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Texte n°9 concours "Si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Il avait des cheveux blonds, mon guide…

 

« La place Rouge était blanche,
La neige faisait un tapis,
Et je suivais, par ce froid dimanche,
Nathalie »

Non… Ça, c’était le jour où on l’avait mis dans le convoi  qui devait l’emmener au Goulag. Un dimanche, effectivement, vers la fin décembre. Et puis, ce n’était pas Nathalie, c’était… Quelle importance ? Une garce du NKVD. Chapka bien enfoncée sur la tête, chaudement emmitouflée dans son uniforme fourré. Pendant que lui, insuffisamment vêtu et mal nourri, dans la poudreuse jusqu’aux chevilles, suivait en claquant des dents. Mais il n’avait pas fini de grelotter…

Le vieux bonhomme s’approcha de la vitre en claudiquant légèrement. Il n’avait jamais pu recouvrer une démarche normale après l’amputation de ses orteils gelés. Mais enfin, il était encore là pour l’évoquer. Ils étaient si nombreux à n’avoir pas eu autant de chance…

Il essuya de sa main ridée la buée qui lui masquait la vue sur le parc et le sapin artistiquement illuminé, juste sous les fenêtres de la maison de retraite. Puis il ferma la radio d’un geste sec avant de retourner s’asseoir. Il resta là, le regard dans le vague, le dos frileusement appuyé contre le poêle en faïence.

Pourquoi diable cette chanson, plutôt mièvre au demeurant, devait-elle lui faire à chaque fois un pareil effet ? Pas grand-chose à voir avec sa propre malheureuse expérience… C’était pourtant comme si elle avait le pouvoir maléfique de faire ressurgir tout ce qu’il aurait souhaité pouvoir oublier.

Le travail éreintant au milieu des bouleaux craquants de givre. L’insupportable morsure du froid. La faim tenace. Le sadisme des gardiens, au mieux leur indifférence. Et Nathalie.

Non… Son guide à lui, celle à qui il devait d’être encore en vie, c’était Tatiana. Une « zek », comme lui. Blonde. Oui, il s’en souvenait parfaitement. Mais pas de tresses. Non. Les cheveux courts sur la nuque. Et affreusement pâle, les joues creusées par la fatigue et les privations. Pourtant capable de partager avec lui le peu qu’elle avait pu voler dans les cuisines du camp.

Mais… Ne percevait-il pas toujours cette rengaine ? Assourdie quoique encore trop bien audible !. Un résident qui écoutait la même station, dans la chambre voisine… Des paroles maintes fois entendues, s’insinuant à travers les murs, insistantes, moqueuses. Comme le rire sardonique du destin…

«  La place Rouge était vide,
J'ai pris son bras, elle a souri.
Il avait des cheveux blonds, mon guide,
Nathalie, Nathalie... »

Oui, à la fin, il s’était retrouvé seul avec elle. Non, pas sur la place Rouge, mais dans le local à demi enterré faisant office de morgue. Là où l’on entassait, chaque jour de ce terrible hiver, les cadavres raidis par le gel.

Il était resté longtemps près d’elle, la main posée sur son bras. Et, oui, il se souvint qu’elle souriait. Du moins l’aurait-il juré. Un sourire éternellement figé par la mort.

Le vieil homme ferma les yeux. Combien d’hivers encore ? La chanson se terminait…

«  Que ma vie me semble vide !

Mais un jour, au paradis,

Je sais que tu seras mon guide

Nathalie, Nathalie... »

 

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Texte n°8 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Si l’hiver m’était conté...

 

Décembre !  Une pluie verglacée martèle le carreau. Je vais y tremper ma plume afin de dépeindre l’hiver qui a déjà lacéré, de ses griffes aiguisées, le bel automne doré. C’en est fini des aurores rayonnantes et des crépuscules sanglants. De plus en plus, la nuit s’étire voluptueusement sur le jour, le recouvrant de ses voiles sombres.                                                                                                                                                                                                                Au dehors, le vent souffle en tempête et balaye tout sur son passage. Voici les longues soirées embaumées du parfum des châtaignes grillées sous la cendre et où, pour braver l’ennui, je plonge entre les pages d’un bon livre.

Enfin Noël! Cet instant magique qui magnifie l’éternel combat pour la renaissance de la lumière : Sol Invictis !

Des millions de papillons blancs se sont posés sur terre. Il a neigé ! En une nuit, ce monde de grisaille s’est transformé en un lieu féerique et glacial où une rose vermeille, rescapée de toutes les tourmentes, s’est confite de givre sous l’âpre baiser de l’hiver.

Les lettres se figent sur la pointe gelée de mon stylo. A la chaleur de la lampe, elles coulent sur la feuille blanche, glissent, s’entrelacent et composent des mots. Des étoiles de givre apparaissent à la fenêtre, constellations aux couleurs irisées, inconnues des astronomes. J’ai froid ! Le temps semble s’être arrêté. Un nouveau monde est né du souffle transi de janvier. Royaume étrange dont le roi est ce bonhomme de neige qui trône, là-bas, dans le jardin...

Dans l’aube violacée, la campagne ressemble à une planète inexplorée où seules les empreintes de mes pas restent imprimées dans la neige. Une corneille s’envole et brise le silence de son croassement sinistre. A cet instant, le vent emporte des vaguelettes de poudreuse cinglante qui font bruire les tiges séchées du bord des fossés.                                                                                                                        Les perce-neige ont cassé la croûte de neige givrée et pointé le bout de leur nez bleui de froid. Dans la mangeoire, une ribambelle de mésanges, rouges-gorges et autres passereaux picorent des graines de tournesol.

Une odeur de crêpe flotte dans la cuisine! Les jours s’allongent. De plus en plus souvent, un pâle rayon de soleil caresse la terre et fait fondre la neige.

Dans la douceur de mars, l’hiver se meurt. Son coeur de glace se dissout en gouttes d’eau limpide et il expire dans le murmure cristallin du petit ruisseau qui serpente parmi les prés reverdis !

Mais, hélas, mon encre sympathique s’est évaporée dans l’air tiède d’une belle journée !

 

 

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Texte n°7 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Neige jamais su.

 

Racontez-moi vos neiges éternelles

Et vos sommets aux sourires diaphanes

Ces paquets de cristaux de froids et de gels

Déballés et soufflés

De plaines en montagnes

Moi l’anonyme qui ne respire ces blancheurs

Que par le papier glacé.

 

Racontez-moi ces harpons ces sueurs

Que des hommes habillés d’amitié

Elancent sur ces hauts voyages

Immortels héros honorables guetteurs

Des sommets de neige paysages

Animés d’un tout.

 

Et de là-haut vos visages

Aux sourires éternels

Se cristallisent.

Voyageurs de l’hiver vos escalades

Seraient-elles

Une vie en plus d’une vie

En plein cœur de l’hiver ?

 

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Texte n°6 concours "Si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

VOIR SANS ÊTRE VU ?

 

L'hiver était la saison préférée de Léa, quatre-vingts ans. Non pas qu'elle aimait la froidure, les sols verglacés et les journées courtes. Non, elle appréciait cette saison parce que les arbres dénudés lui permettaient d'observer à loisir ce qui se passait chez les Laud, ses jeunes voisins. Pour mieux observer, Léa avait acheté une paire de jumelles qu'elle utilisait sans réserve. Et comme Les Laud fermaient rarement les tentures de leur living et de leur cuisine…. Et comme ils aimaient les éclairages puissants…. Leur maison était située derrière celle de Léa. Ils avaient sacrifié une partie du jardin pour y construire ces deux pièces contiguës.

 

Noël approchait, il était dix-sept heures. Dans le coin salon, Rudy Laud tentait de placer le sapin dans un seau. Alix, son épouse, l'aidait comme elle pouvait en maintenant l'arbre, tandis que Jules, leur gamin, courait autour d'eux. Dans son élan, le gamin renversa une grande boîte contenant des accessoires de décoration. Rudy cessa de remplir le seau de sable pour donner une claque sur les fesses de son fils. Alix lâcha le sapin qui tomba sur le sol. Elle gesticulait tandis que son mari s'était mis à arpenter la pièce. L'enfant se réfugia dans les jupes de sa mère qui le serra contre elle et finit par lui donner un bisou.

 

En septembre, Léa avait entendu Rudy expliquer calmement à son fils que s'il écrasait une fleur, elle ne repousserait pas. Le film de cette claque inattendue, Léa se le repassa plusieurs fois.

 

Puis elle se souvint d'autres Noël, de boules cassées, de la nervosité de son époux qui n'arrivait pas à démêler les guirlandes électriques. Chez elle, ça se terminait par des fous rires avant que, par miracle, la guirlande trouve la place voulue et fonctionne !

 

Soudain, les lumières s'éteignirent chez les Laud. Pourtant, l'éclairage public fonctionnait. Léa tourna la tête. Dans son hall, la veilleuse était éclairée. Il ne s'agissait donc pas d'une panne générale. Elle attendit… Pourquoi diable Rudy n'allait-il pas réenclencher le fusible probablement sauté ? Léa attendit encore. De guerre lasse, elle déposa les jumelles sur l'appui de fenêtre et s'assoupit.

 

Un coup de klaxon la réveilla. Devant elle, le living des Laud était éclairé. Elle prit ses jumelles : Tout était rangé, le sapin décoré et Jules était attablé à côté de sa mère. Dehors, dans le forsythia, une guirlande lumineuse. Rudy, qui fumait une cigarette dehors, lui adressa un grand signe de la main. Elle se croyait invisible, elle ne l'était pas !

 

Plus que tout, Léa s'en voulait de ne pas savoir ce qui était arrivé. L'hiver, elle dormait plus qu'à la belle saison et elle n'était pas sûre de n'être pas, un jour ou l'autre, à nouveau victime d'un endormissement indésirable. Elle se mit alors à moins aimer l'hiver.

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Texte n°5 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Si l’hiver m’était quoi ? Conté ?

Faire de la luge, du ski. Des bonshommes de neige. Sentir ses bottes s’enfoncer dans la matière, se balader au milieu des sapins, ou glisser sur un lac gelé, pourquoi pas ? Tout cela doit être bien agréable, en vérité.

Si l’hiver m’était conté, je choisirais l’hiver 1985.

Noël 1985.

Le tout dernier où nous fûmes réunis. Grand-père et grand-mère étaient là. Et toute la famille. Du moins, les membres de la famille ayant l’esprit de famille. Chaque famille a ses gros cons, et ses Moi je. Ça va de pair, bien souvent. Mais ne dévions pas du sujet.

L’hiver, pour certaines personnes, incarne le froid, les journées trop courtes, et uniquement cela, et c’est bien triste. Si jamais je me montrais dogmatique, pardonnez-moi… Je trouve simplement triste d’associer l’hiver et la morsure du froid et… point à la ligne. Une rose n’a-t-elle pas d’épines ? Elle est belle, pourtant.

L’hiver, c’était la pureté. Il reste le fantasme d’une innocence retrouvée. C’était la chaleur, les baisers… Les accolades vraies.

J’écris tout cela à l’imparfait, et j’ai une soudaine envie de pleurer. Si je le faisais, pardonnez-moi… Vous ne me verrez pas, de toute façon.

Si l’hiver m’était conté ; remontons à bien, bien loin, ce serait sortir de l’école et faire exprès de ne pas avoir fermé mon blouson, juste pour le plaisir de laisser faire maman, et l’entendre s’écrier : « Tu vas attraper froid ! »

Ce serait retrouver mémé à la maison, et l’embrasser très fort. Pas pour le bon chocolat chaud servi au moment même de franchir la porte, et le savourer juste avant de préparer la rédaction du lendemain. Mais parce qu’elle se serait donnée cette peine, malgré ses problèmes de santé grandissant.

Si l’hiver m’était conté, ce serait rejoindre pépé dans son lit, le matin, et l’écouter raconter des histoires stupides, fantasques, mais que j’adorais, du moins avant que je prisse quelques années et devinsse un jeune con. Un jeune con avec lui, du moins…

Si l’hiver m’était conté, ce serait le vif souvenir du centre-ville, descendre y acheter les chocolats de Noël. Ce serait faire les magasins de jouets et retrouver ces yeux presque éteints depuis trop longtemps.

Parce que dans : « Si l’hiver m’était conté », il y a ce verbe à l’imparfait, qui nous rappelle que ce qui était n’est plus. Et l’hiver, autrefois si chaud, est aujourd’hui…

J’allais me dédire !

Nous sommes des adultes, alors il faut faire comme si ! Mais l’hiver demeure tiède. Irrémédiablement tiède…

Le voyez-vous, ce que je fais ? Je tombe, comme les feuilles d’automne.

Grand-père est parti un vingt-trois décembre, l’année d’après. Et si l’hiver m’était conté, ce serait ce Noël de 1985. L’hiver carillonnait. Il était là. Ils étaient là.

Depuis, l’hiver, le vrai, est en moi. Ça sonne comme un Moi je, je sais. Pardonnez-moi…

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Texte n°4 concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

LA CRÈCHE DE TANTE MARGUERITE

 

Coralie aime particulièrement le mois de décembre. Cela lui rappelle tant de bons souvenirs. Son anniversaire d'abord, la Saint-Nicolas ensuite et puis Noël.

 

Et le Nouvel An me direz-vous ? Eh bien non, Coralie ne l'aime pas. Les interminables visites chez des gens qu'elle ne connaît pas ou si peu, mais que Papa et Maman appelle Tante ou Oncle.

 

Ce premier janvier-là, pour la dernière visite de la journée, Coralie accompagne ses parents chez Tante Marguerite, une vieille femme fort acariâtre. Elle habite au premier étage d'une vieille maison située pas loin de chez eux, juste à côté de l'église. C'est toujours le même rituel, les galettes faites maison à peine sucrées et une tasse de mauvais café. Coralie se contentera d'une tasse de lait tiède… C'est toujours plus agréable que l'infâme breuvage que ses parents se forcent à boire !

 

Quelque chose inquiète quand même Coralie c'est le fait que la vieille femme, si pieuse, n'a même pas songé à mettre une crèche au pied du minuscule sapin artificiel qui décore son salon. Mais elle se garde bien de parler. Chez Tante Marguerite, les enfants ne parlent que si on les y autorise.

 

Pourtant, à son retour à la maison, elle questionne…

 

- Dis, Maman, pourquoi il n'y a pas de crèche chez Tante Marguerite ?

 

- Ah ma chérie, il ne faut jamais en parler devant elle. Elle a perdu son fils unique quand il avait deux mois. Tu sais, à l'époque, la rougeole, ça ne pardonnait pas !

 

L'explication lui a suffi. Quelques mois plus tard, début décembre, Coralie a demandé à aller rendre visite toute seule à Tante Marguerite. Ses parents ont bien sûr accepté, heureux de voir leur fille prendre cette initiative.

 

Coralie avait emporté avec elle un petit sac.

 

"Un cadeau que j'ai fait spécialement pour elle !" avait-elle dit…

 

Elle était revenue toute joyeuse, parlant peu de l'après-midi passé et ne disant rien d'autre que le plaisir de sa visite.

 

Les parents de Coralie étaient intrigués mais comme il n'y avait eu aucune mauvaise réaction de la tante, ils n'ont rien demandé.

 

Jusqu'au premier janvier suivant… Coralie était toute joyeuse à l'idée d'aller rendre visite et avait annoncé fièrement : "Vous allez avoir une surprise !"

 

Juste à côté du sapin, il y avait une jolie crèche en carton.

 

"C'est moi qui l'ai réalisée et je suis venue la porter à Tante Marguerite qui a bien voulu l'exposer. Regardez, il y a tous les personnages !"

 

Ce jour-là, les galettes avaient meilleur goût, le café était buvable et Tante Marguerite bien plus bavarde qu'à son habitude. Il a même semblé aux parents de Coralie, que les deux complices échangeaient de temps en temps un petit clin d'œil.

 

Quant à l'enfant dans la mangeoire, il souriait…

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Texte n°3 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

DONNER, C'EST DONNER

 

Jean était pauvre, tellement pauvre que la fente de sa tirelire était recouverte de toiles d'araignées poussiéreuses. Jadis, c'était un gars qui plaisait aux filles et aux fermiers du coin. Il était fort comme un chêne et avait la main à tout, disait-on au village. Il était capable de porter un porc de plus de cent kilos et même de soulever une charrette pendant que son propriétaire réparait une roue. Puis, il y avait eu l'accident. Il était tombé en réparant le toit d'une grange. Depuis lors, il boitait et se montrait nettement moins fringuant. Il continuait pourtant à faire des petits boulots à gauche et à droite ce qui lui permettait de survivre tant bien que mal. Parfois, il aidait un vieux ou un enfant sans rien en attendre en retour.

 

Noël approchait et dans la petite maison de Jean, le cellier était quasiment vide. Comment passer un réveillon digne de ce nom avec quelques carottes, des pommes de terre, deux ou trois oignons et des noix ? Alors Jean réfléchit à quels services il pourrait proposer pour remplir sa bourse et son garde-manger. Il réfléchit, réfléchit et eut l'idée de bricoler des montages floraux pour les vendre au marché.

 

Pour cela, il lui fallait des branchages de sapin, du houx, des bouts de ruban, de la ficelle. Il collecta tout cela chez des gens qui le connaissaient bien et l'embauchaient régulièrement pour de menus travaux. Puis, il se mit à l'ouvrage…

 

Le jour du marché, il transporta dans sa vieille brouette tous ses montages jusqu'à la place de l'église où il s'installa et attendit les acheteurs.

 

"Après tout, c'est mon sapin et mon houx, je ne te payerai donc point" dit le Firmin, un riche paysan des environs venu acheter un joli montage.

 

"Ce n'est pas ton sapin, c'est le mien. Regarde comme les aiguilles sont bleutées. Jean a travaillé. Tout travail mérite salaire. Paie-le !", répliqua Mariette qui assistait à la scène.

 

Pendant ce temps-là, Jean commençait d'un geste lent à défaire le montage choisi par Firmin pour lui rendre son houx et son sapin. Il faisait cela sous le regard d'un groupe de personnes qui avaient été attirées par la grosse voix de Firmin et celle si aiguë de Mariette.

 

Du groupe s'élevèrent d'autres "paie-le !" Puis le silence se fit. Firmin et Mariette avaient le visage empourpré. Jules, le maire, qui de loin avait assisté à la scène, s'approcha. Il prit une petite branche de houx et une autre de sapin, et les tendit à Firmin. "Voilà ce que tu demandais, je crois. Décore ta maison !"

 

Firmin s'en alla en maugréant. Chacun avait un avis à donner mais plus personne n'osa s'y risquer.

 

Tous les montages de Jean lui rapportèrent un peu d'argent avec lequel il put s'offrir quelques douceurs pour fêter Noël.

 

 

 

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Texte n°2 concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

IL NEIGE SUR LE PAYS…

 

Qu'est-ce qu'il lui a pris, ce fichu anticyclone des Açores? Mais qu'est-ce qu'il lui a pris ?

 

Cela faisait quelques semaines que j'étais né là haut, de la rencontre de vapeur d'eau et du vent et je m'y plaisais bien. Transporté au gré des courants aériens, je me prenais pour une minuscule montgolfière et je voguais.

 

J'avais ainsi traversé l'océan, quittant mon Canada natal, pour doucement me diriger vers l'est.

 

C'est en arrivant presque en Europe qu'il nous a surpris mes frères et moi, ce fichu anticyclone. Là, en quelques heures, il nous en a fait voir du pays ! C'est qu'à chaque passage de frontière, on parlait de nous. Et suivant les spécialistes, nous étions tour-à-tour, vague de froid, blizzard (vous avez dit blizzard ?), nuages d'altitudes ou encore courant du Labrador ! Vous savez où c'est, vous, le Labrador ? A part la rue où Tintin habite au numéro 26, personne ne sait ça, sauf les météorologues !

 

Bref on nous traitait de tous les noms, sans même nous connaître !

 

Dans ma famille, nous sommes pacifiques et nous ignorons les injures et les disputes. Nous avons donc continué notre ronde autour de la Belgique, petit pays qui, après avoir été pendant des siècles le champ de bataille de l'Europe, était devenu la cible de tous les mauvais temps qui passaient à proximité.

 

Certains d'entre nous sont tombés sur une région où on parlait français, comme au Canada, mais avec un accent… Là où d'autres sont arrivés, c'était une langue inconnue mais les enfants ont eu l'air de nous apprécier. Mais le plus gros de notre troupe s'est retrouvé au-dessus d'une jolie ville qui portait deux noms, Bruxelles et Brussel !

 

Drôle de ville où de superbes bâtiments anciens voisinent avec des taudis. Où on laisse des maisons tomber en ruine, juste à côté d'un gros truc avec neuf grosses boules et qui ressemble à un gros cristal. Là, on s'est amusé à virevolter tout autour en passant de plus en plus vite près des gens qui nous regardaient.

 

Puis, je ne sais plus lequel d'entre nous a décidé de remonter un peu et d'aller voir plus loin.

 

On est tous parti vers le sud et on a décidé de s'arrêter définitivement dans de jolis jardins entre des maisons.

 

C'est là qu'il m'a trouvé, sur la terrasse de sa cuisine. Il était sorti pour mettre une bouteille de champagne au frais et c'est probablement ce qui nous a tous attirés !

 

Il m'a écouté longuement… Je lui ai raconté notre histoire, il m'a un peu parlé de son pays, de ses habitants, de Tintin et Milou puis il est rentré au chaud. Je l'ai vu s'asseoir face à une machine avec plein de petits boutons avec des lettres et un écran. Il m'a regardé une dernière fois à travers la vitre et a commencé à déplacer ses doigts. Pendant ce temps-là, je suis devenu comme une vulgaire goutte d'eau, moi le flocon de neige du Canada.

 

 

 

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Texte n°1 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Une nuit de janvier…

 

L’angélus résonne. Coline, silencieuse comme une matinée d’hiver…

L’église de village, de doux nuages sont là. Blancs. Roses.

Une vie de femme, d’épouse, de mère trace son ébauche au rythme du labeur, de la force et de la bonté. La vie s’écoule sereine et paisible dans l’odeur de la terre qui monte après la pluie. Coline éveillée près de l’enfant qui dort. La douceur du silence et le noir de la nuit. C’est l’histoire d’un amour pour les siens. C’est le chemin de forêt qui se perd dans la brume. C’est le ruisseau d’argent sur la buée d’un miroir. C’est un rêve d’hiver où les grands feux s’allument. C’est la source d’eau vive au fond de nos mémoires. C’est le vent qui se lève et les branches qui ondulent. C’est quelques grains de pollen au cœur d’un bouton d’or. C’est la chanson des roseaux dans la brume d’un matin. C’est un enfant qui sourit dans un livre d’images. C’est les oiseaux du ciel à portée de nos mains. L’odeur de la terre qui monte après la pluie. Coline éveillée près de l’enfant qui dort. La douceur du silence et le noir de la nuit. C’est l’histoire d’un amour pour les siens. Dans sa grande maison de pierres, immobile sur le pas de la porte, Coline scrute l’horizon.

Enhardie par l’hiver qui se veut clément, elle enfile son gilet par-dessus son tablier et entre dans l’enclos aux coquelicots.

C’est une fin de chemin, presqu’une fin de vie. Oh ! Elle a eu une vie riche bien remplie Coline. Elle sent qu’elle va bientôt s’interrompre. Alors, elle remue ses souvenirs. Les yeux grands ouverts. Ouverts sur un monde qui lui a tant apporté. Tant donné, tant repris aussi. Léo qui a su être au fil des ans, son fidèle compagnon de tous les instants, rythmant avec elle les saisons de la vie. Brusquement malade, si tôt disparu. Chagrin. Elle continue, la vie, en emportant dans son ombre, ses sœurs et frères tant aimés. Et Coline au milieu de ses fleurs, console ceux qui pleurent et fleurit ceux qui meurent. Trop de morts terribles l’entourent. Et la maladie la frappe à son tour. Elle est déjà hors du monde, hors du temps. Une courte promenade dans l’hiver naissant et elle part.

Un murmure dans le vent. Une nuit de janvier, Coline se glisse dans l’invisible. Nous croyons que la mort est une absence, elle est une présence secrète. Nous croyons que la mort crée une infinie distance. Elle la supprime, cette distance. Que de liens elle renoue. Que de barrières elle brise. Que de murs elle fait crouler. Que de brouillard elle dissipe. Aujourd’hui, la terre du village la recueille, reflet de sa douceur.

 

Durant l’hiver, toutes les fleurs de demain sont dans la semence d’aujourd’hui.

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Texte n°6 concours nouvelles fantastiques

Publié le par christine brunet /aloys

LE CHEVAL EN GRANIT

 

Quand j'entre avec Damien, mon neveu, dans la galerie 'Kaléidoscope', je suis accueillie par Gabriel qui y expose en compagnie d'autres jeunes artistes et par la propriétaire, Virginie Masson. Tous deux sont d'anciens condisciples du lycée.

 

Il fait chaud, le conditionnement d'air est en panne et Virginie a laissé la porte extérieure ouverte. Malgré la touffeur, Damien se met presque aussitôt à courir dans tous les sens comme s'il s'était trouvé dans un jardin ou un hall de sport. Puis, il papillonne, allant d'une sculpture à l'autre, d'une installation à l'autre, s'arrêtant devant les peintures abstraites ou les tableaux naïfs qui sont accrochés aux cimaises. Damien se comporte facilement comme s'il était en terrain conquis. C'est un des effets pervers de l'éducation laxiste que lui prodiguent ma sœur et mon beau-frère. Cet enfant, âgé de cinq ans, qui a été attendu près de dix ans, est véritablement un enfant-roi dont les parents excusent toutes les impolitesses et extravagances, et croient tous les mensonges.

 

D'abord, alors qu'il s'agrippe au cou d'une imposante oie en marbre, je regrette d'avoir accepté d'en assurer la garde. Toute tremblante, je bredouille à maintes reprises : "Fais attention, mon grand !"

 

Régulièrement, je jette un coup d'œil vers lui… Il ne touche qu'aux sculptures et cela me rassure à moitié. Aucun incident ne survient. Au bout d'un moment, je me détends enfin. J'en oublie presque la présence de mon neveu.

 

Je bavarde avec Gabriel et Virginie, lorsque le calme est troublé par un cri : "Il m'a mordu, il m'a mordu !" Damien est juste à côté d'un énorme chien en granit. Il tend l'index avant de se précipiter vers moi pour me le montrer. J'examine le doigt et ne remarque aucune rougeur, aucune griffure, aucune entaille. Rien. Je pose un baiser sur l'endroit désigné mais mon petit rituel reste sans effet ! "Tante Nanou, j'ai mal, j'ai mal… Le chien, il m'a mordu." Virginie à son tour s'intéresse à l'enfant, son verdict est clair : "Voyons, mon petit poussin, c'est de la pierre. C'est dur. Ce n'est pas doux comme un vrai chien. Viens avec moi, je vais te donner un bloc de feuilles et des marqueurs. Tu dessineras pendant que nous parlons." Virginie entraîne Damien qui continue à gémir : "J'ai mal… Le chien, il m'a mordu."

 

Damien reste assis quelques minutes au bureau de Virginie au fond de la grande pièce. Il dresse son index vers le plafond et je l'entends qui continue à pleurnicher. Gabriel, probablement agacé par ces sanglots qui n'ont rien à voir, me semble-t-il, avec un vrai chagrin ou une vraie douleur, décide lui aussi d'intervenir. L'air goguenard, il fait un clin d'œil et annonce : "Je vous quitte un instant, mes jolies. Mon père est médecin et ma mère infirmière, je dois avoir les compétences pour poser un diagnostic et s'il le faut guérir une blessure imaginaire. Je vais examiner ce fameux doigt !"

 

Je vois Gabriel se pencher sur l'enfant, je l'entends prononcer une formule dite magique, puis il revient vers nous, un large sourire aux lèvres. "Évidemment, il n'y a rien. C'est une lubie de gosse."

 

Damien s'est levé, il retourne avec colère près du chien. Il a les joues rouges, il crie. Il frappe la sculpture, il lui donne des coups de pied. Dérisoires réactions d'agacement d'un gamin gâté ! Que pourraient des petits pieds et des petites mains contre la pierre. Le voyant faire, je crie pourtant : "Damien arrête ! Calme-toi, tu risques de te blesser !" et Virginie, les joues en feu, va lui donner une gifle avant de le secouer, de le prendre par le bras et de le ramener de force au bureau. Au passage, elle inspecte sa sculpture. Rassurée, elle nous entraîne voir une installation composée de moulages de doigts en plâtre. Comme nous passons près du chien, je ne peux m'empêcher d'y jeter un coup d'œil. Stupéfaite, je remarque que quelques empreintes de pieds d'enfant sont nettement visibles sur le pelage de l'animal. Je hurle, un de ces hurlements pareils à ceux que provoque chez moi la présence d'une souris ou d'un rat. Et ce hurlement produit un effet immédiat sur Virginie qui examine de nouveau la sculpture et s'écrie aussitôt : "Oh ! Ce n'est pas possible ! Un tel chef d'œuvre de Morador. Un tel prix !" Elle caresse le granit : "Merde alors ! Tout à l'heure, je n'ai rien vu. Ce sale gosse n'a quand même une force de titan ? Et en plus, on sent bien les marques."

 

Je murmure : "Ce doit être une coïncidence. Il devait y avoir un défaut avant."

 

"Oui, c'est impossible qu'un gamin abîme du granit !" s'exclame Gabriel.

 

Je reprends : "Damien. Va t'asseoir au bureau et n'en bouge plus. On en reparlera avec tes parents, crois-moi ! Ils vont sûrement apprécier !"

 

Pendant ce temps, Virginie court chercher une petite brosse dans son arrière-boutique. Elle frotte énergiquement. Misérables poils de sanglier contre du granit ! Les marques restent ce qu'elles étaient. "Merde, merde, et merde. Il faudra bien que les parents me dédommagent !" hurle-t-elle.

 

Maintenant, Virginie, d'un pas rapide, regagne son cagibi en maugréant : "Je vais chercher une éponge !" Le fil de notre conversation est rompu. L'attention de Virginie n'arrive plus à se fixer sur autre chose que sur le désastre constaté. Gabriel n'a plus l'envie de détailler ses petites peintures naïves. Je n'ai plus l'esprit à l'écoute de mes amis. C'est alors que je pose le regard sur les flancs du chien. Plus aucune trace de pied n'y est visible ! Plus aucun stigmate de l'incident. Plus rien… Nickel !

 

"Regardez, les traces sont parties. C'est ce qu'on appelle la suggestibilité. C'est sûr, nous avons été victimes d'une illusion après avoir vu Damien qui frappait la sculpture. Encore un mystère de l'âme et du cerveau humain." Virginie s'approche avec son éponge à la main, rit à son tour : "J'ai une bonne assurance, un bon avocat mais j'aime mieux ça…"

 

Nous continuons notre conversation en parcourant la galerie. Damien reste installé au bureau. Virginie nous offre un café, elle dispose les tasses, les sachets de lait en poudre et de sucre sur le plateau. Damien en profite pour s'éloigner. En sirotant le breuvage, nous commentons l'incident, nous parlons de la fragilité de nos expériences sensorielles. Damien, quant à lui, sort une petite voiture de sa poche et la fait rouler sur le parquet en émettant des 'vroum, vroum, vroum' bien sonores et irritants.

 

"Damien, cesse de faire tout ce bruit, on ne s'entend plus, ici !"

 

Le gamin obéit et va s'asseoir plus loin, sur le pas de la porte. Il reste là, sans bouger, à observer le va-et-vient des voitures dans la rue et des piétons sur le trottoir.

 

Un quart d'heure plus tard, nous sentons un fort souffle de vent et entendons une sorte d'hennissement venant de l'entrée de la galerie. Immédiatement, j'appelle Damien mais il ne répond pas. Je regarde en direction de la sortie et m'aperçois qu'il n'est plus là où il se trouvait. Mon cœur bat très vite. Je crie : "Damien, Damien, cesse de te cacher… Damien ! Petit diable !" Virginie regarde elle aussi… Elle retrouve sa voix et hurle : "Mon Morador, mon Morador. Au voleur ! On a volé le cheval de Morador… Saloperie d'alarme qui n'a pas fonctionné. Quelle arnaque ces antivols !"

 

Je cours vers la rue. Il y a un attroupement sur le parking voisin. Tous les yeux des badauds sont tournés vers le ciel où un drôle d'animal chevauché par un gamin avance lentement pareil à un gros nuage.

 

Je crois entendre "hue, hue,…" tandis que la bête gagne peu à peu de l'altitude. C'est semblable à un rêve. À côté de moi, Virginie désigne l'azur de l'index et Gabriel profère un chapelet de jurons.

 

Tout ceci, c'est l'histoire de Damien, un enfant turbulent qui s'en est allé un après-midi de juillet et de la fugue d'un cheval en granit, œuvre magnifique d'un jeune sculpteur plein de promesse. Tout ceci marque la fin d'une amitié de vingt ans et le début d'une querelle familiale qui n'est pas prête de se terminer.

 

Tout ceci, c'est l'histoire d'un vol que la compagnie d'assurance refuse de dédommager et d'un système d'alarme sophistiqué qui n'a pas fonctionné.

 

Tout ceci, c'est l'histoire de Morador, un artiste qui mettait tellement de vie dans ses œuvres, qu'il ne pouvait en contrôler l'évolution et d'une enquête inaboutie menée par des hommes trop hermétiques à ce que la raison ne saisit pas.

 

Tout ceci, c'est surtout l'histoire de la disparition de mon neveu, un gosse gâté face auquel mon autorité était si ridicule… 

Publié dans concours

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