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Le blog Aloys

24 heures de tentation d'un séminariste... une nouvelle de Philippe Tribes

7 Janvier 2011 , Rédigé par aloys.over-blog.com Publié dans #Nouvelle

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24 h de tentation d’un séminariste.

 

Cocorico ! Cocorico ! Une mélodie fermière me sort de mon rêve interdit. J’ai dormi du sommeil du juste, sous une couette offerte par un de mes fidèles. 

Hier soir, j’ai été invité chez un notable d’une petite bourgade du sud de la France. J’ai bien mangé et bien bu, comme le dit si bien la chanson…

J’ai obtenu des fonds pour la création d’un orphelinat dont je serai bien entendu le responsable. J’ai amassé une grosse somme d’argent contre une promesse de rédemption divine que seul Dieu décidera d’accorder ou non. 

Ce matin, je suis invité chez la baronne Agathe de Boncourt dont le mari est décédé récemment d’un cancer. Je porte un costume de circonstance, en symbiose avec cet évènement tragique. Je ne supporte pas la soutane, ce haillon de pauvreté que nous impose le clergé.

Dieu est synonyme d’amour et de joie partagés. Je suis le digne représentant d’une nouvelle génération de jeunes prêcheurs ambitieux. Le curé de campagne vit dans la misère et la pauvreté pour représenter dignement son sauveur.

C’est la seule solution trouvée par le clergé pour apprivoiser ses fidèles serviteurs. J’aspire à de hautes fonctions diplomatiques pour accéder au paradis épiscopal. Ma seule ambition est de gouverner, de guider mes prochains sur le chemin de mon Christ bien-aimé.

Rome, Rome, comme disait César ! Je songe à cette capitale où les cadres supérieurs profitent de l’argent des bonnes œuvres. L’oisiveté et le fric sont les sauveurs de l’humanité. 

Notre vieille mère l’Eglise est divisée en deux clans. D’un côté, les hommes qui se soumettent à l’autorité chrétienne et de l’autre, ceux qui font respecter cette toute-puissance divine, savoureux cocktail de terreur et de pouvoir.

Dans mes rêves quotidiens, je suis gouverneur du peuple élu. Je fais respecter les lois de la haute autorité ecclésiastique, sous ma domination sans faille. 

Cette étape au pays du soleil méditerranéen n’est qu’une simple halte pour aboutir à mon objectif suprême : « Etre le roi des chrétiens ».

La religion est contrôlée par des païens de la finance internationale. 

Ces Judas du Christ sont rétribués grassement par l’Eglise pour faire fructifier le patrimoine du clergé. Mercenaires de la pauvreté, ils touchent des millions de dividendes afin de garantir à cet état dans l’état des revenus de multinationales. 

Nous sommes très loin des grands principes d’entraide et d’amour préconisés par notre Seigneur tout-puissant.

A Rome, la hiérarchie est terrible ! L’armée ou l’administration font figure d’entreprises libres. On vous attribue des grades de compétences pour bosser pour le bien exclusif du clergé.

Enfin, vous devez posséder cette foi aveugle dans l’Eglise malgré des procédés dignes d’un réseau mafieux. L’objectif de cette entreprise chrétienne est d’engranger le plus d’argent possible afin de soudoyer certains serviteurs de Dieu.

Bien évidemment, les plus fidèles seront récompensés de leur loyauté. Quand aux pauvres samaritains, ils ne reçoivent que du pain et de l’eau. Ils vivent dans des conditions précaires pour équilibrer la balance de la culpabilité.

Ces vrais serviteurs de la misère humaine font preuve d’une réelle foi et d’un dévouement sans faille à l’égard des plus démunis. 

La pression psychologique est omniprésente dans les couloirs du Vatican. Les conflits de personnes sont très fréquents. 

Il règne, dans cette prison du Seigneur, un code d’honneur propre à tout gouvernement royal. Les lois cléricales sont à respecter avec rigueur. Cette absence de pensée libre est devenue bien banale dans les couloirs du Vatican.

Il est impossible de prendre la moindre initiative sans en demander le consentement à une hiérarchie figée dans le béton.

Vous devez penser et parler avec un code de langage type de la maison. Rien d’autre n’est toléré ! 

De cette manière, l’Eglise évite les tentatives de putsch à l’intérieur de l’enceinte. Le petit curé du village demeure la carte de visite emblématique du clergé. 

Grâce à ce stratagème de pitié, elle soutire des revenus de fonctionnement. Les fidèles ne servent qu’à faire tourner la machine à fric de cette multinationale. 

En outre, la presse et les gouvernements politiques ferment les yeux sur ces transactions frauduleuses pour éviter un éclatement de tous ces esclaves vers des sectes étrangères. Ce refus des différences humaines est un danger permanent pour notre société.

5 h 30, je descends les escaliers pour prendre mon petit déjeuner. L’odeur du café titille mon nez. Une belle tranche de pain tartinée me ramène à la réalité. 

Après avoir ingurgité le repas de Dieu, je me dirige vers ma bonne action matinale : La prière. Cette méditation quotidienne confirme que je suis un bon citoyen de Jésus-Christ. Prier, encore implorer cet homme pour justifier votre temps de recueillement, acte indispensable à un bon chrétien. 

Cet acte de prière est une preuve irréfutable de notre fidélité à notre Seigneur. Ce moment de solitude est pour la majorité d’entre nous, un exécutoire contre la morosité de la vie cléricale. 

Je vis dans une maison bourgeoise, fermée de toute communication avec le monde actif. Je ne suis qu’un homme de chair et de pensée. J’ai un besoin fondamental d’être aimé par d’autres hommes, et j’affirme ma sexualité inhibée au travers de mes fantasmes. 

J’ai envie d’extérioriser ma colère et ma tristesse pour vivre en harmonie avec moi-même. J’ai besoin de rencontrer « mon Eve » pour partager avec elle ce flux d’amour qui sommeille en moi. 

Avec le temps, je m’enlise insidieusement dans cette dictature religieuse. Dieu m’interdit d’avoir une relation amoureuse et charnelle avec une femme. 

Le simple prétexte pour me refuser cette union se situe dans cette unicité amoureuse avec Jésus. Ce partage d’émotions et de sentiments amoureux procurerait un bien-être fabuleux pour tous ces prêcheurs de la Bonne Parole. 

J’aimerais construire une relation affective avec une femme. Je suis le messager de Dieu et non son esclave… 

Je prie, pour me déculpabiliser de penser différemment des autres prêtres. J’ouvre une communication directe avec le Seigneur.

Je veux régner sur la misère d’un monde affamé de bonnes paroles. 

Je serais le régulateur de l’équilibre mondial, son horloge céleste. 

Je ressens une irrésistible envie de m’approcher du Christ et de former avec lui une entité spirituelle. La vie est un véritable cadeau de Dieu. 

Notre existence est un capital précieux que nous préservons pour le faire fructifier avec le temps. Je suis tiraillé entre l’ambition de la foi et l’amour d’une compagne.

L’Eglise prône l’interdiction du préservatif. Elle gifle le monde d’une citation moralisatrice : 

« Restez fidèle à votre conjointe et vous serez récompensé par Dieu en n’attrapant pas le sida ». 

La religion s’enferme dans une dictature où les fidèles acceptent sans rémission les paroles divines. Pourtant, l’absence d’une sexualité normale engendre de graves dysfonctionnements psychologiques.

Elle génère une intolérance à accepter les différences humaines. Ces prêcheurs de bonnes paroles fréquentent régulièrement des établissements spéciaux pour assouvir leurs pires fantasmes refoulés. 

Ils se ruent sur les petits paroissiens, véritables agneaux de Dieu, pour les sacrifier sur l’autel de la prière afin de les déposséder de leur virginité. 

Je suis né pour aimer les hommes. J’offre à mon Créateur des vies, curieux mélange de l’amour de deux êtres. Je possède la foi sans faire le déni de l’amour d’une femme. 

9 h 30, je m’arrête devant le portail du château. Une surveillance vidéo m’accueille sans chaleur. Quelques instants plus tard, j’arrive à l’entrée de cette superbe demeure. 

Une femme d’une trentaine d’années me sourit chaleureusement. Mon cœur bat la chamade. Je sens le sang du Christ bouillir dans mes veines. Je suis porté par un sentiment surgi de nulle part… Je réalise qui je suis réellement. 

Mon esprit roule comme un train de marchandises qui recherche sa gare de passage.

30 printemps, libre d’amour…

Pendant que je me délecte de ses paroles, je n’ai toujours pas émis la moindre proposition sur ce projet qui me tenait tant à cœur, ce matin. 

Je m’abreuve de ses paroles, traversant son cœur comme un chevalier des templiers. Je suis en pleine guerre de religion avec mon inconscient. 

Le malin se propage insidieusement dans mes veines. Sa présence n’est pas le fruit du hasard mais une tentation du diable. Je ne suis pour elle qu’un interdit parmi tant d’autres, un moment d’excitation passager.

Elle souille ma fidélité à Dieu par son désir charnel. Je m’enfonce dans une bigamie platonique, doublée d’une histoire d’amour pour le Christ et son Eve. Elle est le fruit de sa création. 

Elle m’invite à partager le repas de Judas. Je suis si heureux d’être avec elle…Je n’ai qu’une seule envie : la prendre sur-le-champ. Mes sentiments d’homme prennent le pas sur la foi. Où es-tu, sauveur des hommes ? 

Au fur et à mesure que nous partageons le déjeuner, de grandes confidences éclatent au grand jour. Un prêtre ne peut se confier qu’au Seigneur et à personne d’autre. Je ne trouve plus aucun réconfort dans mes prières avec Lui. 

Ma muse est là, bien réelle. Elle est vêtue d’un tailleur évasé dans lequel son corps chaud appelle le démon. Il sommeille en moi…

Nous formons un couple uni par des émotions bien communes. 

Je suis un volcan rempli de lave qui coule le long du visage du Christ. Mes sentiments me menottent à elle, comme Judas l’était au Seigneur.

Je me lève pour m’enfuir de ce bûcher de Satan. Elle s’offre à moi, comme un mouton sur l’autel de la rédemption. Je suis prêt à l’aimer pour le restant de mes jours. 

Ce choix est une impossibilité technique du clergé, synonyme d’unicité affective avec le Sauveur. Pas de tentations, pas de failles… 

Le Christ avait pourtant une adoration sans bornes pour les enfants. Ils représentaient pour lui une source de fraîcheur, de pureté, et de spontanéité naturelle. 

Le couple et les enfants sont un pont d’amour. Cet ancrage affectif nous procure une stabilité émotionnelle. S’aimer d’abord, avant d’aimer sa femme et ses enfants, reste une simple logique de la vie. 

Une peur sauvage m’entraîne soudainement vers une solitude de prière. Je devine que je suis drogué à la culpabilité épiscopale. Cette religion d’exclusivité m’invite à me morfondre sur moi-même. 

Mon ambition religieuse laisse la place à une moisson d’émotions et de sentiments refoulés. Je redeviens un être de chair et d’amour où mes pulsions primaires remontent enfin à la surface. 

Je décide de prendre congé d’elle. Une vague de remords m’agrippe et me guide vers la honte. Je me retire dans mon antre de prière pour m’absoudre de ce péché charnel. 

A peine sorti du château, mes pensées déambulent dans le couloir de l’amour. Je suis bousculé comme un roseau sur la verge du bonheur. D’un pas lent, je regagne mon véhicule. 

Je suis pris en otage entre le Seigneur et le Malin. L’amour est en moi… Il gagne ma chair et mon âme, refusant toute défense contre mes pulsions. 

Je suis esclave d’un amour spontané, d’un coup du destin. Je viens de franchir la zone interdite qui m’amènera à perdre mes droits de prêtre. 

20 h, je n’ai de cesse de penser à elle. Je ne suis qu’un interdit pour Elle, une gare de transit, un fruit défendu… Je suis manipulé par Lucifer, je m’égare du droit chemin. 

Je suis amoureux d’une simple représentation du Christ. Cet amour interdit est un cadeau du Tout-Puissant. Ma passion est partagée entre le sauveur et la future mère de mes enfants.

La sonnerie du téléphone retentit. C’est Elle… Agathe m’invite demain chez elle. Je vogue sur une mer tumultueuse où ses cuisses ouvertes n’attendent que le feu. 

Demain, toute ma vie sera transformée par cette rencontre prédestinée. Sa proposition satanique est un présent du Ciel ou un pas vers le monde des ténèbres. 

Cette culpabilité me fait honte. J’ose exprimer mes émotions latentes. J’aime l’imprévu de ces vibrations qui attisent mes sens, elles jaillissent sans retenue… 

Personne n’est à l’abri d’une pulsion incontrôlable qui bouleverse votre vie affective du jour au lendemain. Je sacrifie mon corps et mon âme pour cette païenne sans scrupules. 

Dans un dernier élan de foi, je me réfugie dans la prière rédemptrice qui durera toute la nuit. Demain matin, je serai peut être à nouveau cet homme de foi, ce serviteur dévoué à son Maître. 

J’aspire à entendre un message de mon Sauveur pour me délivrer de mes pensées de chairs et de plaisirs physiques. Je suis persuadé que le malin est de mèche avec Elle pour souiller ma pureté. 

Minuit, j’implore le Tout-Puissant pour qu’il repousse le démon. Je désire rejoindre le paradis. Je dois expier mes péchés d’interdits. 

Je me flagelle le corps pour ressentir la souffrance de ce pauvre prêcheur. J’exhorte cet esprit revêche qui accapare mon âme. 

Mon corps se contorsionne dans tous les sens, provoquant des hématomes sur mon visage. Je veux en terminer avec la vie pour l’offrir à mon Créateur.

Les heures qui défilent me guident vers le droit chemin de ma destinée. Aimer n’est pas un crime, bien au contraire, c’est un acte d’amour partagé entre deux êtres qui désirent unir leurs destinées vers la création de la vie. 

Je traîne ma déchéance sur mes épaules. Persuadé d’avoir pris la bonne décision, je commence à prier jusqu’au petit jour. 

Me voilà enfin en paix avec moi-même... Ce choix de passion ne peut s’unir avec celui de la raison. Mon instinct décidera… 

Mon amour pour le Christ est grand, il sera toujours aussi important que cet amour charnel. J’aime le Seigneur en pensée et pourtant j’adore cette femme dans mon ventre. 

Une faible clarté me conduit vers la terre de mes ancêtres. Mon cœur exulte de bonheur. Le soleil se lèvera toujours à l’Est, quoiqu’il advienne de moi. Cela restera le seul « toujours » de mon existence.

 

 

Philippe TRIBES

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Anne renault 14/01/2011 13:17



Je me suis plusieurs fois demandé en lisant ce texte s'il s'agissait d'une terrible ironie envers la religion et aussi du personnage envers lui-même. Enigme non résolue...



claude danze 11/01/2011 17:12



Que voilà un texte qui met dans le mille de tout un pan de ma vie: j'ai été très catho,  aujourd'hui, je ne peux plus : l'Eglise n'est plus, pour moi, qu'une secte qui s'est s'acoquinée avec
de troubles gouvernants et à laquelle j'ai eu la chance et/ou la clairvoyance d'échapper. Place à la vraie vie, sans culpabilité continuelle, sans le fatras de la bondieuserie. Pour le reste,
tout est dit dans ce texte qui oscille entre essai, nouvelle, pamphlet, confession... Je ne pourrais dire s'il m'a "plu". Simplement, il touche au coeur du vrai: il m'a entraîné d'une traite à
son terme.



Philippe D 07/01/2011 21:14



Pas vraiment une nouvelle mais un texte fort quand même.


L'Eglise a souvent tort et on peut le lire ici entre les lignes. L'amour chez les prêtres : un sujet tabou!


Bonne soirée.



carine-LAure Desguin 07/01/2011 12:35



Texte assez remarquable par son style et puis aussi le sujet ...La tentation vers les interdits reste un sentiment très douloureux; celui ou celle qui résiste est fort, très
fort;



Steph 07/01/2011 10:47



Une analyse sans fioriture d'une âme humaine. Bravo à l'auteur !



Hugues Draye 07/01/2011 09:07



remarquablement bien écrit


très réaliste, très sincère


Philippe Tribes est prêtre lui-même ?



christine 07/01/2011 06:48



Eh bien !!!! portée par le récit à la première personne, je suis les périples d'une conscience tiraillée mais réaliste... Va-t-il succomber ou pas ? Est-ce vraiment là la question ?