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"Leurs échos dans la nuit", une nouvelle signée Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Leurs échos dans la nuit

Du ciel, les étoiles entendaient ses pas. Leurs échos dans la nuit cognaient contre les bitumes. Les oiseaux aux ailes d’argent le reconnurent. Ils savaient que c’était lui, ils pressentaient qu’une nuit sans horoscope, il reviendrait dans cette ville, lui et ses sueurs sanguines. A la meute alanguie, le vent avait soufflé des lettres et des couleurs et le vent ne se trompait jamais. Sur les quais de la Sambre, l’homme brillait de tous ses feux. Qui se reflétaient, illuminés qu’ils étaient par des éclipses divines, sur les eaux endormies. La lune était pleine et des éclaboussures satellites cliquetaient sur les toits. L’homme aux semelles parfumées des lieux magiques qu’il avait sillonnés recherchait cet endroit où, quelques années plus tôt, il allongea ses jambes. Quand la pluie commença à claquer contre les berges de la rivière, l’homme se souvint de cette serveuse à qui il entassa quelques coups de boutoir, et de ses cris qui déchirèrent le bleu de la nuit. De ces glorieuses, les oiseaux se souvenaient aussi. Les oiseaux aux ailes d’argent n’oublient pas ce qui est gravé dans la mémoire de la nuit et à coups d’ailes, ils conduisirent l’homme prodigue vers ce cabaret, le Cabaret-Vert. Là, l’homme s’agenouilla. Dans cette ville qui s’appelait Charleroi, le Cabaret-Vert n’était plus qu’un tas de fientes pestilentielles. L’industrie avait digéré tous les feux follets. L’homme alluma alors son regard sulfureux et il courut vers les étoiles. La grande Ourse n’était pas loin.

Carine-Laure Desguin, in « La Belle Epoque », Editions Noctambule, 2014

http://carineldesguin.canalblog.com

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Une carte de Provence, une nouvelle de Jean-François Foulon

Publié le par christine brunet /aloys

Une carte de Provence, une nouvelle de Jean-François Foulon

Une carte de Provence.

Cela faisait longtemps qu’il aimait Fabienne en secret, mais il n’osait pas lui avouer les sentiments qu’il éprouvait pour elle. Ils se voyaient souvent, pourtant. Très souvent, même. Ils se retrouvaient autour d’un verre avec des amis ou allaient au cinéma. C’était gai, ils se parlaient, riaient des mêmes choses ou refaisaient le monde à coup d’idées grandioses, des idées comme on n’en a qu’à vingt ans. Ils étaient toujours d’accord sur tout et au plus fort des discussions, quand les autres, criant et vociférant, en venaient presqu’aux mains, ils échangeaient entre eux des regards amusés qui en disaient long sur leur complicité. Le problème, c’est qu’il n’était pas possible de parler un peu intimement au milieu d’un groupe si agité, même s’il s’agissait de bons amis. Il aurait fallu s’isoler un peu. Pourtant de tels moments arrivaient parfois, notamment quand ils restaient seuls dans le café, vers une ou deux heures du matin, lorsque tous les autres étaient partis. Lors de ces tête-à-tête, la complicité déjà évoquée était plus grande encore, même s’ils restaient là sans rien dire. En effet, ils n’avaient même pas besoin de parler pour se comprendre. Ils se sentaient bien comme cela, l’un avec l’autre, et c’était suffisant.

Pourtant, quand il rentrait chez lui dans la nuit noire, le long de la voie du chemin de fer, il s’en voulait de n’avoir pas osé. Une autre fois, c’était juré, il lui parlerait et lui dirait tout ce qu’il avait dans le cœur. Oui, mais c’était risqué quand même ! Si elle prenait peur et si elle mettait un terme à leur amitié ? Bon, c’était vrai qu’elle le regardait parfois à la dérobée, il l’avait bien remarqué et c’était vrai qu’à ces moments-là elle baissait vite le regard, comme si elle avait été prise en faute, mais cela ne voulait encore rien dire. Ou au contraire cela voulait dire qu’elle avait peur, justement, qu’il ne prît pour un intérêt trop appuyé ce qui n’était finalement que de l’amitié. Bref, plus il se mettait à réfléchir de la sorte et moins il trouvait le courage nécessaire pour avouer cet amour qui pourtant le rongeait intérieurement. Quand enfin il arrivait chez lui, à une heure avancée de la nuit, il se mettait au lit et s’endormait aussitôt, n’ayant pris aucune décision.

Les semaines passaient cependant et bientôt ce seraient les vacances scolaires. Elle partirait un long mois en Provence avec sa famille et Dieu seul sait qui elle pourrait rencontrer là-bas. Il fallait faire vite. Mais plus l’échéance approchait et moins il osait prendre son amie à part et lui dire simplement : « Je t’aime ».

Un matin, pourtant, il lui sembla avoir trouvé la solution. Il lui écrirait ! Une belle et longue lettre où il dirait enfin ce qu’il éprouvait, sans rien cacher. Par écrit, ce serait quand même plus facile. Les mots viendraient les uns après les autres, s’assembleraient, et finiraient par prendre un sens. Il ne sentirait pas son regard de fille posé sur lui, ce regard qui le paralyserait à coup sûr s’il se lançait dans une déclaration amoureuse. Bien au contraire il pourrait s’expliquer en toute quiétude, trouver des arguments, tenter de convaincre…

Evidemment, ce ne fut pas aussi facile qu’il le pensait d’écrire cette lettre, et il dut s’y prendre à trois ou quatre fois, barrant les mots, déchirant le papier, en reprenant un autre, pour le déchirer de nouveau, mais enfin il y parvint. Il ne restait plus qu’à glisser la précieuse missive dans une enveloppe, mais cela aussi prit du temps. Car écrire, c’était bien, mais rencontrer le lendemain la personne dans le café habituel, au milieu des amis, c’en était une autre. Alors il prit la décision d’attendre un petit peu que sa tendre amie soit partie en vacances pour lui envoyer sa déclaration d’amour en Provence, sur son lieu de villégiature. Cela lui laisserait trois semaines à la fois merveilleuses et angoissantes pour attendre sa réponse. Cela lui laisserait surtout un petit répit avant de savoir si elle répondrait favorablement ou non à son amour.

La lettre était partie depuis trois jours et Fabienne depuis une semaine quand la nouvelle tomba, abrupte, incroyable : lors d’une excursion dans le massif des Maures, la voiture de ses parents, en voulant éviter un sanglier, était tombée dans un ravin. Il n’y avait pas eu de survivants.

Le jour de l’enterrement, il pleuvait. C’était une petite bruine fine et tenace qui vous faisait frissonner bien qu’on fût en plein juillet. Tout le monde était là, atterré et silencieux. Sa famille à elle, les oncles, les tantes, les cousins, tous ceux qu’on ne connaissait pas et qu’on n’avait même jamais vus. Mais surtout tous les amis étaient là aussi, ceux de l’école et du café, revenus en train express pour la circonstance, qui de Quiberon, qui de Marbella, qui de Florence.

En rentrant chez lui, tout en marchant le long de la voie ferrée, il entendait encore les pelletées de terre qui tombaient sur son cercueil et il avait bien du mal pour ne pas pleurer, là, devant tout le monde. Un train passa, emportant des vacanciers pour des destinations lointaines. Plus rien n’avait de sens. Plus rien n’aurait jamais plus de sens. La vie venait de s’arrêter pour toujours.

Il ouvrit la porte de sa maison et machinalement regarda dans la boîte aux lettres. Il y avait une carte du Lavandou. De sa belle écriture ronde, Fabienne disait : « il y a si longtemps que j’attendais ce moment ! Moi aussi je t’aime ! Je pense tout le temps à toi. A très bientôt mon ange. »

Jean-François FOULON

Obscurité

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Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 2e partie

Publié le par christine brunet /aloys

Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 2e partie

Le randonneur- 2ème partie et fin

- Re-bonjour, nous sommes là depuis presqu'une heure mais le chemin était tellement difficile, comme vous nous l'avez dit d'ailleurs (ajoute t-il avec un petit sourire moqueur), que nous avons du mal à récupérer, me dit Casquette d'une voix presque éteinte d'où je perçois une volontaire exagération.

- Allez vous baigner, ça vous détendra ! répliqué-je.

- Non, j' ai eu trop chaud et la fraîcheur de l'eau pourrait me faire prendre froid. Un autre du groupe de Casquette rajoute : " et c'est dangereux de se baigner ainsi, nous risquons une hydrocution !"

- Mais vous me dîtes que vous êtes là depuis une heure ! Ce n'est plus dangereux, au contraire ! réponds-je, un peu agacée, je l'avoue.

- Ce Monsieur a raison, il faut être prudent après l'effort que nous avons fourni et toutes ces émotions ! intervient une femme du groupe au jogging bien repassé.

- "émotions" ? mais que vous est-il donc arrivé ? demandé-je en me disant que dès qu'ils seront repartis, j'en profiterai pour me baigner. Bob a déjà repris sa marche en nous saluant de la main.

- Si ce Monsieur n'avait pas été là (désignant Casquette), je ne serais plus de ce monde aujourd'hui !

- Une bête vous a attaquée ? demandé-je , étonnée qu'une telle fatalité puisse se produire sur des chemins salutaires. A ma question, Casquette ne peut dissimuler un sourire.

- Bien pire ! j'ai eu un malaise cardiaque mais ce Monsieur m'a sauvée ! me répond la dame au jogging bien repassé d'une voix catastrophée.

- N'exagérons rien, Madame, vous étiez simplement en train de faire une insolation et il m'a suffit de vous asperger d'eau.

Doutant qu'une personne puisse autant abuser, je lui demande si elle est soignée par un cardiologue. Elle me répond :

- Non pas jusque là. Mais je vais prendre un rendez-vous, puis s'adressant à Casquette, elle lui précise:

- Avec ce que nous venons de vivre, appelez moi par mon prénom, je m'appelle Hortense.

- Entendu, Hortense, mais je vous assure qu'il ne s'agissait que d'une insolation, lui répond Casquette de sa voix rassurante.

Un jeune couple s'approche de Casquette et s'introduit dans la conversation :

- Merci Monsieur, sans vous, nous aurions fait la bêtise de nous arrêter en plein soleil et nous aurions eu le même sort qu'Hortense.

- Je pratique la randonnée depuis longtemps et je connais ses pièges, (Casquette est tellement heureux de cette reconnaissance que je m'abstiens de lui parler du rectangle jaune sur le rocher) puis s'adressant à une petite dame, du nom d'Agathe, restée en retrait, il poursuit :

- Avez-vous récupéré ? Vous êtes encore un peu pâle. Je suis désolé de vous avoir rudoyé en vous ordonnant presque de ne pas faire de pause.

- Vous aviez sans doute raison mais n'êtes pas responsable. En fait, je sors juste d'une longue maladie qui m'a laissé quelques traces mais je récupère, le rassure Agathe.

- Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? lui demande Casquette.

- Vous étiez si préoccupé par... Hortense, ( répond gentiment Agathe en adressant un sourire à cette dernière, murée dans un visage fermé), que je n'ai pas voulu vous rajouter du tracas. Après un moment de réflexion, Agathe rajoute prudemment : Et puis en vous observant... je me suis revue avant ma maladie, toujours prête à aider les autres, certainement pour me sentir exister et lorsque je suis tombée malade , j'ai repensé à toutes ces mains tendues vers moi auxquelles j'avais répondu, tel un bon soldat, mais peu d'entre-elles ont été présentes pendant ce long combat que j'ai mené. Aujourd'hui, je continue à aider les autres, c'est ma nature, mais en leur apprenant à se responsabiliser eux-mêmes. Ils en ressortent plus forts, reconnaissants et je me sens plus légère. A ces mots, je ne peux m'empêcher d'intervenir tant ils me paraissent justes :

- Vous avez beaucoup de sagesse, Agathe (que j'appelle naturellement par son prénom).

- Pas tant que ça, sinon je vous aurai fait confiance et j'aurai choisi votre chemin, me répond-t-elle.

- Vous n'êtes pas en cause. Je ne sais pas m'imposer et imposer aux autres mes choix car j'ai horreur d'empiéter sur la liberté d'autrui et puis je doutais un peu mais très peu, d'emprunter ce chemin non balisé, rétorqué-je.

- Pour être sincère, votre allure m'a également déroutée, me déclare Agathe.

- Mon allure ????

- Je veux dire votre chapeau bariolé, votre tee-shirt qui vous arrive presqu'aux chevilles..., votre air un peu rebelle.

- Mais, je ne suis pas rebelle, peut-être pas complètement dans "la norme", lui réponds-je en souriant.

- C'est une aventure qui va porter ses fruits car chacun d'entre nous peut en tirer une leçon, souligne la petite dame en me rendant mon sourire.

Casquette, qui nous écoute attentivement et observe mes réactions, déclare en riant :

- Je ne suis pas d'accord avec vous Agathe, ce chapeau lui va très bien !

- Peut-être, mais comme Agathe, vous n'avez pas fait confiance en....mon chapeau, répliqué-je en riant.

- J'ai dû sentir ce petit doute, me répond Casquette d'un ton très sérieux.

- Cet imperceptible doute sur lequel vous vous êtes volontiers jeté ! réponds-je en riant de plus belle. D'ailleurs, le reste du chemin est-il balisé ?

- Oui bien sûr, vous pouvez continuer avec nous si vous le souhaitez, car vous me semblez tout de même imprudente et peut-être même impulsive. En fait, rajoute t-il en riant : Vous m'avez fait penser à la chèvre de Monsieur Seguin, attirée par l'herbe grasse.

- "Imprudente" !!! Je pense avoir été la plus sage vu "l'état" de votre petit groupe même si les apparences étaient contre moi ! et je ne regrette pas ce que vous appelez "mon impulsivité" que je qualifie plutôt d'instinctivité car grâce à elle, j'ai passé un très agréable moment pendant ma balade. C'est vrai, j'ai eu la même attitude que cette petite chèvre mais n'a t'-elle pas été plus heureuse qu'attachée à son piquet ?

- Je vous rappelle qu'elle en est morte, mangée par le loup.

- Oui, mais même si sa vie a été plus courte, elle était LIBRE et HEUREUSE ! Elle n'a pas subi le temps en ayant peur de lui, elle l'a vécu ! Comme moi cette après-midi et... sans m'épuiser, ni m'insoler, n'est-ce-pas Hortense ?

- Nous devons partir tout de suite ! répond vivement Hortense au jogging bien repassé mais qui n'est plus le centre d'intérêt. Un silence lui répond. Aussitôt elle s'approche de Casquette, feignant une douleur à la jambe en lui demandant :

-Puis-je m'appuyer sur votre bras ? Je suis si fatiguée ! restes, certainement de cette insolation et j'ai hâte de retrouver le confort de ma voiture.

Très souriant, Casquette propose son bras à Hortense. Son air ravi, laisse penser qu'il est satisfait qu'Hortense lui donne raison en reconnaissant son insolation et rassuré qu'elle ait besoin de son soutien.

- Merci Monsieur, mais je ne vous accompagne pas, dis-je en ignorant la remarque de la dame au jogging bien repassé. Je compte profiter encore de cette belle après-midi et me baigner avant de repartir. Vous devriez en faire autant ?

Casquette, tête basse, regarde sa montre, puis la rivière avenante, il cogite. J'essaie d'imaginer sa pensée. Le parcours doit s'effectuer en trois heures, ils doivent repartir, ils ont perdu assez de temps à se reposer, les trois heures seront largement dépassées et Casquette se sent responsable de ce groupe, en particulier de la fragile Hortense. Agathe me regarde en haussant les épaules à la vue d'Hortense s'appuyant lourdement sur Casquette. Je souris, en me disant que Casquette doit avoir un problème d'audition car apparemment il n'a pas entendu le message de la petite dame mais qui sait ? peut-être un jour...

- Non ! me répond Casquette d'un ton sec, (je comprends alors que mon invitation à la baignade a été perçue comme une provocation chez cet homme, habitué à porter les autres et de ce fait à ce que les initiatives lui appartiennent, et puis peut être est-il un peu perturbé par les paroles d'Agathe...). Puis adoptant un ton plus jovial, il poursuit : Nous devons repartir, il reste encore une quarantaine de minutes de marche ! Bonne route à vous et bon... vent ! D'ailleurs, charmante dame, attention qu'il ne vous emporte pas votre adorable chapeau !

- Je vous rassure, je n'ai pas peur du vent, ni de l'eau, ni du soleil ! et vous Monsieur, de quoi n'avez vous pas peur ? demandé-je à Casquette d'un ton un peu ironique ?

- De l'habitude, Madame, de l'habitude seulement, me répond sobrement Casquette après un moment de réflexion.

- Je comprends, l'habitude vous ressemble, elle porte tant de monde ! Cependant, vous aimez faire des randonnées, et....comme c'est le cas aujourd'hui (rajouté-je en souriant), il y a des imprévus quand on part sur des chemins inconnus !

- Oui, mais le but final est de partir d'un point et de revenir à ce même point, ce que l'on fait toujours.

- C'est une façon de voir les choses. En fait, si je suis votre raisonnement, pour vous, la randonnée n'est qu'une boucle ?

- Oui, une toute petite boucle, Madame.

- Bon retour, Monsieur ! lancé-je en regrettant déjà de devoir retrouver ma voiture.

- A vous aussi, Madame ! me répond t-il en souriant.

Je m'apprête à lui dire "bonne chance !" puis me ravise, pas la peine, Casquette ne doit pas croire en la chance...

La dame au jogging bien repassé, affiche un air comblé. Le groupe se remet en route. Casquette m'adresse un dernier regard où se lit peut-être un certain regret mais il repart d'une allure sûre et sportive comme lors de son arrivée à "la croisée des croix" avec en plus, Hortense à son bras. Quant à moi, je glisse délicieusement dans l'onde, mon amie fidèle, avant de reprendre le chemin balisé comme une vraie écolière de la randonnée buissonnière.

Je compris plus tard que le rectangle jaune que Casquette avait cru reconnaître était bien en fait un rectangle mais avec en dessous de ce dernier, une flèche presque invisible, délavée par le temps, indiquait un changement de direction, nouvelle codification que j'avais prise pour la croix habituelle et Casquette pour le rectangle à suivre absolument....Comme quoi, nous sommes vite perdus dès que nos repères changent....même si les nouveaux nous indiquent un meilleur chemin :)

PS : Si vous trouvez un chapeau bariolé sur un chemin, merci de me le ramener. Un jour de grand vent, il s'est envolé, mon chapeau arc en ciel...

Marie-Noëlle Fargier

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Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 1ere partie

Publié le par christine brunet /aloys

Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 1ere partie

Le randonneur - 1ère partie

Qui n'a pas chaussé des baskets pour partir faire une randonnée sur nos chemins ?

Aujourd'hui nous avons tellement besoin d'air, de retrouver notre campagne pour évacuer ce qu'on appelle "le stress" et puis, en plus, c'est gratuit ! Ce besoin est d'ailleurs tellement fort que les "autorités" ont même décidé de nous aider à assouvir cette soif de marche et c'est ainsi que nous voyons nos chemins agrémentés de croix, de rectangles, de flèches, jaunes, rouges, blanches et rouges.. Toutes ces petites formes géométriques nous indiquent de continuer si nous sommes sur la bonne voie ou de "stopper"... Mais respecter ces indices nous oblige à rester sur nos gardes, tête en l'air car l'un d'entre eux peut être sur l'écorce d'un arbre ou tête baissée car il peut se dissimuler sur une pierre. Il suffit qu'un seul de ces indices vous échappe et là, c'est "la cata", vous êtes perdu ! Mais pour quelqu'un qui n'a aucun sens de l'orientation (comme moi), Je reconnais que ce périple peut-être une véritable croisière en suivant bien sûr à la lettre ce "protocole géométrique". Enfin... une croisière...j'exagère, l'effort est considérable et il n'y a pas de commandant de navire, alors comment ne pas douter certains moments sur la direction à prendre, en se posant la question fatale : n'ai-je pas raté un indice ? C'est ainsi, et pour avoir eu le même réflexe, que j'ai pu remarquer des gens, stoppés, comme à un feu rouge devant la croix de la même couleur, s'interrogeant entre eux, jusqu'à ce qu'un, plus initié, ou muni d'une carte, décide pour le groupe de franchir ou non cette croix qui ne leur est peut-être pas destinée...Le choix du chemin n'est pas toujours si facile qu'on pourrait le croire...

Vous devez vous dire "hou ! ça sent le vécu tout ça" eh bien oui, vous avez raison ! Mais pour ne pas vous laisser sur le bord de la route, je vais vous raconter.

C'était un après-midi d'été, après avoir déjeuné copieusement, la chaleur est telle qu'elle est plus un appel à la sieste qu'à un concours d'orientation spatiale avec pour navette deux jambes lourdes à faire avancer...Mais bon, je me dis que la fraîcheur des bois sera bienfaitrice, que ma circulation sanguine circulera mieux :), que mes mollets vont se raffermir et que mes yeux vont déguster toutes les merveilles de la nature.

Baskets, chapeau arc en ciel, sac à dos léger et me voilà partie ! (sans oublier l'eau indispensable, hé ! je commence à devenir une pro !). J'abandonne ma voiture, emprunte le chemin où seul le rectangle jaune apparaît, je marche, je marche, tranquille, remplis mes yeux et mon cœur en vidant ma tête. Tout va bien, pas de croix en vue, mais les bonnes choses ont toujours une fin...Cependant, les rêveurs comme moi ne s'en rendent compte qu'une fois devant l'obstacle, et c'est ainsi que perdue dans mes pensées, brutalement, une méchante croix rouge qui dessert un chemin herbeux (abrité par des arbres), m'arrête (je dois avouer que c'est le chemin herbeux qui m'a réveillée, sinon comme à mon habitude, je ne voyais pas la provocante couleur). Le rectangle jaune quant à lui, (mais était-ce réellement un rectangle ? car en regardant de plus près il ressemble plutôt à une croix...autrement dit un piège...)m' invite sur un chemin caillouteux sans une moindre trace d'ombre et mon front commence à dégouliner. Que choisir ? Je scrute chaque arbre pour retrouver mon bienveillant rectangle jaune bien net, mais rien, il n'est nulle part. J'attends un peu, me disant que la prochaine personne qui passe, je lui demande conseil. Et puis c'est plus facile sur les chemins car là, tout le monde se dit "bonjour", sans se connaître bien sûr. Il arrive même que les randonneurs qui vous croisent en position "stationnement", vous demandent si vous avez besoin d'aide (imaginez une telle situation en ville...). Je suis donc en position "stationnement", j'en profite pour boire une gorgée d'eau quand deux hommes arrivent mais apparemment ils ne font pas la randonnée ensemble. Facile à deviner, ils ne sont pas côte à côte et ont un style complètement différent. Souvent les gens d'un même groupe se ressemblent...Mais vous devez vous dire, comment peut-on avoir des styles différents pour faire de la randonnée ? Eh bien c'est possible, je m'explique. L'un deux est chaussé de gros godillots de montagne, un jogging, un imposant sac à dos, des lunettes de soleil, une casquette et il tient dans ses mains une carte. Je le soupçonne même d'avoir une boussole et des jumelles. L'autre en short long, baskets, un bob sur la tête et un sac à dos d'allure légère (enfin pas autant que le mien). Je me dis que je vais demander conseil à ce dernier mais le premier est déjà devant moi, je remarque son allure sportive. Il m'adresse un sourire et me gratifie d'un chaleureux "bonjour" et spontanément je lui demande :

- Bonjour ! Vous faîtes quelle randonnée ?

- Le chemin de la louve, me répond t-il poliment.

- C'est aussi ma randonnée mais j'hésite entre ces deux chemins, je n'arrive pas à discerner s'il s'agit d'un rectangle ou d'une croix ?

Comme je finis ma phrase, le deuxième homme arrive, s'arrête :

- Salut, vous êtes perdus ?

- Non, répond l'homme sportif, nous faisons le chemin de la louve et Madame, ne sait quel chemin prendre. J'étais en train de lui indiquer le bon, répond l'homme (que j'appellerai "Casquette") en indiquant le chemin caillouteux.

- Je fais le même ! mais j'emprunte le chemin herbeux, il est plus agréable dit l'autre (que j'appellerai "Bob" )

- Vous pouvez ! mais il est beaucoup plus long et risqué car il n' est pas signalisé, réplique Casquette en lisant sa carte avant de rajouter : et je vous assure, Madame, il s'agit bien du rectangle jaune, le temps a simplement modifié la peinture.

- Tant pis ! je prends le risque, il fait beaucoup trop chaud et puis si je me perds, je finirai bien par me retrouver et puis qui peut dire ce qui arrivera demain ? répond Bob en riant.

Et moi, je suis là, Casquette est sûr de lui et comme je réfléchis à quel chemin choisir, je remarque sur une petite colline une maison. Mais oui, bien sûr, j'ai déjà fait cette randonnée, pour m'en assurer, j'avance vers le chemin caillouteux et là spontanément, empruntant une voix chargée de ma plus belle assurance, j'annonce :

- J'ai déjà fait cette randonnée il y a quelques années ! et je me souviens parfaitement de ce chemin, il est très dur, pas un brin d'ombre, presque pas de végétation. D'ailleurs je m'étais promise de ne jamais la refaire tellement j'avais souffert ! lancé-je, persuadée de faire changer d'avis Casquette.

Les deux hommes me regardent, et je sens Casquette, indécis, et prêt à emprunter le chemin hospitalier mais au même moment un groupe qui ressemble étrangement à Casquette, nous rejoint. Ils font, eux aussi, la randonnée du "chemin de la louve" et soutiennent Casquette dans sa décision. Ensemble, ils partent donc sur le chemin de la croix ou rectangle jaune et j'ai un peu de remords de n'avoir pu convaincre Casquette, sachant ce qui l'attend.

Bob passe devant, d'une marche rapide et je le vois s'enfoncer sous les arbres. J'adopte mon rythme qui ferait sourire la gente sportive mais auquel je tiens, pour profiter de chaque arbre, chaque rocher, chaque fleur, chaque chant...Le parcours est magnifique et je ne suis pas encombrée par la quête des croix , rectangles....également rassurée, je l'avoue, de savoir Bob à quelques mètres (ou kilomètres) devant. Je profite de chaque instant. La marche, même si elle est longue, m'est tellement agréable. Je m'assois sur un rocher qui a l'air de m'attendre pour arrêter le temps et savourer longuement ce moment. J'aime profiter du présent surtout quand il s'invite de cette manière. Je me sens légère. Les arbres commencent à s'étirer, à s'espacer, le soleil me fait un clin d'oeil pour m'inviter à le rejoindre. Je décide de reprendre ma balade et comme je me relève, je remarque le magique rectangle jaune, dessiné sur le rocher. Je pense à ces pauvres malheureux qui n'ont pas pris le bon chemin ! J'arrive à une clairière où un ruisseau généreux semble me tendre les bras.

Et là, j'aperçois Bob qui nage sereinement. Sur la rive, quelle n'est pas ma surprise de remarquer Casquette, épuisé, avachi sur l'herbe, avec son petit groupe qui revêt la même apparence. Inquiète, je m'approche d'eux. Casquette me sourit, je regrette encore plus de n'avoir su être persuasive mais m'aurait-il crue ?

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Goûts de souris, une texte signé Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

Goûts de souris, une texte signé Micheline Boland

GOÛTS DE SOURIS

Du fromage. Encore du fromage. Elle n'a que faire de ce fromage.

Voici quelques jours, elle a dégusté un pur délice, une petite chose brune, fondant dans la bouche, à la saveur douce et persistante, une chose dont les délicats arômes restent imprégnés en soi des minutes et des minutes.

On l'a bien critiquée pour s'être livrée à cette gourmandise, mais elle s'en fiche. "Ton museau est tout brun. Tu as même sali tes moustaches. Et tes poils." Les critiques ont peu de poids face au plaisir.

Maintenant, qu'elle a connu l'étincelle, qu'elle a approché ce que peut être un aliment de choix, elle cherche à le savourer le plus souvent possible. Tout le jour elle trottine à sa recherche. Elle a appris que le brun pouvait être clair ou presque noir. Elle a appris que la chose pouvait être solide ou molle selon la température régnante. Elle est à l'affût d'une certaine odeur. Elle se sent différente de ses sœurs, de ses frères. Eux, ils n'ont pas connu le paradis. Eux, ils se contentent encore de graines, de mies de pain, voire de papier. Eux, ce sont des rustres, des êtres vulgaires.

L'enfant l'a vue en train de lécher le morceau de chocolat, puis le grignoter doucement. L'enfant l'a trouvée si sympathique. "Maman, viens voir, une souris dans la remise. Elle mange le carré de chocolat que j'ai laissé tomber en rangeant mon vélo. Oh qu'elle est mignonne. C'est mieux qu'un cochon d'Inde !"

L'enfant va dans sa poche, il en sort ce qui reste de la plaquette de chocolat qu'il avait entamée, il coupe un morceau, il le tend à la souris. Elle ne se méfie pas. Elle s'approche. Elle hume. Elle se rapproche davantage de la main tendue. Puis, elle déguste patiemment. Moment de bonheur pour l'enfant et la souris.

Pour un petit bout de chocolat, la souris accepte de bon gré les caresses de l'enfant, ses mots doux.

Pour un petit bout de chocolat, elle troque ensuite sa liberté contre une cage propre mais exiguë. Pour elle, une cage, avec, de temps à autre, du chocolat, n'est-elle pas préférable à une souricière garnie de fromage ?

(Extrait de "Contes à travers les saisons")

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

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Le pot de terre, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

Le pot de terre, une nouvelle signée Louis Delville

LE POT DE TERRE

"J'ai gagné !"

Je n'en crois pas mes oreilles quand j'entends ces mots ! Lui le petit, lui le faible, il a gagné ? C'est qu'un pot de terre est rarement gagnant !

"Allez, raconte-moi…"

"Eh bien voilà… Tu sais que j'ai été fabriqué par Jérémie, un vieil artisan africain. Il faut dire que la terre glaise de son pays est bonne pour nous, les pots de terre et que Jérémie s'y connaît comme pas un pour fabriquer des pots solides. En plus, il les décore de mille et un motifs. Nous sommes donc beaux et, comme toutes les belles choses, on nous chouchoute, cela nous garantit une longue vie."

Il continue : "En Afrique, nous sommes soumis à bien des aléas. Si la chaleur ne nous fait pas peur, sauf quand Jérémie nous fait cuire, nos ennemis sont les cailloux de la rivière qui nous menacent chaque fois que quelqu'un vient puiser de l'eau en nous utilisant. Les animaux aussi font peu attention à nous, les pots. Quel chien peut se vanter de n'en avoir jamais cassé un ou, suprême insulte, de n'avoir jamais levé la patte sur l'un d'entre nous ?"

Il est intarissable le pot de terre : "Moi, j'ai eu de la chance. Je suis arrivé chez Caroline par la grâce d'un voyage de vacances. Dès qu'elle m'a vu, elle m'a voulu, elle m'a payé à Jérémie et me voilà en Belgique, un pays de cocagne pour les pots ! Dès mon arrivée chez elle, j'ai été chouchouté, nettoyé, dépoussiéré et mis dans une vitrine. Une vraie vie de star !"

"De temps en temps, on ouvrait la vitrine et une main délicate me prenait pour que l'on puisse m'admirer de tout près ! Quand un visiteur arrivait avec des fleurs, Caroline me prenait comme vase et crois-moi, un bouquet, ça change la vie d'un pot !"

Je l'ai encouragé à continuer.

"Or donc, il y a quelques jours, Caroline fêtait ses quarante ans et elle a reçu un immense bouquet bien trop grand pour moi seul. J'ai donc dû partager les fleurs avec à mes côtés un pot en étain. Un jeune pot, mince et élancé. Il n'a pas tenu le coup longtemps le gamin ! Une tulipe qui s'est penchée vers moi pour m'admirer l'a fait tomber. Adieu le pot en étain, intact certes mais déclaré inapte au service et désormais relégué dans le fond d'une armoire !"

Le pot de terre a continué son histoire : "Et toi, qu'est-ce que tu deviens ?"

J'ai bredouillé n'importe quoi mais en moi-même je me suis inquiété de mon sort futur, moi le pot de fer !

(Extrait de "Petites et grandes histoires")

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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"Mon délire des mots" une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

"Mon délire des mots" une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier

Mon délire des mots

C'est marrant comme on utilise souvent les mêmes mots ! Il y a les mots qu'on affectionne et ceux qu'on délaisse ou qu'on bannit.

Tiens, par exemple le mot « amour », qui ne dit pas ce mot, une fois, deux fois, mille fois... ? Qui ne l'a pas écrit, chanté, une fois, deux fois, mille fois... ? C'est vrai qu'il commence bien : [am] comme « âme ». Cette chose que personne ne voit mais que chacun est sûr de posséder, avec le désir de la partager, parce qu'elle est ce qu'il y a de mieux...En parlant de désir, pourquoi le rattache-t-on souvent, tout le temps, parfois, en le plaçant avant, avec ou après ce mot «amour» ? « Désir » serait-il le moteur ou la remorque ? Fascination ou regret ? J'en perds mon latin ! Bon, allez, je choisis « fascination », je préfère, sinon je vais être obligée de classer « désir » dans les mots qu'on délaisse...et je n'aime pas trop cette catégorie.

Oui, elle comporte trop de mots « tièdes », je veux dire les mots qu'on ne sait pas où caser. Par exemple le mot « solitude ». La sonorité est belle, on commence par entendre une note de musique (sol) , ensuite cet endroit douillet, souvent partagé (lit), on continue avec le pronom personnel (tu), personnel c'est vrai, mais qui veut bien dire qu'on s'adresse à quelqu'un, donc qu'on n'est pas seul et puis il est le signe d'une certaine familiarité...familiarité...euh famille [fa mille], la note, le chiffre...Je m'égare, je m'égare... Donc pour en revenir à ce mot « solitude », il est de bon ton jusqu'à sa terminaison par [de] comme 2... ?. Alors là je ne comprends plus...Comment chaque syllabe peut évoquer « le plusieurs » et le mot entier « l'unique » ! Si seulement il comportait deux ailes, désolée, deux « l », il serait moins seul ou pourrait s'envoler pour aller voir ailleurs s'il y a du monde ! Quelle idée a eu l'inventeur de ce mot ! J'en perds mon latin.

Pour finir avec la dernière catégorie : les mots qu'on bannit. Il y a un mot dont même la sonorité m'indispose, je parle du mot « haine ». Alors là ! Je ne dis qu'une chose à son inventeur : chapeau ! . Dès la première lettre [ache ], il fait mal. On pourrait faire un lapsus et remplacer cette lettre atroce par un «l » pour en arriver à ce mot si doux, si chaud « laine » mais non, ce [ache] est inévitable. Il est encore pire quand on veut le conjuguer « haïr », ces deux points qu'on appelle « trépas », euh non « tréma » sur ce « i » cisaille chaque syllabe, votre bouche devient un vrai abattoir !

Et pourtant, je crois me souvenir d'une phrase d'amour, écrite avec ce verbe :

« Va, je ne te hais point », drôle de façon cette Chimène de dire à son Rodrigue qu'elle l'aime ! Toujours est-il que ce pauvre Rodrigue s'est retrouvé avec le mot à un seul « l » dans son lit, en écoutant de la musique et en conjuguant le mot « aimer » à la première personne du singulier....Quel con ! « con » oh pardon c'est interdit ! Oh mince, j'ai oublié les mots interdits (difficiles à trouver, y'a pas de dico). Tant pis, ce sera pour la prochaine fois !

Ma parole ! J'en perds vraiment mon latin. HELP !

Marie-Noëlle Fargier

La Bukinê d'Anna

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"Avoir un pied dans la tombe", une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

"Avoir un pied dans la tombe", une nouvelle signée Louis Delville

"AVOIR UN PIED DANS LA TOMBE"

Origine historique de l'expression…

Extrait des chroniques de Robert Dupin,

Vicomte de Flandre et d'Artois,

Astrologue et historien français

(1504-1566)

Mardi 22 mars 1547. François 1er règne sur la France et le pauvre roi souffre de la goutte. L'excès de vins capiteux et de mets savoureux n'est pas étranger à ce mal.

Le médecin du roi est appelé à son chevet car Sa Majesté souffre et n'arrive même plus à chausser sa botte tant son gros orteil est gonflé et douloureux.

- Majesté, il va vous falloir faire régime !

- La peste soit des régimes, Monsieur mon médecin ! J'aime la bonne chère et ne puis m'en passer !

- Ce sera le régime ou alors…

- Ou alors quoi, Monsieur mon médecin ?

- Oh, Majesté, j'ai trouvé un remède dans un livre arabe que le Grand Mufti de Constantinople m'a offert après que je l'aie guéri de la peste !

- Diable, notre cousin, le Grand Mufti s'y connaît en médecine ?

- Non Majesté mais certains de ses médecins ont fort bonne réputation. On raconte même que le meilleur d'entre eux, le grand Ahmed Ben Oujda est capable de soigner rien qu'en regardant le malade dans les yeux ! Si j'en crois ce livre précieux, il conseille d'entourer le pied douloureux avec des bandelettes trempées dans l'eau s'écoulant d'un cimetière !

Le roi fut soigné de cette manière peu orthodoxe, ce qui était normal pour un remède arabe et il guérit en très peu de temps. Le médecin du Grand Mufti avait raison !

Ce que l'histoire ne dit pas c'est que quelques jours après sa guérison miraculeuse, le roi mourait sans raison apparente… Le médecin du roi fut condamné à mort, exécuté comme régicide, c'est-à-dire qu'il fut écartelé et son corps fut brûlé !

Ce n'est que quelques années plus tard, sous le règne d'Henri IV que le fou du roi, Nicolas Joubert, sieur d’Angoulevent, osa prétendre que le bon François 1er avait un pied dans la tombe avant d'y être tout entier !

(Extrait de "Petites et grandes histoires")

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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La malle, une nouvelle de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

La malle, une nouvelle de Micheline Boland

LA MALLE

Dring…

On sonne chez les Vandebrol. Et quand on sonne, cela déclenche une véritable tornade orchestrée par Clémence, la maîtresse de maison. Clémence a placé une grande malle dans le living. Cette malle, Martin, son époux, l'a peinte avec un joli paysage représentant un parc fleuri sous un ciel lumineux. Dans cette belle malle, on fourre tout ce qui contrecarre l'ordre du living, du bureau et du hall.

Les enfants et le père ont appris à faire de même à l'occasion. Un voisin vient emprunter un outil ou un livre ? Hop, on lance dans la malle ce qui pourrait ternir l'image de la famille ! Un copain des gosses arrive sans crier gare ? Hop, les objets indésirables se retrouvent dans la malle!

Lorsque le couvercle de la malle ne se ferme plus qu'à grand-peine, on renverse le contenu, on inspecte, on jette et on trie jusqu'à la prochaine fois.

Ce jour-là, un beau jour de juin, ensoleillé et doux, Mamy passe faire un petit coucou. Une visite à l'improviste. Jamais, elle ne vient les mains vides, Mamy. Aujourd'hui, ce ne sont pas des galettes mais des salades à repiquer qu'elle a mis dans son grand cabas… Mamy sonne à la porte. Clémence place dans la malle ce qui nuit à l'ordre du living. Elle se presse… Hélas, cela prend beaucoup de temps et Mamy s'impatiente ! Elle contourne la maison et n'en croit pas ses yeux. Par la fenêtre du living, elle voit sa bru occupée à ranger à sa façon.

Mamy s'étrangle presque de découvrir le pot aux roses : "Oh ! godferdom, qué novèle !"

Elle revient devant la porte d'entrée qui s'ouvre. Sa bru, qui est toute pimpante, l'accueille comme à l'ordinaire : "Oh ! merci, Mamy. Vous êtes super. Un petit café avec un chocolat à l'orange, Mamy ? Ou un thé et des cookies ? "

Pendant que Clémence va chercher le café, Mamy se demande ce que deviennent tous ces objets entassés dans le joli coffre : "Quand je pense que Papy et moi nous imaginions que c'était là que se trouvait la réserve d'apéritifs et de vins ! "

Une drôle d'idée traverse alors l'esprit de Mamy. Elle ouvre son cabas et en retire un porte-clefs représentant un petit personnage bizarre affublé d'un long nez, de longs cheveux. Lors de son récent voyage en Suède, elle en a acheté dix qu'elle a offerts à ses enfants et à ses amis, il lui en reste encore deux. "Clémence va sûrement y perdre la tête : se retrouver avec deux trolls, ne pas savoir ce qui s'est passé, cela la perturbera. Pour une personne soi-disant ordonnée, un beau challenge ! " Mamy rit sous cape en plaçant le porte-clefs dans le grand coffre. Ni vu, ni connu…

"Bon amusement, petit troll ! "

Ouf, tout juste. Clémence rentre avec le café et le chocolat à l'orange !

Mamy bavarde avec Clémence et patati et patata. Entre femmes, de quoi peut-on parler ? De la mode, des enfants, des gens de la famille, des relations, des systèmes D.

À son retour, Martin repique les salades de Mamy. Quand Martin a fini, il s'affale dans un fauteuil et abandonne le porte-clefs suédois de Mamy avec la clef de l'abri de jardin sur la table du salon.

"Allez, tant pis ! Une peluche, un crayon, un vieux magazine, une boîte de bonbons vide, la clef de l'abri…" Clémence commence bien sa journée ! Elle doit faire vite car ce matin, elle va chez le coiffeur.

Il est dix-sept heures, les enfants qui ont joué un peu avant de faire leurs devoirs ont déjà fait du living un capharnaüm. Clémence range… Sitôt le couvercle de la malle entrouvert : des cris, des rires, des exclamations, un vrai tintamarre.

"Ce que je suis content de t'avoir retrouvé. Il y a du boulot ici… Demain, on s'y mettra. Jamais vu ça de ma vie ! Quel bazar quand même ! "

Clémence pense d'abord au lecteur MP3 de Martin qui se retrouve souvent dans le coffre. Ah cette idée de Martin d'enregistrer tout et n'importe quoi, une habitude de journaliste amateur ! Pas le temps de s'occuper de ces bêtises, il faut préparer le repas et repasser le linge.

Le lendemain matin, la maison est impeccablement rangée. Dans la bibliothèque, les livres ont été triés et placés par genre. Dans le vaisselier, toute la porcelaine a pris un ordre nouveau. Le service à café de Tante Lucie est clairement séparé du service à déjeuner. Et en plus, tout est propre et net. Les vitres sont impeccables, les tapis ont retrouvé leur gonflant… Pour être inattendu, c'est inattendu. Même le père Noël ne ferait pas cela ! Clémence est curieuse de jeter un coup d'œil dans le coffre. Ordre ou chaos ? Désordre ou harmonie ?

Il ne reste que deux revues sur la table. L'une ouverte au programme télévisé du jour et l'autre aux conseils de jardinage. Qu'importe ! Clémence les laisse où elles se trouvent et s'apprête à ouvrir le coffre au plus vite. Là, elle va de surprise en surprise. Sa stupéfaction est totale ! Le coffre est vide, enfin pas tout à fait vide, deux petits trolls y dorment côte à côte sur un foulard en soie blanche. Oui, ils dorment, Clémence les voit respirer doucement et quand elle passe l'index au-dessus de leur tête, elle sent un souffle tiède. Ils sont main dans la main. On dirait presque deux amoureux. La petite voix intérieure de Clémence lui a conseillé de remercier, de fermer doucement le couvercle et de s'en aller sur la pointe des pieds.

Depuis ce jour-là, chacun chez les Vandebrol a conservé ses habitudes mais Clémence a tacitement confié sa maison aux bons soins des deux trolls. Au fond de la malle, elle a juste remplacé le foulard en soie par un plaid en laine. Elle n'a plus demandé à Martin de vider le coffre. Elle n'a parlé de cela à personne sauf à moi qui suis sa voisine préférée.

(Conte finaliste à Surice en 2012)

(Extrait de "Contes en stock")

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

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Alexandra Coenraets nous propose "Gaza" 4e et dernière partie

Publié le par christine brunet /aloys

Alexandra Coenraets nous propose "Gaza" 4e et dernière partie

Mercredi 16 juillet 2014.

Deux jours après la tentative de médiation du président Egyptien, Israël s’engage au cessez-le-feu, immédiatement rejeté par le Hamas, s’agissant pour lui d’une reddition. Une trêve de courte durée. Les bombardements reprennent et devant le refus du mouvement palestinien, Israël se dit contraint de les intensifier.

« Folie des hommes », murmure Nethaly.

Jeudi 17 juillet, quatre enfants meurent sous les yeux des journalistes, qui, saisis d’effroi, saisissent également le scoop. Bouillonnants de colère, le sang glacé eux aussi, les internautes du web s’enflamment à nouveau, les commentaires s’écrivent les uns à la suite des autres, inondent les murs virtuels sous des publications relayant l’info.

Le symbole du « mur » est puissant et le constat s'impose toujours plus clairement: les appels envers l'Etat hébreu se heurtent à un mur symbolique, sûr de son bon droit, solidement édifié. On pense au Mur des Lamentations, à Jérusalem, on pense à la Barrière de Séparation, en Cisjordanie, construite pour empêcher que ses habitants ne pénètrent dans les colonies israéliennes.

Aveuglément.

Des voix américaines commencent à se faire entendre pour dénoncer le soutien inconditionnel qu'apportent les Etats-Unis à l'égard d'Israël. Les voix dissidentes se disent sur le ton de l’humour ou de la colère, dans des vidéos qui font le tour du net en moins de deux.

En attendant, une trêve qualifiée d’ « humanitaire » se met en place, pour la forme sans doute, car elle ne trompe personne.

"L'armée israélienne et le mouvement palestinien du Hamas avaient déjà pris la décision d'appliquer une trêve « humanitaire » dans la matinée de jeudi. Cette « fenêtre », prévue pour durer au moins cinq heures, devait avoir pour objectif de permettre aux habitants de se ravitailler, selon l'armée israélienne. Mais trois obus de mortier, tirés de la bande de Gaza, ont frappé le sud d'Israël, faisant voler en éclats le cessez-le-feu. Tsahal a imputé ces attaques au Hamas. Des accusations réfutées par le mouvement palestinien, qui a affirmé que tous les groupes concernés observaient la trêve." (Le Monde.Fr)

Nethaly songe à son cousin, là-bas, à Tel Aviv. Il a dix-neuf ans et refuse de s’engager dans l’armée. Il risque la prison, comme ceux et celles qui n'ont pas l'intention de se plier à l’ordre établi, ne courberont pas l’échine devant les uniformes et fusils. Les parents de Noah désapprouvent son choix. Il y a eu maintes et maintes discussions entre eux, des disputes, des clashes. Mais le jeune homme a campé sur ses positions. Nethaly le soutient. Ils sont en contact fréquent via le net, skype, les mails et Facebook. Noah s’est ouvert à Nethaly lors de ces affrontements familiaux d’une dureté qui lui était inconnue. Les deux cousins ont toujours été proches, Nethaly avait dix ans lorsqu’il est né, elle l’a materné comme un petit frère, elle, l’enfant unique. De ce maternage, jaillit une complicité toujours vivace, et Noah trouve auprès d'elle une oreille bienveillante ouverte à ses confidences, mêlées d'émotions parfois violentes, qu’elle apaise de ses mots, sa présence, son écoute.

Les combats se poursuivent à mesure que l'été avance, Tsahal tuant toujours plus de civils, sous les yeux du monde, bouleversés, indifférents ou complices, c’est selon, et le sommet de l'horreur semble donc atteint à l'instant où des journalistes filment la mort de ces quatre enfants, touchés par les bombes israéliennes sur une plage gazaouite. L’indignation de croître, la toile de prendre feu à nouveau, les opinions de se radicaliser, les manifestations de s'organiser. On relate quelques débordements çà et là, vite sujets à commentaires quant à leur origine, leur finalité, leur dangerosité, quelle qu’elle soit. Lorsque le gouvernement français décide d'interdire la tenue de l’un de ces rassemblements, à la suite d’incidents survenus devant une synagogue parisienne, les protestations se font jour. Les articles, chroniques, et autres points de vue exprimant la colère se multiplient comme des petits pains.

Peu à peu, d’aucuns se plaisent à nommer les responsabilités des deux camps dans l'histoire, s’alarment qu’on puisse prendre parti à l'aveuglette sans se donner la peine d'approfondir la problématique complexe propre à cette région du monde.

On parle de l'importation du conflit en Occident, on la réprouve, on la réfute, on argumente.

Or il y a bien domination incontestable de la part d’un Etat colon : Israël.

Elle lit.

Nethaly s’est ruée vers les livres sur l’Holocauste déjà lus, celui de Primo Levi, et d’autres. Elie Wiesel, Romain Gary. Elle a eu besoin de se replonger dans le passé pour comprendre le présent, du moins l'espère-t-elle; l’absurde actuel l'a submergée d’émotions chaudes et froides, elle s’est glacée d’effroi jusqu’à la limite du supportable, or de cet absurde actuel son atmosphère est imprégnée, malgré son désir soudain d'en ignorer l’odeur et d’en flouter la vision. Il lui faut concevoir les événements et tenter de saisir leur substance dans l’absurde d’autrefois, trouver un lien avec cette communauté qu’elle a du mal à cerner parfois, dont elle se sent éloignée, dont elle désapprouve le radicalisme, souvent. En l’occurrence, ici, c’est l’unique option à sa portée pour appréhender les massacres commis par l’armée d’Israël. Elle a honte. Honte de ce gouvernement, honte et peur d’être assimilée à ces exactions, peur que les antisémites mettent tout le monde dans le même sac, et mettent d'autres rues à sac, étouffent les justes protestations dans l'œuf, dégainent leurs stéréotypes nauséabonds et surannés, déchaînent les passions destructrices.

Certains s’y attelaient déjà depuis belle lurette.

Le temps passe, Nethaly s'oublie dans les livres, ou plutôt, non, elle se découvre au fil des œuvres de ces auteurs dont elle dévore les mots, en quête de sens. Elle ne lève plus guère le nez vers son écran d'ordinateur, excepté dans le cadre de son travail. Ne se perd plus à consulter le flot d'actualité, dont les images défilent à vive allure, trop vive pour elle, s'agglutinent en magma brut de décoffrage, au point de lui serrer la gorge, oppressée d'un dégoût inédit, plus grand qu'elle ne l'aurait cru, trop indigeste. Une nouvelle l'atteint malgé tout, au moment adéquat, par l'entremise de son cousin. Un selfie de Noah envoyé sur son portable, daté du 16 août, 21 heures locales, 22 heures en Belgique. Noah pose en gros plan, la main tendue vers son téléphone, l'oeil vif, déterminé, le sourire sincère et ravageur de sa jeunesse. Derrière lui, on distingue la foule des manifestants se détacher dans le ciel noir de la nuit tombée.

Salut, grande manif à Tel Aviv, pour la reprise des négociations, je t'embrasse !

Dans son appartement, un loft cosy, sixième étage, quartier calme, Nethaly s’informe. Ils sont environ dix mille à défiler pour que les négociations reprennent, et que la trêve ne soit plus trêve, qu'elle se prolonge définitivement, trêve de trêve dont on se borne à augmenter la durée; ils sont environ dix mille israéliens à demander la démission de Benjamin Netanyahou. A signaler l'échec de ses tentatives de résolution du conflit.

Enfin !

Une lueur nouvelle éclaire les yeux de la jeune femme.

Du côté de Bruxelles, le lendemain, on défile aussi, « en soutien au peuple palestinien ». C’est la troisième ou quatrième manifestation du genre. Le cortège de pancartes et drapeaux traverse en surplomb les tunnels de la petite ceinture à peu près à hauteur de la Librairie Filigranes. La rue de la Loi, qui abrite au n°16 le bureau du premier ministre, est une perpendiculaire à l’avenue des Arts. Le périmètre est souvent bouclé, sujet aux - ou sur le trajet des - revendications de la rue. La manifestation se déroule dans le calme, il n’y a pas de débordements. Le fils aîné de Zohra y participe.

Le mois d’août s’achève.

Les journaux annoncent la fin des hostilités, il semble qu’un accord ait été trouvé. L'information est confirmée. Sur le net, des images mortifères, comme celle d’une salle de classe vide, le tableau criblé de balles, intitulée « la rentrée des classes à Gaza », sont suivies d’images plus joyeuses, reflets de la vie qui reprend, tels ces clichés pris au coucher du soleil: des dizaines d’enfants explosent de joie dans les vagues. Comme une délivrance.

L’automne doucement s’annonce, l’enfer a duré près de deux mois. Plus de deux mille morts au compteur.

Le carrousel du monde ne s'est pas arrêté, il tourne à grande vitesse, les médias se délectent de ces tours de manège, et tantôt suivent, tantôt précèdent, déforment et filtrent l’actualité bondissante. Gaza reprend sa place, en toile de fond, éternelle ombre en filigrane, éternelle bombe à retardement dont on craint qu'à tout moment elle n'explose encore. Sur les plages du minuscule territoire occupé, l'alternance des vagues tente de balayer le souvenir des combats. En vain. Subsistent les ruines et le coût des reconstructions.

Et des coûts humains inquantifiables, indélébiles, ancrés dans la chair de ces familles décimées, ancrés dans la terre de cette région dévastée. Il y reste des survivants condamnés à survivre ; peut-être un jour auront-ils la chance de tenter la vie, la vraie, à laquelle ils ont droit, là comme ailleurs. Partout des gens se battent pour une reconnaissance de l’Etat Palestinien.

Septembre 2014. Zohra conduit ses enfants à l'école et reprend les cours de français. Dans la librairie de l’avenue des Arts, c'est le rush, Nethaly s'active autour de la rentrée littéraire.

Alexandra Coenraets

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