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bobclinA lire dans ACTU: l' expo de photos que donne au Setca de la Louvière, Carole Merlot (CDL) du 5http://external.ak.fbcdn.net/safe_image.php?d=d129f7c12c3d0b4229769784c832b542&w=130&h=130&url=http%3A%2F%2Fwww.bandbsa.be%2Fcontes2%2Fphotomerlot.jpg juillet au 23 août. Elle écrit, elle dessine, elle lit, elle chante, elle marche, elle court, elle aime son mari,elle déteste, elle boit, un peu et beaucoup, elle colore les jours sans saveur, elle vit de Matisse, elle prend... des risques, elle l'aime ! voir: http://www.bandbsa.be/contes.htm

 

 

 

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Demain, sur le blog "recreaction" link, *M*c répond à mes questions dans un article intitulé : "Je suis quelqu’un qui a un atout mais qui n’a jamais appris à s’en servir4-up on 2010-04-02 at 18.59 ni à le contrôler! alors voilà le résultat..."

 

CHRISTINE BRUNET

http://recreaction.over-blog.org

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HOMO UNIVERSALIS d'ALAIN MAGEROTTE

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HOMO  UNIVERSALIS

 

AlainMonsieur Augustin Badet,

 Huissier de Justice.   

      

Contrôlé à plus de 150 km/h. sur une bretelle d’autoroute où l’on ne peut dépasser le 90 km/h. ! Je n’ai reçu ni procès-verbal, ni rappel, ni assignation et voilà que j’écope d’une obligation de m’acquitter, séance tenante, d’une dette, tombant du ciel, contraignant Monsieur l’huissier de Justice à réaliser un exploit pour un montant ridicule.


Tiens, même en comptant les intérêts de retard, la somme que je dois verser n’excède pas la moitié du prix d’une location d’une semaine à Dorival...


Dorival !… Dorival et son fromage à la réputation internationale. Je pense que ce serait faire injure à Monsieur l’huissier de Justice de lui demander s’il a déjà goûté ce fromage doux, onctueux, revigorant, crémeux, roboratif à souhait, véritable don de la nature, que l’on étend avec délicatesse sur une tranche beurrée de pain de campagne. En vérité, la tartine au fromage, qu’il soit de Dorival ou d’ailleurs, Monsieur l’huissier de Justice l’ignore peut-être, mais je ne la savoure que si je peux la tremper dans une tasse de café sucré. Par contre, je dégusterai volontiers une tartine au saucisson ou agrémentée d’une salade quelconque (crabe, thon, poulet au curry…) sans ressentir le besoin de la plonger dans une tasse de café… allez savoir pourquoi…


Pour en terminer avec le fromage, je me permets d’en faire un, en interpellant Monsieur l’huissier de Justice au sujet du patronyme Badet…


Badet ! J’ai connu un Badet quand j’ai effectué mon service militaire chez les chasseurs ardennais. C’était un sous-officier de carrière. L’adjudant Badet…


Je ne reviens plus sur son prénom… Jules ? Félicien ? Léopold ? Alphonse ? Adolphe ? Oui, c’est ça, Adolphe Badet… un sacré caractère ! Avant de recevoir notre permission du week-end, il y avait l’inspection. Terrible, angoissante. Il cherchait à déceler la moindre faille dans l’attitude ou l’accoutrement pour coincer et priver d’un retour au foyer, de pauvres miliciens harassés par une semaine éprouvante. Une grimace, un poil de barbe mal coupé, un ceinturon ne brillant pas suffisamment et hop, le gars était consigné. Un homme d’une grande sévérité dont la tendresse était cependant inversement proportionnelle à l’image qu’il projetait. Car ce Badet possédait une sensibilité à fleur de peau. Il n’y avait qu’à voir sa manière de bichonner les plantes qui égayaient son bureau et, en particulier, un ficus appelé «gamin»… émouvant… émouvant à un point tel que, parmi les miliciens punis, il désignait un volontaire pour arroser ses protégées, en le menaçant des pires châtiments s’il arrivait quoi que ce soit à l’une de ses petites chéries…


Les misérables ploucs, que nous étions, avions lancé, sous le couvert, cette formule simpliste et stupidement moqueuse : «on ne badine pas avec Badet !»


Monsieur l’huissier de Justice a-t-il un lien de parenté avec ce poète en kaki ? Je demanderais alors à Monsieur l’huissier de Justice de ne point manquer de remettre un cordial bonjour de la part d’Yves Latouche, caporal dans la réserve à la main verte…


… Votre pli du 10 mars m’est bien parvenu. Pour en prendre connaissance, je me suis rendu à la poste de mon quartier où, avant d’obtenir le document, j’ai dû subir le désagrément de faire une file dont je ne voyais pas le début. Ce fut d’autant plus pénible qu’il y avait, juste devant moi, un voisin, Monsieur Parmentier. Je le bats froid depuis deux semaines. La cause ? Elle est liée à l’affaire qui nous occupe… je ne sais d’ailleurs pas pourquoi je l’appelle Monsieur. Je pourrais dire ce cuistre, ce rustre ou lui coller un quelconque nom d’oiseau quoique, une telle appellation serait plutôt incongrue, vu que ce triste sire n’aime pas les animaux. Il me l’a fait sentir en traitant Vénus, ma chienne adorée, de «sac à merde» ! Tout ça parce que la pauvre bête, indisposée en ce jour litigieux, avait déféqué sur son trottoir. Ne vous est-il jamais arrivé, Monsieur l’huissier de Justice, d’être pris de crampes intestinales soudaines vous obligeant à vous laisser aller sans pouvoir vous retenir ?


Des mots durs pour un animal méritant le respect de toutes et de tous. D’ailleurs, comment ne pas l’apprécier. Certes, mon but n’est pas de vous attendrir, Monsieur l’huissier de Justice, mais je ne peux résister à l’envie de vous le décrire en quelques mots qui, j’en suis certain, vous émouvront et vous rallieront à sa cause. Je fais allusion à mon toutou, bien sûr, pas au voisin…    

Vénus, baptisée ainsi en référence à la déesse de la beauté dans la mythologie romaine, est une sang-mêlé, ce qui dans l’esprit de beaucoup est synonyme de tare. Elle est née d’un croisement berger allemand / rottweiler… ou rottweiler / doberman ou encore berger allemand / doberman ! Je ne sais pas… mais qu’importe, il faut la voir quand elle trottine à mes côtés, fière et confiante. Belle, intelligente, sensible, Vénus vient d’accomplir sa cinquième année. Ses sourcils clairs tranchent sur son soyeux pelage foncé. Son corps puissant, musclé, appelle caresses et démonstrations d’amitié qu’elle rend au décuple, heureuse de son gîte, fidèle à son maître qu’elle protège. Sa robustesse et sa mâchoire aux crocs blancs acérés décourageraient plus d’un agresseur potentiel.


Vénus n’hésite pas, de jour comme de nuit, à aboyer lorsqu’un quidam passe ou s’attarde devant la demeure; elle se rue sur la boîte aux lettres, malmenant mon courrier, lorsque s’avance la main du facteur, persuadée que ce dernier tente de pénétrer dans l’habitation. Que voulez-vous, elle tient à cœur sa mission de gardienne de la maison. Peut-on lui en faire grief ? Monsieur l’huissier ne remplit-il pas sa tâche du mieux possible en n’hésitant pas à mordre si les circonstances le commandent ? Mais, à l’instar de ma chienne, je subodore que Monsieur l’huissier de Justice est plus impressionnant que méchant... Me trompé-je ?     


Ce jour-là, j’étais invité à dîner chez ma sœur, Yvette, de deux ans ma cadette. Les circonstances aventureuses et hasardeuses de nos existences respectives nous avaient éloignés l’un de l’autre pendant trop longtemps. Un an ? Deux ans ? Trois ans ? Quatre ans ? Difficile d’être précis dans ce cas-là, comme il est difficile, voire inconvenant, de ne pas s’autoriser quelques libations pour fêter d’affectives retrouvailles. Que celui qui n’a jamais pris une cuite me balance le premier verre…


Je suppose qu’il est déjà arrivé à Monsieur l’huissier de Justice d’arroser sans retenue le plaisir incomparable de pouvoir, après une longue attente, poser enfin les scellés sur la porte d’entrée de l’appartement d’une vieille connaissance qu’il désespérait de revoir un jour.


Dresser un portrait d’Yvette me paraît intéressant, même si cela n’a qu’un faible rapport avec l’événement qui nous a mis en contact.


Petite brunette râblée, aux jolis traits réguliers, à la peau mate idéalement hâlée, elle tient plutôt du côté de maman qui avait des origines portugaises alors que moi, je ressemble à papa dont la taille, le teint pâle et les cheveux blonds faisaient penser à ces fiers vikings qui s’embarquaient sur de solides drakkars pour filer vers des contrées inconnues où les attendaient mille dangers.   


Quand Yvette reçoit, perfectionniste avec un zeste d’orgueil, elle met les petits plats dans les grands. Dès lors, la fine cuisinière qu’elle est serait outrée si on ne faisait pas honneur à sa table.


Ma petite sœur bien-aimée… ça ne vous dit rien ? Les premiers mots d’une chanson… mais, peut-être étiez-vous trop jeune, ou pas né, quand Richard Anthony chantait «A toi de choisir» qui est, en fait, le titre de la chanson. Ma petite sœur bien-aimée donc m’avait mitonné des lasagnes qu’elle accompagne d’une sauce béchamel. J’étais ému de constater qu’Yvette n’avait pas oublié ma prédilection pour les pâtes en général et pour les lasagnes en particulier. Elle ne lésine pas sur les ingrédients adéquats pour pimenter une composition qu’elle craint toujours de ne pas assez relever.


Grâce au chianti, je réussissais à éteindre les velléités incendiaires de sa généreuse préparation et, si ce délicieux breuvage s’était montré insuffisant, le pousse-café offrait une solution de sauvetage doublée cependant d’un choix cornélien : du sec avec la grappa ou du sucré avec l’amaretto… ou les deux, car la nature a été assez généreuse en me dotant d’une capacité de résistance aux boissons alcoolisées, supérieure à la moyenne. En parlant de résistance, je sais de qui tenir puisque papa s’était comporté en véritable héros durant la dernière guerre mondiale et, parodiant Michel Audiard, une expérience de deux ans de service militaire ajoutée à quinze ans à la régie des P.T.T., m’ont bien entraîné à tenir la distance…


Ce ne sera pas la distance qui allait me jouer un tour pendable, mais les mélanges causés par les appels gourmands d’une gorge se desséchant à une vitesse alarmante. Une constatation inquiétante qui aurait dû me sauter aux yeux si je m’étais trouvé dans un état normal… bien que celui-ci m’eût empêché de faire cette constatation inquiétante. C’est là qu’était le hic comme celui, plus terre à terre, de rentrer sans trop de casse au bercail.


Titubant mais digne, je prenais congé d’Yvette. Je m’étais à peine enfoncé dans le siège confortable et moelleux de ma voiture, que j’eus le sentiment bizarre d’avoir oublié quelqu’un… Vénus !… Car, mon chien c’est quelqu’un, comme dirait Raymond Devos. Où l’avais-je abandonné malgré moi ? Chez Yvette, pour sûr ! Je réussis à m’extraire, non sans difficulté, de mon véhicule pour aller rechercher ma fidèle compagne. Je suppose que Monsieur l’huissier de Justice, son travail accompli, veille aussi à ne rien omettre lorsqu’il quitte un lieu dévasté après son passage…   


Je sonne. Pas de réponse. Je tambourine sur la porte et une pâle lumière éclaire le hall d’entrée. Je me dis «tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir». En effet, Yvette apparaît derrière le loquet qu’elle tarde à ouvrir, se demandant qui pouvait bien venir à une heure aussi indue. Elle était prête à se mettre au lit, la ravissante robe de chambre d’un rose criard qu’elle arbore en témoigne.   

« Ah! C’est toi, fait-elle, rassurée.

- Qui veux-tu que ce soit ?... » bredouillais-je. Et ici, Monsieur l’huissier de Justice me pardonnera, je l’espère, un humour qu’il jugera déplacé eu égard à sa situation mais excusable en raison de mon état d’ébriété.

«… Un huissier de Justice ? Un malfrat ? Ou quelque chose dans le genre ? »

- Arrête ! T’es pas drôle quand t’as bu… tu viens récupérer ton chien ?

- Ouf, il est là ?

- Où veux-tu qu’il soit ? Tu l’emmènes partout avec toi… tu le gâtes trop ! Tu l’as habitué à se goinfrer. Faut voir tout ce qu’il a mangé, je dirais plutôt bouffé; tout un plat de lasagnes en plus des croquettes que je lui avais réservées… » 


Nous pénétrons dans le salon où je découvre ma Vénus étendue, les yeux exorbités avec les pupilles en spirale, la langue tordue hors de la gueule et les poils hérissés, comme les personnages de dessins animés quand ils prennent 220 volts. Ça me fait un tel choc, que les effets de l’alcool se dissipent sur le champ. Je l’appelle, la pauvre bête me lance un regard triste à fendre l’âme. Il y a dans les yeux de cet animal davantage d’humanité que dans ceux qui toisent Monsieur l’huissier de Justice lorsqu’il effectue son courageux devoir.  


Vénus finit par se redresser et, ahanant comme un soufflet de forge, se dirige vers moi d’un pas lourd et hésitant. Elle fait peine à regarder. Yvette m’aide à la placer à l’arrière de la voiture.  


Ma petite soeur bien aimée me propose de ne repartir que le lendemain. Je la remercie mais préfère regagner mon domicile. Rien ne vaut un «home sweet home» pour supporter une gueule de bois, comme dirait Pinocchio.     


Je n’ai pas roulé un kilomètre que Vénus plante une superbe gerbe sur la banquette. Réaction logique d’un estomac barbouillé, victime du roulis qui doit agir sur lui comme le tangage d’un bateau agit sur ceux qui souffrent du mal de mer.


Bientôt, une odeur nauséabonde remplit l’habitacle. J’ouvre les fenêtres pour tenter de disperser cette pestilence qui me provoque des nausées.


Rien n’y fait. A l’embranchement de la N4 et de la E5, en retrait sur fond de campagne et de bocages aux silhouettes rendues inquiétantes par les ténèbres, j’avise un établissement chichement éclairé. Pris dans l’éclat d’une pleine lune, l’ombre qu’il projette sur le sol paraît disproportionné par rapport à sa taille réelle.


Je jette un coup d’œil dans le rétroviseur, Vénus est assise, le corps agité de soubresauts dus à des éternuements répétitifs. Elle semble pourtant aller mieux. L’air frais du dehors devrait parfaire son rétablissement. Tout en couvant du regard ma bébête à travers le rétroviseur, je me gare sur un parking mal éclairé et manque d’emboutir un trois tonnes surgissant de nulle part. Un coup de volant pour l’éviter de justesse et voilà ma déesse qui me gratifie d’un second bouquet aussi garni que le premier.


Nous nous extrayons du véhicule empesté. J’ouvre les portières pour laisser passer l’air. Un air purifié que nous respirons à pleins poumons comme doit le faire Monsieur l’huissier de Justice, une fois son travail ingrat terminé.


Vénus gronde, humant le danger. Je ne possède pas son flair mais j’éprouve le sentiment désagréable qu’on nous épie, pauvres proies faciles livrées au mystère de la nuit et à l’inquiétante présence d’un bâtiment dont la pâle enseigne s’est éteinte, rendant l’ambiance lugubre.


Un silence menaçant pèse de tout son poids, pareil à celui qui s’appuie sur les épaules affaissées des clients de Monsieur l’huissier de Justice; funeste prélude à l’instant fatidique où l’homme de loi va appuyer sur la sonnette d’entrée, annonçant ainsi l’imminente et implacable curée.


Des bruits de pas ! Ma chienne retrousse ses babines, voulant impressionner, car l’animal, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, n'est pas méchant. Soudain, voilà un autre animal qui s’amène… enfin, un type… du moins quelqu’un… ou plutôt quelque chose d’immense s’avance vers moi. De longs membres grêles, surmontés d’une tête menue offrent une image effrayante de l’être au ton plombé, d’un gris sale qui se meut avec lenteur. Ses yeux globuleux, exorbités, sont froids, ne recelant pas la moindre trace de vie. Ce bipède d’un autre âge au physique étrange, inaccoutumé, s’élève à deux mètres du sol auquel il s’agrippe de ses maigres orteils griffus.


Ses mains aux longs doigts spatulés sont reliées à des bras filiformes. L’allure discrète, réfléchie, révèle, à elle seule, la froide détermination du personnage en quête d’une prise.

« Que voulez-vous ? Et d’abord, retenez ce chien ou mal lui sera fait… »

La voix, dominatrice, paraît lointaine. Je ne vois point remuer ses lèvres. Par un subtil stratagème, il use de la télépathie pour faire passer son message. Je suis aussi désorienté qu’un client de Monsieur l’huissier de Justice qui doit avoir souvent à faire à ce genre de phénomène malintentionné, à la mine patibulaire mais presque, comme dirait Coluche.


Je ne peux réprimer un tremblement trahissant la peur qui m’étreint. Le truc, enfin, l’alien le remarque et, profitant de sa supériorité physique, me jauge de la tête aux pieds. Une consultation qui me rappelle celle à laquelle nous soumettait l’adjudant Badet, à la différence non négligeable que l’un se souciait de la parfaite correction de mon apparence, quitte à me priver de permission, alors que l’autre semble vouloir y porter atteinte… 


Je pense que Monsieur l’huissier de Justice comprendra mon réflexe instantané. Ne pouvant compter sur mon courage, sourd à mon appel, j’attrape Vénus à bras le corps pour la jeter dans la voiture où je m’engouffre ensuite. Démarrant sur les chapeaux de roue, j’abandonne à ses sinistres desseins une curieuse créature courroucée de me voir filer entre ses mains. 


Je mets les gaz et les maintiens longuement pour mettre une distance définitive entre nous. C’est à ce moment-là que j’ai dû être contrôlé par un radar.


Une fois hors de portée des malveillantes intentions de l’alien, je ralentis l’allure. La route défile, apaisante, devant mes phares contre lesquels viennent buter d’intrépides papillons de nuit. L’odeur du vomi s’implante et me provoque des hauts le cœur. Je ressens aussi le besoin de me désaltérer. Les effets de l’alcool se sont dissipés et ma gorge se déshydrate. Il faut goutte que goutte que je m’abreuve. Vénus grogne, souffrant du même manque. Il existe, Monsieur l’huissier de Justice, une osmose extraordinaire entre cet animal et votre débiteur.   

 

Un bar providentiel à la façade illuminée comme un sapin de Noël surgit dans l’obscurité comme une oasis en plein désert. Je me gare face à la porte d’entrée, espérant qu’il ne s’agit ni d’un mirage, ni d’une nouvelle sorcellerie. Circonspect, je scrute les alentours avant de pénétrer dans l’établissement, suivi de Vénus. 


Pétillante, appétissante, accorte et guillerette, pas bégueule pour un zloty, une croquignolette petite bonne femme se coule avec prestesse entre les tables, servant ici, encaissant là, un mot aimable aux clients. La découpe de sa blouse fraîche et à pois rouges laisse percer la forme de deux mignons globes emprisonnés qui tressautent au pas de course de la brunette. Il doit être comblé le coquin qui remplit les jours de cette adorable donzelle.   


Je commande un coca bien glacé et de l’eau dans une écuelle pour mon chien non sans avoir demandé, au préalable, son prénom à cette enfant qui n’a rien d’un alien. Une audace due à la sérénité retrouvée et comme on devient futile lorsque l’on se sent à l’abri de tous dangers, je m’amuse à compter les pois rouges de sa blouse tandis que Mariette s’active à remplir des verres derrière un interminable comptoir en zinc. J’ai le temps d’en dénombrer vingt-cinq avant qu’elle ne se ramène avec les boissons.  


J’ai l’humeur taquine et la courtise, saupoudrant mon baratin d’allusions friponnes, évitant toutefois les dérapages salaces.


Il commence à se faire tard et les émotions de cette soirée ont raison de mon aptitude naturelle à repousser dans ses derniers retranchements les signes de la fatigue. Prenant congé de Mariette, je me jure de la revoir le plus vite possible.


La tête pleine de rêves, je tourne la clé dans la serrure quand Vénus, prise de coliques subites, quitte mon trottoir pour aller décorer d’un bronze de forme pyramidale du plus bel effet, l’aire de Monsieur Parmentier. Un étron probant puisqu’il révèlera la véritable nature de mon irascible voisin.     


Voilà, Monsieur l’huissier de Justice, j’arrête ici mon plaidoyer qui vous convaincra, je l’espère, de mon incapacité, ce soir-là, à respecter la limitation de vitesse. C’était une question de survie !  


Veuillez agréer, Monsieur l’huissier de Justice, l’assurance de ma considération distinguée.                                                 

Yves Latouche.                                                                                                                                                                             

 

Quand il va chercher son recommandé à la poste, Yves Latouche ne songe plus à l’étrange bipède.


La nature du pli provoque d’abord sa colère. Son calme retrouvé, il décide alors d’envoyer une lettre à cet huissier qu’il maudit. Une lettre dans laquelle il décrit des faits anodins qu’il tire en longueur, y compris sa confrontation avec un alien, confrontation qu’il a mise sur le compte d’éléments multiples comme l’énervement, la fatigue et la proximité de la fête du carnaval. Un simple déguisement… un déguisement très bien fichu, presque crédible. Cette rencontre sera le point d’orgue de sa moquerie et servira d’excuse fallacieuse pour expliquer son excès de vitesse.


Quitte à devoir s’exécuter, autant se payer la tête de cet Augustin Badet.


Il est à mille lieues d’imaginer ce qui va suivre…


Après avoir replacé la lettre dans l’enveloppe, l’alien en caresse l’arête de ses longs doigts. Dans ses yeux jaillit une toute petite étincelle. Minuscule indice de soulagement ou, plutôt, de satisfaction. De son PC portable, il envoie un e-mail.  


MERCURATIL 7 à MERCURATIL 8… mission accomplie… ai retrouvé le fuyard grâce à un subterfuge trop long à expliquer maintenant. Il était temps car l’homme, dans un écrit, fait référence à ma présence sur la terre où, je le rappelle,  je suis venu prendre la température…


Une température au beau fixe puisque MERCURATIL 8 sera ravi d’apprendre que le fugitif en question est l’homo universalis que nous cherchons : fin gourmet, œnologue distingué, rompu à la discipline militaire, ami des mondes végétaux et animaux, amateur respectueux des femmes, mélomane averti et calculateur émérite. Partant de ces constatations intéressantes, je suggère de le ramener chez nous comme échantillon. Un échantillon qui devrait nous amener à la conclusion que la terre est LA planète où il fait bon vivre ! A tout à l’heure. MERCURATIL 7.  


L’alien se sent à l’étroit dans la peau d’Augustin Badet. Il a hâte de retrouver la sienne mais devra encore patienter un peu… jusqu’à sa visite chez Yves Latouche, histoire, si l’on peut dire, d’endormir la confiance de celui-ci…

 

ALAIN MAGEROTTE

 

Rendez-vous le 22 juin pour une autre nouvelle d'Alain Magerotte : Correspondances !

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A LA UNE

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 A lire dans ACTU: "Les landes endormies"de Yves Oliver (Chloe des Lys). Sept nouvelles, sept chemins oùlandesrecto rêve, cauchemar, étrange et fantastique, viennent se rappeler à la réalité. Il est originaire de Leuze, près de Tournai et voudrait finir ses jours en Hautes Terres d'Ecosse. Il est aussi vidéaste, musicien et chante...ur... il traque la poésie, la magie des Druides, l'or des existences...

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MARTINE DILLIES-SNAET a lu LA BELLE OUBLIANCE de CHRISTIAN VAN MOER

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MARTINEJ’ai lu « La belle oubliance » de Christian Van Moer



 

            « La belle oubliance » : musique de valse, valse des mots. J’aime le titre tout en délicatesse à l’image de son auteur  car je reste persuadée que dans tout titre, de part le choix des mots,  se cache non seulement l’œuvre mais l’auteur.

*

            Une conclusion que je note dès l’entrée en matière : non seulement aucun d’entre nous ne devrait hésiter à se procurer le livre mais chaque  professeur de français (élèves de 14 à 18 ans) devrait demander  à ses élèves de le commander car il  fait réellement partie de ceux qui peuvent et doivent être lus en Humanités(*). Et pour l’étudiant, et pour le professeur, il ne peut déboucher que sur des échanges remplis de plaisir ! Cela est inestimable.

 

            Avant tout aussi, au bas de chaque page où commence un  chapitre : quelques vers à-li-re-ab-so-lu-ment ! Peut-être ces quelques vers seront-ils davantage pour les classiques (**) et les littéraires mais pour eux,  ils rouleront au fond de vos entrailles. Je m’en suis délectée. Je n’avais même pas envie de l’écrire, juste envie de garder ça pour moi, rien que pour moi. Oui, mais voilà. J’aime être honnête.

Ou bien je me tais.

*

            Aux sources du Tech. Dans la palette des vins, c’est dans les méandres tantôt d’un Bordeaux, tantôt d’un Bourgogne et tantôt encore dans les sillons sucrés d’un Sauterne que la langue de Christian vous emmène. Jamais dans les vins secs et rocailleux.

La saveur du tout en langue. Je « clac » la mienne. Un nectar.

 

Son écriture est  d’une finesse et d’une richesse de haut vol. J’ai lu  doucement l’histoire de Christian Van Moer, je ne l’ai pas avalée  et je n’en ai  pas éprouvé  l’envie ; elle se déguste et  roule sur les papilles. Philologue roman, sa culture nous instruit sans jamais nous enliser. A l’écriture, les  dieux doivent certainement s’éveiller, descendre de leur Olympe et prendre part aux agapes terrestres organisées par l’auteur.

Bacchus n’est pas invité. Ici, tout est délicatesse et fine culture.La-belle-oubliance-C.-van-de-Moer.jpg

 

Voilà mes premières impressions quant au style et à la forme. Tâchez donc d’écrire des phrases de six lignes et de vous rendre compte que pas un mot n’est de trop ! Elles sont des mini-symphonies. Je me surprends à les relire et à me dire «  Et où as-tu mis le point précédent, diable de bonhomme ! ». Eh bien, il est loin…

 

L’histoire dans tout cela ? Eh bien, elle est prenante, captivante et je n’ai pas déposé le livre tant que je n’ai pas rencontré le point final. Par contre,  j’attendais une autre fin. Elle fait partie de celles qui me donnent envie d’étrangler l’auteur. Je n’en dis pas davantage.

*

            Le mystère Cachou. Je dois me flanquer une paire de claques pour me rappeler à l’ordre : une histoire ou  un chapitre, dans un livre peut être complètement différent(e)  du ou  (de la) précédent(e) et il ne faut surtout pas rechercher l’ambiance de l’un(e) dans le (la) suivant(e). On se nettoie les méninges, bref, on nettoie les vitres et on recommence !

Ce second récit me plonge à la fois dans les aquarelles et les comic’s. La ligne est épurée et l’on retrouve le climat de guerre et d’après-guerre dont elle est le cadre. Encore une fois, l’histoire se lit  jusqu’au bout et ne donne jamais envie d’être interrompue. Intéressant également, la géographie et l’histoire de la région de Tournai, toutes deux délicatement distillées. Intéressantes aussi les questions que mon mari (qui m’a piqué le bouquin) et moi-même nous nous posons.

*

            La zone interdite. Waaah ! Telle la louve nourrissant Remus et Romulus pour la naissance de Rome, Christian  nourrit ici l’Histoire et l’histoire de son livre ! Bravo l’imagination !

Si j’étais un homme, je donnerais un coup de poing sur la table et de ma bouche sortirait le fameux juron « Nom de d…. ! »

No comprendo ? Tant pis.

*

            Confession de la dame en bleu :

[Zut ! Mon mari m’a piqué mon Van Moer, je devrai attendre demain pour cette confession. Hé tiens ! Ça me fait penser au confessionnal de Bob !]

Mais que faites-vous encore  à me lire ? Filez chercher le livre de Christian Van Moer, je vous jure que vous ne regretterez pas !

 

 Quant au titre, l’auteur, vraiment,  ne pouvait pas en prendre un autre ou bien alors il aurait fallu en trouver un qui  offrait la même sonorité.

Allez, Christian, prends ton stradivarius et joue. Joue, Christian, joue ! Tandis que  je me délecte encore de la lecture de « La belle oubliance ».

 


MARTINE DILLIES-SNAET

http://users.skynet.be/TheDillies/

 

 

 

 

 (*) En Belgique, l'enseignement secondaire est appelé  « Humanités ».

(**) Humanités classiques, humanités où les cours de latin et de grec étaient les plus importants.

Publié dans Fiche de lecture

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Publié le par aloys.over-blog.com

A lire dans ACTU:
"Perséphone lunaire" le livre que Patrick K.Dewdney vient de publier chez Chloe des Lys. Il est né en Angleterre mais vit dans le Limousin avec des poules, des motons, des canards, des chiens,http://www.bandbsa.be/contes/persephone.jpg des chats et un potager...en autosuffisance. "J'ai une compagne ravissante, patiente et attentionnée, dont je suis très amoureux. D'ailleurs mon recueil lui est dédié"

 

 

 

 

 

 

 

 

A lire également dans ACTU

 

 Alain Bustin (CDL) dans Sud Presse. Pour son premier roman paru chez Chloe des Lys, "Albert ou la quête d'un marathonien", ce cadre supérieur de la région namuroise, coureur de fond et passionné de montagnes a fait fort. Car on parle partout de ce livre qui raconte comment il a tenté dehttp://photos-f.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc3/hs304.snc3/28815_425047737358_676387358_5621916_1848114_s.jpg retrouver la sérénité après la douleur terrible qu'il a connue après un accident subi par son fils."“ Même si on m’avait jeté du haut de l’Everest, la douleur n’aurait pas été aussi vive ” !

 

 

 
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Encore dans l'Actu:
Chloe des Lys au Marché de la poésie à Namur. De notre correspondante sur place Carine-Laure Desguin...http://external.ak.fbcdn.net/safe_image.php?d=01cfdaa2b0a0dd07ac488d2b2d9c3d94&w=130&h=130&url=http%3A%2F%2Fwww.bandbsa.be%2Fcontes2%2Fpoesienamur1.gif 
Peu de monde ce week-end au Marché de la poésie (à cause des élections sans doute) mais un salon où la qualité a remplacé la quantité.sur notre photo de g à d Laurent Dumortier,Micheline Boland et Alain Bustin. 


Publié dans ANNONCES

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CLAUDE COLSON parle de LA FACE CACHEE DE LA LUNE d'ANNE LEDRU

Publié le par aloys.over-blog.com

La face cachée de la lune - Anne LEDRU



http://idata.over-blog.com/3/65/07/04/tete-Colson.JPGComment rendre compte de ce livre romantico-sentimental ?


D’emblée j’ai été surpris par la construction des chapitres, chacun consacré à un jour, une date, s’ouvrant par une didascalie situant à un endroit un personnage (parfois même plusieurs, successivement, dans une sorte de vision unanimiste). Je n’étais plus habitué à ce genre de construction, qui pourrait d’abord paraître artificielle, mais je m’y suis fait très vite et elle je l’ai très bien acceptée par la suite.


Ensuite saute aux yeux le grand nombre de protagonistes introduits bien vite, de cette manière, et je m’y suis d’abord légèrement perdu (j’ai failli prendre la plume) avant d’assez rapidement retrouver mon chemin.http://blogsimages.skynet.be/images_v2/002/639/212/20090202/dyn001_original_800_1265_pjpeg_2639212_0bf9dd82f1492d21c8d42fdbcb17d2ca.jpg


Enfin, la thématique, le nom même des personnages, tout peut laisser croire qu’on va avoir affaire à un roman à l’eau de rose. Pourtant je n’y ai vu aucune mièvrerie mais une très belle histoire d’amour, bien racontée.


Après quelques rebondissements, pour partie pressentis – je veux dire que la chose attendue n’arrive pas du tout de la manière que j’avais envisagée, car il y a la chausse trappe de fausses pistes – je me suis surpris à être maintes fois envahi d’émotion, à m’impatienter de trouver le temps de poursuivre ma lecture pour savoir comment cela allait évoluer, à vivre pleinement l’histoire avec les héros du livre.


Et, croyez-moi, à mon âge, après avoir vu dans la vie pas mal de beau et de moins beau, eh bien se baigner dans des bons sentiments et une jolie histoire cohérente, quand ils sont bien écrits, ça fait un bien fou !


C’est un roman très attachant que tu as là écrit, Anne. Merci.

 

 

CLAUDE COLSON

http://claude-colson.monsite.wanadoo.fr/

Publié dans Fiche de lecture

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A LA UNE ...

Publié le par aloys.over-blog.com

bobclin http://www.bandbsa.be/contes.htm

A voir sur ACTU:

 

 

"Grand-père va mourir" de Didier Fond (Chloe des Lys). Son frère lui annonce que grand-père va mourir... A partir de là, tout bascule, parce que cet homme va devoir affronter des souvenirs, des gens qu’il avaithttp://www.bandbsa.be/contes2/fond2.jpg voulu oublier pendant vingt ans. Lyonnais, Didier Fond rencontre Chloe des Lys par hasard...... un billet sur internet ! Il va sur le site, tente sa chance et voilà !


 

 

http://external.ak.fbcdn.net/safe_image.php?d=a137665d267a8c0dcbb8ed22f11f48d6&w=130&h=130&url=http%3A%2F%2Fwww.nathalie-marcon.com%2Fphotoavecmaud.JPG"Le château imaginaire"
de Nathalie Marcon (CDL). quand ma fille est née je me suis mise à lui écrire des petites histoires dont elle était l’héroïne... Ce sont mes amis qui m’ont persuadée de contacter une maison d’édition.
Voir les interviews sur:http://www.bandbsa.be/contes.htm

 

 

 

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http://fdata.over-blog.net/3/04/09/11/avatar-blog-1104368210-tmpphpxMBolv.jpghttp://nadinegroenecke-auteur.over-blog.com/

NADINE GROENECKE nous annonce un nouvel article sur son blog...  Venez découvrir Sylvie Goux, une artiste peintre un peu différente...

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LE BUREAU AU FOND DU COULOIR D'ALAIN MAGEROTTE

Publié le par aloys.over-blog.com

LE  BUREAU  AU  FOND  DU  COULOIR

 

AlainMoulée dans un cache-poussière mettant en évidence des courbes parfaites qu’elle ne réserve qu’à Jean-Pierre, son concubin, jaloux et fier d’un tel privilège, Jenny joue de la serpillière au son d’une musique rythmée, crachotée par un transistor posé sur le sol. De temps à autre, elle s’arrête pour remettre en place à l’aide d’une grosse pince, une chevelure luxuriante et rebelle. Le départ pour les vacances est programmé à la date de samedi; aussi, Jean-Pierre lui a demandé de prendre congé la veille afin de faire les courses sans stress inutile, en n’oubliant pas de s’approvisionner en boîtes de saucisses pour Rox, un magnifique Husky. Dès lors, Jenny s’est arrangée avec Martha pour ne pas travailler vendredi, promettant à sa collègue de lui rendre la pareille dès que l’occasion se présenterait. Martha est une chouette fille, toujours prompte à rendre service.


L’ensemble de l’étage rafraîchi, il ne reste qu’à donner un coup de chiffon dans l’espace froid et impersonnel d’un couloir éclairé par un néon distillant une lumière faiblarde qui laisse les recoins dans l’obscurité.   


«Déjà que j’ai des frissons rien qu’à l’approche de ce local, si par dessus le marché, il fait sombre» râle Jenny qui poursuit son travail durant quelques mètres avant de s’immobiliser à distance respectable du bureau au fond du couloir, numéroté 402 où vit en permanence Jules, un étrange locataire rescapé d’on ne sait quelle époque tant son grand âge lui a permis d’en survoler de nombreuses.


Des esprits spécieux prétendent que le bonhomme est mort depuis des lustres et que c’est son spectre qui hante le lieu. Des ragots dépassant aussi bien l’entendement que Jenny qui ne désire pas pousser les investigations plus avant; les histoires de fantômes l’ont toujours terrorisée. Elle se contente de prendre son dû, livré dans une pochette placée sur une étagère grossièrement accrochée au mur. La présence de ce salaire reste, pour les deux femmes d’ouvrage, la seule manifestation de la présence du vieil homme.


A 18h.30, Jenny rejoint Martha, au cinquième étage, dans une kitchenette où elles prennent leur café et grillent une cigarette.

« Alors, ironise Martha, t’as pas oublié de nettoyer le 402 ?

- Je te le laisse pour demain, le vieux m’a dit qu’il ne fallait pas le déranger, il doit mettre de l’ordre dans ses papiers. Il m’a juste donné la pochette avec les sous…

- Quoi ! sursaute Martha, tu l’as vu ?… Il est sympa ? A quoi ressemble-t-il ?…

- A un vieillard, rétorque Jenny, le sourire moqueur.

- Toi, tu me fais marcher, peste Martha.

-… Et t’as même couru, renchérit l’autre. Pourtant, tu sais combien j’ai la frousse de ce bureau… rien que d’y penser ou d’en parler… d’ailleurs, regarde, j’ai la chair de poule…

- Tu trouves pas que c’est idiot ?… Qu’on devrait surmonter notre peur, une fois pour toutes ?

- Que veux-tu dire ? J’ai peur de deviner…

- Ben… qu’on entre dans ce bureau !

- T’es dingue ? Dieu sait ce qu’on va y trouver…

- Probablement le vieux Jules et des tas de papiers… t’as quand même pas peur d’un vieillard ?

- Non, mais avec ce qu’on raconte sur lui…

- Raison de plus pour voir si c’est vrai…

- J’ai pas envie de savoir. Et puis, on risque des ennuis si on rentre sans autorisation… je veux pas perdre ma place.

- Personne ne le saurait…

- Si, le vieux…

- On le menacerait s’il parle !

- Arrête de déconner… je trouille à mort…

- Je te savais pas si froussarde.

- Tu penses ce que tu veux… jamais, je franchirai cette porte… déjà que je suis pas à l’aise avec tous ces mannequins… j’ai toujours l’impression qu’ils m’espionnent ou qu’y en a un qui va bouger…

- Ecoute, Jenny, faudra bien un jour donner un coup de balai là-dedans… je suppose qu’ils vont pas laisser ce truc jamais nettoyé… t’imagines, ça pourrait amener des bêtes… comme des rats, par exemple…

- Si t’as envie de te jeter à l’eau, vas-y, mais moi, je sais pas nager, je reste ici. »

- T’es vraiment pas curieuse !

- Pas pour tout…

- Allez, laisse tomber… je bluffais… moi aussi j’ai les jetons… n’empêche que j’aimerais bien voir ce qu’y a derrière la porte du 402…

- Pas moi... »

 

C’était il y a longtemps, juste après la guerre. Laquelle ? Le vieux Jules ne sait plus. La vie, alors, s’écoulait paisiblement, sans heurt, sans la moindre traverse. Le monde, après avoir été mis à feu et à sang, pansait ses plaies et se figeait dans une tranquille somnolence proche de la léthargie. Cette torpeur avait surtout gagné le milieu des fonctionnaires. Ah, la période héroïco-statique des ronds-de-cuir et des manches de lustrine ! Le petit train-train adopté dans le travail faisait, en somme, l’affaire de tous ceux qui avaient choisi l’Administration permettant un régime sans fatigue.


Jules en est là de ses réflexions puisées à profusion dans les innombrables documents, classés sans suite, empilés sur les rayonnages et dans les nombreuses armoires qu’abrite le bureau qu’il occupe. Le vieux fureteur revoit ces multiples auxiliaires, commis, rédacteurs, sous-chefs, chefs, préposés, agents, adjoints, secrétaires, subordonnés, surnuméraires, tous très dignes, en chemise au col empesé, à la cravate sombre, les traits graves, pénétrés de leur importance, toujours prêts à reconsidérer le monde au moment de l’apéro. Car si l’Administration nourrissait son homme, sans plus, elle l’abreuvait à satiété ! Les couples illégitimes se faisaient au gré du temps et les belles promesses s’envolaient au gré du vent.


L’apathie, l’alcool et l’adultère étaient les empêcheurs de travailler en rond (-de-cuir).


La pensée du vieil homme se mue en songe et, assoupi, son esprit s’égare dans l’immense champ de l’imagination. Le cinéma bat son plein dans ce long métrage aux premières heures cruciales pour l’administré dont le cauchemar se poursuit au fil des années avant que l’ère du changement, s’opérant doucement mais sûrement et de manière irréversible, ne le sorte de ce mauvais rêve.

L’apport d’outils de plus en plus perfectionnés, le resserrement des boulons, la chasse implacable à la canette, les multiples déconcentrations, décentralisations, régionalisations, frustrèrent les fonctionnaires jusqu’à les rendre plus individualistes, plus égoïstes. Et, prenant pour exemple certaines pratiques barbares du secteur privé, de zélés politiciens flanquaient un coup de pied dans le système désormais caduque de la nomination définitive, garante de la sécurité d’emploi et donc, pour eux, mère de tous les vices.


S’en vient alors le temps des désignés à statuts précaires, placés sous la haute surveillance des adjoints des ministres concernés. L’épée de Damoclès pointe au-dessus d’une nouvelle race de travailleurs n’ayant plus le temps de conter fleurette et s’adonnant, sans répit, à leurs occupations.


Amour, alcool et inertie sont proscrits sur les lieux du travail. Si certains en doutent encore, le Syndrome d’Immuno Déficience Acquise est là pour mettre au pas tout contrevenant à une morale devenue austère dans le secteur public.


Afin que les erreurs du passé ne s’estompent dans un regrettable oubli et surtout d’éviter leur réédition, les Autorités ont transformé un des plus anciens bâtiments de l’Administration en musée de cire : le Museum Administrationis. Des mannequins représentent les catégories distinctes de l’administrensis communis à travers les âges, vacant à leur occupation principale.


Le bureau 402 a échappé à la restructuration, Jules refusant de déserter un microcosme auquel il est accroché ad vitam aeternam et même plus, si l’on en croit toujours certaines rumeurs. Le vieil homme est persuadé que s’il quittait, ne fût-ce qu’un instant, son univers, cet abandon s’apparenterait à une félonie. Une attitude inacceptable pour qui sait la haute teneur morale dont se prévaut l’ancêtre. Finalement, les responsables ont entériné la situation et ont même consacré Jules, concierge des lieux. Ses tâches consistant en une forme de gardiennage et au versement des émoluments des femmes d’ouvrage.


Une décision arrangeant tout le monde, tant les édiles que notre surveillant, réfugié dans cette pièce, instaurée en sanctuaire inviolable où les quelques personnalités, tenues par le secret, répugnent à s’aventurer car le vieux, dit-on, n’est guère commode, et c’est bien peu de le dire. Au point que certains de ces élus n’hésitent pas d’appeler la malédiction sur celui qui aurait l’audace d’y pénétrer. Il subirait un châtiment semblable à celui encouru par les profanateurs de la tombe de Toutankhamon. Des racontars certes, mais personne n’a l’envie, et encore moins le courage, de s’y hasarder pour vérifier. C’est la raison pour laquelle, Jenny et Martha ne sont pas tenues de nettoyer ce local. Par contre, elles sont tenues de ne pas ébruiter les rumeurs concernant ledit local sous peine de sanction…

 

Le Museum fait relâche le lundi. Le restant de la semaine, il est ouvert de 9h. à midi et de 13h. à 16h. Aujourd’hui, mercredi, c’est donc jour de visite. Le guide a une tête de guide. Il connaît son sujet sur le bout des doigts et sait, par conséquent, qu’il lui est interdit de faire la publicité du bureau au fond du couloir, numéroté 402…


«… Nos joyeux plumitifs se facilitaient l’existence en arborant, à l’exemple de Jeanne d’Arc, l’étendard marqué de leur principe : Où il y a de la gène, y a pas de plaisir. Ils se conformaient à cet idéal en faisant fleurir au sein de l’Administration, une hygiène de vie nouvelle, réformatrice de l’éthique. Certains endroits, réputés sacro-saints, se muèrent en lupanar où s’emmêlaient employés de tous sexes et de tous poils. Jamais les murs ministériels ne connurent exercices plus attrayants, ni plus éreintants. L’on peut voir, ici, dans ce local assez aéré, la petite coursière, les fesses nues calées sur une pile de dossiers, se curer les ongles des orteils, tandis qu’un chef de service trifouille dans le corsage de sa voisine dont les mains s’occupent ailleurs, suivez-moi ! »

 

Parmi l'auditoire, Jean-Christophe n’a que faire d’un historique récité sur un ton monocorde par un type mettant autant d’expression qu’un élève de l’école primaire débitant une leçon apprise par cœur. Si notre fringant jeune homme a emmené sa énième conquête au Museum, c’est parce que le coquin a une idée précise derrière la tête.

« Dis donc, Cécile, ça ne te donne pas des idées ? As-tu remarqué qu’y a pas mal de coins sombres ici ?

- Jean-Cri, je t’en prie, je vois pas ce qu’y a d’émoustillant à faire l’amour dans un tel endroit…

- Qui te parle de faire l’amour ?

-  Je te vois venir, malin…

- Dans le fond, pourquoi pas ? Ces mannequins de cire avec leur côté joyeux drille, gai luron, m’inspirent…

- Je vais finir par croire qu’Isabelle a raison quand elle dit que t’es tordu…  

- Isabelle n’a jamais rien compris à l’amour… »


Portant beau, les traits réguliers aux angles doux, Jean-Christophe s’identifie au type parfait du séducteur né. Bien découplé, il a acquis de naissance le buste et la musculature de l’athlète, il en use et en abuse auprès de la gent féminine qui, noyée dans une touchante naïveté, en redemande sans cesse. Notre Adonis, infatigable dans le genre d’exercice qui fit la renommée de Don Juan s’en donne à cœur joie : œil de velours, mains baladeuses, bouche gourmande et l’affaire, ou plutôt les affaires sont dans le sac. Jamais, il n’a connu le moindre échec dont il n’en supporte même pas l’idée. Incapable de dire le nombre de ses conquêtes, ce redoutable tombeur de belles, parfaitement équipé pour la satisfaction des filles de tous genres, ne sort d’une aventure que pour se repaître d’une entreprise nouvelle. Et les bonnes aubaines ne manquent pas à ce grand jouisseur qui s’est créé un agréable horizon composé de copains qu’il se résigne à perdre, l’un après l’autre, pour cause matrimoniale; il les remplace au gré de leurs aptitudes à ne pas convoler trop vite. Notre vieux garçon épanoui  va son train et, à l’instar de W.C. Fields, aime regarder les éléphants comme les femmes tout en refusant d’en avoir chez lui, s’enorgueillissant de ne point se fixer un indésirable fil à la patte et répétant à l’envi la pensée de Sacha Guitry : «certains hommes sont malheureux, les autres sont célibataires !» Cette disposition de célibataire, dans laquelle il s’est installé avec volupté, constitue un havre de paix, de tranquillité, d’insouciance et, surtout, de pleine et légitime liberté.

 

Le guide poursuit son monologue. 

«… Dans ce bureau exigu, vous pouvez apercevoir un chef administratif pratiquant son sport favori… la lecture du compte-rendu d’un match de football disputé la veille. Comme c’est bientôt l’heure de l’apéro, des bouteilles de bière de marques différentes sont posées sur une servante. Vous imaginez qu’un musée de cette tenue se doit de faire appel à plusieurs sponsors… suivez-moi ! Le rédacteur, que vous voyez ici, s’affaire à placer ses fléchettes dans la rose de la cible. Il en a plantée trois, ce qui trahit un long apprentissage… suivez-moi ! Sur votre gauche, appréciez divers écrits tels que témoignages, attestations, décisions de Justice qui ont été roulés en boulettes de papier et écrasés sur les vitres, lancées par des mains expertes. D’autres documents, transformés en cocottes, symbolisent le parfait bureaucrate d’alors. A droite, dans l’encadré, vous pouvez prendre connaissance de ce que L’Os à Moelle proposait dans ses demandes d’emploi : Employé de bureau, bricoleur, boute-en-train, grande facilité d’élocution, grosse connaissance récits de chasse, histoires graveleuses, cherche emploi dans Administration ou Ministère bien exposé au Sud. »

 

Les mains jouant du piano sur le dos de sa compagne, Jean-Christophe se fait de plus en plus insistant.

« Je t’assure Cécile qu’on devrait essayer. Tiens, regarde là-bas, au fond du couloir, y a une porte fermée. C’est sûrement un débarras… tu nous imagines enlacés sans que personne puisse imaginer pareille chose en cet endroit ? L’extase suprême, non ?

- T’es vraiment chiant, mon vieux… et puis, parle moins fort… y a la dame avec son tailleur gris qui s’est déjà retournée deux fois, l’air agacé…

- Je m’en moque… je vois que toi…

- Menteur…

- Alors, on y va ?

- Laisse-moi tranquille… »

 

Le visage et la voix du guide restent neutres, il n’est pas question de donner l’impression de nourrir la moindre nostalgie au souvenir d’époques irrémédiablement révolues. 

« En des temps plus reculés, des humoristes s’y frottèrent. Georges Courteline joua à l’employé aux Hypothèques pendant cinq jours et fut rétribué pendant trois ans, personne ne s’étant aperçu de ses absences répétées… »

 

«… Comme personne ne s’apercevra de la nôtre », souffle Jean-Christophe à l’oreille de Cécile, sûr que la bougresse finira par céder.

 

Jetant un coup d’œil parmi l’assistance, pour s’assurer de la présence de tout le monde, le guide pousse un soupir, signifiant qu’il arrive au bout de sa peine.

« En ce qui concerne la dernière partie de la visite, nous devons gagner l’autre aile du bâtiment… suivez-moi ! »

 

Jean-Christophe profite de cet instant de flottement durant lequel le guide, marchant d’un pas alerte, ne prête plus guère attention au groupe qui le suit. Notre dragueur impénitent entraîne Cécile dans un des recoins sombres, proche du bureau au fond du couloir. Cela fait, maintenant, une demi-heure que la jeune femme tient tête à l’homme dont l’impatience va grandissante. Il est temps de mettre fin à cette quête humiliante pour notre Casanova. Après un long baiser, la belle rend les armes. Les deux amants attendent, ensuite, que le silence total ait repris ses droits à l’étage.


Ils prennent une grande respiration lorsqu’ils franchissent, le cœur serré, le seuil de la porte du 402 qui s’ouvre sans offrir la moindre résistance. L’air de cette pièce est vicié, la moisissure a gagné les étagères, s’accaparant lentement mais sûrement d’un plafond délabré. Des dossiers, par centaines, jonchent un sol au bois partiellement vermoulu. L’on s’attend, à chaque instant, à voir surgir un être monstrueux sorti tout droit de la Géhenne.


L’atmosphère de l’endroit, lourd et malsain, devient irrespirable; aucune présence ne se manifeste et cependant, on se sent épié, surveillé, jaugé par d’invisibles yeux dont l’indubitable hostilité inquiète.


Recouvert d’une mousse verdâtre, à certains endroits, poussiéreuses à d’autres, les meubles oubliés, abandonnés, condamnés, jadis, à la démolition semblent autant de spectres d’un passé révolu.


Dans cet antre d’autrefois au silence pesant, l’on sent flotter les âmes troublées des lointains occupants réduits depuis longtemps déjà, mais dont les lieux restent fantastiquement empreints.

« Je t’en prie, Jean-Cri, partons, il fait sale et j’ai peur… cette pièce est peut-être habitée…

- Oui, par une créature hideuse qui se repaît de ragoût de sorcière, de potage aux yeux de chacal, de pâtes à l’hémoglobine, de blanches colombes rôties à la bave de crapaud, de…

- Ça suffit !

- N’aie crainte, mon ange, rien ne te concerne dans le menu…

- Si tu te crois spirituel ! » Et la jeune femme, au bord de la crise de nerf, se met à tambouriner le sol de ses pieds. Jean-Christophe la serre contre lui.

« Du calme, mon cœur, du calme. Il n’y a personne, ici… sauf nous deux… comme tous les amoureux de la terre, nous sommes seuls… seuls au monde… seuls… »


Ses lèvres rencontrent les siennes, s’abandonnant à nouveau dans un long et brûlant baiser. La jeune femme capitule sous l’étreinte chaude de son amant. Enfoui de cet endroit à la senteur du soufre, la libération de la peur intense ressentie par sa compagne, fouette les sens d’un être en pleine force de l’âge qui fait subir à Cécile ce que les esprits chagrins qualifient de derniers outrages. Après avoir gagné, à la force du poignet, les parties intimes de la jouvencelle, celle-ci se libère complètement. La puissance musculaire du mâle, ajoutée au désir, devenu intense, de la jolie Cécile aboutissent à l’inévitable accouplement.


Le climat se transforme brutalement; tout s’assombrit dans ce lieu des ébats improvisés et l’homme, soudainement, perd tous ses moyens. Interdit, infiniment honteux de cette défaite inacceptable qui met en miettes sa virilité, Jean-Christophe s’écroule, accablé, trahi dans sa nature. Lorsqu’il se redresse, cherchant fiévreusement ses bijoux de famille, instruments de tant de gloire, il ne trouve qu’un trou béant ! L’étalon, le chéri des dames, est devenu un être asexué d’une espèce inconnue.


Cécile, affolée, ne sachant comment réagir devant l’état pitoyable de son compagnon, fuit sans demander son reste, le laissant désemparé face à ce terrible coup du sort. Tiraillé entre la stupeur et la hargne, l’homme déshonoré cherche des yeux le responsable de cette épouvantable cruauté. Il le suppose, secoué d’un rire mauvais, tapi dans un quelconque renfoncement de la pièce. Ce monstre de perversité, son horrible forfait accompli, est trop lâche pour le défier à visage découvert. Jean-Christophe éclate en imprécations sourdes contre son tortionnaire, anéanti qu’il est par l’approche d’une mort affreuse. Perdant abondamment son sang, il tente d’atteindre la porte mais ses forces l’abandonnent. A présent, étendu sur le sol, l’homme sent la vie le quitter doucement. Au même instant, les automobilistes sont surpris de voir déboucher, sur la voie publique, une furie à la robe ensanglantée, les yeux hagards, courant dans tous les sens en moulinant l’air de ses bras comme si elle voulait chasser un invisible danger qui la poursuit. Crissements de pneu, coups de volant et tête-à-queue se multiplient. Un taxi, pressé par sa course, ne peut éviter la malheureuse Cécile qu’il percute violemment et projette contre la façade du Museum.    

 

A 18h.30, Jenny rejoint Martha, au cinquième étage, dans la kitchenette où les deux femmes prennent leur café et fument une cigarette.

« Y s’est passé quelque chose de terrible, cet après-midi, au Museum… je suis venue dans le coin plus tôt parce que je devais faire une course et j’ai vu un flic qui interrogeait des gens. Il était plutôt beau gosse… grand, bronzé, avec une belle moustache…

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

- D’après ce que j’ai pu comprendre, c’est une querelle d’amoureux qu’a mal tourné… une femme, qui faisait partie du groupe des visiteurs, a dit que le gars n’arrêtait pas d’embêter la fille, y se montrait trop pressant… on l’a retrouvé sans son rikiki !

- Quoi ! Tu te rends compte, s’il fallait, à chaque fois, arracher le rikiki d’un mec pour le calmer, y a longtemps que mon Jean-Pierre n’en aurait plus ! (rires)

- Ouais… mais c’était une dingue, elle s’est fait renverser par un taxi parce qu’elle courait, toute folle, toute perdue, au milieu de la chaussée…

- Peut-être que le gars l’avait trop excitée… (rires) et lui, on l’a retrouvé où ?

- Dans le couloir… près du 402 !

- Brrr ! J’aime pas ça… et le rikiki ?

- Disparu, envolé !

- Tiens, à propos, à côté de la pochette en plastique, y avait un petit paquet, quelque chose qu’on a enveloppé dans du papier alu.

- Montre voir… oh, regarde, y a un mot accroché… » Et Martha de lire : Que Rox le déguste, afin que ce ne soit pas perdu pour tout le monde. Jules.

 

 

ALAIN MAGEROTTE

 

Rendez-vous le 18 juin pour une autre nouvelle d'Alain Magerotte !


Publié dans Nouvelle

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A LA UNE...

Publié le par aloys.over-blog.com

A voir dans le podcast d' ACTU-tv:
Malgré son tout jeune âge, ACTU-tv a déjà ses petites anecdotes !

Ainsi, si vous avez visionné le podcast de l'émission du 30 mai, vous aurez certainement noté que le pauvre André Debaar semblait assis beaucoup plus bas que son interviewer, comme si on l'avait posé sur un tabouret...

Ri...en à voir avec sa taille... http://photos-b.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc3/hs607.snc3/31945_423941487358_676387358_5591132_6835332_s.jpg

Mais cette vedette du théâtre belge (60 ans de scène) était tout simplement passé à travers le fond du fauteuil dans lequel on l'avait invité à prendre place... et en grand professionnel, il a continué à parler comme si de rien n'était.

Une autre nouvelle !!!!

A lire dans ACTU:


Un bel article dans "Metro" sur le dernier livre de Gauthier Hiernaux "Le triangle sous le sable" . Encore et toujours l"Empire de la Nouvelle Ere", cette saga d' anticipation qui nous mène auxhttp://photos-h.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc3/hs637.snc3/31945_424004557358_676387358_5592496_3403815_s.jpg confins de l'univers. Et si l'Empire le plus puissant de tous les temps reposait sur le plus terrible des mensonges ?

A Voir sur :     http://www.bandbsa.be/contes.htm

 

 



DERNIERE MINUTE DE CARINE-LAURE DESGUIN !!!!!

http://idata.over-blog.com/3/13/64/26/_-34-recadr--3.jpg

http://carinelauredesguin.over-blog.com

9 au 13 juin            

7ème Festival international et Marché de la Poésie

 

 http://www.maisondelapoesie.be/layout/header.jpg

 Maison de la Poésie

*9 juin - In Tenebris, d'après Charles Baudelaire,

par le Théâtre d'Ern

*10 juin - Rencontres-lectures à travers la ville - Impacts des balles à blanc, d'après Stéphane Lambert

*11 juin - Croisière/excursion littéraire - Namur-Dinant-Charleville-Mézières

*12 juin - Marché international de Poésie - Grande Nuit  de Poésie

*13 juin - Marché international de Poésie - Concert du dimanche matin - Slam'Jam, scène ouverte

Rue Fumal, 28 - Namur

Info: 081/22.53.49

www.maisondelapoesie.be

 

Samedi 12 et dimanche 13 juin 2010, "Chloé des lys" vous attendra à cet évènement incontournable de la poèsie ! Merci à tous ! venez nombreux !


La Maison de la Poésie et de la Langue française Wallonie-Bruxelles a le plaisir de vous annoncer la 7e édition de son Festival international et Marché de Poésie Wallonie-Bruxelles qui aura lieu du mercredi 9 au dimanche 13 juin 2010.

L'effervescence est grandissante à la Maison de la Poésie qui prépare son 7e Festival international et Marché de Poésie. Durant 5 jours, la capitale wallonne aura l'honneur d'accueillir une vingtaine d'artistes belges et étrangers pour une nouvelle aventure poétique. Tous à vos agendas, passionnés ou amateurs, un programme époustouflant vous attend !

Lectures poétiques, spectacles, concerts ainsi que la fameuse
Croisière littéraire sur la Meuse sont au programme. Après ce périple, le festival se délocalisera à nouveau jusqu’à la Maison des Ailleurs de Charleville-Mézières pour faire le plein de lectures et d'improvisations musicales. Dans le cadre de cette journée, vous aurez également la possibilité de visiter l'exposition De Rimbaud à Aden ainsi que celle consacrée aux œuvres du peintre Clovis Trouille.

Pour l'occasion, quelques commerçants du vieux Namur vous ouvriront leurs portes pour vous offrir des moments poétiques inoubliables ! Certaines vitrines exposeront également de très belles anthologies poétiques réalisées par les élèves de 5e secondaire des établissements scolaires de la ville. La gare, lieu de rencontre et de communication, sera par ailleurs imprégnée de l'esprit du festival en vous dévoilant, du 17 au 31 mai, en avant-première, les poèmes inédits de nos invités qui viendront de France, du Québec, de l’Acadie, de l’Ontario, d’Italie, d’Irlande, de Roumanie, de Suisse et de Belgique.

Le Marché de Poésie qui aura lieu les samedi 12 et dimanche 13 juin à la Maison de la Poésie rassemblera auteurs et éditeurs afin d'y présenter des ouvrages poétiques francophones. A l'instar d'une foire aux livres, chacun disposera d'un espace consacré à la vente et à la présentation de livres. La
Table des poètes namurois sera également ouverte à ceux et celles qui souhaiteraient faire la promotion de leurs propres ouvrages.

Le Festival et Marché de Poésie font partie des évènements culturels namurois dont l'originalité et la convivialité font la renommée. Nous vous attendons donc très nombreux du 9 au 13 juin 2010 pour partager des moments de créativité et de sensibilité sans pareil !"

Article de la http://www.maisondelapoesie.be/layout/header.jpg

 



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CARINE-LAURE DESGUIN : Albertine Sarrazin

Publié le par aloys.over-blog.com

http://idata.over-blog.com/3/65/07/04/_-34-recadre-3.jpg L'autre jour, une de mes vieilles connaissances se fracture le scaphoïde. Le scaphoïde, vous savez, ce petit os du pied. Sur un ton humoristique ( je n'dis pas "moqueur", elle s'rait pas contente...), je lui dis :

  - On connaissait "L'astragale" d'Albertine Sarrazin. A présent, il y a "Le scaphoïde " de XXX !


  Elle et moi, nous avons bien ri. Surtout moi...

  Ce soir-là, ce nom, Albertine Sarrazin, me revient en mémoire..."L'Astragale", roman autobiographique, écriture magnifique, authentique. Dans un style littéraire prometteur, cette adolescente révoltée raconte ses années difficiles, sa jeunesse rudoyée par des incarcérations successives. Et puis l'évasion, ce haut mur duquel elle chuta et se brisa l'astragale, ce petit os du pied, voisin du scaphoïde...L'intrépide ne peut se relever et, à ce moment-là, le destin s'arrête. Il s'appelle Julien.

  Albertine sarrazin, c'est une étoile. Elle est passée comme un sirroco, pour nous ouvrir les yeux, le coeur. Et c'est elle qui saigna.


  Pourquoi emprisonner les jeunes ? Quelles sont les routes caillouteuses qui les conduisent vers des actes irréparables ? Albertine, c'est tout ça ! Mais c'est aussi l'intelligence, la révolte et un grand, un tout grand talent littéraire.

Savez-vous qu'elle était née à Alger en 1937 ? Et décédée à Paris, en 1967 ? Trente ans !

Albertine Sarrazin, un destin...


Après avoir relu "L'astragale", j'ai écrit ce texte...

  Les bougainvillées et autres éclatantes

  Fleurs d'Alger se fanent s'étiolent en ce dix-sept

  Septembre mille neuf cent trente-sept

  Alger est belle et blanche et chaude

  Les enfants des rues de pierres et ceux

  Des pierres précieuses et creuses

  Creusent l'enfance et ignorent les mépris

  L'enfance est innocence et ignore

  Tous les lampions des haines précoces

  Des abandonnés des jours essentiels

  Il ne suffit que d'un jour féroce

  Un jour de honte et d'oubli

  D'une fille malheureuse devant cette porte

  Toute seule avec ses pensées d'amour

  des cris un panier de bébé autour

 

   Des semaines à se demander lever

   la tête vers le ciel d'Alger si blanche

   Vers ce ciel si bleu et démoralisé

   Pourtant à pleurer il se venge

   Une petite étoile brillante

   N'éclatera plus sur les bras nus

   De la jeune fille si jeune si imprudente

   Si seule au coeur brisé déçu

   Toutes ces angoisses ces déserts

   Dans les plis de son coeur de cierge

   L'enfant qu'elle n'entendra plus

   Qui est-elle et d'où vient-elle

   Cette jeune fille ne sourira plus
   Exilée de la vie sans lumière ni chandelle
   Angelot fragile dans les anges déchus
   Elle peine de laisser là dans des bras inconnus
   Ce petit enfant cet oisillon sans ailes
   Au regard pétillant à la vie dévêtue
   Est-elle fée est-elle magicienne
   Est-elle passante gueuse ou mendiante
   Estampillée d'une passion bohémienne
   Agenouillée et bientôt trébuchante
   Elle hésite elle marche quelques pas
   Puis se confond dans les hibiscus
   A Alger le moindre faux pas
   Sonne le glas sans attendre l'angélus
   Jamais dans la vie ne pardonnera
    D'avoir oublié une princesse
    D'avoir renoncé aux caresses
   Que d'autres ne donneront pas

    Du père de l'enfant nous ne savons rien
    Est-il roi prince ou artisan
    Fils de tout ou fils de rien
    Est-il militaire prêtre ou médecin
    Usurier algérien ou français mécréant
    
    C'est aujourd'hui le jour béni
    Ou maudit de la Sainte- Albertine
    Ils te nommèrent donc ainsi
    De nom Damien de prénom Albertine
    
     A peine venue aux gens
    Déjà des fleuves de larmes
     Inhument lignées de parents
     Et noient les mélodrames

     Enfant du soleil enfant d'Algérie
     Aux yeux de velours d'arrogance et de force
     Ton corps est subtil tes élans sont précoces
     Des étoiles sont en toi et tu aimes la vie

      Derrière les murs tout blancs 
      De l'assistance publique
      Tu t'éveilles et pendant deux ans
      Inoffensive les cadeaux de la république
      T'ouvrent vides et merveilles

      A qui donneras-tu ton premier sourire
      Un visage un lit un drap des fleurs
      Petite fille du soleil et peut-être du désir
      Ta vie est ici ta naissance est ailleurs

       Combien sont venus regarder tes papiers
       Questionner observer et puis réfléchir
       L'affaire est sérieuse et n'est pas garantie
       Difficile d'aimer un enfant adopté

    Albertine Sarrazin, je ne sais pas si j'écrirai la suite de ton histoire ...Tu sais bien que j'attends des nouvelles de mon premier roman ! Tu dois me comprendre ! Tu sais ce que j'aurais aimé ? Et bien, j'aurais aimé, si tu avais vécu, j'aurais aimé aller prendre un verre avec toi. 
A Paris... 

    Ah oui, j'oubliais..Dis, si tu me lis, toi dont le petit scaphoïde s'est cassé, merci à toi, XXX !

 

Carine-laure DESGUIN

http://carinelauredesguin.over-blog.com


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