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Une nouvelle de Bob Boutique : le corisier...

Publié le par aloys.over-blog.com

 

 

bobclin

 

 

L’histoire du corisier

 

C’est l’histoire d’un mec tout à fait quelconque, qui entre dans un magasin pour acheter un corisier à ailettes. Pas un cher, avec recouvrement cuir et liseré doré, non… un corisier tout ce qu’il y a de plus simple, avec le truc autour et les machins pour le faire fonctionner. Point.

 

Il va jusqu’au comptoir et voit un autre mec tout de noir vêtu avec une gueule jusque par terre et une cravate en soie de la même couleur…  Pas de la même couleur que la gueule bien sur… de la même couleur que le costume. Donc noir. Et quand je dis qu’il a une gueule jusque par terre… c’est une image. Le gars n’est pas en poirier derrière le comptoir avec la gueule en bas. Non. Il se tient debout … normal, quoi ! Sauf qu’il est en noir et se fait chier.

 

J’en connais qui racontent la même histoire avec un mec habillé en bleu marine. Et c’est vrai que c’est plus simple. Car ça évite la confusion de ceux qui s’imaginent  que le mec en noir a une gueule jusque par terre parce qu’il est en deuil, alors que non… pas du tout… il avait pris une cravate comme ça, le matin, sans faire attention.

 

De toute façon, ça n’a aucune espèce d’importance, dans la mesure où il aurait pu être déguisé en clown ou en Louis XIV, que cela ne changerait strictement rien à l’histoire.

 

Bon, je résume pour ceux qui n’ont pas suivi. Le mec ( celui qui vient d’entrer ) va  jusqu’au comptoir et demande à l’autre ( celui qui se fait chier  ) :

 

- Bonjour… j’aimerais acheter un corisier à ailettes.

 

Jusque là, je crois que tout le monde a compris.

 

**

 

- C’ est vague… lui rétorque le gars ( du verbe  « rétorquer » ) … répondre… pour les non littéraires. Bon, je continue.

 

- C’est vague… lui répond le gars, ( Il ne l’a pas répété une deuxième fois, c’est moi qui répète sa réponse, pour reprendre le fil de l’histoire ). Quel genre de corisier voulez-vous ? Sur-pied, sur caisson, sur roulettes ? Il y a en a beaucoup !

 

- Le moins cher…  reprend  le premier ( celui qui vient d’entrer ).  C’est pour la fête des mères.

 

- Dans ce cas, je vous conseille le modèle familial. Vous le posez n’importe où, vous tourner sur le petit bazar et hop il se met en marche. En plus, il consomme trois fois rien.

 

- Ca c’est ennuyeux, ajoute le premier ( celui qui vient d’entrer ). Celui qu’elle a actuellement ne consomme rien du tout. Ca fait quand même trois fois moins !

 

- Sans doute,  répond le mec en noir. Mais le nouveau modèle, dont je vous parle, fait le double du travail.

 

- Mais Monsieur… pourquoi ma mère devrait-elle coriser deux fois ! Une fois suffit. C’est déjà bien fatiguant comme ça ! Surtout à son âge !

 

 - Dans ce cas, je vous conseille le modèle standard. Il consomme moitié moins.

 

- Moitié moins que trois fois rien, ça fait encore une fois et demie ! Vous n’auriez pas un modèle qui consomme deux fois rien et fasse deux fois plus, ça ferait le compte ?

 

- Si. Le modèle intermédiaire. En plus il est garanti deux ans.

 

- Ah bon ? Ca a l’air pas mal… et que couvre cette garantie ?

 

- La possibilité, si vous rencontrez un pépin, de  pouvoir racheter  un modèle

identique, au prix tarifaire. 

 

- Vous ne remplacez pas le corisier défectueux par un autre ?

 

- Ce n’est pas le genre de la maison, Monsieur. Nous ne remplaçons que des articles neufs !

 

- Je vois… Ha ! Mais je vois aussi qu’il n’est indiqué aucun prix sur votre tarif ?

 

- C’est normal, chez nous le service est personnalisé, nous travaillons à la tête du client.

 

- C'est-à-dire…

 

- Si vous avez une bonne tête, c’est plus cher… car vous devenez du même coup un cher client !

 

- Logique ! Et si je vous la joue en mode merdeux ?

 

- Gratuit… mais permettez-moi de vous poser une petite question. Pourquoi ne pas acheter un burluton plutôt qu’un corbisier ?  C’est quand même  plus pratique non ?

 

- Un burluton ? Tiens ! je n’y avais pas pensé… vous croyez que ma mère aimera ?

 

- Sûrement. D’autant plus qu’il n’y a pas de mode d’emploi, vu qu’il ne sert à rien.

 

- D’accord,  va pour le Burluton !

 

- Je vous en mets une douzaine ?

 

- Ca fait beaucoup non ?

 

- Sans doute, mais par douze y’a une promo…

 

- Chouette ! Et c’est ?

 

- Un corisier gratuit. 

 

 

Bob Boutique

www.bandbsa.be/contes.htm

 

 

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Alain Magerotte a lu "Le triangle sous le sable" de Gauthier Hiernaux

Publié le par aloys.over-blog.com

LE TRIANGLE SOUS LE SABLE

Par Gauthier Hiernaux

 

Un des plus célèbres slogans de Mai 68 dit : «Sous les pavés, la plage», ce à quoi Gauthier Hiernaux (pas né en 68) réplique : «Sous le sable, le triangle». Rien à voir… pas sûr…

Dans le premier cas, il s’agissait de chercher quelque chose à rechercher sous les pavés pour inciter le chaland à les retirer et retrouver quelque chose qui évoque un avenir paradisiaque.

Dans le second cas, il s’agit de mettre à jour ce triangle, ce «mystère» dans cet univers à la fois futuriste et contemporain où tout est ordonné par les Dieux. Et qui dit «Dieux» (on pourrait aussi l’écrire au singulier), dit contrôle, obéissance, bref, un carcan dont il est très difficile de s’extraire.   

Cette manière de cadenasser une société est aussi une façon habile9782874594939_1_75.jpg ( ?) de masquer les faiblesses d’un royaume, d’un empire… d’une civilisation.

Dans ce monde formaté (quand je vous dis que ce n’est pas seulement futuriste… on y vient… on y est…), il y a toujours quelques courageux, quelques intrépides (souvent considérés comme des inconscients) qui tentent par leur(s) action(s) de faire vaciller ledit royaume ou ledit empire dont la puissance repose sur de peu solides bases. Ce qui rend, bien entendu, les «gardiens du temple» encore plus hargneux donc plus redoutables.  

J’éprouve une certaine sympathie pour Archiabald Von Espen (ou le Najar Von Espen). Sympathique ou pas, qu’importe, mais il me rattache à des valeurs, une civilisation qui, avec ses qualités et ses défauts, m’est familière…

Tout bien réfléchi, il y a un lien certain entre le Mouvement de Mai 68 et l’intrigue du «triangle sous le sable» que je me garderai bien de dévoiler, même si question «voile»… stop, ne nous égarons pas ! (Vraiment ?)   

Gauthier Hiernaux a réussi à me faire aller jusqu’au bout d’une littérature qui, à la base, n’est pas du tout ma tasse de thé. Et là, croyez-moi, il n’y a pas de mystère du tout, du tout. Cela porte un nom, le talent !

Car, en vérité je vous le dis; on peut tout enlever à Gauthier Hiernaux, même ses cheveux (ah bon, c’est déjà fait ?...), mais certainement pas son Talent que j’écris volontairement avec un t majuscule.

Son style est aux antipodes du style verbeux. Une écriture claire, limpide… la plus difficile à acquérir. Donc, face à une telle aisance, on se laisse transporter dans un univers qui ne vous lâche plus…

Grand séducteur, va !

    

Alain Magerotte

   

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Premier chapitre du roman de Marcel Baraffe, Ultiméa

Publié le par aloys

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« Entre toutes les expéditions que nous eûmes à mener dans l’Univers au cours de ces quinze derniers millions d’années·, la plus étonnante, la plus enrichissante, la plus excitante même fut certainement celle qui nous fit découvrir Gaïatéa… »

         Lorsque les premiers signes de ce message s’affichèrent en même temps dans les espaces HC de chacun des Ultiméens, fussent-ils à cet instant aux confins de l’univers, tous comprirent qu’un pas important venait d’être franchi et que désormais plus rien ne serait comme avant. L’époque d’une communication intergalactique se traînant à la vitesse de la lumière était bel et bien révolue. En mettant (selon l’expression gaïatéenne) « à portée de voix » les communautés les plus lointaines, l’intelligence ultiméenne qui semblait jusqu’à présent avoir atteint ses limites, était parvenue à sauter un obstacle que l’on avait toujours cru infranchissable. Cette avancée aurait pu, s’ils avaient eu la possibilité d’éprouver des sentiments, faire naître en chaque Ultiméen la fierté d’appartenir à une espèce aussi évoluée. Si aucun, cependant, ne ressentait  le moindre frémissement de satisfaction, ils ne pouvaient nier  cet assaut de curiosité, léger certes et purement intellectuel, qui les avait saisis. Les explications techniques viendraient ensuite. Pour le moment, ils se contentaient de prendre connaissance du contenu d’un message envoyé du vaisseau-mère à l’occasion, était-il précisé, d’une Assemblée Extraordinaire du Grand Conseil Ultiméen ; la première jamais organisée. Ils ne se doutaient certes pas encore que cet événement allait marquer le début d’une ère bien plus étonnante encore que ce qui n’était finalement qu’un simple progrès en matière de communication.

         «… Gaïatéa. Nous en ignorions à l’époque le nom et même l’existence. Nous recherchions, en ce temps là, dans les galaxies que nous traversions des traces de vie que nous avions pour mission d’observer afin d’en décrire mais aussi d’en surveiller l’évolution. Nous avions sur toutes les autres espèces un avantage certain puisque nous n’étions pas soumis aux contraintes du temps et de l’espace. En tant que créatures à masse quasiment nulle, nous nous déplacions à des vitesses sensiblement égales à celle de la lumière alors que notre immatérialité nous assurait une chance d’éternité à laquelle nul avant nous n’avait pu sérieusement prétendre.

         Après un voyage qui dura lui-même deux millions d’années, nous repérâmes à la périphérie du disque d’une galaxie un peu moins éloignée que les autres, une planète sans grand intérêt tournant autour de son soleil. Sa croûte, recouverte de sable et de poussière, était uniformément grise alors que son atmosphère était constituée de gaz mortels. Nous donnâmes à ce monde de désolation le nom de Planète Triste. Nous aurions pu l’éviter, continuer notre route vers d’autres systèmes apparemment plus intéressants et l’oublier si nous n’avions observé à sa surface un phénomène qui se révéla être, lors de notre second passage, 900 000 ans plus tard, une trace incontestable d’activité biologique.

         Notre ténacité fut récompensée, puisque nous assistâmes dès lors à la résurrection de Planète Triste qui vit son sinistre désert se transformer rapidement (un autre petit million d’années) en une accueillante et généreuse nature nourrissant en son sein, dans une harmonie parfaite, toutes les espèces, qu’elles soient minérales, végétales ou animales.

         Nous apprîmes par la suite que Planète Triste avait un passé autre que cosmique. Elle aurait pu avoir le destin monotone ni plus ni moins laborieux des autres planètes vivant et mourant au rythme des étoiles suivant des lois physiques très simples si certaines combinaisons favorables de gaz, dues certainement au hasard (quelles pourraient bien être d‘ailleurs les autres causes ?), n’y avaient déposé les premières semences de vie qui évoluèrent très vite vers des formes de plus en plus complexes avec, au bout de la chaîne, une espèce communément appelée humaine. Ces créatures intelligentes créèrent leur propre langage et donnèrent à leur planète le nom de Gaïatéa. La Première Ere, dite ère protogaïatéenne, commençait. Les Protogaïatéens étaient des êtres aux grandes qualités et aux défauts encore plus nombreux. Ils développèrent sur Gaïatéa, au cours des âges, des civilisations brillantes mais leur goût démesuré pour les conflits sanglants ainsi que les mauvais coups portés à leur environnement – on prendra connaissance, sur ces sujets, avec profit, des nombreux écrits laissés par des auteurs de la fin de la période dite décadente­­­· – les amenèrent à s’autodétruire, ne laissant de leur merveilleuse planète qu’un monde de poussières et de cendres baignant dans les gaz et les rayonnements mortels.

         Le destin des Gaïatéens aurait pu s’achever avec la naissance de Planète Triste emportée dans une seconde et dernière ère jusqu’à l’explosion finale de son soleil si des groupes d’humains n’étaient parvenus à survivre à la Grande Destruction. Il n’existerait à notre connaissance (mais l’univers est si grand et il nous reste encore tant de galaxies à explorer) que deux exemples montrant que la race humaine n’avait pas été totalement anéantie ; deux exemples aussi différents, aussi opposés que sont le bien et le mal, ce qui laisserait penser que ces deux forces antithétiques sont des composantes indissociables de l’espèce.

         Nous fîmes connaissance avec les premiers (les méchants ?) à l’époque où Gaïatéa sortant de la tristesse et de la désolation se couvrait d’océans et de forêts et s’ouvrait à la vie. C’est ce moment favorable qu’avaient attendu les descendants, par clonages successifs, d’un humain appelé G chargés d’appliquer le programme de survie de l’espèce élaboré par ce dernier en réanimant des embryons cryopréservés déposés à l’intérieur d’un cube de jade. Leur agressivité à notre égard, les dangers qu’ils représentaient pour l’environnement gaïatéen nous obligèrent à les neutraliser sans avoir recours, cependant, à des moyens de destruction, ce qui eût été contraire à nos conceptions morales et  philosophiques.

         Cet épisode de notre histoire eut pour conséquence imprévue de révéler à la communauté ultiméenne ses origines gaïatéennes. Nous étions le second groupe rescapé du chaos (les bons ?). Nos ancêtres, en fuyant dans l’espace, y avaient trouvé la sécurité au prix d’une adaptation qui, au fil des générations, avait fait de nous des êtres dématérialisés, des intelligences pures capables de se déplacer à des vitesses paraluminiques et, le pensions-nous, ayant atteint le stade ultime de l’évolution.

         Nous, Ultiméens, nous étions donc aussi, des descendants d’humains. G était notre cousin et l’Histoire Ultiméenne que nous sommes en train d’écrire n’est, en quelque sorte, qu’un prolongement de l’Histoire Gaïatéenne. La masse d’informations contenues dans la mémoire de notre vaisseau-mère et que nous nous mîmes à consulter avidement, nous livrèrent dans les moindres détails tout ce que nous désirions savoir sur les humains de la Première Ere, ces Protogaïatéens si brillants, si créatifs, si surprenants, si agressifs et dont le crime fut de faire de leur planète un monde de désolation.

 

La Seconde Ere, celle de Planète Triste, est définitivement révolue. Par un effort conjugué de tous ses éléments, elle est parvenue à sortir de son long sommeil.  Une nature nouvelle est sortie de son sol désormais fécond. Des sources ont jailli. Les ruisseaux dévalent les pentes des montagnes. Des forêts couvrent les bords de ses fleuves. Le vent agite les feuilles aux reflets métalliques des arbres-pierres. Et chaque soir, son soleil se couche dans les eaux émeraude de son océan. L’ère de la vie est venue. Des espèces non humaines (nous y avons veillé) et sans agressivité (enfin !) s’y multiplient raisonnablement sous les grands lierres, les lichens et les algues. La nature, sans les humains, respire enfin.

         Nous avons continué à explorer l’univers. La Gaïatéa de la Troisième Ere semble désormais capable d’assumer seule son destin. Nos chemins nous mènent vers des mondes de plus en plus lointains, mais nous n’oublions pas cette petite planète qui continue à tourner autour de son soleil. Elle est, poussière dans le cosmos, notre mémoire imprégnée de la trace de nos origines. Et nous n’oublions surtout  pas que, perdu au milieu d’une forêt  d’arbres-pierres, se dresse comme un défi lancé au temps un cube de jade refermé sur son secret. » 

 

 

 

Marcel Baraffe

"Ultimea", Ed. Chloé des lys

· L’unité choisie est l’année Gaïatéenne.

· Et notamment l’œuvre de Zeek F3 le Pèlerin.

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Premier chapitre "Le tueur de l'île" de Gérard LOISEAU

Publié le par aloys.over-blog.com

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Émile Vacher, âgé de trente-trois ans seulement, est l’un des pires tueurs en série de l’histoire. C’est à la sortie des grandes villes et des villages qu’Émile a abordé la plupart de ses proies. Ce vaste carrefour est ouvert à tous les vents, encadré de barres de béton, ou d’arbres touffus, comme il en existe tant à la périphérie des cités et des bourgs. Sa première victime est un petit garçon de dix ans retrouvé sous des branches d’arbres. Les victimes étaient majoritairement de sexe féminin, soit de jeunes adolescents et adolescentes, soit des femmes ayant environ soixante-dix ans. Les meurtres de femmes âgées furent sans doute des accidents dus au mauvais caractère d’Émile Vacher, et pourtant, il les viola.

Toutefois, les préférences sexuelles de Vacher allaient aux garçons de treize à seize ans, qui ont tous subi des sévices sexuels. Il agissait presque toujours de la même manière. Il saisissait ses victimes par le cou, il commençait à les étrangler, puis il les égorgeait et, souvent, les éventrait. Ensuite, il mutilait leurs parties sexuelles. Souvent, il les violait après son crime. La majorité des assassinats a été commis entre le mois de mai et la première quinzaine d’octobre. On peut penser à des périodes de « crise » meurtrières.

 Lorsqu’il rencontre Joseph Lamiau, l’enfant joue près du parc, c’est un jeudi, le 15 mai. Il s’approche et lui propose de jouer avec lui. Le petit acquiesce. Vacher sort de sa poche un couteau et le menace. Les yeux paniqués, Joseph se remet debout et suit l’homme sous la contrainte. Arrivé dans la forêt, le sinistre individu attrape le gamin par le cou et commence à l’étrangler. Le petit Lamiau s’évanouit et tombe au sol. Vacher, d’un geste rapide, lui coupe la gorge. Du sang gicle sur lui. Il sourit, observe sa victime qui tremble, et s’étouffe dans son sang. Il la déshabille, plonge ses mains vers son sexe et le coupe brutalement.

 

Ses mains ensanglantées se débarrassent du petit pénis qui les encombre et atterrit dans les fourrés. Il retourne l’enfant sur le ventre et le viole sauvagement.

Vacher, à genoux, contemple le corps. Il respire fort, par à-coups, il se sent soulagé tout d’un coup. Pendant un instant, il se sent bien, il n’en veut plus à la terre entière.

Il se remet debout, coupe des branches, et les jette sur le corps de sa jeune victime. Puis il reprend sa route sans se retourner. 

***

Tyler est en vacances. Après avoir résolu l’affaire de l’abattoir de Surgères, il a pris quelques jours de repos, dans l’ile de Ré. Il loge dans un gîte, rue Marie Galante dans la maison que lui prête le Dr Pereira, le légiste du commissariat.

Au commissariat, Gino le coéquipier de Tyler, un sandwich débordant de mayonnaise à la main, lit une fiche interne, qui l’informe qu’un enfant de dix ans vient d’être trouvé étranglé dans le bois Henry IV dans l’ile de Ré, sur la commune de la Couarde. Il a été retrouvé nu, il a subi des violences sexuelles. Il a été émasculé, et il a des coupures sur le ventre. Le corps se trouve à la morgue de La Rochelle.

- Il faut que je prévienne Tyler, se dit-il.

Il prend son téléphone et appelle son supérieur.

- Allo ! chef, c’est Gino. Les vacances se passent-elles bien ?

- Quand tu m’appelles pendant mes vacances, il y a un problème, lui répond Tyler.

- Oui, écoute-moi Tyler ! J’ai deux choses à te dire, la première c’est que le directeur veut te voir, la seconde chose, c’est qu’on a un meurtre sur les bras.

- Tu m’expliques pour ce meurtre ?

- Laisse tomber, je t’expliquerai quand tu seras là. Le directeur veut te voir, et je pense que c’est urgent ! 

Tyler se met à réfléchir rapidement.

- Bon, dis-lui que j’arrive ! Mais, tu me parles de ce meurtre ?

- Gino ? Tu m’expliques pour le meurtre ? Enfin !

Gino se tait un instant. Il faut que je lui dise, sinon il me fera la tête pendant dix jours, pense-t-il. 

- Ben ! Un promeneur a trouvé un corps sous des branches, le corps d’un enfant de dix ans environ, il a subi des violences sexuelles, et il a été étranglé, il est mort depuis au moins trois jours. 

- Tu appelles les gendarmes ? Tu leur demandes des renseignements complémentaires sur l’affaire, tu me donnes tout cela quand j’arrive, mais ce ne sera que demain. Avant, j’ai une visite à faire. Pour le directeur, tu ne lui dis rien. 

- Ah ! J’allais oublier, tu vas voir le Dr Pereira. Si le corps est à la morgue, il aura peut-être d’autres renseignements complémentaires.

- Arrête de manger ! Tu vas encore mettre de la mayonnaise partout.

- Gino, surpris, pose son sandwich sur le bureau.

- Mais comment tu sais que je mange ? demande-t-il ?

- J’entends tes mâchoires, je ne suis pas sourd. 

- Tu fais ce que je demande, moi, j’ai un rendez-vous !

 

Tyler raccroche son téléphone, sort de sa maison de vacances, monte dans sa vieille DS et se dirige vers son rendez-vous, à Saint Martin de Ré. Pendant le trajet, il repense au meurtre du petit garçon. Qui a bien pu faire ça s’interroge-t-il ? En plus, pendant mes vacances, et dans l’ile de Ré. Arrivant à Saint Martin, il gare sa voiture sans fermer ses portes, comme de coutume, et se dirige vers le café du centre.

Il jette un œil à l’intérieur du bar pour voir si Anaïs est déjà là. Il l’aperçoit sur la terrasse en train de déguster un café, comme à son habitude. Sans se faire voir, il la regarde avec des yeux admiratifs, pleins d’amour.

- Elle est toujours aussi belle juge-t-il en s’approchant,

- Bonjour, lui dit-il en l’embrassant sur la bouche.

- Tu vas bien ce matin ?

Souriante, elle lui rend son baiser. Le sien a un gout de café ; il aime cela. Il s’assoit en face d’elle et commande un café : ce baiser lui a donné envie. Il a renoué avec Anaïs après son enquête sur les meurtres de l’abattoir de Surgères. Elle n’attendait que cela, elle désirait qu’il revienne. Maintenant, elle ne le lâche plus, elle compte bien finir ses jours avec lui, même si son métier ne lui facilite pas la vie.

Il lui prend la main, un peu gêné.

– Tu sais, Gino m’a appelé pour m’informer qu’un meurtre a été commis dans l’ile. Il faut que j’aille à La Rochelle ce matin pour voir mon patron. Il va surement me confier l’enquête, mais, en attendant, on va aller faire un tour sur la plage.

 Anaïs est médecin à l’hôpital de Bordeaux, elle s’occupe de la réanimation des grands blessés de la route. Elle a toujours eu des sentiments pour Tyler, elle l’aime, c’est l’amour de sa vie. Elle est heureuse de passer quelques jours avec lui, même si elle ne le voit pas tous les jours. Les enquêtes de police sont un des éléments qui ont fait qu’elle se soit éloignée pendant quelque temps, mais Tyler lui manquait trop, alors elle est revenue.

Sur la plage, main dans la main, les pieds dans l’eau, ils se promènent en discutant de leur avenir, mais Tyler est préoccupé par cette nouvelle mission. Il est distrait, il n’écoute pas vraiment les propos d’Anaïs.

- Tu n’écoutes pas, souffle-t-elle.

Tyler ne répond pas, plongé dans ses pensées.

- Tyler, Tyler, tu es où ?

- 

Pardon, j’étais ailleurs ! Il faut que je parte, mon patron m’attend !

Elle sourit, prend sa tête dans ses mains et pose un baiser sur sa bouche.

–Allez, va résoudre cette affaire. Je vais aller voir mes parents, tu m’appelles dès que tu as un moment.

Il la regarde s’éloigner de la plage, entrer dans sa vieille voiture, et se diriger vers La Rochelle. Il s’assoit dans le sable un instant, cette affaire de meurtre lui occupe l’esprit. Le pauvre gamin, quand même, je l’aurai ce type, je l’aurai, se jure-t-il.

 Il monte dans sa DS et prend la direction de La Rochelle lui aussi.

Gérard Loiseau 

 

Gérard Loiseau 

 

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Un interview d'Adam Gray...

Publié le par christine brunet /aloys

Un pseudo qui en dit long sur celui qu'il cache, une citation en figure de proue qui nous propose un peu de son univers et une vidéo...

 
Il ne m'en a pas fallu plus pour demander à Adam Gray un petit interview très indiscret... Toujours mes sempiternelles premières questions... 

Depuis quand écris-tu ?
 
Depuis l'âge de treize ans.

 
Pourquoi ?
 
Mais pour exister, pour reprendre le titre d'un très joli film de Richard La Gravenese avec Hilary Swank (Ecrire pour exister, "Freedom Writers" en VO).

 
Un déclencheur ?
 
Pour être foncièrement honnête, si je n'avais pas découvert l'écriture, je ne répondrais peut-être pas à ces questions, aujourd'hui. Au risque de répéter ce que j'ai écrit dans mon recueil, ... Euphoriques & Désespérées, après une enfance réellement heureuse, dans un vrai cocon, j'ai connu une adolescence2B.jpg
catastrophique, l'isolement, le dégoût de soi, quelque peu inculqué par les autres, et, appelons un chat un chat, le viol. Même terrassé, j'ai eu le courage, ou la bêtise, de tout garder pour moi, parce que je voulais protéger les miens. Je n'ai rien dit. Je n'ai rien dénoncé. Mais j'ai souffert le martyre, à l'intérieur. Après un énième affront, me réfugiant chez moi pour écouter, de nouveau, le premier album de Mylène Farmer, Cendres de Lune, et plus spécialement sa chanson Plus Grandir, dans laquelle je me retrouvais, je découvris l'effet salvateur des mots. Je me suis dit cela, que je pouvais, moi aussi, traduire mes maux par les mots.

 
Même si la citation de Blaise Pascal porte en elle une partie de la réponse, je pose ma réponse malgré tout... Que t'apporte l'écriture ?
 
C'est ma meilleure amie. C'est aussi simple que ça...

 
Une réponse trop laconique à mon goût... Je la laisse de côté un instant pour me rapprocher de l'univers littéraire d'Adam.
Dis-moi... Pourquoi la poésie et pas le roman, par exemple ?
 
En réalité, j'ai deux romans, de style fantastique, en préparation. Mais... pourquoi la poésie? J'avais un rêve, vous savez. Un rêve engendré par mon adolescence et ma jeunesse volées. J'avais le sentiment que je ne méritais pas d'être aimé, que je n'étais rien, que je n'existais pas. Quand j'ai découvert l'écriture, Adam-Gray-N-B.jpgl'écriture de chansons, de poésie, j'ai voulu devenir, plus grand... chanteur, malgré une voix à mille lieues de celle d'un Patrick Fiori. Un chanteur, on l'aime. Tout le monde l'aime. J'étais bien inconscient... Cela me fait sourire, aujourd'hui. Mes chansons, je les ai mises de côté pendant des années (j'en écrivais toujours un peu, de temps en temps quand même). Et, un jour, la nostalgie m'a fait relire mes textes, et ça m'a fait mal au coeur de me dire que tout cela me suivrait "dans la tombe", dans l'indifférence la plus totale. Alors, j'ai pensé les réunir dans un recueil, et peut-être trouver une maison d'éditions... Vous connaissez la suite. 

 
Qu'est-ce que tu ressens en écrivant ?
 
Tellement de bonheur... Je parle, là, de mes romans. Le passé est le passé, et je ne le laisserai plus jamais me faire souffrir. J'ai mis des années à suturer mes blessures mais, aujourd'hui, croyez-moi, je suis gonflé à bloc! J'ai la foi... C'est une renaissance. J'écrirai toujours des chansons, de la poésie, mais c'est écrire des romans qui me pousse, aujourd'hui. J'écris et je pense au bonheur à partager, plus tard, avec mes lecteurs... J'ai tellement de projets, des débuts d'histoires au brouillon...

 
Tes autres passions...
 
L'écriture ne me laisse plus beaucoup de temps, à vrai dire, car il y a aussi les recherches à faire, qu'elles soient historiques ou de simples anecdotes. Cela dit, même si j'y vais de moins en moins, et je le regrette, j'adore le cinéma, en particulier le cinéma américain dit à grand spectacle, et le cinéma anglais. Je suis très séries TV, également. Ca va des Experts: Manhattan à The Vampire Diaries en passant par Dexter, Doctor House ou Supernatural, sans oublier les séries anglaises cultes Doctor Who et Torchwood. LaGustave-Dor--Lucifer-dans-le-Paradis-Perdu-.jpg musique, bien sûr, et là mes goûts sont des plus éclectiques. Et puis, l'avouerais-je ou non? Je suis resté un grand enfant... J'adore les dessins animés, aussi bien les Walt Disney que ceux de ma génération: Les Maîtres de l'Univers, Les Mystérieuses Cités d'Or, Goldorak, Cobra j'en passe et des meilleurs... Je suis heureux d'avoir été un enfant dans les années 1970 / 1980.


Comment définirais-tu ton univers littéraire, ton style ?
 
C'est un peu, je crois, la question redoutée par bon nombre d'écrivains, non? Car définir, quelque part, c'est limiter, et c'est quelque peu frustrant, pour ne pas dire... dérangeant. Je peux vous dire que j'écris du fantastique, essentiellement, avec une touche d'éléments historiques; j'appelle ça du "fantast'historique". Il peut y avoir de l'horreur, de la violence, du sexe... des sentiments, toujours, et uneSouvenirs-du-thtre.jpg notion de fraternité presque omniprésente. Je parle, là, de la "liaison" entre deux êtres. Mon style est à la croisée du très moderne et du très passéiste. Il y a cette dualité, en moi. J'apprécie mon époque, Internet, tout ça, mais demandez à mes proches... Certains vous diraient que j'aurais dû vivre au 18ème siècle, avec les costumes et tout le toutim! Cette image m'amuse car, oui, je suis quelqu'un de très nostalgique, de mon enfance, surtout, des réunions de famille, des Noëls, et mon écriture s'en ressent forcément.

 
Des sources d'inspiration ? 
 
Plein ! Mais je vais surtout citer la grande Anne Rice, auteur des Chroniques des Vampires, puisque l'un des deux romans sur lesquels je travaille a pour héros des vampires. C'est en découvrant d'abord le film, Entretien avec un Vampire, que j'ai découvert l'écrivain, et là, ce fut LA révélation. Les vampires me fascinaient dès mon plus jeune âge, déjà; les Christopher Lee passaient sans arrêt à la TV, et j'adorais ça. Anne-Rice--1-.jpgAvec Anne Rice, les vampires ont atteint leur apogée. Elle a réinventé le mythe. Aujourd'hui, elle est LA référence. Avec cet écrivain, tout devenait plus profond, plus compliqué, plus sensuel. Sexuel, même. Les méchants n'étaient pas nécessairement les méchants, ni les gentils de vrais gentils. C'était gothique, baroque et audacieux à la fois. J'ai échangé quelques e-mails avec Anne Rice, et je peux vous dire que c'est une femme merveilleuse, vraiment très, très proche de ses fans. Je pourrais vous citer les frères Grimm, également, Edgar Poe, Graham Masterton (pour ses romans d'horreur, en particulier Le Portrait du Mal, qui m'a terrifié) ou Oscar Wilde. Mais un fait divers, aussi, peut très bien être source d'inspiration. Comme l'Histoire, que j'aime assez... "remanier".


L'écriture, refuge, existence... N'as-tu pas peur de t'éloigner de la réalité en écrivant ?
 
Pas du tout, non. Ni fuite ni amalgame. J'ai les pieds bien sur terre. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas de rêves, bien au contraire... Mais, quand on est écrivain, pour aller un peu plus loin que le sens premier de votre question, la jouissance extrême n'est-elle pas de s'en éloigner, de ladite réalité? Citons J.M. Barrie et son Peter Pan, Lewis Carroll et son Alice au Pays des Merveilles, J.R.R. Tolkien et son Seigneur des Anneaux...

 
Une définition de l'écriture ? (une chance ?...)
 
Une chance oui, très certainement. Une porte ouverte. Un échange.


Ta façon d'écrire
 
De façon très cinématographique. J'ai besoin de cette dynamique. Imaginer des scènes avant de les traduire sur "papier", créer mes personnages d'après tel ou tel acteur, telle ou telle actrice... Et j'essaie de ne pas noyer mon écriture sous des tonnes de descriptions, surtout. Je trouve ça lassant, en tant que lecteur. Il faut un juste milieu. 

Je comprends sa démarche... Laisser le lecteur à la barre de son imagination en le guidant simplement vers cet ailleurs que l'auteur lui propose... Lui donner la possibilité de s'approprier le texte, les personnages pour mieux vivre l'histoire et sans doute mieux l'apprécier...
Un rêve ?
 
Tu sais, avec... Euphoriques & Désespérées, je rêve que, dans un futur plus ou moins proche, des artistes chantent mes textes... Je rêve, je te l'ai dit à l'instant ! 
 Tiens, je te dis tu, du coup... Tu ne m'en veux pas? 
 Mais il y a déjà, dans mon recueil, des textes, écritsDavid-Hallyday.jpg en pensant à certains artistes (Emmanuel Moire, Axelle Red, entre autres); et puis il y a des artistes pour lesquels j'adorerais écrire comme David Hallyday...

L'écriture, remède, l'écriture prolongement des rêves... Un moyen pour vivre pleinement, pour se jouer du destin et tenter de se réaliser...

L'écriture passion, obsession, refuge... mais aussi domaine de liberté et d'accomplissement...

"L'écriture a ceci de mystérieux qu'elle parle" disait Claudel... Elle parle de nous avant de parler des autres... Elle nous parle et nous amène vers des cieux insoupçonnés... Laissons-nous porter...

Venez partager l'univers d'Adam Gray sur son blog adam-gray.over-blog.com link 
et sur sa page facebook 

et sur...
http://adam-gray.skyrock.com/link

Christine Brunet
www.christine-brunet.com

www.passion-creatrice.com
www.aloys.me

Publié dans interview

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Bertrand Saint-Songe : une envie de poster en mai...

Publié le par aloys.over-blog.com

photo bertrand Saint Songe
Perles sur le front des Oiseaux
 
Naître
Sur le jeté-de-lit des couvre-chefs épars
 
D'un chant de collégial
s' égrène
             sur la Beauté des fleurs
Peu de pluie
(Soleil jusqu'en novembre
au sang coagulé sur le front des oiseaux ?)
 
- Qui cherche le venin s'étouffe à la prière.
 
MAI,
Les corbeaux des dimanches ont péri
dans la plaie grand'ouverte de Marie -
 
Le mois s'élève à la sainteté qui la sublime
sur nos chemins :
"Mettez vos pieds dans les traces de mes pas
et vous serez sensiblement soulagé..."
 
Le jour où le village aux chaumières s'en fut,
c'était la nuit tombante...
Poussière ardente hors des flancs
de la montagne
sous le grand ciel tout-puissant....
 
                                 Bertrand Saint-Songe
  
(Le ciel vous tienne en joie, tous !)
bertrandelporte-yahoo.fr.over-blog.com
  
 

Publié dans Poésie

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Les Auteurs Chloé des lys à la Une... Et un bel article de Carine-Laure Desguin sur la conférence de Martine Dillies-Snaet

Publié le par christine brunet /aloys

Des prix à la pelle pour trois auteurs CDL!!!!

Visuel Auteur - PDNA
Pour Josy Malet-Praud:

Avril 2011 / Bordeaux - 33 (F) : Arts et Lettres de France:

    -> lauréate : 2ème accessit en catégorie « prose » pour la nouvelle : «Je préfère ne pas le savoir »

- Mai 2011 / Servon sur Vilaine - 35 (F) : Ateliers d'Arts, concours littéraire international :

     -> Médaille d'argent pour "Un, Deux, Trois, SOLEIL !" (recueil en prose)

    -> Prix d'honneur pour trois nouvelles : "Je préfère ne pas le savoir" / "Peut-être que..." / " Safari nocturne"

 

Pour Sophie Vuillemin

 http://www.bandbsa.be/contes/vuillemin.jpg"C'est quoi ton stage" a remporté un prix d'honneur dans la catégorie prix du roman, prix Chateaubriand dans le cadre du concours littéraire annuel organisé par les Ateliers d'Arts de Servon sur Vilaine.

 

marie-claire georgePour Marie-Claure George la médaille d'argent catégorie Nouvelles à ce même concours.

****************************************************************************************

Photo Christine BrunetAvis aux amateurs !!!! Christine Brunet sera l'invitée pour ses deux romans policiers de l'émission "Figure livres" de Christophe Ousdale le mercredi 25 mai à 12 h 30 sur Radio Arverne 100.2 et 89.8 !!! 

 

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desguinA l’occasion du printemps des poètes, Christian Domec, responsable des éditions « Les penchants du roseau », a sélectionné quinze poèmes. De cet évènement, un recueil vient d’être publié : « infinis paysages ».

En exergue, un extrait du poème de Carine-Laure Desguin, Dans mon pays

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-27-poesie-dans-mon-pays-65625907.html

 

roseau.penchant@orange.fr

 

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A ne pas oublier !!!! Plus d'infos sur www.bandbsa.be/contes.htm

 

actu-22.05.png

 ET

Dernier rappel ! Après... il sera trop tard !


Dimanche 22 mai 2011 (12 à 17h00)
Séance de dédicaces des auteurs bruxellois de Chloe des Lys, avec une émission télé d'ACTU-tv et un grand spectacle de variétés.
L'Atelier Curcuma
29, rue Pannenhuis à Jette 

 

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desguin

 

La maison de la mémoire (rue des Sœurs Noires, Mons) accueillait hier soir, dans ses très beaux locaux, un ancien couvent, une conférencière de qualité : Martine Dillies-Snaet.

 

Dès le début de la soirée, cet auteur de trois ouvrages édités chez Chloé des lys a su captiver toute l’attention des nombreux participants.

 

Il y avait une estrade, certes, mais le discours ne fut pas trop pédagogique…

 

Tous, nous avons reçu des petits billets plastifiés et numérotés avec écrits dessus, des phrases extraites des recueils « Taches d’encre » et « Beffrois, racines de pierre »…et, durant toute la séance, cette régente en mathématique, lauréate de plusieurs prix littéraires, nous a demandé de ponctuer ses commentaires de tous ces mots d’amour, ces mots de force et aussi, ces mots d’humour…

 

« Je te l’ai dit, à Armentières, le beffroi est un joyeux drille.

   Le clocher de l’église Saint-Vaast, sa tour voisine,

   Porte sur la tête son blanc bonnet de nuit qu’elle ne quitte jamais.

   Alors, le beffroi d’Armentières s’amuse…. »

 

Ce voyage, à travers l’histoire de ces vingt-trois beffrois, et surtout tout ce qu’ils représentaient pour les habitants du Nord de la France, nous a permis de redevenir amis avec toutes ces vieilles pierres….

 

Parce que, derrière chacune de ces tours, il y a avait des hommes et des femmes, pleins des mêmes sentiments que ceux qui nous habitent aujourd’hui, ceux qui ont fait ce que nous sommes. Ces hommes et ces femmes sont nos racines.

 

Et voilà, durant toute cette soirée très interactive, Martine Dillies-Snaet, nous a baladés de la tour carrée du beffroi de Boulogne au carillon des trente cloches du beffroi d’Amiens, tout cela en prenant le temps de déposer en nous de très belles images …

 

Derrière cette pédagogue de qualité, n’oublions pas qu’elle est l’auteur d’une méthodologie de qualité destinée à éclairer les enseignants pour la formation de nos jeunes étudiants, il y a une femme. Une femme pleine d’amour, une voleuse de sentiment, comme elle aime se nommer.

Voleuse de sentiments ? Peut-être, oui…

Mais c’est cent fois qu’elle a distribué ce qu’elle a subtilisé…

 

...Tu es si autre, si réel, et là. Toujours.

   Je suis si autre, si irréelle et ici.

   Tu n’es nulle part où je suis

   Et je suis partout où tu n’es pas… ( extrait de « tache d’encre »)

Je comprends maintenant, pourquoi certains professeurs savent capter l’attention de leurs élèves…

 

Parmi l’assemblée attentive, des auteurs de chez Chloé des lys …Thierry Ries, Marie-Claire Georges, Philippe Desterbecq…

 

A bientôt, n’est-ce pas, Martine Dillies-Snaet ! Vous êtes l’auteur de « tache d’encre », de « Beffrois, racines de pierres », de ( XY) 2…

Y aura-t-il la suite de Martine dillies-snaet, comme il y a la suite de Filipaci… ? J’aimerais savoir…dites-moi ! Vous savez si bien expliquer les choses …

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

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Un extrait de "A un détail près", le polar de Walter Macchi

Publié le par aloys.over-blog.com

 

http://www.waltermacchi.com/templates/ja_mona/images/classic_interface/symbol.png

 

Elle passa dans la salle de bain, se déshabilla et admira sa silhouette dans la glace. Elle caressa ses seins fermes en pensant à Brad. Elle se trouvait un rien trop maigre mais c'était le métier qui voulait cela. Elle se démaquilla rapidement, passa sous la douche et fit longuement couler le jet brûlant sur ses épaules pour se détendre. Elle s'enroula ensuite dans une sortie de bain en éponge pour se sécher et enfila un long T-shirt. Comme tous les soirs, en voyant le flacon sur la table de nuit, elle se rappela qu'elle devait avaler quelques comprimés vitaminés avant d'aller se coucher. Elle avait oublié de les prendre ce matin-là. Bien qu'elle se sentît un peu vaseuse, elle décida de doubler la dose. Elle prit un verre d’eau et absorba d'un trait huit petites pilules. La soirée avait été plutôt arrosée et elle avait un peu trop bu. Une bonne nuit de sommeil et il n’y paraîtrait plus. Elle se glissa sous la couette et ne tarda pas à s'endormir.

   Assis dans sa voiture, l'homme scruta l'entrée du bâtiment où la1° de couverture A un détail près jeune femme avait disparu une demi-heure auparavant. Tout là-haut, les lumières de son appartement étaient à présent éteintes. Il attendit encore une dizaine de minutes et se dit qu'il était temps d'y aller. Il ne pouvait rester indéfiniment assis derrière son volant, le quartier était branché et les patrouilles de police régulières. Ce n'était pas le moment de se faire repérer. Tout avait parfaitement fonctionné jusqu'ici. Subtiliser les clefs et en faire un double avait été un jeu d'enfant. Il prit son téléphone portable et envoya le message qu'il avait composé un peu plus tôt dans l'après-midi. Il saisit la mallette en cuir à ses côtés, entra à son tour dans l'immeuble et monta au sixième. Comme le matin même, il s'introduisit dans l'appartement et fit une halte dans le vestibule, ses sens aux aguets. Tout était calme et silencieux. Il enfila une paire de chaussons en plastique pour éviter de laisser des traces de pas sur l'épaisse moquette beige, se repéra dans l'obscurité aidé par les lumières de la ville et s'avança avec précaution jusqu'à la chambre à coucher. La jeune femme était profondément endormie. Comme prévu, elle avait avalé les comprimés. Il ouvrit la valisette, en sortit un flacon transparent, remplit une seringue du liquide incolore qu'il contenait et souleva la couette. Sans prêter la moindre attention au corps magnifique de la jeune femme, il lui injecta le contenu de la seringue dans le bras. Elle avait fait des analyses sanguines en début de matinée et même un médecin trop curieux n'y verrait que du feu. Il échangea le flacon de vitamines avec un flacon similaire, le reposa sur la table de nuit, prit trois tubes de somnifères et leur emballage et les répandit sur le lit. Il sortit ensuite du bar du salon une bouteille de whisky et revint dans la chambre. Il remplit d’un peu d’alcool le verre d'eau que la jeune femme avait utilisé peu avant et fit rouler le tout sous le pied du lit. La respiration de sa victime était de plus en plus faible. Il inspecta une dernière fois les lieux pour vérifier qu'il n'avait rien oublié et partit comme il était venu.

   Il était dans les délais. Son avion pour Los Angeles décollait au petit matin, un autre contrat l'y attendait. Puis ce serait l'Europe. Juste le temps de se débarrasser de son petit colis. Au volant de sa voiture de location, il remonta Greenwich Street, tourna à gauche, franchit la West Side Highway et trouva un endroit isolé sur les quais.

   Il scruta une fois encore les environs, s'assura qu'il n'y avait personne à proximité et descendit de son véhicule. Il s'approcha rapidement de la berge et lança la valisette et le téléphone portable dans les eaux noires de l'Hudson.

 

 

Walter Macchi

www.waltermacchi.com

 

Publié dans Textes

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Une vie à deux, une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par aloys.over-blog.com

 

Alain

 

UNE  VIE  À  DEUX

 

Ce matin-là, à l’aube d’une journée printanière propice à l’humeur joyeuse, le premier réflexe de Martin Forest est de froncer les sourcils. L’incomparable odeur du café chatouille ses narines et, plutôt que de se laisser griser par cette agréable sensation, l’homme est préoccupé car, il n’a pas souvenance d’avoir descendu l’escalier pour gagner la cuisine, ni d’avoir actionné le bouton qui enclenche le percolateur. Anodin pour le commun des mortels, mais pas pour Martin Forest, quand on sait de quelle façon celui-ci a structuré sa vie conjugale au fil des années. Dans le couple qu’il forme avec Candy, un enfant n’aurait pas trouvé sa place. Tout est programmé dans une existence lisse, passée au papier de verre, où chacun s’acquitte de tâches bien délimitées, afin que cela roule pour le mieux dans le meilleur des mondes, celui de Martin Forest qui a tiré un trait sur les années frivoles où l’argent venait souvent à manquer, rendant les fins de mois pénibles. A l’époque, l’insouciance, agissant comme un leitmotiv, poussait à la réalisation de projets insensés. Une «folie» qui, avec le temps, baissera pavillon devant la réalité de la froideur des chiffres composant le budget du ménage et les factures à payer. Aujourd’hui, donc, place au quotidien frileux mais rassurant.

Toutefois, Martin sait que rien n’est définitivement acquis et qu’il se doit de rester vigilant, par exemple, vis-à-vis des insomnies de Candy, qui l’agacent profondément. A travers les reproches qu’elle lui adresse souvent, Martin la soupçonne de mettre à profit ses heures d’errance nocturnes pour raviver, à grands coups de nostalgie, le temps de la désinvolture qu’il pensait, par son comportement rigoureux, avoir enfoui à jamais.

Dans cette optique, le fait que Candy ait préparé le café du petit-déjeuner, le premier devoir au quotidien de son époux, ne s’apparente plus à un coupable moment de distraction. Martin comprend plutôt dans cet acte délibéré, un signe de rébellion contre une organisation drastique qui a fait ses preuves et qu’elle juge pourtant oppressante. Une attitude qui vaut son pesant de vigilance accrue… Forest a l’intention de rectifier le tir et cela, sans tarder. Ainsi apaisé par la volonté de ne pas laisser la situation se détériorer, notre homme estime être en droit de commettre un écart à son tour. Est-ce la faute à l’arôme prenant du café qu’il hume ?... Aux fragrances printanières ?... Aux deux parfums mélangés ?… Si bien que Martin passe la main sur le corps chaud de son épouse. Bientôt, trahi par ses sens, il se met à la caresser en se rapprochant d’elle.

«La bête est encore d’attaque !» se rengorge-t-il. Quand s’était-il montré aussi entreprenant ? Le souvenir s’est perdu dans l’oubli. A présent, il parcourt la nuque de Candy par petits coups de langue tout en faisant courir ses mains sur ses hanches et sur ses cuisses. L’amour le guide-t-il ou est-ce le plaisir de l’instinct ? Il ne saurait le dire… au fond, est-ce important ? Pour Candy, certainement. Mais, il n’est pas Candy…

La femme, surprise, s’étire puis, se retourne.

« Hum ! Qu’est-ce qui se passe ? Monsieur a retrouvé le désir et termine ce qu’il avait commencé…

- Que me chantes-tu là ? »

Si elle avait voulu couper ses effets, elle ne s’y serait pas mieux prise.

« Après un début de nuit prometteur durant lequel Monsieur s’est montré… assez audacieux… Monsieur s’est assoupi…

- Je… je ne comprends pas…

- Ah, cette fierté de mâle ! Il n’y a aucune honte à s’endormir lorsqu’on est fatigué… même si c’est après les prémices d’une relation qui s’annonçait (soupir)… torride ! 

- Je suis encore conscient de ce que je fais et…

- Reportons cela à ce soir, veux-tu ? Tu risques d’arriver en retard au boulot et je sais combien tu as horreur d’être bousculé. Il est (elle jette un œil sur le réveil matin) l’heure de se lever… je sens d’ailleurs que tu as déjà préparé le café…  

- Puisque tu le dis… »

Ainsi, Martin apprend qu’il commet des actes à son insu. Et l’homme n’est pas au bout de ses surprises. Après avoir cherché ses pantoufles dans la chambre, il finit par les récupérer devant le lavabo où flotte, sur une eau claire, son gant de toilette, prêt pour ses ablutions matinales.

«Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce que je déraille complètement ? Suis-je atteint d’un dédoublement de la personnalité, de ce type de maladie mentale qui fait que la main gauche ignore ce que fabrique la droite ? Vais-je devoir m’allonger sur le divan d’un psy ?»

Martin Forest se sent la proie d’un mystère bousculant sans vergogne son pragmatisme pointu.  

En descendant l’escalier, la crainte d’être confronté à de nouveaux éléments dérangeants le taraude. Candy est attablée.

« Où est ma tasse ? interroge-t-il, appréhendant une réponse qui le confirmerait dans son trouble.

- Dans l’évier où tu l’as mise après avoir bu ton café… comme tu le fais à chaque fois… Monsieur ne supportant pas de voir traîner les choses… mais, je constate que la gaieté de tout à l’heure s’est envolée… et puis, pourquoi avoir changé de vêtements pour les remplacer par cette tenue terne ?

- J’ignore ce qui se passe ici… je me demande si je ne commence pas à perdre la boule…

- Attends, j’essaye de comprendre… en partant, il n’y a pas cinq minutes, tu m’as dit qu’il y avait belle lurette que tu ne t’étais plus senti aussi bien…

- Je ne suis pas parti puisque j’arrive… et je ne t’ai rien dit… oh, et puis zut, c’est marre à la fin ! tonne Martin, agité.

- Pourrais-tu me dire à quel jeu tu joues ?

- Si tu penses que j’ai le cœur à jouer ! J’essaye de comprendre, c’est tout…

- De comprendre quoi ?

- Rien, laisse tomber ! J’appellerai le Docteur Delanoo dans le courant de la matinée…

- Excellente idée…

-… Pour lui parler de tes insomnies, elles sont la cause principale de ce qui m’arrive aujourd’hui…

-… Parce que c’est de ma faute si Monsieur est contrarié ? Mes insomnies, t’y touches pas, d’accord ? Elles me permettent de m’évader…

- De t’évader ? Dis tout de suite que tu vis dans une prison ! »

- Ce… n’est… pas ce que je veux dire…

- C’est ce que je comprends ! Bon, à ce soir ! »

Martin Forest enfile sa veste et prend sa mallette. Il va quitter le domicile conjugal lorsque le voilà, repiquant du nez dans la cuisine.

« Monsieur a oublié quelque chose ?

- Oui, mon casse-croûte… »

Candy est secouée d’un rire nerveux.

« Tu le fais exprès ? Ton premier réflexe a été d’ouvrir le frigo pour…

- Ça va, ça va, je connais la suite… mon casse-croûte est déjà dans ma mallette, je n’ai pas besoin de vérifier… »

La foudre s’abattrait sur le couple Forest qu’elle ne provoquerait pas plus de dégâts. Martin et Candy, ne savent plus que penser, ni que dire. Pourtant, les mots s’avéreraient si réconfortants. Mais ils sont empêchés par une incompréhension mutuelle qui n’est pas neuve et qui prend, à l’instant précis, une tournure nouvelle, face à la présence de quelque chose d’inédit; quelque chose d’insolite et qui dérange. Un inconnu sournois, terrible, qui tire les ficelles d’une histoire abracadabrante, attendant le moment adéquat pour placer de nouvelles banderilles, plus blessantes, plus meurtrières.   

Dans le tram qui le conduit jusqu’au métro qui le mènera sur son lieu de travail, Martin éprouve de la peine à se concentrer sur sa lecture. Il jette sans arrêt des regards par la vitre, ce qui l’oblige à reprendre, chaque fois, depuis le début, le paragraphe qu’il avait laissé en suspens. Il finit par abandonner et glisse L’hippopotame de Stephen Fry dans sa poche pour se fondre dans l’ambiance qui lui est familière tous les matins, regardant sans voir, entendant des bribes de conversation sans les écouter.    

Ce sont toujours les mêmes têtes, les mêmes personnes qui s’assemblent pour converser. Martin évite d’appartenir à un groupe. Il devrait alors payer de sa personne en écoutant, en s’intéressant. Il a convaincu Candy, jusqu’à l’intox, de préserver à tout prix leur tranquillité. Leurs rares connaissances savent que l’imprévu n’est pas de mise et les visites régulières, peu appréciées. «Ne pas s’engager est encore la meilleure attitude à adopter pour vivre en harmonie avec autrui et ne pas se brouiller avec son prochain.» Une philosophie à laquelle s’est ralliée Candy, bon gré, mal gré.

Fidèle à sa doctrine, Martin veille à ne pas s’asseoir sur une banquette à deux places… quelqu’un pourrait s’installer à ses côtés pour engager la conversation puis, y prenant goût, l’enquiquineur serait tenté de récidiver les jours suivants.  

Le nez collé à la vitre, Martin voit défiler le flot continu des voitures. «Dire que Candy aimerait que j’achète une bagnole… quel beau placement… à fond perdu… l’assurance, l’essence, l’entretien ! L’évasion, la liberté, oui, mais à quel prix ! Il y a aussi les nombreux risques d’accident… la route tue tous les jours. Regardez-les, ils sont là, tous, dans leur cercueil roulant à s’épuiser dans une circulation soumettant les nerfs à rude épreuve. Et vas-y que je joue du klaxon ou que j’engueule le veau qui précède… quant au flic, pauvre mime, il pense maîtriser la situation à grand renfort de gestes désordonnés. Des coups de sifflet par-ci et un bâton que l’on brandit par-là pour en arriver à un résultat dérisoire… ça n’avance pas, ou presque… au pas d’homme ! Comment peut-on se sentir vivant dans un cimetière de voitures ? Car, c’est bien à cela que ressemblent les villes : à un cimetière de voitures…»   

Sur le quai du métro, Martin laisse filer deux rames qu’il juge trop remplies. La perspective d’être comprimé l’exaspérant; il préfère éviter le flux excessif des voyageurs.

A la première station, des contrôleurs montent dans le compartiment. L’un d’eux, un rouquin bedonnant, échange quelques propos avec l’un de ses confrères en désignant Forest du menton qu’ils ignorent ensuite en ne procédant à une vérification du titre de transport qu’auprès des autres voyageurs. Y aurait-il un lien avec les bizarreries qui se sont produites ce matin ? Martin, aspiré dans le tourbillon du quotidien, les avait presque oubliées. Ses inquiétudes reprennent le dessus et, pressé par l’urgent besoin de savoir, il rejoint le groupe des surveillants en brandissant son abonnement.  

« Ce n’est pas nécessaire, M’sieur, fait le plus grand, mon collègue, il désigne le rouquin bedonnant, vous a déjà contrôlé… Hé, Charles ! 

- Qu’y a ? fait l’autre, dardant ses yeux porcins en direction de Martin.

- Tu m’as bien dit que t’avais déjà contrôlé Monsieur ?

- Ouais… dans la rame précédente… répond le prénommé Charles, hochant la tête de haut en bas pour renforcer son affirmation.

- Vous êtes certain que… c’était moi ?

- Ah, ça pour sûr ! La même tête… la même mallette… sauf… les vêtements… au fait, vous pourriez me dire comment vous avez fait pour vous changer aussi vite ? questionne-t-il, goguenard.

- O.K., ça va, interrompt le grand. Il s’adresse à Forest :

- Excusez Charles, l’a dû confondre…

- Il a vu juste ! Aujourd’hui, je virevolte, je suis un feu follet… ce matin, j’ai dit à ma femme, qu’il y avait belle lurette que je ne m’étais plus senti aussi bien, interrompt Martin, d’ailleurs, attendez-vous à encore croiser ma route… au revoir… à tantôt ! » Et, faussement guilleret, il prend congé des préposés hébétés qui le regardent regagner sa place que personne n’a eu l’outrecuidance d’occuper en profitant de sa brève absence.  

Avant de se rasseoir, Forest observe à la ronde, comme si la cause de son tracas, qui l'irrite, allait se révéler brutalement. Il bat en retraite devant les regards des curieux, car il n’aime guère être un pôle d’attraction, ni susciter l’intérêt. Cela l’obligerait à s’extraire de sa coquille où il a l’impression de se protéger du monde qui l’entoure et l’indiffère.  

Comme chaque matin, Martin achète le journal dans un kiosque proche de son lieu de travail. En faisant la file, il observe que le libraire lui lance des coups d’œil à la dérobade. Quand son tour arrive, Forest l’apostrophe :

« Oui, je sais, je suis déjà venu chercher mon canard, y a pas cinq minutes… mais c’est mon droit de m’en procurer autant d’exemplaires que je le souhaite, non ? »  

Le libraire demeure interloqué par le comportement absurde d’un client qu’il considérait, jusqu’à ce jour, comme un Monsieur paisible dont l’agressivité verbale, inusité, ne cadre pas du tout avec l’allure débonnaire qu’il dégage.

 

La porte de l’ascenseur s’ouvre pour libérer ses occupants. Martin fait un pas en arrière pour céder le passage… un pas en arrière… on se torture les méninges pour trouver la solution à une contrariété alors qu’il suffit parfois de faire tout bêtement un pas en arrière, même si cela rebute parce qu’on a l’impression de faire une concession à un passé dont on ne veut plus entendre parler. Et ce retour, si malaisé soit-il, permet souvent de découvrir la cause d’un désagrément qu’il faut alors juguler d’urgence. Comment n’y a-t-il pas songé plus tôt ?

Martin n’ira donc pas travailler. Il fait demi-tour pour rentrer chez lui, persuadé que ce qui le tracasse depuis ce matin a été piégé par cette incursion, furtive mais efficace, dans le passé.  

En effet, le résultat ne se fait pas attendre. Quelques mètres plus loin, il aperçoit une silhouette qui, d’une démarche souple, légère, contrastant avec la sienne, se dirige vers la station de métro. Une silhouette habillée de vêtements aux couleurs gaies, vives, tranchant furieusement avec son pantalon crème, son polo gris et sa veste beige. Une silhouette on ne peut plus familière puisqu’elle est… celle du Martin Forest fantasque d’autrefois ! 

«La même tête… la même mallette…» ces mots reviennent dans sa mémoire avec davantage d’acuité. Un sosie… un double… tout le monde possède un double… mais… une ressemblance si frappante ! Cela relève du domaine de l’irréel, de la science-fiction !

Martin est soudain en proie à la panique. Il voudrait fuir mais, sa raison, dans un formidable sursaut d’énergie, l’amène à considérer que la fuite n’arrangerait rien, au contraire. Elle aggraverait la situation dans laquelle il se débat. Martin Forest décide alors de pister… Martin Forest qu’il tient à distance pour ne pas éveiller les soupçons. Martin «suiveur» redoute, en effet, que Martin «suivi», se sentant observé, ne se retourne et, l’apercevant, ne prenne la fuite. Tout serait à refaire. Martin «suiveur» s’est improvisé en professionnel de la filature car Martin «suivi» poursuit son chemin, sans soupçonner le vif intérêt qu’il suscite.

Dans l’attente de la rame du métro, Martin «suiveur»  se plonge dans la lecture du journal tout en veillant à ne pas perdre de vue... Martin «suivi»  qui lit le journal également.

Martin «suivi» prend la peine de s’arrêter chez un fleuriste pour acheter un bouquet de roses rouges. Leur nombre est impair, Martin «suivi» est amoureux ! Arrivé à destination, il fouille sa poche et sort une clé qu’il glisse dans la serrure puis, disparaît dans la maison. Martin «suiveur» est anéanti. Les questions se bousculent, pressantes : comment aborder celui qu’il a été et qui, sans crier gare, resurgit dans son existence ? Comment, ensuite, mettre hors d’état de nuire, un adversaire que l’on était certain d’avoir définitivement écarté ? Car ce Martin Forest-là est en surplus… pas si sûr ! Les dés ne sont-ils pas déjà jetés ? La préférence de Candy penchera vers ce Martin  prévenant, élégant. Elle est restée follement éprise de l’amant fougueux d’hier. Un amant fougueux, ressuscité par on ne sait quel miracle, en compagnie duquel son épouse va revivre les sensations perdues. Une comparaison cruelle pour l’invivable calculateur grincheux que Martin Forest est devenu… 

Bien qu’il ait banni le mot improvisation de son vocabulaire, Martin «suiveur», sans réfléchir, pénètre à son tour dans la demeure.

Il découvre un rez-de-chaussée désert. Impatient, nerveux, essayant malgré tout de conserver son calme, il perçoit de la vie en provenance de l’étage. Il monte l’escalier en étouffant du mieux possible le bruit de ses pas, atteignant bientôt un palier au bout duquel se découpe la porte entrouverte de la chambre à coucher qu’il pousse. Il manque de défaillir à la vue de sa femme allongée sur le lit, complètement nue !

« Candy !… Mais… qu’est-ce qui te prend ? »  

« Martin… est-ce que tu sais ce que tu veux ? C’est toi-même, il y a quelques instants… désirant passer la journée avec ta petite femme pour lui faire l’amour… tu m’as suggéré de monter dans la chambre et de t’y attendre… je te retrouvais tel que tu étais auparavant… j’étais heureuse… même si j’avais… j’avais de la peine à y croire, je trouvais cela si merveilleux… tu étais si persuasif…

- Candy, rhabille-toi, s’il te plaît et, cessez de me prendre pour un imbécile tous les deux ! Dis-moi où se cache cet imposteur ?

- Ça suffit à la fin ! Je ne suis pas un yo-yo ! » s’insurge Candy, horrifiée, se réfugiant sous les draps que Martin retire.

« Où ça ? » rugit-t-il, ouvrant la penderie, tu vas me le dire, dis ? » vocifère-t-il en agrippant la jeune femme par les épaules sur lesquelles, il laisse des traces rouges, témoins de la fermeté de sa poigne. La porte d’entrée claque. 

« Le traître, il s’enfuit ! » Et Martin de lâcher son étreinte pour dévaler les escaliers à toute vitesse.

« Casse-toi ! Va au diable ! Tu as perdu la raison ! J’en ai assez de vivre avec un fou ! Il est grand temps de te faire soigner, mon vieux ! » sanglote Candy en lançant les oreillers contre le mur.

Martin Forest «poursuiveur» se lance sur les traces de Martin Forest «poursuivi», animé de la ferme intention de lui faire regretter cette renaissance hors du temps. «Il n’a pas le droit d’évoluer dans une époque qui ne le concerne plus. Ce monstre anachronique ne peut qu’attirer le malheur. On ne vit plus avec son passé même si, profitant d’une belle journée, il joue les séducteurs…»

Martin «poursuiveur» va rejoindre Martin «poursuivi» quand, les deux hommes déboulent à un carrefour.

Martin «poursuivi» traverse in extremis, au moment où le feu passe au vert pour les voitures. Martin «poursuiveur» s’engage à son tour et ne voit pas un de ces véhicules, qu’il exècre tant, arriver en trombe.

Percuté de plein fouet, Martin «poursuiveur» est projeté en l’air… le temps suspend brusquement son vol plané pour lui faire apparaître toute la platitude de l’existence de la marionnette «Martin Forest», agitée dans une vie qui s’écoule sur fond de journées maussades. Une vision devenue, sous le choc, insupportable. Déployant alors une énergie décuplée par la perspective de repartir à zéro sous de meilleurs cieux, il s’extrait de ses carcans obsessionnels, tel un serpent en période de mue, et abandonne sur le pavé, la peau de l’être monolithique qu’il était.

 

Dépendante de sa nostalgie comme on peut l’être d’une drogue, Candy Forest aurait-elle, durant un de ces nombreux soirs où le cafard la serrait d’un peu trop près, ranimé l’homme qu’elle avait connu ?

Cette histoire tendrait ainsi à prouver la véracité d’une légende très ancienne, oubliée par la plupart, certifiant la résurrection d’un être cher à condition de le regretter intensément.

A prendre avec circonspection cependant, car, à ce jour, aucune démonstration scientifique n’a confirmé le phénomène.

 

 

 

Alain Magerotte

 

Extrait du recueil "Restez au chaud, dehors, il pleut ", Ed. CHloé des lys.

Publié dans Nouvelle

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Micheline Boland a lu "Arc et poésie" de Laurent Thomas

Publié le par aloys.over-blog.com

 

boland photo

 

J'AI LU "ARC ET POÉSIE" DE LAURENT THOMAS


Ce recueil de poésie, écrit par Laurent Thomas, compte nonante-sept pages.


La couverture comprend un rectangle jaune dans lequel sont inscrits le titre et le nom de l'auteur. Jaune, comme la couleur qui se trouve au centre des blasons de tir à l'arc.


Comme je pratique le tir à l'arc en amateur et que j'aime beaucoup cette discipline, c'est avec un réel plaisir que j'ai abordé ce livre. On peut dire que Laurent Thomas, qui s'adonne à ce sport depuis plus de trente ans et qui a fondé et préside un club à Périgny sur Yerres, parle de son arc comme d'autres parlent de leur amoureux.


9782874595080_1_75.jpgCelui qui est familier de ce sport, trouvera de multiples résonances avec ses propres pensées, émotions et attitudes. Laurent Thomas y aborde avec finesse des sujets comme la palette, la cible, le concours, la pointe…


Je pourrais citer de nombreux passages qui m'ont touchée. En voici, quelques-uns à déguster :


"Et que la flèche garde,

Le souvenir de l'instant d'harmonie." (page 3)


"Je suis mon rival,

Mon concurrent." (page 23)


"Le beau est dans le geste de l'Archer." (page 53)

 

"A dessein le but tant désiré,

L'oublier pour mieux l'intégrer." (page 97)


J'ai souri en lisant le poème intitulé "Pas ma faute" dans lequel je me reconnais et reconnais des amis archers : ce texte évoque notre faculté à découvrir des excuses pour tout résultat médiocre.


J'ai adoré :"Prends l'Arc" qui débute ainsi :

"Prends l'Arc dans ta main, laisse-le glisser dans ta paume.

Il reconnaîtra sa place."

 

J'ai reconnu maints moniteurs dans "Maître" :

"Tes yeux n'ont jamais regardé ma cible fléchée,

Seulement la droiture de ma posture."


Un livre à recommander aux archers confirmés ou débutants, un livre qui mérite sûrement sa place dans tous les clubs de tir à l'arc ! Un livre à savourer lentement comme un excellent chocolat ou un bon vin.


Pour vous mettre l'eau à la bouche, je vous invite à consulter le site de Laurent Thomas : http://club.quomodo.com/arc_et_poesie/accueil/bienvenue


 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com


Publié dans Fiche de lecture

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