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Le blog Aloys

Deux extraits de "Les chemins oubliés " de Bertrand Maindiaux

29 Juin 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

Deux extraits de "Les chemins oubliés " de Bertrand Maindiaux

(...) De retour dans la chaleur de la ferme, François rassembla ses affaires, ses bagages et la trousse de secours, enfin ce qu’il en restait, et les plaça près de la porte, prêt à partir.

La maison était calme. Seul, dans la cheminée, le feu ravivé du matin craquait de temps à autre.

Sacha portant son enfant apparut dans l’encadrement de la porte séparant la pièce principale et celle qui était située à l’arrière. François lui sourit. Elle s’approcha de lui et, dans un regard rempli de fierté, lui tendit Mir. François prit l’enfant dans les bras. La petite Mir réveillée, silencieuse, semblait chercher François du regard. Surpris et ému, il embrassa la fillette et la rendit à sa mère. Sacha, dont les joues se mouillaient de larmes, bredouilla quelques mots, quelques phrases. Elle remerciait l’homme venu de loin, son sauveur, celui de sa fille aussi. Elle ne l’oublierait jamais. François n’en comprit que le sens. Il admirait Sacha. À ce moment, à ses yeux, du haut de ses 16 ans, elle incarnait le courage à l’état pur. Lui non plus ne l’oublierait jamais.

Quelques instants plus tard, le silence matinal du village fut rompu par l’arrivée d’un véhicule.

**********

Un second extrait...

François voulait et devait à tout prix garder son calme mais devant l’ampleur de la tâche, tout en lui n’était que questionnement… comment allaient-ils faire ? Il sentait son cœur battre dans sa poitrine.

  • Tu n’as pas l’air inquiet ? Comment y parviens-tu ?, lui demanda Lisa, apparemment prise de panique.

« Si tu savais... », pensa-t-il. Et il lui répondit d’un clin d’œil.

Ils étaient maintenant prêts pour l’intervention... mais que faire ? Qui étaient-ils pour oser pratiquer un tel acte médical ? Mais tenter quelque chose ne valait-il pas mieux que de ne rien faire ? Toutes ces questions, François se les posait en boucle depuis sa première vision de cette maison de l’apocalypse.

Lisa s’était d’initiative placée à hauteur de la tête de la jeune femme et commençait à lui parler, tentant de la rassurer. La jeune Sacha, les yeux révulsés, était secouée régulièrement de soubresauts au rythme des contractions.

S’étant placé en bout de table, délicatement, François souleva le drap qui couvrait le ventre et les jambes de Sacha. De son doigt ganté de latex, il indiqua à Lisa :

  • Regarde…, lui dit-il doucement, en forçant la voix pour qu’elle ne tremblote pas afin de ne pas effrayer l’assistance.
  • Oh !, fit Lisa portant la main à sa bouche, effrayée plus que surprise, que va-t-on faire ?

Un petit pied, légèrement bleuté par la poche qui l’emballait encore, un petit peton, dépassait de la vulve ouverte et sanguinolente de la jeune femme.

Nonobstant son manque d’expérience en la matière, il lui semblait peu probable qu’un accouchement ainsi engagé puisse se conclure normalement.

  • On va devoir faire une césarienne, Lisa, dit-il sans laisser la moindre chance à une hésitation.
  • Qui ? Nous ?..., demanda la Portugaise, estomaquée.
  • Qui d’autre ?, répondit-il en la fixant droit dans les yeux, Si on ne fait rien et vite, elle va mourir, ils vont mourir tous les deux… tu sauras vivre avec ça ?
  • … non, bien sûr, mais je ne sais pas si…, balbutia-t-elle.
  • Ne t’inquiète pas, ça va aller…, la rassura-t-il d’une voix qu’il voulut douce… mais au fond, c’était plutôt lui-même qu’il essayait de rassurer.

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M-Noëlle FARGIER 30/06/2015 14:22

Plein d'émotions dans ces extraits ! et très frustrant de ne pouvoir tourner les pages... BRAVO !

Jean-Louis Gillessen 30/06/2015 03:33

Superbe écriture romanesque, pleine de suspense dans l'action avec accent de réalité du moment vécu, le tout soutenu par de riches dialogues bien construits, et des sentiments directs justement décrits et exprimés : ambiance et décor bien plantés. Du vrai roman cinéma ! Bravo !

Bertrand Maindiaux 30/06/2015 08:42

Je reste sans voix à vous lire. Merci, sincèrement. Bertrand Maindiaux.