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Le blog Aloys

Un juif nommé Samuel Braunberger de Maurice Stencel – lecture Edmée De Xhavée

17 Septembre 2013 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

 

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Un juif nommé Samuel Braunberger – lecture Edmée De Xhavée



Il ne passe pas inaperçu, ce petit livre. La couverture démarre fort, colorée, violente avec humour, ou humoristique avec violence, je ne sais trop. 106 pages qui nous racontent Samuel Braunberger.

Maurice Stencel a sa plume propre, sa voix bien à lui. Un ton terre à terre, comme celui d’un narrateur éduqué qui lit, sans émotions de timbre, des histoires qui paraissent  tout d’abord anodines, à l’intensité bien particulière pourtant. Très particulière pour beaucoup d’entre elles. Qui contiennent une émotion sous-jacente, silencieuse et qui vous pénètre au fil de la lecture. Il y a toujours le profil de la mort, un zeste de désespoir, une pincée de lassitude, une bonne mesure de cette sexualité vitale et rédemptrice, en couleurs.

Ici nous suivons Samuel Braunberger, un Juif qui pendant tout un temps ne savait pas ce que c’était que d’être Juif. La guerre lui apporte la réponse. Enlève à jamais pour lui la perception d’être tout simplement un enfant. Il est un enfant juif. C’est à la fois la même chose et aussi… un peu différent. On change son nom, parfois. On change de pays, d’autres fois. On n’a pas toujours prise, ancrage, racines sous les pieds, généalogie facile à remonter. Mais, oh merveille aussi, on a hérité des récits de la vie de ceux qui nous ont précédés, et ils sont délicieusement différents. Samuel Braunberger a beau être un "Belge », eh bien au lieu de vous raconter les échos d’une famille de tanneurs dans le namurois, nous voici à Czestochowa en Pologne, suivant Benjamin Warschawski qui a une ferme et prête de petites sommes d’argent à un taux qui nous fait peur mais n’effrayait personne car on ne le remboursait jamais.

L’humour est là, sans tapage, il faut le saisir pendant qu’il passe et alors il vous surprend comme une piqûre de moustique :

« A l’époque de la photo, il était âgé, à vue de nez, si on peut parler de nez à propos d’un Juif, de soixante ans. »

« Il n’y a que dans les mélos du dix-neuvième siècle, et dans l’Ancien Testament, que le fils prodige revient au chevet de sa mère à l’heure où elle s’éteint. Imaginez la joie qui illumine son visage, ce visage qui sera son visa lorsqu’elle rencontrera le très Haut. »

On émigre beaucoup, on se marie et on a des enfants, on s’éparpille, on ouvre des commerces dans toutes les langues. Finalement… on vit, c’est un mouvement perpétuel… Et bon, certains arrivent et s’arrêtent en Belgique :

« Ce qui avait décidé Louis à rester en Belgique, c’était le comportement des ivrognes. En Pologne, lorsqu’un Juif empruntait en sens inverse le trottoir que suivait un ivrogne, par prudence il descendait du trottoir et traversait la rue. En Belgique, il le répétait à qui n’était pas fatigué de l’entendre, c’est le contraire qui se produisait. L’ivrogne descendait dans le caniveau en s’excusant. Un pays avec de tels ivrognes méritait beaucoup de considération. Vive le Roi, vive la Belgique. »

On ne peut pas vraiment capturer ce récit dans un style ou une histoire ou un genre. On voyage avec Samuel, on le regarde être Juif et être homme, on le regarde jouer, grandir, observer, être amoureux, voyager, se sentir étranger lorsqu’il retourne à Czestochowa où il est né, issu de gens qui y sont nés et y ont grandi… Il est Belge désormais… Episodes burlesques, sombres ou gais, décors de guerre, de mariages, de camaraderies, la mort est toujours encerclée par la vie.

J’ai aimé suivre Samuel au long des chapitres choisis par l’auteur pour nous le faire entrer dans le cœur. Et c’est finalement l’histoire d’un jeune homme que la guerre rencontre, que la politique fait déménager, et que la vie forme. Il est juif aussi.

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

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Anne Renault 17/09/2013 22:52


Je retrouve dans la note de lecture d'Edmée ce qui fait l'essentiel des textes de Maurice Stencel que je lis sur Facebook. Humour, tristesse, mais aussi amour tenace de la vie, et toujours des
signes de sa judaïté. Les récits de FB me plaisaient déjà, la note d'Edmée renforce mon envie de lire Maurice Stencel.

Micheline Boland 17/09/2013 09:00


Un livre fort particulier et une excellente note de lecture.  

Edmée De Xhavée 17/09/2013 08:25


Et j'espère que d'autres aimeront suivre ce bon Samuel entre les pages de ce petit livre différent!