Christine Brunet vous présente un nouvel extrait de son dernier thriller "Gwen, adieu..."

Publié le par christine brunet /aloys

 

Ce soir-là, à 21 heures, boulevard Malesherbes (Paris).

 

 

Un couple de rentiers tourne en rond. Ils sont impatients. Le quinquagénaire glabre, chevelure poivre et sel méticuleusement gominée en deux sections identiques séparées par une raie parfaite, ensemble chic polo blanc sur Jeans Hugo Boss, consulte sa Rollex sans arrêt, avec fébrilité. Il étale son aisance matérielle pour impressionner. Son épouse, probablement plus âgée même si la peau de son visage, repulpée, n’affiche plus de rides, s’assure que tout est à sa place et tire sur sa robe Dior pour aplanir un pli rebelle et disgracieux : elle veut faire bonne impression. Elle observe d’un œil critique son brushing, la couleur auburn rafraîchie le matin même, et sourit à son image pour tester son charme.

 

Le cri aigrelet de l’interphone. Leurs invités sont en avance, mais ils n’ont rien à redire : ce qui va se passer ensuite va bouleverser leur vie à plus d’un titre. Ils ont hâte d’être enfin intronisés : faire partie de cette élite toute puissante, le rêve d’une vie qui va devenir, enfin, réalité.

Alexis Raynaud se précipite sur le bouton d’ouverture. Sa compagne vérifie une ultime fois son apparence dans le miroir de l’entrée : elle est pimpante, fardée juste ce qu'il faut pour atténuer la fatigue de la journée.

 

Ils entendent la porte de l’ascenseur. Leur cœur bat plus fort. Ils guettent le coup de sonnette rassurant.

Deux petites minutes intenses. Le maître des lieux retire les verrous et ouvre grand le battant blindé, rassuré : ils sont là, souriants, amicaux, mais bien différents de l’image qu’il s’en était faite. Ils pénètrent, avec naturel et sans-gêne, directement dans la vaste pièce à vivre luxueusement meublée. Madame a droit à des fleurs, lui à un Port Ellen 83 : son péché mignon. Exit la méfiance instinctive du premier regard.

 

Il les précède jusqu’au vaste divan, le sourire aux lèvres : toutes ces années de lobbying portent enfin leurs fruits. Il est heureux.

 

Il se retourne pour les inviter à prendre place et se fige dans la stupeur : son regard a accroché la silhouette de son épouse, au sol, immobile. Son corps frémit en encaissant un premier choc violent au creux de l’estomac. Impossible de réagir : son crâne semble exploser au second assaut. Il s’effondre.

Publié dans Textes, l'invité d'Aloys

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Christine 03/06/2019 15:29

Merci pour vos commentaires !!! et tous les partages !

Séverine Baaziz 02/06/2019 14:36

Super extrait ! On se laisse bercer par une ambiance douillette et, vlan, pan, on se retrouve les yeux écarquillés à tenter de comprendre ce qu'on n'a pas vu venir ! Bravo, Christine !

Christian Eychloma 02/06/2019 08:40

Là où il convient le plus de se méfier, mais alors vraiment se méfier, c'est quand l'ambiance décrite est très cool ! :))

Edmée De Xhavée 02/06/2019 08:27

Je suis aspirée, là! J'adore cette introduction soft et bon genre qui éclate sans mise en garde... Je pourrais bien céder va :)

Philippe D 02/06/2019 06:12

Je ne lis pas l'extrait car je vais bientôt lire le livre et je ne veux rien savoir. Je me demande quelles surprises je vais avoir...
Vite, vite...