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Brigitte Hanappe nous propose un extrait de son ouvrage "le flou du miroir"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Chacun sa vie, chacun ses petits excès !

Moi, le mien, c’est le bain, trop chaud, trop plein ! C’est un moment, dont j’abuse, non par souci de propreté excessive mais parce que je fais tout dans mon bain : je réfléchis, je me détends, je m’épile les jambes, je chante, je pleure et je me tue aussi… comme ce 30 octobre 2002.

 

J’ai alors 43 ans mais je ne suis plus une femme normale depuis longtemps. Je suis un paquet de souffrances et de peurs incompréhensibles que je traîne derrière moi comme un boulet. J’abrite en moi un être secret qui me protège, qui me malmène et me dirige depuis l’enfance. Comme d’habitude, mes heures s’écoulent goutte à goutte, dans un brouillard opaque.

Pourtant, l’automne a peint les arbres du jardin de multiples teintes chatoyantes, la pluie rafraîchit doucement l’atmosphère et un vent léger fait valser les feuilles devant mes fenêtres. Je vis dans un couloir parallèle à ceux des autres et je ne suis plus capable de percevoir la beauté des choses. Les couleurs automnales agressent mes yeux, la pluie me fait frissonner des pieds à la tête et le vent bourdonne dans mes oreilles comme une nuée d’abeilles. Tout est devenu si compliqué, les perceptions si différentes : finie la vie paisible et bonjour les soucis, finis les bonheurs simples et bonjour les complications, finie la vie normale et bonjour l’angoisse.

Le moindre geste anodin exige de mon corps des efforts insupportables : mes larmes n’arrêtent pas de couler, la vue de la nourriture provoque des nausées, ma bouche refuse d’avaler autre chose que les petits comprimés destinés à me calmer, mon cerveau bouillonnant n’aspire qu’au repos. Je passe des heures entières recroquevillées dans mon lit, assommée par des somnifères, m’entourant moi-même de mes bras. Je voudrais me blottir comme une petite fille qu’on peut aimer dans une enceinte accueillante, m’enfouir jusqu’à étouffer dans des replis de chairs douces mais je n’ai que mes mains sèches et froides pour enserrer mon cou… Ces doigts crispés qui s’enfoncent comme des crochets et qui m’écorchent de leur caresse sont-ils vraiment les miens ou ceux de mon « double » qui me berce depuis toujours ?

 

Quand j’ai ouvert le tiroir de la cuisine, est-ce moi qui ai empoigné ce grand couteau luisant ou est-ce lui, qui a guidé mon geste ?

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Opération Taranis... Un autre extrait proposé par Didier Veziano

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Dubaï - Aéroport International.

Le panneau des arrivées indiquait que le vol GA-6332 en provenance de Beyrouth venait de se poser. L’aérogare ressemblait à un centre commercial luxueux où les boutiques s’étendaient sur quinze mille mètres carrés d’architecture aussi moderne que démesurée.

Terminal I. Un couple était attablé dans un bar dissimulé par une gigantesque plante exotique penchée sur une fontaine. Ils finirent leur jus de fruits et se dirigèrent vers le hall où les passagers allaient bientôt sortir.

Dehors, une chaleur moite rattrapait les voyageurs habitués à la fraîcheur artificielle de l’aérogare. Des limousines et autres berlines avec chauffeurs attendaient leurs riches propriétaires. Beaucoup plus discret, un véhicule sombre avec un homme à bord était garé à l’ombre des palmiers. Il précédait une moto prête à démarrer. Le dispositif de la DGSE était en place.

Le couple avançait main dans la main, lunettes de soleil sur le nez, fondu dans la foule. L’homme portait une casquette de base-ball et un polo Lacoste jaune sur un bermuda beige. La femme était en pantalon en lin et avait pris soin de porter un chemisier léger à manches longues.

— On est en place.

L’agent de la DGSE avait à peine baissé le menton pour parler dans le micro accroché au col de son polo. La réponse arriva instantanément via le récepteur incrusté dans la branche de ses lunettes.

— OK, on attend vos évaluations de situation.

La porte de sécurité s’ouvrit et déversa le flot de passagers du vol GA-6332. Des Émiratis en gandouras blanches, des hommes d’affaires en costumes, mais aussi quelques travailleurs immigrés, indiens et pakistanais, qui venaient suer à grosses gouttes sur les chantiers de construction pour des salaires de misère.

— Le voilà, dit la femme en portant la main à ses lunettes.

La caméra vidéo incorporée captura la démarche lourde d’Abou Hamzra. Jamal le précédait dans le champ de vision avec un chariot à bagages. Derrière eux, un deuxième garde du corps, plus ramassé, balançait sans arrêt des regards alentours en mâchant un chewing-gum. Ils se dirigèrent vers le comptoir de Gulf Air. Après avoir échangé quelques mots avec une hôtesse, celle-ci remit une petite enveloppe à Abou Hamzra. Il l’ouvrit, lut le mot inscrit et leva la tête en direction des panneaux d’informations. Il indiqua à ses hommes la direction à prendre.

— Attention, ils ne prennent pas la sortie principale. Ils se dirigent vers la porte 19.

Dehors la moto démarra lentement, entraînant la voiture dans son sillage. Pendant ce temps, le trio s’engagea sur un long tapis roulant parsemé de palmiers. Les deux agents, noyés dans le flot, suivaient à distance, enlacés.

— Le petit teigneux a l’air nerveux.

— S’il croise notre regard, on décroche quelques instants et on demande à Maxime de prendre le relais.

Le tapis roulant semblait interminable.

Porte 19. Les trois hommes marchèrent vers la sortie.

— Ils sortent, vous devriez les apercevoir dans quelques secondes.

L’agent en moto confirma. Malgré le reflet du soleil il devinait les trois silhouettes s’approcher derrière la baie vitrée. Les battants coulissèrent. Abou Hamzra apparut. Le petit teigneux avait une main discrètement plongée sous sa veste. À cet instant, l’homme au keffieh à carreaux noir et blanc qui depuis cinq minutes faisait les cent pas devant l’alignement des chariots en fumant une cigarette, l’écrasa dans un cendrier puis se dirigea vers Abou Hamzra. Les deux hommes se donnèrent rapidement l’accolade.

— Putain, c’est qui, lui ? fit l’agent à moto.

— À nous de le deviner.

L’agent féminin déclencha son appareil en mode rafale depuis l’intérieur. Avec son collègue ils firent la queue devant un distributeur automatique de billets. À cinq mètres de la sortie. L’agent à la casquette en profita pour s’assurer que dehors tout le monde était à son poste.

— Bon, maintenant, c’est à vous de jouer, nous on rentre. J’ai envie d’aller me baigner.

— Très drôle.

Une Mercedes classe S de couleur marron se présenta à la hauteur des quatre hommes. Un taxi privé. Le chauffeur sortit et tassa les bagages dans le coffre. Chacun s’installa.

— C’est parti, annonça le motard en baissant sa visière.

La Mercedes roula sur une grande route à quatre voies séparées par un large terre-plein central érigé de lampadaires et de palmiers. Une fois sur la Abu Baker Al Siddique road, elle ralentit puis s’engouffra dans le parking souterrain de l’hôtel Marriott.

 

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Carine-Laure Desguin nous propose un extrait de sa pièce de Théâtre "Le transfert"

Publié le par christine brunet /aloys

 

EXTRAIT :

……

L’infirmière  Voici ce, ce …, docteur, le voici !               

Le docteur(opinant de la tête, se grattant le menton, réfléchissant intensément)  Encore un ! Un de plus !

L’infirmière (rigide) Oui docteur, il en est ainsi, désormais. Nous ne pouvons plus inverser le processus. Le Comité Central décide. Sa décision est irréfutable. Irréfutable.

Le docteur  Il est donc trop tard, le processus est lancé !

L’infirmière  Le processus démarre bien ! Très bien !

Le docteur  Encore un ! Un de plus !

L’infirmière  Eh oui, docteur, un de plus.

 

Le Patient est assis sur son lit. Il tourne la tête vers celui ou celle qui parle. Pas de désarroi dans son regard. Uniquement de la résignation.

 

Le docteur  Le comité Central trouvera une solution. Ou n’en trouvera pas. Cela est-il voulu ou pas ? Tout est possible. Les interrogations me submergent. Tout cela est tellement étrange.

L’infirmière  Tout est possible, docteur, tout.

Le docteur  Êtes-vous certaine que pour celui-ci aussi… ?

L’infirmière  Certaine, docteur. Pour celui-ci, aussi, il en est ainsi.

Le docteur  Un de plus !

L’infirmière  Oui docteur, un de plus !

Le docteur  Un de plus !

Le docteur  Oui, docteur !

Le docteur  Encore un !

L’infirmière  Les couloirs deviennent trop étroits. Ce procédé est la seule solution. Et puis, nous devons vivre avec notre temps et un hôpital se doit d’être à la mode ! On suit le mouvement ou pas ! Soyons progressistes !

Le docteur  Un de plus !

L’infirmière (toujours sur un ton froid et d’une voix blanche) Un de plus, oui, docteur.

Le docteur  Incroyable !

L’infirmière  C’est la réalité, docteur.

Le docteur (réfléchissant et articulant le mot)   La REALITE ! Et dans cette réalité, un patient n’existe pas ! Est-ce donc possible de ne pas exister dans une réalité ? Eh bien oui, ici, c’est possible !

L’infirmière (d’une voix appuyée, sûre d’elle) Oui, c’est la réalité, docteur, ce patient n’existe pas, il ne rit pas lorsqu’il voit un clown et il veut jouer à un jeu qu’il considère comme une punition. Tout ceci nous fut encore confirmé voici quelques minutes à peine. Je vous le répète, ce patient n’existe pas. C’est la réalité, docteur.

Le docteur  Et dans cette réalité, il y aura bientôt plus de patients qui n’existent pas que de patients qui existent. Un comble ! Quelle réalité ! Quel échec pour la médecine ! Quel échec pour le monde politique ! Quel échec pour la nation ! Des patients qui n’existent pas !

L’infirmière  Oui, beaucoup, beaucoup d’inexistants. Chaque semaine amène un lot supplémentaire d’inexistants. Docteur, le Comité Central nous le demande instamment, ce mot patient est interdit dans ce cas, ne l’oubliez plus. Merci.

Le docteur (marquant son sentiment par une grimace et s’adressant au patient)  Alors, mon brave, il paraît que vous n’existez pas !

L’infirmière  Docteur, un peu de psychologie. Merci de sélectionner vos mots.

Le docteur  Sélection, sélection…

Le patient  (résigné, comme s’il s’attendait à ce nouveau statut) Le robot m’a remis un carton blanc. Un carton blanc, d’un blanc presque transparent. C’était le signe. Je m’en doutais. C’est comme ça, lorsque les souvenirs deviennent douloureux, on glisse vers la voie de la non-existence. J’ai lu tout cela dans une certaine littérature. Mais j’ai si mal de me souvenir. Alors, j’abandonne.

Le docteur  Je ne vous apprends rien. Vous ne guérirez pas de cette inexistence. Cette pathologie est incurable. Il se dit que des recherches sont en cours…

L’infirmière  Docteur, l’inexistence est un état, et pas une maladie !

Le docteur  Il me plaît de penser qu’un patient sur un lit d’hôpital souffre d’une pathologie ou l’autre. Pathologie qui reste à déterminer. Dans le cas contraire, tout deviendrait inquiétant.

L’infirmière  On ne guérira jamais de l’inexistence. L’inexistence est un état. L’inexistence n’est pas une maladie.

Le docteur Quels sont donc les paramètres de cet inexistant ?

L’infirmière  On est dans l’incapacité de prendre les paramètres d’un inexistant ! Où voulez-vous inscrire les paramètres ? Dans le non-espace ? Et les heures des prises de ces paramètres ? Dans le non-temps ? Docteur, secouez-vous et n’oubliez pas que le Comité Central reste à l’écoute!

Le docteur  Oui, je comprends, je comprends. Les paramètres ne se prennent pas car il est impossible de les transcrire. Bien que le thermomètre, le tensiomètre et le saturomètre soient eux, bien réels. Et vous, mon brave, vous comprenez, n’est-ce pas ?

L’infirmière  Docteur, sélection des mots, sélection des mots. Merci. Et je persiste à le dire, les paramètres ne se prennent pas chez un inexistant.

 

Un temps

 

Le patient (parlant très lentement)   Je commence à vraiment, vraiment  tout comprendre. L’inexistence est belle et bien incurable. De nos jours, hélas, les inexistants tombent dans l’oubli le plus total, ils n’intéressent encore personne. Nous ne sommes pas assez nombreux. Je suis un inexistant. Je suis un incurable. Je suis un inexistant. Je suis un incurable. Je ne ris pas lorsqu’un clown s’approche de moi. Je suis un inexistant. Je suis un incurable. Mes souvenirs me font mal, très mal.

L’infirmière  C’est d’ailleurs bien normal ! C’est logique ! Les inexistants n’ont pas de dossiers ! Leurs dossiers se sont engloutis dans le néant virtuel. La prise des paramètres reste impossible ! Comment voulez-vous effectuer des recherches alors que les dossiers de base n’existent pas ?

Et que justement tout laisse à supposer que ces dossiers sont tombés dans le néant virtuel afin de procéder à une élimination naturelle. On ne peut pas soigner ces inexistants puisque ceux-ci deviennent inexistants afin qu’on ne les soigne plus ! Ceci est bien une élimination naturelle, docteur !

Publié dans Textes, Fiche de lecture

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Didier Veziano nous propose un nouvel extrait de son roman "Opération Taranis"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Liban - Beyrouth.

Le jour finissait de flâner sur la corniche de Raouché. Le soleil avait entamé son lent ballet, enflammant le ciel d’une teinte rouge orangé. Devant de vieilles coques en bois, quelques pêcheurs comparaient leurs prises et des promeneurs se laissaient envoûter par les odeurs de galettes épicées ou de beignets sucrés étalés sur les carrioles bariolées.

Dans le centre-ville, changement d’ambiance. Les rues foisonnaient de vie. Des Beyrouthins attirés par les vitrines des magasins à la mode côtoyaient des jeunes femmes voilées. Les terrasses des cafés se remplissaient. Des ados venaient boire un verre pendant que des hommes plus âgés se regroupaient pour fumer un narguilé devant un thé fumant. Beyrouth affichait sa riche histoire culturelle remontant au plus profond des racines du pays. Un bonheur que les Beyrouthins venaient chercher ici comme pour oublier que leur pays était aussi l’un des plus grands théâtres de guerres et de conflits, souvent qualifiés pudiquement de « multiconfessionnels ». Ils fuyaient certains quartiers où les bombardements et les combats entre milices religieuses rivales avaient laissé des traces sur la pierre et dans les cœurs. Des plaies infligées par l’Histoire qui auront du mal à cicatriser.

Plus à l’ouest, à deux pas de la rue Émile Edde, Abou Hamzra feuilletait le journal local, assis au fond de la salle d’un restaurant de quartier. La radio diffusait des chansons de Fadel Shaker. Elles parlaient du peuple palestinien, de ses souffrances. Quelques photos de paysages ornaient les murs blancs. Le port, mais aussi les plaines de la Bekaa, le lac Qaraoun, quelques amis. La cinquantaine, un corps robuste, tenue traditionnelle et turban noir posé sur un visage rond mangé par une barbe uniforme, Abou Hamzra s’impatientait. De temps en temps il jetait des regards nerveux à travers la vitre, en fronçant les sourcils. Il avait donné rendez-vous à Yousef à vingt heures précises et celui-ci était en retard. Assis à chaque extrémité, deux colosses, le cheveu ras, surveillaient ouvertement les alentours, une arme rangée dans un holster à peine dissimulée sous leur veste. Abou Hamzra ne sortait jamais sans ses gardes du corps. Dans cette ville, quand on était engagé dans une milice ou un parti, on avait autant d’amis que d’ennemis qui parfois étaient les mêmes au gré des alliances de circonstance. Or, le contexte n’avait jamais été aussi explosif depuis la guerre civile qui saigna le pays pendant près de quinze ans, à partir du milieu des années soixante-dix. Aux traditionnelles oppositions entre les blocs politiques à l’équilibre fragile étaient venues s’ajouter les tensions liées au conflit syrien qui voyait s’affronter pro-Assad et partisans de l'opposition armée. Mais il y avait plus grave. Le Liban risquait à terme de devenir la prochaine cible de l’Etat Islamique. Le Hezbollah chiite restait la seule force en mesure d’empêcher l’infiltration des milices de Daech. Le parrain iranien y veillait. Ses visées dépassaient les simples enjeux politiques libanais. Et pour y parvenir, il avait besoin d’un Hezbollah fort. C’est dans ce contexte qu’Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, avait nommé Abou Hamzra chef des opérations clandestines de la branche militaire du mouvement. Discret, sans ambitions politiques démesurées, une parfaite connaissance des réseaux clandestins libanais qu’il pouvait contrôler et activer, Abou Hamzra était l’homme que recherchait Hassan Nasrallah pour mener à bien la mission capitale confiée en très haut lieu.

 

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Didier Veziano, vous vous souvenez ?

Publié le par christine brunet /aloys

 

Synopsis :

A Paris, un Imam salafiste prêche sa haine de l’Occident dans une mosquée du XVIIIe arrondissement.

A Beyrouth, le chef des opérations clandestines du Hamas rencontre anonymement un haut responsable du Hezbollah.

A Dubaï, les redoutables services secrets Iraniens organisent une réunion troublante dans la suite d’un hôtel de luxe.

Pour la DGSE, préoccupée par le contexte géopolitique au Moyen-Orient, il ne fait aucun doute que ces évènements en apparence sans rapport cachent en réalité une action d’envergure.

Infiltrations, écoutes, filatures, l’enquête va livrer son double verdict : une effroyable attaque terroriste va frapper Paris. Et avec une cellule déjà active sur le territoire, le compte à rebours a commencé…

Ultime solution pour éviter le carnage imminent: solliciter une unité spéciale qui n’a aucune existence officielle.

Problème : elle va devoir affronter un ennemi imprévu…

 

Nouvel Extrait

 

Levallois-Perret – Dans le Batiment de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI)

À l’étage qui abrite les bureaux de la sous-direction du contre-terrorisme, l’effervescence tranchait avec la lenteur que mettait le petit matin à prendre la relève d’une nuit accrocheuse. Il n’était pas encore 6h quand son Directeur, Bernard Rolland, fut interrompu dans son petit déjeuner par la permanence téléphonique. Le fonctionnaire lui avait transféré l’appel d’un type qui ne souhaitait pas se présenter, mais affirmait détenir une information de la plus haute importance. Au bout du fil, la voix anonyme avait commencé par six mots qui résonnaient encore dans son cerveau : « Je sais où est votre homme ». Après une conversation de dix secondes, peut-être moins, Bernard Rolland raccrochait en ayant l’impression de retourner un sablier.

Les téléphones en surchauffe répondaient aux portes qui claquaient et aux ordres aboyés du bout du couloir. Hermétique à cette agitation, Rolland était en ligne avec un conseiller du Premier ministre qui tenait absolument à être informé en temps réel. Les instructions étaient claires : intercepter l’individu coûte que coûte. Rolland avait déclenché le Code d’alerte maximale permettant aux unités spéciales disponibles 24h/24h d’intervenir en urgence. Le RAID avait été désigné pour cette mission et depuis Bièvres, dans l’Essonne, deux véhicules de la première section fonçaient en direction de Paris. Elle serait soutenue sur place par une équipe du GAO, le Groupe d’Appui Opérationnel de la DGSI.

Rolland venait de donner les dernières instructions. Il sortit précipitamment de son bureau et dévala les escaliers en finissant de passer les bras dans son blouson. Une fois dans la cour il sauta dans la Renault Scénic banalisée où l’attendaient trois policiers en civil, brassard orange vissé au-dessus du coude. La porte était encore à moitié ouverte quand le chauffeur démarra en trombe en actionnant le gyrophare, suivi par le véhicule des hommes du GAO. Pendant le trajet Rolland entra en contact avec le chef d’intervention du RAID. Ils se briefèrent sur les modalités d’intervention, mais aussi sur les caractéristiques du type. Il allait falloir jouer serré. L’homme était réputé dangereux et la configuration du quartier ne serait pas un atout. On craignait le carnage. Rendez-vous fut pris sur place.

Rolland reposa la radio de bord et se cala au fond du siège en remontant une mèche grise qui n’avait pas résisté au rythme matinal. Dans sa tête, différents scénarios défilèrent. Comme les immeubles le long du trajet. Dans le désordre. Entre ombre et lumière.

 

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"LA VOIX EST LA FLEUR DE LA BEAUTÉ", une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

"LA VOIX EST LA FLEUR DE LA BEAUTÉ"


 

C'est à l'opéra que cette phrase de Montaigne m'est revenue en tête. Je l'avais entendue mille fois, serinée par mon professeur de chant et puis les années passant, elle était sortie de ma mémoire.
 

Ce soir-là, Carmen avait déclenché des applaudissements nourris. La cantatrice avait une fois de plus fasciné son public. Et pourtant…
 

Élisabeth Longo n'avait rien d'une jolie femme. Elle était mince, trop mince. Elle était grande, trop grande. Elle était laide, très laide. Son nez interminable. Ses oreilles décollées sont dissimulées à grand-peine sous ses cheveux à la couleur indéfinie. Bref tout le contraire des "Carmen" flamboyantes que nous connaissons toutes et tous.
 

Mais dès qu'elle ouvrait la bouche "la Longo", comme l'appelaient les journalistes, faisait taire les critiques.

 

Ce soir-là, le miracle s'était une fois de plus accompli. Oublié le nez, oubliées les oreilles, oubliés les cheveux. Il n'y avait plus que Carmen sur scène, belle, superbe, envoûtante.
 

Une fois de plus, le maître avait raison : la voix est la fleur de la beauté.


 


 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

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Christine Previ nous propose un extrait d'"Itinérance d'un oiseau bleu"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Extrait « Un œuf de pierre »

 

 

Là, au travers de la haie, il se faufila à quatre pattes, par une ouverture entre les buissons et pénétra dans un coin du parc. c’était son lieu favori, propice aux aventures ! Dans cet espace mi-clos il incarnait tantôt un chevalier, armé d’un long bâton en guise de lance, galopant sur son destrier imaginaire, tantôt un aventurier perdu au fond d’une contrée remplie d’ennemis illusoires.

 

Là il ne voyait pas le temps passer, s’ennuyait rarement ou se laissait entraîner à la rêverie, adossé au socle du monument aux morts, comme en ce moment.

Subitement, son regard accrocha un objet ovale, lisse et sombre, sous le buisson. Curieux, il s’en approcha, il le ramassa et le soupesa.

Il s’agissait d’un œuf gris, lourd comme une pierre. Mais cet œuf était tiède et doux ! Tous les chants d’oiseaux se turent et le silence se fit pesant.

Tout à coup, le voilà devant cinq, puis dix, puis vingt volatiles en tout genre qui atterrissaient près de lui… et il en arrivait encore…

 Cui, cui, c’est lui !

 Tchip, tchip il le chipe !

 Chuit,chuit, gare à lui !

 

L’un après l’autre ils s’approchaient, l’air courroucé et vengeur. Lucien n’en menait pas large…

 

 

Christine Previ

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Un nouvel extrait du roman Mamie Paulette de Séverine Baaziz

Publié le par christine brunet /aloys

 

Passage du chapitre : L’œil de l’entremetteuse

 

 

Vient un mardi, un jour comme un autre, de ciel bleu sans nuage.

 

Alors que les rires des deux générations s’entremêlent face à la fontaine, tonitruants, alors que rien ne compte autour d’eux, un regard, à quelques dizaines de mètres, peut-être trente, les observe avec insistance.

Derrière l’écran vaporisé d’eau, un visage s’émerveille de la tendresse grand-mère, petit-fils. Elle a les cheveux blond vénitien, est presque ronde, a un teint clair couvert de taches de rousseur, et observe la scène de ses grands yeux verts.

— Tu ne les trouves pas attachantes, mamie, ces deux personnes en face de nous ? Ils ont l’air tellement complices.

— Qu’est-ce que tu dis, Solène ?! Il y a dans l’air une odeur de pisse ?

La petite-fille ne corrige même pas sa grand-mère, sur le chemin de la surdité. A quoi bon ? Un « non rien » clôture la discussion. D’ailleurs, il y a bien longtemps que discussion il n’y a plus. En tout cas, digne de ce nom. Comme si les tympans grabataires ne suffisaient pas à sa peine, on vient de diagnostiquer à la dame au fauteuil roulant la maladie d’Alzheimer. Solène aime la vie. Rose l’avait aimée.

Puis, soudainement, alors que Solène se sent invisible, que Jules lui tourne le dos, une main se tend vers le ciel et vient perturber, une fois de plus, le cours des choses.

Aussi calme et sereine que le pape saluant ses adulateurs, Paulette fait un signe de la main à la jeune fille et se met à sourire de toutes ses dents de porcelaine. De prime abord, prise au dépourvu, honteuse de sa curiosité, Solène finit par répondre d’un petit geste hésitant. Jules s’interrompt. Se retourne. Puis reprend son flux. Mais Paulette ne se contente pas de si peu. Elle relève le bras, plus haut, plus raide, plus déterminée. Un demi-tour de la paume et la main invite Solène et Rose à les rejoindre.

Qu’est-ce que je fais ?

Solène hésite. Ne jamais parler aux inconnus, lui disait sa mère à tout bout de champ quand elle était enfant. Oui mais elle n’est plus une enfant.

Les roues écrasent les gravillons dans un bruit étouffé par la foule. Au milieu de visages étrangers, Solène avance, un brin timide. Plus que quelques pas et Paulette ouvre le bal des présentations :

Je m’appelle Paulette et voici mon petit-fils Jules. Cela fait un moment que j’hésitais à vous convier à notre conversation, j’espère que vous ne m’en voulez pas. Que le hasard mette sur notre chemin deux personnes de la même génération est tout de même fabuleux ! Non ?

  • Oui, bien sûr, répond Solène.

  • Vous êtes parentes ? continue Paulette.

Oui. Je vous présente Rose, ma grand-mère. Et moi, c’est Solène.

Enchantée, mesdames. Moi qui croyais que mon Jules était le dernier des petits-enfants bienveillants et prévenants, je vois qu’il existe d’autres perles chères à leur grand-mère. Et je me permettrai d’ajouter : quelle jolie perle ! Vous êtes une bien belle jeune fille, Solène. N’est-ce pas, Jules ?

Mamie ! siffle Jules entre ses dents comme si cela pouvait l’arrêter.

  • Merci Paulette, c’est adorable.

Solène a ce charme que la jeunesse met en exergue. Une peau blanche, délicate, au parfum de vanille. Un rire spontané, vivant, enfantin et mélodieux. Et des yeux qui semblent rêver le monde.

 

Malgré son âge, Paulette a vu clair. Non seulement, Solène est aussi jolie de près que de loin, mais en plus, elle met Jules aussi mal à l’aise qu’elle pouvait l’espérer.

Une phrase en amenant une autre, Solène et Paulette se retrouvent assises côte à côte.

Jules, lui, fait face, debout, à Rose. Il sourit. Elle reste impassible. Il grimace. Son regard s’obscurcit. Autant chatouiller un mort.

En parfaite entremetteuse, Paulette vante les mérites de son petit-fils, qui sacrifie ses vacances d’été pour lui prodiguer soins et attentions. Un garçon exemplaire, sensible, dévoué, courageux, cultivé, sportif. Bref, de l’exagération à ne plus savoir qu’en faire, sur fond de vérité.

Pour Jules, une chose est sûre, cela fait un moment qu’il n’entend plus un mot. Il se contente de suivre des yeux l’articulation des syllabes de ces deux lèvres juvéniles qui s’ouvrent et se referment. Enflées de fraîcheur. Rosées de féminité. Embarrassé mais charmé.

— Jules, alors, tu es d’accord ou pas ? répète Paulette pour la troisième fois.

— D’accord ? balbutie-t-il, émergeant de sa douce rêverie.

  • Pour le film X, demain ! s’empresse Paulette.

  • !?

Jules, ta grand-mère veut parler de X-Men, il vient de sortir et tu serais peut-être d’accord de m’y emmener. Demain. Tu en penses quoi ?

  • Euh … ben… oui.

— Alors, on dit treize heures trente, demain, devant le ciné ! Le Gaumont, en centre-ville ! Et puis, Paulette, j’espère vous revoir bientôt ! Je vous adore !

 

Les deux duos quittent la place en se saluant comme des amis de toujours.

 

Séverine Baaziz

 

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LA GROSSE BÊTISE DE MADAME LAURENT, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

LA GROSSE BÊTISE DE MADAME LAURENT


 

En bas, quelqu'un a vu, quelqu'un a crié.


 

En haut, elle a regardé ses pieds sur le plateau d'acier qui surplombe le trottoir.

Elle a cherché à s'asseoir pour être plus à l'aise.


 

Les badauds étaient maintenant agglutinés sur la rue. Les voitures s'étaient arrêtées et une ambulance toutes sirènes hurlantes arrivait. Puis ce fut au tour du camion des pompiers.

Là-haut, elle cherchait toujours. Passant les mains partout pour trouver. Ce fut l'inspecteur Dupuis qui entra le premier dans l'appartement. Il se précipita à la fenêtre.


Elle cria : "N'allez pas plus loin, le risque est trop grand !"

 

Dupuis crut bon de lui parler : "Allons, Madame, ne faites pas de bêtise !"


Elle se retourna vers lui : "Une bêtise pour plus de 250 euros !"


Dupuis se tut. Qui était cette folle ? Que voulait-elle avec ses 250 euros ?
 

La main gauche de la femme toucha enfin ce qu'elle cherchait.
 

Elle cria : "Je l'ai !"
 

Prudemment elle se remit sur les genoux puis debout.
 

Ce fut quand elle agrippa la rambarde en aluminium de la fenêtre que celle-ci céda et que la femme bascula dans le vide.
 

Les secours ne pouvaient rien pour elle. Dans sa main, il y avait toujours sa lentille de contact.


 


 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

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Séverine Baaziz nous propose un extrait de son second roman "Mamie Paulette"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

SITUATION AU MOMENT DE L’EXTRAIT :

 

Paulette s’est installée sous le toit de sa famille et, après avoir semé la zizanie, être devenue la complice de Jules, son petit-fils, elle se laisse tout doucement envahir par un sentiment d’inutilité. Jusqu’à cette nuit où, vraisemblablement, il est question d’un terrible secret…

 

EXTRAIT :

 

Chaque soir, Paulette s’endort, à peine la tête posée sur l’oreiller. Plus vite qu’une flamme sans oxygène. D’un sommeil profond, ininterrompu, sans souvenir de chimères.

Sauf cette nuit de nouveau millénaire passé de trois années, sept mois et trois jours.

Noire et calme, la chambre de Paulette est soudainement hantée par des pleurs étouffés, agonisant, hoquetant en spasmes contenus. Paulette allume sa lampe de chevet. Rien. Silence complet. Elle l’éteint. Les pleurs reprennent. Dans le noir de sa chambre, Paulette se redresse, s’assoit dans son lit, et écoute attentivement la complainte larmoyante. Puis, des chuchotements. Le filet de lumière sous la porte. De l’autre côté, selon toute vraisemblance, on ne dort pas.

A pas de velours, Paulette entrouvre la porte et aperçoit Marion passer de sa chambre à la salle de bain, les yeux rougis et gorgés d’eau, le visage tuméfié par les vagues de pleurs. Philibert la rejoint et semble essayer de la consoler, de la prendre dans ses bras. Elle le repousse. « Tu ne peux pas comprendre ! », s’énerve-t-elle. « Laisse-moi ! »

Et, d’un geste compulsif, empoigne ses longs cheveux comme pour se les arracher, les soulève, dévoilant aux yeux de Paulette un épiderme habituellement blotti sous les cols et les carrés de soie. Une large cicatrice cisaille sa peau comme un sourire d’épouvante riveté à la gorge. « Comment veux-tu que je dorme ? Comment ? Je crois que je ne dormirai plus jamais ! » Paulette a bien entendu. Sa gorge, ses pleurs, cette dernière phrase. Il faut qu’elle comprenne.

Cette nuit, Paulette n’a pas dormi. Une nuit sans sommeil, tourmentée de questions sans réponses. Il faut vraiment qu’elle comprenne.

Au comble de la curiosité, Paulette redevient fouineuse. La maison aux murs fleuris est repassée au peigne fin. Récalcitrants, le courrier, les messages téléphoniques, les écoutes aux portes ne donnent rien. Les tiroirs ne divulguent aucun secret, rien sous les matelas, nada dans les corbeilles. Cela devient épuisant. Et surtout vain !

Chaque nuit, inlassablement, les murs s’imbibent de gémissements lancinants, comparables à ceux d’une bête prisonnière d’un piège lui torturant la chair.

 

Publié dans Textes

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