-t-il, appréhendant une réponse qui le confirmerait dans son trouble.

- Dans l’évier où tu l’as mise après avoir bu ton café… comme tu le fais à chaque fois… Monsieur ne supportant pas de voir traîner les choses… mais, je constate que la gaieté de tout à l’heure s’est envolée… et puis, pourquoi avoir changé de vêtements pour les remplacer par cette tenue terne ?

- J’ignore ce qui se passe ici… je me demande si je ne commence pas à perdre la boule…

- Attends, j’essaye de comprendre… en partant, il n’y a pas cinq minutes, tu m’as dit qu’il y avait belle lurette que tu ne t’étais plus senti aussi bien…

- Je ne suis pas parti puisque j’arrive… et je ne t’ai rien dit… oh, et puis zut, c’est marre à la fin ! tonne Martin, agité.

- Pourrais-tu me dire à quel jeu tu joues ?

- Si tu penses que j’ai le cœur à jouer ! J’essaye de comprendre, c’est tout…

- De comprendre quoi ?

- Rien, laisse tomber ! J’appellerai le Docteur Delanoo dans le courant de la matinée…

- Excellente idée…

-… Pour lui parler de tes insomnies, elles sont la cause principale de ce qui m’arrive aujourd’hui…

-… Parce que c’est de ma faute si Monsieur est contrarié ? Mes insomnies, t’y touches pas, d’accord ? Elles me permettent de m’évader…

- De t’évader ? Dis tout de suite que tu vis dans une prison ! »

- Ce… n’est… pas ce que je veux dire…

- C’est ce que je comprends ! Bon, à ce soir ! »

Martin Forest enfile sa veste et prend sa mallette. Il va quitter le domicile conjugal lorsque le voilà, repiquant du nez dans la cuisine.

« Monsieur a oublié quelque chose ?

- Oui, mon casse-croûte… »

Candy est secouée d’un rire nerveux.

« Tu le fais exprès ? Ton premier réflexe a été d’ouvrir le frigo pour…

- Ça va, ça va, je connais la suite… mon casse-croûte est déjà dans ma mallette, je n’ai pas besoin de vérifier… »

La foudre s’abattrait sur le couple Forest qu’elle ne provoquerait pas plus de dégâts. Martin et Candy, ne savent plus que penser, ni que dire. Pourtant, les mots s’avéreraient si réconfortants. Mais ils sont empêchés par une incompréhension mutuelle qui n’est pas neuve et qui prend, à l’instant précis, une tournure nouvelle, face à la présence de quelque chose d’inédit; quelque chose d’insolite et qui dérange. Un inconnu sournois, terrible, qui tire les ficelles d’une histoire abracadabrante, attendant le moment adéquat pour placer de nouvelles banderilles, plus blessantes, plus meurtrières.   

Dans le tram qui le conduit jusqu’au métro qui le mènera sur son lieu de travail, Martin éprouve de la peine à se concentrer sur sa lecture. Il jette sans arrêt des regards par la vitre, ce qui l’oblige à reprendre, chaque fois, depuis le début, le paragraphe qu’il avait laissé en suspens. Il finit par abandonner et glisse L’hippopotame de Stephen Fry dans sa poche pour se fondre dans l’ambiance qui lui est familière tous les matins, regardant sans voir, entendant des bribes de conversation sans les écouter.    

Ce sont toujours les mêmes têtes, les mêmes personnes qui s’assemblent pour converser. Martin évite d’appartenir à un groupe. Il devrait alors payer de sa personne en écoutant, en s’intéressant. Il a convaincu Candy, jusqu’à l’intox, de préserver à tout prix leur tranquillité. Leurs rares connaissances savent que l’imprévu n’est pas de mise et les visites régulières, peu appréciées. «Ne pas s’engager est encore la meilleure attitude à adopter pour vivre en harmonie avec autrui et ne pas se brouiller avec son prochain.» Une philosophie à laquelle s’est ralliée Candy, bon gré, mal gré.

Fidèle à sa doctrine, Martin veille à ne pas s’asseoir sur une banquette à deux places… quelqu’un pourrait s’installer à ses côtés pour engager la conversation puis, y prenant goût, l’enquiquineur serait tenté de récidiver les jours suivants.  

Le nez collé à la vitre, Martin voit défiler le flot continu des voitures. «Dire que Candy aimerait que j’achète une bagnole… quel beau placement… à fond perdu… l’assurance, l’essence, l’entretien ! L’évasion, la liberté, oui, mais à quel prix ! Il y a aussi les nombreux risques d’accident… la route tue tous les jours. Regardez-les, ils sont là, tous, dans leur cercueil roulant à s’épuiser dans une circulation soumettant les nerfs à rude épreuve. Et vas-y que je joue du klaxon ou que j’engueule le veau qui précède… quant au flic, pauvre mime, il pense maîtriser la situation à grand renfort de gestes désordonnés. Des coups de sifflet par-ci et un bâton que l’on brandit par-là pour en arriver à un résultat dérisoire… ça n’avance pas, ou presque… au pas d’homme ! Comment peut-on se sentir vivant dans un cimetière de voitures ? Car, c’est bien à cela que ressemblent les villes : à un cimetière de voitures…»   

Sur le quai du métro, Martin laisse filer deux rames qu’il juge trop remplies. La perspective d’être comprimé l’exaspérant; il préfère éviter le flux excessif des voyageurs.

A la première station, des contrôleurs montent dans le compartiment. L’un d’eux, un rouquin bedonnant, échange quelques propos avec l’un de ses confrères en désignant Forest du menton qu’ils ignorent ensuite en ne procédant à une vérification du titre de transport qu’auprès des autres voyageurs. Y aurait-il un lien avec les bizarreries qui se sont produites ce matin ? Martin, aspiré dans le tourbillon du quotidien, les avait presque oubliées. Ses inquiétudes reprennent le dessus et, pressé par l’urgent besoin de savoir, il rejoint le groupe des surveillants en brandissant son abonnement.  

« Ce n’est pas nécessaire, M’sieur, fait le plus grand, mon collègue, il désigne le rouquin bedonnant, vous a déjà contrôlé… Hé, Charles ! 

- Qu’y a ? fait l’autre, dardant ses yeux porcins en direction de Martin.

- Tu m’as bien dit que t’avais déjà contrôlé Monsieur ?

- Ouais… dans la rame précédente… répond le prénommé Charles, hochant la tête de haut en bas pour renforcer son affirmation.

- Vous êtes certain que… c’était moi ?

- Ah, ça pour sûr ! La même tête… la même mallette… sauf… les vêtements… au fait, vous pourriez me dire comment vous avez fait pour vous changer aussi vite ? questionne-t-il, goguenard.

- O.K., ça va, interrompt le grand. Il s’adresse à Forest :

- Excusez Charles, l’a dû confondre…

- Il a vu juste ! Aujourd’hui, je virevolte, je suis un feu follet… ce matin, j’ai dit à ma femme, qu’il y avait belle lurette que je ne m’étais plus senti aussi bien, interrompt Martin, d’ailleurs, attendez-vous à encore croiser ma route… au revoir… à tantôt ! » Et, faussement guilleret, il prend congé des préposés hébétés qui le regardent regagner sa place que personne n’a eu l’outrecuidance d’occuper en profitant de sa brève absence.  

Avant de se rasseoir, Forest observe à la ronde, comme si la cause de son tracas, qui l'irrite, allait se révéler brutalement. Il bat en retraite devant les regards des curieux, car il n’aime guère être un pôle d’attraction, ni susciter l’intérêt. Cela l’obligerait à s’extraire de sa coquille où il a l’impression de se protéger du monde qui l’entoure et l’indiffère.  

Comme chaque matin, Martin achète le journal dans un kiosque proche de son lieu de travail. En faisant la file, il observe que le libraire lui lance des coups d’œil à la dérobade. Quand son tour arrive, Forest l’apostrophe :

« Oui, je sais, je suis déjà venu chercher mon canard, y a pas cinq minutes… mais c’est mon droit de m’en procurer autant d’exemplaires que je le souhaite, non ? »  

Le libraire demeure interloqué par le comportement absurde d’un client qu’il considérait, jusqu’à ce jour, comme un Monsieur paisible dont l’agressivité verbale, inusité, ne cadre pas du tout avec l’allure débonnaire qu’il dégage.

 

La porte de l’ascenseur s’ouvre pour libérer ses occupants. Martin fait un pas en arrière pour céder le passage… un pas en arrière… on se torture les méninges pour trouver la solution à une contrariété alors qu’il suffit parfois de faire tout bêtement un pas en arrière, même si cela rebute parce qu’on a l’impression de faire une concession à un passé dont on ne veut plus entendre parler. Et ce retour, si malaisé soit-il, permet souvent de découvrir la cause d’un désagrément qu’il faut alors juguler d’urgence. Comment n’y a-t-il pas songé plus tôt ?

Martin n’ira donc pas travailler. Il fait demi-tour pour rentrer chez lui, persuadé que ce qui le tracasse depuis ce matin a été piégé par cette incursion, furtive mais efficace, dans le passé.  

En effet, le résultat ne se fait pas attendre. Quelques mètres plus loin, il aperçoit une silhouette qui, d’une démarche souple, légère, contrastant avec la sienne, se dirige vers la station de métro. Une silhouette habillée de vêtements aux couleurs gaies, vives, tranchant furieusement avec son pantalon crème, son polo gris et sa veste beige. Une silhouette on ne peut plus familière puisqu’elle est… celle du Martin Forest fantasque d’autrefois ! 

«La même tête… la même mallette…» ces mots reviennent dans sa mémoire avec davantage d’acuité. Un sosie… un double… tout le monde possède un double… mais… une ressemblance si frappante ! Cela relève du domaine de l’irréel, de la science-fiction !

Martin est soudain en proie à la panique. Il voudrait fuir mais, sa raison, dans un formidable sursaut d’énergie, l’amène à considérer que la fuite n’arrangerait rien, au contraire. Elle aggraverait la situation dans laquelle il se débat. Martin Forest décide alors de pister… Martin Forest qu’il tient à distance pour ne pas éveiller les soupçons. Martin «suiveur» redoute, en effet, que Martin «suivi», se sentant observé, ne se retourne et, l’apercevant, ne prenne la fuite. Tout serait à refaire. Martin «suiveur» s’est improvisé en professionnel de la filature car Martin «suivi» poursuit son chemin, sans soupçonner le vif intérêt qu’il suscite.

Dans l’attente de la rame du métro, Martin «suiveur»  se plonge dans la lecture du journal tout en veillant à ne pas perdre de vue... Martin «suivi»  qui lit le journal également.

Martin «suivi» prend la peine de s’arrêter chez un fleuriste pour acheter un bouquet de roses rouges. Leur nombre est impair, Martin «suivi» est amoureux ! Arrivé à destination, il fouille sa poche et sort une clé qu’il glisse dans la serrure puis, disparaît dans la maison. Martin «suiveur» est anéanti. Les questions se bousculent, pressantes : comment aborder celui qu’il a été et qui, sans crier gare, resurgit dans son existence ? Comment, ensuite, mettre hors d’état de nuire, un adversaire que l’on était certain d’avoir définitivement écarté ? Car ce Martin Forest-là est en surplus… pas si sûr ! Les dés ne sont-ils pas déjà jetés ? La préférence de Candy penchera vers ce Martin  prévenant, élégant. Elle est restée follement éprise de l’amant fougueux d’hier. Un amant fougueux, ressuscité par on ne sait quel miracle, en compagnie duquel son épouse va revivre les sensations perdues. Une comparaison cruelle pour l’invivable calculateur grincheux que Martin Forest est devenu… 

Bien qu’il ait banni le mot improvisation de son vocabulaire, Martin «suiveur», sans réfléchir, pénètre à son tour dans la demeure.

Il découvre un rez-de-chaussée désert. Impatient, nerveux, essayant malgré tout de conserver son calme, il perçoit de la vie en provenance de l’étage. Il monte l’escalier en étouffant du mieux possible le bruit de ses pas, atteignant bientôt un palier au bout duquel se découpe la porte entrouverte de la chambre à coucher qu’il pousse. Il manque de défaillir à la vue de sa femme allongée sur le lit, complètement nue !

« Candy !… Mais… qu’est-ce qui te prend ? »  

« Martin… est-ce que tu sais ce que tu veux ? C’est toi-même, il y a quelques instants… désirant passer la journée avec ta petite femme pour lui faire l’amour… tu m’as suggéré de monter dans la chambre et de t’y attendre… je te retrouvais tel que tu étais auparavant… j’étais heureuse… même si j’avais… j’avais de la peine à y croire, je trouvais cela si merveilleux… tu étais si persuasif…

- Candy, rhabille-toi, s’il te plaît et, cessez de me prendre pour un imbécile tous les deux ! Dis-moi où se cache cet imposteur ?

- Ça suffit à la fin ! Je ne suis pas un yo-yo ! » s’insurge Candy, horrifiée, se réfugiant sous les draps que Martin retire.

« Où ça ? » rugit-t-il, ouvrant la penderie, tu vas me le dire, dis ? » vocifère-t-il en agrippant la jeune femme par les épaules sur lesquelles, il laisse des traces rouges, témoins de la fermeté de sa poigne. La porte d’entrée claque. 

« Le traître, il s’enfuit ! » Et Martin de lâcher son étreinte pour dévaler les escaliers à toute vitesse.

« Casse-toi ! Va au diable ! Tu as perdu la raison ! J’en ai assez de vivre avec un fou ! Il est grand temps de te faire soigner, mon vieux ! » sanglote Candy en lançant les oreillers contre le mur.

Martin Forest «poursuiveur» se lance sur les traces de Martin Forest «poursuivi», animé de la ferme intention de lui faire regretter cette renaissance hors du temps. «Il n’a pas le droit d’évoluer dans une époque qui ne le concerne plus. Ce monstre anachronique ne peut qu’attirer le malheur. On ne vit plus avec son passé même si, profitant d’une belle journée, il joue les séducteurs…»

Martin «poursuiveur» va rejoindre Martin «poursuivi» quand, les deux hommes déboulent à un carrefour.

Martin «poursuivi» traverse in extremis, au moment où le feu passe au vert pour les voitures. Martin «poursuiveur» s’engage à son tour et ne voit pas un de ces véhicules, qu’il exècre tant, arriver en trombe.

Percuté de plein fouet, Martin «poursuiveur» est projeté en l’air… le temps suspend brusquement son vol plané pour lui faire apparaître toute la platitude de l’existence de la marionnette «Martin Forest», agitée dans une vie qui s’écoule sur fond de journées maussades. Une vision devenue, sous le choc, insupportable. Déployant alors une énergie décuplée par la perspective de repartir à zéro sous de meilleurs cieux, il s’extrait de ses carcans obsessionnels, tel un serpent en période de mue, et abandonne sur le pavé, la peau de l’être monolithique qu’il était.

 

Dépendante de sa nostalgie comme on peut l’être d’une drogue, Candy Forest aurait-elle, durant un de ces nombreux soirs où le cafard la serrait d’un peu trop près, ranimé l’homme qu’elle avait connu ?

Cette histoire tendrait ainsi à prouver la véracité d’une légende très ancienne, oubliée par la plupart, certifiant la résurrection d’un être cher à condition de le regretter intensément.

A prendre avec circonspection cependant, car, à ce jour, aucune démonstration scientifique n’a confirmé le phénomène.

 

 

 

Alain Magerotte

 

Extrait du recueil "Restez au chaud, dehors, il pleut ", Ed. CHloé des lys.

Publié dans Nouvelle

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Micheline Boland a lu "Arc et poésie" de Laurent Thomas

Publié le par aloys.over-blog.com

 

boland photo

 

J'AI LU "ARC ET POÉSIE" DE LAURENT THOMAS


Ce recueil de poésie, écrit par Laurent Thomas, compte nonante-sept pages.


La couverture comprend un rectangle jaune dans lequel sont inscrits le titre et le nom de l'auteur. Jaune, comme la couleur qui se trouve au centre des blasons de tir à l'arc.


Comme je pratique le tir à l'arc en amateur et que j'aime beaucoup cette discipline, c'est avec un réel plaisir que j'ai abordé ce livre. On peut dire que Laurent Thomas, qui s'adonne à ce sport depuis plus de trente ans et qui a fondé et préside un club à Périgny sur Yerres, parle de son arc comme d'autres parlent de leur amoureux.


9782874595080_1_75.jpgCelui qui est familier de ce sport, trouvera de multiples résonances avec ses propres pensées, émotions et attitudes. Laurent Thomas y aborde avec finesse des sujets comme la palette, la cible, le concours, la pointe…


Je pourrais citer de nombreux passages qui m'ont touchée. En voici, quelques-uns à déguster :


"Et que la flèche garde,

Le souvenir de l'instant d'harmonie." (page 3)


"Je suis mon rival,

Mon concurrent." (page 23)


"Le beau est dans le geste de l'Archer." (page 53)

 

"A dessein le but tant désiré,

L'oublier pour mieux l'intégrer." (page 97)


J'ai souri en lisant le poème intitulé "Pas ma faute" dans lequel je me reconnais et reconnais des amis archers : ce texte évoque notre faculté à découvrir des excuses pour tout résultat médiocre.


J'ai adoré :"Prends l'Arc" qui débute ainsi :

"Prends l'Arc dans ta main, laisse-le glisser dans ta paume.

Il reconnaîtra sa place."

 

J'ai reconnu maints moniteurs dans "Maître" :

"Tes yeux n'ont jamais regardé ma cible fléchée,

Seulement la droiture de ma posture."


Un livre à recommander aux archers confirmés ou débutants, un livre qui mérite sûrement sa place dans tous les clubs de tir à l'arc ! Un livre à savourer lentement comme un excellent chocolat ou un bon vin.


Pour vous mettre l'eau à la bouche, je vous invite à consulter le site de Laurent Thomas : http://club.quomodo.com/arc_et_poesie/accueil/bienvenue


 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com


Publié dans Fiche de lecture

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Nouveau jeu.... je préfère ne pas savoir !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Visuel Auteur - PDNA

 

 

Je préfère ne pas le savoir !

 

 

            C’est à cause de Jean Lebas, mon voisin. Un vieux garçon dérangé dans sa tête, mais qui de loin me semblait engageant. Trop, au goût de Thomas. Mon mari le déteste. Il ne perd pas une occasion de le dénigrer : « C’est un débile, oui, mais surtout il est obsédé, raille-t-il souvent. Tu crois que je n’ai pas remarqué comme il te suit des yeux dès que tu mets un pied dans le jardin ? Même au loin, faut toujours qu’il regarde par là ; il épie, la langue pendante. Doit être en manque…Un frustré ! Faudrait le faire enfermer, ce taré !»

            Je passe sous silence la délicatesse de mon époux : n’aurais-je d’attrait que pour les refoulés et les simplets ? Oui, passons ; je préfère ne pas savoir comment Thomas me considère …En revanche, ce qui est certain, c’est qu’il projette sur le voisin ses pulsions et ses faiblesses. Mon mari n’est pas fidèle, loin s’en faut ! Il cavale comme un lièvre. Deux années de vie commune à moissonner les trophées comme on collectionne des papillons sous verre ou des capsules de Perrier.

            Au début, mon cœur n’en pouvait plus de se briser et j’ai beaucoup pleuré sous les morsures de la jalousie. Mais, tout passe. Ce fut ensuite le temps de la dépréciation : tout était de ma faute, j’étais -trop ceci ou pas assez cela- ; je me suis méprisée.  Evidemment, l’amour trahi a rendu l’âme sur le bûcher de la confiance perdue… J’ai appris la colère, pratiqué la révolte, goûté à l’amertume. Pour lui, j’avais quitté tous mes amis, ma carrière, mes racines, ma ville et ses lumières. Pour lui, j’avais choisi l’exil dans ce patelin paumé, enthousiaste à connaître les plaisirs de la ruralité, les arbres séculaires, les mésanges rémiz, la grande longère aux murs épais –le berceau de sa famille. Une vie nouvelle s’annonçait, loin de la grisaille bétonnée et de la pollution. De nouveaux amis, plus authentiques et solidaires, me tendraient la main. Tu verras, disait-il.

            Souris des villes et rat des champs…Thomas est un chasseur. Le piège s’est refermé sur moi. La campagne bucolique est une insupportable thébaïde ; la longère, une bâtisse souffreteuse tourmentées par des ombres. Et je n’ai pas d’amis. Je suis une étrangère au pays des pécores. Finalement, j’ai coulé dans l’indifférence. C’est commode, sans aspérités, sans douleurs. Un peu comme l’amnésie. J’attends que le temps passe, j’attends que l’énergie me revienne pour retourner d’où je viens. Là-bas, dans la lumière et les turbulences de la vie, chez moi. Mais pas sans rien ; et Thomas, s’il me laisse partir, ne voudra rien partager. Ni sa longère familiale dans laquelle j’ai investi aux heures de la rénovation, ni mes propres économies placées en toute innocence sur son compte : la plus belle bourde de ma vie, celle du printemps des illusions ! Thomas…Si ses escapades juvéniles me chagrinent encore, c’est pour lui. Il ne sait pas vieillir, il souffre du mal du temps qui le précipite vers la maturité, il s’accroche comme le rescapé d’un naufrage à quelque bois flottant qui ne l’emmène nulle part. Il ment, il trahit, il profite… Triste sire d’un conte banal et frelaté.

 

            Ce matin, je lui ai raccroché le téléphone au nez. Il ne pouvait pas, affirmait-il, rentrer à la maison avant demain. Selon lui, la SNCF était encore en grève…J’ai contre-attaqué : « Le journal télévisé ne pipe pas mot de l’événement ! Thomas, tu me prends pour une andouille ? » Et j’ai coupé la communication. Il tentait de me faire avaler la couleuvre qui l’autoriserait à se pâmer dans les dentelles d’un jupon de passage, j’en étais sûre.

            Je me demandais encore –simple curiosité- si le piquet de grève serait blonde, brune ou rousse, cheveux longs ou coupés courts, mûrie d’expérience ou tendre sous la dent, quand le carillon a retenti. Trois notes aigrelettes à bout de souffle, comme mon humeur, mon humour, mes amours. Le voisin se dandinait sur le seuil, une corbeille de gariguettes étranglée entre ses grosses mains de fermier. Jean Lebas élève des cochons et des poulets. Je ne sais pas s’il les tue, et je préfère ne pas le savoir. Sa ferme est suffisamment à distance derrière nos haies pour me permettre d’ignorer les hurlements –sauve qui peut- des gorets et les cris de panique des volailles.

            Pour la première fois en deux ans, le voisin avait franchi la frontière séparant ses terres des nôtres. Je ne l’avais jamais vu que de loin…De lui, je savais ce que les rumeurs galvaudaient. Une mauvaise chute dans la soue des cochons, son crâne qui rencontre le coin d’une auge, la perte irrémédiable d’une grande partie des facultés mentales… Des amnésies en pointillés. Un inepte solitaire depuis le décès de sa mère. Pourtant, il avait beau dérailler, l’innocent attendrissait les femmes du hameau. Elles l’aimaient bien. En conséquence de quoi, les hommes ne l’appréciaient pas trop…Surtout le boucher, Armand Recoin. Jean Lebas et la fille du boucher avait été –presque- fiancés. C’était avant la chute, avant les courants d’air dans la tête. Depuis, refroidie par les absences qui délitaient l’esprit de son petit ami, Murielle l’évitait. Elle avait vite guéri du chagrin sans épaisseur qui sonne le glas des passions adolescentes. Lebas, on ne savait pas…il vivait si souvent ailleurs, là où le portaient les caprices de ses synapses endommagées.

            - B’soir, M’dame, s’cusez l’dérangement…j’ai cueilli des fraises, c’est ben trop pour moi tout seul et…

            Il était tout rouge, comme ses fraises. Statufié dans des bottes raidies par le purin, à l’étroit dans un bleu de travail tout taché de…de quoi ?... Je préfère ne pas le savoir. Il a laissé sa phrase trainailler dans le silence et j’ai craint qu’il n’ajoute « …faut pas gâcher ». Cette expression ! Elle est d’ici, de la campagne… Je ne la supporte plus. Par chance, Jean Lebas s’est tu. Dérouté par la vacuité soudaine de sa conscience trouée, il n’était plus tout à fait là. Sous des sourcils noirs en broussaille, des yeux gris ardoise hypnotisaient les miens. Un sourire embryonnaire tourmenté cherchait sa voie dans le visage ahuri où les plis du front trahissaient des efforts de concentration. J’ai pensé à la multiplicité des univers, à l’improbable alliance des contraires, au choc des cultures, à la diversité de l’humanité. J’ai eu pitié. Dans un élan d’amour universel, même pour les demeurés, je l’ai fait entrer. Trop seule, trop triste, désabusée, trop fatiguée, j’avais peut-être besoin de compagnie…

 

      - Vous ne me dérangez pas, Jean. Merci pour les fraises, elles sont superbes…Ne restez pas là, il commence à pleuvoir. J’ai du vin, du Pomerol, c’est l’heure de l’apéro, ça vous dit ?

 

            J’ai perçu dans ma voix le ton qu’on emploie pour s’adresser aux petits enfants, ou aux personnes très âgées, ou bien encore aux étrangers. Une armée de syllabes trop détachées et très sonores… C’est ridicule, on peut être idiot sans être sourd, que je sache…

J’ai pensé à Thomas. S’il apprenait la démarche du voisin, l’invitation à déguster du vin, nul doute qu’un drame éclaterait sur-le-champ. Pourtant, ou à cause de cela justement, cet acte téméraire me réjouit. Une petite revanche personnelle, comme un soufflet à l’infidèle, un courant d’air frais sur mes brûlures d’amour-propre. J’imaginais déjà la scène magistrale de l’homme adultère et pour autant,  époux furieusement jaloux. J’y ai pris du plaisir. J’avoue.

 

 

            Aurais-je mieux fait de déguster mon Pomerol toute seule ? Je ne sais pas.

 

            Au troisième verre, le fermier s’est découvert les talents d’un conférencier. Plus moyen d’endiguer la marée volubile. Engourdie par le nectar, j’écoutais d’une oreille distraite les histoires éculées du hameau, quand au milieu des potins de commères, Jean a glissé les mots qui m’ont fait sursauter : « vot’ mari, j’l’ai vu en v’nant…dans l’fossé…n’allait pas fort… ».

 

            Plus aucun doute, le voisin était un crétin, l’évidence me sautait au visage ! Il avait vu mon mari dans un fossé, Thomas était peut-être blessé, et il me l’annonçait entre deux cancans, comme si l’événement n’avait pas plus d’intérêt que la panne de son tracteur ou les mœurs suspectes du curé !

 

            Dégrisée, j’ai bondi sur mes jambes légèrement chancelantes. Jean suivait le cours de ses fadaises, vautré dans le fauteuil de Thomas. Je l’en ai tiré violemment, paniquée par la nouvelle qu’il avait déjà, lui, totalement zappée... Pas moyen de le ramener au sujet…Je l’ai entrainé jusqu’à la porte. Il avait tout du pantin…« Dépêchez-vous, allez, Jean ! Montrez-moi …Où avez-vous vu Thomas ? Quand ? ».

 

            Ainsi, mon mari avait renoncé à découcher, ou la fille n’avait pas voulu s’allonger ? Pris de remord, enfin gagné par la raison, peut-être,  il avait pris le train, récupéré sa voiture à la sortie de la gare et… Et quoi ? J’ai tenté de le joindre sur son téléphone portable. En vain. La messagerie capturait mon appel.

 

            Poussé, tiré, houspillé, Jean finit par nous mener à la lisière de ses terres. Là où la route disparaît sous la boue  et longe en surplomb un canal aux eaux profondes et noires. Il pleuvait des torrents d’apocalypse, on ne voyait pas à deux mètres devant soi, une nuit privée de lune vomissait du brouillard. Alors, je l’ai vue. La carcasse de la Toyota s’accrochait sans grand espoir sur la pente de l’autre côté du remblai. Jean restait derrière moi, les bras ballants, plus stupide que jamais. J’ai bondi sur la portière. Enchâssé dans l’habitacle rétréci par les chocs, Thomas râlait, inconscient. Sa tête saignait beaucoup. Il respirait faiblement, comme un  soufflet de forge détraqué au terme de sa course.

 

L’idiot retrouva une étincelle d’esprit : 

 

      - N’va pas bien, hein ?

 

            Seigneur, qu’il m’agaçait ! L’empathie ne résiste pas à toutes les circonstances… Le demeuré, j’avais vraiment envie de le gifler …Au lieu de quoi, j’ai hoqueté entre deux sanglots, à l’étroit dans l’étau de sentiments contradictoires. Thomas est volage, c’est vrai, mais il est aussi mon mari…. J’ai hurlé :

 

            - Non, il ne va pas bien du tout ! Vite, il faut le sortir de là…C’est de la glaise, c’est instable, la voiture va glisser dans le canal d’une minute à l’autre. Aidez-moi, bon sang !…

 

            Je me suis retournée. Jean Lebas s’en allait, sa silhouette déjà s’effaçait dans le brouillard mouillé. Un innocent, oublieux de l’instant présent. Où allait-il ? Et puis, à quoi bon, il ne savait déjà plus où nous étions, ni pourquoi. Avant que la nuit ne se referme sur lui, il m’a semblé l’entendre délirer… « Valent pas mieux qu’ les gorets… ».

Il n’y avait plus une minute à perdre. Arc-boutée sur la poignée, les muscles tétanisés, j’ai réussi à décoincer la portière…

  

            J’ai un peu froid. Je n’ai pas envie d’allumer la lumière. D’ailleurs, le jour se lève… Il n’y a plus de Pomerol, j’ai fini la bouteille en dégustant les gariguettes. J’ai mal au cœur, c’est le vin. Les fraises, peut-être ? Dans quelques heures, j’irai dire aux gendarmes qu’hier, mon mari n’est pas rentré. Ils riront sous cape, solidaires dans la virilité –Ah, celui-là, quel gaillard !-…Ils devineront que Thomas a découché, ce n’est pas la première fois.

Un peu plus tard, sûrement, Armand Recoin viendra lui aussi les trouver, angoissé par l’absence inexpliquée de sa petite Murielle…

 

            Feront-ils la relation ? Combien de temps avant qu’ils ne finissent par draguer le canal ? La barre à mine abandonnée sur le tapis de sol aura-t-elle suffisamment rouillé pour effacer le sang et camoufler les initiales gravées par son propriétaire, le tueur de gorets amnésique ?…  Et lui, de quoi se souviendra-il ? Je l’ignore.

 

            Moi, en fin de compte, quand j’ai compris, j’ai tout laissé s’enfoncer dans les eaux ténébreuses. La carcasse de la Toyota, le mari adultère, la délurée à moitié dévêtue serrée contre lui, la barre à mine du demeuré.

 

            Libérée ? En tout cas, je rentrerai chez moi. Le reste, je préfère ne pas le savoir.

 

 

Qui a écrit cette nouvelle ??? Alors ?????

 

Publié dans auteur mystère

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Journal de bord d'Hugues Draye

Publié le par aloys.over-blog.com

 

H.draye

 

journal de bord, dimanche 17 avril 2011
 
Ca va encore. Le lundi de Pâques, c'est pour la s'maine prochaine. Chouette : en dehors de mon 4/5ème (boulot), qui me gardera au chaud, chez moi (ou chez quelqu'un d'autre), jusqu'au dimanche suivant, y aura encore un jour de bonus.
 
Demain ...
 
A ne pas oublier ...
 
Une visite chez le pneumologue, en début d'après-midi.
Une émission, à Namur, dans une radio, le soir.
 
Pas trop de vent, dehors.
 
La chatte du voisin s'est arrangée (on la connaît) pour arpenter les pissenlits et les cailloux du jardin, attaquer les pantalons, s'étendre sans se gêner.
 
Un bourdon rôde. Merde : mon appareil photo est resté dans ma chambre.
 
Les chaises et la table, plantées au milieu du jardin, sont étroites. Ca va, j'arrive à flanquer mes jambes en biais.
Les oiseaux se font entendre.
 
Des branches traînent. Un de ces quatre, j'utilis'rai le broyeur. Aujourd'hui : relâche.
 
L'étroitesse des chaises, disais-je ...
 
Je pourrais, avec mes émotions du moment, en écrire tout un poème, toute une chanson, tout un roman ... digne du "Ego Tango'" de Caroline De Mulder, juste à mes côtés, sur la table.
 
L'étroitesse des chaises ...
 
Ca me cause volontiers problème lorsque je suis assis dans une salle où pas mal d'artistes passent, où d'autres gens s'étaient déjà installés avant moi et que, pour suivre "potablement" la suite des évén'ments, j'ai du m'arranger pour repérer les rares places disponibles (souvent : entre deux personnes).
 
Et là, encore ...
 
Je ne suis pas au bout de mes peines.
 
Le périmètre de la chaise est limité. Trouver ses aises, afin de suivre le spectacle, bonne chance ! Rapid'ment, les fesses s'irritent. Les dossiers des chaises sont durs et le corps risque de s'atrophier si on ne le remue pas un peu.
D'un autre côté, si on se relâche, on devient à la merci, dans le même public, d'une mémé mal embouchée, d'une étudiante râleuse qui vous dit "Monsieur, à cause de vous, je ne vois plus rien" ou "Monsieur, puis-je vous demander aimablement de ne plus bouger ? Vous coupez toute mon attention au spectacle", qui vous lance des regards significatifs ou qui vous donne de sérieux coups de pied dans la chaise ... pour que vous compreniez le message.
 
Hier, à Montignies-sur-Rocs, à l'occasion de la ... première scène ouverte, où je participais, parmi plein d'autres, en tant que chanteur, j'ai vécu, lorsque j'étais spectateur, à plusieurs moments, ces appréhensions, ces phobies devenues, par la force des choses, réalités. 
 
Quelques images prises sur le vif, aussi, lors de cet évén'ment ...
 
Une "Complainte du Phoque en Alaska" du groupe Beau Dommage, revisitée, jusque dans les accords de guitare et les impulsions vocales, par Monique et Freddy Sosson.
 
La Foire du Midi de Bruxelles s'est manifestée. Un souffle du Portugal l'a relayée. Des femmes "bien portantes" et "très belles" ont aussi parsemé mon coeur d'étoiles, d'images : il m'a suffi de penser à Nathalie M..., le première fille avec laquelle je suis sorti, quand j'avais dix-huit ans. La guitare et la sincérité d'Yves Marchal y étaient pour quelque chose.
 
Des enfants d'une école du cirque, dans le jardin, pour démarrer la série. Ils jonglaient et récitaient leurs tables de multiplication.
 
Un SDF sur un banc, que le froid n'a pas loupé. Un journal qui s'y est vagu'ment attardé dans un entrefilet.
Des vacances et des congés qui peuvent se prendre toute la semaine.
Oui, Philippe (Mai).
 
Un ukulélé, pour m'accompagner, quand ce fut mon tour. Merci encore, Philippe (Mai). Et un piano qui m'a été accordé, sur un plateau d'argent, pour ma "GRAND'MESSE" qui commence à prendre de l'ampleur en public. Merci, Anne.
 
Un homme qui parle, qui parle. A n'en plus finir. Devant une interlocutrice qui l'écoute, l'écoute ... et prend le parti, au bout du compte, de faire table rase des mots et de garder le reste.
Une expression, un leuitmotiv, de temps à autre : "Il aurait pu en être ainsi".
Merci, raconteuse, avec ta coupe au carré, pour ta belle lecture ... pas scolaire pour un sou.
Je fermais les yeux. J'écoutais ta voix et sa mélodie. J'entendais une petite fille.
 
Un cafard qui défile. Merci aux nanas du duo "Epicerie Fine". Je pourrais reprendre leur chanson à mon compte.
 
Un Sarrazin, venu tout droit du désert, revient avec un bras amputé et un moignon. Georges Chelon, le chanteur, avait déjà donné le ton. Une chasse aux papillons, digne de Brassens (on s'en doute), s'organise aussi, à un moment donné. Proserpine et Sylvain, je vous aime.
 
La porte coulissante, à l'entrée du lieu, a bloqué à un moment donné.
 
Paraît que la festivité n'aurait lieu ... qu'une fois par an. C'est déjà çà. Même si, comme d'autres, je m'attendais à une seconde édition dans peu de temps.
 
Tiens ! Une bière, dans l'coin, s'appelle ... Altitude.
 
Et la région est belle.
 
Et la région est belle ... surtout quand on apprend que les Templiers s'y sont attardés, y a une paire de siècles, et qu'on pourrait établir des preuves que Nostradamus n'est pas l'auteur des ouvrages qu'on lui (re)connaît.

 

Hugues Draye

www.myspace.com/huguesdraye

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Louis Delville interviewé... cela donne ça... 2ème partie

Publié le par aloys.over-blog.com

http://www.bandbsa.be/contes2/delvilletete.jpg

 

Si j'en crois la quatrième de couverture, c'est le livre des pourquoi ? Pourquoi ce thème ?

Comment t'arrivent toutes ces explications plus ou moins farfelues ?

Marie-Odile, une personne rencontrée sur le net et devenu amie

 

Mes contes commencent souvent par une question. C'est là un moyen d'accrocher l'attention de mes auditeurs.

Les explications ne sont pas farfelues, elles sont vraies et c'est là tout l'art du conteur de le laisser penser et d'en convaincre les autres…

Je suis ainsi les préceptes de mon bon maître, Paul Fauconnier, qui dit toujours que le conteur sait tout et qu'il est le seul à connaître la suite de son histoire. Je me souviens avec délice d'un conteur amateur qui avait entièrement changé la fin d'un conte traditionnel que j'avais travaillé quelques semaines auparavant et que j'ai mis à mon répertoire. J'en suis resté sans voix… Un grand bonheur !

Après chaque phrase, le spectateur doit poser la question "et alors ?" et le conteur doit y répondre ! J'essaie de me montrer digne de ces conseils judicieux !

 

 

***

 

 

Quand aura-t-on le plaisir de découvrir ce nouveau chef d'œuvre ?

J'ai pu constater que Micheline aime préparer des bonnes recettes de cuisine en y ajoutant régulièrement une bonne dose de poison. Je suis curieuse de découvrir ton propre style et tes méthodes...

D'où vient ce désir, ce besoin d'écrire et de partager son écriture ?

Régine, auteure de chez CdL, libraire et amie

 

La grande question ! Je n'en sais fichtre rien mais j'espère que ce sera avant la mi-mars pour me permettre d'aller le cœur léger et le stylo plein de dédicaces à la Foire du Livre de Bondues (en France).

Comme je l'ai écrit par ailleurs, je tue rarement. Jusqu'à présent en tout cas ! Mais il ne faut pas désespérer, un jour j'y arriverai et alors… Je crois bien que Micheline s'est spécialisée dans ce genre de meurtre par plaisir de concocter des recettes. Lorsqu'elle lit un de ses textes, elle salive vraiment à la seule lecture des intitulés de plats ! J'ai l'impression que cela arrive aussi à ses lecteurs !

Partager, oui ! Mais surtout faire plaisir au lecteur. Le conteur n'est content que lorsqu'il voit des petites étoiles dans les yeux de celles et ceux qui l'écoutent. Comme tout le monde n'a pas la possibilité de m'écouter…

Le plus beau compliment qu'on m'ait fait à propos d'un de mes textes, c'est qu'en le lisant, on m'entendait !

 

 

***

 

 

Quel est le pourcentage d'écrits qui te vient de ta propre vie, de ton expérience ?

Eduardo, un de mes anciens coachs d'impro

 

Dans les histoires proprement dites, vraiment très peu de choses viennent de ma vie. Par contre des éléments nombreux de culture générale jalonnent mes contes et mes nouvelles. Je m'arrange souvent pour que certains détails que je donne soient parfaitement historiques (je m'aide pour cela d'une encyclopédie ou de Google) : Quand je cite une date, par exemple, je donne souvent le jour de la semaine qui y correspond ! Comme je l'ai dit dans ma réponse à Marie Odile, cela permet de laisser croire que l'histoire que je raconte est authentique. Et plus les gens semblent y croire, plus je suis heureux !

 

 

***

 

 

Y mets-tu en scène des choses que tu as toujours rêvé de faire ou des choses qui t'amusent ?

Karine, une conteuses amie

 

Vous y trouverez des contes de mon répertoire, des nouvelles écrites au cours du temps, des textes divers, des contes écrits pour le concours de Surice et qui n'ont pas été retenus…

Le seul dénominateur commun est que j'aime chacun de ces textes pour différentes raisons : ils sont appréciés du public, je les ai écrits avec amour, ils me rappellent de bons moments de ma vie soit par leur sujet, soit par leur histoire.

 

 

***

 

 

Tu es le mari d'une écrivaine qui a déjà publié de nombreux ouvrages. Ceci sera ton premier mais as-tu l'intention d'en faire autant qu'elle ? Qui a commencé à écrire en premier ? Est-ce que vous travaillez ensemble (idées, relectures, publications) Dans quelle mesure l'émulation, la motivation voire la compétition est-elle présente entre vous ? Est-ce que tu achètes les bouquins de Micheline ? Elle te les dédicace ? Tu penses qu'elle achètera le tien ? Quelle sera ta dédicace pour elle ?

Isabelle, une conteuse amie

 

Je suis bien incapable d'écrire autant que Micheline. Mon livre comporte quinze textes et c'est presque l'entièreté de ce que je considère comme publiable aujourd'hui !

Micheline écrit depuis son enfance et chaque jour, elle a au moins une nouvelle idée… J'en arrive parfois à me demander si je suis normal !

En ce qui concerne les livres, la politique de notre éditeur nous oblige à travailler ensemble puisque c'est l'auteur qui est responsable de la maquette, de la couverture… Micheline s'occupe de la partie "littéraire" et je gère la partie "technique" : mise en page, présentation… Nous avons la chance d'avoir un ami qui corrige nos maquettes et croyez-moi, quand il est "passé" sur un texte, les fautes ne repoussent plus !

Contre Micheline, il n'est pas question de compétition, elle sera toujours première !

L'émulation est vraiment à sens unique. C'est elle qui me pousse. Elle voudrait que je continue à écrire sur mon blog tous les jours, elle m'oblige à mettre sur papier des récits présentés oralement…

Quant à l'achat et la vente de nos livres respectifs, c'est non ! Il n'y a jamais de question d'argent entre nous. Les cadeaux, c'est bien aussi, non ?

Pour la dédicace, je crois que ce serait quelque chose dans le genre : "Pour Micheline qui m'a poussé à écrire, voici le résultat de ton obstination ! " Elle doit assumer ses choix ! Mais j'ajouterais une seconde phrase sûrement avec les mots "amour" et "merci" !

 

 

***

 

 

Trois mots, je te demande trois mots qui te viennent à l'esprit quand tu penses à cette prochaine publication... Substantifs, adjectifs, qu'importe ! Trois mots !

Carine, auteure de chez CdL et amie

 

Une très bonne question, comme je les aime. J'y réponds rapidement pour avoir les mots de la spontanéité qui conviennent :

TRAVAIL, AMOUR, PLAISIR.

TRAVAIL, parce que réaliser un livre avec mon éditeur, ce n'est pas de la tarte ! Il faut tout faire, penser à tout, attendre, faire de la pub, vendre et même penser au livre suivant ! Notez que grâce à Micheline, je n'en étais heureusement pas à mon coup d'essai. Je maîtrise la confection d'une maquette comme un vrai pro.

AMOUR, parce que tous les textes que vous lirez sont des textes que j'aime. Cela a d'ailleurs été mon seul critère de choix.

PLAISIR, parce que j'ai un plaisir fou à écrire certaines choses, à jouer avec l'imagination des lecteurs comme j'espère jouer avec l'imagination de mes auditeurs.

 

Mais j'aurais pu dire aussi :

IMAGINATION, ILLUSTRATIONS, BLEU

IMAGINATION, la mienne, peu importante par rapport à celle du lecteur qui pourra rêver grâce aux textes mais aussi aux dessins.

ILLUSTRATIONS, Là, j'ai été bluffé par mes amis rémois ! J'ai beau les connaître, certains de leurs dessins sont vraiment extraordinaires et "collent" parfaitement aux bêtises que j'écris…

BLEU, comme la mer et l'eau qui sont bien présentes tout au long du livre, comme la couverture, comme le ciel de mes histoires et surtout bleu qui est ma couleur préférée. Vous en doutez encore ? Regardez mes foulards, mes chemises et mes yeux…

 

 

***

 

 

Échangerais-tu le paradis des lettres contre l'enfer des bulles ?

Échangerais-tu deux Sand contre une Boland ?

Et, selon que tu répondes oui ou non à la deuxième question, emploies-tu un goûteur à l'heure des repas ?

Étienne, ami libraire

 

La seule BD qui a sa place dans ma bibliothèque (ou plutôt sur le petit morceau d'une planche concédé par Micheline !), c'est Tintin. Pour mes 50 ans, je me suis "ré-offert" la collection complète que je relis toujours avec passion. Souvent, je retrouve des petits détails qui avaient échappé à mes yeux d'enfant. J'estime être un tintinophile honnête et averti (qui en vaut bien deux !). J'ai une très bonne mémoire visuelle et je pense que ce qu'on a appris étant gamin, cela reste en soi pour toujours !

Quant à choisir ou à échanger, je préfère ce que j'ai à ce que je pourrais (ne pas) avoir !

Et puis après 37 ans de mariage, on a pris des habitudes…

Un goûteur n'est pas nécessaire à la maison, puisque c'est moi qui cuisine ! Néanmoins, par politesse (croit-elle), je la laisse toujours entamer son assiette la première. On n'est jamais trop prudent !

 

 

***

 

 

Même si toute fiction a un fond de vérité, je suppose que ton livre sera surtout un produit de ton imagination, de ta créativité.

Peux-tu me proposer une ou plusieurs (vraies) photos qui pourraient illustrer ton livre ?

Jean-Marie, mon frère aîné

 

Je reconnais bien là une certaine subtilité familiale !

En relisant la table des matières, je dirais dans le désordre, une photo de :

Guernica de Picasso, en hommage à Pablo !

Le jardin de notre grand-père à Esneux avec les pommiers, en souvenir des pommes neige !

Un orgue à parfums, comme celui sur lequel j'ai travaillé plusieurs fois au Club Med d'Opio, pour faire le pendant au parfum N° 5 d'Aldébaran !

La première case de la page 31 de Tintin au Congo, en comparant l'accoutrement du méchant sorcier !

La Catedralde Santa María de la Sede de Séville, puisque c'est là que se trouve le tombeau de Christophe Colomb.

Mais comme cette interview va se retrouver sur le net, pour éviter des ennuis, je vous laisse le plaisir de trouver vous-mêmes les photos… D'ailleurs si vous en aviez une du jardin de notre grand-père, je suis preneur !

Tout bien considéré, les dessins de Maryvonne et de Jean-Pierre sont encore plus explicites et il y en a deux par texte !

 

 

Pour retrouver Louis Delville, son Blog

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

 

http://www.bandbsa.be/contes2/noelouis.jpg

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Le train, un poème de Claude Colson

Publié le par aloys.over-blog.com

claude colson-copie-2

 

Le Train

 

 

 

Immobile est ton corps
Au serpent qui se meut
Et, peut-être pour s'accorder au décor,
Ton esprit aussitôt s'agite aussi un peu.



C'est le temps retrouvé qui veut vaincre l'inaction,
Te fait coucher les mots, telle une apparition.
Lors un univers surgit
Où tout est féérie,
Tentative de beauté :
Un monde s'ouvre, à tes pieds.



Tu n'as plus qu'à saisir les bribes volatiles,
Ordonner - oh, à peine - ce qui fait tes pensées,
Qui vient guider ta main, décliner je-tu-il
Pour te donner destin, voire une destinée 

 


Car tu dois bien l'admettre, enfin le reconnaître,
Vieux fol amoureux des lettres,
Que tu ailles à Paris, à Nantes, ou même plus loin,
Tu resteras d'abord un poète de train !

 

 

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

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Un extrait du roman de Reine Bale... L'âge de déraison

Publié le par aloys.over-blog.com

Reine Bale 2010

 

 

 

 

D’un coup, elle se souvint qu’un magnétophone traînait dans le tiroir de son bureau : Daniel l’utilisait autrefois pour ses enquêtes sociologiques. Elle courut s’en saisir ; il l’accompagnerait partout maintenant. Elle pressa le bouton d’enregistrement et se mit à parler devant la cassette qui tournait :

«La Vierge à l’enfant trône au beau milieu de mon atelier. Je la regarde longuement en écoutant France Info en boucle «la Sncf annonce un plan d’action contre la violence dans les trains de banlieue» ou encore «attentat à la voiture piégée au Pays basque espagnol». Je déplace ma conscience tourmentée vers le drame du monde. Trop souvent, on croit à tort que c’est pire ailleurs ou mieux. Ici, on n’échappe pas au drame, simplement, on se livre volontiers une bataille dans nos consciences ; les vraies guerres ne sont plus qu’extériorités écoutées à la radio. On se croit, par le miracle des médias, protégés de toute cette violence ; notre société pacifiée, on oublie que la guerre frappait durement il y a cinquante ans. Aujourd’hui, je n’ai plus qu’à regarder mes tableaux pour comprendre que le drame, il est en moi. Aucun syndicat, aucune idéologie ne pourra me soulager de ce fléau. Et puis, ils ont fait leur temps. Moi. Mais c’est quoi ?»


Á chaque nouvelle question, elle faisait une longue pause et changeait de pièce, comme si à son flottement moral venait s’adjoindre un inconfort physique, qui l’entraînait vers une mobilité contenue entre les quatre murs de son appartement. Tel un reporter qui avançait pas à pas dans la trame de son investigation, elle scrutait objets et photos, à une différence près que le sujet de l’enquête n’était autre que sa conscience.


Puis lassée de tout, fatiguée d’elle-même, elle sortait, s’enfonçait dans son Paris, celui qu’elle arpentait chaque jour en se rappelant que chaque trottoir, chaque arbre lui avait appartenu en ce temps gracieux mais révolu où elle détenait le sentiment poétique d’être le point luminescent où se rencontraient les rues grisantes de la capitale et son âme d’artiste qui n’avait plus qu’à libérer sa plénitude, comme la fleur libère son arôme. Tout lui semblait si accessible alors, si ouvert, quand elle déambulait dans les ruelles et s’arrêtait pour prendre un café dans un petit troquet. Et des troquets, elle encouv1-l-age-de-deraison.JPG connaissait des tas pour y avoir passé des journées entières à penser, à faire des croquis, ou tout simplement à bavarder avec des amis. Maintenant, elle sortait de chez elle comme elle sortait de sa prison mentale, et pour éviter de ressasser les visions chaotiques qui la poursuivaient, elle essayait de se concentrer sur le paysage en le commentant haut et fort pour tenter de renouer ce lien presque mystique qu’elle avait construit avec « ses ruelles ». C’est tout juste si elle remarquait les gens qui se retournaient sur son passage en la prenant pour une folle. Cinq minutes de concentration et de commentaire à voix haute ne parvenaient pas à éradiquer les questions. L’envoûtement que le Paris du XXème arrondissement avait opéré sur elle avec son atmosphère qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, faite du mélange de quartiers populaires et d’une jeunesse étudiante plus bohème que la jeunesse branchée du XIème, ne parvenait plus à fournir son cadre aux aspirations infinies : à la place, une morne poésie déplaçait le pas sans déplacer le temps. Á nouveau, elle pressa le bouton du petit magnétophone planqué dans la poche avant de sa veste :

«Les platanes du boulevard de Charonne défilent ; mon pas est alerte ; je ne vois pas la fin de mes questions depuis que j’ai commencé à m’en poser. Pourquoi s’en poser ? Un passant me bouscule. Pas même un mot d’excuse. Après tout, je m’en fous. Je poursuis…voilà désormais le Père Lachaise au début du Boulevard de Ménilmontant. Qu’est-ce que je fais ? J’esquive ou je rentre ? Il faut aller ce vers qui m’attire irrépressiblement. Les morts aussi sont mes semblables, mes futurs semblables. Pas de bousculade ici. Mais qu’y chercher ? Les éternels groopies de Jim Morrison se recueillent avec plus de gravité que si c’était un de leurs proches qui gisait sous cette tombe…Rien à faire ici. Allons au plus près de moi. Je préfère geler sur un banc en face du coin des Juifs : Modigliani. Tombe sobre, presque cachée, personne devant. Vie tourmentée, peinture sulfureuse –surtout les Grands Nus-, fin au Père Lachaise dans un coin discret. Et sa pauvre Jeanne suicidée le lendemain de sa mort, enceinte…Peintre mieux aimé mort que vivant ; comme quoi mourir n’est pas toujours aussi tragique qu’on le croit. Pour lui, vivre était tragique.

Et si je venais aussi à mourir misérablement, y aurait-il quelque chose qui resterait de moi ? Suis-je prête à autant de sacrifices pour l’art ? Là aussi, je devrais me poser des questions. Ou peut-être pas, car là encore, il y a de la vanité à croire l’art vital. Et puis d’abord, vital pour qui ? Pas pour les arbres du Père-Lachaise en tous cas. L’artiste mort se mêlera à la terre comme les autres et les arbres s’en porteront très bien.
Reine Bale

 

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