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Ani Sedent nous propose une courte nouvelle "Les cuisines du monde"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Les cuisines du Monde

 

Mais que se concocte-t-il donc dans les cuisines du monde ?

Des effluves étranges s’en dégagent, pas toujours réconfortants, souvent suspects et, alors que la serre surchauffe, y faire suer devient la norme tandis que tourne la rôtissoire et que les cuissons à l’étuvée se succèdent, même entrecoupées d’abondants rinçages.

Si le passage au chinois se généralise, l’américain semble avoir fait fi de la date de péremption et la salade russe, sous sa mayonnaise rance, prend des airs de déjà vu.  Accommoder les suprêmes aux petits oignons devient fastidieux.  Les diplomates défilent, pourtant, la panade est omniprésente, les gâte-sauces légion et de nombreuses brisures jonchent les plans de travail.

Dans la souillarde la mortification va bon train alors que la trancheuse débite des tripes, que les cervelles marines dans une demi-tasse d’eau tiède, que les vieux croûtons font trempette dans la sauce aigre-douce et que la poularde, sévèrement bridée, passe du demi-deuil au deuil complet.

Quant à la surprise du chef… ce n’est pas elle qui fera boire le bouillon à la crItique gAstronomique.

 

Et la note ? vous demandez-vous.  Elle sera salée !

 

Ani Sedent

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Article publié depuis Overblog et Facebook

Publié le par christine brunet /aloys

LA COCCINELLE ET LE CAFARD

 

Dans la propriété laissée à l'abandon

Poussent un très grand nombre de plantes sauvages,

Vivent des animaux comme poux et grillons

Au milieu des arbres et des nombreux herbages.

C'est ainsi qu'un cafard voit une coccinelle.

L'insecte nocturne malgré le lever du jour

Se plaît à observer cette bête si belle.

Il ne s'en lasse pas et sent naître l'amour.

Elle n'est pas comme lui qui mange un peu de tout, 

Elle cherche encore et toujours des pucerons.

Aider la coccinelle devient un projet fou.

Le cafard parcourt alors tous les environs.

En assez peu de temps, il trouve ce qu'il cherche.

Dès lors il s'empresse d'informer son aimée.

Tout émoustillé, il va lui tendre la perche.

"Venez voir les rosiers au bout de cette allée,

C'est là que vivent vos petites gourmandises.

Je crois que vous méritez de vous régaler."

Pour ces deux-là cinq à six minutes suffisent

Pour faire ample connaissance et s'apprivoiser.

Pour la bête à bon Dieu, le cafard est un ange.

Il n'est pas l'insecte répugnant dont on cause.

Elle ne se prive pas de chanter ses louanges. 

Quand on observe l'autre la compassion s'impose.



 

Micheline Boland 

 

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Micheline Boland nous propose un conte... La fourmi et le chien

Publié le par christine brunet /aloys

LA FOURMI ET LE CHIEN

 

Une fourmi sur un ordinateur portable 

Avance semble-t-il en quête de repères

"Que diable faites-vous sur cette jolie table ?

Votre place est ailleurs, en un endroit agraire",

Dit le chien de la maison à cette étourdie.

"Mes maîtres n'auraient pour vous aucune pitié,

Aussi bien qu'à la guêpe, ils vous ôteraient la vie.

Je propose de vous aider bien volontiers."

Le chien apporte alors dans sa gueule une tige.

"Montez ici je vais vous porter près des vôtres."

La fourmi obéit sans le moindre vertige.

Enfin au potager, un instant elle se vautre.

Rassurée, elle se trouve au milieu de ses sœurs.

Elle remercie le chien, elle se joue du travail,

Elle y met tout son cœur et toute son ardeur.

Ö comme elle apprécie toutes ces retrouvailles.

Ö comme est douce cette salutaire fatigue. 

N'allait-elle pas mourir sur cette froide matière ?

À toutes les machines, elle préfère la garrigue.

Au sein de la nature, elle est aventurière.

Le chien est heureux de l'avoir mise au jardin.

L'insecte est heureux d'avoir quitté la machine.

Tous deux savourent d'agréables lendemains.

Les maîtres ignoreront la stratégie canine.

 

Micheline Boland

 

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"Hashtag futurs suicidés" : une nouvelle signée Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Hashtag futurs suicidés

 

   Charleroi, quai Arthur Rimbaud. Entre le centre culturel Quai 10 et la Sambre, trente-trois quidams inscrits à un premier atelier insolite attendent avec impatience les directives de Charlie, l’animateur employé par la Ville pour cette occasion. Un succès cet évènement, se dit celui-ci en jetant un regard circulaire vers les eaux sales de la Sambre, un putain de succès. Un troupeau par semaine et ce sera du tout cuit pour moi, yeees. Un contrat à durée indéterminée, yeees. 

   Le poète maudit qui a laissé quelques traces ici même à Charleroi ne s'est pas suicidé et c’est bien dommage vu notre situation, lâche d’entrée de jeu, Jérôme (vingt-cinq, informaticien, célibataire) après avoir demandé s’il était bien à la bonne « adresse », quai Arthur Rimbaud. Les trente-deux autres individus de ce groupe hybride opinent de la tête. On aurait plébiscité ce modèle idéal, continue Jérôme. Bah, la Sambre est là, juste en face de nous, rétorque Mathias (trente-neuf ans, enseignant, marié à Isabelle, présente elle aussi à cet atelier), y’a plus qu’à plonger. Et pourquoi il a pas mouillé son maillot, le Rimbaud ? 

   C’est parfait pense Charlie, ça démarre fort, ils sont tous motivés, gonflés un max et plein d’enthousiasme gravos pour le sujet. Et tout en poésie avec ça. Stupéfiant vu le thème de cet atelier. Tous des défaitistes en puissance. Fallait s’en douter, rien de rose au Pays Noir. Sur ces belles paroles, Charlie rebondit : « Alors bonjour à tous, j’espère que vous n’êtes pas armés, pas de fusil ni de révolver, pas de canon ou explosif quelconque, et aucune arme blanche, comme stipulé dans les consignes envoyées par mail hier matin. Surtout pas de passage à l’acte avant mon signal, si signal il y aura après délibération du jury. Et aussi, dernier avertissement, n’espérez pas mettre une seule patte sur une mine antipersonnel, nous sommes à Charleroi, c’est pas une république bananière, c’est le Pays Noir. Avant d’avancer dans ce projet, j’aimerais qu’on discute de vos motivations. Je ne voudrais pas que vous passiez à l’acte et puis que vous le regrettiez, ah ah ah ». De petits braiments fusent de part et d’autre. L’humour, lui, n’est pas encore mort, pense Charlie, c’est parfait. Et bien au contraire d’après ce qu’il entend à présent. 

     — Nous sommes trente-trois, ça commence bien ! ânonne sur un ton décalé Fabrizio (cinquante-six ans, « démullisseur » d’os d’ânes, veuf depuis dix jours).

     — Ah, et pourquoi ça ? demande Angéla (septante-huit ans, retraitée, divorcée depuis deux heures). 

     — Ben trente-trois, comme le Christ. Il avait pas trente-trois balais quand il est mort raide crucifié, le prénommé Jésus ? intervient du tac au tac Helmut (quarante-neuf ans, au chômage depuis vingt ans, séparé).

  • Alors on pourrait pas passer aux choses sérieuses ? Charlie demande nos motivations,

allons-y, déballons-les ! Y’en a marre de glander comme ça et en plus, la météo annonce de la pluie pour quinze heures. Je veux crever le plus vite possible car vivre coûte la peau des fesses. Y’en a marre d’allonger des biftons pour ces fainéants du gouvernement qui ne pondent que des idées à chier. Voilà, c’est dit (Chris, trente-huit ans, ex-postulant pour animer cet atelier).

  • Oui, le gars au chapeau de cow-boy a raison, et surtout qu’avec nos tunes, ces pourris

se paient des vacances au soleil, je voulais juste ajouter ça (Gaby, trente-sept ans, esthéti-chienne dans une maison zoo-médicale).

  • Ben moi, ma femme s’est fait la malle. Partie comme ça, sans aucune valise, un matin 

de printemps quand les prunus des voisins venaient de montrer leurs premières fleurs. Impossible de vivre sans elle. La machine à café, la machine à lessiver, le séchoir et la bouilloire électriques et tout ça, j’arrive pas à les mettre en route. Et les plaques vitrocéramiques, c’est trop dangereux pour moi (Jean, soixante ans, échevin des travaux).

  • Mon voisin refuse de couper sa haie, plus un seul rayon de soleil n’apparaît dans ma 

cour, que de l’ombre toujours de l’ombre. Je me dis que là-haut je baignerai dans un océan de soleil pour l’éternité (Jeannine, trente-neuf ans, mannequin et doublure de Maryline Monroe, future pensionnée).

  • Mon mari est mort depuis deux ans et ses ronflements, je les entends encore, ça 

chamboule mes neurones. C’est inhumain de vivre comme ça. Le rejoindre lui et ses ronflements, c’est mon plus cher désir (Victor, coiffeur, vingt-deux ans, veuf de Taylor). 

  • Titus, mon chat d’amour, s’est jeté par la fenêtre de mon appartement social, un samedi 

matin par temps de pluie. Du dixième étage. Il n’a laissé aucune lettre à sa maman pour justifier son geste (Amandine, septante-quatre ans, madame pipi à la gare de Charleroi).  

  •  Je suis un rejeté de l’euthanasie. Mes motivations n’étaient pas assez stupéfiantes, 

d’après les toubibs qui se sont épanchés sur mon cas. Je pouvais réintroduire un dossier. J’ai préféré m’inscrire à cet atelier. C’était plus sécurisant (Anatole, ignorant de sa date de naissance, éleveur de mulets en Algérie, venu à Charleroi pour l’occasion).

  • Avant-hier ma femme revient à la maison avec des cheveux rouges. Je la préférais en 

rétroversion verte. Ma femme est têtue comme un mulet (Sanson, nonante-neuf ans, chanteur). 

 

Ouais. À vous entendre, l’émotion m’étreint. S’il n’y avait que moi, vous passeriez tous la seconde étape. 

  •  Je serai sélectionnée ? Car dans le cas contraire, je me pends, mon métier tend à 

disparaître (Huguette, trente-sept ans, cordelière). 

  Écrivez-moi cela noir sur blanc. Sans fioriture. Le jury sera sensible en lisant vos motivations, croyez-moi. Et lorsque les membres du jury, c’est-à-dire les élus de la Ville, auront délibéré lors du prochain conseil communal ce lundi soir, vous serez contacté personnellement. 

   À ce moment précis, un énorme « plouf » se fait entendre et des éclaboussures atteignent plusieurs postulants du troupeau. 

  • Ben oui, il ne sait ni lire ni écrire, le pauvre. C’est trop injuste quand même. Du coup, 

il n’a fait ni une ni deux. Il a préféré plonger et donner son corps à la Sambre (Kaliméro, cinquante-quatre ans, porte-parole des cas désespérés). 

 

Carine-Laure Desguin

 http://carineldesguin.canalblog.com

 

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Le Ponton, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

LE PONTON

 

Au bout du ponton, la liberté, au bout du ponton, la fin des souffrances, au bout du ponton, les retrouvailles…

 

Depuis plusieurs années, je suis seul au monde. Mes parents décédés, j'ai décidé de déménager au bord du lac.

 

J'en ai fait des parties de pêche avec des "amis". En général, ils venaient chez moi uniquement pour cela. Je ne les intéressais que par ce ponton situé au bout du jardin. Certains venaient en voiture, d'autres accostaient sans prévenir et quel que soit le temps, je devais faire bonne figure, abandonner tout pour la pêche.

 

Un jour, une belle tempête a détruit le ponton et comble de malheur, la municipalité a décidé de le reconstruire aux frais de la communauté… Il faut dire que le seul médecin des environs se rendait volontiers chez ses clients en utilisant un petit bateau et que c'était devenu un lieu d'accès facile pour lui.

 

Fichu médecin ! Il ne l'a jamais beaucoup utilisé ce ponton ! Par contre, les autres, les pique assiette, les pêcheurs du dimanche, sans parler des gosses qui durant tout l'été s'en donnaient à cœur joie, le lieu était plus fréquenté que l'église paroissiale !

 

Tout cela a duré des mois et des mois jusqu'au jour où j'ai rencontré Aude, une gentille fille de la ville. Très vite, elle s'est installée à la maison et les visites d'amis se sont espacées et leur nombre a fondu comme neige au soleil. La paix, j'avais la paix, une gentille compagne que j'aimais et la vie nous souriait ! Quelques mois après, Aude m'a annoncé qu'elle attendait un enfant. Le bonheur continuait à inonder la maison.

 

Aujourd'hui, Aude est tombée dans le lac. Elle m'attendait sur le ponton et a glissé sur les planches humides… J'ai retrouvé son corps près de ce ponton maudit…

 

Alors, j'ai sauté dans l'eau glaciale, je me suis agrippé à son corps déjà froid et j'ai attendu…

 

Louis Delville

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"Le stylo", un texte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

LE STYLO

 

Des mots virevoltent autour de moi. Ils rôdent comme des prédateurs indécis, opportunistes. Parfois, je les déteste et je me dis que je devrais m'opposer à eux. Parfois, je les adore, ils m'amadouent avec leurs diphtongues ou leurs consonnes qui m'invitent à valser ou à danser le tango.

 

Du papier pelure, du carton, des bristols, des petits carnets aux couvertures fleuries, des livres de compte me font les yeux doux. Qu'ils patientent un peu ! Priorité aux mots !

 

Pas question d'être piégé par un ticket de caisse ou un sous-bock dans un café. Je résiste à ce qui me déplaît…J'en fais à ma tête ! J'envie parfois le clavier, ce grand monsieur aux dents noires ou grises marquées de signes blancs ou noirs. Il est l'objet d'effleurement, de caresses amoureuses et l'idiot ne paraît pas en prendre conscience. Enfin, il y en a qui cachent bien leur jeu. Moi, j'apprécie les doigts chauds et fins des jolies demoiselles, mais aussi à l'occasion la rugosité d'un index ou d'un pouce qui me donnent le meilleur d'eux-mêmes. J'adore que l'on me prenne parfois avec violence. Je ne suis plus alors que l'objet d'un désir irrésistible. Je n'ai d'autre choix que celui de me donner sans résister.

 

Avouons-le, je suis un peu masochiste, versatile, impulsif. Comme vous tous je suppose, j'ai mes défauts.

 

Mots courts comme les appels au secours lancés par des naufragés amoureux de la vie. Doigts roses, amicaux, tièdes. Lèvres qui m'accueillent pour un innocent mordillement ou pour une morsure passionnée. Papiers légers et lisses pareils à des insectes. Papiers robustes, entêtés. Comment pourrais-je ne pas vous aimer à la folie, vous qui m'avez choisi, chéri.

 

Mais comme dans tous les vieux couples, il y a entre nous d'étranges hauts et d'aussi étranges et inexplicables bas.

 

Micheline Boland

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"UNE CHÈVRE ET UN COCHON S'INSCRIVENT AU CHÔMAGE", un texte signé Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

UNE CHÈVRE ET UN COCHON S'INSCRIVENT AU CHÔMAGE

 

Il était une fois, Marinette une dompteuse à la retraite. Elle vivait dans une vieille fermette dont elle avait hérité de sa marraine. Les animaux qu'elle avait autrefois dressés l'avaient accompagnée dans son avant dernière demeure. Chacun sait que les intermittents du spectacle ne perçoivent qu'une bien maigre pension. Alors lorsque le toit de sa maisonnette dut être réparé, ce fut une catastrophe pour Marinette.

 

Marinette avait pour habitude de se confier à ses compagnons de misère deux vieux toutous, une chèvre et un cochon. Il lui semblait en effet que ceux-ci la comprenaient mieux que ses voisins et même que sa famille.

 

"Mes chéris, qu'allons-nous devenir ? Une seule bourrasque peut mettre en péril notre abri. Il me faudrait toucher au moins trois fois le montant de ma retraite actuelle pour envisager de faire réparer le toit et emprunter l'argent nécessaire à ce travail. Oh mes pauvres chéris quel hiver allons-nous donc passer ?"

 

Coco, le cochon, s'approcha d'elle, la fixa de son regard compatissant et doux. Marinette y lut les pensées de l'animal : "Et si Viviane et moi nous inscrivions au chômage ? Nous avons toujours été des employés modèles, nous avons une carrière complète, il me semble. Nous pourrions tenter le coup."

 

Viviane, la chèvre, avait sans doute lu aussi dans les pensées de Coco, car elle se mit à dodeliner de la tête. Marinette murmura : "Vous êtes peut-être mes sauveurs, mes chéris !" Tintin et Rob, les deux chiens, se regardèrent sans rien comprendre. Voilà que Marinette parlait seule à présent. Quelle pouvait être sa détresse pour en arriver là ? Tintin et Rob sautèrent sur les genoux de Marinette en agitant la queue et Marinette vit là un signe d'encouragement.

 

Marinette réfléchit une nuit, toute une nuit puis se mit à écrire deux attestations sur lesquelles elle précisait les états de service de Coco et Viviane. Puis le lendemain matin, elle prit avec eux la route de l'office royal de l'emploi. Elle rencontra un employé qui accepta sous le sceau du secret de valider les documents remis par Marinette. Il faut dire que Marinette avait bien défendu la cause de Coco et de Viviane.

 

C'est ainsi que Marinette put effectuer l'emprunt nécessaire au paiement de la réparation du toit, pourtant, n'ébruitez pas cette histoire de crainte de susciter d'autres demandes du même genre.et de voir l'équilibre budgétaire de notre royaume compromis à jamais. Imaginez ce qu'il adviendrait si tigres, lions, otaries, lapins,… faisaient la même démarche ! Tout cela est vrai de chez vrai. Tout est vrai parce que je l'ai inventé disait l'écrivain Borges.

 

 

 

Micheline Boland

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"L'étranger du square", une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

L'ÉTRANGER DU SQUARE

 

Le vieil homme s'est assis là, il semble somnoler et pourtant à chaque bruit, à chaque passage, il a observé, il a écouté.

Un chien est venu près de lui. Un de ces chiens sans race qui traîne ses puces dans les jardins publics à la recherche d'un peu de nourriture ou d'une hypothétique caresse.

L'homme a probablement tendu la main, le chien s'est approché prudemment puis est venu se frotter contre la jambe du vieil homme. Déjà, ils semblaient amis, la main s'était attardée sur la tête de l'animal.

Pendant de longs moments, ils sont restés ainsi, liés par cette caresse. Le chien s'est assis et a posé la tête sur les genoux de l'homme avant d'oser y mettre une patte puis deux.

Le contact s'est fait plus intime. Maintenant, le chien est couché sur le vieil homme. Ils semblent ne plus former qu'un seul et même personnage étrange à tête d'homme et à pattes de chien : Le symbole même de l'amitié et de la connivence...

Tout le monde n'a d'yeux que pour eux. Pourtant personne n'ose s'avancer plus près. Il y a bien deux ou trois touristes qui osent une photo mais en faisant attention à ne pas troubler leur doux repos.

Le guide s'éloigne à pas feutrés, le groupe suit.

"Et maintenant, Mesdames et Messieurs, après "le dresseur de chien" de Rodin, nous passons à la statue suivante, "Hercules et Apollon"…

Le lendemain, en repassant par ce jardin public rempli de statues, j'ai revu Héraclès, Apollon et bien d'autres. À la place du banc et de l'étrange couple de bronze représentant un guerrier grec et son compagnon à quatre pattes, il n'y avait qu'une pancarte : "Les chiens doivent être tenus en laisse".

 

Louis Delville

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EXTRAIT D'UN JOURNAL INTIME RETROUVÉ AU FOND D'UN GRENIER, un texte signé Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

EXTRAIT D'UN JOURNAL INTIME RETROUVÉ AU FOND D'UN GRENIER

 

Samedi, le 18 mai 1861

 

Il est près de six heures et je suis réveillée. J'écris ces quelques lignes à la hâte. Aujourd'hui est un grand jour, celui de mon mariage.

Charles m'a choisie parmi toutes les jeunes filles de bonne famille que ses Parents ont voulu qu'il rencontre avant de faire son choix.

Oh, béni soit le jour où je l'ai vu, jeune officier fringant dans ce bel uniforme. Il semblait savoir que tous les regards étaient tournés vers lui et pourtant il m'a longuement fixée en s'avançant vers Mère à qui il a demandé l'autorisation de m'inviter à valser.

Et nous avons valsé, valsé, j'en suis encore étourdie… À minuit, comme les jeunes filles sages, j'ai obéi à Mère qui voulait quitter la salle de bal. Nous sommes reparties dans le fiacre que Père avait envoyé nous chercher.

Cher journal, voilà plus de cinq ans que j'attends ce jour et j'ai peur ! Peur de le décevoir, peur que Charles ne me trouve pas digne de lui, peur aussi de cette nuit de noces dont Mère m'a parlé à demi-mots et en rougissant !

 

J'aime Charles plus que tout et bientôt, je serai sienne.

 

Ceci est la dernière page de ce journal intime. Plus rien n'est écrit après ces quelques lignes…

 

Louis Delville

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Micheline Boland nous propose une nouvelle inédite "Création du monde"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

CRÉATION DU MONDE

 

Au commencement, il n'y avait que l'obscurité. Dans ce noir absolu se déplaçait un œuf. L'œuf attendait son heure pour éclore et révéler les trésors de ce néant apparent.

 

Un jour, il y eut un son, un son tellement aigu que la coquille se brisa révélant un immense soleil intérieur. Des flots s'échappèrent presque aussitôt libérant un homme qui s'encourut à la découverte de l'immensité.

 

Au commencement, il y avait un astre puissant, à la clarté tellement forte que le caché devint apparent.

 

Du ciel bleu zébré de langues de brumes et de nuages gris, une voix libéra un message à l'attention de l'homme : "Va, conquiers avec sagesse les beautés offertes par la nature, apprends de tes échecs…" Mais l'homme courait. Il n'avait que faire des paroles d'un créateur demeuré trop longtemps silencieux. L'homme s'enfuyait. Il craignait que du soleil descendent des rayons capables de le capturer. Il jouissait de sa liberté première.

 

Au commencement, il y avait un homme, un homme solitaire déterminé à explorer. La voix reprit : "Réfléchis, prends ton temps, goûte au spectacle. Sens, profite." Mais l'homme n'avait que faire de mots.

 

Alors la voix s'écria : "Retourne-toi. Tu n'es pas seul."

 

L'homme continuait de détaler lorsqu'il s'aperçut que sa bouche était sèche. C'était une sensation désagréable comme un feu qui l'empêchait de respirer. Il eut alors le réflexe de faire quelques pas vers l'étendue d'eau et vit son reflet. L'homme se trouva beau. Sur le miroir des vagues, il s'estima plus beau et plus puissant que cet arrogant soleil qui lui parlait.

 

La soif s'imposa de nouveau à lui. Il se pencha, prit une gorgée d'eau entre ses paumes, il but et découvrit qu'il était nu et triste. Un murmure le tira de son étrange sentiment. "Prends-moi la main", disait le murmure. L'homme aperçut la main tendue et la saisit. Une femme sortit du calme de l'eau.

 

Dans la mémoire de l'homme, au commencement, il y eut cette rencontre. Bien vite, l'homme oublia tout ce qui l'avait précédée.

 

Micheline Boland

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