Louis Delville nous propose une nouvelle "Une vengeance"...

Publié le par christine brunet /aloys

 

UNE VENGEANCE


 

Il est 12 heures 14. Je suis parfaitement à l'heure. À midi, à la radio, ils ont émis le message : "le ragondin s'est noyé ce main"…
 

C'est donc le grand jour pour moi. L'avenir du pays dépend de moi ! Tu parles ! Moi, le minable, celui qu'on ne remarque pas, je serai peut-être le héros demain. Nos enfants sont loin d'ici et ils seront fiers de nous.
 

J'ai ma casserole sur les genoux, je l'ai glissée dans un vieux sac de Marie, ma femme, celle qu'ils ont fusillée il y a trois mois. Moi, ils ne m'ont pas eu !
 

Ils vont le payer ce crime. Deux kilos d'explosif, de quoi faire sauter le quartier général de la Zecret Polizs.
 

Depuis l'invasion de notre pays, certains ont décidé de résister. Marie et moi avons de suite proposé nos services. Diable, résister cela nous connaît dans la famille. En 14 et en 40, nos grands-parents et nos parents nous ont montré la voie.
 

Le tram va me déposer juste face à l'immeuble, je vais entrer pour faire viser mon laisser-passer et là… Boum ! A l'heure du repas, cela va faire du dégât !
 

Merde, j'ai oublié mon bol de café sur la table ! Tant pis.


 

***


 

Lettre adressée à mes enfants ce matin même :


 

Chers enfants,
 

Si vous lisez cette lettre, c'est que vous savez…

Votre mère et moi, nous nous sommes engagés à lutter contre l'envahisseur. Ce fut un combat destructeur, immense, enthousiasmant mais inégal. Certes, nous l'avons payé de notre vie, mais nos ennemis sont désorganisés pour longtemps !
 

Marie a été arrêtée sur la dénonciation d'un vieux bonhomme un peu fou. Il l'a surprise en train de distribuer un tract et sans y faire trop attention, il a cité son nom devant un officier ennemi. Elle a été arrêtée et fusillée sur place. On raconte qu'elle a crié vos prénoms au moment ultime. Elle n'a pas souffert.
 

Quant à moi, ce jour-là, après avoir entendu le message à la radio, je suis parti en tram de la station "Mystère" jusqu'à l'immeuble de la police secrète. Je suis entré et j'ai déclenché la bombe que je transportais dissimulée dans un vieux sac.
 

Le reste appartient à l'histoire avec un grand "H" et vous aurez le temps de peaufiner les détails de notre histoire familiale pour que vos enfants et leurs descendants soient fiers de ce que nous avons fait.


 

Restez unis et aimants.


 

Maman et Papa



 

Louis Delville

Blog : http://louis.quenpensez-vous.blogspot.com/

 

Publié dans Textes, Nouvelle

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Louis 06/10/2018 12:46

Histoire vraie ou pas ? Souvent les dictatures font les héros.

Souvent les vrais héros sont des "petits", des "sans grade".

Ecrire cette histoire m'a paru important !

Jean Louis Gillessen 03/10/2018 13:42

Au début de l'histoire, on se demande si l'on se trouve au royaume des doux dingues, en cours de lecture on hésite, et en finale on est convaincu : bizarre paradoxe entre un moment de l'Histoire sombre et une narration légère. Osciller entre les deux est une prouesse dangereuse, tu me fais peur, Louis !

C.-L. Desguin 03/10/2018 08:16

Une pareille stratégie pourrait éveiller chez certains des envies de faire boumer un truc ou l'autre. Est-ce bien raisonnable de publier ce texte sur un blog reconnu mondialement? Je frissonne déjà.

Jean Louis Gillessen 03/10/2018 13:37

Rires, Carine-Laure! De surcroît, vrai que y en a, ... de nombreux trucs à faire boumer !