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Un poème de J'Anhou : "Grand projet" Ambre et François

Publié le par christine brunet /aloys

 

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« GRAND PROJET »

AMBRE ET FRANCOIS :

 

Ils ont dans leurs projets de venir jusqu’à Toi

Ils partagent déjà, tu sais le même toit.

Je viens me recueillir, c’est juste une prière

Je me mets à genoux pour goûter ta lumière ;

 

Ils vont venir tous deux jusqu’au pied de l’autel

Je serai parmi tous je ne serai « qu’untel »

Depuis déjà longtemps mais avec ma Colombe

J’emprunte ce chemin qui finit dans la tombe.

 

Seigneur vais-je trouver les mots à mettre en vers

Pour te le dire aussi « bonheur en mots divers ».

La Promise et mon fils font ce choix d’alliance

Avec toi dans le cœur et avec confiance.

 

Reçois auprès de toi la foi de leurs parents

Qui les ont élevés, avec soin, dans les rangs.

J’en pleure devant toi tant mon âme pétille

Les valeurs quelque part ont cet art qui frétille.

 

Laisse-nous revenir au pied de ton autel

Toujours cœur amoureux mais d’un bleu plus pastel

Laisse-nous revenir au chœur de ton église

Avant d’être Colombe, elle était ma Promise.

 

 

 

J'Anhou     06/2009

Publié dans Poésie

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L'Amour au-delà, une nouvelle d'Adam Gray

Publié le par christine brunet /aloys

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L’Amour au-delà…

 

– Non, coupa Helen, de grosses larmes affluant, pareilles à la marée aux pieds du Mont Saint-Michel, dans ses grands yeux gris-vert.

– Ne vous méprenez surtout pas… Je comprends ce que vous ressentez. Je le comprends parfaitement mais… ce n’est pas sa volonté, répondit le chirurgien d’une voix bien trop mécanique pour simuler une réelle empathie. Vous devez le laisser partir. Demain, il nous faudra débrancher Aidan. Demain, Helen.

– Je ne suis pas prête, répondit-elle irritée.

 

Le praticien tourna les talons et quitta la chambre 408, où seule une photo d’un couple très heureux, ceinte d’un cadre rococo couleur camion de pompier, donnait à la pièce immaculée, blafarde, un dérisoire semblant de chaleur. Les fleurs dans le vase, des roses rouges, étaient mortes de soif depuis déjà plusieurs jours ; Helen avait complètement oublié de s’arrêter en acheter chez le fleuriste dans le hall de l’hôpital, au rez-de-chaussée.

Se penchant sur son jeune et bel époux, elle posa une joue sur son torse athlétique abîmé par une longue cicatrice, l’embrassant, tout d’abord, et se remit à pleurer, dans le plus pur silence que la pluie sur les vitres, un peu grasses, ne tarda pas à venir briser. Cruellement.

 

La journée défila, s’égrainant avec les allers et retours du personnel hospitalier, plus ou moins impassible, et, avec cette nouvelle et sombre journée, défilèrent les souvenirs…

La soirée était bien avancée.

La pluie avait cessé.

Helen se cala dans son fauteuil, ne cessant de veiller son époux, immobile dans son lit et relié à d’horribles et froides machines, imperturbables et menaçantes. Elles semblaient bien plus vivantes que son Aidan dans sa mortifère pétrification. Méduse n’aurait pas fait mieux…

 

Au moment de cesser sa lutte contre Hypnos et son fils, Morphée, Helen, les cheveux quelque peu défaits, prononça quelques mots. Ces mots : « Je ne veux pas te laisser partir. Je ne peux pas. »

Et, finalement, elle se mit à rêver…

De leur rencontre, alors qu’ils étaient tous deux étudiants en droit – lui, pour faire plaisir à sa famille car tout ce qui l’intéressait, dans la vie, c’était de devenir, clamait-il : « Un dieu du surf ! »

Lui revinrent leurs premiers mots échangés à la cafétéria, un jour de décembre ; il venait, se prenant les pieds dans le sac qu’elle avait négligemment jeté à terre, de lui renverser son plateau sur le pull-over blanc tout neuf qu’elle s’était acheté la veille. Revinrent, bien sûr, le tout premier fou rire et, surtout, le tout premier baiser quelques jours après dans la voiture d’Aidan. Elle rêva même du tout premier repas avec ses parents – ses parents à elle –, et se souvint à quel point sa mère avait été séduite. Et pour cause : Aidan était très avenant et plein d’humour, grand et beau garçon. Le gendre idéal, en somme. Helen, très belle avec un beau visage ovale encadré d’une longue chevelure blonde, et Aidan formaient un fort plaisant couple, alliant beauté et gentillesse, générosité, avec des rêves plein la tête. Entre autres, partir un jour à la découverte du Kilimandjaro. Peut-être Shanghai… Et surfer sur les vagues australiennes ! Ils auraient fait plein de photos pour ennuyer leurs familles avec des : « Ça, c’est Helen dans le jardin Yuyuan ! », et des : « Ça, c’est Aidan qui est tombé de sa planche à Bondi Beach ! »

Ils auraient fait un enfant, un soir, après le coucher du soleil, sur une plage de carte postale, derrière une dune… Un petit James ou une petite Kristen.

 

Helen dormait profondément.

 

Inconsciente d’être dans les bras de Morphée, elle poussa une porte qui venait de se matérialiser devant ses yeux, s’ouvrant, étrangement, sur le campus où ils avaient étudié…

– Aidan ? C’est… C’est toi ? s’étonna-t-elle, quoique très heureuse.

– Bien sûr, répondit ce dernier d’une voix enjouée. Ça me fait tellement plaisir de te voir ! Tellement de choses à te montrer… Comme tu es belle…

– Belle ? Tu parles !… À me montrer, dis-tu ? À quoi diable fais-tu allusion ?

– Ah ! Tu vas voir ! Ce soir, amour, nous allons faire le plus beau des voyages… Féerique ! Fantastique ! Magique !

Helen se mit à rire.

– C’est une nouvelle robe ? enchaîna-t-il rapidement.

– Elle te plaît ? s’enquit-elle en tournant sur elle-même.

– Beaucoup. Tu es merveilleuse. Mais comme toujours. L’heure tourne… Allez ! Ne perdons pas une minute…

– Ton côté énigmatique, derrière ce sourire qui te rend si sûr de toi, c’est peut-être cela que j’aime le plus chez toi. Et quand tu relèves ton sourcil gauche, également…

Aidan, alors, prit sa moitié par la main et la pria de fermer les yeux.

– Tu as confiance en moi, n’est-ce pas ? demanda-t-il. Où aimerais-tu être, en ce moment ?

– Où j’aimerais être ? Hum… Laisse-moi réfléchir. Ah ! Oui ! Sur cette plage dont tu m’as si souvent parlé, en Australie.

– Très, très, très bon choix, se satisfit-il. Ouvre les yeux et… regarde !

Helen hallucina, littéralement. Aidan et elle y étaient : à Bondi Beach. Le soleil se couchait, donnant une belle couleur vermeille et dorée au pays des kangourous, et ils étaient seuls au monde. Complètement.

– Je dois rêver, murmura-t-elle, se blottissant contre le corps tout chaud de son époux.

– C’est bon de rêver, affirma-t-il. Et ton maillot de bain est… très sexy…

– Ça alors ! s’exclama Helen en baissant les yeux. Mais… c’est de la magie !

Réalisant que son époux était dévêtu lui aussi, elle lui murmura qu’il était… très viril dans le sien…

– Tu veux qu’on aille affronter les vagues ? la pressa-t-il avec l’impatience d’un enfant.

– Quoi ? Les vagues ? Tu es fou ! J’ai bien trop peur des requins ! C’est plein de requins et de crocodiles, ici ! Et pas des petits !

Aidan se moqua gentiment.

– Puis il fait nuit… Et des vagues, des vagues… il n’y en a pas ! poursuivit-elle.

Il releva les yeux, claqua des doigts… et le soleil chassa brusquement les ténèbres naissantes. Il faisait jour, à nouveau, et un vent idéal faisait se soulever les vagues de l’océan Pacifique.

– Satisfaite ? Il fait jour, y a des vagues… et il n’y a aucune bestiole affamée dans l’eau.

– Mon Dieu… Ou je rêve ou je deviens folle…

– Mais tu n’es pas folle, Helen, rassure-toi. Sinon de moi, j’espère bien !

Souriant, Aidan se pencha sur sa femme et l’embrassa passionnément, comme la toute première fois, quand deux corps étrangers se touchent et se découvrent, fusionnent, explosent, provoquant les plus intenses, les plus incroyables et les plus inoubliables des frissons…

Deux anges sur le sable.

Du doré et du bleu à perte de vue ; véritable paradis anamorphosé, comme un acrylique qui prendrait vie…

– Je t’aime, dit Helen sur le ton de la confidence.

– Moi aussi, dit Aidan. Plus que tout au monde.

Helen surfait sur de hautes vagues avec l’homme qu’elle aimait. Son dieu du surf à elle toute seule… Ils glissaient, tous les deux, sur la même planche. Sur le Pacifique. Aidan se mit à crier d’excitation et de bonheur. Helen, d’ordinaire sage, l’imita. Ils étaient heureux. Le monde leur appartenait.

– Je n’ai jamais éprouvé un tel bonheur, avoua Helen en resserrant ses bras autour de la taille d’Aidan. On devrait faire cela bien plus souvent !

– On le fera, promit-il. Mais ferme les yeux, maintenant.

Helen s’exécuta, exaltante. Lorsqu’elle les rouvrit enfin, ils avaient atterri en plein milieu… d’un carnaval… Dans les rues de la Nouvelle-Orléans ! Et des airs de jazz fusaient ! Et des gens costumés s’amusaient tout autour.

– Tu aimes ?

– C’est incroyable, dit Helen.

– Alors… pense très, très, très, très fort à un costume, n’importe lequel, et claque des doigts ! Je vais faire la même chose.

– Tu es sérieux ?

– Ai-je l’air de plaisanter ? (Il releva son sourcil gauche.)

Helen baissa les yeux, amusée, et pensa très fort à cette actrice dont elle avait oublié le nom mais qu’elle avait adorée dans les trois premiers volets de Pirates des Caraïbes. Puis elle claqua des doigts.

– Mademoiselle Swann ! s’exclama Aidan. J’adore…

Helen se mit à rire en découvrant le costume sur son corps tout fin, apparu, encore une fois, comme par magie. Aidan claqua des doigts et se retrouva, lui, dans le costume de Brad Pitt dans Troie.

– Mon Achille ! s’écria Helen.

– Plutôt cool, non, tous ces gros muscles ? plaisanta-t-il. Allez ! Profitons de la fête et… dansons !

Les deux amoureux virevoltaient, insouciants, pris dans la folie nocturne de ce carnaval étourdissant de couleurs et de sons.

Les rues de la Nouvelle-Orléans étaient très colorées et ornées d’accessoires de fêtes et de ballons de toutes les formes. Il y avait des cracheurs de feu, des clowns et des acrobates, des cajuns qui marchaient sur des échasses et l’on pouvait admirer, de-ci de-là, un James Bond, une Angélique, un Robin des Bois et même… des morts-vivants ! Quelques enfants, d’ailleurs, étaient déguisés en Michael Jackson et lui rendaient hommage en exécutant, plus ou moins bien, la célèbre chorégraphie de Thriller.

– Je voudrais que cette nuit ne s’achève jamais !!!!!! hurla Helen, s’efforçant de couvrir le son des instruments de musique.

– IDEEEMMM !!!!!! cria Aidan encore plus fort.

Il la serra dans ses bras, très fort contre son cœur, et caressa sa chevelure, s’enivrant de sa douce odeur de miel.

 

Toute la nuit, Aidan emmena Helen dans des lieux réellement exceptionnels : aux pieds des Pyramides, sur la Grande Muraille de Chine, au sommet de l’Himalaya et, bien sûr, du Kilimandjaro, pour finir dans un somptueux jardin japonais.

Tout était définitivement possible : nager au milieu des dauphins ou prendre le thé en plaisantant de bon cœur avec la Reine Mère… Pourquoi s’en étonner, après tout ?

 

– Es-tu heureuse ? demanda Aidan. Je veux dire… As-tu assez de belles images, dans ta tête ? Dis-moi…

– Que dois-je comprendre, Aidan ? s’inquiéta-t-elle alors, revenant immédiatement à la réalité.

– Parce qu’il est l’heure.

– L’heure ? L’heure de quoi ? marmotta-t-elle. Mais elle savait.

– L’heure de nous dire au revoir, Helen. Un ange m’a accordé cette nuit. Tout ce condensé de souvenirs avec toi. Il nous a offert ce qu’aurait dû être notre vie, de beaux moments et même… davantage. Tout cela en quelques heures à peine.

– Tais-toi, supplia-t-elle.

– Tu dois me laisser m’en aller, poursuivit-il. Tu dois me débrancher et continuer ta vie sans moi… Tu m’entends ? Helen ?

Les lèvres rouges carmin de la jeune femme furent prises de tremblements. Elle se mit à pleurer.

– Je ne peux pas, Aidan. Je ne peux pas… Comment je pourrais ?

– Il le faut, amour. Je ne suis déjà plus ici. Ce n’est plus que mon corps, et ce corps est vide…

– Arrête, je t’en supplie. Tu me brises le cœur. Pourquoi tu me brises le cœur ?

– Un cœur si plein d’amour ne peut se briser, Helen. Pourquoi tant de désespoir ? Ce n’est pas un adieu, tu le sais bien. Quand l’heure sera venue, nous nous retrouverons. Je serai là. Je t’attendrai.

– Mais moi ? Que vais-je faire, toute ma vie, sans toi à mes côtés ? Que vais-je faire, toute ma vie, sans jamais plus entendre le son de ta voix ? Sans venir t’embrasser le matin quand tu te réveilles ? Sans cet enfant que nous ne ferons jamais ensemble ?

– Je vois, dit-il.

Il fronça les sourcils et se remit à parler.

– N’as-tu pas remarqué des changements, ces derniers temps, Helen ?

– Des changements ?

Elle réfléchit, fébrile.

– Tu t’en souviens, de cette nuit ? Il y a deux mois avant mon accident de moto. Tu t’en souviens ?

Helen fronça les sourcils. Hésita… Puis elle toucha son ventre, le caressa, et réalisa… Elle portait leur enfant. C’était une certitude. Il sourit, tout en versant une larme qui vint effleurer sa lèvre supérieure. Elle éclata en sanglots, tout en souriant d’une joie paradoxalement… « retrouvée ».

– Tu vas vivre une longue et belle vie, amour. Avec notre James, ou notre Kristen. Tu seras une mère exceptionnelle et ça, vois-tu, je le sais. Je le sais comme un et un font deux. Tu vas aimer notre enfant et il va t’adorer, comme moi je t’ai adorée. Tu vas être forte pour lui, pour moi. Mais moi, mon heure est venue. La tienne, non… Promets-moi d’être heureuse. Promets-le-moi.

– Je suis triste… Je suis en colère !… Comme je t’aime, Aidan. Comme je t’aime… Je te le promets, oui, sanglota-t-elle. Mais pourquoi diable ne peux-tu pas te réveiller ?

– Ça va aller, n’ai pas peur. Embrasse-moi une toute dernière fois, s’il te plaît. Nous n’avons plus beaucoup de temps, elle arrive…

Helen, désemparée, embrassa son Aidan une dernière fois. Elle sentit une incroyable chaleur l’envahir, douce et bienfaisante. Régénératrice…

Une intense lumière dorée entoura le corps d’Aidan et le souleva du sol, l’arrachant des bras d’Helen. Elle voulut crier mais il lui sourit. On aurait dit le dieu Apollon prenant place sur son char solaire… Alors, elle s’obligea à être forte. À son tour, elle esquissa un sourire, comme un ultime geste d’amour. Le corps d’Aidan devint une image évanescente et il disparut.

Pour de bon…

 

Dans la matinée qui suivit, quand l’infirmière de jour se présenta dans la chambre 408, Aidan, libéré, souriait dans son repos éternel, ses parents à ses côtés.

Helen, elle, s’était éclipsée, rassérénée, les laissant dire au revoir à leur fils, leur Aidan, et se préparer, déjà, au premier jour du reste de sa vie avec son James. Car c’était un p’tit mec, dans son ventre ; elle en était sûre. Et ce serait un dieu du surf.

 

Dehors, le soleil brillait de mille feux.


 

 

Adam Gray

 

 

Publié dans auteur mystère

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Le jeu d'aloys... Mais qui a écrit cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogation

 

L’Amour au-delà…

 

– Non, coupa Helen, de grosses larmes affluant, pareilles à la marée aux pieds du Mont Saint-Michel, dans ses grands yeux gris-vert.

– Ne vous méprenez surtout pas… Je comprends ce que vous ressentez. Je le comprends parfaitement mais… ce n’est pas sa volonté, répondit le chirurgien d’une voix bien trop mécanique pour simuler une réelle empathie. Vous devez le laisser partir. Demain, il nous faudra débrancher Aidan. Demain, Helen.

– Je ne suis pas prête, répondit-elle irritée.

 

Le praticien tourna les talons et quitta la chambre 408, où seule une photo d’un couple très heureux, ceinte d’un cadre rococo couleur camion de pompier, donnait à la pièce immaculée, blafarde, un dérisoire semblant de chaleur. Les fleurs dans le vase, des roses rouges, étaient mortes de soif depuis déjà plusieurs jours ; Helen avait complètement oublié de s’arrêter en acheter chez le fleuriste dans le hall de l’hôpital, au rez-de-chaussée.

Se penchant sur son jeune et bel époux, elle posa une joue sur son torse athlétique abîmé par une longue cicatrice, l’embrassant, tout d’abord, et se remit à pleurer, dans le plus pur silence que la pluie sur les vitres, un peu grasses, ne tarda pas à venir briser. Cruellement.

 

La journée défila, s’égrainant avec les allers et retours du personnel hospitalier, plus ou moins impassible, et, avec cette nouvelle et sombre journée, défilèrent les souvenirs…

La soirée était bien avancée.

La pluie avait cessé.

Helen se cala dans son fauteuil, ne cessant de veiller son époux, immobile dans son lit et relié à d’horribles et froides machines, imperturbables et menaçantes. Elles semblaient bien plus vivantes que son Aidan dans sa mortifère pétrification. Méduse n’aurait pas fait mieux…

 

Au moment de cesser sa lutte contre Hypnos et son fils, Morphée, Helen, les cheveux quelque peu défaits, prononça quelques mots. Ces mots : « Je ne veux pas te laisser partir. Je ne peux pas. »

Et, finalement, elle se mit à rêver…

De leur rencontre, alors qu’ils étaient tous deux étudiants en droit – lui, pour faire plaisir à sa famille car tout ce qui l’intéressait, dans la vie, c’était de devenir, clamait-il : « Un dieu du surf ! »

Lui revinrent leurs premiers mots échangés à la cafétéria, un jour de décembre ; il venait, se prenant les pieds dans le sac qu’elle avait négligemment jeté à terre, de lui renverser son plateau sur le pull-over blanc tout neuf qu’elle s’était acheté la veille. Revinrent, bien sûr, le tout premier fou rire et, surtout, le tout premier baiser quelques jours après dans la voiture d’Aidan. Elle rêva même du tout premier repas avec ses parents – ses parents à elle –, et se souvint à quel point sa mère avait été séduite. Et pour cause : Aidan était très avenant et plein d’humour, grand et beau garçon. Le gendre idéal, en somme. Helen, très belle avec un beau visage ovale encadré d’une longue chevelure blonde, et Aidan formaient un fort plaisant couple, alliant beauté et gentillesse, générosité, avec des rêves plein la tête. Entre autres, partir un jour à la découverte du Kilimandjaro. Peut-être Shanghai… Et surfer sur les vagues australiennes ! Ils auraient fait plein de photos pour ennuyer leurs familles avec des : « Ça, c’est Helen dans le jardin Yuyuan ! », et des : « Ça, c’est Aidan qui est tombé de sa planche à Bondi Beach ! »

Ils auraient fait un enfant, un soir, après le coucher du soleil, sur une plage de carte postale, derrière une dune… Un petit James ou une petite Kristen.

 

Helen dormait profondément.

 

Inconsciente d’être dans les bras de Morphée, elle poussa une porte qui venait de se matérialiser devant ses yeux, s’ouvrant, étrangement, sur le campus où ils avaient étudié…

– Aidan ? C’est… C’est toi ? s’étonna-t-elle, quoique très heureuse.

– Bien sûr, répondit ce dernier d’une voix enjouée. Ça me fait tellement plaisir de te voir ! Tellement de choses à te montrer… Comme tu es belle…

– Belle ? Tu parles !… À me montrer, dis-tu ? À quoi diable fais-tu allusion ?

– Ah ! Tu vas voir ! Ce soir, amour, nous allons faire le plus beau des voyages… Féerique ! Fantastique ! Magique !

Helen se mit à rire.

– C’est une nouvelle robe ? enchaîna-t-il rapidement.

– Elle te plaît ? s’enquit-elle en tournant sur elle-même.

– Beaucoup. Tu es merveilleuse. Mais comme toujours. L’heure tourne… Allez ! Ne perdons pas une minute…

– Ton côté énigmatique, derrière ce sourire qui te rend si sûr de toi, c’est peut-être cela que j’aime le plus chez toi. Et quand tu relèves ton sourcil gauche, également…

Aidan, alors, prit sa moitié par la main et la pria de fermer les yeux.

– Tu as confiance en moi, n’est-ce pas ? demanda-t-il. Où aimerais-tu être, en ce moment ?

– Où j’aimerais être ? Hum… Laisse-moi réfléchir. Ah ! Oui ! Sur cette plage dont tu m’as si souvent parlé, en Australie.

– Très, très, très bon choix, se satisfit-il. Ouvre les yeux et… regarde !

Helen hallucina, littéralement. Aidan et elle y étaient : à Bondi Beach. Le soleil se couchait, donnant une belle couleur vermeille et dorée au pays des kangourous, et ils étaient seuls au monde. Complètement.

– Je dois rêver, murmura-t-elle, se blottissant contre le corps tout chaud de son époux.

– C’est bon de rêver, affirma-t-il. Et ton maillot de bain est… très sexy…

– Ça alors ! s’exclama Helen en baissant les yeux. Mais… c’est de la magie !

Réalisant que son époux était dévêtu lui aussi, elle lui murmura qu’il était… très viril dans le sien…

– Tu veux qu’on aille affronter les vagues ? la pressa-t-il avec l’impatience d’un enfant.

– Quoi ? Les vagues ? Tu es fou ! J’ai bien trop peur des requins ! C’est plein de requins et de crocodiles, ici ! Et pas des petits !

Aidan se moqua gentiment.

– Puis il fait nuit… Et des vagues, des vagues… il n’y en a pas ! poursuivit-elle.

Il releva les yeux, claqua des doigts… et le soleil chassa brusquement les ténèbres naissantes. Il faisait jour, à nouveau, et un vent idéal faisait se soulever les vagues de l’océan Pacifique.

– Satisfaite ? Il fait jour, y a des vagues… et il n’y a aucune bestiole affamée dans l’eau.

– Mon Dieu… Ou je rêve ou je deviens folle…

– Mais tu n’es pas folle, Helen, rassure-toi. Sinon de moi, j’espère bien !

Souriant, Aidan se pencha sur sa femme et l’embrassa passionnément, comme la toute première fois, quand deux corps étrangers se touchent et se découvrent, fusionnent, explosent, provoquant les plus intenses, les plus incroyables et les plus inoubliables des frissons…

Deux anges sur le sable.

Du doré et du bleu à perte de vue ; véritable paradis anamorphosé, comme un acrylique qui prendrait vie…

– Je t’aime, dit Helen sur le ton de la confidence.

– Moi aussi, dit Aidan. Plus que tout au monde.

Helen surfait sur de hautes vagues avec l’homme qu’elle aimait. Son dieu du surf à elle toute seule… Ils glissaient, tous les deux, sur la même planche. Sur le Pacifique. Aidan se mit à crier d’excitation et de bonheur. Helen, d’ordinaire sage, l’imita. Ils étaient heureux. Le monde leur appartenait.

– Je n’ai jamais éprouvé un tel bonheur, avoua Helen en resserrant ses bras autour de la taille d’Aidan. On devrait faire cela bien plus souvent !

– On le fera, promit-il. Mais ferme les yeux, maintenant.

Helen s’exécuta, exaltante. Lorsqu’elle les rouvrit enfin, ils avaient atterri en plein milieu… d’un carnaval… Dans les rues de la Nouvelle-Orléans ! Et des airs de jazz fusaient ! Et des gens costumés s’amusaient tout autour.

– Tu aimes ?

– C’est incroyable, dit Helen.

– Alors… pense très, très, très, très fort à un costume, n’importe lequel, et claque des doigts ! Je vais faire la même chose.

– Tu es sérieux ?

– Ai-je l’air de plaisanter ? (Il releva son sourcil gauche.)

Helen baissa les yeux, amusée, et pensa très fort à cette actrice dont elle avait oublié le nom mais qu’elle avait adorée dans les trois premiers volets de Pirates des Caraïbes. Puis elle claqua des doigts.

– Mademoiselle Swann ! s’exclama Aidan. J’adore…

Helen se mit à rire en découvrant le costume sur son corps tout fin, apparu, encore une fois, comme par magie. Aidan claqua des doigts et se retrouva, lui, dans le costume de Brad Pitt dans Troie.

– Mon Achille ! s’écria Helen.

– Plutôt cool, non, tous ces gros muscles ? plaisanta-t-il. Allez ! Profitons de la fête et… dansons !

Les deux amoureux virevoltaient, insouciants, pris dans la folie nocturne de ce carnaval étourdissant de couleurs et de sons.

Les rues de la Nouvelle-Orléans étaient très colorées et ornées d’accessoires de fêtes et de ballons de toutes les formes. Il y avait des cracheurs de feu, des clowns et des acrobates, des cajuns qui marchaient sur des échasses et l’on pouvait admirer, de-ci de-là, un James Bond, une Angélique, un Robin des Bois et même… des morts-vivants ! Quelques enfants, d’ailleurs, étaient déguisés en Michael Jackson et lui rendaient hommage en exécutant, plus ou moins bien, la célèbre chorégraphie de Thriller.

– Je voudrais que cette nuit ne s’achève jamais !!!!!! hurla Helen, s’efforçant de couvrir le son des instruments de musique.

– IDEEEMMM !!!!!! cria Aidan encore plus fort.

Il la serra dans ses bras, très fort contre son cœur, et caressa sa chevelure, s’enivrant de sa douce odeur de miel.

 

Toute la nuit, Aidan emmena Helen dans des lieux réellement exceptionnels : aux pieds des Pyramides, sur la Grande Muraille de Chine, au sommet de l’Himalaya et, bien sûr, du Kilimandjaro, pour finir dans un somptueux jardin japonais.

Tout était définitivement possible : nager au milieu des dauphins ou prendre le thé en plaisantant de bon cœur avec la Reine Mère… Pourquoi s’en étonner, après tout ?

 

– Es-tu heureuse ? demanda Aidan. Je veux dire… As-tu assez de belles images, dans ta tête ? Dis-moi…

– Que dois-je comprendre, Aidan ? s’inquiéta-t-elle alors, revenant immédiatement à la réalité.

– Parce qu’il est l’heure.

– L’heure ? L’heure de quoi ? marmotta-t-elle. Mais elle savait.

– L’heure de nous dire au revoir, Helen. Un ange m’a accordé cette nuit. Tout ce condensé de souvenirs avec toi. Il nous a offert ce qu’aurait dû être notre vie, de beaux moments et même… davantage. Tout cela en quelques heures à peine.

– Tais-toi, supplia-t-elle.

– Tu dois me laisser m’en aller, poursuivit-il. Tu dois me débrancher et continuer ta vie sans moi… Tu m’entends ? Helen ?

Les lèvres rouges carmin de la jeune femme furent prises de tremblements. Elle se mit à pleurer.

– Je ne peux pas, Aidan. Je ne peux pas… Comment je pourrais ?

– Il le faut, amour. Je ne suis déjà plus ici. Ce n’est plus que mon corps, et ce corps est vide…

– Arrête, je t’en supplie. Tu me brises le cœur. Pourquoi tu me brises le cœur ?

– Un cœur si plein d’amour ne peut se briser, Helen. Pourquoi tant de désespoir ? Ce n’est pas un adieu, tu le sais bien. Quand l’heure sera venue, nous nous retrouverons. Je serai là. Je t’attendrai.

– Mais moi ? Que vais-je faire, toute ma vie, sans toi à mes côtés ? Que vais-je faire, toute ma vie, sans jamais plus entendre le son de ta voix ? Sans venir t’embrasser le matin quand tu te réveilles ? Sans cet enfant que nous ne ferons jamais ensemble ?

– Je vois, dit-il.

Il fronça les sourcils et se remit à parler.

– N’as-tu pas remarqué des changements, ces derniers temps, Helen ?

– Des changements ?

Elle réfléchit, fébrile.

– Tu t’en souviens, de cette nuit ? Il y a deux mois avant mon accident de moto. Tu t’en souviens ?

Helen fronça les sourcils. Hésita… Puis elle toucha son ventre, le caressa, et réalisa… Elle portait leur enfant. C’était une certitude. Il sourit, tout en versant une larme qui vint effleurer sa lèvre supérieure. Elle éclata en sanglots, tout en souriant d’une joie paradoxalement… « retrouvée ».

– Tu vas vivre une longue et belle vie, amour. Avec notre James, ou notre Kristen. Tu seras une mère exceptionnelle et ça, vois-tu, je le sais. Je le sais comme un et un font deux. Tu vas aimer notre enfant et il va t’adorer, comme moi je t’ai adorée. Tu vas être forte pour lui, pour moi. Mais moi, mon heure est venue. La tienne, non… Promets-moi d’être heureuse. Promets-le-moi.

– Je suis triste… Je suis en colère !… Comme je t’aime, Aidan. Comme je t’aime… Je te le promets, oui, sanglota-t-elle. Mais pourquoi diable ne peux-tu pas te réveiller ?

– Ça va aller, n’ai pas peur. Embrasse-moi une toute dernière fois, s’il te plaît. Nous n’avons plus beaucoup de temps, elle arrive…

Helen, désemparée, embrassa son Aidan une dernière fois. Elle sentit une incroyable chaleur l’envahir, douce et bienfaisante. Régénératrice…

Une intense lumière dorée entoura le corps d’Aidan et le souleva du sol, l’arrachant des bras d’Helen. Elle voulut crier mais il lui sourit. On aurait dit le dieu Apollon prenant place sur son char solaire… Alors, elle s’obligea à être forte. À son tour, elle esquissa un sourire, comme un ultime geste d’amour. Le corps d’Aidan devint une image évanescente et il disparut.

Pour de bon…

 

Dans la matinée qui suivit, quand l’infirmière de jour se présenta dans la chambre 408, Aidan, libéré, souriait dans son repos éternel, ses parents à ses côtés.

Helen, elle, s’était éclipsée, rassérénée, les laissant dire au revoir à leur fils, leur Aidan, et se préparer, déjà, au premier jour du reste de sa vie avec son James. Car c’était un p’tit mec, dans son ventre ; elle en était sûre. Et ce serait un dieu du surf.

 

Dehors, le soleil brillait de mille feux.

 

 

Publié dans auteur mystère

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Jour de pluie, une nouvelle de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

  claude colson-copie-2

 

Jour de pluie.


Comme elle se levait, elle alla à la fenêtre, tira le rideau et, bien qu’encore à demi endormie, elle ne sut réprimer une moue de dégoût. La pluie s’écrasait en larges gouttes qui, poussées par le vent, cinglaient la vitre en un bruit que modulait la violence des rafales. C’est ce qui l’avait réveillée.

 
La journée ne s’annonçait pas bien. Elle avait juste le temps de se préparer, de s’habiller et à dix heures le notaire l’attendait, elle et ses frères, pour la lecture du testament de leur père.


C’était incontournable et cela la révulsait. Elle n’avait que faire de ces formalités, de l’argent, tout comme du reste de sa famille.


Mais le vieux l’avait désignée exécutrice testamentaire et à ce titre le notaire lui avait fait savoir que sa présence était requise lors de l’ouverture.


Elle sortit donc, en maugréant contre son géniteur et sa dernière blague, douteuse à son goût.


La pluie diluvienne avait chassé toute âme des rues et tournoyait sa furie autour des bouches d’égout avant de s’y engouffrer. Le flot brunâtre dévalait les pentes, emportant de menus objets, et çà et là escaladait les trottoirs pour venir mourir aux marches des portes d’entrée. Parfois il parvenait à s’insinuer par les soupiraux et alors il envahissait
les caves.


Merde, se dit-elle, le taxi que j’ai commandé ne sera pas à l’heure. Ça va me faire rater le rendez-vous.


Le vent chargé d’eau lui mordait le visage et ses vêtements dégoulinaient, piteux ; de vraies loques. Elle commençait à songer qu’elle n’était plus guère présentable.


Il y a longtemps que son parapluie, retourné, s’était transformé en faisceau de ferraille inutile, et de rage elle le jeta derrière elle tout en essayant de préserver ses chaussures de l’eau omniprésente en restant tant bien que mal au plus haut du trottoir. Echevelée, elle devait avoir l’air d’une sorcière. Jamais elle n’aurait dû sortir.

« Mireille, mais que fais-tu dehors par un temps pareil ? »

Elle se retourna et vit avec délice Ronan, son premier amour, qui avait d’une main empêché le parapluie de le gifler et de l’autre lui offrait le secours, afin de la pousser dans le camion de pompiers tout proche et dont la tempête lui avait masqué l’approche.
Pleurant encore de rage, mais de moins en moins, elle se pelotonna contre la poitrine rassurante de Ronan, à présent bien à l’abri sur le siège.

Soudain et contre toute attente la vie devenait très belle.

Au diable le vieux et merde pour mes frères et cet abruti de notaire, pensa t’elle.

« C’est toi, Ronan, je ne t’avais pas reconnu. »……

 

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

Publié dans Nouvelle

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A la une... Marie-Claire Georges et le journal d'Hugues Draye.

Publié le par christine brunet /aloys

 

Vagabond-ange-juillet-2011-006.jpgC'est ce week-end que le Box Théâtre a présenté quelques-une de mes nouvelles, extraites du recueil "L'ange gardien". Deux photos prises à l'issue de la représentation qui a fait salle comble samedi soir et dimanche après-midi. Petite salle sans doute, mais qui convenait parfaitement à cette mise en voix préparée par Eric Serkhine avec des acteurs aussi enthousiastes que professionnels : Magali Bolognino, Zaqia Drissi et Patrick Robert.
 
Le Box Théâtre est une troupe de professionnels et semi-professionnels qui se produit dans des salles ou chez des particuliers. Outre la présentation de créations, il s'attache volontiers à faire connaître des auteurs dans des genres différents. Leur programmation pour la rentrée peut être consultée sur http://box.theatre.over-blog.org
 
 
Site de Marie-Claire Georges : lesjardinsdulivre.over-blog.com

 

 

 

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H.draye

 

journal de bord, vendredi 8 juillet 2011
 
Les pélerinages de Saint-Jacques de Compostelle auraient p'têt parfois plus de sens (encore) s'il n'y avaient pas ... les pél'rins.
 
Paradoxal, OK. Réaliste, hélas, aussi.
 
Le premier jeudi de chaque mois, dans le Centre Ville, rue Saint-Laurent, bon nombre de pél'rins, qui ont fait, qui refont les pélerinages, se retrouvent dans un endroit. Dans une optique ... d'accueil. Oui, oui. On voit ces pélerins (on les reconnaît) avec un badge sur leur tea shirt ou leur chemise. Ils sont là pour accueillir ceux qui envisagent, dans les temps à v'nir, de partir sur les routes de Saint-Jacques. Ils sont là pour les éclairer, prendre un temps pour parler avec eux, pour informer.
 
Le système pratique, de ce point-de-vue, tient vach'ment la route.
 
Mieux, encore : on présente toujours, à cet endroit, un film, ou plutôt un montage dias, sur les ch'mins de Saint-Jacques. Avec les lieux où on passe, les conditions pratiques à remplir pour que le pélerinage se passe le mieux possible.
 
Oui, oui, c'est très intéressant.
 
Ce qui, par contre, me paraît hélas plus regrettable, dans ce contexte, c'est le côté lourd, pompeux de plus d'un pélerin officiel.
 
On voit, par exemple, deux gars (âgés), à l'accueil. On souhaite s'adresser à eux pour obtenir un renseignement pour obtenir une revue (qui sort quatre fois par an, je pense). Il faut attendre parfois de cinq à six secondes avant que ces gens ne lèvent la tête vers vous, veuillent bien vous montrer qu'ils vous accordent leur temps (de préférence, pas trop longtemps) afin de vous accorder leur temps (ils sont si occupés !). Un peu comme dans les systèmes hiérarchiques officiels, où les gens en fonction vous mettent dans un état de dépendance.
 
Ah oui ! Certains prennent leur tâche très très au sérieux !
Ah oui ! Certains se prennent vach'ment au sérieux !
 
Ca, je l'avais observé, y a quelque temps, déjà ...
 
Hier soir, quand je me suis rendu à nouveaun sur ces lieux, afin de me procurer le carnet de route (le "credencial"), grâce auquel on peut, sur les routes de Saint-Jacques, se présenter chez certains habitants pour loger ...
 
Aïe aïe aïe ...
 
Je me suis hélas encore farci cette mentalité effroyable, minable, désastreuse.
 
Je reconnais, dans toute cette assistance, des pélerins que j'ai déjà aperçus, à d'autres occasions.
Je reconnais, notamment, des pélerins que j'avais rencontrés, lors d'un week-end, à Tilff, dans une auberge de jeunesse (ou un gîte), où j'avais participé.
Spontanément, je vais les saluer. En souriant.
Spontanément, je dis à plus d'un : "Tiens, j'ai chez moi de très belles photos"
Oui, j'avais pris des photos lors de ce week-end de pélerinage, où certains (que je retrouvais) se trouvaient.
Eh bien, après avoir fait ma démarche, j'ai eu droit à un sourire de '"politesse", après quoi ces messieurs ont coupé court (de manière très très tranchée) pour se retrouver entre eux.
 
Non, je n'étais pas dans leur axe.
 
J'ai été franch'ment éconduit.
 
La notion de fraternité est franch'ment ... relative. Mais, sans doute que ... ma longueur d'ondes, à ce sujet, n'est pas la leur.
 
Faut dire que : dès qu'un mouv'ment prend de l'ampleur, s'officialise, souvent, d'autres valeurs fichent le camp.
Faut dire que : dès qu'un mouv'ment prend de l'ampleur, s'officialise, ça devient plus accessible à pas mal de monde (ce qui n'est pas mal, en soi), mais ... pas forcément pour le meilleur.
 
Le réseau des pélerins de Compostelle s'étend. Bien, bien. Beaucoup vont marcher. Bien, bien.
 
Mais les retrouvailles entre pélerins ressemblent parfois volontiers à des confréries d'hommes d'affaires, de directeurs d'école ou de touristes.
Et je n'y trouve plus ma place.
 
Ceci dit : j'ai, avec moi, le carnet qui me permettra d'accéder à plus d'un hébergement, la s'maine prochaine. Je ne me suis pas déplacé pour rien. Des jours heureux m'attendent.

 

Hugues Draye

www.myspace.com/huguesdraye

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Neuvième en ré mineur, un extrait de "Chansons de Roland" un roman de Georges Roland

Publié le par christine brunet /aloys

 

rolandtete

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NEUVIEME EN RE MINEUR

 

 

I. CHAOS. ALLEGRO MA NON TROPPO.

 

Des mots jaillissent. Éclatent en gerbes ignées.

Ce n’est rien encore, que ce marasme en halo.

Il en vient de partout comme des rafales.

Des mots douloureux, des paroles balbutiées avec un peu de bave

aux commissures du stylo.

Puis d’autres, ravageurs, aux attributs de scandale, comme des

pets sonores et odorants lâchés en ribambelle dans le murmure

confus des gens de haute connaissance.

D’autres encore, la bouche en cœur, l’auriculaire levé.

D’autres enfin, indignes de gésir aux meilleures poubelles de

messieurs cravatés de soie et de sobre élégance,

Une main sur le téléphone, l’autre sous une jupe griffée.

Des mots sans tête, mais avec queue.

Des mots aux regards belliqueux.

Des mots - mots des, qui se bousculent

Avec des rondes et des majuscules

Ils m’arrivent dans la main, la font trembler,

Et mon cerveau a du mal à les rassembler.

II. SCHERZO. MOLTO VIVACE.

Émerge soudain de toute cette cacophonie,

Une fanfare de phrases rythmées en alexandrins,

Quatrains sonnets virelais et ballades,

Le trouvère accède à la stéréophonie !

François, Pierre, Joachim, Vidocq, Mandrin,

Passés à la moulinette, resservis en salade

Et la poésie y devra trouver son content.

On termine en queue de poisson,

La muse au yeux pers s’est fait la malle

Avec Hadès, Bouddha, Mahomet ou Jésus.

On se retrouve dans un champ après moisson,

La rime en banqueroute, quelques pieds en cavale.

Il n’y a plus rien, de ce qu’on a écrit.

 


 

III. ADAGIO E MOLTO CANTABILE.

Le calme serein arrête la plume, retient la main.

Un peu de douceur s’il vous plaît, c’est l’heure des caresses.

Regarde par-dessus ton épaule, mon frère, la lande paisible

Où paissent les gigots, sans peur du lendemain.

Rengorge tes ardeurs, caudine-toi à la confesse

De tes péchés de chère et de chair,

Fais ton possible pour contenir tes étalons en hexamètres.

Purifie-toi à l’eau lourde de la science en chemin.

Il faut te recycler, il faut brouter avec les autres.

La même pâtée aux hormones, le même rouge à lèvres.

Bien sûr, vu de ce pont, ils ne chantent pas, tes lendemains !

Nous sommes tous parqués aux jardins d’un Le Notre

Où luxe, calme sont les seules voluptés, pauvre Charles,

Où le grave paradis des dieux n’est plus qu’artificiel.

Si le H est encore de mise, il faudra bien se sublimer :

Un shoot de shit, une dose de rêve ; défonce-toi !

Au pied des tours en décollage vertical, dors d’un sommeil

confortable...

Dors, petit, ils vont te caraméliser.

 

 

IV. FINALE AVEC CHŒUR. PRESTO.

 

Le cœur bat à cent et trente. C’est rapide : on suit à peine le tempo.

Sur le front, les veines saillent comme des rivières.

Les yeux s’exorbitent, la bouche tombe en bâillement.

Saute encore, continue, enfonce-toi dans cette musique obsédante !

Elle s’accélère au rythme des flux du sang dans tes artères.

Et la sérénité revient : il était temps, les pantins !

Haut, les chœurs ! C’est le moment de cantiquer !

Scandez-nous un Schiller de la bonne époque, âmes délicates.

D’étincelles des dieux, rallumez nos clopes éteintes !

Notre souffle perdu, notre halètement, à vouloir tout aérobiquer,

Retrouvons-le dans une suprême et divine éclate.

Faisons-en notre hymne, notre péan !

De Français en Franglais, de lance-pierre en bombarde,

Dans ma paume je serre une main un peu moite.

Alors, malgré vos têtes vertes, vos bouches de fouineur,

La déprime, c’est pour demain ! Ce soir, on loubarde !

On se verdeterrise dans les raves et les boîtes !

Et l’accord final, d’hallucinogènes multicolores, sera toujours

En ré mineur.

 

(extrait de « Chansons de Roland » éditions bernardiennes)

 

 

Georges Roland

 

www.georges-roland.com

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Erreur sur la personne, une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

 

Alain

 

ERREUR  SUR  LA  PERSONNE

 

Docteur Illabondo,

J’ai bien reçu, par envoi postal, la bague aux vertus magiques que je vous avais commandée. Elle répond à mon attente. Je ne souffre plus d’arthrite depuis que je la porte. Malheureusement, j’ai contacté une étrange et douloureuse infection à la main gauche.

Mon médecin traitant ne parvient pas à déterminer l’origine du mal. Il n’exclut cependant pas le fait que la bague pourrait en être la cause. Il s’agirait, pour lui, d’une réaction allergique au métal.

J’ai essayé désespérément de vous joindre par téléphone. C’est la raison pour laquelle, je vous envoie ce pli recommandé.

Répondez-moi vite, Docteur, afin d’apaiser mon anxiété.

Bien à vous.

Rémy Fasilado.

 

Monsieur Fasilado,

Je suis très peiné de ce qui vous arrive; toutefois, si je suis bien le docteur Illabondo, je n’ai rien à voir avec l’homme qui vous a envoyé cette bague. Il doit y avoir erreur sur la personne. Je suis médecin agréé et non vendeur de talismans ou autres amulettes. Il s’agit d’une méprise.

Je vous conseille d’actualiser votre carnet d’adresses.

Bien cordialement.

Primo Illabondo.

P.S. : En qualité de praticien, je vous invite à suivre le conseil de votre médecin traitant.

 

 

Cher Docteur Illabondo,

Je suis très satisfaite, au-delà de toutes mes espérances, du collier indien que vous m’avez fait parvenir.

Joueuse invétérée, au grand désappointement de mes proches, j’ai pris soin de me l’attacher autour du cou avant de rentrer ma grille de loto. Grande fut ma surprise, lorsqu’au tirage du soir, j’ai constaté que les six numéros, que j’avais cochés, étaient sortis.

Je suis devenue riche, Docteur, et cela grâce à vous !

Dites-moi ce qui vous ferait plaisir. Si, si, je tiens absolument à récompenser mon bienfaiteur.

Chaleureuses amitiés.

Ella Labaraka.

 

Docteur Illabondo,

Votre réponse me conforte dans l’idée que vous fuyez vos responsabilités. Je vous signale que ma main a tellement enflé, qu’il m’est devenu impossible d’ôter la bague. La gangrène s’est déclarée parce que j’ai trop tardé à me faire soigner, on parle d’amputation…

Je vous promets d’avoir bientôt des nouvelles de mon avocat…

Je ne vous salue pas, BANDIT, ESCROC !

Rémy Fasilado.

 

Très cher Docteur Illabondo,

Je ne trouve pas de mots suffisamment forts pour vous témoigner toute ma reconnaissance. Grâce à l’onguent miraculeux que vous m’avez concocté, j’ai repris goût à la vie. Je suis un autre homme. Vivre parmi mes semblables ne me terrorise plus.

Je ne détourne plus les yeux au moindre regard et ne me réfugie plus dans l’alcool lorsque surgit une difficulté. Je me suis même surpris à poser les yeux avec insistance sur la croupe de ma jeune collègue.

Mes relations avec mon père s’en sont trouvées améliorées. Le dialogue entre nous s’est rétabli.

Ma plus sincère considération.

Luc Thimoraie.

 

Monsieur Fasilado,

Croyez que je compatis pleinement au malheur qui vous accable. J’imagine ce que la perte d’une main peut procurer comme douleur physique et mentale.

Cependant, je ne puis calmer mon indignation devant l’odieuse méprise dont je suis la victime.

Pour la énième fois, je vous le répète, Monsieur Fasilado, je suis un homme intègre qui tente d’exercer son métier du mieux qu’il peut !

Retrouvez votre bon sens et tâchez de mettre… la main sur le véritable responsable de votre mésaventure.

Salutations tout de même.

P. Illabondo.

 

Docteur Illabondo,

Puisqu’il faut vous appeler Docteur… sachez que j’ai pris connaissance de vos coordonnées en tombant, fortuitement, sur le journal intime de mon épouse.

Elle y note, avec beaucoup d’enthousiasme, la chance qui l’accompagne depuis l’acquisition de ce maudit collier indien. Elle est intimement persuadée que c’est grâce à lui qu’elle va toucher le jackpot au loto. Malheureusement, elle a égaré le bulletin gagnant.

Après de nombreuses et infructueuses recherches, de rage et de dépit, la pauvre femme a tenté de se suicider.

Je me rends, chaque jour, à son chevet, à l’hôpital de la Charité. Son état n’évolue guère et les médecins se montrent pessimistes…

Malgré son vice pour le jeu, c’est une femme formidable ! Mais, une telle considération ne peut que laisser indifférent une crapule de votre espèce. Aussi, je vous mets en garde : s’il devait lui arriver des bricoles, songez sérieusement à préparer votre testament…

A bientôt, DOCTEUR !

G. Labaraka.

 

Monsieur Labaraka,

J’en appelle à votre bon sens. Comment pouvez-vous imaginer, l’espace d’une seconde, que je sois responsable de ce qui arrive à votre épouse ? Comment donc pourrais-je vous faire comprendre que je n’ai rien à voir avec un tel commerce ?

Je préfèrerais me faire couper la main plutôt que de me laisser entraîner dans de telles escroqueries.

Je clame mon innocence bien haut et fort : JE NE SUIS PAS RESPONSABLE DE CE QUI ARRIVE À MADAME LABARAKA !

J’ignore totalement comment mes coordonnées figurent dans les documents de votre Dame, c’est une méprise.

La colère vous aveugle, cher Monsieur, reprenez-vous avant de commettre, peut-être, l’irréparable.

Croyez en l’assurance sincère de ma compassion.

P. Illabondo.

 

 

Monsieur Illabondo,

C’est volontairement que je n’emploie pas le terme Docteur. Je suis le père de Luc Thimoraie. Ce nom vous dit quelque chose ? Vous lui avez fabriqué un onguent qui devait le guérir de sa timidité maladive.

Au début, son comportement s’est sensiblement modifié. Luc a acquis, petit à petit, une assurance qui lui avait toujours fait cruellement défaut. Je pensais, naïvement, qu’en vous contactant, mon fils avait frappé à la bonne porte. Doucement mais sûrement, il se libérait de ses inhibitions. Hélas, il ne sera pas resté libre très longtemps. Il s’est fait arrêter après avoir braqué un bureau de poste, alors qu’il était recherché pour le viol de la fille de nos voisins.

S’il s’avère que votre prescription est la cause de ses mauvaises actions, ça ira mal pour votre matricule.

Je vous méprise momentanément (attitude à confirmer), Monsieur.

Colonel de l’Armée de terre en retraite, Honoré Thimoraie.

 

Maître Th. Anthropofilou, avocat.

Docteur Illabondo,

En qualité de conseiller de la famille Fasilado, je suis mandaté par les proches de Monsieur Rémy Fasilado pour vous signifier une action en justice. J’ai d’ailleurs l’intention de requérir à votre égard un jugement exemplaire qui fera date dans les annales judiciaires.

Monsieur Rémy Fasilado est décédé peu de temps après son opération. La cause exacte reste à déterminer mais, après analyse, il appert que la bague, sensée le soulager, contenait un puissant analgésique diffusé dans l’organisme par de minuscules orifices.

Si l’expertise démontre la culpabilité de la bague aux vertus magiques, vous serez poursuivi pour : pratique illégale de la médecine, abus de confiance et homicide involontaire.

Dans votre intérêt, je ne peux que vous conseiller vivement de vous mettre en rapport avec un avocat, si vous n’en possédez pas encore.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’assurance d’une maigrichonne considération.

Maître Th. Anthropofilou.

 

Au Marabout Kise Sisepa Seki Niolo,

Seki Niolo, Je suis dans les tracas jusqu’au cou. Vous m’aviez cependant certifié que, grâce à votre magie, je pourrais me refaire une nouvelle vie, échappant ainsi à la police.

Au lieu de cela, me voilà accusé d’exercice illégal de la médecine, d’abus de confiance et d’homicide involontaire. Vous concéderez aisément que la pilule est dure à avaler…

Je vous avais pourtant parlé d’une rédemption sincère; après avoir supprimé des vies, je désirais en sauver. Résultat de votre travail : je me retrouve dans la peau d’un charlatan, empoisonneur de surcroît !

J’attends de votre part une solution rapide à mes problèmes, sinon je ferai de vous ma prochaine victime.

P. Illabondo.

 

Cher ami,

Tout d’abord, sache que Kise Sisepa Seki Niolo, le grand Marabout, est un authentique sorcier dont les succès, comme les feuilles mortes, se ramassent à la pelle. Ensuite, mon Dieu, quelle colère, mais surtout, quelle ingratitude ! Quand je pense que je t’ai ouvert ma porte et t’ai caché pour que la police, qui cernait les environs, ne te mette pas la main dessus…

Tout juste après ton arrivée, Primo Illabondo, mon voisin de palier, est mort. Coup de pot, il épousait le profil de ton désir que Kise a eu la gentillesse de bien vouloir combler.

J’ai commencé par avoir le réflexe de conserver son esprit avant de t’hypnotiser pour transférer l’âme du défunt dans ton corps puis, Kise s’est débarrassé de la dépouille d’Illabondo en la jetant du toit. Vous aviez la même taille et comme son visage a été réduit en bouillie lors de son atterrissage sur le pavé, la police a pensé que le gisant c’était toi, méconnaissable sur un corps démantibulé, vidé de sa substance spirituelle. Il y avait une cohue indescriptible en bas. Trop contents de mettre fin à une cavale qui durait depuis des mois, les flics ont considéré l’affaire comme terminée. Dorénavant, tu ne pouvais plus nuire à quiconque et… à l’insu de tous, tu pouvais commencer ta nouvelle vie… dans la peau de Primo Illabondo ! L’essentiel était donc atteint.

N’était-ce pas ce que tu voulais : aider les autres plutôt que les détruire ? J’ai peut-être oublié de te le préciser, aussi, je m’empresse de le faire aujourd’hui au moyen de cette lettre, Primo Illabondo était docteur, certes, mais pas n’importe lequel : docteur en sciences occultes, vendeur d’amulettes et… schizophrène ! Ah ! Ah ! Ah ! Je t’ai bien eu, ASSASSIN !

                                                                                  Kise Sisepa Seki Niolo.

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Alternance, un poème de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

claude colson-copie-2

 

Alternance


Après les trajets réguliers,
Six mois après - plus léger ? -
Reprendre le même train ;
C'est cette fois un train de juin.

Le roulis, la solitude en promiscuité
D'avec ces inconnus suscite les pensées.
Méditation presque sans objet,
Envie surtout de griffer le papier.
Le vert profond des frondaisons
Fonce sur toi en profusion.
Il t'engloutit, presque t'oppresse
Tant il est dru : Cerbère sans laisse.

Le vert aussi de ton vêtement,
Plus vif, plus gai : soulagement.
Mais le convoi entre en tunnel
Et à nouveau l'angoisse ronge-sel.

Enfin lumière, car l'onde il longe
Et l'oeil s'ébat, myriades d'éclats,
S'abreuve aux beautés du songe ;
De "més-humeur" elles sonnent le glas.

Sur le fleuve s'ouvre enfin la perspective
Au voyageur qu'ainsi, toute, elle délivre.
Regard au ciel, bleu absolu,
La joie, l'espoir sont revenus.

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

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Un adolescent tellement responsable, une nouvelle de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

UN ADOLESCENT TELLEMENT RESPONSABLE

 

Jonathan était un adolescent de quinze ans auquel son entourage familial et scolaire pouvait sans problème confier des responsabilités. Jonathan fréquentait un mouvement de jeunesse et était très bon élève. Que demander de plus ? Lorsque sa tante Sophie reprit un poste à temps plein, c'était tout naturellement qu'elle demanda à Jonathan de garder son fils Fabrice les mercredis après-midi.

 

Jusque là tout s'était bien passé. Chaque mercredi lorsque Sophie rentrait du travail, les devoirs étaient faits, le goûter avait été pris et Fabrice était ravi des activités proposées par son cousin. Quand il faisait beau, Fabrice se dépensait agréablement en jouant au ballon ou en faisant du vélo. Par mauvais temps, il réalisait avec Jonathan de jolis bricolages. C'est grâce à lui que le gamin avait appris à reconnaître quantité de fleurs, d'arbres, d'oiseaux et à confectionner des nœuds compliqués.

 

Pourtant ce mercredi-là, à son retour, une surprise attendait Sophie ! Fabrice portait quelques sparadraps sur le visage et la cuisine était dans un état assez indescriptible avec des taches jaunes sur les murs et le sol.

 

Jonathan était assis dans un fauteuil. Quant à Fabrice penaud, installé au salon, il regardait un dessin animé ce qui n'était pas vraiment dans ses habitudes.

 

Jonathan était très embarrassé lorsqu'il expliqua ce qui s'était passé. Il avait demandé à Fabrice ce qu'il souhaitait manger pour goûter. Il lui avait proposé une tartine de choco, un bol de soupe, des fruits ou un œuf et des mouillettes. Fabrice avait choisi de manger un œuf. Mal lui en prit ! Jonathan avait cuit l'œuf au four à micro-ondes et lorsqu'il avait délicatement, de la pointe d'un couteau, voulu en ôter une petite calotte, l'œuf avait explosé, blessant légèrement l'enfant et maculant toute la cuisine du sol au plafond ! Il avait soigné le gamin, puis avait essayé de nettoyer du mieux qu'il pouvait. C'était aussi simple que cela.

 

Lorsque son mari, Xavier, rentra à son tour, Sophie lui raconta tout. Xavier ne put retenir un rire. Il faut dire que le grand-père paternel du petit Fabrice produisait des œufs bios et possédait deux poulaillers de cinq mille poules !

 

Micheline Boland

 


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Extrait du roman "Orages" de Céline Gierts

Publié le par christine brunet /aloys

 

giertstete

 

"Il est des vies, que la surprise a désertées depuis longtemps. Où les jours coulent sans saveur, à peine tièdes.  Même la douleur a fui ces âmes tant appliquées à mimer la danse absurde de l’existence sans but. Elle faisait partie de ces êtres-là, à qui quelqu’un manque pour toujours…

 

Elle observait depuis longtemps sa vie, plus qu’elle ne la vivait. Lorsque la mort nousorages ( cover ) vole notre raison d’être, lorsqu’elle bafoue le ciment de notre existence, tout en laissant des amarres qui nous empêchent de fuir, des responsabilités que personne ne peut prendre à notre place, seule la sauvegarde de l’illusion peut nous maintenir à flots…

 

Elle s’y appliquait depuis plusieurs années comme une coquille vide qui erre dans un monde flou, tentant de continuer son chemin sans qu’on la remarque, en attendant secrètement, la fin du spectacle qu’elle n’avait pas choisi… 

 

Mais l’attente est la petite étincelle de l’espoir.

 

Si le cœur peut encore battre sous un regard,

Si un sourire d’ange peut encore l’émerveiller,

Si des larmes peuvent encore couler,

Cette âme n’est pas tout à fait morte, elle attend pour reprendre son envol….un jour…."

 

 

Céline Gierts

Publié dans Textes

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