"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 10

Publié le par christine brunet /aloys

"ET SI 2012 VOYAIT LA FIN DE L'HUMANITÉ ?"

 

Qu'est-ce que j'apprends ? La fin du monde pour le 21 décembre ? Ils sont fous ces Mayas. Ils ne pensent qu'à eux…

 

Jugez plutôt. Je viens d'avoir 50 ans et je suis déjà à la retraite. Il faut dire que, lorsqu'on travaille pour la défense nationale, on est vite largué… Mais aussi on apprend à se défendre et à anticiper.

 

En 2010, on m'a annoncé officiellement que le pays n'avait plus besoin de mes services. Fini l'uniforme, fini le salut au drapeau et surtout fini ce boulot au service météo !

 

Pendant plus de vingt ans, j'ai regardé des cartes, consulté des milliers de rapports pour prédire, un tant soit peu, le temps que nos régions allaient subir dans les prochains jours. C'était une tâche importante et indispensable à la sécurité de notre territoire ! Comme si l'envahisseur allait s'arrêter pour un peu de pluie ou quelques centimètres de neige !

 

Été comme hiver, automne comme printemps, je scrutais le ciel, je mesurais les températures sous abri et je comptais les litres d'eau par mètre carré ! Un travail imbécile mais qui avait un avantage : j'étais libre tous les jours à quinze heures trente et à cinquante ans, je serais pensionné et libre comme l'air. J'ai atteint cet âge et je suis de moins en moins libre. Pour ne pas rester à rien, comme on dit dans ma région, je me suis inscrit à différentes formations. J'ai repris des cours d'anglais, je suis un atelier photo numérique avec perfectionnement vidéo et surtout, je me suis inscrit à un atelier d'écriture…

 

François, c'est le nom de l'animateur. Licencié en philologie classique, ancien professeur au Lycée de ma ville et surtout auteur de plusieurs livres qui ont connu un beau succès. Il accueille ses clients tous les lundis matin de neuf à midi. Et quand je dis clients, je devrais dire "disciples" tant certaines d'entre elles sont en extase devant le maître. C'est qu'il est resté bel homme, le François, un peu dragueur, un peu macho mais surtout amoureux du premier jupon qui passe à proximité.

 

L'atelier du lundi est fréquenté par une dizaine de personnes, une majorité de femmes, bien entendu et deux hommes : un vieux bonhomme un peu sourd et moi.

 

Je m'aperçois que j'ai oublié de vous dire que Denise, mon épouse, m'accompagne le lundi. Elle aussi, elle est libre depuis que nos trois enfants volent de leurs propres ailes. Elle apprécie beaucoup François et se plaît à imiter les grands auteurs classiques et contemporains. Elle semble avoir un don inné pour cela.

 

Jamais, au grand jamais, François n'a jeté le moindre regard sur Denise jusqu'au jour où Denise a crû bon de pondre un texte à la manière de François. Malheureusement, une erreur informatique a envoyé ce texte au journal régional qui l'a publié illico. Fichus journaux qui ne publient jamais une ligne de vous sauf si…

 

Bientôt toute la ville a lu, bientôt toute la ville a reconnu, bientôt toute la ville a ri. Le texte de Denise était une féroce critique des agissements du député du coin.

 

Ce député n'avait eu que ce qu'il méritait. Une franche crapule, prêt à tout pour réussir et toujours à la limite de l'escroquerie et du délit. Denise en avait brossé un tableau peu reluisant. Sans jamais citer son nom, elle avait patiemment relaté toutes les "affaires" où il apparaissait. Décortiquant minutieusement les entourloupes et les combines de l'homme. Et tout cela dans le style "inimitable" de François.

 

Tout cela aurait pu prêter à rire ou à sourire si Monsieur le Député n'avait giflé François lors d'une rencontre fortuite. Hélas, ce jour-là, un photographe avait pris un cliché de la bagarre. Le lendemain, le cliché était à la une du journal local et deux jours après, cela faisait les choux gras des journalistes de la télé en mal de sujet pendant l'été. L'affaire remonta jusqu'au Parlement. Jugé par ses pairs, le député a été contraint à démissionner. Et quelques semaines plus tard, il se suicidait en se jetant sous les roues du nouveau tramway de la ville.

 

Denise en fut toute retournée. Elle abandonna l'atelier du lundi. François décida de ne plus s'en occuper et tout le monde rentra dans ses pénates en attendant des jours meilleurs.

 

Quant à moi, j'ai repris des cours d'astrologie avec Pablo, un immigré sud-américain, adepte des Mayas. Tous les lundis matin, nous scrutons avec attention le fameux calendrier qui prédit la fin du monde pour fin décembre. Et pourtant, même Pablo ne peut se résoudre à admettre cette prédiction. Il a l'air de croire que certains calculs sont peut-être erronés et que nous sommes à l'abri du cataclysme pour quelques millénaires.

 

Par contre, j'essaie de convaincre Denise de ne pas m'accompagner à ce cours. Au moins jusqu'au 21 décembre ! On n'est jamais trop prudent…

Publié dans concours

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Commenter cet article

Renaud 11/04/2012 18:56


Très drôle comme nouvelle ! Un second degrès appréciable

Micheline 10/04/2012 17:12


Plus on avance, plus le choix est difficile !

Karine 10/04/2012 16:15


Bien écrit. J'aime beaucoup

Emma Casanove 10/04/2012 12:10


Un humour qui me plaît bien!

Jean-Michel BERNOS 10/04/2012 10:57


Pas mal écrit, pas de grosse critique - le niveau est toujours très bon, mais je retrouve là plutôt un récit journalistique qu'un texte littéraire.


Il faut de tous les genres, en effet, le choix reste ardu... mais j'ai ma petite préférence !

Adam Gray 10/04/2012 10:25


Humour noir, originalité... Je ne sais pas comment on va choisir !

Edmée De Xhavée 10/04/2012 10:05


Excellent texte, oui! Philippe???? Est-ce toi?

Nadine 10/04/2012 07:41


La catastrophe n'est pas là où on l'attendait. C'est la faute à Denise. Un texte non dépourvu d'humour.

carine-Laure Desguin 10/04/2012 07:07


Encore un texte dont l'auteur ne manque pas d'imagination! 

Philippe D 10/04/2012 06:58


Quelle chance d'être retraité si jeune!


Moi aussi je suivrais des cours d'anglais, de photographie et des ateliers d'écriture.


Quant aux Mayas, avaient-ils prédits leur disparition?


Bonne journée à tous.