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Le blog Aloys

TEXTE 2 concours "ma première dédicace"

16 Mars 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Première fois

5h30 du matin, un vendredi. Je n'ai pas réussi à dormir, trop de stress. Je suis remontée comme un coucou.

Dans quelques heures à peine, quatre pour être précise, je dois être à pied d’œuvre à la librairie d'un Auchan dans le sud de la région parisienne. J'ai sorti mon bouquin à peine un mois auparavant. J'en suis fière, c'est certain, mais mon nom est loin de faire les têtes d'affiche... D'ailleurs, à part mes amis et ce responsable de rayon, qui sait qu'il est désormais dans les bacs? Personne, c'est une évidence.

J'ai été invitée par l'entremise de mon éditeur. Mais je dois avouer que je ne connais pas les lieux : je n'y ai jamais mis les pieds. Lorsque j'ai reçu l'appel du libraire, j'ai accepté immédiatement sans regarder la carte... Devant un petit déjeuner que j'ai bien du mal à avaler, je regarde ma montre et me décide enfin à prendre la voiture. Il est 6h45... Un rapide calcul : le GPS annonce une heure de trajet, ça fait 7h45, on va dire 8h00. Je serai à l'heure.

L'ordinateur me guide : je traverse la ville peu encombrée encore et je passe sur l'autoroute. Tout va bien. Il pleut, je ne connais pas le chemin : je roule un œil sur l'écran du "Tom-tom", un œil sur la route et sur le compteur de vitesse parce qu'il paraît que le trajet est truffé de radars. L'autoroute du soleil... La voix féminine de l'appareil me demande de prendre la bretelle, à droite... J'obéis... Bouchon.

Un frisson remonte le long de ma colonne vertébrale... Mon cœur bondit tandis qu'un petit point rouge s'affiche sur l'écran de mon guide : retard, 30 mn ! La voiture devant moi ne bouge pas d'un iota et je découvre, affolée, un flot ininterrompu de véhicules qui semblent stationnés là pour la journée.

Que faire ? Ma seule chance, contourner le bouchon. A la prochaine sortie, je tente le coup même si je n'ai aucun sens de l'orientation ! Pas le choix ! 1/4 d'heure plus tard, je m'extrais enfin du trafic, la gorge douloureuse tant je suis angoissée. Mais le GPS n'est pas de cet avis : il me demande de faire demi-tour alors que je dois rouler... Et je roule, paniquée, en constatant que désormais, l'heure d'arrivée affichée dans le coin à droite est 9h33 !

Derrière moi, devant moi, des voitures agglutinées et la voix agaçante qui répète sans se lasser un "Faites demi-tour dès que possible !" qui me donne envie de hurler. Essayez de faire demi-tour sur une autoroute, vous ! Les kilomètres filent, pas de sortie... Je dois prévenir le libraire d'autant que la personne qui m'a obtenu la dédicace m'attend également. Le numéro de téléphone ? Aucune idée ! Tentez de consulter les pages jaunes en roulant, la panique au ventre : impossible, je vous le garantis ! Tant pis, je continue à rouler, butée, mâchoire contractée.

9h45 : je me gare enfin sur le parking de l'hyper plein à craquer. J'ai les jambes en coton et les mains moites. Que doivent penser les deux hommes qui m'attendent ? Je montre mon sac à l'entrée en bredouillant un truc inintelligible au vigile qui me regarde de travers, je lève la tête et... je découvre une affiche grandeur nature avec ma tête, la première de couverture de mon bouquin en plein milieu de l'allée centrale. Sur le côté, une table avec quelques exemplaires mais derrière, un présentoir surchargé de piles de livres…mes livres ! Il y en a une montagne ! Devant, deux hommes discutent puis se tournent vers moi en croisant les bras, le regard sévère... Je suis foutue... Je n'ai plus qu'une envie, fuir !

À ma mine déconfite, ils se mettent à rire. J'ai droit, à chaud, à une photo pour immortaliser l’instant et je m'assois la gorge sèche : qu'est-ce qui lui a pris d'en commander autant ? Si j'en dédicace 1 ou 2... Et le libraire qui me dit, pince sans rire, que j'ai intérêt à tout vendre ! C'est un cauchemar... Je vais me réveiller... Sûrement...

Ils s'éclipsent. Je prends un stylo et je me lève à la recherche désespérée du premier lecteur qui aura pitié de moi...

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J. P. VOLPI 26/03/2016 17:05

Je me reconnais, mais totalement, dans ce texte-là !

Pâques 17/03/2016 19:42

On ressent le stress qui s'empare de l'auteure !
Très bien décrit, j'espère qu'elle a vendu toute sa pile ;-)

Silvana Minchella 17/03/2016 11:03

dur dur d'être une star....

Philippe D 16/03/2016 21:19

Et finalement? Combien de livres vendus?

christine brunet 17/03/2016 06:55

Espérons que nous aurons la réponse à cette question à la fin du concours lorsque les noms seront révélés...

M-Noëlle Fargier 16/03/2016 18:18

Ce texte traduit bien le stress qu'on peut avoir dans de nouvelles situations, et une première dédicace n'est pas une situation ordinaire ! Plus facile d'être derrière son écran que derrière une pile de livres :).

Nadine Groenecke 16/03/2016 17:21

On l'imagine très bien, la malheureuse, avec ses énormes piles de bouquins dressées derrière elle et on pense à une suite : une heure plus tard, pas de changement, toujours ce monticule de livres, petit à petit elle se recroqueville sur elle même, comme si elle avait peur de les recevoir sur la tête et le temps passe...

christine brunet 17/03/2016 06:56

Autre possibilité plus optimiste... Beaucoup de monde ce jour-là... Des lecteurs compatissants et la pile de livres qui diminue à vue d'œil... Plus sympa comme final !!!

Jean Louis Gillessen 16/03/2016 14:24

Deuxième épisode du concours avec une tournure toute différente. Evidemment, un Auchan cité, il ne s'agit pas d'un(e) Belge stressé(e) (ça existe ? ). Sourires. Alors, quel(le) auteur(e) se trouve à 1 heure de Paris ? J'ai une idée .... Bon, je m'en vais e ce pas me mettre en condition pour jouer ce soir la Générale, ... sans stress ... Euh ... Bravo en tout cas pour cet épisode à l'écriture fébrile !

Micheline 16/03/2016 12:45

Le stress et ses effets sont ici fort bien décrits.

Jeanne R. 16/03/2016 12:09

Le stress présenté ici a bel et bien ses priorités ; il pourrait même être contagieux.

Oui, le stress pour cet auteur(e) de dédicace(s) ne se fait pas sentir pendant mais avant, alors se trouvant en amont il ne concerne pas la qualité des livres à signer mais les aléas de la vie d'un chauffeur. Vu le stress engendré, peut-on dire que cet auteur femme est une autre victime de la route ? Mais non, car cela nous éloignerait aussi de l’écriture.

Jeanne R.

Jean-François Foulon 16/03/2016 10:18

Pas mal puisqu'on détourne subtilement la consigne en ne parlant finalement pas de la séance de dédicaces en elle-même, mais de tout ce qui précède. Et le stress de ne pas arriver à l'heure à un rendez-vous à cause des bouchons, tout lecteur a connu cela. Le texte ne peut donc que lui parler.

Séverine Baaziz 16/03/2016 09:21

Sympa ! On entre avec l'auteur dans la bulle de l'hyper-stress... Mais au fait, l'auteur c'est Christine Brunet ou c'est le texte sélectionné pour être publié dans la revue ?

Christine 16/03/2016 12:25

Il s'agit du second texte proposé pour le concours de la revue...

Christine 16/03/2016 12:25

Il s'agit du second texte proposé pour le concours de la revue...

Edmée De Xhavée 16/03/2016 07:58

Aaaaaaaaaah quand le mauvais sort s'en mêle... pour la zénitude c'est raté, mais tout se termine bien - sur un début un peu affolant - quoi vendre toute cette pile?

Carine-Laure Desguin 16/03/2016 07:49

Ils sont bien sympas à lire ces textes.

Christian Eychloma 16/03/2016 07:30

Pas mal, la description du stress ! ça rappellera sûrement quelque chose à quelques-un... :D