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Le blog Aloys

Victor Lebuis nous propose un texte : "La Saint-Vincent"

12 Mars 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

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La Saint-Vincent

Extrait du recueil "Parfum du temps qui passe"

A paraître aux Editions Chloé des Lys

 

Une fois par semaine, l'après-midi de congé, Victor partait pour une tournée de Saint-Vincent. Il fallait pour cela avoir quitté les culottes courtes et posséder sans doute d'autres caractéristiques dont il n'avait pas été le juge. Deux par deux, les petits élèves de l'École Abbatiale parcouraient la campagne, pour rendre visite aux déshérités, et leur donner une part du bien-être qu'ils recevaient eux-mêmes quotidiennement. La tournée était fixe : il revoyait toujours ses pauvres à lui. La première fois il avait été reçu avec une méfiance certaine : que venaient faire ici ces jeunes en uniforme, ceux-là même qui sillonnaient régulièrement la région lors des promenades de groupe ? Riants, frondeurs, avec leur air sain de gens bien nourris, ils ne rencontraient pas, pensait Victor, de visages accueillants lorsqu'ils passaient dans les villages. Ceux qui entraient dans l'épicerie y achetaient du chewing-gum, des ficelles, des lards ou du chocolat blanc, et ressortaient sans autre parole.

Entre ces villageois à la vie dure et ces jeunes aisés n'existait apparemment qu'un seul rapport verbal qui ne s'exprimait pas lorsque ces deux mondes étaient en présence l'un de l'autre : dans les interpellations, les jeux ou les bagarres des élèves, parmi les moqueries, les plaisanteries amicales et les injures, les « valet, palefrenier, paysan, cul-terreux, bouseux… » se mêlaient au vocabulaire habituellement utilisé en ces circonstances.

Les villageois, qui regardaient le ciel et humaient l'air pour dire le temps du lendemain, sentaient les atmosphères et les gens, et le mépris. Voilà pourquoi le premier contact, lors de ces visites de charité, avait été si difficile.

Une fois qu'il avait été reconnu, Victor trouvait chaque semaine chez ses hôtes, exactement comme la décrit le Petit Robert, l'oasis, « lieu ou moment reposant, chose agréable (dans un milieu hostile, une situation pénible) ». Il passait entre eux le même désir de communiquer, le même souci de préservation et à propos du Meilleur des mondes et de ses habitants, le même sourire, mi-indulgent et mi-moqueur, tel qu'il existe entre gens de bonne compagnie.

 

Avant de repartir, Victor recevait toujours un verre pour la route, partagé avec ses hôtes ; ils buvaient au plaisir réciproque de se revoir.

 

 

Victor Lebuis

http://www.bandbsa.be/contes3/lebuistete.jpg

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Pâques 12/03/2014 17:28


Parfois le bonheur ne se trouve pas ou l'on croit, cela me fait penser à un film excellent- Les femmes du 6e étage - Le monsieur aisé prends beaucoup de plaisir à rejoindre les bonnes et partager
un moment de convivialité authentique ...

Carine-Laure Desguin 12/03/2014 15:52


Expliquent

Edmée De Xhavée 12/03/2014 15:27


Oui, j'aime son écriture et aussi ce qu'il décrit...

Carine-Laure Desguin 12/03/2014 07:28


Une pratique qui devrait être encore d'actualité. Cela clouerait le bec à tous les petits merdeux que je croise et qui se délectent dans leur pognon. Ceci dit, Victor Lebuis explique tout cela
dans une écriture toute légère, les mots sont choisis et exmplique en douceur deux mondes bien différents.