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poesie

Albert Niko nous propose de courts poèmes...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Pour Vincent

 

Je garde cette chaise devant moi comme quelque chose qui ne fume ni ne sourit, et chance lui est pareillement donnée d’égarer mon visage une fois que je serai parti. Je ne pourrais pas peindre.

J’ai vu assez de natures mortes comme ça.

Tout ce qu’ils ont fait de leur vie s’étale sous mes yeux.

Ces mots flottent entre nous, comme une mouche indécise.

 

*

Un nouveau jour

 

Pour ces heures lasses où croire est ce nouveau jour par la fenêtre, je descendrai un moment mon miroir le temps que le monde saute à l’intérieur, et de retour là-haut je le montrerai à ma fenêtre, et tous deux riront bien ensemble.

 

*

Le commerce de l’ombre

 

Je suis entré et j’ai traversé le magasin jusqu’au fond, où j’ai laissé l’ombre prendre mes mesures.

J’ai payé ce qu’il me coûtait en lumière, et l’ombre m’a tendu trente nouvelles années.

C’était des standard.

Je suis ressorti et j’ai commencé à mordre dedans.

Elles étaient à point.

 

*

Fleurs d’un jour

 

Ils rentrent tous deux de leur petit tour, les yeux pleins de ces sourires qu’ils ont reçus en chemin.

Chacun retire les yeux de l’autre et les dépose dans un vase avec un fond d’eau au centre de la table.

Avant de prendre place autour.

 

 

Albert Niko

Publié dans Poésie

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Thierry Ries a lu le recueil de poésie de Christian Nerdal "L'homme à tête de taureau"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

CHRISTIAN NERDAL, L’homme à tête de taureau, éd. Chloé des lys, 2015.

 

 

Cet homme, à tête de taureau, n’est pas donneur de leçons. Pas plus que le poète. Christian Nerdal se regarde du dedans, observe plaies, sel sur les lèvres, antimatière de ce monde et passe le mot. Tout y surgit, vie, famille, alchimies, mythes et foi (que serait un poète sans une matrice de spiritualité ?), amour et mort.

Puis la langue, ses sonorités cocasses, lancinantes, étranges, parfois coquines, accidents heureux, coïncidences à saisir. Tout trouve grâce et désir d’apaisement dans L’homme à tête de taureau - un tableau et son titre de Picasso qui avaient frappé le poète-, pourvu que cela vibre et fasse écho, pourvu que tout se recoupe, se détache, ou plutôt vienne augmenter et mettre en mots la panoplie complexe des perceptions sur la condition humaine. Pourvu que le texte ou le poème, ainsi que l’humour, absurde, bien sûr, tendre aussi - Ah ! Ces irrésistibles Paulette, Petite Paule et Paulinou !- permettent d’en saisir la pointe acérée, trop lucide souvent.

À peine couchée, la page assoiffée laisse place à une voie de mues et de détachement possibles, avant l’épurement. Avant le retour obligé du réel, donc du duel. Pour Nerdal, toutefois, la dérision reste apaisante, l’animisme incontournable, afin justement de dépasser, subjuguer ce monde tangible : L’Homme à tête de taureau, s’est mis en quête du fameux Cimetière des éléphants, suivant, solennel corbeaux, rossignols et marabouts. Que ce soit avec la gravité d’un félidé vieillissant ou avec la légèreté bienfaisante de cet hilare portrait de nous dans Drôle de faune, drôles d’oiseaux. Que ce soit dans l’amour, le corps, entre identité et altérité, que ce soit dans les arts les limbes, la mythologie et la langue, que ce soit tout cela à la fois, notre poète se veut fusionnel, sans compromis.

Christian Nerdal se décline, se débat, se « démesure ». Il nous parle beaucoup de naissances, débarquées sur terre comme une part de divine offrande qui saute aux yeux, au cœur, à l’âme. Ces miracles disent leur nom, leur essence ne peut être que d’ailleurs, de merveille. Il dit l’enfance, qu’il prend par la main, comme dans la pureté clamée, scandée de A Ghlin sous la terre, pour nous jouer un air de slam « underground », dans les allées d’un autre cimetière où pères, pierres et repères ne sont plus que feux follets insaisissables ; ou gravés à jamais. Triptyque du temps qui échappe à tout. A tout, vraiment ?

Pour notre poète, le langage, toujours lui, prolonge, quand il ne les transcende, l’expérience, la tentative de discernement du passant qu’il est, que nous sommes. Parfois au-delà de l’entendement, parfois dans la crudité de l’élégance. Plus encore, la syntaxe française se rend à la frontière ténue qui se décide au carrefour de la destinée, comme dans Tu es. Ou encore comme dans La condition humaine, où l’ivresse et l’irrésistible absurde se disputent le gouvernail de notre frêle et trop rapide embarcation. Des tableaux défilent, prières aux visages de femmes, qui laissent le poète au bord d’une plage, nanti d’un souffle lyrique, communiant avec une hypothétique épouse gitane, sur des Variations sur un vers de léonard Cohen.

Et la quête de se poursuivre ; d’aquarelles en frissons, de contes et comptines en éclats et brisures, l’image et la musique se muent en mots de brume où Nerdal marche d’instinct, là-bas où, quelque part, sursautent les voix de naguère. Des souvenirs publics d’une autre décennie, intenses, bidonnants ou spirituels, de café-théâtre harvengtois ou de vie de château écaussinoise, me reviennent délicieusement, ici, à la relecture des poèmes Quand et Si l’on comparaît. Le recueil se décline en quatre parties de longueur inégale, faisant la part belle à l’été comme à l’hiver, autour des quatre saisons de la terre et de la vie : Aurore, printemps, écriture ; Jour, été, amour ; Crépuscule, automne, idéal ; nuit, hiver, mort. Avant, un dernier sursaut intitulé : Sacrifice, un dernier poème, l’élan religieux de celui qui relie, une forme de testament qui referme ce livre dans les profondeurs du temps, entre éblouissement et puissant dépouillement de l’abandon final. Si Christian Nerdal n’est pas donneur de leçons, que voici donc pourtant une somme de vie où, entre naissance et mort, naître et renaître.

 

THIERRY RIES

 

Publié dans Fiche de lecture, Poésie

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"J'ai vu passer...", un poème signé Alfred HERMAN

Publié le par christine brunet /aloys

J'ai vu passer...

 

J'ai vu passer d'étranges visages

A Ostende, un jour de carnaval,

J'ai entendu d'étranges langages,

J'ai vu, d'Ensor, l'affreux festival.

 

J'ai vu cet homme aux longues oreilles,

J'ai vu la femme au nez retroussé,

J'ai vu le gosse aux lippes vermeilles

Sur un singe au regard d'enfoiré.

 

J'ai vu l'homme au masque de squelette,

J'ai vu la femme au masque chinois,

J'ai vu le gosse au masque à sonnettes,

Taquinant Pierrette au frais minois.

 

J'ai vu passer le cortège aux masques,

Comme un régal de saintes horreurs,

Le vent l'éructait dans ses bourrasques,

La mer digérait mal ces clameurs.

 

J'ai vu passer les mêmes visages,

Chaque jour, après le carnaval.

J'ai reconnu les mêmes langages,

Chaque jour, après le festival.

 

La vie est cet étrange cortège

Qui passe devant nous sans arrêt,

Et chacun, dans ce sot cortège,

Fait, de son masque, son vrai portrait…

 

Alfred HERMAN

Publié dans Poésie

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Albert Niko nous propose un court poème...

Publié le par christine brunet /aloys

 

Vers le Dakota

 

Le sens réside dans une brouette.

Ou dans la manière qu’à cet homme de tenir sa brouette, et ce qu’il reste du jour est ce qu’il en rapporte.

Le sens réside dans un paquet de riz crevé.

Et cette mouche décrivant une même boucle autour d’une ampoule.

C’est une vieille femme que tu n’as jamais vue sans son chien, sans son gilet rose, sans autre image d’elle-même qu’une vieille dame sortant son chien et qui, rendue en haut de la côte, a toujours ce regard pour la fuite des jours vers le Dakota.

Dix fois par jour.

C’est un bus qui s’éloigne, un train qui t’arrive et que tu prends juste parce qu’il n’a jamais été question qu’il en soit autrement.

Et, tournant la tête, tu rencontres ces deux seules chaussettes noires pendant du séchoir, ainsi qu’une batterie de pommes qui jamais ne rêvent d’une autre vie.

Et tout ce que tu peux voir au-delà, de ta fenêtre – les maisons, les voitures garées, toutes ces petites créatures qu’un soleil aveugle affole – est mort en apparaissant.

 

Albert Niko

Publié dans Poésie

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Albert Niko nous propose cinq nouvelles apparitions

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Les fourmis dévalant du quignon de pain que s’octroie le chien

 

***

 

Les klaxons incessants d’un mariage : à mon tour j’aboierais si j’étais chien

 

***

 

Passée l’averse, il commence à pleuvoir sous l’arbre

 

***

 

Le sentier qui part à l’embranchement – ce sentiment

 

***

 

Le chien me regarde quand lui regarde son chien

 

Albert Niko

Publié dans Poésie

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Paul Maakad lit l'un des textes du recueil de poésie "Bouillonnement"

Publié le par christine brunet /aloys

https://youtu.be/PprpxPf5w7c

Paul Maakad lit l'un des textes du recueil de poésie "Bouillonnement"

Publié dans vidéo, Poésie

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"Je ne verrai plus...", un poème signé Alfred Herman

Publié le par christine brunet /aloys

 

Je ne verrai plus...

 

Je ne verrai plus la Mer du Nord,

Je n'entendrai plus rugir la houle.

Comme ils semblent loin ces petits ports

Sentant bon les frites et les moules.

Ostende larguait depuis ses quais

Ses grosses "malles" vers l'Angleterre,

Ses quais où pendaient les poissons frais,

Son vieux port aux navires de guerre.

 

Blankenberge, aux bateaux de pêcheurs,

Etalait ses marchés populaires.

L'estacade où les flots en fureur

Aspergent le passant solitaire.

 

Zeebruges dorlotait ses voiliers,

La Panne aux tapis de coquillages,

Knokke et ses villas d'éclat princier,

Un vrai paradis pour troisième âge.

 

Partout rugissait la Mer du Nord,

Léchant le sable fin des plages,

Les brise-lames portant pieux morts,

Algues brunes et moules sauvages.

 

Ce plat pays, était-ce le mien?

Non, ses plaines étaient trop flamandes.

Face au lac, je m'en souviens,

Ce soir sur cette terre romande.

 

 

Alfred HERMAN

Publié dans Poésie

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Didier Moné nous propose un poème extrait de son recueil "A fleur de plume"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 
 
DOMINUS (extrait)

Quand il referma la porte
Lentement, elle lâcha ses cheveux
Ce soir elle n’est plus cette autre
Qui refuse de se dévoiler
Celle qui s’interdit la liberté
Courtisane, fille de joie, qu’importe
Ce soir elle est vôtre,
Et c’est tout ce qu’elle veut.

Brisez mes chaines,
De femme trop bien-pensante
Prenez les rennes,
Je veux être immorale, indécente
Soyez la bête qui hante mes rêves
Le seigneur au puissant glaive.

Elle a rangé sa virginale blouse
Et enfilé une tenue de catin
Elle ne sera plus seulement l’épouse,
Mais une authentique putain,
La gracile andalouse
Aux pieds de son souverain.

Dans votre cave humide,
Entrainez-moi, effeuillez-moi
Je ne veux plus être la timide
Mais la coquine qui plait à son roi
Regardez-moi, pétrissez-moi
Que ma fleur éclose sous vos doigts.
 
 
 
Didier Moné

 

Publié dans Poésie

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Didier Moné nous propose deux poèmes extraits de son recueil "A fleur de plume"

Publié le par christine brunet /aloys

 
 
A L’OMBRE DE TES YEUX

La beauté suprême inégalée
Le luxe des palais jamais érigés
Les temples des divinités
Les pyramides, les mausolées,
Les basiliques, les mosquées,
Fascinants de somptuosité
La splendeur d’un ciel étoilé
Ou l’immensité de la voie lactée
Ne sont que fumée sans feu
À l’ombre de tes yeux.

Les formules de magie,
Les incantations, la sorcellerie
La sombre machination Illuminati
Les rituels divinatoires vaudous
Les faux prophètes, les gourous
Les décoctions des marabouts
Les rites moyenâgeux
Et tous les pouvoirs des dieux
Ne sont que du vent
Qui caresse tendrement
Et s’éteint brusquement
A l’ombre de tes yeux.

A la mort, à la vie
La porte du paradis
L’éternelle jouvence
La plus belle des danses
La plus douce des chansons
Le plus précieux des dons
Et la splendeur des cieux
Qui brillent à l’ombre de tes yeux.

 
 
 
A LA FRONTIERE DES DEUX MONDES ( extrait )

 
III- Lampedusa…

Aux plages de sable blanc, tachées de sang noir
Mer cristalline, mirage aux allures de mouroir
Cimetière où reposent pour l’éternité
Les âmes des nôtres, tombés sans dignité.
Que deviennent les prières de ceux qui sont restés ?
Perdues dans les abîmes de l’indifférence…
Dans le silence complice de ceux qui sont bien nés
Le mépris de l’aide empreinte de condescendance.
Tes côtes luisantes au parfum de majesté
Camouflent tragédies en Méditerranée.
Et dans la nuit de la prochaine traversée,
Isola bella, ne perds pas ton humanité.
 
 
Didier Moné

Publié dans Poésie

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Didier Moné nous propose deux poèmes extraits de son recueil "A fleur de plume"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

ET SI L’ON PARTAIT ( extrait)
 

Et si l’on partait,

Par-delà les montagnes, contempler la lagune
Qui dessine à l’aurore sous un manteau de brume
L’ombre des murs aux charmes éternels
Masques et costumes, patrimoine universel
Façades défraîchies par le temps qui s’étire
Cachots oubliés qui se noient pour mourir.
La valse des barques et Vaporetto
Emportant dans leurs pas au fil de l’eau
Sourires et paysages à jamais immortalisés
Sous les yeux d’amoureux aux promesses d’éternité.

 

 
SERENADE POUR UNE MÉGÈRE

 


À ta voix criarde qui jamais ne se tait
Tes hurlements de folle en furie
Et cette langue qui médit
Et crache sans arrêt
Sa fétidité, sa pestilence
Son lot de perfides allusions
Comme un volcan en éruption…
À tes mots mal choisis
Ta vulgarité, ton hypocrisie,
Je préfère le silence !

Loin des yeux, et loin du cœur
J’avoue, je te préfère ailleurs.
Loin de ton corps qui ne m’émeut plus
Tel un radeau à la dérive
Qui disparaît dans l’inconnu
Emporté par les vagues successives
Au fardeau de ta présence
Je préfère l’absence !

À tes caresses qui m’ôtent toute envie
Tes blagues tant de fois répétées
À ce serment qui enchaîne ma vie
Tue mes rêves, emprisonne ma liberté,
C’est une certitude,
Je préfère la solitude !
 
À la vie avec toi
Sans passion ni folie,
Je le crie sur les toits,
Je préfère la mort, dès aujourd’hui !
 
 
Didier Moné

Publié dans Poésie

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