Terreurs nocturnes, une nouvelle d'Adam Gray - Partie 1

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

PHOTO pour 4me de COUVERTURE (ADAM GRAY)

 

 

Terreurs Nocturnes…

 

« La vraie peur, c’est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d’autrefois. »

 

(Guy de Maupassant)

 

Part I

 

Le décor : un « presque » nocturne de Van Gogh. « Presque » car la nuit, cette nuit, n’est point étoilée. Une Chevrolet Impala roule dans les ténèbres.

À son bord, nous retrouvons un jeune couple, disons… stressé. Elle, Élizabeth, a trente-deux ans. Belge du côté de sa mère. Lui, Luke : vingt-neuf. Franco-canadien.

 

L’homme retire la clé de l’autoradio USB, se demandant s’il ne va pas la balancer par la fenêtre ; il n’en PEUT PLUS ( !) du nouvel album de Lady Gaga, que sa femme lui avait demandé de pirater via Megaup#### et qui, depuis des heures, lui vrillait les oreilles.

– Fais-moi passer autre chose, s’te plaît, ordonna-t-il en tendant la main. J’en ai ras le bol de cette poufiasse peinturlurée !

Élizabeth fit la grimace mais ouvrit la boîte à gants et fouilla à l’intérieur. Un paquet de bonbons à la menthe entamé, une carte routière tachée de café, le dernier bouquin des frères Bogdanov dédicacé : « Pour vous, Luke, avec toute notre amitié et… que la force soit avec vous ! Igor et Grichka », un vieux paquet de cigarettes, un autre de capotes goût ananas, divers papiers et trois ou quatre clés USB multicolores. Luke se saisit de la clé de couleur noire et l’inséra dans la fente de l’autoradio. Ah ! Les années 1990…

 

« I don’t knowww ! I don’t knowww ! I don’t know anybody ELSE !!!!!! »

 

– Amour, tu ne t’es pas… un peu trompé de sortie, par hasard ? demanda la jeune femme à son époux au bout de trois minutes trente, entre deux vocalises de la chanteuse Martha Wash, du groupe italo dance Black Box.

– Tu crois ? sembla-t-il s’excuser, fronçant les sourcils.

– Nous aurions dû arriver depuis trois bonnes heures, il me semble. Bien avant la nuit.

– Je sais, je sais… marmotta-t-il.

Et il s’emporta brusquement, donnant un grand coup sur le volant avec la paume de sa main droite : « Putain ! C’est cette saloperie de GPS de mes couilles qui marche pas ! Made in China, je te parie ! Et pourquoi on y voit que dalle, hein ? Y connaissent pas les réverbères, dans ce pays ? »

Élizabeth soupira, le priant de se calmer.

– La prochaine fois, on ira à Tournai, chez ta mère, ajouta-t-il, un demi-sourire aux lèvres.

Élizabeth, bien malgré elle, se mit à glousser, se souvenant comment s’était terminée la dernière réunion familiale autour du lapin du Lundi parjuré, juste après une Épiphanie beaucoup trop arrosée à la Saint-Martin. La belle-mère avait traité son gendre de « branleur », quant à ce dernier, il lui avait trouvé un sobriquet… fort charmant : grosse vache.

 

– Ça me fout l’angoisse, cette nuit noire, avoua Luke redevenu sérieux.

– Idem, dit-elle.

 

Luke et son épouse s’étaient passés la bague au doigt il y a quelques semaines à peine et avaient loué le Château de la Baume pour un week-end romantique dans la Lozère. Un avant-goût d’une lune de miel programmée, quant à elle, quelques semaines plus tard. Mais à Venise.

Ce château de style Louis XVI et d’inspiration italienne se louait, certes, « …mais pour des mariages ou, accessoirement, des films. Pas pour des week-ends en amoureux » avait pensé Luke. « Bizarre… »

Bizarre, oui. Mais ça faisait tellement plaisir à sa femme…

 

– Je suis fatiguée, amour, se plaint cette dernière en lui posant une main mollassonne sur la cuisse.

– On y sera bientôt, t’inquiète, voulut-il la rassurer.

Mais Élizabeth constata la dissonance dans sa voix.

– À huit cent mètres, tournez à droite, annonça très froidement le GPS.

Luke soupira.

Le véhicule emprunta alors un large chemin de terre bordé d’arbres… qui se rétrécit au fur et à mesure… pour s’achever sur une vaste clairière…

Il coupa le contact.

 

– Je ne veux pas être mauvaise langue mais… même si on n’y voit pas grand-chose, ça n’a pas l’air d’être le château qu’on a vu sur Internet, fit remarquer Élizabeth.

– Putain ! Putain ! Et putain ! s’énerva Luke de nouveau, les deux mains crispées sur le volant et les veines temporales gonflées. GPS de mes deux ! Qu’est-ce que c’est, ÇA ? Ma cabane au Canada !?! Putain ! Fais chier !

 

Il tourna la clé dans le contact pour repartir mais sa femme le supplia de ne pas redémarrer.

– Luke, je suis épuisée. On a qu’à aller frapper à la porte de cette maison et demander l’hospitalité aux personnes qui y vivent. Ils sont de la région ; on leur demandera mieux la route qui conduit au Château de la Baume et on ira demain, après une bonne nuit de sommeil.

– T’es cinglée ? dit-il tout bas. T’as jamais vu Massacre à la Tronçonneuse ? La Dernière Maison sur la Gauche ?

– Luke… Il n’y aura ni dégénérés consanguins ni cannibales, je t’assure… AR-RÊ-TE avec tes Freddy Krueger ! Tes Michael Myers ! J’en ai marre de tes conneries ! T’as vingt-neuf ans, merde !

– O.K. T’es excédée. Moi aussi mais…

 

La vieille porte en bois de la cabane sinistre s’ouvrit lentement… sans le moindre grincement… seule… ne laissant à Luke l’occasion de finir sa phrase.

Le couple resta pétrifié, comme si le regard de Méduse venait de les condamner à une éternité de souffrances dans la pierre…

– C’est quoi c’tte blague ? murmura Luke. Tu vois ? TU VOIS !?! Ah !… Ça n’existe PAS les esprits frappeurs, HEIN ?… Ça non, Madame !

– O.K. Démarre, amour… On se casse d’ici TOUT-DE-GO !

Mais la voiture refusa de démarrer. Catégoriquement.

– Argh !!! Espèce de… connasse ! Euh… pas toi, chérie… la voiture.

– J’avais compris, merci. Bon… On fait quoi, maintenant ?

– J’sais pas. J’sais pas du tout, Beth.

 

Les portières de la Chevrolet s’ouvrirent… tout doucement… furent arrachées… brutalement… dérobant un hurlement de terreur, auquel répondit un Grand-duc… aux jeunes mariés.

Expédiées dans les airs par Dieu sait quoi, elles disparurent dans les ténèbres.

Les yeux écarquillés, le visage livide, Beth et Luke attendirent le bruit de la tôle s’écrasant sur le sol.

Le bruit ne vint pas.

Élizabeth, au bord des larmes, s’accrocha à sa ceinture de sécurité, essayant de s’enfoncer autant que possible dans son siège, comme si ce geste désespérément inutile, stupide, allait la protéger.

Luke, persistant à tourner la clé dans le contact avec la frénésie d’un banc de piranhas sur un capucin tombé à l’eau, finit par la casser. Il se contint…

 

Une minute.

Deux…

Cinq…

Dix…

Une demi-heure.

 

– Beth ?

– Hum ?

– J’suis pas sûr qu’on soit en sécurité, là-dedans, tu crois pas ?

– Je sais, oui. Mais je suis incapable de bouger. Je suis sûre que si on pose un pied dehors, un de tes monstres à la con va nous attraper et nous entraîner sous la voiture.

– Pas de Freddy Krueger… Pas de Michael Myers, tu te souviens, Beth ? Doit y avoir une torche qui a roulé sous ton siège, si je ne m’abuse. Prends-la et sortons.

Élizabeth se plaignit mais s’exécuta, fébrile. Luke sortit de la voiture le premier. Il alla chercher sa femme, n’oubliant pas la galanterie malgré la situation.

– Allez, Beth.

 

Dehors, la jeune femme balaya l’obscurité avec la torche. Il lui semblait voir des ombres mouvantes en tous lieux ! Les feuilles bruissaient…

Le hurlement d’un loup, soudain, déchira la nuit. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire : « Ouf ! », Élizabeth se précipita à l’intérieur de la cabane, laissant Luke tout seul comme un…

Pardon ? Vous dites ?… Comme un con ?

Comme un con, oui. C’est bien ça.

Luke rejoignit sa femme avec hâte et ferma la porte derrière lui. Elle, s’était réfugiée dans un angle de la pièce, unique. En tout et pour tout, il y avait une fenêtre, une table, deux chaises apparemment bancales, un lit et un coin cuisine ridiculement petit. Une cheminée, également… Rien d’autre.

L’endroit était désert. Pas âme qui vive.

Un peu poussiéreux. Un peu constellé de toiles d’araignées. Mais rien de réellement… sordide, en fait. Il y avait sûrement une douche et des W.-C. à l’extérieur. À l’ancienne.

Pas de bocaux avec des organes humains dans du formol. Pas de tête d’animaux accrochées aux murs. Pas de nuage de mouches ou amas de vers gluants sur un reste de cadavre en putréfaction dans un coin…

Excepté la poussière et les toiles d’araignées, c’aurait pu être, même, entre guillemets, « agréable ». C’était sombre, ça oui – d’un autre côté, il faisait nuit noire… Et la lumière de la lune n’éclairait pas comme celle du Soleil.

Un reste de feu, ceci dit, dansait dans la cheminée ; ils n’y prêtèrent pas cas.

Pas tout de suite.

 

Une heure passa.

Une demi-heure de plus…

Ils avaient retrouvé un semblant de calme.

– Ça va ? demanda Luke à sa femme.

– Je… Je crois, hésita-t-elle. T’as vu ? Il y a du feu dans la cheminée… Il y avait quelqu’un il n’y a pas très longtemps. Les propriétaires, tu crois ?

– Les propriétaires ?… Non !… Les dégénérés qui ont BOUFFÉS les propriétaires !

– Mais pourquoi tu dis des choses comme ça !?! paniqua-t-elle.

– Ma foi ! T’as l’impression d’être à Eurodisney, toi ? On aurait vraiment dû y aller, chez ta mère ! Putain…

 

Une heure passa encore.

 

– Je vais finir par m’endormir, geignit Élizabeth. Je ne veux pas dormir, Luke…

– Un, deux… Freddy te coupera en deux… récita-t-il.

– Mais arrête, merde ! T’es trop con, à la fin !

– Oh ! Ça va… Dors un peu, va ! Y a un lit, là-bas, dans le coin. Je vais rester éveillé, t’inquiète.

– O.K. fit-elle en allant s’allonger sur le matelas. Ça doit être plein d’acariens mais tant pis…

– Je t’aime, murmura Luke avant de tirer une chaise et la placer tout près de la fenêtre, côté porte d’entrée. S’imaginait-il, ainsi, deviner quelque chose dans les ténèbres ?

Longtemps, il lutta contre le sommeil.

Mais le sommeil est comme le temps : « un joueur avide qui gagne sans tricher, à tout coup ! C’est la loi. »

 

Apollon n’avait pas encore installé le soleil dans l’immensité, au-dessus, quand Élizabeth se réveilla… presque fraîche. Elle se leva et alla embrasser son mari sur la joue. Lui aussi était réveillé.

L’approche d’un nouveau jour sans le moindre incident les avait quelque peu rassérénés.

– Tu as bien dormi ? demanda Luke à sa femme.

– Très bien, amour. Très bien. T’es un chou d’être venu me tenir la main pendant que je dormais. Ça m’a rassurée de te sentir comme ça, près de moi.

– Mais de quoi tu parles ? s’étonna-t-il. Je n’ai pas bougé de cette chaise.

Élizabeth le considéra un instant.

– Tu… Quoi ? Tu n’as pas bougé de cette chaise, dis-tu ?

– Tu as rêvé, trésor. Que veux-tu que je te dise !?!

– On m’a tenu la main pendant que je dormais, Luke ! Je l’ai sentie… Elle me caressait la paume avec son pouce comme tu le fais toujours ! Je l’ai sentie, je te dis ! J’ai pas rêvé… C’est pas toi ? Vraiment ?…

 

Un frisson la parcourut. Ses muscles se contractèrent.

Au tour de Luke de considérer sa femme, car si elle n’avait pas rêvé, qui diable lui avait tenu la main, dans son sommeil ?… Qui diable avait pénétré dans la cabane sans qu’il s’en rendît compte ? Rien ni personne n’était entré. Il en était sûr. Il était sûr, aussi, que quelque chose était là, vraisemblablement, tapi, invisible, malfaisant. Il avait peur.

Il se leva, pourtant, et se risqua à poser une main décidée sur l’épaule de Beth. Elle se mit à hurler, à gesticuler dans tous les sens, comme une folle dans un asile psychiatrique suintant la maltraitance par tous les trous dans les murs… Il l’attrapa et la serra dans ses bras.

– Je ne suis pas folle, Luke. Quelque chose m’a tenu la main, sanglota-t-elle. Quelque chose m’a tenu la main… Mon Dieu…

– Je te crois, bébé… Allez, foutons le camp d’ici au plus vite.

 

Luke était terrorisé, oui. Mais, pour sa femme, il s’efforça de paraître le mâle protecteur qu’il ne serait jamais, et ce malgré une solide musculature d’ancien joueur de hockey.

 

Quand ils ouvrirent la porte de la cabane pour fuir cet enfer, deux yeux d’un jaune anormalement éclatant les regardaient à une vingtaine de mètres, entre deux trembles.

 

À suivre…

 

 

 

Adam Gray

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Publié dans Nouvelle

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Commenter cet article

Adam Gray 31/08/2011 12:26



Merci Carine-Laure, merci Edmée... Merci Alain ! Waouh, que dire après ton commentaire ?... Je vais peut-être un jour réussir à avoir confiance en moi...
Merci infiniment...



Alain Delestienne 31/08/2011 11:41



Un style vif et nerveux qui donne une impression de grande facilité dans l'écriture. Un art consommé du dialogue. Tout cela, entre autres choses, concourt à nous donner le frisson. Objectif
atteint !



Edmée De Xhavée 31/08/2011 09:18



Aaaaargh! Mais que cette cabane forestière est abominable!!!!


 


Bravo Adam, on a envie de lire la suite!!!!



carine-LAure Desguin 30/08/2011 12:29



A lire la nuit, quand vous ne savez pas dormir, que vous ouvrez votre pc, histoire de savourer un ou l'autre texte d'un cdl ! Et puis plops, deux yeux jaunes ...



Adam Gray 30/08/2011 10:21



Bonjour tout le monde ! Ravi de vous retrouver sur Aloys !

La suite, c'est Christine qui est maîtresse à bord, cher Philippe

Je ne sais même pas moi-même quand c'est prévu, mais elle est écrite en intégralité en tout cas, comme un feuilleton TV... Donc, peut-être bien 3 ou 4 parties même...

Je dois dire, également, que cette nouvelle m'a donné l'envie d'écrire un recueil de nouvelles 100% horreur... Alors qui sait ? Après Ainsi, je devins un
vampire, le roman que je termine, peut-être un livre d'horreur pure devrait suivre...
Merci infiniment Christine... Amitiés à toutes et tous, Adam



christine 30/08/2011 07:43



La suite ? Vrai qu'on veut savoir ! Lorsqu'Adam m'a proposé cette première partie, je l'ai tarabusté pour avoir la suite et elle est a la hauteur, je peux vous l'assurer ! Alors quand
paraîtra-t-elle ? Humm... surprise.... 



Philippe D 30/08/2011 06:32



Et la suite, c'est pour quand? Je ne la vois pas dans la liste. Je veux savoir à qui sont ces yeux jaunes, moi!


Bonne journée à tous.