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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 9

Publié le par christine brunet /aloys

DÉCEMBRE 2012

 

21 décembre 2012, 7 heures du matin. Une journée une peu spéciale en perspective. À quelques jours de Noël, même si le moral n'y est pas, il serait bon que je m'active. Je me lève. Je me prépare un petit café. Je me motive comme je peux en pensant à mes deux petits-fils. J'ai prévu d'aller acheter un sapin et de le placer dans le living. Ensuite, je préparerai mon fameux boudin de poissons et de crustacés.

 

Je m'apprête à boire une gorgée de café quand je remarque que le liquide tremble un peu à la surface de la tasse. Des friselis comparables à ceux produits quand les enfants courent sur le plancher du salon ou quand certains poids lourds passent dans la rue. D'un coup d'œil vers le living, je remarque que le lustre en cristal balance très légèrement. N'est-ce pas une illusion ? Oui, sans doute. Ainsi que l'ont prouvé mes réactions lors d'un spectacle d'hypnose, ne suis-je pas suggestible à souhait ?

 

Je termine mon petit déjeuner. Je fais ma toilette. J'allume la radio. Un flash d'info. "Une boule de feu dans le désert australien… Les Mayas auraient-ils eu raison ?" C'est alors que je me souviens des rumeurs qui ont circulé dès la rentrée de septembre. D'un coup, je suis en sueur, mon cœur s'affole, mes gestes deviennent maladroits.

 

Depuis des jours, j'ai décroché du réel. Je ne vis que pour et dans le passé. La tante de mon mari, Luciano, la bonne Zia Maria, s'est éteinte dans les Pouilles. Avec elle, c'est tout un pan de ma jeunesse qui s'effondre. Luciano est parti pour l'Italie. J'ai dû rester ici pour m'occuper de mes petits-fils mais je l'ai fait de manière assez mécanique. Mon cœur et mon esprit sont ailleurs, auprès de la famille de Tante Zia. C'est chez elle, alors qu'elle vivait encore dans la région, que Luciano et moi avions fait connaissance. Cette femme généreuse m'a appris tant de choses.

 

Je choisis un autre programme : "… conseillons de rester chez vous. Évitez tout déplacement…" Je n'écoute pas la suite. Je m'habille au plus vite, j'enfile sous-vêtements chauds, chaussettes, pantalon, sous-pull, pull, veste en laine, imperméable fourré, bottillons. J'attrape mon sac à main et mon ordinateur portable. Juste avant de rejoindre l'abri que Mamy avait fait construire dans les années soixante, j'essaye de téléphoner à mon mari, à ma fille et à mon frère. Vaines tentatives. À chaque appel, le même signal sonore.

 

Mamy n'était pas riche mais lorsqu'elle avait gagné au loto, elle avait fait bâtir cet abri antiatomique ! Nous avions tous ri de cette idée bizarre ! "Vous ne rirez plus quand une bombe tombera sur l'Europe", avait-elle dit. Son abri, c'est un refuge trois étoiles où elle aimait s'isoler pour lire ou pour broder. Mamy nous a quittés il y a quelques années, j'ai racheté sa maison et donc l'abri ! C'est là que, sans réfléchir davantage, je vais me réfugier.

 

À grand-peine, j'ouvre la lourde porte. Je ne contrôle plus mes mouvements et je semble avoir perdu mon bon sens. Je regrette de n'avoir pas été plus attentive lorsque Luciano m'avait expliqué le fonctionnement des divers appareils. Après un temps infini, j'arrive à faire fonctionner les lampes et le générateur électrique. Je m'affale sur la banquette. Le silence m'écrase. Mes larmes coulent comme du sang d'une plaie ouverte. Oh, je ne supporte pas la solitude. Je ne veux pas être seule quand tout s'arrêtera. Pourquoi ne suis-je pas allée chez les voisins ou chez ma fille qui habite à deux pas ?

 

Enfin, me revient une prière, des mots de mon enfance. Je me calme. Je vois l'écran. À lui seul, le système vidéo à coûté le prix d'une voiture de luxe. Il m'est précieux car il me relie à l'extérieur.

 

Que de problèmes pour enfin régler ce fichu engin ! Ouf, je vois le dehors. Des gens courent dans tous les sens. Le vent souffle en rafales. Il pleut des cordes. Une trottinette atterrit dans le jardin.

 

C'est au bout de quelques minutes que je me rends compte que le même spectacle revient en boucle. Les mêmes personnes vêtues des mêmes vêtements, se dirigeant vers le même endroit, à la même allure. Au mépris du danger, je regagne la maison et je branche la radio. Il me faut attendre les informations de 10 heures pour entendre : "Ne sortez que si c'est vraiment utile. Des rafales de 120 kilomètres à l'heure sont, en effet, prévues en fin de matinée. Le vent a déjà occasionné des dégâts en diverses régions."

 

Le 24, Luciano est de retour et seules les dernières bourrasques de la tempête perturbent la magie de Noël.

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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 8

Publié le par christine brunet /aloys

SAYONARA

 

Amiko l’aperçoit de loin, lui, le vieil illuminé hirsute à la longue barbe blanche qui, chaque jour, scande que la fin du monde est pour cette fin d’année 2012, qui est l’année du Dragon.

Slalomant entre les véhicules roulant au pas et les pousse-pousse traditionnels, elle traverse la route pour ne surtout pas croiser la sienne, car il lui fait terriblement peur.

C’est avec tristesse, après une nouvelle journée « sans » à faire des poches vides, que l’enfant regagne la bicoque délabrée qui lui sert d’abri, non loin de la plage de Tsutsumigaura. À douze ans et des poussières, on devrait penser à ses copines, à la Wii. Aux garçons, peut-être. Mais quand on se retrouve sans famille, à cause d’un incendie déclenché par des parents inconscients enchaînant les paquets de cigarettes comme les paquets de bonbons, et qu’on s’est enfuie de chez son oncle un peu trop affectueux, un peu trop « tactile », on n’a plus vraiment les aspirations d’une enfant. Ni les yeux. Il faut bien manger. Il faut bien survivre. Dieu ou pas, Bouddha lui pardonnera sûrement.

Les chaussures ensablées, Amiko pousse la porte cassée, s’allonge sur le vieux futon, puis pose la tête sur le Mushu en peluche ramassé dans une poubelle et qui lui sert, depuis, d’oreiller. Dans un cadre posé là, à côté, elle a mis le dessin d’un enfant qu’elle a fait elle-même. Elle fait comme si c’était la photo de son p’tit frère, Li, disparu dans les flammes. Tous deux avaient la passion de l’origami, et le culte, encore tout récent chez eux, du vieux bonhomme en rouge et de provenance occidentale. Mais Amiko, après la tragédie, délaissa l’imposteur. Qu’est-c’que ça veut dire, Noël, quand ses parents se moquent de tout ? Sinon sortir en pleine nuit, les laisser seuls, parce qu’il n’y a plus de clopes à la maison.

En réalité, Amiko n’a jamais vraiment été toute seule. Elle a un ami. Dont elle ne sait pas le nom, c’est vrai. Il ne lui a jamais dit. Elle s’est réveillée, une nuit, et il était là, juste là, assis paisiblement à l’autre bout du futon. « Qui es-tu ? » demanda l’enfant. « Un ninja ? » « Les ninjas ont-ils des ailes ? » répondit l’homme, amusé par la question. « Je suis un ange du Seigneur ». « Oooh ! » fit Amiko en ouvrant de grands yeux. « Mon frère Li et moi nous faisons souvent des anges en papier, tu sais ! » « Je sais. Et je suis venu voir cela de mes propres yeux ».

Amiko, Li et ce fils du ciel étaient devenus très proches. Et quand elle s’est retrouvée à la rue, son oncle n’ayant pas signalé sa disparition… il a pris soin d’elle. Comme un père.

Alors non, elle n’a jamais vraiment été toute seule, la petite Amiko.

Mais qu’est-c’que cela ? De l’eau qui s’infiltre sous la porte, dans la bicoque.

Amiko fronce les sourcils. On frappe. Elle va ouvrir, inquiète. Elle n’est tout de même pas responsable de la montée des eaux ! Mais tout va bien, ce n’est que lui, son ange.

– Tu apparais comme par magie, d’habitude, lui fait-elle remarquer.

Mais il entre sans répondre, affichant un air mi-effrayé mi-compatissant.

– J’ai la pire des nouvelles à t’annoncer, assène-t-il.

– À voir ta tête, on dirait que c’est la fin du monde, plaisante la jeune fille.

Mais l’inquiétude la gagne vite, car l’ange ne répond pas à son humour noir.

– Tu es grande. Je vais donc aller droit au but : des mégatsunamis sont prévus sur toute la planète d’ici… quelques minutes. Tout est terminé. C’est brutal, je sais… Mais voilà.

– Quoi !?! Tu es sérieux ? Mais Bouddha, Dieu, ou quel que soit son nom, que fait-il ?

– Papa ? Papa en a ras-les-baskets ! Vu la politique des hommes, leur folie meurtrière, leur façon de traiter leurs frères, il a décidé de tourner son regard ailleurs dans l’espace.

– Mais il y a des innocents, ici, c’est injuste ! Et toi, tu ne peux rien faire du tout ?

– Des dommages collatéraux… Il s’en fout. Quant à moi, je ne suis qu’un ange, Amiko. Du moins, je l’étais. J’ai renoncé à mes ailes pour vivre ces dernières minutes sur Terre avec toi. En tant qu’ami. Ou… en tant que père. Ta famille n’est plus là. Je ne pouvais pas te laisser toute seule quand la vague géante… (Il ne finit pas sa phrase.)

– J’aimerais me répandre en sanglots, cher ange, parce que la vie est vraiment…

– Merdique ? Elle l’est. Éclate en sanglots ! Tape des pieds, si ça t’aide. C’est ce que je ferais, si je n’étais pas adulte. Je ne comprends pas sa décision, mais c’est sa décision. Il ne veut plus accorder aux hommes de circonstances atténuantes. Il refuse de les sauver.

– Je vais juste pleurer, dans ce cas. Serre-moi fort quand la vague va nous pulvériser, s’il te plaît. Et… est-c’que je peux te dire : « Je t’aime » ?

– Oui, tu peux. Cela me plairait beaucoup.

– Je t’aime, mon merveilleux ange… rien qu’à moi toute seule. Mon ami, et mon papa.

– Je t’aime, chère petite. Je suis heureux d’être ici avec toi, à la fin de toutes choses.

Et l’immensité bleue se retira, de façon impressionnante. Et ces gens qui prenaient des photos, pour vite les partager sur leur mur ! À croire qu’ils n’avaient pas de vie, en dehors !

Une vague colossale se profila soudain. Elle grossit, grossit… Si belle. Si terrible.

– J’ai peur, murmura Amiko à son ange, blottie contre lui. Je voudrais vivre encore…

– Moi aussi, répondit-il, le visage mouillé de larmes. J’ai terriblement peur de mourir. Mais dis-toi que nous mourons tous les deux, parce que nous sommes une famille.

En une seconde, il ne resta plus rien. Ni vies humaines ni constructions. Plus d’Amiko ou d’ange si bon. Le monde prit fin sous cette vague, qui déferla comme le Dragon furibond.

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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" texte 7

Publié le par christine brunet /aloys

ET SI 2012 VOYAIT LA FIN DE L’HUMANITE ?

 

Je range mes crayons, ma latte et ma gomme d’un côté du buvard.  De l’autre, où il me faut beaucoup plus de place, je dispose mes belles éditions illustrées qui parlent de la fin du monde.  La dernière date annoncée est le 21 décembre 2012.  Tout de même…Je ne peux m’empêcher de penser égoïstement que si c’est vrai, c’est pour ma pomme.

 

Au Moyen âge, on aimait bien faire peur aux pauvres gens en leur racontant que Satan allait surgir de l’abîme avec ses sabots pointus, sa gueule de bouc et son abominable odeur. 

Vous allez me demander « pourquoi ça ? »

Je m’y attendais.   Il y avait deux castes de gens.  Ceux qui étaient riches et ceux qui étaient pauvres.  Les riches étaient bien dodus, dormaient au chaud, s’enveloppaient de bons manteaux de laine et avaient souvent des pierres précieuses brillant à leurs doigts.  Ils étaient fiers de leurs belles femmes qui elles, aimaient surtout le confort dont elles jouissaient.

Alors, ils faisaient planer d’horribles prédictions sur les pauvres, épuisés, à moitié gelés et trop analphabètes pour penser.  Ceux-ci ne voyageaient pas, connaissaient tout au plus la ville la plus proche et le clocher de leur église.  La beauté de leurs femmes se cachait derrière une couche de crasse et de haillons.

Qui allait travailler gratuitement et remplir les greniers de bon blé ? Qui allait élever les volailles et les bovins pour les ripailles ? Qui allait faire tout ce que l’élite regardait d’un air dégouté ?

Une bonne petite menace remet tout en place, comme par miracle.  Et en fait de miracle, grâce à la complicité de quelques ecclésiastiques, la menace se répétait à l’infini.

A notre époque, on se base plutôt sur la crédulité.  Un bon marketing et le tour est joué.

De manière récurrente, un VIP ou un « Poeple » expose sa vision dans un best seller.  Evidemment, si c’est le SDF du coin de la rue qui vous en parle, soit vous êtes poli et vous l’écoutez quelques minutes en abondant dans son sens pour en être débarrassé, soit vous haussez les épaules, le traitez de pauvre poivrot et continuez votre chemin.

Pourquoi donc l’homme a-t-il tellement besoin de se faire peur ?  Ou essayer de faire peur aux autres ?

Celui qui aime se faire peur est sans doute atteint d’une pathologie psychiatrique.  On le reconnaitra parce qu’il se ronge les ongles, a toujours les mains moites et regarde de biais.

Celui qui aime faire peur aux autres cumule un irrépressible complexe de supériorité.  LUI sait quoi.  « Pas toi ou toi, pauvres ignares, seulement moi ».  Surtout ne lui demandez pas d’explications, sauf si vous avez quelques heures à perdre ou que vous avez-vous-même un complexe à assouvir : celui de la persécution.

C’est vrai que certains peintres n’y allaient pas avec le dos de la cuiller pour étoffer leur vision de l’enfer.  Jérôme Bosch est un éminent exemple et je ne crois sincèrement pas que quiconque est arrivé à le surpasser.  Des copulations anti nature en tous genres, monstre coiffé d’un chaudron se délectant d’un tronc d’homme, lapin sonnant du cor, personnages en poses subjectives enfermés dans des bulles translucides…  On n’a rien inventé.

Dante imagine l’enfer par une succession de cercles appartenant à certaines catégories de personnages.  Van Gogh aimait obsessionnellement les cercles.  Les planètes sont rondes, et on est reparti…

Si vous interrogez un auteur qui s’est magistralement planté sur la date de péremption de la terre, il vos répondra avec aplomb « Si je me suis légèrement trompé dans mon ouvrage ?   C’est à cause de X qui a prédit des nullités sur lesquelles je me suis …un peu…basé. »  « C’est aussi à cause de XX qui se réfère à tant de prédictions ancestrales qu’il est impossible d’expliquer au simple quidam l’essence de la vérité …».

Bon nombre de braves gens sont persuadés que nous serons sauvés du terrible cataclysme juste à temps par des vénusiens ou de bons aliens au regard bienveillant et communiquant par télépathie.

N’a-t-on pas envoyé un tas de messages à leur intention dans l’espace ? Même du Beatles …

 D’autres, par contre, adeptes des Mangas voient d’horribles ersatz humains, body-builders tout gonflés, luisants et bronzés, manipulant des épées laser ou au plutonium pour anéantir la planète entière.  Il reste à espérer pour eux qu’ils auront garé leurs vaisseaux assez loin de l’onde de choc.

Tout compte fait, je n’ai ouvert aucun de mes beaux livres traitant de la fin du monde du 21e siècle.

Je les range dans ma bibliothèque.  Je range mes crayons, ma latte et ma gomme dans le tiroir de mon bureau.

J’attends le prochain ouvrage.   Le 21 décembre est encore loin.

Je m’installe dans un fauteuil devant la fenêtre.  Un rayon de soleil vient de percer les nuages créant un halo de lumière bienfaisant et reposant.

Les visions d’horreur s’évanouissent.

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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 6

Publié le par christine brunet /aloys

Et si 2012 voyait la fin de l’humanité ?


S’il est une peur collective qui a la vie dure, c’est bien celle-là : la fin du monde. Elle remonte à des temps immémoriaux, elle est tenace, malgré l’absence d’annonces de tout danger imminent pour notre vaisseau spatial, par le monde scientifique, en particulier la NASA et les astrophysiciens qui sont un peu nos vigies, et guettent les passages d’astéroïdes, planètes et de tout objet spatial à proximité de la Terre, en permanence. Peur collective et croyances vont de pair. Superstitions et croyances aussi. Des pseudo- prédictions de Nostradamus (auquel on a fait dire tout et n’importe quoi après interprétation de ses écrits, plutôt hermétiques et déformables à merci), à celles tirées du calendrier Maya, avançant la fameuse date du 21 décembre 2012 comme étant celle de la fin du monde, en passant par la destruction de la Terre par une énorme planète, ou encore un alignement de toutes les planètes qui déclencherait des cataclysmes en séries, également un passage de la Terre dans le plan galactique, engendrant  des répercussions gigantesques, voire une subite inversion des pôles ou du champ magnétique terrestre, ou une explosion de notre Etoile, le Soleil, la fonte des glaces aux pôles, sans parler des prédictions astrologiques fumeuses,  toutes les supputations sont possibles et la croyance populaire, alimentée par des charlatans et autres prédicateurs dont certains n’hésitent pas à citer des passages de la Bible comme pour mieux annoncer l’Apocalypse, vont bon train.


Peur collective de la fin du monde : n’y aurait-il pas là, en chacun de nous, plus ou moins fortement selon  les individus, enfouie dans l’inconscient collectif de chacun, une survivance de peurs ancestrales, liées à une forme d’obscurantisme et d’ignorance plus que séculaire? Cette peur collective ne rappelle-t-elle pas celle des Néandertaliens, quand, environ 400 000 ans avant notre Ere, ils allumaient les premiers foyers, et veillaient en permanence sur la continuité du feu, de peur qu’il ne s’éteigne et avec lui, la vie ?  De tous temps, l’homme n’a cessé d’imaginer une fin à tout. Une fin à l’Univers, des limites, comme une sorte de gigantesque bulle nous englobant, et qui pourrait même faire que nous y soyons seuls. Or la science moderne, confirmant au passage les théories d’Einstein, nous apprend que l’Univers est non seulement sans limites, donc sans fin (difficile il est vrai à concevoir), mais qu’il est également en perpétuelle expansion. Cette peur de la fin, est elle-même confortée par la brièveté de la vie, par son aspect éphémère : tout ou presque sur notre planète finit par mourir, par disparaître. L’homme, en dépit des progrès de la recherche médicale et des soins, de l’hygiène de vie aussi, vit certes de plus en plus longtemps, mais inéluctablement un jour, il meurt. Dame Nature n’est pas en reste non plus : si la plupart des végétaux, arbres, etc… parviennent à se régénérer et vivre plusieurs cycles, ils finissent un jour ou l’autre par mourir,… de vieillesse. Les espèces animales n’échappent pas non plus à la règle.  Mais la peur de la fin de toute forme de vie est exacerbée, lorsque des rapports scientifiques alarmants, signalent régulièrement l’extinction, chaque année, de plusieurs milliers d’espèces, végétales, animales, et le spectre des dinosaures, exterminés au Secondaire par l’onde de choc provoquée par la collision entre la Terre et  un énorme astéroïde alimente les craintes les plus folles.


Fin de vie inéluctable, pour la Nature, pour la vie animale, pour l’Homme : ce dernier a toujours vu une fin en tout, y compris dans son emploi, sa carrière, lorsque vient le temps de l’abandonner : comme le dit le dicton partir (du monde du travail, dans ce cas) c’est mourir un peu ! Peur irraisonnée, par conséquent (mais cette peur peut-elle être contrôlable ou maîtrisée ?), liée souvent à des peurs ancestrales inconscientes. Peur irrationnelle aussi, mais pour d’autres raisons. En effet, la fin du monde, donc de l’humanité, est fréquemment vue comme la résultante d’immenses phénomènes exogènes, galactiques ou inter-galactiques. Rarement ce thème n’aborde une fin de l’humanité, comme étant la conséquence de l’inconséquence de l’Homme, de ses négligences et de ses excès, par une conjonction de phénomènes endogènes (sauf exceptions : par exemple à l’époque des premiers essais atomiques, où d’aucuns y voyaient déjà les prémices du déclin et de la disparition de l’humanité). Or nous avons vu par le passé maintes fois que la peur exogène était injustifiée : les essais nucléaires (bombes H et A) ont certes causé des pertes humaines dramatiques, mais non la disparition de la race humaine ; de nombreux alignements de planètes se sont présentés depuis l’apparition de l’homme, sans aucune conséquence pour lui. Des astéroïdes ont déjà frôlé ou percuté notre planète, dans l’Arizona notamment, sans conséquences gravissimes. Même le dernier séisme de magnitude 7 au Japon, qui à significativement  déplacé des plaques tectoniques et a fait dévier de quelques degrés l’axe de rotation de la Terre, n’a entraîné aucune incidence connue sur l’espèce humaine, au contraire de l’explosion de plusieurs  réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima (mais dont nous avons vu, tout comme à Tchernobyl, que les dégâts, certes dramatiques pour les populations concernées, ont été circonscrits aux habitants les plus proches).


Par ailleurs, la NASA et ses réseaux de vigilance, ne signale avant plusieurs centaines de milliers d’années, voire davantage, aucune approche de planète ou d’astéroïde, de nature à menacer la Terre. Le passage à l’An 2000 selon certains, devait nous être fatal or il n’en a rien été. Selon des calculs prétendument Sumériens, une mystérieuse planète devait venir s’écraser sur Terre en 2003, or il n’en a rien été, et tous les astro-physiciens savent qu’une telle planète n’existe pas à l’heure actuelle dans notre système solaire (elle aurait déjà été repérée, sinon). Quant à de prétendues conséquences de collisions galactiques on intergalactiques, elles seraient à l’échelle de l’Univers, répercutées sur des centaines de milliers d’années, donc pratiquement imperceptibles. Peur irrationnelle enfin car, pour qu’il y ait disparition totale de l’humanité, que la cause en soit exogène ou endogène, il ne devrait pour cela rester aucun être humain en vie sur cette Terre. Or il est plus que probable que ce serait impossible. En effet, même si les mers, océans, fleuves et rivières  par exemple,  s’élevaient de plusieurs dizaines de mètres (ce qui est en soi déjà énorme, et la conséquence de phénomènes extrêmes), les populations se trouvant sur tous les reliefs, les hauts plateaux, la Terre étant parsemée de hauts sommets, seraient certainement épargnées. De même, survivraient sans doute toutes les peuplades qui ne se trouvent pas en zones sismiques, ou proches de grands bassins industriels, ou à proximité de centrales nucléaires, même si plusieurs séismes de forte magnitude secouaient notre planète en 2012 ou après d’ailleurs, ou si on assistait à une cascade de catastrophes nucléaires de type Tchernobyl.


En conclusion, il est plus que probable que 2012 ne connaisse pas plus la fin de l’humanité que celle de ces  élucubrations, et autres théories fumeuses et délirantes sur notre disparition collective, qui ont encore une longue vie devant elles.

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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

Un jour ordinaire de la fin du monde

 

Vendredi 21 décembre 2012, 7h45 du matin, le réveil n’a pas sonné. J’avais pourtant changé les piles la semaine dernière ! Quitte à être en retard, je vérifie toutes celles qui restent dans le blister avec le contrôleur de batteries : aucune ne fonctionne !

Entre midi et deux, quand les lumières du bureau auront été éteintes après le départ de mes collègues, et que je pourrais enfin consulter mes messages, je rédigerai rapidement une bafouille pour me plaindre !

Après m’être tordu le pied dans les escaliers, je monte dans ma voiture qui peine à démarrer. La batterie que le mécanicien m’a changée juste avant le début de l’hiver, doit être du made in pas fiable !

Encore un qui va m’entendre. Mon horoscope m’avait bien prévenu : rien ne va tourner dans le bon sens cette semaine - Ce qui m’a le plus surpris en le lisant d’un air détaché est la similitude des avertissements quels que soient les signes du zodiaque !

Le contrat n’est pas arrivé, je vais encore perdre la journée à lancer des bordées, à paraître de mauvaise humeur. Je vais de plus tacher ma cravate au resto d’entreprise : c’est toujours ainsi quand je prends de la purée au jus, seul aliment qui réussi à traverser mon gosier quand je suis énervé.

Ce matin, en apprenant que la tour de Shanghai a été décapitée par une météorite, j’ai cassé deux crayons, bousillé l’écouteur de mon smartphone qui m’annonçait la nouvelle et j’ai laissé mon chocolat-crème valser sur mes chaussures. Je devais justement les amener chez le cordonnier afin de les ressemeler pour la troisième fois. Bon, demain je mettrai des baskets !... mais est-ce que je me réveillerai demain – si mon réveil ne marche pas ?

Le contrat arrive, il est en serbo-croate ! Encore obligé d’appeler une traductrice du tribunal de commerce de Trabuc-les-oies pour le comprendre. Je n’aurais jamais fini pour 18h00 !

Qui sont ces stagiaires ? Personne ne m’a prévenu ! Ils sentent la soupe froide et parlent fort, ça me donne mal à la tête. Expliquer pour la millième fois les arrangements commerciaux internationaux des nations désunies me fiche la migraine et fini par me fatiguer les yeux – Je n’ai même pas emporté mon collyre !

L’alarme retentit, une alerte à la bombe au 12ème étage. Je saute dans le premier ascenseur ultra-rapide, plantant là mes élèves ennuyeux. Quand il ralenti, je sens que je vais me retrouver pour sûr au 12ème, mais lorsque la porte s’ouvre, il fait noir et ça sent plutôt le moisi !

Les caves de l’immeuble, c’est sûrement mon point de chute. Il n’y a personne, il fait froid, je n’ai pas pris ma veste ! Sont-ce des rats que je sens grouiller sur mes pieds ? Il y en a des centaines, ils quittent le navire – mauvaise augure ! J’aurais mieux fait de rester couché ce matin !

Quelle galère ! Comme tous les jours d’ailleurs, rien ne change et tout va de travers. La crise n’en finit plus de déglinguer ce qui reste encore debout. Que donnerais-je pour un petit voyage tranquille au Mexique, chez les Mayas qui savaient si bien vivre en symbiose avec la nature et ne se laissait pas embêter par tous des malotrus ! Un petit coup de hache, et hop une tête de plus qui roule !

La lumière vacille mais me permet enfin de me diriger vers une porte de sortie. Pourquoi y a-t-il des pots de peinture derrière ? Je vais finir mes chaussures en pataugeant dans ces flaques roses et caca d’oie qui suintent. Une autre porte là-bas, elle est ouverte !

Derrière il y a une grille et des cascades d’eau sale m’éclaboussent en frappant le sous-sol. Cette cataracte vient de si haut que j’ai l’impression que tout l’océan est en train de se déverser dans les froides fondations de la prestigieuse Fondation qui m’emploie !

J’entends au loin des hélicoptères, des sirènes, je vois des faisceaux de lumière qui semblent chercher quelqu’un – le monde entier sauf moi ! Quelle idée d’avoir fuis ainsi, je me retrouve coincé au 25ème sous-sol où personne évidemment ne viendra me chercher.

Il faut que je pense à décommander le restaurant où j’avais rendez-vous… oui, dans 20 minutes à présent mais je réalise que j’ai laissé mon téléphone si intelligent à sécher sur le radiateur. Allez, je crie !

Là en face de moi, au bout du couloir ruisselant, derrière les rats, il y a des gens ! Ils ne me voient ni ne m’entendent, ils s’enfuient eux !

Et toujours cette foutue grille ! Les hommes, les femmes, les enfants ont été emportés par la chute vertigineuse des eaux dont on n’entend plus que le fracas !

Sur un clou dans cette prison humide et inhospitalière, il y a pourtant une bâche dont je me devrais me couvrir pour ne pas mourir (sûrement) de froid !

Que puis-je faire à présent ? Quelle est donc cette journée (pourtant une fin de semaine… ça m’arrangeait bien) …Quel est donc ce jour d’avant Noël où tout-fout-le camp et, qui cependant me fait penser qu’enfin, je serais dispensé de passer des plombes sur Internet à choisir des cadeaux pour mes petits neveux ?

Pourtant, cette soirée au restaurant avec Yvette, ça m’aurait changé les idées ! Elle est chouette Yvette et elle a toujours de la chance, elle !

Mais je n’ai pas le temps de toutes façons, il faut que rédige au moins 3 lettres de réclamations, que je répare l’aspirateur et que je retrouve l’endroit où j’ai placé ces satanées baskets.

Tiens je vais être élégant demain en baskets au bureau ! Heureusement qu’elles sont noires, ça passera plus inaperçu.

J’ai un peu faim, il n’y a plus personne, aucune lumière qui tournoie au dessus du grand trou où s’abattent ces nouvelles chutes du Niagara. Je suis crevé, je vais m’installer dans cet espèce de hamac laissé par les ouvriers, me couvrir de la bâche et attendre.

J’ai trop peur de m’aventurer dans ces couloirs sombres pour chercher une issue.

Le sommeil me gagne, mon esprit s’apaise et ces tracas habituels laissent place à un silence reposant et agréable. Je vais m’endormir !

Demain, sera le samedi 22 décembre 2012, il fera jour et je pourrai découvrir un nouveau monde !

 

 

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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

Leçon de tricot, leçon de finance 

 

Chantal tricote, et le clic clic clic de ses aiguilles, un peu glissant, se noie dans ses vieilles mains adroites. Un pull pour sa petite fille, a-t-elle annoncé. Violette – que Chantal ne nomme qu’en chantonnant Viiii-o-lette-bi-cy-clette ce qui s’est hélàs étendu aux autres pensionnaires fréquentant la salle commune – Violette donc fronce les sourcils en tentant de deviner à quoi ressemblera cette étrange orgie de couleurs, matières et points. Chantal est allée en taxi – oui, en taxi !!! – à 25 kms de là chez Travaux d’aiguilles, douce nostalgie, et y a acheté des pelotes de ce qu’il y avait de plus cher, et en plusieurs teintes assorties : de la soie torsadée, de fines lanières de cuir enlacées avec du ruban, une laine rarissime au nom plus obscur que celui du plus reculé des villages du plus reculé des pays dans la plus reculée des chaînes montagneuses. On lui avait expliqué que c’était le nom du mouton dans la langue locale – laquelle encore ? – entre 11 et 13 mois exactement, moment précis durant lequel sa laine avait cette texture bien particulière et unique.  Elle avait acheté des boutons taillés dans des galets de la rive nord du lac Titicaca, là où une algue toxique leur donne une coloration inimitable.


Violette et les autres s’étaient échangées un regard tout d’abord ironique, et puis inquiet. Car Chantal n’était pas riche. Le home était de ceux « pour personnes indigentes ». Elles étaient toutes très adroites à extraire d’un euro tout le suc qui pouvait en sortir. On trempait deux fois son sachet de thé dans la théière, gardant la seconde pour les amies moins proches ou les profiteuses. On raccommodait les collants. Les cuillers tournaient longtemps et bruyamment dans les raviers de flan aux œufs. On se penchait au risque de piquer du nez pour ramasser une pièce de 20 centimes. Et voilà que Chantal jouait les dispendieuses, tout d’un coup !


C’est qu’elle changeait, c’était indéniable. La semaine d’avant elle avait été commander, chez Mignardises et gourmandises, un assortiment de petits fours par téléphone et se les était fait livrer comme une impératrice au home. Madame Groulard au secrétariat avait tout d’abord pensé qu’il s’agissait d’une mauvaise blague mais Chantal était arrivée en trottinant, son billet de 100 euros roulé dans la main tremblante, et lui avait demandé si elle pouvait organiser une petite réception d’anniversaire dans la salle commune. « Mais… votre anniversaire est le 28 décembre, Madame Loubet ! » à quoi elle avait ri avec espièglerie et décrété qu’elle avait plutôt l’intention de célébrer quelques non anniversaires d’ici là. Mince ! On n’était qu’en février… elle allait se ruiner à ce tarif-là.


Mais comment faites-vous pour l’argent, Chantal ? finit par demander Mademoiselle Simard, la vierge du logis comme on l’appelait en cachette car elle se vantait de n’avoir pas connu l’homme ce qui naturellement ne la faisait pas envier des autres. « J’emprunte à mon frère et à mon fils » répondit Chantal, avec le sourire sûr de lui de qui se sait un fin stratège. » « Mais enfin… ils savent quels sont vos revenus… ils savent que vous ne pourrez jamais rembourser ! » Mademoiselle Simard laissa percer un peu d’énervement devant cette accumulation de sottises, de l’emprunteuse aux prêteurs. « Je leur ai fait croire que j’allais recevoir un magot ! Un héritage d’un parent oublié en Amérique » expliqua Chantal, prenant un ton de conspiratrice tout en enfonçant la pointe de l’aiguille dans une maille, clic clic clic. « Quoi !!!! » et la voix aiguë de la vierge du logis fit trembler les vitres de sa saine indignation, « mais c’est impensable, Chantal ! Vous volez votre frère et votre fils ??? » « Mais non, voyons ! » se défendit Chantal, très contrariée parce que la surprise lui avait fait lâcher une maille « ils n’ont pas vraiment besoin de cet argent, aussi il ne leur manquera pas ». Elle se concentrait sur sa maille et son ton indiquait nettement que Mademoiselle Simard aurait mieux fait de connaître l’homme comme tout le monde plutôt que d’être tatillonne comme une dentellière. Mais la vierge du logis avait son point fort. Elle était raisonneuse et aimait aller au fond des choses, ce qui avait à la fois tenu les hommes loin de son lit mais aussi lui avait mérité que l’on ne discute jamais devant elle. Règle absolue que Chantal venait de négliger. « Mais c’est immoral, Chantal ! Immoral, ne le comprenez-vous pas ? Ils comptent sur cet argent que vous prétendez attendre d’Amérique et savez ne jamais arriver… » . L’émotion fait que son verbe s’accélère et que ses lèvres bougent frénétiquement, envoyant quelques postillons sur la tab le de formica et imposant à son dentier des soubresauts plutôt disgracieux qui n’échappent pas à Chantal.


« Gardez votre râtelier en place, Mademoiselle Simard ! » Elle les regarde par-dessus ses lunettes, et ne peut manquer leur expression choquée : les lèvres de ses compagnes sont retroussées et tremblantes, secouant quelques poils épars et dénudant des dents de tous les modèles. Des vraies, jaunes et déchaussées, des fausses à la régularité d’une fermeture éclair, et des absentes. Elle se met à rire et, posant son tricot sur les genoux, l’expression emplie d’une bonhommie bienveillante elle explique :

« Le 21 décembre 2012,  les enfants, c’est la fin du monde ! Alors, c’est le moment ou jamais de claquer tout ce qu’on a ! Ma nièce, elle n’aura que quelques mois pour se pavaner dans son pull de folle, mais elle sera contente. Et après-demain, je vous invite à un autre non-anniversaire ! »


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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

FIN DU MONDE

 

En rentrant du jardin avec une branche de thym, je passe dans le hall. Mon attention est attirée par des chuchotements. Au début, c'est juste un murmure, une parole retenue comme si quelqu'un se parlait à lui-même ou faisait des confidences au téléphone. Je saisis à peine un mot ou deux. Je m'approche de la porte du bureau. Je dresse l'oreille. J'entends : "J'ai peur. Je ne veux pas mourir."

 

Je frappe à la porte, je n'obtiens pas de réponse mais j'ouvre. Maxence est face à l'écran de l'ordinateur, je m'approche de lui. "Qu'est-ce qui se passe ?"

 

"Lis, Maman. Lis donc…" Je regarde la phrase qu'il me désigne du doigt : "la fin du monde est prévue pour le 21 décembre 2012".

 

"Tu te rends compte, juste avant Noël. Je ne veux pas mourir… Je n'ai que 13 ans. J'ai peur !"

 

Je hausse les épaules. "Ce sont des bobards. Quand tu étais bébé on prédisait aussi plein de choses pour le premier janvier 2000. Pourquoi donc es-tu allé sur ce forum ? Tu n'as rien de mieux comme occupation ?"

 

"J'ai lu dans le journal que les Mayas avaient fait des prédictions, alors, je cherche… Lis tout, tu comprendras. Il y aura un alignement de planètes, l'activité du soleil va augmenter… Einstein lui-même avait affirmé que ça pourrait occasionner de graves conséquences…"

 

Je hausse de nouveau les épaules : "Oh Maxence ! Laisse cela. Va plutôt m'acheter un pot de crème fraîche à l'épicerie du coin. J'en manque. Ça me sera utile et ça te changera les idées." Il me fixe sans paraître me comprendre. Il répète : "J'ai peur. Tu dis toujours qu'il faut avouer ce qu'on a sur le cœur."

 

Oui, je suis convaincue qu'il faut oser s'exprimer pour se soulager. Mais là, j'ai un coup de pompe, je suis lasse, fatiguée, je ne sais plus où donner de la tête. Mes heures sont comptées pour venir à bout de mes préparations culinaires et j'agis au plus pressé. En cette veille de réveillon de Noël 2011, j'ai passé toute la matinée et le début de l'après-midi à jouer les grands chefs. Je n'ai pas l'esprit à argumenter. Combien d'autres fois, n'ai-je pas pris le temps de discuter avec lui pour tenter de remettre ses idées en place ? J'en ai l'expérience : ça n'est pas facile de convaincre un ado hypersensible que les rumeurs, légendes urbaines ou superstitions qui circulent dans les médias ne méritent pas l'intérêt qu'il leur porte. Comment lui laver l'esprit de ces pensées noires ? Je me contente de lui caresser la tête, de poser un bisou sur sa joue et je retourne à la cuisine. Au bout d'un temps, je crie : "N'oublie pas la crème fraîche". Quelques minutes plus tard, il sort en claquant la porte. À son retour, il est en compagnie de son copain Fabien, un gamin qui a les deux pieds sur terre. Maxence a le sourire aux lèvres. En plus de la crème, il s'est offert des cuberdons à l'orange.

 

Quand j'en ai terminé avec mon pâté de poissons, mes crumbles aux légumes et mes verrines apéritives, il est près de seize heures. En guise de goûter, je vais porter des cakes aux olives aux garçons. Avant d'entrer, j'entends leur conversation.

 

"Ce qui doit arriver, arrivera. On ne peut rien empêcher. Se tracasser ne pourra rien changer."

 

"Tout de même, quand je lis ce qu'on raconte sur les blogs et les forums, j'ai peur de mourir !"

 

"On passera tous par là… T'as déjà rencontré mon grand-père ? C'est pas comme tes vieux ou les miens. C'est un rigolo. Eh bien, il dit qu'il y a trop à faire pour perdre son temps en blabla et en disputes."

 

"Ben oui mais j'ai peur…"

 

Qu'aurais-je dit de plus que Fabien ? Je frappe, j'entre : "Voici quelques cakes aux olives. Si vous voulez de la limonade, venez vous servir à la cuisine." Seul Fabien me remercie. Je lis une sorte de flamme dans le regard de Maxence. Un instant, je me demande s'il ne joue pas simplement à se faire peur. Il n'a plus l'âge de lire des histoires d'ogres, de sorcières, de méchantes reines mais c'est sûr, il adore les films d'horreur, de vampires, de morts-vivants. Il lui arrive de s'en délecter à longueur de dimanches pluvieux.

 

Le soir, dans le lit, blottie contre Rudy, mon mari, je lui parle des peurs de Maxence, du malaise que j'éprouve à l'avoir abandonné à ses craintes. "Tu as fait ce que tu croyais bon. Qui peut se vanter d'être parfait ? Tiens, tu aurais pu lui demander ce qu'il pensait être la fin du monde ? Une tempête ou un tremblement de terre ? Il se fait peut-être un film comparable à ce qui s'est passé en mars au Japon. Tu aurais pu aussi lui dire que si dans un an, c'est vraiment l'anéantissement de notre espèce, nous mourrons tous et que finalement, ce sera mieux que de pleurer son mari et son fils morts dans un accident d'auto comme le fait ta sœur depuis plus de dix ans. Tu t'imagines ! Mourir tous ensemble, ça simplifierait tout ! Pas de deuil, personne à consoler sans résultat. Tu vois ça t'aurais emmené loin…"

 

Le lendemain, toujours un peu culpabilisée de mon attitude vis-à-vis de Maxence, je me relie à Internet. Je lis : "Un astéroïde menace la terre pour 2036 !" Voilà qui rassurera sans doute Maxence. Il est près de dix heures et il profite des vacances scolaires pour s'offrir une grasse matinée. Je souris, convaincue que si je cherchais encore un peu, je trouverais une date de fin du monde encore plus éloignée !

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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

ROUGE CHLOROPHYLLE

 

N’es-tu point lasse, ma sœur ? Je le suis, moi.

Si je… Quoi ? Je ne prie pas, non. Ne sois pas stupide ! Non, tu vois, je suis simplement assise, là, en tailleur, sur un rocher, et ce depuis des heures, et des heures… Et des mois !

J’écoute le bruit de l’eau qui coule, en une majestueuse cascade, qui va nourrir le fleuve, bien plus bas. Et même si ce bruit est passablement tonitruant, il m’apaise… Il est pur. Si pur. Merveilleusement pur dans toute sa puissance.

Chut ! Écoute cela… C’est beau, n’est-ce pas ?

Chut ! Ça me rend… malade ! Il y a cette colère, sourde, là, en moi. Cette… haine !!! Prête à exploser, comme le Pinatubo ! Peut-être ont-ils raison, au final ? La terre a tout donné. Tout. Et de l’eau, et du bois, et le feu… (Pas le feu, exact). Des fruits, les animaux… Et tous ces cadeaux eussent dû suffire mais non ! Non, ma sœur. Ceux de leur espèce, les mâles ! Ces stupides singes arrogants ! Ils en ont voulu toujours plus ! Et des armes ! Et des chars ! La bombe H ! Ils ont… Ils ont piétiné les fleurs !

Mes jolies petites fleurs… Mes arbres… Mes forêts… Je ne pleure pas, non !!!

Mégalomanie, oppression… Toujours plus de pouvoir… Corruption. Ils ont piétiné la vie, leurs frères, pour toujours mieux piétiner la nature.

(?) Ils ont stigmatisé les différences, tout à fait. Le profit ! N’en parlons pas ! Tu as raison. Stupides singes… Ils ne respectent rien. Ni personne. Ma pauvre Amazonie !…

Ils ont éventré la Terre, ils ont pollué les mers, ils ont fait un trou énorme, dans le ciel.

Alors, ils ont peut-être raison. Je suis lasse de tout cela. Je ne me dresserai pas sur la route de nos frères, non. S’ils ont pris leur décision, qu’il en soit ainsi. Non, je resterai assise, là, en tailleur, sur ce rocher. Qu’ils engloutissent les hommes dans les entrailles de la Terre ! Qu’ils les brûlent, tous, sans exception ! Que la planète vomisse sa lave sur les gouvernements corrompus ! Qu’ils fassent monter les eaux ! Qu’ils libèrent… le Kraken ! Qu’ils laissent exploser la foudre ! Je m’en moque ! Peut-être, même, que je les aiderais. Ou prendrais les commandes… Car ce n’est pas très gentil de provoquer mère Nature !

 

Quelques mois plus tard, en Allemagne, Angela se réveilla d’un long coma dans sa chambre d’hôpital psychiatrique. Il lui fallut plusieurs dizaines de minutes avant de réaliser qu’elle était là, toute seule, abandonnée. Personne ne répondant à ses appels.

Elle se mit péniblement sur son séant, puis se leva, titubant, arrachant, au passage, ses perfs. Elle arpenta le long couloir vide, où le silence n’était rompu que par les ampoules qui

grésillaient. Elle trébucha sur un livre, sans doute oublié par un mioche. Il s’agissait d’un exemplaire du Petit Nicolas, qu’elle piétina hargneusement.

Dehors, un bien étrange spectacle s’offrit à ses yeux pas encore bien réhabitués à la lumière du Soleil : la nature avait presque entièrement repris ses droits. Le monde redevenait sauvage. Des squelettes de voitures et d’autocars pourrissaient, comme de vulgaires carcasses de gnous et d’éléphants dans la savane. Des réverbères, des kiosques, se dressaient encore, désormais insolites, comme les immeubles, envahis par les racines et les lianes.

Tout en explorant ce monde perdu, Angela remarqua des tracts collés un peu partout sur des panneaux d’affichage : « Paco Rabanne prédit la fin du monde pour le 26 décembre 2012 ». Étrange. Mais Angela continua sa marche, et se prit un journal en pleine face. Elle s’en saisit pour regarder les gros titres :

« Bilan 2012 : 4 avril : inquiétante montée des eaux ; Venise anéantie ! 6 mai : l’image choc d’une SDF, morte en serrant son enfant dans ses bras devant le Bundestag, fait le tour du monde. 12 septembre : réveil des volcans éteints ; la foudre tombe du ciel sur les résidences officielles présidentielles, les sièges de l’Otan, de l’ONU, et sur toutes les bases militaires. La fin du monde serait-elle à nos portes ? 12 décembre : déjà plusieurs milliards de morts ; les plantes ont envahi le monde et anéanti les hommes. Retour de manivelle ou… vengeance divine ? Ceci pourrait bien être notre ultime publication ».

 

25 décembre 2012, population mondiale : 1.

 

Angela chiffonna le journal et le jeta. Après quelques heures à, tour à tour, trembler de peur et se féliciter d’être la nouvelle Ève en ce nouvel éden, elle entendit un bruit strident semblant provenir du ciel. Elle s’immobilisa, se retourna, et leva des yeux hébétés de bovin. « Fais chier » murmura-t-elle. Et le fragment d’une quelconque station spatiale la pulvérisa…

 

26 décembre 2012, population mondiale : 0

 

– Non, mes frères, ne détruisez pas la Terre, exigea Déméter. Je vous ai aidés et vous l’avez eue, votre partie d’Apocalypse… Je veux, maintenant, mon paradis vert ! La Terre n’était pas responsable de l’arrogance destructrice des hommes ! Leurs armes… Leurs usines. Leur pétrole ! La politique ! Tant pis pour eux. Au tour des fleurs et des plantes de régner.

– Car ce n’était pas très gentil de provoquer mère Nature, répondit Zeus, amusé. Soit, ma sœur, si tu veux… Bien ! Qu’allons-nous faire, à présent, sans nos jouets ? Une idée ?

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" Et si 2012 voyait la fin de l'humanité"... Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Le jour où ça craquera
Je veux être dans tes bras 
*

 

 

« Quand, à force de n'y pas croire,
Notre monde explosera,
Quand se fera la nuit noire
Je veux être dans tes bras.
Au diable ces lois trop grandes
Qui de nous, disposeront,
Moi, simplement, je demande
Que ça ne soit pas trop long. »

 

Leur sommeil avait été agité, peuplé de rêves étranges que l’aube sale peinait à dissiper. Saisis d’une irrépressible angoisse métaphysique devant la vertigineuse solitude d’un monde vidé de son humanité, ils osaient à peine se regarder.

« Tout bien pesé, je crois que j’aurais préféré y passer tout de suite… » murmura-t-elle en se massant douloureusement l’estomac.

Il opina sans un mot, un bras passé autour des épaules de sa compagne dont le délabrement physique aurait nécessité les soins les plus urgents. Il se demanda combien de temps elle aurait pu espérer survivre. Et lui-même qui, rongé tout comme elle par l’incessant bombardement des particules de haute énergie, s’efforçait sans succès de faire semblant d’être à peu près en forme.

Survivre… Il faillit éclater de rire devant l’absurdité d’une telle idée. Ne vivaient-ils pas les derniers jours du monde ? Et, suivant en ceci leur propre choix, leur tout dernier jour ? Il vérifia la présence, dans sa poche, du précieux tube de pilules. Tout ça n’avait plus aucun sens…

 

Il se remémora des pans entiers de leur insouciante jeunesse. Le temps du bonheur, les jours heureux. Et la fin des jours heureux.

Après la chute du rideau de fer, on avait pourtant bien cru y avoir échappé. Et la dissémination sournoise des armes de destruction massive n’avait pas fait ressurgir l’inquiétude que l’on aurait dû légitimement éprouver. Jusqu’à ce que, de façon inattendue, le spectre de la guerre atomique refît son apparition.

Israël, las des tergiversations du gouvernement des Etats-Unis,  avait pris l’initiative d’une première frappe sur l’Iran. De façon indépendante mais bizarrement concomitante, l’Inde avait attaqué le Pakistan, dévastant Islamabad et pulvérisant les silos de missiles nucléaires.

Les pays arabes avaient réagi en décrétant un embargo total sur le pétrole destiné aux pays occidentaux, provoquant une attaque de grande envergure de l’armée américaine au Moyen-Orient. Russes et chinois avaient lancé un ultimatum resté sans effet.  La situation internationale s’était très vite dégradée.

Puis tout s’était déchaîné…

 

Une ultime folie destructrice s’était emparée des hommes. L’humanité ne venait-elle pas, au fond, d’accomplir son inéluctable destin ? Levant les yeux vers le ciel qui s’assombrissait, il la serra plus fort contre lui. Elle pleurait doucement, à petits hoquets réguliers.

Il essuya de l’index les larmes qui coulaient sur ses joues creuses. Son pauvre visage déformé par la souffrance. Il se pencha pour chantonner contre son oreille un refrain des années soixante. Un succès populaire qu’elle avait bien aimé.

Elle renifla, puis le regarda en souriant faiblement.

« Ce sera bientôt terminé… » chuchota-t-il tendrement. « Réjouissons-nous de tout ce que nous avons eu la chance de connaître. Toutes ces années de bonheur qu’aucun Docteur Folamour ne pourra jamais nous voler ! »

Il vida la moitié du tube dans la paume de sa main et lui tendit le reste. D’un geste machinal, elle en fit autant. Puis, comme s’il s’agissait de quelque chose de tout à fait banal, ils avalèrent le tout presque en même temps.

Sans qu’ils s’en rendissent compte, la résignation avait peu à peu succédé au désespoir. Ils allaient en finir ensemble.

 

« Aujourd'hui, tu dois me croire,
C'est pour toi que je vivais,
En attendant la nuit noire
Ne me quitte plus jamais.
Je ne veux plus penser même
Qu'il y avait un ciel bleu,
Je souhaite à tous ceux qui s'aiment
De mourir comme nous deux. »

 

 

* Chanson d’Anne Sylvestre

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Nouvelle mystère parue dans la revue... Mais qui l'a écrite ????

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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CONTE D’HIVER

 

 

Réveillez-vous Seigneur Hiver !


Votre ami Blizzard frappe à la porte de votre château.  Bise l’accompagne, pour vous ramener ici d’un baiser piquant sur vos lèvres gelées.


Venez, Sire, votre règne est arrivé !


La dernière feuille a été emportée par les vents de Dame Automne.


Le sol s’est refermé et est entré en méditation.


Réveillez-vous Seigneur Hiver !


Sortez de vos coffres les neiges immaculées, polissez les glaces, affûtez les vents, convoquez les tempêtes, vérifiez les éclairs, ne laissez rien aux mains de l’incontrôlable Hasard , ce troubadour faiseur de pétards mouillés et de vents qui tournent mal.


Que votre règne soit impitoyable !  Et que jamais ne parviennent à vos royales oreilles les mots offensants :  «  L’hiver est doux cette année ».

 

Prenez, Majesté, les clés que Blizzard a arrachées des mains de votre cousine, la reine Automnia.   Regardez-la s’enfuir épouvantée, dans son carrosse aux couleurs rutilantes…


Les bruits de couloirs glacés vous conteront, Sire, que votre cousine s’est laissée séduire par un bel été indien… écoutez les portes qui claquent vous raconter qu’il y eut plus de soleil que d’ondées, plus de chants d’oiseaux que de bises mouillées…


Ridicule !  dites-vous ?


Il semblerait pourtant, selon mes sources encore vives, que ce fut très apprécié par toutes les créatures vivantes…


Lors de vos inspections des forêts, chaque craquement de bois vous contera les charmants détails de cette idylle , vantera le charme de cet indien qui a embrasé les rousseurs de sa belle…


Non, non, ne me raccompagnez pas, Sire,  je sors ! 

 

 

point d'interrogation

 

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