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Texte n°7 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Neige jamais su.

 

Racontez-moi vos neiges éternelles

Et vos sommets aux sourires diaphanes

Ces paquets de cristaux de froids et de gels

Déballés et soufflés

De plaines en montagnes

Moi l’anonyme qui ne respire ces blancheurs

Que par le papier glacé.

 

Racontez-moi ces harpons ces sueurs

Que des hommes habillés d’amitié

Elancent sur ces hauts voyages

Immortels héros honorables guetteurs

Des sommets de neige paysages

Animés d’un tout.

 

Et de là-haut vos visages

Aux sourires éternels

Se cristallisent.

Voyageurs de l’hiver vos escalades

Seraient-elles

Une vie en plus d’une vie

En plein cœur de l’hiver ?

 

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Texte n°6 concours "Si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

VOIR SANS ÊTRE VU ?

 

L'hiver était la saison préférée de Léa, quatre-vingts ans. Non pas qu'elle aimait la froidure, les sols verglacés et les journées courtes. Non, elle appréciait cette saison parce que les arbres dénudés lui permettaient d'observer à loisir ce qui se passait chez les Laud, ses jeunes voisins. Pour mieux observer, Léa avait acheté une paire de jumelles qu'elle utilisait sans réserve. Et comme Les Laud fermaient rarement les tentures de leur living et de leur cuisine…. Et comme ils aimaient les éclairages puissants…. Leur maison était située derrière celle de Léa. Ils avaient sacrifié une partie du jardin pour y construire ces deux pièces contiguës.

 

Noël approchait, il était dix-sept heures. Dans le coin salon, Rudy Laud tentait de placer le sapin dans un seau. Alix, son épouse, l'aidait comme elle pouvait en maintenant l'arbre, tandis que Jules, leur gamin, courait autour d'eux. Dans son élan, le gamin renversa une grande boîte contenant des accessoires de décoration. Rudy cessa de remplir le seau de sable pour donner une claque sur les fesses de son fils. Alix lâcha le sapin qui tomba sur le sol. Elle gesticulait tandis que son mari s'était mis à arpenter la pièce. L'enfant se réfugia dans les jupes de sa mère qui le serra contre elle et finit par lui donner un bisou.

 

En septembre, Léa avait entendu Rudy expliquer calmement à son fils que s'il écrasait une fleur, elle ne repousserait pas. Le film de cette claque inattendue, Léa se le repassa plusieurs fois.

 

Puis elle se souvint d'autres Noël, de boules cassées, de la nervosité de son époux qui n'arrivait pas à démêler les guirlandes électriques. Chez elle, ça se terminait par des fous rires avant que, par miracle, la guirlande trouve la place voulue et fonctionne !

 

Soudain, les lumières s'éteignirent chez les Laud. Pourtant, l'éclairage public fonctionnait. Léa tourna la tête. Dans son hall, la veilleuse était éclairée. Il ne s'agissait donc pas d'une panne générale. Elle attendit… Pourquoi diable Rudy n'allait-il pas réenclencher le fusible probablement sauté ? Léa attendit encore. De guerre lasse, elle déposa les jumelles sur l'appui de fenêtre et s'assoupit.

 

Un coup de klaxon la réveilla. Devant elle, le living des Laud était éclairé. Elle prit ses jumelles : Tout était rangé, le sapin décoré et Jules était attablé à côté de sa mère. Dehors, dans le forsythia, une guirlande lumineuse. Rudy, qui fumait une cigarette dehors, lui adressa un grand signe de la main. Elle se croyait invisible, elle ne l'était pas !

 

Plus que tout, Léa s'en voulait de ne pas savoir ce qui était arrivé. L'hiver, elle dormait plus qu'à la belle saison et elle n'était pas sûre de n'être pas, un jour ou l'autre, à nouveau victime d'un endormissement indésirable. Elle se mit alors à moins aimer l'hiver.

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Texte n°5 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Si l’hiver m’était quoi ? Conté ?

Faire de la luge, du ski. Des bonshommes de neige. Sentir ses bottes s’enfoncer dans la matière, se balader au milieu des sapins, ou glisser sur un lac gelé, pourquoi pas ? Tout cela doit être bien agréable, en vérité.

Si l’hiver m’était conté, je choisirais l’hiver 1985.

Noël 1985.

Le tout dernier où nous fûmes réunis. Grand-père et grand-mère étaient là. Et toute la famille. Du moins, les membres de la famille ayant l’esprit de famille. Chaque famille a ses gros cons, et ses Moi je. Ça va de pair, bien souvent. Mais ne dévions pas du sujet.

L’hiver, pour certaines personnes, incarne le froid, les journées trop courtes, et uniquement cela, et c’est bien triste. Si jamais je me montrais dogmatique, pardonnez-moi… Je trouve simplement triste d’associer l’hiver et la morsure du froid et… point à la ligne. Une rose n’a-t-elle pas d’épines ? Elle est belle, pourtant.

L’hiver, c’était la pureté. Il reste le fantasme d’une innocence retrouvée. C’était la chaleur, les baisers… Les accolades vraies.

J’écris tout cela à l’imparfait, et j’ai une soudaine envie de pleurer. Si je le faisais, pardonnez-moi… Vous ne me verrez pas, de toute façon.

Si l’hiver m’était conté ; remontons à bien, bien loin, ce serait sortir de l’école et faire exprès de ne pas avoir fermé mon blouson, juste pour le plaisir de laisser faire maman, et l’entendre s’écrier : « Tu vas attraper froid ! »

Ce serait retrouver mémé à la maison, et l’embrasser très fort. Pas pour le bon chocolat chaud servi au moment même de franchir la porte, et le savourer juste avant de préparer la rédaction du lendemain. Mais parce qu’elle se serait donnée cette peine, malgré ses problèmes de santé grandissant.

Si l’hiver m’était conté, ce serait rejoindre pépé dans son lit, le matin, et l’écouter raconter des histoires stupides, fantasques, mais que j’adorais, du moins avant que je prisse quelques années et devinsse un jeune con. Un jeune con avec lui, du moins…

Si l’hiver m’était conté, ce serait le vif souvenir du centre-ville, descendre y acheter les chocolats de Noël. Ce serait faire les magasins de jouets et retrouver ces yeux presque éteints depuis trop longtemps.

Parce que dans : « Si l’hiver m’était conté », il y a ce verbe à l’imparfait, qui nous rappelle que ce qui était n’est plus. Et l’hiver, autrefois si chaud, est aujourd’hui…

J’allais me dédire !

Nous sommes des adultes, alors il faut faire comme si ! Mais l’hiver demeure tiède. Irrémédiablement tiède…

Le voyez-vous, ce que je fais ? Je tombe, comme les feuilles d’automne.

Grand-père est parti un vingt-trois décembre, l’année d’après. Et si l’hiver m’était conté, ce serait ce Noël de 1985. L’hiver carillonnait. Il était là. Ils étaient là.

Depuis, l’hiver, le vrai, est en moi. Ça sonne comme un Moi je, je sais. Pardonnez-moi…

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Texte n°4 concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

LA CRÈCHE DE TANTE MARGUERITE

 

Coralie aime particulièrement le mois de décembre. Cela lui rappelle tant de bons souvenirs. Son anniversaire d'abord, la Saint-Nicolas ensuite et puis Noël.

 

Et le Nouvel An me direz-vous ? Eh bien non, Coralie ne l'aime pas. Les interminables visites chez des gens qu'elle ne connaît pas ou si peu, mais que Papa et Maman appelle Tante ou Oncle.

 

Ce premier janvier-là, pour la dernière visite de la journée, Coralie accompagne ses parents chez Tante Marguerite, une vieille femme fort acariâtre. Elle habite au premier étage d'une vieille maison située pas loin de chez eux, juste à côté de l'église. C'est toujours le même rituel, les galettes faites maison à peine sucrées et une tasse de mauvais café. Coralie se contentera d'une tasse de lait tiède… C'est toujours plus agréable que l'infâme breuvage que ses parents se forcent à boire !

 

Quelque chose inquiète quand même Coralie c'est le fait que la vieille femme, si pieuse, n'a même pas songé à mettre une crèche au pied du minuscule sapin artificiel qui décore son salon. Mais elle se garde bien de parler. Chez Tante Marguerite, les enfants ne parlent que si on les y autorise.

 

Pourtant, à son retour à la maison, elle questionne…

 

- Dis, Maman, pourquoi il n'y a pas de crèche chez Tante Marguerite ?

 

- Ah ma chérie, il ne faut jamais en parler devant elle. Elle a perdu son fils unique quand il avait deux mois. Tu sais, à l'époque, la rougeole, ça ne pardonnait pas !

 

L'explication lui a suffi. Quelques mois plus tard, début décembre, Coralie a demandé à aller rendre visite toute seule à Tante Marguerite. Ses parents ont bien sûr accepté, heureux de voir leur fille prendre cette initiative.

 

Coralie avait emporté avec elle un petit sac.

 

"Un cadeau que j'ai fait spécialement pour elle !" avait-elle dit…

 

Elle était revenue toute joyeuse, parlant peu de l'après-midi passé et ne disant rien d'autre que le plaisir de sa visite.

 

Les parents de Coralie étaient intrigués mais comme il n'y avait eu aucune mauvaise réaction de la tante, ils n'ont rien demandé.

 

Jusqu'au premier janvier suivant… Coralie était toute joyeuse à l'idée d'aller rendre visite et avait annoncé fièrement : "Vous allez avoir une surprise !"

 

Juste à côté du sapin, il y avait une jolie crèche en carton.

 

"C'est moi qui l'ai réalisée et je suis venue la porter à Tante Marguerite qui a bien voulu l'exposer. Regardez, il y a tous les personnages !"

 

Ce jour-là, les galettes avaient meilleur goût, le café était buvable et Tante Marguerite bien plus bavarde qu'à son habitude. Il a même semblé aux parents de Coralie, que les deux complices échangeaient de temps en temps un petit clin d'œil.

 

Quant à l'enfant dans la mangeoire, il souriait…

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Texte n°3 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

DONNER, C'EST DONNER

 

Jean était pauvre, tellement pauvre que la fente de sa tirelire était recouverte de toiles d'araignées poussiéreuses. Jadis, c'était un gars qui plaisait aux filles et aux fermiers du coin. Il était fort comme un chêne et avait la main à tout, disait-on au village. Il était capable de porter un porc de plus de cent kilos et même de soulever une charrette pendant que son propriétaire réparait une roue. Puis, il y avait eu l'accident. Il était tombé en réparant le toit d'une grange. Depuis lors, il boitait et se montrait nettement moins fringuant. Il continuait pourtant à faire des petits boulots à gauche et à droite ce qui lui permettait de survivre tant bien que mal. Parfois, il aidait un vieux ou un enfant sans rien en attendre en retour.

 

Noël approchait et dans la petite maison de Jean, le cellier était quasiment vide. Comment passer un réveillon digne de ce nom avec quelques carottes, des pommes de terre, deux ou trois oignons et des noix ? Alors Jean réfléchit à quels services il pourrait proposer pour remplir sa bourse et son garde-manger. Il réfléchit, réfléchit et eut l'idée de bricoler des montages floraux pour les vendre au marché.

 

Pour cela, il lui fallait des branchages de sapin, du houx, des bouts de ruban, de la ficelle. Il collecta tout cela chez des gens qui le connaissaient bien et l'embauchaient régulièrement pour de menus travaux. Puis, il se mit à l'ouvrage…

 

Le jour du marché, il transporta dans sa vieille brouette tous ses montages jusqu'à la place de l'église où il s'installa et attendit les acheteurs.

 

"Après tout, c'est mon sapin et mon houx, je ne te payerai donc point" dit le Firmin, un riche paysan des environs venu acheter un joli montage.

 

"Ce n'est pas ton sapin, c'est le mien. Regarde comme les aiguilles sont bleutées. Jean a travaillé. Tout travail mérite salaire. Paie-le !", répliqua Mariette qui assistait à la scène.

 

Pendant ce temps-là, Jean commençait d'un geste lent à défaire le montage choisi par Firmin pour lui rendre son houx et son sapin. Il faisait cela sous le regard d'un groupe de personnes qui avaient été attirées par la grosse voix de Firmin et celle si aiguë de Mariette.

 

Du groupe s'élevèrent d'autres "paie-le !" Puis le silence se fit. Firmin et Mariette avaient le visage empourpré. Jules, le maire, qui de loin avait assisté à la scène, s'approcha. Il prit une petite branche de houx et une autre de sapin, et les tendit à Firmin. "Voilà ce que tu demandais, je crois. Décore ta maison !"

 

Firmin s'en alla en maugréant. Chacun avait un avis à donner mais plus personne n'osa s'y risquer.

 

Tous les montages de Jean lui rapportèrent un peu d'argent avec lequel il put s'offrir quelques douceurs pour fêter Noël.

 

 

 

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Texte n°2 concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

IL NEIGE SUR LE PAYS…

 

Qu'est-ce qu'il lui a pris, ce fichu anticyclone des Açores? Mais qu'est-ce qu'il lui a pris ?

 

Cela faisait quelques semaines que j'étais né là haut, de la rencontre de vapeur d'eau et du vent et je m'y plaisais bien. Transporté au gré des courants aériens, je me prenais pour une minuscule montgolfière et je voguais.

 

J'avais ainsi traversé l'océan, quittant mon Canada natal, pour doucement me diriger vers l'est.

 

C'est en arrivant presque en Europe qu'il nous a surpris mes frères et moi, ce fichu anticyclone. Là, en quelques heures, il nous en a fait voir du pays ! C'est qu'à chaque passage de frontière, on parlait de nous. Et suivant les spécialistes, nous étions tour-à-tour, vague de froid, blizzard (vous avez dit blizzard ?), nuages d'altitudes ou encore courant du Labrador ! Vous savez où c'est, vous, le Labrador ? A part la rue où Tintin habite au numéro 26, personne ne sait ça, sauf les météorologues !

 

Bref on nous traitait de tous les noms, sans même nous connaître !

 

Dans ma famille, nous sommes pacifiques et nous ignorons les injures et les disputes. Nous avons donc continué notre ronde autour de la Belgique, petit pays qui, après avoir été pendant des siècles le champ de bataille de l'Europe, était devenu la cible de tous les mauvais temps qui passaient à proximité.

 

Certains d'entre nous sont tombés sur une région où on parlait français, comme au Canada, mais avec un accent… Là où d'autres sont arrivés, c'était une langue inconnue mais les enfants ont eu l'air de nous apprécier. Mais le plus gros de notre troupe s'est retrouvé au-dessus d'une jolie ville qui portait deux noms, Bruxelles et Brussel !

 

Drôle de ville où de superbes bâtiments anciens voisinent avec des taudis. Où on laisse des maisons tomber en ruine, juste à côté d'un gros truc avec neuf grosses boules et qui ressemble à un gros cristal. Là, on s'est amusé à virevolter tout autour en passant de plus en plus vite près des gens qui nous regardaient.

 

Puis, je ne sais plus lequel d'entre nous a décidé de remonter un peu et d'aller voir plus loin.

 

On est tous parti vers le sud et on a décidé de s'arrêter définitivement dans de jolis jardins entre des maisons.

 

C'est là qu'il m'a trouvé, sur la terrasse de sa cuisine. Il était sorti pour mettre une bouteille de champagne au frais et c'est probablement ce qui nous a tous attirés !

 

Il m'a écouté longuement… Je lui ai raconté notre histoire, il m'a un peu parlé de son pays, de ses habitants, de Tintin et Milou puis il est rentré au chaud. Je l'ai vu s'asseoir face à une machine avec plein de petits boutons avec des lettres et un écran. Il m'a regardé une dernière fois à travers la vitre et a commencé à déplacer ses doigts. Pendant ce temps-là, je suis devenu comme une vulgaire goutte d'eau, moi le flocon de neige du Canada.

 

 

 

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Texte n°1 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Une nuit de janvier…

 

L’angélus résonne. Coline, silencieuse comme une matinée d’hiver…

L’église de village, de doux nuages sont là. Blancs. Roses.

Une vie de femme, d’épouse, de mère trace son ébauche au rythme du labeur, de la force et de la bonté. La vie s’écoule sereine et paisible dans l’odeur de la terre qui monte après la pluie. Coline éveillée près de l’enfant qui dort. La douceur du silence et le noir de la nuit. C’est l’histoire d’un amour pour les siens. C’est le chemin de forêt qui se perd dans la brume. C’est le ruisseau d’argent sur la buée d’un miroir. C’est un rêve d’hiver où les grands feux s’allument. C’est la source d’eau vive au fond de nos mémoires. C’est le vent qui se lève et les branches qui ondulent. C’est quelques grains de pollen au cœur d’un bouton d’or. C’est la chanson des roseaux dans la brume d’un matin. C’est un enfant qui sourit dans un livre d’images. C’est les oiseaux du ciel à portée de nos mains. L’odeur de la terre qui monte après la pluie. Coline éveillée près de l’enfant qui dort. La douceur du silence et le noir de la nuit. C’est l’histoire d’un amour pour les siens. Dans sa grande maison de pierres, immobile sur le pas de la porte, Coline scrute l’horizon.

Enhardie par l’hiver qui se veut clément, elle enfile son gilet par-dessus son tablier et entre dans l’enclos aux coquelicots.

C’est une fin de chemin, presqu’une fin de vie. Oh ! Elle a eu une vie riche bien remplie Coline. Elle sent qu’elle va bientôt s’interrompre. Alors, elle remue ses souvenirs. Les yeux grands ouverts. Ouverts sur un monde qui lui a tant apporté. Tant donné, tant repris aussi. Léo qui a su être au fil des ans, son fidèle compagnon de tous les instants, rythmant avec elle les saisons de la vie. Brusquement malade, si tôt disparu. Chagrin. Elle continue, la vie, en emportant dans son ombre, ses sœurs et frères tant aimés. Et Coline au milieu de ses fleurs, console ceux qui pleurent et fleurit ceux qui meurent. Trop de morts terribles l’entourent. Et la maladie la frappe à son tour. Elle est déjà hors du monde, hors du temps. Une courte promenade dans l’hiver naissant et elle part.

Un murmure dans le vent. Une nuit de janvier, Coline se glisse dans l’invisible. Nous croyons que la mort est une absence, elle est une présence secrète. Nous croyons que la mort crée une infinie distance. Elle la supprime, cette distance. Que de liens elle renoue. Que de barrières elle brise. Que de murs elle fait crouler. Que de brouillard elle dissipe. Aujourd’hui, la terre du village la recueille, reflet de sa douceur.

 

Durant l’hiver, toutes les fleurs de demain sont dans la semence d’aujourd’hui.

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Texte n°6 concours nouvelles fantastiques

Publié le par christine brunet /aloys

LE CHEVAL EN GRANIT

 

Quand j'entre avec Damien, mon neveu, dans la galerie 'Kaléidoscope', je suis accueillie par Gabriel qui y expose en compagnie d'autres jeunes artistes et par la propriétaire, Virginie Masson. Tous deux sont d'anciens condisciples du lycée.

 

Il fait chaud, le conditionnement d'air est en panne et Virginie a laissé la porte extérieure ouverte. Malgré la touffeur, Damien se met presque aussitôt à courir dans tous les sens comme s'il s'était trouvé dans un jardin ou un hall de sport. Puis, il papillonne, allant d'une sculpture à l'autre, d'une installation à l'autre, s'arrêtant devant les peintures abstraites ou les tableaux naïfs qui sont accrochés aux cimaises. Damien se comporte facilement comme s'il était en terrain conquis. C'est un des effets pervers de l'éducation laxiste que lui prodiguent ma sœur et mon beau-frère. Cet enfant, âgé de cinq ans, qui a été attendu près de dix ans, est véritablement un enfant-roi dont les parents excusent toutes les impolitesses et extravagances, et croient tous les mensonges.

 

D'abord, alors qu'il s'agrippe au cou d'une imposante oie en marbre, je regrette d'avoir accepté d'en assurer la garde. Toute tremblante, je bredouille à maintes reprises : "Fais attention, mon grand !"

 

Régulièrement, je jette un coup d'œil vers lui… Il ne touche qu'aux sculptures et cela me rassure à moitié. Aucun incident ne survient. Au bout d'un moment, je me détends enfin. J'en oublie presque la présence de mon neveu.

 

Je bavarde avec Gabriel et Virginie, lorsque le calme est troublé par un cri : "Il m'a mordu, il m'a mordu !" Damien est juste à côté d'un énorme chien en granit. Il tend l'index avant de se précipiter vers moi pour me le montrer. J'examine le doigt et ne remarque aucune rougeur, aucune griffure, aucune entaille. Rien. Je pose un baiser sur l'endroit désigné mais mon petit rituel reste sans effet ! "Tante Nanou, j'ai mal, j'ai mal… Le chien, il m'a mordu." Virginie à son tour s'intéresse à l'enfant, son verdict est clair : "Voyons, mon petit poussin, c'est de la pierre. C'est dur. Ce n'est pas doux comme un vrai chien. Viens avec moi, je vais te donner un bloc de feuilles et des marqueurs. Tu dessineras pendant que nous parlons." Virginie entraîne Damien qui continue à gémir : "J'ai mal… Le chien, il m'a mordu."

 

Damien reste assis quelques minutes au bureau de Virginie au fond de la grande pièce. Il dresse son index vers le plafond et je l'entends qui continue à pleurnicher. Gabriel, probablement agacé par ces sanglots qui n'ont rien à voir, me semble-t-il, avec un vrai chagrin ou une vraie douleur, décide lui aussi d'intervenir. L'air goguenard, il fait un clin d'œil et annonce : "Je vous quitte un instant, mes jolies. Mon père est médecin et ma mère infirmière, je dois avoir les compétences pour poser un diagnostic et s'il le faut guérir une blessure imaginaire. Je vais examiner ce fameux doigt !"

 

Je vois Gabriel se pencher sur l'enfant, je l'entends prononcer une formule dite magique, puis il revient vers nous, un large sourire aux lèvres. "Évidemment, il n'y a rien. C'est une lubie de gosse."

 

Damien s'est levé, il retourne avec colère près du chien. Il a les joues rouges, il crie. Il frappe la sculpture, il lui donne des coups de pied. Dérisoires réactions d'agacement d'un gamin gâté ! Que pourraient des petits pieds et des petites mains contre la pierre. Le voyant faire, je crie pourtant : "Damien arrête ! Calme-toi, tu risques de te blesser !" et Virginie, les joues en feu, va lui donner une gifle avant de le secouer, de le prendre par le bras et de le ramener de force au bureau. Au passage, elle inspecte sa sculpture. Rassurée, elle nous entraîne voir une installation composée de moulages de doigts en plâtre. Comme nous passons près du chien, je ne peux m'empêcher d'y jeter un coup d'œil. Stupéfaite, je remarque que quelques empreintes de pieds d'enfant sont nettement visibles sur le pelage de l'animal. Je hurle, un de ces hurlements pareils à ceux que provoque chez moi la présence d'une souris ou d'un rat. Et ce hurlement produit un effet immédiat sur Virginie qui examine de nouveau la sculpture et s'écrie aussitôt : "Oh ! Ce n'est pas possible ! Un tel chef d'œuvre de Morador. Un tel prix !" Elle caresse le granit : "Merde alors ! Tout à l'heure, je n'ai rien vu. Ce sale gosse n'a quand même une force de titan ? Et en plus, on sent bien les marques."

 

Je murmure : "Ce doit être une coïncidence. Il devait y avoir un défaut avant."

 

"Oui, c'est impossible qu'un gamin abîme du granit !" s'exclame Gabriel.

 

Je reprends : "Damien. Va t'asseoir au bureau et n'en bouge plus. On en reparlera avec tes parents, crois-moi ! Ils vont sûrement apprécier !"

 

Pendant ce temps, Virginie court chercher une petite brosse dans son arrière-boutique. Elle frotte énergiquement. Misérables poils de sanglier contre du granit ! Les marques restent ce qu'elles étaient. "Merde, merde, et merde. Il faudra bien que les parents me dédommagent !" hurle-t-elle.

 

Maintenant, Virginie, d'un pas rapide, regagne son cagibi en maugréant : "Je vais chercher une éponge !" Le fil de notre conversation est rompu. L'attention de Virginie n'arrive plus à se fixer sur autre chose que sur le désastre constaté. Gabriel n'a plus l'envie de détailler ses petites peintures naïves. Je n'ai plus l'esprit à l'écoute de mes amis. C'est alors que je pose le regard sur les flancs du chien. Plus aucune trace de pied n'y est visible ! Plus aucun stigmate de l'incident. Plus rien… Nickel !

 

"Regardez, les traces sont parties. C'est ce qu'on appelle la suggestibilité. C'est sûr, nous avons été victimes d'une illusion après avoir vu Damien qui frappait la sculpture. Encore un mystère de l'âme et du cerveau humain." Virginie s'approche avec son éponge à la main, rit à son tour : "J'ai une bonne assurance, un bon avocat mais j'aime mieux ça…"

 

Nous continuons notre conversation en parcourant la galerie. Damien reste installé au bureau. Virginie nous offre un café, elle dispose les tasses, les sachets de lait en poudre et de sucre sur le plateau. Damien en profite pour s'éloigner. En sirotant le breuvage, nous commentons l'incident, nous parlons de la fragilité de nos expériences sensorielles. Damien, quant à lui, sort une petite voiture de sa poche et la fait rouler sur le parquet en émettant des 'vroum, vroum, vroum' bien sonores et irritants.

 

"Damien, cesse de faire tout ce bruit, on ne s'entend plus, ici !"

 

Le gamin obéit et va s'asseoir plus loin, sur le pas de la porte. Il reste là, sans bouger, à observer le va-et-vient des voitures dans la rue et des piétons sur le trottoir.

 

Un quart d'heure plus tard, nous sentons un fort souffle de vent et entendons une sorte d'hennissement venant de l'entrée de la galerie. Immédiatement, j'appelle Damien mais il ne répond pas. Je regarde en direction de la sortie et m'aperçois qu'il n'est plus là où il se trouvait. Mon cœur bat très vite. Je crie : "Damien, Damien, cesse de te cacher… Damien ! Petit diable !" Virginie regarde elle aussi… Elle retrouve sa voix et hurle : "Mon Morador, mon Morador. Au voleur ! On a volé le cheval de Morador… Saloperie d'alarme qui n'a pas fonctionné. Quelle arnaque ces antivols !"

 

Je cours vers la rue. Il y a un attroupement sur le parking voisin. Tous les yeux des badauds sont tournés vers le ciel où un drôle d'animal chevauché par un gamin avance lentement pareil à un gros nuage.

 

Je crois entendre "hue, hue,…" tandis que la bête gagne peu à peu de l'altitude. C'est semblable à un rêve. À côté de moi, Virginie désigne l'azur de l'index et Gabriel profère un chapelet de jurons.

 

Tout ceci, c'est l'histoire de Damien, un enfant turbulent qui s'en est allé un après-midi de juillet et de la fugue d'un cheval en granit, œuvre magnifique d'un jeune sculpteur plein de promesse. Tout ceci marque la fin d'une amitié de vingt ans et le début d'une querelle familiale qui n'est pas prête de se terminer.

 

Tout ceci, c'est l'histoire d'un vol que la compagnie d'assurance refuse de dédommager et d'un système d'alarme sophistiqué qui n'a pas fonctionné.

 

Tout ceci, c'est l'histoire de Morador, un artiste qui mettait tellement de vie dans ses œuvres, qu'il ne pouvait en contrôler l'évolution et d'une enquête inaboutie menée par des hommes trop hermétiques à ce que la raison ne saisit pas.

 

Tout ceci, c'est surtout l'histoire de la disparition de mon neveu, un gosse gâté face auquel mon autorité était si ridicule… 

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Texte n°5 concours SF

Publié le par christine brunet /aloys

LA PORTE DU JARDIN

 

En quelques mois, ma vie a été bouleversée. Tout d'abord, la marraine de mon mari Christophe lui a offert son joli manoir entouré d'un domaine arboré situé à l'entrée de la ville. Nous y avons emménagé assez rapidement car nous avions trouvé une personne intéressée par la location de notre appartement, idéalement situé au cœur de la cité. Nous étions à peine installés que Christophe a gagné au loto, un lot de rang un, une somme colossale !

 

Fini pour lui de trimer à la banque, fini pour moi de travailler à temps plein. Si j'ai souhaité garder un travail à mi-temps, c'est parce que ça me plaisait et que l'ambiance à l'école était vraiment chouette.

 

Christophe a fait réaliser quelques aménagements et restaurations dans le manoir et s'est découvert une mission de mécène. Il a fait appel à Lionel Bause, un jeune artiste plein de promesses, pour remplacer les portes du rez-de-chaussée et agrémenter le domaine de quelques sculptures.

 

Aujourd'hui, les portes de Lionel, en bois et bronze, ont remplacé les vieilles portes en bois peint. Aujourd'hui, Lionel vient de placer à la limite entre le jardin d'agrément et le petit bois, une magnifique sculpture en forme de porte posée sur un socle constitué d'une plaque en bronze de quatre centimètres d'épaisseur. L'œuvre s'appelle simplement 'l'ouverture sur le paradis'.

 

De la fenêtre de notre chambre à coucher, au premier étage, je peux admirer cette œuvre grandiose. Quand l'architecte de jardin aura, lui aussi, apporté sa patte, je suis certaine que tout cela sera merveilleux…

 

Aujourd'hui, je ne travaille pas et je rêve en regardant cette porte dont le nom évoque pour moi tant de choses. J'imagine une danseuse étoile évoluant là sous mes yeux, à cet endroit précis qui sépare le jardin à l'anglaise de la végétation sauvage. Si je faisais part de ma pensée à Christophe, il aurait probablement l'idée de faire appel à une école de danse pour jouer un spectacle dans le jardin. Comme je déteste tout ce qui risque peu ou prou de bouleverser ma vie, je ne lui en dirai donc rien.

 

Au bout de quelques mois, j'ai déjà la nostalgie du temps où nous occupions notre appartement que j'entretenais seule, où je bavardais avec des voisins quand je les rencontrais dans l'ascenseur, sur le marché ou en rue. C'était le temps des liens sociaux riches et variés, de la simplicité, de l'activité débordante, des commerces de proximité.

 

En fin d'après-midi, je vois Christophe, en tenue de jogging, qui contourne la porte sculptée et s'enfonce dans la végétation où, bientôt, il disparaît de ma vue. Une heure plus tard, il me vante la beauté de ce petit bois.

 

Le lendemain, en rentrant de l'école, je marche jusqu'à la porte. Je l'examine. J'analyse la finesse de chaque relief, des animaux sauvages et de la végétation tropicale luxuriante qui y sont représentés. Plutôt que de la contourner comme je l'ai vu faire par mon époux, son frère, mes neveux ou le jardinier, je me suis avancée droit devant elle pour l'admirer de très près. Je me penche, je trébuche contre le socle et pour éviter de tomber, je pose les mains à plat sur un panneau sculpté qui s'ouvre sur un monde de lianes, de lémuriens, d'arbres aux essences exotiques. Je me hasarde un peu vers les profondeurs de verdure. Je m'écorche légèrement les jambes et les bras. Je pousse de petits cris auxquels répondent les sonorités joyeuses émises par les bêtes. L'air embaume des parfums de fleurs, les animaux courent comme des enfants espiègles. C'est tellement inattendu que mon cœur s'emballe. Oui, j'ai peur, très peur, je tente de rebrousser chemin mais mes jambes et mes bras ne m'obéissent plus et lorsque je parviens à grand-peine à toucher le bronze, la porte ne réagit pas à la pression. Je reste tétanisée, incapable de faire quelques pas ni à gauche ni à droite.

 

Soudain, un des lémuriens me touche et me tire sur le côté. Une violente rafale de vent souffle et je me retrouve enfin dans mon jardin à l'anglaise qui est resté habité du calme que je lui connais !

 

Je cours vers la maison. Je suis en transpiration lorsque j'atteins le hall d'entrée. Je hurle : "Chris, il y a des singes dans le petit bois. Il faut les faire partir, tout de suite !" Il vient à moi d'un pas nonchalant : "Où ça chou ? Je m'y promène tous les jours, je n'ai jamais vu qu'un lapin ou un lièvre…"

 

Chris, sceptique comme à son habitude, zen comme il l'est depuis que nous avons quitté le centre ville et moi, paniquée. J'entends juste le bruit des battements de mon cœur, je me rappelle ce que j'ai vu quelques minutes plus tôt, je crois ma dernière heure arrivée et mon époux demeure indifférent !

 

Je bredouille : "C'est vrai, je le jure. Appelle les responsables d'un zoo ou d'un cirque, pour demander un conseil ou une aide. Ne reste pas là, fais quelque chose… En plus, il y a des arbustes piquants. Regarde ma peau est toute éraflée."

 

Alors d'un pas lent, en pantoufle et bermuda, Christophe s'avance vers 'l'ouverture sur le paradis' et la contourne. Je le suis des yeux. Après un temps qui me semble bien long, j'entends la voix de Chris : "Il n'y a qu'un merle. Un oiseau au bec jaune, c'est bien un merle, hein ? Il n'y a que des arbres normaux. Je vais retourner lire mon journal."

 

Moi qui l'ai suivi d'assez loin, je marche à un rythme lent et me suis encore dans le jardin d'agrément où je bougonne un bon moment. Lorsqu'il est à ma hauteur, je balbutie "Ce n'est vraiment pas possible !" Lui reste immobile, impassible face à moi… À cet instant-là où je le sens imperméable à mes paroles, ma colère prend le dessus.

 

Furieuse de n'être pas prise au sérieux, je lui prends la main, l'entraîne, pousse la fameuse porte comme je l'avais déjà fait par accident, elle s'ouvre à nouveau et je reçois un régime de bananes sur la tête. Chris qui a lâché ma main, promène un regard amusé autour de lui. Il me dit juste, un grand sourire au bord des lèvres, "Tu vois, chou, il n'y a rien. Rien que des hêtres, des petits oiseaux…" Moi, je ne vois que des lianes et de facétieux lémuriens. Je pourrais tendre la main pour les toucher si la peur ne m'empêchait pas d'agir. Je suis toute tremblante et je me sens fiévreuse.

 

"Tu as l'air bizarre. Viens te reposer, chou". Chris me prend par les épaules et me conduit vers la maison en prenant soin d'éviter la porte. Ma respiration est saccadée. Lorsque nous nous trouvons à quelques mètres de la terrasse, je suis plus ou moins apaisée. Il me lâche et se penche pour ramasser des pétales de fleurs fanées. Je suis décontenancée, c'est ainsi que mon pied heurte une bordure de parterre, que je tombe et que je plonge la tête la première dans le parterre de roses. Je pleure… Sous mon corps, la terre a une odeur de vomi. Entre mes larmes, je vois l'herbe à quelques pas de moi, livrer passage à un serpent. Je crie : "Un serpent !" Mais lui, l'homme, le protecteur, dit seulement : "C'était une couleuvre à collier, bien inoffensive !"

 

Je l'entends qui s'éloigne en essayant de contenir ses rires… Je l'entends se moquer, dire : "Toi, tu n'es pas faite pour vivre à la campagne !" mais les larmes qui brouillent ma vue m'empêchent de le voir.

 

De retour à la maison, nous nous asseyons l'un à côté de l'autre dans le canapé. Chris, redevenu sérieux, frotte mon pantalon et essuie mon visage sur lesquels il y a encore quelques traces de terre. Il m'enveloppe de ses bras, me couvre de petits baisers, me serre contre lui, murmure : "Tantôt, tu étais d'une telle pâleur ! Tu avais des yeux de malade. Franchement, durant quelques secondes, je me suis inquiété… T'es vraiment une fille de la ville…"

 

Nous buvons un café et puis les heures passant, la crainte du ridicule et la honte se mêlant, je demeure troublée sans oser en souffler mot.

 

Depuis l'incident, j'ai remarqué que les portes gravées par Lionel Bause étaient toutes différentes, que chacune annonçait les activités propres aux lieux où elles menaient. Ainsi sur celle de la cuisine n'y a-t-il pas quantité de fruits et de légumes, sur celle du salon, des livres et des instruments de musique ?

 

Sous le prétexte de faire connaître Lionel Bause par le grand public, j'ai supplié Chris d'offrir la porte du jardin à un musée. À contrecœur, par amour pour moi, il a accepté mais je continue d'éprouver de l'appréhension à me promener au fond de la propriété. À la vérité, je n'ai plus jamais dépassé les limites du parterre de rosiers.

 

Il y a peu, j'ai entendu Chris raconter l'incident lié à 'l'ouverture sur le paradis' à son frère. Ce jour-là, les gloussements idiots des deux hommes, m'ont convaincue que j'étais condamnée au silence.

 

Je regrette de plus en plus, mon appartement et sa belle terrasse où poussaient des géraniums, du basilic, des fraisiers et de l'estragon. Mais cela c'est une autre histoire. Il n'existe, je crois, aucun moyen de revenir en arrière…

Publié dans concours

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Texte n°4 SF/fantastique

Publié le par christine brunet /aloys

N°4

 

La cave

 

Premier jour

 

Pour la première fois depuis 35 ans, Martine Xavier put faire la grasse matinée. Car, pour la première fois depuis 35 ans, François ne l'avait pas réveillée par ses hurlements ! Martine s'étira et se frotta les yeux. Huit heures ! Elle avait donc dormi près de dix heures d'affilée ! Elle se leva et tira les tentures. Dehors, le soleil brillait et la journée promettait d'être belle...

 

Deuxième jour

 

Martine a commencé à nettoyer la chambre de François. Comme il ne reviendra plus, elle a décidé d'en faire une chambre d'amis. François ayant souvent été malade, elle n'avait pas d'autre choix que de la retapisser entièrement. Avec quelques plantes, la décoration serait parfaite...

 

Deuxième semaine

 

Martine s'est décidée à aérer la maison, même s'il gèle dehors. A force de rester à l'intérieur, elle n'a pas remarqué la légère odeur. Le boulanger, lui, l'a bien remarquée, par contre...

 

- Je me demande si vous n'avez pas un rat crevé dans votre grenier ou votre cave, Madame Xavier ! Il y a une drôle d'odeur ici !

 

- Ah ? Vous avez sans doute raison ! Ca fait un moment que je me demande d'où elle peut provenir, mais je n'ai rien trouvé...

 

Après avoir ouvert plusieurs fenêtres, Martine voulut en avoir le cœur net : elle grimpa jusqu'au grenier et commença à l'explorer. Le plancher était encombré de choses diverses : cartons de vieux livres, bibelots divers, meubles anciens dont elle ne se servait plus...

 

Une fouille minutieuse lui permit de découvrir l'origine de cette désagréable odeur : un hibou, mort sans doute depuis un bon moment et en état de décomposition...

 

Martine alla chercher un sac poubelle et y glissa le cadavre...

 

Deuxième mois

 

        - Je ne sais pas ce qui se passe chez Madame Xavier, mais il y a une de ces odeurs, je ne vous dis pas !  Au début, j’ai cru que cela provenait du champ derrière chez moi, mais j’ai dû me rendre à l’évidence : l’odeur provenait d’à côté…

 

        - Oui, c’est vrai que ça ne doit pas être agréable de vivre en permanence à côté d’une odeur pareille !

 

        - En même temps, je ne lui en veux pas : ça ne doit pas être évident pour elle de toujours s’occuper de François…

 

        - Oui… Pauvre Martine…


 

 

Troisième mois

 

        - Madame Laudry !  Quelle bonne surprise !  Que puis-je pour vous ?

 

        - Hé bien…  Ne le prenez pas mal, Madame Xavier, mais je crains qu’il y ait un animal mort chez vous.  Pour le moment, il ne fait pas encore trop chaud, mais d’ici un mois ou deux, ça deviendra tout bonnement intenable…

 

        - Ne vous inquiétez pas, je vais essayer de remédier au problème…

 

Cinquième mois

 

        - Madame Xavier ?  Lieutenant Vincent Moulin.  Nous sommes ici pour accompagner le service d’hygiène qui va procéder à une inspection de votre maison.  Des voisins se sont plaints de l’odeur et…

 

        Le policier n’eut pas le temps de terminer sa phrase : son collègue, pris de nausées et incapable de tenir plus longtemps à cause de l’odeur démentielle, courut vomir dans le caniveau…

 

        - Je crois qu’ils n’ont pas tout à fait tort… ajouta-t-il en souriant.

 

        Le lieutenant resta sur le bord de la porte – tant l’odeur était insoutenable – tandis que les ouvriers du service de l’hygiène pénétraient dans la maison, le visage recouvert d’un masque de protection…

 

        Quelques instants plus tard, l’un d’entre eux revint vers le policier, le visage écarlate.

 

        - Inspecteur, venez vite voir, c’est horrible !

 

Le lendemain, au commissariat

 

        L’inspecteur toussa et se tourna vers son interlocutrice :

 

        - Allez, Madame Xavier, expliquez-nous ce qui s’est passé…

 

        - Je ne pouvais plus le supporter, inspecteur.  Tous les jours, entendre ses hurlements.  Tous les jours être à sa disposition.  Je ne pouvais plus continuer comme cela, inspecteur !   J’ai essayé de le placer dans une institution, mais les places sont rares…  et j’ai fini par me décourager.  Cette nuit-là, il a encore lancé ses cris et… je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je l’ai frappé… frappé avec tout ce qui me tombait sous la main.  A la fin, son visage n’était plus qu’une plaie béante.  Je l’ai descendu, non sans mal, à la cave.  La suite, vous la connaissez…

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