« gcfghksxldfmwsdc », une nouvelle de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

 

bobclin

 

 

«  gcfghksxldfmwsdc »

 

‘gcfghksxldfmwsdc’ se dit-il in petto ! En fait, c’est impossible à exprimer avec les lettres de l’alphabet puisque ce n’est même pas un son (il n’a pas de bouche), mais une pensée qui perce dans son subconscient sous la forme d’une onomatopée virtuelle.

 

On pourrait traduire par ‘tiens ?’, ‘comme c’est curieux’ ou ‘étrange’ .

 

Ce n’est même pas un bruit, puisqu’il est liquide et coule en silence. Un être humain le  confondrait avec des gouottes de pluie ou une tache de mazout, compte tenu de sa réverbération irisée.

 

Mais alors quoi ? C’est une sorte d’extra-terrestre ?

 

Même pas, puisqu’il vit au même endroit que nous, mais dans un espace-temps distant d’une infime fraction de nanoseconde, un univers parallèle où la vie s’est développée au départ de l’hydrogène et non pas du carbone. Peu importe. Il s’est produit une subtile vibration spatio-temporelle et hop, le voila qui débarque chez nous (une chance sur un milliard) …

 

En principe ça ne dure jamais longtemps, encore que son temps à lui soit atomique. Mais ne compliquons pas les choses…

 

«  gcfghksxldfmwsdc » se dit-il in petto, en tombant nez à nez dans un caniveau avec un vieux thermomètre brisé en deux. 

 

C’est que la goutte de mercure qui y reste collée l’attire d’une façon incroyablement émouvante. 

 

Il n’a jamais vu (barrons le mot, car il n’a pas d’yeux non plus), il n’a jamais connu un ‘autre’ aussi beau et d’une fluidité aussi ferme. Il existe bien sur quelques ‘autres’ très denses dans sa soupe primordiale, mais leur poids est insignifiant comparé à ce qu’il  découvre comme une révélation… celui-ci a une densité qui l’étourdit de sensations, le traverse d’infimes vaguelettes de plaisir et le gonfle de désir.

 

Le voila qui roule comme une minuscule boule gélatineuse, vibrante de sentiments condensés, vers l’orifice du tube en verre où, comme attiré par un aimant,  il s’infiltre d’un jet amoureux vers le liquide gris d’où n’émane pourtant aucune pensée d’union, rien sinon… une indifférence totale.

 

C’est déjà fini. Ils n’ont même pas eu le temps de se mélanger. Un frémissement de l’espace-temps l’a soudain ramené dans son univers parmi les autres liquides.

 

Mais il ne reluit plus, s’étale comme une vieille flaque et ne révérbera plus jamais les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Notre univers est insondable et dangereux.

 

 

Bob Boutique

www.bandbsa.be/contes.htm

 

Publié dans auteur mystère

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Anne Renault 12/10/2011 10:24



J'ai pensé à Bob hier, à cause du titre... mais pas sûre, me suis abstenue.


Bel exercice d'imagination, loufoque et poétique. J'aime beaucoup.
Anne



Claude Colson 11/10/2011 20:13



Rien qu'à voir le titre, j'avais pensé à lui mais pas lu le reste. je viens seulement de le faire : ah, l'imagination de ce bob !



Louis 11/10/2011 20:08



J'aurais dû m'en douter. Bob écrit souvent le mot sûr sans accent circonflexe !



carine-LAure Desguin 11/10/2011 19:16



Et bien je n'ai pas pensé à bob ! Ohhhhhh ! C'était pourtant une évidence:D



Philippe D 11/10/2011 19:13



Bob? J'y ai pensé une seconde, une seconde seulement! Une autre façon d'écrire, alors. Bravo Bob!



christine 11/10/2011 19:12



Une nouvelle de notre ami Bob ! Qui l'eut cru ? Moi, évidemment mais j'avais la réponse !