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Le blog Aloys

Philippe Desterbecq a lu "Le vertige empaillé" de Laurence Amaury

10 Mai 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

Philippe Desterbecq a lu "Le vertige empaillé" de Laurence Amaury

"Le vertige empaillé". Mais de quel vertige s'agit-il donc? Certainement du vertige de l'amour car les personnages de ce recueil de nouvelles sont tous frappés d'une grande passion pour quelqu'un du sexe opposé.

Laurence décrit l'amour passion avec brio : coup de foudre, attirances multiples, amour naissant ou finissant, amours fidèles ou pas. Le style tantôt en prose, tantôt en vers est recherché; le vocabulaire est riche; les références à des chansons ou des livres nombreuses. Des citations agrémentent les différents récits. Tout cela fait de ce recueil une référence littéraire.

Bravo, madame Amaury, pour ces textes écrits de manière magistrale.

Certains aiment trouver un lien entre les différentes nouvelles qui composent un recueil (ce n'est pas mon cas). Outre l'amour qui réunit tous ces textes, le lecteur trouvera facilement les points communs entre tous ces récits : la danse, la musique, la poésie, la lecture. En effet, beaucoup des personnages créés par l'auteur aiment danser et les références musicales sont nombreuses. Plusieurs aiment la lecture et l'écriture.

La nouvelle intitulée "Le premier métro à Bruxelles" est sans doute la plus poétique de toutes. En prose ou en vers, les mots de Laurence Amaury chantent.

Un exemple?

Il m'est bien difficile d'en choisir un et je ne voudrais pas être trop long. Quand je me lance, j'ai du mal à m'arrêter. Vous voilà prévenus!

" En ce temps-là, ils marchaient la nuit, sous la pluie dolente, dans les rues de Bruxelles. Ils allaient au hasard, à l'aventure. Ils allaient, main dans la main, en échangeant mille confidences.

En ce temps-là, infatigables, ils marchaient et n'attendaient pas le refuge des portes cochères pour s'arrêter, se serrer l'un contre l'autre, s'embrasser et mêler leur fièvre, ce feu qui taraudait leur corps et faisait briller leurs yeux d'un vif éclat.

En ce temps-là, la nuit marchait vers l'aube, suffoquant légèrement sous la morsure du froid, dans les rues devenues déserts luisants et pacifiques.
Mais eux, réchauffés l'un par l'autre, marchaient comme si les rues riaient sous le soleil au bord d'une mer démente, azurée, transfigurée.

En ce temps-là; ils sortaient de la salle de danse pour se regarder l'un l'autre et respirer plus vite, avec la complicité des étoiles.

En ce temps-là, ils marchaient une partie de la nuit avant d'atteindre l'ermitage où l'amour était acte sacré..."

"Elle était si rare cette étincelle qui jouait sur la harpe de l'espérance les préludes d'un amour de cristal, fragile et coupant mais éternel comme le lierre ou le granit."

"Quand le train scrupuleux m'emporte loin de toi
et que rugit soudain la mer contre les rails
quand les épicéas surgissent des eaux grises
et que l'aube s'étire en triangle de feu
je me redis tes mots
je me redonne tes regards
je me refais tes gestes
me re-blottis dans ta chaleur
et les étoiles conciliantes partent sur la pointe des pieds
pour me laisser penser à toi..."

"Il lui apparut, tel un archange, et une pluie sauvage et drue tomba sur les gravats, les lavant de toute souillure, et une pluie d'étoiles illumina la nuit."

"L'absence est une statue de marbre au regard éteint, aux doigts glacés."

"Les larmes, au bord des cils, sont des perles de givre. Les lèvres abimées, s'entrechoquent en silence."

"L'absence est le pays d'où l'on ne revient pas. Elle est l'hibernation des sentiments soyeux."

"L'absence est un train fantôme qui erre hors des rails."

"Son rire s'égrène et grelotte comme un sanglot de mélodrame."

"Elle écrit des lettres qui flambent mais dont l'encre se décolore et s'enfuit. Restent des pages blanches éventrées par des mains de métal."

"La nuit rampe sans bruit. Elle découpe en morceaux tous les rêves."

Je vous avais prévenu...

Un de mes textes préférés est "Liaison téléphonique". Un homme forme un faux numéro et tombe sur une femme seule. C'est une erreur et l'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais l'homme rappelle et une relation s'établit...

La nouvelle est composée uniquement de conversations téléphoniques et se termine par une lettre. Enfin, se termine n'est pas vraiment le bon verbe puisque l'auteure laisse le soin au lecteur d'imaginer ce qui va se passer ensuite. J'ai très envie de "terminer" cette nouvelle. Je le ferai peut-être...

La dernière nouvelle intitulée "Les deux sœurs" est une pièce de théâtre en quatre actes qui m'a beaucoup plu. Un autre genre donc pour terminer ce recueil.

Un lien encore entre ces 8 textes : le choix des prénoms pas très courants il faut le dire. Jugez plutôt : Godelieve, Herlinde, Enguerrand, Alistair, et j'en passe.

Un bon choix pour les amateurs de nouvelles.

Philippe Desterbecq

L'Etoile Magique

Philippe Desterbecq a lu "Le vertige empaillé" de Laurence Amaury

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M-Noëlle FARGIER 12/05/2015 06:44

Hier matin, j'ai lu cette fiche de lecture en connivence avec ces extraits de nouvelles. Je n'ai pas fait de commentaire immédiatement, j'avais juste envie de continuer "à vivre" ces mots que j'ai trouvé sublimes.

Philippe D 11/05/2015 12:19

J'ai rencontré Laurence samedi et je lui ai fait part de mes sentiments au sujet de ce très bon recueil de nouvelles.

Jean-Louis Gillessen 11/05/2015 11:32

Edmée et Micheline ont tout si bien dit ... je les rejoins.
Merci pour cette note de lecture agréable à lire, Philippe.
Je reconnais ton style ....

Micheline 11/05/2015 08:25

Jolie note de lecture et magnifiques extraits choisis.

Edmée De Xhavée 11/05/2015 08:24

Oui, voici de quoi nous mettre sur la voie, merci pour les extraits qui sont révélateurs du style et puis de ton avis personnel!

Carine-Laure Desguin 11/05/2015 08:17

Une très belle note de lecture qui nous permet de (re)découvrir les textes de Laurence Amaury. Pour rappel, Laurence Amaury est la présidente du cercle littéraire hennuyer Clair de Luth. Elle a reçu pour ses poèmes, en 1982, le prix Hélène Van Hove et, en 2010, le prix Mons/Emile Poumon de l’AREAW pour son recueil de nouvelles Escales en Absurdie.