Paul Maakad lit l'un des textes du recueil de poésie "Bouillonnement"

Publié le par christine brunet /aloys

https://youtu.be/PprpxPf5w7c

Paul Maakad lit l'un des textes du recueil de poésie "Bouillonnement"

Publié dans vidéo, Poésie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Paul Maakad 30/01/2018 20:53

Mon recueil de poésie est officiellement paru: il est disponible à la commande chez tous les libraires ainsi que sur le site de la formidable maison d'édition "Chloé des Lys", à qui je rends hommage.

Voici le lien de la page qui le présente et sur lequel l'on peut se le procurer:

https://www.editionschloedeslys.be/catalogue/1061-bouillonnement.html

Je vous saurais infiniment gré d'en parler autour de vous afin de participer à la promotion du livre; merci à tous :)

Micheline 20/10/2017 09:23

Un texte très fort.

Paul Maakad 24/10/2017 22:18

Merci beaucoup Micheline; j'espère que ça t'aura donné envie de lire le reste des textes :)

Edmée De Xhavée 20/10/2017 08:58

J'aurais aimé avoir aussi le texte, pour suivre, car on entend pas toujours nettement... ce que est dommage! Bravo pour la fluidité en tout cas!

Paul Maakad 24/10/2017 22:27

Merci beaucoup Edmée :)

Voici le texte que je déclame:

Guerre

Une amie vient de me proposer de sortir prendre un verre mais j’ai dit non ; j’ai eu envie d’être seul. Ne vous arrive-t-il jamais de vouloir couper toute connexion avec le monde extérieur et vous isoler ? N’entendre que le bruit sourd du silence – émaillé de temps à autre par le son d’un klaxon fuyant, au loin ? S’abandonner à une espèce de léthargie douce et indifférente, néanmoins profonde et existentielle ?

De ces moments d’apparent néant, l’âme se voit libérée de toute restriction et autre norme, entraves à son épanouissement ; tel un oiseau lâché par son ancien dompteur, elle file enfin au vent et fait remonter des sensations oubliées, enterrées, que la conscience même croyait inexistantes.

Vagabondant au gré des courants, elle croise ici la joie, là l’abattement, par ici l’insouciance, là encore le dépit.
Et moi à Beyrouth, sur mon canapé, une tasse de thé collée à mes lèvres, je fixe le boulevard Sami el Solh et mon esprit voyage à la rencontre de ce mot : guerre.

Guerre du Vietnam, guerre des Malouines, guerre Iran/Irak, première Intifada, seconde Intifada, guerre du Golfe, première guerre mondiale, seconde guerre mondiale, guerre des six jours, du kippour, guerre civile somalienne, du Tadjikistan, du Liban, guerre, guerre, guerre…

Savons-nous seulement ce qu’est la guerre ?

Pouvons-nous réellement sentir ce que ce mot cache d’épanchements de passions grégaires, vestiges bien vivants de notre bestialité la plus vile ?
Arrivons-nous à comprendre – avachis confortablement en face de la lucarne d’illusions – ces femmes pleurer la perte de leur chair, réduite à un tas de viande baignant dans une mare de sang et d’organes ?

Suis-je en mesure de me rendre compte que les rues dans lesquelles je marche quotidiennement servaient d’autel à la folie humaine la plus barbare il y a encore vingt ans ? Que l'on ne pouvait faire un pas sans craindre d’entendre un "clic", synonyme de suicide forcé ? Que la simple course pour aller chercher un ravitaillement en eau ou en pain s'apparentait à une partie de poker, dans des ruelles trouées, éventrées dont la puanteur et les talus de déchets pouvaient à tout moment faire office de cercueil, dans l’effroyable
mutisme de l’indifférence générale ? Que sur ce même boulevard Sami el Solh qui voit déambuler badauds et touristes, des francs-tireurs, véritables mercenaires de mort cachés derrière fenêtres et balcons, tiraient à vue et se
faisaient payer à la photo du descendu ?

Puis-je enfin ne serait-ce qu’effleurer l’indicible, l’inénarrable sentiment de solitude que représente la perte d’un fils, d’une fille, d’une mère, d’un père ?

Laissons parler ceux qui ont connu le malheur de la guerre ; eux seuls peuvent nous conter le bonheur de la paix.