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Isa Lise est l'invitée d'Aloys !

Publié le par christine brunet /aloys

 

IsaLISE.jpg

Biographie :

 

A l'âge de 4 ans, fascinée par les mots, Isa LISE s'exclama : « Quand je serai grande, je seraijournal-interdit.jpg écrivine ! » Rapidement, elle dévora livre après livre et s'essaya aux jeux de l'écriture, écrivant plusieurs romans qui s'endormirent au fond de ses tiroirs.

Adulte, elle obtint une licence de Lettres Modernes, suivit plusieurs formations et occupa différents emplois.

Depuis quelques années, elle s'implique également dans des activités associatives.

Cependant, l'écriture chevillée à l'âme, elle comprit que celle-ci demeurait encore et toujours sa passion. Alors, elle décida de vivre son rêve en se donnant les moyens de devenir romancière.
C'est ainsi que "Margaux, zéro défaut... ou presque", une fiction dont l'héroïne est une femme contemporaine, vit le jour en avril 2011.
En janvier 2012, elle accoucha de romans-jumeaux : un roman fantastique intitulé "Le Journal Interdit" et "Un doigt pointait vers le ciel", un roman policier.

 

Isa Lise nous propose de courts aperçus de ses textes et de son univers ...

 

Extraits

Margaux, zéro défaut… ou presque

"Ce matin-là, métamorphosée en tortue portant son cartable sur le dos, j'ai péniblement traversé la cour goudronnée de mon nouveau lieu de détention. La fraîcheur et la tristesseun-doigt.jpg matinale de ce matin brumeux et gris d'automne m'ont tout de suite avertie que j'allais devoir renoncer ici à certains de mes petits voyages irréels. Les visages tristes étaient chiffonnés de sommeil. Les yeux inquiets des autres nouveaux surfaient d'un enfant à l'autre. Et tout à coup, une envie de rire a grimpé au fond de ma gorge."

 

Un doigt pointait vers le ciel

« Sofiane la dévisagea, refusant de comprendre. Sybille la chassa d’un geste las et tendre. Alors, l’enfant accepta. Lorsque la fillette regarda à nouveau dans leur direction, elle vit sa sœur couchée sur leur mère, son chemisier blanc devenu rougeâtre,  des perles de chagrin au coin des yeux… Elle serra très fort les dents et fit ce qu’on attendait d’elle : ellemargaux0.jpg alla siroter un lait indigeste avec le petit garçon et la femme, sans identifier clairement le chocolat tant l’odeur âcre de l’essence s’était invitée dans son nez, tant celle-ci et tout ce qui s’y rattachait étaient gravés dans son âme… Jamais plus elle ne pourrait boire un chocolat sans penser au véhicule qui avait détruit son enfance, songea-t-elle. »

 

Le Journal Interdit

« Les traits de cet homme sont impénétrables. Ses yeux semblent maussades. Son front est grand et marqué, son visage carré, pourtant son nez retroussé offre un parfum d’enfance… Sa bouche… Cette bouche sourit-elle ? Elle me semble séduisante et malgré tout, elle m’effraie. Est-elle avenante ou carnassière ?  Tout autour de ce visage, j’ai griffonné une chevelure fournie retenue par un fragile élastique. Je le devine grand et rebelle. Mystérieux… Ténébreux ?

Pourquoi me hante-t-il ? Qui est-il ?

Je préfère jouer les midinettes et me persuader qu’il s’agit peut-être de l’homme de ma vie… Mais si tel est le cas, n’est-il  pas effrayant de l’avoir deviné ? » 

Publié dans l'invité d'Aloys

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Comme une caméra, une chanson en vidéo d'Hugues Draye

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Hugues Draye

www.myspace.com/huguesdraye

Publié dans vidéo

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Il était une fois, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

delvilletete

 

IL ÉTAIT UNE FOIS…

 


 

Il était une fois… C'est en général ainsi que commencent les contes de fée et pourtant cette histoire n'a rien de féerique, elle est magique seulement…

 

Dans les années 1880, Trophime, mon arrière-grand-oncle qui travaillait à Anvers a inventé un nouveau type de téléphone. C'était surtout sur la partie écouteur et micro que ses activités le menaient.

 

Il avait conçu cela surtout pour le confort des clients qui commençaient doucement à s'intéresser au téléphone. À l'époque, on se focalisait plus sur l'esthétique de l'appareil que sur ses performances. Les postes étaient parfois en bois précieux pour les clients riches.

 

Le principe était simple. On tournait une manivelle située sur le côté et cela faisait tinter une sonnette qui "réveillait" une préposée dans le bureau local à qui on demandait de vous mettre en communication avec votre correspondant. La charmante personne vous branchait vers la centrale de la personne appelée qui sonnait chez lui et réalisait enfin la liaison.

 

Tout un programme !

 

Les années venant, cela s'est modernisé. Les braves dames ont été remplacées par des machines mécaniques qui réalisaient le même travail, plus rapidement. De nos jours, ces machines fort bruyantes ont fait place à l'électronique.

 

Dans les années 1980, j'ai moi aussi été dans le "téléphone" et contrairement à Trophime, je n'ai rien inventé, maintenant on travaille en équipe ! Je me suis occupé de choses dont mon ancêtre n'avait même pas idée que cela existerait un jour, comme les téléphones portables…

 

Il paraît qu'à son époque, les standardistes étaient choisies pour leur belle voix alors qu'aujourd'hui on choisit les collaborateurs en contact avec le public pour leurs jolis yeux bleus…

 

Jadis, les "belles voix" étaient parfois un peu moches. Aujourd'hui, les "jolis yeux bleus" n'y connaissent parfois pas grand-chose !

 

Il était une fois un téléphone sans fil mais aussi sans âme !

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com 

Couverture Louis dernière version copie

Publié dans Nouvelle

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Christine Brunet a lu "En quête de sens" de Christel Marchal

Publié le par christine brunet /aloys

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ISBN 978-2-87459-583-7

Editeur : Chloé des lys

 

Que voilà un sujet pas vraiment gai... L'autisme et le désespoir d'une mère face à la souffrance de sa fille. 

Souffrance ? Pas si sûr en fin de compte. On assiste à une sorte de chasse au trésor ou de jeu de piste à travers Bruxelles, une découverte originale au fil des statues et des oeuvres d'art de la capitale.

Un petit livre pétillant, plein de vie, de couleurs, d'espoirs qui nous entraîne malgré nous au fil des pages et des bulles roses du chewing gum de Léo.

Qui est l'autiste ? Agathe ou sa mère qui s'enfonce peu à peu ? Léo et ses tocs, qui sait ?http://www.bandbsa.be/contes3/enquetedesensrecto.jpg Mais Agathe ? Non... Agathe est une artiste, d'une intelligence supérieure, pas une autiste... D'ailleurs, remarquez... une seule lettre sépare les deux mots !

Un style atypique chargé d'odeurs, d'impressions, de flashes colorés qui tournent en rond, nous plongent dans l'univers d'Agathe et éclatent pour notre plus grand bonheur en brisant la spirale infernale des mots. Des mots qui tournent en rond comme les gestes d'Agathe ou les tics de Léo. En rond... peut-être pas le bon mot non plus... Sous la plume de Christel marchal, les mots s'envolent en un tourbillon d'impressions qui nous laisse entrevoir une petite ouverture éblouissante, une fenêtre sur l'amour.

En quête de sens est un livre qui ouvre l'esprit à la différence et sonne le glas des idées préconçues, un livre qui ne peut pas laisser indifférent, un livre poétique à trois dimensions qui fait appel à tous les sens du lecteur. Un livre à découvrir, absolument.

Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.passion-creatrice.com
www.aloys.me

Publié dans Fiche de lecture

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Deux cloche art... textes de Carl Chaboum, alias Carol Trottier

Publié le par christine brunet /aloys

chaboum

 

 

 

http://www.bandbsa.be/contes2/solenversrecto.jpg

Publié dans Textes

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Christine Brunet a lu "La vieille" de Walter Macchi

Publié le par christine brunet /aloys

ma photo

 

ISBN 978-2-87459-592-9

Editions Chloé des lys

 

Voilà un autre livre que j'attendais... Après A un détail près dévoré en un clin d'oeil, Walter Macchi propose à ses lecteurs impatients La Vieille toujours édité aux Editions Chloé des lys.

 

Serait-ce un autre roman policier ? Clairement non.

 

Euh... Un roman historique, alors ? Non plus. Une histoire d'amour ? Et bien oui, d'amour ethttp://www.bandbsa.be/contes3/vieille.jpg de haine, de bêtise, de mesquinerie et d'avidité, une étude de l'âme humaine sur une étude de cas... une histoire d'héritage, une histoire de famille, une histoire d'émancipation, et de découverte de la vie aussi.

 

Walter Macchi nous propose un journal intime, une tranche de vie et, quelque part, un parcours initiatique, celui de l'héroïne que le décès brutal de sa grand-mère précipite dans sa vie d'adulte.

 

Une écriture fluide, cinématographique, très naturelle qui colle aux personnages superbement croqués. Une histoire passionnante et très vivante qui fait sourire ou grincer des dents et jubiler à la fin ! Un livre et un talent à découvrir. 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

www.aloys.me

www.passion-creatrice.com

Publié dans Fiche de lecture

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L'auteur mystère n'est autre que Carine-Laure Desguin, l'auteur de Rue Baraka.

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

 

image-1


 

 

 

 

 

( Texte écrit pour un concours ; les premières lignes d’un roman de Marguerite Duras étaient données ; il s’agissait d’imaginer une suite )

 

Publié dans auteur mystère

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Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

 

point d'interrogation

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

 

 

 

 


 

Publié dans auteur mystère

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Isabelle fable se présente !

Publié le par christine brunet /aloys

fable_isabelle_01.JPG

 

 

J’ai consacré ma vie à ma famille avant de me mettre à écrire vers trente-cinq, trente-six ans, participant à des concours, souvent primée, sans être publiée pour autant. Romans, nouvelles, contes, poèmes, essais, pièces de théâtre, humour et textes pour enfants. – Pour le détail des œuvres, distinctions, publications, activités et autres infos – et le poème de la semaine, vous pouvez consulter mon site : www.fable.be

 

Je suis membre de l’AEB, membre du conseil d’administration et secrétaire de l’AREAW, membre du Grenier Jane Tony.

Je fais des comptes-rendus de livres pour le Reflets Wallonie-Bruxelles.

J’interviewe des auteurs et présente leurs livres à la Maison des Ecrivains ou au Grenier Jane Tony.

Il m’arrive d’être moi-même membre de jury pour des concours (l’autre côté de la barrière !)

Je suis également lectrice bénévole pour la Ligue Braille et membre d’Help Animals.

J’apporte aussi mon aide à la correction de textes d’étudiants ou autres.

 

J’ai publié quelques trucs, souvent suite à des prix remportés lors de concours.

Pour les œuvres en solitaire :

- Un roman, Carambole du diable (éd. Société des Ecrivains)- Prix Rotary

- Un recueil de poèmes, Femmes en souffrance (éd. Le Coudrier) – Prix Delaby

- Un recueil de haïkus, Sur les ailes des lucioles (éd. du Cygne)

Pour les œuvres en collectif de lauréats, des contes et des nouvelles. Par exemple :

* Le dernier papillon

* Un amour de papier – Prix de Belgique Loisirs

* La petite sorcière de la colline

* Le crabe et la poupée

* La nuit d’Ophélie

* L’avis du chat – Prix Louis Delattre

* Et vous encore mineurs… -Prix de la Revue générale

* Le loup qui avait peur de son ombre

* Drame au château des Dames – Prix de la Nouvelle historique

* Le jour de la marelle

* Bambolina

* Nuit et jour

* Etangs noirs – Prix du Parlement francophone bruxellois

* Alarme à l’œil – Publié chez Luce Wilquin

* A quoi tient le destin

* L’oiseau-mouche

Et beaucoup de poèmes lauréats publiés en recueils collectifs ou anthologies.

 

J’ai aussi publié moi-même en quelques exemplaires des recueils de contes et de nouvelles, nouvelles érotiques, nouvelles à suspense… qui n’attendent que le bon plaisir d’un éditeur pour s’épanouir au soleil du public !

 

Je vais publier chez Chloé des Lys un ouvrage parlant de l’école au début du XXe siècle, sous forme de fiction romanesque - (Ecole et coquelicots ). Cela s’adresse aux jeunes comme aux moins jeunes.

 

Le rêve serait de voir publier mes œuvres passées, présentes et à venir !!

La grosse difficulté est de se faire connaître et de se faire reconnaître. Tant qu’on n’est pas édité, on n’est pas lu, ou si peu ! Et quand on n’est pas connu, on a peu de chances de se voir édité ! Cercle vicieux. Il faut continuer à chanter comme une cigale tout en travaillant comme une fourmi. Mais il est bien difficile de faire sa promotion soi-même ! On a l’air de se vanter, pire, de se vendre. C’est plus logique de se voir encensé et poussé en avant par l’éditeur ou par les critiques littéraires. Mais pour cela, il faut être édité et diffusé. On tourne en rond !

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Secrets de famille, une nouvelle de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

SECRETS DE FAMILLE

 

 

Chaque mercredi après-midi, Lina gardait Théo, son petit-fils. Elle mettait à profit ce temps pour aller se promener dans les campagnes avec lui et lui apprendre les noms des arbres, des oiseaux et des fleurs sauvages ainsi que pour ramasser l'un ou l'autre plume, l'une ou l'autre feuille dont ils feraient des bricolages, les jours de mauvais temps.

 

Ce mercredi-là, alors qu'ils avaient, comme à leur habitude, emprunté un chemin de traverse, ils virent une bête blanche de forme allongée se diriger vers une fermette isolée au milieu des prés. Depuis le décès de son dernier occupant, Jules Martin, elle était à vendre et personne n'en voulait. Qui, en effet, aurait voulu de cette bâtisse qui nécessitait un sérieux travail de restauration et n'était accessible que par un sentier ?

 

D'un regard, la femme et l'enfant se comprirent… Ils suivirent l'animal. Celui-ci avançait vite, bien trop vite pour que Théo et Lina puissent le suivre. Mais ils l'avaient suivie des yeux et ce qui était sûr, c'est que la bête était allée jusque la fermette. Lina se contenta d'expliquer : "On dirait une sorte de belette si ce n'était cette longue queue et ce pelage tellement blanc… Vraiment, Théo, il faudra qu'on regarde dans mon gros livre."

 

Lorsqu'ils atteignirent le seuil de la maison, la femme et l'enfant constatèrent que la porte d'entrée était entrebâillée. Lina la poussa un peu… Théo qui serrait la main de sa grand-mère, laissa échapper un cri d'admiration lorsqu'une bête blanche s'approcha de lui et le regarda de ses petits yeux bruns. Des voix se faisaient entendre. Pas de doute, Lina reconnut celle de Jules et de Mariette, son épouse. Animée par la curiosité et au mépris de toute prudence, elle poussa plus encore la porte et vit. Il n'y avait aucun être humain mais quantité de bêtes blanches installées sur le manteau de la cheminée, les vieux bancs et la vieille table et qui parlaient entre elles.

 

Dans le rocking-chair, il n'y avait qu'une seule bête. Et cette bête dont la voix ressemblait tellement à celle de Jules, c'était elle qui tenait le crachoir. Elle parlait du passé, racontait des secrets de famille, détaillant qui parmi ses ancêtres avait fait de la résistance, qui avait joué aux dés, qui s'était amouraché d'une servante. Et la bête installée sur le coin de feu, celle qui avait la voix de Mariette se contentait d'approuver d'un sempiternel : "C'est bien vrai…".

 

Théo lâcha la main de sa grand-mère et fit un pas vers la bête la plus proche mais Lina le retint. Elle l'entraîna vers le dehors, repoussa la porte et l'emmena sur le sentier. Théo ne cessait de dire : "Oh les jolies bêtes. On aurait pu en ramener une chez toi, Mamy…" 

 

Lina répondit : "C'est impossible, mon trésor, ce sont des bêtes sauvages. Dis, tu les as entendues ?"

 

"Oui, Mamy, on aurait dit qu'elles ronronnaient comme Minou, chez Tatie…"

 

Lina n'en demanda pas davantage. Sans doute, le long monologue entendu n'était-il que l'œuvre de son imagination. En rentrant chez elle, elle sortit l'album de photos et le parcourut avec l'enfant. Elle commenta qui était vraiment tonton Henri parti un jour tenter sa chance à Paris et détailla aussi qui était telle et telle personne  qui avait fait de mauvaises affaires, était morte au combat ou avait eu une passion secrète.

Des mois plus tard, la fermette fut vendue, puis rasée. On construisit un chemin menant du terrain à la grand-route. On bâtit une villa. Plus jamais, Lina et Théo ne rencontrèrent de bêtes à la fourrure blanche dans la campagne avoisinante. 

 

 

 

Micheline Boland

Son site : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/
Son blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com/

 

http://www.bandbsa.be/contes3/jamourrecto.jpg

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