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Texte n°4 SF/fantastique

Publié le par christine brunet /aloys

N°4

 

La cave

 

Premier jour

 

Pour la première fois depuis 35 ans, Martine Xavier put faire la grasse matinée. Car, pour la première fois depuis 35 ans, François ne l'avait pas réveillée par ses hurlements ! Martine s'étira et se frotta les yeux. Huit heures ! Elle avait donc dormi près de dix heures d'affilée ! Elle se leva et tira les tentures. Dehors, le soleil brillait et la journée promettait d'être belle...

 

Deuxième jour

 

Martine a commencé à nettoyer la chambre de François. Comme il ne reviendra plus, elle a décidé d'en faire une chambre d'amis. François ayant souvent été malade, elle n'avait pas d'autre choix que de la retapisser entièrement. Avec quelques plantes, la décoration serait parfaite...

 

Deuxième semaine

 

Martine s'est décidée à aérer la maison, même s'il gèle dehors. A force de rester à l'intérieur, elle n'a pas remarqué la légère odeur. Le boulanger, lui, l'a bien remarquée, par contre...

 

- Je me demande si vous n'avez pas un rat crevé dans votre grenier ou votre cave, Madame Xavier ! Il y a une drôle d'odeur ici !

 

- Ah ? Vous avez sans doute raison ! Ca fait un moment que je me demande d'où elle peut provenir, mais je n'ai rien trouvé...

 

Après avoir ouvert plusieurs fenêtres, Martine voulut en avoir le cœur net : elle grimpa jusqu'au grenier et commença à l'explorer. Le plancher était encombré de choses diverses : cartons de vieux livres, bibelots divers, meubles anciens dont elle ne se servait plus...

 

Une fouille minutieuse lui permit de découvrir l'origine de cette désagréable odeur : un hibou, mort sans doute depuis un bon moment et en état de décomposition...

 

Martine alla chercher un sac poubelle et y glissa le cadavre...

 

Deuxième mois

 

        - Je ne sais pas ce qui se passe chez Madame Xavier, mais il y a une de ces odeurs, je ne vous dis pas !  Au début, j’ai cru que cela provenait du champ derrière chez moi, mais j’ai dû me rendre à l’évidence : l’odeur provenait d’à côté…

 

        - Oui, c’est vrai que ça ne doit pas être agréable de vivre en permanence à côté d’une odeur pareille !

 

        - En même temps, je ne lui en veux pas : ça ne doit pas être évident pour elle de toujours s’occuper de François…

 

        - Oui… Pauvre Martine…


 

 

Troisième mois

 

        - Madame Laudry !  Quelle bonne surprise !  Que puis-je pour vous ?

 

        - Hé bien…  Ne le prenez pas mal, Madame Xavier, mais je crains qu’il y ait un animal mort chez vous.  Pour le moment, il ne fait pas encore trop chaud, mais d’ici un mois ou deux, ça deviendra tout bonnement intenable…

 

        - Ne vous inquiétez pas, je vais essayer de remédier au problème…

 

Cinquième mois

 

        - Madame Xavier ?  Lieutenant Vincent Moulin.  Nous sommes ici pour accompagner le service d’hygiène qui va procéder à une inspection de votre maison.  Des voisins se sont plaints de l’odeur et…

 

        Le policier n’eut pas le temps de terminer sa phrase : son collègue, pris de nausées et incapable de tenir plus longtemps à cause de l’odeur démentielle, courut vomir dans le caniveau…

 

        - Je crois qu’ils n’ont pas tout à fait tort… ajouta-t-il en souriant.

 

        Le lieutenant resta sur le bord de la porte – tant l’odeur était insoutenable – tandis que les ouvriers du service de l’hygiène pénétraient dans la maison, le visage recouvert d’un masque de protection…

 

        Quelques instants plus tard, l’un d’entre eux revint vers le policier, le visage écarlate.

 

        - Inspecteur, venez vite voir, c’est horrible !

 

Le lendemain, au commissariat

 

        L’inspecteur toussa et se tourna vers son interlocutrice :

 

        - Allez, Madame Xavier, expliquez-nous ce qui s’est passé…

 

        - Je ne pouvais plus le supporter, inspecteur.  Tous les jours, entendre ses hurlements.  Tous les jours être à sa disposition.  Je ne pouvais plus continuer comme cela, inspecteur !   J’ai essayé de le placer dans une institution, mais les places sont rares…  et j’ai fini par me décourager.  Cette nuit-là, il a encore lancé ses cris et… je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je l’ai frappé… frappé avec tout ce qui me tombait sous la main.  A la fin, son visage n’était plus qu’une plaie béante.  Je l’ai descendu, non sans mal, à la cave.  La suite, vous la connaissez…

Publié dans concours

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Nouvelle n°3

Publié le par christine brunet /aloys

666 et Point Final

 

Les courants religieux s’étaient effondrés les uns après les autres. Les églises, les mosquées, les temples… Tous, sous les bombes ou léchés par les lance-flammes, avaient été détruits par les grenouilles de bénitier et les dévots eux-mêmes. Des guerres civiles avaient éclaté dans chaque pays, chaque ville. 747 et paquebots de croisière s’étaient mis à jouer aux autos-scooters, offrant des explosions de métal et de livres de chair en plein ciel et sur les immensités bleues, plus si bleues. Entre parenthèses, une aubaine pour les squales… Fleuves et rivières, pareillement, coulaient rouge, et même le Mannequin-pis urinait du sang. Big Ben, au bout de ses aiguilles désormais fixes, portait, empalés, les corps en décomposition avancée de deux éphèbes. La tour Eiffel s’était parée d’intestins et de viscères, comme un arbre de Noël morbide. La Maison Blanche ressemblait à la maquette d’un Batman de Tim Burton. Gothique. Suintante. Effrayante. Avec corbeaux et épouvantails tout autour.

On en était là : les hommes étaient devenus fous. S’ils ne l’avaient pas toujours été, en y réfléchissant bien… Des mères jetaient  même leurs bébés par les fenêtres ! Ou les rangeaient dans le réfrigérateur familial, à côté des crèmes glacés et des bâtonnets de poisson surgelés.

Folie. Pure folie.

 

∞ 666 ∞

 

An 2022.

 

On racontait dans la presse clandestine que, peut-être, tout avait débuté avec la première centrale nucléaire, en 1951. Que tout s’était accéléré, insidieusement, avec l’explosion de la centrale de Tchernobyl, en 1986. Que le coup de grâce avait été porté suite au drame survenu à Fukushima, début 2011. On racontait que les émanations toxiques, l’eau et les produits de la terre contaminés avaient, peu à peu, réveillé le cerveau reptilien des humains. En effet, la violence, de plus en plus, s’était acharnée à déferler dans les rues comme un tsunami, submergeant policiers et militaires, eux-mêmes changés en véritables Conan the barbarian.

Les « moins fous des fous », eux, se mirent à accuser le diable. Bien mal leur en pris… Il n’en fallut pas plus pour que les bûchers retrouvassent leur place dans le monde moderne. De même que de nouveaux jeux du cirque où le « petit peuple » jeta en pâture aux fauves lesdits « grands » du monde. D’Obama à Sarkozy, tous passèrent sous les griffes et les crocs. Les Républiques et les Royaumes disparurent ainsi, progressivement, sous les acclamations des foules déguenillées, et les bravos hystériques. L’humanité avait entamé son retour irrémédiable vers le passé.

 

∞ 666 ∞

 

Alors que tout n’était plus que chaos et désordre, Lucifer décida qu’il était temps pour lui de remonter à la surface. Comment les quelques milliers de survivants restés sur Terre pourraient lui barrer la route, cette fois ? En offrant Internet au monde, il avait déjà gagné une première bataille, quelques décennies plus tôt. Les gens restaient chez eux, faisaient leurs courses sur la toile. Cet enfermement, peu à peu, réveilla et renforça leur idée de l’insécurité. Et la xénophobie de certains… L’amitié, l’amour, ne se faisaient plus qu’à distance. De peur du SIDA, on échangeait désormais photos et vidéos sex via Facebook… Malin, Lucifer inventa aussi le téléchargement illégal. Une réussite ! L’industrie du disque s’effondra, puis le cinéma, la vidéo, la presse… Le chômage, nécessairement, ne cessa d’accroître sa toile alors que les métiers disparaissaient les uns après les autres.

Et la violence, et l’insécurité, s’accrurent elles aussi, nécessairement.

Quel régal, pour Lucifer ! Lui dont la plus grande astuce avait été de faire croire aux gens qu’il n’existait pas alors qu’il était… partout.

Vraiment partout.

De sa prison souterraine, se concentrant, il empoisonnait l’esprit de la race humaine…

 

∞ 666 ∞

 

Les derniers gardiens de la foi étaient tombés. Tous. Les humains ne les priant plus, ils n’étaient plus les magnifiques immortels qu’ils avaient toujours été. Aussi, leurs plumes perdirent leur éclat et leurs pouvoirs disparurent. Ils n’étaient plus qu’hommes.

 

∞ 666 ∞

 

Retirant son trident du dos de son dernier frère ailé, Lucifer regagna enfin la surface.

Il n’avait plus rien à faire. Ou presque… Les humains s’étaient déjà entretués. Quant aux derniers rescapés qui lui refusèrent leur âme, il les fit se consumer.

 

∞ 666 ∞

 

Lucifer acheva son voyage au Vatican où, après avoir pris soin d’éliminer Benoît XVI en tout dernier, une petite voix, montant de derrière l’autel de la basilique Saint-Pierre, vint le défier.

– Je n’ai pas peur de vous ! cria une jeune fille, s’efforçant, vainement, de cacher sa terreur.

– Il est donc encore quelqu’un en vie, ici ? récita Lucifer, théâtralement. Crois-tu encore que Dieu existe ? Ne crois-tu pas qu’il aurait pu vous sauver ? Misérables insectes… Vous me faites tous rire à m’accuser de tous les maux alors que c’est VOUS, les véritables démons, sur cette Terre ! Vous ne méritiez pas d’être ses favoris. Vous ne méritiez pas la protection de mes saloperies de frères. Vous ne méritiez… En fait, vous ne méritiez rien du tout. Sinon brûler dans les flammes.

Lucifer contourna l’autel et regarda la jeune fille avec un faux air de compassion. Il esquissa un demi-sourire, certes cruel mais… diablement séducteur.

– Pauvre petite conne… Tu peux t’accrocher à ton Dieu tant que tu veux ; il t’a abandonnée. Il vous a TOUS abandonnés ! Dis que tu me donnes ton âme et je te le promets, tu n’auras pas à souffrir quand j’installerai le dernier brasier. Tu seras ma Lilith.

– Jamais ! Je préfère mourir, démon !

– Alors meurs donc, stupide singe !

Lucifer referma promptement sa main, comme s’il voulait attraper une mouche. Un bruit d’os brisé déchira le silence de la basilique. La nuque de la jeune fille s’était rompue. Elle s’effondra, les yeux écarquillés, serrant un chapelet dans une main.

– Y a-t-il quelqu’un d’autre ? tonna Lucifer. Non ? Personne ? Ah ! Suis-je bête… J’ai déjà tué tout le monde, c’est vrai.

– Oui, tout le monde, confirma une voix très étrangement calme dans son dos. Tout le monde sauf moi.

– Qui se permet ? s’écria Lucifer en faisant volte-face.

– Mais moi, répondit Dieu.

Lucifer recula, pas effrayé mais inquiet.

– Tu te manifestes enfin, maintenant que tout le monde est mort ? Quel père es-tu, dis-moi ? Tu m’as laissé détruire toute vie sur Terre. Tu aurais pu les sauver, non ? Mais j’ai gagné… J’ai enfin gagné.

– Et tu as gagné quoi, Lucifer ? Un Royaume de solitude ? Les hommes, je ne pouvais plus les sauver ; tu les avais déjà tous ramenés à leurs instincts les plus vils. Ils auraient fini par faire exploser la planète ! Je n’avais plus que ça à faire, te laisser les détruire par les flammes, comme un jour j’ai moi-même provoqué le Déluge, noyant toute vie sous les vagues. Et te voilà seul…

– Quoi ? Tu prétends m’avoir piégé, vieux bouc ?

– Tu étais tellement beau, Lucifer… Mais comme tu es con, mon pauvre ! Tu vois, moi aussi je peux m’exprimer comme toi ! Les hommes, vois-tu, étaient ma boîte de Pandore pour toi, Lucifer. C’était le seul moyen de me débarrasser de toi.

– Cela ne veut strictement rien dire ! aboya Lucifer.

– Maintenant, dis-moi, reprit Dieu, la solitude du mal est-elle la même que la solitude du bien ?  Je te laisse la Terre. Ton Royaume pour quelques jours encore. Un Royaume sans sujets. Et sais-tu ce qu’il arrive aux anges, puisque tu restes un ange, quoique déchu, Lucifer ? Quand plus personne ne croit en eux, souviens-toi, ils disparaissent. Et tu vas disparaître.

– Non, c’est impossible, je ne peux pas avoir omis cela dans mes plans !… C’est impossible ! Tu mens !

– Adieu Lucifer. Surtout, profite bien de tes dernières heures à vivre dans ton… pays des merveilles.

Et Dieu s’effaça comme un voile de brume.

 

∞ 666 ∞

 

À l’entrée de la basilique, Lucifer regarda la place Saint-Pierre jonchée de cadavres encore fumants. Innombrables. Puants. Partout, sur Terre, c’était le même spectacle horrifique. Le ciel hésitait entre le pourpre et le gris. Lucifer était seul.

Quelques jours plus tard, celui qui avait été le plus beau des anges se ratatina comme une plante pourrie. Et il tomba en poussière.

L’humanité avait disparu.

Le mal avait disparu.

Dieu hésita quelques secondes entre tout refaire et tout détruire…

Il claqua des doigts et l’univers entier explosa, l’emportant dans le vide absolu.

 

La paix, enfin…

Publié dans concours

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Texte n°2 concours SF/fantastique

Publié le par christine brunet /aloys

L’élu du solstice d’hiver.                       

 

.

 

Trois jours avant le solstice d’hiver, un vieil homme, tout de noir vêtu, au visage froid, au regard absent, s’arrête devant le n° 9 de l’allée des bienheureux.

D’un rayon diffus, l’astre de nuit illumine les sgraffites polychromés, aux dessins géométriques, qui couronnent  le porche central de cette haute maison bourgeoise. La silhouette, ombrageuse et subtile, glisse dans la boîte un document de couleur grise.

Certaine que le rituel se perpétuera, la lune se défroisse et inonde la ville endormie de fines poussières charbonneuses. L’inconnu ouvre les bras et, transité par un mouvement de chauve-souris, salue l’astre de nuit. D’une inspiration abyssale, il se nourrit des poudres charbonneuses. Son visage cadavérique reste glacial, il n’a pas d’âge.

Comme chaque année, la mission s’accomplit : l’élu est marqué.

 

Le lendemain matin, Charles-Edmond de Châtelet, d’une voix sépulcrale que nul ne lui connaissait, lit à son épouse ces quelques mots qui viennent de transpercer le cristallin de sa mémoire :

- «  La communauté de la paroisse des Anciens Mineurs a le plaisir d’inviter monsieur et madame Charles-Edmond de châtelet à la sainte messe annuelle offerte pour le repos de l’âme des mineurs défunts ». Et puis, sur un ton suppliant, il dit : vous m’accompagnerez, n’est-ce pas, Xavière ?

- Mais non, voyons, Charles-Edmond ! Vous n’êtes pas sans ignorer que durant toute cette semaine, les œuvres m’appellent partout, partout ! Vous le savez quand même ! Et puis, nous allons à la messe de minuit le 24 ! Pourquoi diable deux messes de minuit cette semaine ? Mais allez, allez mon ami, c’est un honneur, pour vous ! Vous êtes un industriel ! Un industriel retraité, soit, mais quand même, vous restez un actionnaire actif dans les sociétés de notre ville ! Et puis, les mines, c’est un peu vous ! Allez, allez !

- Vous avez raison, Xavière, j’irai, dit-il, avec un air résigné de quelqu’un qui sait.

 

L’église des Anciens Mineurs est un très ancien édifice et, à l’intérieur, tout rappelle le dur labeur des gueules noires : des pics, des pelles, des racles, des casques, des lampes, des tableaux sur lesquels sont peints des wagonnets enflammés par l’or noir. A neuf mètres sont suspendus de vieux tissus souillés de sueurs, de sang séché. En relief sur les murs fissurés, sont présents d’antiques symboles, des poissons, des croix ansées, des pyramides, des femmes couleur d’ébène.

Sur le sol, devant l’autel, sur une pierre bleue encastrée  entre les dalles de marbre noir, des lettres gravées se dessinent :

« EN CE SAINT LIEU, L’ELU DU SOLSTICE D’HIVER COMMUNIERA  ET D’ICI SORTIRA AUTRE ».

 

Au premier rang, debout devant la chaise qui lui est destinée, Charles-Edmond de Châtelet se recueille. Il relève le col de son loden vert, il sent un froid vigoureux envahir ses membres. Ses pensées vagabondent et le ramènent des dizaines d’années plus tôt, au temps où il dirigeait, avec quelques autres notables,  les sociétés minières de cette cité prospère.

Derrière lui, les paroissiens prennent place : ils sont plus colorés qu’un soir de mardi gras. Viennent-ils fêter un évènement particulier autre que celui annoncé ?  Un pirate à la peau burinée caresse le perroquet accroché à son épaule ; des jumelles, adolescentes graciles aux cheveux sales sucent des bonbons au miel, un chien amputé des deux pattes arrière se tient en équilibriste sur un traîneau tout neuf ; venu tout droit de la Nouvelle-Orléans, un jazzman noir se désarticule devant les rythmes muets de son saxophone ; un proxénète, engoncé dans un costume à carreaux jaunes et violets, est encadré par deux créatures de rêves aux lèvres pulpeuses, aux regards mouillés ; un couple de petits vieux semblent être égarés ; un rabbin déroule inlassablement une thora aux lettres presque effacées. Le spectacle de tous ces tissus, ces patchwork multicolores qui se frôlent et se reconnaissent des élans communs, détonnent, au milieu de cette vieille église aux murs funestes, aux plafonds que noircissent des arabesques démoniaques. Tous, ils savent. Leurs yeux creusés attendent.

 

A l’heure exacte du solstice d’hiver, la lune ricane et transmet au travers des vitraux verts, des rayons qui transpercent la grande hostie et puis viennent mourir là, juste devant l’autel.

 

Charles-Edmond de Châtelet, se souvient encore, son visage se crispe, ses muscles se raidissent, son cœur se tord. Il revoit ce contremaître, un grand gaillard plein de force, venu lui demander, au nom de tous ces hommes fatigués, une souplesse dans les horaires, de meilleures protections, et tout ce qu’un homme désire recevoir, pour restreindre les contraintes avilissantes de ses ouvriers. Charles-Edmond de Châtelet se souvient de tout. Et de tous.

 

La silhouette de l’inconnu vêtu de noir s’approche alors de l’autel et revêt des allures de prêtre : des gestes lents, un gros livre de mille ans entre les mains, un visage qui n’existe pas. Sur un haut chevalet, il dépose l’épais volume. Ensuite, d’avant en arrière, il balance un encensoir, et des poussières charbonneuses s’étoilent de part et d’autre de ces drôles de paroissiens. Tous, ils sourient. Ils savent. Six gros rats traversent l’édifice, six chauves-souris s’accroupissent devant un bénitier en forme de tête de porc et six serpents aux écailles rouges et noires ondulent autour d’une statue de femme nue. Des odeurs de soufre et de charbon refroidi empestent l’atmosphère ténébreuse.

 

D’une voix évadée des chemins sulfureux d’outre-tombe, l’homme en noir lit alors les premières pages de ce gros livre aux pages de parchemin. Des vents sifflent de part et d’autre de l’édifice et, au moment où les mains décharnées du vieil homme soulèvent la grande hostie, comme pour que tous la voient, les serpents, les rats et les chauves-souris vomissent des voiles noirs : ce sont des formes d’hommes qui apparaissent alors, leurs visages sont funèbres, ils portent sur la tête des casques avec une lampe, ils toussent, s’arrachent la trachée et s’échappent de leurs lèvres asséchées d’épaisses vapeurs charbonneuses et des jets de sang frais  …On entend au loin, un air de blues, de ce vieux blues psalmodié  par les esclaves, comme une plainte, un sursis, une attente d’autre chose.

 

A la grande hostie, Charles-Edmond de Châtelet communie. Pour lui, rien ne sera plus comme avant. Maintenant, il voit. Habité par les ombres de ces gueules noires, il respire par mouvements saccadés et puis ressent jusqu’au fond de ses entrailles les peurs, les chaleurs suffocantes qui se distillent, juste après les coups de grisou. Il entend des enfants qui pleurent, il voit des femmes qui attendent, sans espérance.

 

 Il le savait. Il savait qu’en acceptant cette invitation pour la messe du solstice d’hiver, il serait l’élu de l’année et que communier à la grande hostie plongerait le reste de son existence dans un profond chaos.

 

L’astre de nuit est plus fort que tout, sa force est inéluctable …

 

Désormais, comme l’élu de l’an dernier, également un des soixante-six actionnaires de ces anciennes sociétés minières, il vivra entre deux dimensions. Les ombres noires habiteront son corps…Dans quelques mois, Charles-Edmond de Châtelet toussera, crachera du sang, s’étouffera. Comme les douze premiers élus.

Pendant cinquante-trois ans, la malédiction de la communauté des anciens mineurs frappera encore …

 

L’astre de nuit est plus fort que tout, sa force est inéluctable …

 

 

Un an plus tard …

 

Trois jours avant le solstice d’hiver, un vieil homme, tout de noir vêtu, au visage froid, au regard absent, s’arrête devant le n° 12 de la rue des Fougères.

D’un rayon diffus, l’astre de nuit illumine les sgraffites polychromés, aux dessins géométriques, qui couronnent  le porche central de cette haute maison bourgeoise. La silhouette, ombrageuse et subtile, glisse dans la boîte un document de couleur grise.

 

Certaine que le rituel se perpétuera, la lune se défroisse et inonde la ville endormie de fines poussières charbonneuses. L’inconnu ouvre les bras et, transité par un mouvement de chauve-souris, salue l’astre de nuit. D’une inspiration abyssale, il se nourrit des poudres charbonneuses. Son visage cadavérique reste glacial, il n’a pas d’âge. Durant trois secondes, il se transforme, il devient un grand gaillard plein de force, souvenez-vous…le contremaître ….

 

 

Comme chaque année, la mission s’accomplit : l’élu est marqué.

 

 

Selon vous, qui est l'auteur de cette nouvelle ????

 

Alors, vous votez pour la nouvelle 1 ou  2

 

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Texte n°1 pour le concours SF/fantastique

Publié le par christine brunet /aloys

UN  HOMME  SANS  HISTOIRE…


Achille Lépine est accoudé sur la rambarde de son balcon. Il guette. Achille habite au septième étage d’un immeuble qui en compte autant. Il n’y a personne au-dessus de lui… il n’y a jamais eu personne au-dessus de lui. Monsieur Achille Lépine a toujours été seul commandant à bord d’une existence sans histoire qui, forcément, n’intéresse personne. Sauf lui, bien entendu, puisque c’est la sienne.

Dans son petit appartement où il navigue en solitaire, rien de notoire n’accroche le regard, pas même la reproduction d’une toile de Maître, puisque, je le répète, Achille n’a jamais eu de maître. Il n’a d’ailleurs jamais éprouvé le besoin d’en avoir, il roule tout seul, sans faire de vagues. Sa vie est lisse comme la peau d’un bébé, claire comme de l’eau de roche, banale comme un récit truffé de lieux communs. Aujourd’hui ressemble à hier et demain, c’est déjà aujourd’hui. Il n’y aura, dès lors, ni déception, ni surprise et, ce qui se passera au-delà du bout de son temps, il n’en a cure. Achille entretient-il des regrets ? Aucun… pas même celui de voir le temps passer beaucoup trop vite. Soit dit en passant, peut-on nourrir des regrets face à un concept qui nous échappe ? A l’inverse d’Achille, le temps est sans limite. C’est la règle du jeu, les dés ne sont pas pipés, on est fixé dès le départ. Que peut bien faire alors Lépine pour remplir au mieux cette période délimitée qui lui a été allouée sur Terre ? Guetter ? Guetter qui ? Guetter quoi ? Le facteur ? Certainement pas, puisqu’il n’attend de nouvelles de personne. Le flic du quartier ? Pas davantage, il est en règle et n’a donc rien à se reprocher. La concierge ? Il l’évite autant qu’il le peut, l’arthrose du mari de la bignole et ses problèmes de varice ne l’émeuvent guère. La mort ? Il est encore trop tôt pour y penser.

N’est-ce pas déprimant de n’attendre personne, de ne plus rien espérer ? Non mais, quel culot d’affirmer qu’Achille n’espère plus rien et n’attend personne. Au contraire, si Achille Lépine est accroché au garde-fou de son balcon, c’est pour une raison très précise, une motivation lumineuse qui se présente sous le nom de Mademoiselle Lucie et sous la forme affriolante d’une cinquantaine de kilos de chair rose, fraîche, quelques grammes de tissus, cela dépend de la saison, une paire de talons aiguilles et une chevelure soyeuse, toujours impeccablement peignée.

Notre homme ferait-il partie de la confrérie des chevaliers de la brosse ? Serait-il un impénitent coureur du tour de taille, un incurable pourfendeur de la morale la plus austère, ou, tout bêtement, un simple voyeur titillé par une appétence refoulée? Rien de tout cela, n’en déplaise aux amateurs de ragots et aux lecteurs assidus de canards à la déontologie inversée. Achille, faut-il le rappeler, est un homme sans histoire, qui refuse de s’en créer par crainte de la voir jetée en pâture au public.

Quand elle surgit de son habitation, Mademoiselle Lucie, se précipite vers l’arrêt de l’autobus situé quelques mètres plus loin, en contrebas de la chaussée. Elle agite le bras pour que le chauffeur arrête le véhicule. Achille consulte sa montre-bracelet : le car enlève la belle puis démarre à huit heures trente précises comme chaque jour. Mademoiselle Lucie ne reviendra qu’en début de soirée. Où va-t-elle ainsi, semblant toujours pressée, courant après quelque invisible destin? Quelle importance, elle ne s’appelle même pas Lucie...


Lépine ne s’est jamais donné la peine de connaître son nom, il l’a appelée Mademoiselle Lucie parce que «ça lui va bien». Un surnom passe-partout pour un personnage clé dans une histoire qui n’en est pas une, puisque, Achille Lépine refuse d’en avoir, même la moindre. Que fait notre homme durant le reste de la journée ? Mystère. Ce locataire de la vie estime n’avoir aucun compte à rendre à son propriétaire le temps. Dès qu’il a quitté sa tour de guet, Achille ferme les tentures, de manière à protéger sa vie intime. Nul ne sait ce qui se trame derrière ces grands morceaux de tissu noir. Une oreille bien exercée peut capter le grincement d’une scie dans son mouvement de va-et-vient ou le bruit étouffé d’une masse s’abattant sur quelque chose de mou. Des sons atténués qui ne perturbent en rien la paix régnant dans l’habitation et qui sont à mille lieues d’intriguer les voisins du sieur Lépine. Ceux-ci savent qu’ils ont affaire à un homme sans histoire. Il est donc inutile de s’inquiéter ou de s’alarmer.


Pourtant, un jour le vieil Abraham, le locataire du sixième, en a touché un mot à la pipelette, mais sans intention de troubler la tranquillité de l’immeuble. L’homme éprouvait simplement le désir de parler à quelqu’un, sachant bien que la gardienne à cause de ses soucis, l’arthrose de son mari et des varices qui l’empêchent de rester longtemps debout, n’avait guère le temps de grimper jusqu’au septième. Si Abraham avait engagé la conversation avec la pipelette, c’était davantage pour se dégourdir la mâchoire que pour s’adonner à une vile délation. Il vit seul et redoute qu’une pratique trop peu usuelle de la langue ne l’empêche un jour du plaisir de s’exprimer.


Alors, angoissé par cette peur infantile, il recherche la compagnie pour deviser de tout et de rien. Bien sûr, quelques esprits chagrins rétorqueront qu’il lui suffit de se parler à lui-même. Abraham n’est pas sot, il y a déjà songé. Mais que pourrait-il se dire ? Anonner des banalités à autrui, passe encore, mais à soi-même ! Ce serait avoir piètre opinion de sa personne. Et puis, dans le but louable de s’épargner, ne serait-il pas tentant de s’enfermer dans le silence ?


«Rester coi» pour Achille Lépine ne pose pas un problème. D’ailleurs, puisqu’il n’a pas d’histoire, il se confine dans un mutisme aussi épais que les murs de la cathédrale d’Albi, une retraite que personne n’aurait l’idée d’investir. Lorsqu’il sort et qu’il croise une de ses connaissances, un hochement de tête décourage toute tentative de dialogue. Il ne daigne même pas parler de la pluie ou du beau temps, au fond, quel en serait l’intérêt ? Qu’est-ce que cela apporterait dans son existence ? Achille s’adapte à toutes les saisons, dès lors, point besoin de discourir là-dessus. Un homme sans histoire en accord avec lui-même.

Cependant, il existe un domaine qui pourrait délier sa langue, un domaine qui constitue sa grande force mais aussi sa cruelle et douce faiblesse… son talon d’Achille… l’art culinaire et ces bons petits plats qu’il mijote, ses recettes maison à l’arôme si particulier, ces odeurs spécifiques exhalées de ses fourneaux, cette chair si tendre et si fraîche qu’il prépare suivant un cérémonial immuable : pointilleux comme un photographe qui, dans sa chambre noire, développe ses clichés, en choisit les meilleurs, puis élimine les déchets. Précautionneux ainsi qu’un chef coq, il découpe les morceaux pour les assaisonner au goût délicat de son palais. Méticuleux à l’image d’un enquêteur, il classe les différents éléments dans son congélateur comme autant de pièces précieuses.


Achille regarde l’horloge suspendue au-dessus du frigo. Mademoiselle Lucie ne va plus tarder à rentrer. Il s’installe sur son balcon et attend. Le soir chemine sur la ville. Un peu partout des lumières s’allument dans les foyers. Des voitures, tous feux éteints, sont garées au bas des immeubles.


Bientôt, la cité n’est plus qu’un murmure. L’autobus, illuminé comme un jour de fête, arrive à l’heure. Mademoiselle Lucie s’en libère et regagne sa demeure d’un pas alerte.


Achille Lépine s’attarde encore un peu sur son perchoir. Des idées de mets délicieux accompagnés de vins choisis lui viennent en tête et le font saliver. Des appellations contrôlées défilent dans un esprit qui ne l’est plus guère, lui, contrôlé, depuis qu’il a cédé à la panique devant l’inconscience criminelle de ses semblables. Il y a bien longtemps que viandes de vaches folles ou bourrées à la dioxine ont été proscrites de sa table, pour céder la place à des chairs plus douces, plus délicates et plus digestes… comme celles de Mademoiselle Lucie dont il se promet d’apprécier, bientôt, la tendreté…


N’en doutons point, celle-là comblera la splendide marmite à pression qu’Achille s’est offerte pour la nouvelle année. Par respect pour cette ravissante créature, il se montrera digne dans le choix de la préparation.


Pour commencer, en guise d’amuse-gueule, comme s’il absorbait une huître, il gobera les yeux, délicieusement citronnés, en les faisant sauter d’un coup sec de leur orbite.


Des aromates de première qualité agrémenteront ensuite l’incomparable saveur de la chair fraîche, si insipide autrement.


Une sauce piquante, à base de pili-pili, relèvera en un délectable bouquet la fadeur naturelle des bras trop maigres de la jeune femme.


Les cuisses seront farcies d’épices embaumées, à l’exotisme nostalgique.


Les doigts des pieds et des mains, arrosés d’un nuage de Porto Cruz, seront suçotés, l’auriculaire pointé vers le haut en signe de remerciement à quelque gracieuse mansuétude divine. 


Le tronc, lui, bénéficiera d’un traitement particulier. Passé à la broche, doré et à point, il sera servi sur un plat de riz baignant dans des coulis de légumes divers.


De l’épine dorsale, il extirpera la substantielle moelle qu’il couchera sur un morceau de pain encore chaud, parfumé à l’ail.


Les seins, aspergés de chocolat et de crème fraîche, auront la prestance d’un appétissant Saint-Honoré.


Quant aux fesses, bien cuites, elles s’offriront en délicieux melons d’amour confis dans le miel.


Fin gourmet, Achille Lépine fera durer le festin pour la plus grande jouissance de ses papilles gustatives comblées au-delà de l’ordinaire. Il prolongera le plaisir de la mastication d’un tel mets en l’accompagnant du plus gouleyant des grands crus.


Et c’est le cœur serré qu’il se préparera à ingurgiter l’ultime, délicat, odoriférant, onctueux, succulent morceau de Mademoiselle Lucie.    


Achille se régale à ces pantagruéliques pensées. Demain, il s’en ira quérir les différents condiments. Il ne lui restera plus, alors, qu’à cueillir la jeune femme comme un beau fruit mûr qu’il lui tarde de croquer.


Mais, chut ! Il ne faut en parler à personne et surtout pas à la police… Achille Lépine, je le répète une dernière fois, ne veut pas d’histoire…

 

 

Vous tentez de deviner l'auteur ??? 

 

 

 

 

 

 

 

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A vous de choisir !

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Ces auteurs ne sont pas publiés chez Chloé des lys mais ont relevé le gant ! Un grand merci à ces courageux qui sont parvenus à faire l'exercice. Je ne vous cache pas avoir reçu beaucoup d'autres textes mais les "600 caractères, espaces compris" sont un carcan compliqué à dépasser...


Une publication dans la revue "Les petits papiers de Chloé pour l'un de ces auteurs: voilà l'enjeu ! Alors, votez ! via le blog en direct, ou par mail.

 

N°1

 

 

Il entend cette phrase et observe sur son bras la trace d’une piqûre. Debout sur le sol gris de la verrière, il observe l’immense nécropole.

Il ramasse son casque à écouteurs intégrés. A nouveau les injonctions crépitent. "Votre opposition inconsciente a provoqué un incident de probabilité insignifiante. Réglez votre fréquence sur l’acte de libération suprême. La procédure de compactage absolu reprend son cours."

Il arrache son casque. Acte non répertorié. On ne doit pas désobéir. Réduction du corps immédiate. Conservation de la tête pour étude approfondie des circuits neuroniques déficients.

 

 

N°2

 

Je vous croyais mort, enfin, ce sera pour une autre fois. Il se peut que vous en réchappiez mais sachez qu'alors ce sera moi qui deviendrait votre bourreau. Pourquoi avoir séduit cette fille et l'avoir déshonoré comme vous l'avez fait. Partez avant que je succombe à la tentation de vous achever moi-même, il est des crimes qui sont impardonnables fussent-ils commis par un prince. Fuyez, il ne vous reste que peu de temps avant que ne tombe la sentence car, je l'ai appris ce matin, votre victime s'est pendue. Rien ne pourra vous sauver même pas vos relations. Partez ! 

 

 

 

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