Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

textes

Comme promis, Christian Eychloma nous propose un extrait de son nouveau roman "Ta mémoire, pareille aux fables incertaines"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Anaïs, toujours aussi amusée de se sentir si légère, sauta souplement sur la murette bordant l’extérieur de la véranda. Fermant à demi les yeux pour se protéger de l’éclat du soleil mauve, elle n’eut qu’à tendre la main pour cueillir un de ces fruits charnus dont, à peine goûté pour la première fois, elle avait immédiatement raffolé.

Tycho, adossé contre le tronc écaillé de l’arbre dont les longues branches ployaient sous la charge, pointa un doigt accusateur vers sa sœur.

« Tu sais que tu risques d’être malade si tu en manges trop… » lui rappela-t-il sévèrement. « Et maman ne sera pas contente !

- Parce que tu lui dirais ? » répondit Anaïs en lui lançant par jeu la grosse poire grumeleuse qui éclata sur le sol en faisant gicler un jus vermillon.

Tycho, évitant de justesse les éclaboussures, se leva d’un bond.

« Si tu m’avais taché mon short, tu peux être sûre que je t’aurais dénoncée !

- Eh bien, moi, j’aurais dit que tu t’amuses à attraper les chardons volants malgré l’interdiction !

- Quelle interdiction ? Et qu’est-ce que ça peut faire si je fais attention ?

- Alors, tu ferais bien de devenir plus adroit. Tu t’es déjà fait griffer trois fois et…

- Et on m’a dit que je devrais soigner moi-même mes éruptions allergiques si je recommençais… Ce qui n’est pas vraiment une interdiction ! 

- Bon… De toute façon, ce n’est pas toi qui auras la colique ! » répondit-elle en tirant d’un coup sec sur un autre fruit qui se détacha facilement.

Elle fit semblant de viser son frère qui recula instinctivement. Éclatant de rire, elle ouvrit en deux la fausse calebasse et la pressa contre sa bouche, mordant goulûment dans la chair molle.

Tycho, décidant de se désintéresser des provocations de sa sœur, se dirigea vers la desserte conduisant en pente douce jusqu’à la Paresseuse. Un ruban mordoré dont il pouvait apercevoir les reflets brillants sous l’étagement des modules d’habitation à moitié dissimulés par les larges feuilles des parasols chevelus.

Un filet rouge vif au coin des lèvres, Anaïs, voyant son frère s’éloigner, laissa tomber la peau évidée au pied de l’arbre dont la cime culminait très haut au-dessus de sa tête.

« Où vas-tu ? » lui cria-t-elle.

« Me rafraîchir !

- Tu sais que ça aussi, c’est interdit ! »

Avec un geste d’indifférence, il poursuivit son chemin sans se retourner. Les poissons-rasoirs, ainsi nommés en raison de leurs nageoires extrêmement coupantes, ne remonteraient le courant que vers la nuit tombée et il savait la baignade jusque là sans danger.

« Je viens avec toi ! » décida Anaïs en sautant de son perchoir.

Il leva la main et agita l’index en signe de désaccord.

Sans en tenir compte, elle le rattrapa en quelques enjambées. Cette merveilleuse sensation de galoper sans effort, sans jamais s’essouffler, de bondir quasiment sans élan…

« Pour les chardons, bien sûr, je ne dirai rien ! » crut-elle bon de préciser en se rapprochant de lui.

« C’est comme tu voudras… » répondit-il en la repoussant légèrement afin de ne pas lui donner l’impression de céder trop vite.

Ces étranges bestioles, très peu dangereuses si l’on savait s’y prendre pour les étudier, faisaient partie de ce qui fascinait le plus Tycho depuis son arrivée sur Ouranos. Mi-végétaux, mi-animaux, se développant d’abord comme une plante avant de casser leur tige pour s’envoler comme un oiseau.

Faute de mieux, on les avait appelées les « chardons », par analogie avec ces espèces aux feuilles piquantes qui pullulaient sur Atlantis, mot lui-même dérivé, à ce qu’on lui avait dit, du nom d’une plante commune de leur lointaine planète mère.

Plusieurs fois par an, au moment de leur bizarre métamorphose, elles se mettaient à voltiger un peu partout, envahissant parcs et jardins avant de se regrouper en mouvants nuages sombres qui obscurcissaient le ciel rose d’Ouranos.

« Tu devrais t’essuyer la bouche… » lui conseilla-t-il en tirant par jeu sur une de ses longues tresses.

Elle s’exécuta machinalement du dos de la main, un peu déçue d’avoir dû interrompre plus tôt que prévu son petit festin.

Des mangues… C’était le nom que l’on donnait à ces fruits savoureux, bien qu’elle sût de façon certaine qu’ils n’avaient pas grand-chose à voir avec les « mangues » dont elle s’était souvent régalée avant le grand voyage.

Les deux enfants avaient été passablement désorientés au début en découvrant que plantes et animaux endémiques de cette planète portaient en général les noms d’espèces vaguement ressemblantes qu’ils avaient bien connues sur Atlantis. Parfois très vaguement ressemblantes, au point qu’ils avaient préféré commencer à développer leur propre vocabulaire pour les désigner. Puis, le temps passant, leur nouvel environnement éclipsant peu à peu le souvenir de l’ancien, ils y avaient renoncé pour adopter le langage commun.

Le coude de la rivière formait une petite crique où ils avaient pris l’habitude de se baigner, un endroit bien protégé du courant, avec une minuscule plage de galets où ils aimaient se reposer après avoir longuement pataugé dans l’eau fraîche. Dans les premières heures de l’après-midi, leur moment préféré de la journée où ils savaient pouvoir jouir d’une liberté totale, ce coin tranquille était comme transfiguré par la lumière légèrement violette de l’astre à son zénith.

En amont de là où ils se trouvaient, un amoncellement de rochers couleur d’améthyste partageait le cours d’eau en plusieurs courtes cascades sous lesquelles croissaient à l’envie les jacinthes arborescentes. En aval, l’eau s’écoulait plus calmement entre les berges étroites pour aller se perdre dans le bleu soutenu de la végétation.

« Tu te souviens ? » demanda-t-elle en désignant l’étendue de la forêt dont la dense canopée ne laissait rien deviner de ce qui se trouvait en dessous.

Il opina en souriant. Il avait ce jour-là eu la peur de sa vie, même s’il pouvait à bon droit, vu son jeune âge, considérer être très loin d’avoir tout expérimenté.

« C’était peut-être la seule chose contre laquelle on ne nous avait pas prévenus ! 

- Pardi… » répondit-elle en s’accompagnant d’un geste destiné à souligner l’évidence de la chose.

Sa frayeur passée lorsqu’il s’était extrait sans dommage, mais non sans peine de l’énorme feuille collante qui l’avait tout entier enveloppé, il ne s’était pas senti très fier. Un peu honteux d’avoir été, malgré sa vigilance, victime d’une des nombreuses farces que les vieux colons réservaient aux nouveaux arrivants.

Il leur en avait longtemps voulu bien qu’il dût admettre que tout ce qui présentait le moindre danger réel leur avait été très clairement expliqué. Comme ces saloperies de vrilles venimeuses ou les redoutables poissons-rasoirs.

Et les roseaux constrictors, bien entendu… Il réprima difficilement un frisson.

« Le premier à l’eau ! » lança-t-il en ôtant soudainement son short et son maillot de corps.

« Perdu ! » s’esclaffa-t-elle en se jetant tout habillée dans le lit de la rivière.

Secouant la tête pour la forme car habitué aux excentricités de sa cadette, il l’observa en train de traverser d’une brasse vigoureuse la vingtaine de mètres qui les séparaient de la rive opposée.

Les vêtements trempés, elle se hissa sans effort sur le talus herbeux. Debout au milieu des hautes pousses tarabiscotées de ce qu’il était convenu d’appeler des torsades palmées, elle lui fit signe de la rejoindre.

Il traversa à son tour, plus tranquillement, écartant doucement au passage quelques grosses brosses arc-en-ciel. Il se redressa en sentant qu’il avait à nouveau pied et, immergé jusqu’à la taille, frappa violemment l’eau du plat de la main.

Les inoffensives créatures aquatiques s’égayèrent en irisant la surface dans toutes les directions, pendant que des billes liquides aux reflets d’agate s’élevaient très haut pour retomber lentement en une pluie de fines gouttelettes chatoyantes. Un peu plus vite toutefois, pensa-t-il, que ce qu’il se rappelait avoir observé sur ces vidéos holographiques prises par beau temps sur Atlantis et repassées au ralenti sur sa tablette de virtualisation.

Satisfait du résultat d’une expérience cent fois renouvelée, il grimpa en se jouant la faible pente pour suivre Anaïs qui, fidèle à ses habitudes, venait de s’engager le long du lit de la rivière pour une petite promenade en aval, à l’ombre des gigantesques bambous siffleurs. Une promenade qui les mènerait jusqu’à un ravin peu profond où s’étalait un marécage envahi de roseaux constrictors, ces sinistres végétaux aux surprenantes et mortelles propriétés.

Ravis par la chanson flûtée du vent dans les tiges creuses, les deux adolescents cheminèrent, pieds nus, écrasant sous leurs pas les frêles herbacées dont les minuscules capsules laissaient échapper de délicieuses exhalaisons.

Au bout de quelques centaines de mètres, Tycho s’arrêta soudain, renifla longuement, puis se pinça les narines.

« Cette odeur… » fit-il en se tournant vers sa sœur. « C’est nouveau, ça. Qu’est-ce que cette odeur ?

- C’est vrai, ça pue ! » confirma-t-elle en imitant le geste de son frère.

Rendus méfiants par cette sensation inattendue, ils avancèrent avec précaution, respirant le moins possible, l’odeur devenant de plus en plus insupportable au fur et à mesure qu’ils approchaient du ravin.

Arrivés au bord, ils s’immobilisèrent, à la fois apeurés et incrédules.

L’homme, à demi immergé dans la vase orangée, le visage gonflé, les yeux exorbités, était mort les mains crispées sur la solide corde ligneuse qui lui enserrait la gorge. Le reste de son corps, autour duquel se devinait la couleur plus pâle de sa combinaison de forçat, se trouvait comme ligoté par d’innombrables racines qui paraissaient vouloir l’ensevelir sous la tourbe du marais.

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

FUNÉRAILLES, un texte signé Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

FUNÉRAILLES


 

Depuis plus d'un siècle, ma famille travaille dans les pompes funèbres. Avant on parlait de croque-mort, mais cela est tombé en désuétude.
 

Nous possédons un beau et grand magasin juste en face de l'hôtel de ville Un endroit stratégique à n'en pas douter !
 

Le pire pour nous, c'est quand quelqu'un de la famille passe l'arme à gauche. Imaginez-vous : fournisseur et client à la fois !
 

Pour grand-mère, on a décidé de faire confiance à un concurrent. Ce fut dramatique ! On a tout critiqué ! Tout !
 

La tenue du personnel, la propreté du corbillard, le bois du cercueil et même la vitesse du convoi entre la maison et le cimetière. Grand-maman avait refusé de passer à l'église suite à une dispute vieille de plus de trente ans avec le curé ! Une vieille querelle qui fut fatale à l'homme d'église qui décéda quelques mois plus tard et pour lequel, on avait bâclé l'affaire en moins de deux !
 

Mais il y eu une vengeance posthume, puisque nous avions appris que désormais le secrétariat paroissial conseillait de ne plus s'adresser à notre société pour les enterrements à l'église !
 

Notez qu'on s'en fiche, il y a de moins en moins de personnes qui ont recours aux services de la religion pour aller au paradis.
 

Grand-père, un vieux dur à cuire - quand je pense qu'il veut se faire incinérer ! Cela va prendre des heures - nous a réuni la famille pour passer la main…
 

C'est désormais, Robert, mon père, qui sera le patron. Avec lui, c'est devenu l'enfer. Un vrai tyran. Il veut tout savoir, tout contrôler, tout régenter. Il terrorise la clientèle et son personnel, le Robert !
 

Pourtant, moi je reste serein. Je suis son fils préféré et je sais qu'un jour viendra… En attendant, j'agrémente souvent son café "très sucré hein gamin" avec un peu de cette poudre que toute la famille ne connaît que trop bien. Il faut bien vivre, n'est-ce pas ?


 


 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

 

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Christian Eychloma nous propose un nouvel extrait de son nouveau roman "Ta mémoire, pareille aux fables incertaines"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

« Je suppose que vous pourriez aller beaucoup plus vite que ça ? » s’enquit Bob, debout dans le poste de pilotage, balayant curieusement du regard le tableau de bord de l’étrange engin.

« Nous le pourrions sans problème, mais préférons observer la plus grande prudence » répondit le commandant Jarov, bien calé dans son fauteuil, la main sur le levier de commande. « Avec une telle pression de l’air, la portance est énorme et nos deux moignons d’aile suffiraient amplement à nous propulser vers le plafond de la grotte à la moindre accélération… Sans même parler de ces espèces de lianes qui nous barrent souvent la route et que l’on n’aurait pas le temps d’éviter ! Veillez à propos à vous tenir solidement à la poignée de sécurité… »

Bob obtempéra avant de se pencher légèrement pour scruter, à travers l’épais matériau transparent de la verrière, la profonde caverne brillamment éclairée par les puissants projecteurs situés à l’avant de la « taupe ».

De drôles de plantes ligneuses, aux longues tiges fines et diaphanes, croissaient dans tous les sens le long des parois, s’en écartant parfois pour surgir comme par magie devant le nez de l’appareil lorsqu’on les éclairait, surprenant le pilote en l’obligeant à un brusque écart. Et ces bizarres bestioles ailées, forcément aveugles, zébrant en permanence de leur vol zigzagant l’espace clos fugitivement illuminé de ces tunnels enfouis sous des kilomètres de roche…

Des bestioles qui éveillaient tout d’un coup de vieux souvenirs de lecture. Comment appelait-on ces mammifères terrestres cavernicoles aux ailes membraneuses dont il se rappelait avoir vu des photos ? Peu importait… Il était au fond à peine étonné de retrouver ici comme un petit échantillon de la surprenante faune de cette lointaine planète mère qu’il ne connaîtrait jamais. Les cours d’exobiologie qu’il avait jadis suivis sur Atlantis ne l’avaient-ils pas amené à comprendre que la vie réutilisait toujours et partout les mêmes recettes gagnantes pour s’adapter à des situations similaires ?

Des situations similaires… Il avait beau se répéter qu’il appartenait à une civilisation entièrement tournée vers l’espace, une technocratie qui ne s’intéressait aux planètes plus ou moins habitables que pour les richesses minérales qu’elles pouvaient offrir, il lui était toujours aussi difficile d’admettre que les autorités d’Ouranos aient pu ignorer jusqu’alors l’existence de cet incroyable édifice naturel. Cet immense labyrinthe sous-terrain que d’autres avaient su discrètement utiliser à leur profit.

« Et vous dites avoir des cartes suffisamment précises de ce réseau de galeries dans lesquelles nous sommes en train de nous faufiler ? » demanda-t-il, un peu inquiet. « Je n’arrive pas à croire qu’il puisse vraiment s’étendre sous toute la surface…

- C’est pourtant vrai. Enfin, presque… Avec de nombreux endroits bien moins praticables que cette portion-là, mais ça passe toujours. Et heureusement pour nous car je doute fort que nous ayons eu le temps de nous échapper par la mer !

- Vous pensez qu’ils ont détruit la base, à l’heure qu’il est ?

- Si ce n’est fait, c’est qu’ils s’apprêtent à le faire… Il valait mieux foutre le camp au plus vite, croyez-moi. Notre base de repli la plus proche n’est qu’à cinq heures de route environ. Mais ce qui me préoccupe le plus, c’est que maintenant, ils savent. Fini, l’effet de surprise !

- Mais s’ils détruisent la base…

- Ils se douteront bien que nous en avons installé d’autres et feront tout pour les trouver. Ça risque d’être « chaud », à partir de maintenant…

- Ce qui me paraît rassurant, c’est qu’ils ne disposent probablement pas de la technologie leur permettant d’explorer les fonds marins comme vous pouvez le faire… Pourquoi l’auraient-ils développée, ignorant totalement ce qui était en train de se tramer ?

- Juste un petit sursis, Bob… Cela ne nous laisse qu’un tout petit sursis avant que nous ne ressuscitions l’antique guerre sous-marine ! » répondit le commandant sur un ton désabusé. « Avec toutefois d’autres moyens que ceux dont on disposait lors des batailles navales de notre bonne vieille Terre ! On a dû vous parler de ça à l’école ?

- Oui, je me souviens vaguement de ces histoires de sous-marins torpillant des navires qui à leur tour leur balançaient des charges explosives…

- Des grenades, c’est ça… On appelait ça des grenades.

- Ces récits m’amusaient beaucoup, étant gosse !

- Ça vous amusera moins lorsque les satellites d’observation, repérant le moindre déplacement de masses métalliques dans les profondeurs, nous enverront les chasseurs suborbitaux lestés de torpilles à charge d’antimatière… »

Bob, mal à l’aise, ne répondit pas. Il se contenta de tourner la tête vers l’arrière de la cabine où Alex, n’ayant pas suivi la conversation, s’entretenait calmement avec les deux nouveaux venus responsables bien malgré eux de la situation périlleuse où ils se trouvaient tous maintenant.

Il ramena son regard sur la nuque du commandant pour poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Comment pourrons-nous quitter Ouranos, maintenant ?

- L’équipage de l’Exocet apprendra ce qui s’est passé ici aussitôt qu’ils sortiront de l’hyperespace » répondit celui-ci sans quitter des yeux l’avant de la machine dont les phares paraissaient vouloir fouiller les entrailles de la planète. « Ne vous en faites pas… Vous pourrez tous embarquer lorsque le vaisseau se présentera à l’entrée de notre prochaine base, là où notre sous-marin nous attend déjà !

- Là-bas aussi un énorme tube blindé, j’imagine… L’Exocet se verrouillera directement sur le sas ?

- Si la topographie du lieu le permet. Sinon, le sous-marin se chargera de vous transborder sur le vaisseau posé un peu plus loin sur le fond… »

Cet incroyable voyage sous la surface d’un monde supposé sans mystère… Le vaisseau posé sur le fond de l’océan, attendant sagement ses passagers… Depuis le début de cette surréaliste aventure, tout ça réveillait en lui des bribes de souvenirs.

Ces naïfs romans d’anticipation datant d’une époque qui se perdait dans la nuit des temps. Un de ces auteurs anciens dont il avait oublié depuis longtemps le nom et qu’on avait dû lui présenter, étant gamin, à titre de curiosité. L’auteur, à ce qu’il croyait savoir, de quelques-uns des plus vieux récits de science-fiction. De ce que l’on n’appelait pas encore - de ce que l’on n’appelait plus - de la science-fiction.

Avant, bien avant la grande diaspora. Sur une Terre qui s’apprêtait à vivre, quelques siècles plus tard, ce que peu d’écrivains avaient osé imaginer.

Christian Eychloma

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Un extrait d'Aspasie comme promis !!!

Publié le par christine brunet /aloys

EDGAR S. ATLANDES

 

 

 

 

Aspasie

 

Les aventures désastreuses

de Jérôme Toutalœil


 

 

Les aventures désastreuses de Jérôme T

 

 

 

Chapitre 1 : Tante Agathe ! ?

 

–  Passez-moi le sel, voulez-vous ? dit tante Agathe.

–  Le sel ? répondit Fernand par pure distraction.

–  Ben oui, le sel : le truc blanc, là !

 

 

Paris, dimanche 6 juillet 1924

 

–  Tante Agathe ! ?

–  Évidemment que c’est moi ! Est-ce que j’ai l’air de ressembler au portier du boulevard des Batignolles ? Enfin, au moins, tu me reconnais : c’est déjà ça !

–  Oui, enfin, non bien sûr... Je veux dire : quelle surprise ! Je ne savais pas que tu étais à Paris...

–  Ne sois pas stupide mon petit Jérôme : si je n’étais pas à Paris, je ne serais pas en ce moment en train de poireauter en plein courant d’air sur le palier de ton appartement...

–  …

Jérôme fit rentrer tante Agathe qui, au passage, faillit buter sur une paire de chaussures flambant neuves qui traînaient dans le vestibule.

–  Mon Dieu ! Qu’est-ce que c’est que ces horreurs ?

–  Ah ça, Tantie, ce sont des Dassler, les premières chaussures conçues spécialement pour le sport ! Je les ai commandées directement en Allemagne. Le seul petit problème, c’est qu’ils se sont trompés de pointure : ça, c’est du 44, alors que moi je fais du 42..

–  Le sport ? Faut vraiment avoir envie d’attraper une pneumonie ou la tuberculose !

Dans le salon, Véra et Fernand, un sourire aux lèvres, avaient assisté à distance aux premières réparties de la virago.

–  Tu pourrais me présenter à tes amis, Jérôme, dit tante Agathe tout en détaillant d’un œil réprobateur l’allure délabrée de Fernand Marchepoil et les cheveux courts de la jeune femme vêtue d’une paire de pantalons.

–  Tante Agathe, je te présente Véra, ma photographe préférée. Nous travaillons ensemble au Petit Parisien. C’est avec elle que je...

–  Je sais, je sais... Pas la peine d’entrer dans les détails ! Ta vie privée ne regarde que toi après tout.

Véra prit la parole avec un petit sourire amusé :

–  Ce que Jérôme voulait dire, c’est que nous réalisons nos reportages en équipe : Jérôme écrit les articles et moi je prends les photos.

–  J’avais compris, je ne suis pas stupide ! rétorqua la quinquagénaire.

–  Jérôme nous a souvent parlé de vous, ajouta Véra encore polie.

–  Oui, oh j’aime mieux ne pas savoir ce que ce freluquet peut bien raconter sur moi quand j’ai le dos tourné...

Jérôme reprit la parole :

–  Et voici Fernand Marchepoil. Fernand est détective privé... Fernand, je te présente tante Agathe !

–  Inutile de répéter mon nom à tout bout de champ, Jérôme. Tu l’as crié suffisamment fort dans l’escalier tout à l’heure, tes amis sont déjà au courant ! D’ailleurs tout l’immeuble doit être au courant...

–  Nous étions en train de prendre l’apéritif, intervint Fernand. Je vous sers une petite Suze, tante Agathe ?

–  Non merci, jeune homme. Le Docteur Duchemin me le disait encore la semaine dernière : l’alcool, ça ronge le cerveau !

–  Et vous êtes venue comment ? s’enquit Véra en allumant une cigarette.

–  En Torpédo évidemment ! Comment voudriez-vous que je vienne à Paris du fin fond de la Normandie, ma pauvre fille ! A pied ou à bicyclette peut-être ?

Jérôme crut bon de suggérer :

–  Tu aurais pu venir de Domfront en chemin de fer, Tantie.

–  En tortillard ? Et pourquoi pas en ballon ou en Zeppelin tant que tu y es !

–  Le Zeppelin, c’est bien, ne put s’empêcher de remarquer Fernand.

Après avoir lancé un regard désolé à Fernand, Tante Agathe marmonna :

–  L’alcool est vraiment le pire ennemi de l’intelligence...

~ .*. ~

Pour une fois, Fernand était parvenu à ouvrir la bouteille de vin sans réduire en miettes le bouchon de liège.

–  Je ne vous propose pas de Château-Margaux, Tantie, dit Fernand.

–  Du Château-Margaux ? Ma foi, si vous insistez...

Fernand versa le précieux breuvage pendant que tante Agathe inspectait sa fourchette d’un air circonspect.

–  Vous me direz stop, tante Agathe.

–  …

–  Tante Agathe ?

–  Mon Dieu, mais vous m’avez servi une dose de cheval ! Moi qui ne bois jamais une goutte d’alcool !

–  C’est du Château-Margaux, Tantie, ça ne peut pas vous faire de mal.

–  Vous croyez ? minauda-t-elle.

~ * ~

–  Passez-moi le sel, voulez-vous ? dit tante Agathe.

–  Le sel ? répondit Fernand par pure distraction.

–  Ben oui, le sel : le truc blanc, là !

~ … ~

–  C’est joli, la Normandie, c’est vert, reprit Véra en s’imaginant que, sur ce sujet-là au moins, elle ne risquait rien.

–  Si vous voulez mon avis, c’est surtout humide, terriblement loin de tout et mortellement provincial. A part ces abrutis d’autochtones et les militaires, faut vraiment être une vache pour trouver ça folichon ! Vous avez de la famille en Normandie, mademoiselle ?

–  Moi ? Non, pas du tout.

–  Et votre papa n’était pas militaire, ajouta la tantine.

–  Euh non, pourquoi ?

–  C’est bien ce que je pensais...

~ * … * ~

–  Ces coupures de courant sont quand même un véritable fléau !

–  Pardon ? répondit Véra qui s’attendait désormais au pire.

Tante Agathe se tourna vers sa voisine de table et reprit d’une voix à réveiller les morts :

–  Je disais : vous vous êtes habillée dans le noir ce matin ?

–  Ah celle là, je l’attendais ! Vous faites allusion à mon pantalon ? répliqua la jeune femme en allumant à nouveau son fume-cigarette.

–  Puisque vous abordez le sujet, murmura Tantie.

–  Eh bien, figurez-vous que c’est la grande mode à Paris en ce moment, ma pauvre dame, rétorqua Véra en projetant un énorme nuage de fumée au visage de la tante acariâtre. Mais évidemment, quand on habite comme vous, Trifouillis Les Andouillettes, c’est à dire au fin fond du Pays des Ruminants...

–  Je vous ferai quand même remarquer que c’est interdit par la loi ! –  Le pantalon interdit par la loi ? Ça me fait une belle jambe...

~ .*. ~

–  Fernand ! Vous n’avez plus les yeux en face des trous, mon garçon ?

–  Hein, oui, non ? bafouilla Marchepoil.

–  Vous ne voyez pas que mon verre est vide depuis une heure ?

~*~*~

–  Excellents, tes Paris-Brest, mon petit Jérôme, comme toujours...

Les trois jeunes gens se regardèrent interloqués : pour la première fois de la soirée, tante Agathe venait de faire un compliment.

–  Voilà au moins une chose que tu auras héritée de moi. Parce que ce ne sont pas les talents culinaires qui ont tué ta pauvre mère !

Fernand, qui était en train de reposer son verre, faillit s’étouffer.

Véra, afin d’éviter un incident diplomatique, avait déjà préféré s’engouffrer dans la cuisine tandis que Jérôme, blasé, levait les yeux au ciel.

~*…*~

En fin de repas, tante Agathe avait finalement déclaré :

–  Mon pauvre chéri, tu habites vraiment dans une ville de fous !

–  Paris ? répondit Jérôme.

–  Je te rappelle que tu n’habites pas à Pétaouchnok, Jérôme ! Encore que…

–  …

–  Il se trouve simplement qu’en venant tout à l’heure, je me suis arrêtée à la Cathédrale pour allumer un cierge. Et vous ne devinerez jamais ce que j’ai vu !

Tante Agathe marqua une brève pause et après s’être assurée que tous autour de la table l’écoutaient religieusement, reprit :

–  Une espèce de dévergondé avec une chemise couleur grenouille et un nœud papillon d’un goût extrêmement douteux.

–  Un anglais peut-être ? suggéra Véra poliment.

–  En effet, mais ça n’est pas une raison pour m’interrompre sans cesse, mademoiselle ! Toujours est-il que cet énergumène déambulait dans la Cathédrale en promenant devant lui une canne blanche terminée par une sorte de poêle à frire elle-même reliée à un cadran portatif. Chez nous, on enferme ce genre d’individus dans des cellules capitonnées !

–  Et il mesurait quoi ? demanda Jérôme intrigué.

–  Ça, je ne sais pas. Mais je lui ai quand même fait remarquer que les églises étaient des lieux de prière, pas des terrains de jeu pour les détraqués !

–  Ah, fit Marchepoil en signe d’assentiment.

–  Oui, eh bien, vous me croirez si vous voulez mon pauvre Fernand, mais le dégénéré a sorti de son portefeuille une lettre signée par l’archevêque de Paris l’autorisant à effectuer ses expériences en plein milieu de Notre Dame ! Quelle idée ! Je sais bien que les évêques sont rarement de première jeunesse, mais celui-là doit carrément sucrer les fraises !

–  L’archevêque de Paris ? murmura Jérôme.

~ … ~

Après le départ de tante Agathe, les conversations reprirent leur cours :

–  Quel ouragan ! s’esclaffa Fernand.

–  Une vieille peau, oui ! maugréa Véra.

–  Tante Agathe, tout simplement, soupira Jérôme.

–  …

–  C’est quand même dommage que Max nous ait posé un lapin ce soir, reprit la jeune femme, il se serait sûrement bien entendu avec ta tante.

~~~ DRING ~~~ DRING ~~~ DRING ~~~

–  Quand on parle du loup, dit Toutalœil en adressant un petit clin d’œil à Véra. C’est sûrement Max...

Une voix d’homme résonna en effet dans le combiné. Jérôme se mit aussitôt à crier :

–  Ben alors, qu’est-ce que tu fabriques, vieux sac ?

–  Toutalœil  ! ? ! Nom de Dieu ! Vous avez bu ou quoi ?

–  Hein ? Ah c’est vous, monsieur Delaiste ! Ivre, moi ? Ah ! Non, vous me connaissez, Patron, moi je suis sobre comme un chameau du Kalahari ! C’est juste que...

–  C’est précisément parce que je vous connais Toutalœil ! Alors, écoutez-moi bien : vous faites ce que vous voulez de votre existence pitoyable, mais je vous conseille de garder vos excuses à la noix pour les écureuils !

–  Les écureuils, Patron ?

–  Bouclez-la, bougre d’andouille  ! Dans mon bureau demain à huit heures et que ça saute ! Vous pensez peut-être que je vous paie à ne rien faire ?

–  Oui monsieur Delaiste. Enfin je veux dire : non bien sûr, monsieur Delaiste. Vous pouvez compter sur moi debain Patron, sauf que je suis terriblebent enrhubé, fit Toutalœil d’une voix soudain à l’agonie.

–  Un rhume au mois de juillet ? Mais vous le faites exprès, ma parole ! Votre problème, Toutalœil, c’est qu’au fond, vous êtes un nuisible, un cousin du doryphore ! Et puis d’abord, qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse votre rhume ? Moi, quand je suis enrhumé, ça ne m’empêche pas de réfléchir !

–  Ah ça, c’est bien... Et quand vous n’êtes pas enrhubé, Patron ?

–  Hein ? ! Faites gaffe Toutalœil, c’est tendu en ce moment à la rédaction, alors épargnez-moi vos plaisanteries douteuses ! Je vous ai dans le collimateur mon gars ! A propos : vous rappellerez à la greluche qui vous sert de photographe que ses idées de reportage sur les femmes, je m’assois dessus !

–  Mais si tout le bonde tombe balade à cause de boi à la rédact...

~~~ SCHLÖNGK ! ~~~

Jérôme raccrocha en soupirant. C’était le coup de fil habituel de Léon Delaiste, rédacteur en chef du Petit Parisien, lorsque notre héros désertait les bureaux plus de vingt-quatre heures sans donner signe de vie. Après avoir allumé une nouvelle cigarette, il retourna auprès de ses deux invités.

–  Des ennuis ? s’enquit Véra.

–  Non, c’était Edgar. Il m’a demandé de te rappeler qu’il s’asseyait sur je ne sais plus quoi... De toute façon, je ne suis plus dans ses petits papiers depuis des lustres : il a quand même refusé que j’écrive le moindre article sur les Jeux Olympiques qui se terminent à la fin du mois ! Alors forcément, je tourne un peu en rond, j’ai l’impression que ça fait une éternité qu’il ne se passe rien...

~*.!.*~

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

L'INTERVENTION IMAGINAIRE D'UN ARCHER AUX FUNÉRAILLES DE LOUIS, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

L'INTERVENTION IMAGINAIRE D'UN ARCHER

AUX FUNÉRAILLES DE LOUIS


 

Louis est un exemple pour nous tous puisqu'il s'est initié au tir à l'arc alors qu'il avait déjà plus de trente ans.
 

Lors de ses nombreuses conférences, il citait aussi bien Einstein que le Cardinal Gartompi, grand prêcheur de Vérone et confesseur de deux papes.
 

La musique lui était indispensable. Je l'ai vu réaliser une série de 180 points, le maximum, alors qu'il fredonnait le premier mouvement de la 7e symphonie en ut majeur, opus 60 de Dimitri Chostakovitch.
 

Les crises d'alcoolisme qui ont marqué sa vie lui ont aussi valu de connaître la prison. Il avait eu l'idée saugrenue de poser son petit-fils sur la tête d'une pomme.
 

Si tout cela se termina sans drame, c'est grâce au sang-froid de sa compagne qui s'était coupé le sein gauche pour lui faire plaisir et lui garantir une jouissance parfaite lors de l'acte sexuel.
 

Louis passait de la joie la plus grande au découragement profond uniquement en fonction de sa réussite en tant qu'archer.
 

Ses dernières paroles ont été pour Beethoven qui, hélas, n'en a pas saisi un traître mot !
 

Repose en paix, cher ami archer et fais flèche de tout bois, là où tu es !
 

Je terminerai par quelques phrases de l'excellent livre de Louis, "Le tir à l'arc et moi", grand prix de la F.I.T.A. (Fédération Internationale de Tir à l'Arc) qui fait toujours autorité :

 

… "Mes élèves dans les différentes disciplines que j'ai pratiquée au long de ma vie (que dis-je mes élèves, mes disciples) m'ont enseigné toutes et tous la patience du cobra, la vivacité de la veuve noire et le regard de l'aigle.

 

Patience : pendant de longs instants, répéter la même phrase musicale pour qu'elle devienne parfaite et en adéquation absolue avec les autres choristes.


Vivacité : prendre une bonne décision en étant sûr que c'est la meilleure. L'électronique moderne ne se contente plus d'à-peu-près ! Faire mieux que la concurrence et moins cher.
 

Regard : Se fier à ce que l'on voit alors que notre position d'archer est chaque fois identique. Mon défi de tirer les yeux fermés est toujours d'actualité pour les experts de l'art qu'est le tir à l'arc" …


 


 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

Publié dans Textes, Nouvelle

Partager cet article
Repost0

LA PROMESSE DES SONGES, une nouvelle signée Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

LA PROMESSE DES SONGES


 


 

Les rêves tout comme les souvenirs sont encore en moi.

J'entre dans la galerie d'art Psyché. J'avance d'un pas rapide, attirée par le fond de la pièce tout éclaboussé de soleil. Je suis face à la sculpture. Je vois les formes de l'homme dans le rayon de lumière qui vient de la baie vitrée donnant sur le jardin. Il est vêtu d'un simple pagne. Je reste interdite, comme pétrifiée, tétanisée. La silhouette est sublime. Un chef d'œuvre. L'indéniable patte d'un artiste.
 

Je me plais à observer les grands yeux, la petite verrue sur le front, les oreilles finement ourlées, la bouche charnue, le menton volontaire, les joues lisses, la musculature et la posture parfaites.
 

Je suis tentée de le toucher et à la fois trop impressionnée pour en avoir l'audace. Comment oser poser la main sur une telle merveille ?
 

Cette présence masculine m'obsède. Fascinée, je ferme les yeux. Je connais déjà par cœur chaque courbe, chaque ligne. Impossible de m'éloigner. Je veux le contempler encore et encore. Je suis devenue voyeuse.
 

On m'a touchée, je sursaute : "Salut Christelle. Tu es venue bien tôt. Et je vois que tu as trouvé l'homme idéal."
 

Le charme vient d'être rompu par mon amie Sophie qui m'entraîne à l'autre bout de la salle. Les invités du vernissage arrivent de plus en plus nombreux. Je peux dire adieu à mon bel inconnu. La soirée se passe sans que je ne goûte ni au champagne ni aux petits fours.

Ma vie est transformée. Je serais prête à toutes les concessions si j'étais certaine d'atteindre le but qui m'importe désormais : le redécouvrir à nouveau.

Je rentre chez moi. Je me couche et je retrouve dans mon rêve la perfection de l'œuvre. Je la caresse avec ferveur. Sous la pulpe de mes doigts, je sens la chaleur de l'homme. Je hume son parfum. Il ne parle pas. Il n'y a pas de mots délicats, pas de mots d'amour, même pas de soupirs.
 

Le lendemain, ma toilette faite, je m'habille machinalement.
 

Je ferme les yeux, je revois son sourire, ses lèvres, la beauté de son corps.
 

Mes élèves m'attendent. Dans les rues, les gens marchent, parlent, bougent. Sans grâce. Le spectacle du dehors me paraît si ordinaire.
 

À quatre heures, dès la sonnerie de la cloche, je file en douce à la galerie : "il" n'est plus là. J'interroge l'employée. Elle me répond qu'il n'y a jamais eu de statue à cet endroit-là, que je dois probablement confondre. J'insiste. Son sourire gêné me laisse croire qu'elle me prend pour une folle. De guerre lasse, je m'en vais.
 

Je passe chez Sophie à l'autre bout de la ville. Elle se souvient m'avoir trouvée pensive hier soir à la galerie Psyché. Je me tenais, paraît-il, béate d'admiration face à une installation mêlant vêtements et mannequin en fil de fer. Cette fois, je capitule.
 

J'ai l'impression que je n'éprouverai plus de bien-être qu'auprès de l'homme. Je souffre de son absence. Je suis son esclave. Je sais qu'il ne m'apparaîtra que durant mes rêves. Tous les soirs, j'aspire à m'endormir le plus rapidement possible. En vain. Les nuits de nos rencontres sont tellement rares !
 

À présent, tout m'ennuie : les dîners entre amis, les sorties au cinéma. Même mes petits élèves ne m'intéressent guère, pas plus que mes collègues ni Sophie. Mon existence est chamboulée. Je suis envoûtée.
 

Quand le reverrai-je ? Quand pourrai-je effleurer son corps et sentir son odeur ?

Rien ne compte plus pour moi que les heures que nous passons ensemble. Dans mes songes ne suis-je pas si heureuse ?

 

Un jour à mon réveil, j'aperçois sa silhouette dans un rayon de lumière filtrant dans le hall. Pour la première fois, il m'adresse un signe de la main. Enfin il s'intéresse à moi ! Enfin j'existe ! Je m'approche mais plus je m'approche, plus il s'éloigne. Il finit par disparaître. N'était-ce donc qu'un leurre ?
 

Maintenant, j'en ai pris mon parti : il ne sera jamais à moi, je ne serai jamais à lui sauf dans la promesse des songes.
 

Il me suffit de fermer les yeux pour le découvrir comme une chose précise mais sans vie. J'attends que le soir vienne, puis la nuit promesse d'une rencontre hypothétique. Je n'ai aucun pouvoir sur lui. Parfois il s'offre à moi, le plus souvent il se refuse. Quand il se donne, il est réel et tenace.
 

Je ne suis plus qu'attente.
 

Un jour de vacances, je suis assise au bord de la piscine d'un hôtel. Je suis absorbée par la lecture d'un roman lorsqu'un insecte me frôle la joue puis se pose sur mon bras. Je le chasse d'un revers de la main. Je le suis des yeux et je remarque alors l'homme. Il est loin de moi, debout. Il semble pensif. Soudain, il prend un sac à dos sur un transat et se dirige vers le parking.
 

Tout va très vite. Un coup de frein, un fracas, de grands cris. Je cours. L'homme est étendu sur le sol devant le pare-chocs d'une grosse voiture. Ses yeux sont fermés, il a une bosse au niveau du crâne et saigne d'une oreille. La vie semble l'avoir quitté. Je m'approche. Je me penche et caresse la petite verrue sur le front. Un vertige me prend, je tremble de tous mes membres.

Une femme explique : "Je n'ai pu l'éviter."
 

Déjà l'ambulance est là. L'homme est bientôt à l'intérieur, à l'abri des curieux.
 

J'appelle un taxi, je vais d'hôpital en clinique. Finalement c'est dans un établissement assez proche de l'hôtel que j'apprends qu'on l'a amené là et qu'on n'a rien pu faire pour le sauver. On se refuse à m'en dire plus.
 

Je rentre donc à l'hôtel.
 

Dans le journal, il n'y aura qu'un simple article de quelques lignes. Sans papier d'identité, l'homme reste inconnu. L'enquête s'annonce difficile.
 

Plus jamais, l'homme ne fera partie de mes songes. Et pourtant, chaque nuit, je ne cesse de l'attendre. La fin de mes vertiges j'en suis sûre ne pourra venir que de nos retrouvailles.

Les rêves tout comme les souvenirs sont encore en moi.


 


 

Micheline Boland

Site Internet : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits

Blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com

 

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Ah bravo ! Bob le Belge a encore frappé !

Publié le par christine brunet /aloys

 

C’est un peu zonteux quand même que je suis arrivé dans la salle du centre culturel qui était déjà remplie : une trentaine d’hommes et femmes assis en demi cercle l’air penaud autour d’un psy qui me présenta avec gentillesse comme si j’étais un nouvel élève de classe. Faut dire que c’était la première fois et que j’étais dans mes petits souliers.

« Bonjour Bob », répondirent-ils tous en choeur.

Et chacun d’évoquer ensuite le problème pour lequel on nous avait réunis en insistant sur la difficulté d’arrêter, surtout lorsqu’on a commencé très jeune, presque bébé. « Il y aura des rechutes… » expliqua le modérateur, « c’est inévitable, mais avec un peu de volonté… »

Un des patients proposa alors de mettre au point un système d’appels téléphoniques auquel chacun pouvait se contacter lorsqu’il se sentait sur le point de lâcher… un autre plus volontaire nous incita à faire une manifestation devant le ministère de la santé pour réclamer une reconnaissance, un troisième de créer une association pour obtenir des subsides et rejoindre le mouvement international qui était en train de se former et de proposer comme nom provisoire :

L’association belge des individus qui ne peuvent pas s’empêcher de pisser le long de leur jambe lorsqu’ils prennent une douche.

Que celle ou celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre !

 

 

Bob le Belge

 

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

LA DÉCOUVERTE DU JEUNE SAM, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

LA DÉCOUVERTE DU JEUNE SAM

Une langue que je porte en moi


 


 

Cela faisait des années qu'ils cherchaient. Les enfants avaient succédé à leurs pères depuis des générations et toujours ils cherchaient.
 

Les plus petits, les moins malins ne savaient même plus ce qu'ils cherchaient. Les anciens, les sages savaient…
 

Le désert avait suivi la jungle, les villes tentaculaires avaient laissé leur place aux huttes en paille. Les couleurs de peau avaient défilé devant eux et même les dieux les avaient croisés. Rien ne semblait pouvoir leur ouvrir les yeux. Rien ni personne.
 

Un matin comme tous les autres, le jeune Sam se présente devant le grand conseil en déclarant : "Je crois avoir trouvé…"
 

On le questionne, on s'empresse autour de lui, on l'écoute. Sam est bien connu de tous pour sa subtilité et son intelligence.
 

"Voilà… Nous errons depuis trop longtemps à la recherche de ce que nous avons probablement en nous depuis le début. Que nous manque-t-il ? Une terre ? Nous en avons foulé des centaines, une capitale ? Nous avons été accueillis partout. L'espoir ? Nous l'avons ancré au plus profond de nous."

 

"Ce qui nous manque, c'est l'amour et nous le transportons depuis toujours. Prenons-le, il est là à portée de main."

 

Le jour se terminait et tous s'arrêtèrent. Ils avaient trouvé…


 


 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

 

Publié dans Textes, Nouvelle

Partager cet article
Repost0

Robert Blée nous propose un extrait de son ouvrage "A l'ombre de mon tilleul vert"

Publié le par christine brunet /aloys

Souvent je viens m’asseoir sous mon tilleul vert afin de trouver, dans l’éclat du soleil haché par un feuillage joueur, les prémisses d’un élan, ceux de la beauté.

Je les trouve dans ces moments extrêmes où l’essence de la vie fait d’un songe une valse à deux temps qui me pousse sereinement à comprendre le battement des ailes de papillons, ou celui de l’aiguille qui tourne sans relâche autour de nos horloges internes.

Dans le ballet des tic-tacs

Se construit la vie

Au rythme de nos frasques.

Souvent, la couleur de l’espoir vient chatouiller le jaune cru de mes matins engourdis afin de me bercer dans le blanc nacré des moutons sans berger qui semblent naviguer dans l’azur d’un ciel rieur, dans le no man's land d’un monde sans torpeur.

Étranges visions que je livre en étal, étranges sensations, étrange amour.

À l’ombre d’un tilleul

 

Les feuilles bruissent au vent

Dans les notes confuses d’un été,

Elles chantent aux oreilles des enfants.

 

Regards bleus,

Têtes blondes,

Le temps à l’abri des tilleuls passe.

 

Les murmures des rayons francs

Assoiffent les fontaines muettes,

Réchauffent les billes d’antan.

 

Agates aux tons miel,

Têtes rousses,

Les cours de récréation dorment.

 

Dans l’air…

 

Des fleurs,

Mille senteurs,

Le bonheur,

Les blés dansent

La ronde d’une houle formée,

Le vol d’un papillon fatigué.

 

Tout est calme en campagne,

Le temps d’été s’égrène

Paisiblement à l’ombre d’un tilleul.

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

La petite main, un conte signé Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

LA PETITE MAIN


 


 

Dimanche de printemps. Je suis seule. Mon mari suit des cours techniques aux États-Unis. Une session d’un peu plus de quatre semaines. Je parcours la brocante de mon quartier. Une façon comme une autre de combattre mon ennui.

Tout à coup, je le vois. C’est un coquetier en porcelaine blanche sur lequel sont peintes des fleurettes bleues. Je m’informe du prix. L’homme le vend quinze euros. Il pourrait le vendre le double que je ne résisterais pas à la tentation. Ce bel objet, il me le faut pour ma collection. Son double, ébréché et fendillé, garni de fleurettes roses, se trouve dans la corbeille ‘tout à deux euros’. J’achète les deux.

Quand je déballe mes achats, je découvre, auprès des deux coquetiers, une petite main en bois qui mesure tout au plus cinq centimètres de long. Probablement la main d’une statuette de Saint Joseph qui se trouvait près de la corbeille aux objets démarqués. Je lave les deux coquetiers et pose la main sur l’appui de fenêtre près d’un chiffon tout propre que je destinais au nettoyage de la vitre.

Je m’affaire. Procédant par essais et erreurs, je trouve dans ma vitrine le bon endroit où placer les coquetiers. Ensuite, je prépare du potage aux asperges pour mon repas du soir et je cuis des œufs durs.

Lorsque je m’apprête à nettoyer la vitre, je m’aperçois qu’elle étincelle comme jamais ! Le chiffon est sale, la petite main repose tout à côté. J’ai beau interroger ma mémoire, je n’ai aucun souvenir d’avoir nettoyé la vitre. Même pas un petit coup comme je le fais parfois lorsque le temps manque ou que j’y aperçois une trace de pluie.

Alors, je joue le jeu. Si la main veut travailler, elle trouvera à s’occuper ! Je débarrasse la table du salon des revues et journaux qui l’encombrent. J’y dépose la petite main et le chiffon. Puis, je fais demi-tour et vais au jardin. Après tout, cette petite main ne supporte peut-être pas qu’on l’observe ! Donnons-lui toutes les chances de se montrer de nouveau efficace !

Retour du jardin, la table est impeccable et le chiffon un peu plus sale !

Inutile de dire qu’il s’en passe des choses dans mon cerveau. Si une main est efficace, deux mains, deux pieds, une tête le seront plus encore ! Vite, je repars pour la brocante ! Ouf, le marchand est toujours là et Saint Joseph n’a pas trouvé acquéreur ! Pour cinq euros, j’achète la statuette, en mauvais état, car, évidemment, il lui manque une main !

Sitôt rentrée, petit test de mise en route. Je place la statuette sur la table de la terrasse. Elle est entourée de chiffons tout propres, de la bouilloire, du moulin à café, du pot à tabac et de la cafetière en cuivre. "Allez, vas-y, brave Joseph ! Travaille, affaire-toi ! Rends service puisque telle est ta vocation !"

Pendant ce temps-là, je me repose dans un fauteuil sur la pelouse. Envie de regarder, envie de savoir mais je résiste ! Une heure plus tard, je me lève. Joseph est resté là où je l’avais posé et les cuivres sont toujours aussi ternes.

Ça cogite toujours dans mon cerveau ! Envie de casser l’autre main, de séparer chaque pied du corps, puis d’essayer de faire de même avec la tête. Envie mais retenue. Envie mais contrôle. Envie mais réflexion plus profonde. Pauvre Joseph, j’aurais dû être plus explicite et plus respectueuse !

J’ai alors recours à un petit rituel du même genre que j’utilise pour obtenir un service de ma sœur, de mon cher époux et même de Jeanne, la femme de ménage qui vient tous les quinze jours ! "Bonjour Joseph. Tu es tellement efficace. C’est vraiment chouette de pouvoir compter sur toi. Tu veux bien m’aider une fois de plus ? Il y a ces cuivres à astiquer. J’ai mis à ta disposition tout ce qui semble nécessaire. Tu ne vois rien d’autre qui te serait utile ?"

Joseph ne répond pas. Je retourne au jardin. Une heure après, Joseph n’a rien astiqué du tout. Aussi inactif que mon époux quand il me dit : "Je laverai l’auto dans deux minutes…" et qu’il continue à lire un polar ou à surfer sur Internet.

C’est dimanche. Joseph aurait-il décidé de ne plus travailler aujourd’hui ? Laissons-lui le bénéfice du doute…

Pendant ce temps-là, la petite main, que j’avais posée sur l’étagère, au-dessus du tas de chiffons, a fait œuvre utile. Elle a rangé les produits d’entretien et les torchons.

La nuit porte conseil, dit-on. Alors, je n’insiste pas. Je rentre Joseph dans la maison, le pose au fond du living, sur le bureau entre l’ordinateur et le téléphone. La petite main trouve place sur la coiffeuse, dans ma chambre.

Le lendemain, à mon réveil, les tiroirs de la chambre sont rangés. La mini poubelle de la salle de bain déborde de chaussettes, de slips, de singlets et de mouchoirs usagés. Apparemment, la petite main a horreur des tissus élimés…

Le matin, je gagne les bureaux de maître Délian, où j’exerce la fonction de secrétaire. La petite main est dans ma poche. On ne sait jamais de qui on peut avoir besoin, n’est-ce pas ?

Joseph reste seul à la maison entre l’ordinateur et le téléphone où je compte l’y retrouver. Et pourtant, à mon retour, Joseph s’est volatilisé. Je le cherche partout. Aucune trace ! Ni dans le living ni dans les chambres, pas plus que dans la cuisine.

Les jours et les semaines passent. La petite main demeure une auxiliaire précieuse qui lave et range mieux que moi.

Et puis, mon mari rentre de son séjour en Amérique. Il remarque aussitôt les deux nouveaux coquetiers dans la vitrine. Sans faire le moindre effort, il réussit là où j’ai échoué, il déniche la statuette entre deux gros livres d’art de la bibliothèque ! Il l’en sort. "Tu sais Minou, il faudrait la faire réparer… Ce Saint Antoine de Padoue est si joli…"

D’un coup, je réalise ma méprise. Saint Joseph ? Saint Antoine de Padoue ? Le bonhomme était sans doute vexé de mon erreur d’appellation. Le lendemain, sitôt mon mari parti travailler, je reprends tout à zéro : et les préparatifs pour le nettoyage de mes cuivres et mes suppliques en rectifiant le tir : "Saint Antoine de Padoue, je te prie, veux-tu bien m’aider à astiquer les cuivres. Je crois que tu pourrais me rendre ce service de la meilleure façon qui soit. Merci d’avance."

Quand je rentre de ma matinée de travail, le bonhomme n’a rien fait. Je renonce donc. Seule la main est active, ce n’est déjà pas si mal. Je suis sûre que si je le lui demande, ce sera elle qui fera briller les cuivres.

Quand arrive la note de téléphone, il apparaît que la facture est particulièrement élevée ! Immédiatement, j’établis un lien ! Mon mari constate : "Quand je suis absent, tu ne te prives pas de téléphoner à l'étranger, en Turquie en plus… Qui connais-tu en Turquie ? Les anciens voisins de tes parents ?"

Il n’insiste pas. Il enchaîne avec un autre sujet - du moins le croit-il : "Tiens, à propos de dépense, un de ces jours il faudra faire réparer le Saint Antoine de Padoue…"

Saint Antoine de Padoue a donc été réparé. Au fait, le réparateur a estimé que c’était un ‘Saint Christophe’. Il n’en était pas sûr mais cette façon de porter l’Enfant Jésus le faisait pencher pour cette hypothèse.

"Habituellement Saint Christophe est représenté avec l’Enfant Jésus sur les épaules, Saint Joseph avec un lys, Saint Antoine de Padoue avec l’Enfant Jésus dans les bras. C’est une statuette rare. Difficile de la dater. Atypique. Oui, atypique. Cette main qui lui manquait, c’est étrange. On dirait qu’on l’a sciée. Oui sciée… Le plus bizarre, c'est l’enfant qui semble en déséquilibre."

La statuette réparée a trouvé place sur la commode du hall. Peu de temps après, la petite main que je manipulais toujours avec précaution et que je rangeais le plus souvent dans une de mes poches, a disparu.

Je l’ai beaucoup cherchée, oui vraiment beaucoup… C’est Jeanne qui, l’autre jour, m’a innocemment appris ce qu’il en était advenu : "Vous savez, Madame, vendredi j’ai trouvé en nettoyant, une petite main en bois près du téléphone… Je la tenais entre le pouce et l’index et puis, en la regardant de plus près, je l’ai lâchée. Quand j’ai voulu la ramasser, elle était en poussière sur le carrelage…Je me demande encore si j’ai bien vu ce que je pense avoir vu…"

Souvent, je pense à la petite main. Elle me manque comme me manque encore mon vieux maître de première primaire ou la vieille Clémence qui venait autrefois cuisiner des tartes chez Bobonne. Elle me manque comme peuvent manquer des odeurs de grenier, des effluves de pot-au-feu.

Encore une chose, un détail que j’allais oublier : depuis que la petite main est partie en poussière, les notes de téléphone sont redevenues ce qu’elles étaient avant son arrivée.

(Prix des Éditions le Roseau Vert au "Prix de l'eau Noire" à Couvin en 2009)


 

Micheline Boland

Site Internet : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits

Blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 > >>